Après des semaines d'immobilisation à Niamey, du convoi du yellow cake parti d'Arlit en direction de Lomé, les choses semblent enfin bouger. Pour rappel, ce convoi d'une trentaine de camions, transporte environ 1000 tonnes de concentré d'uranium, acheté par Rosatom, la société d'État russe. En manque de liquidité, le Niger cherche désespérement à solder cette vente bien qu'illégale au regard du droit international.
Depuis son départ le 27 novembre, le convoi ne parvient pas à sortir du Niger. Avec pour objectif le port de Lomé au Togo, afin d'évacuer le produit par bateau, la destination finale semble inatteignable actuellement. Depuis le 3 décembre, les camions sont stationnés sur l'aéroport de Niamey, la situation sécuritaire dans le pays, ne leur permettant pas de poursuivre le trajet. Cependant, depuis quelques jours, on peut observer deux avions cargos IL-76 stationnés sur l'emprise. Plusieurs observateurs émettent l'hypothèse d'un convoyage du yellow cake par avion jusqu'au Togo, afin de pouvoir charger la cargaison sur un vaisseau russe stationné dans la zone. Le bateau prévu à l'origine, le MATROS SHEVCHENKO amarré à Lomé dans un premier temps, puis au large des côtes, est finalement reparti, le délai d'attente devenant trop long. L'impasse dans laquelle se trouve le convoi commence à s'éterniser et les risques qu'il représente grandissent.
Une solution quoi qu'il en coûte
En effet, le concentré d'uranium n'est pas radioactif dans sa forme actuelle, cependant, les risques de contaminations de l'environnement, de l'eau, de l'air,etc...sont bien réels surtout lorsque la matière est stockée longtemps dans des contenants mal appropriés. Ce risque expliquerait peut-être pourquoi certains conteneurs ont été déplacés sur l'aéroport dans une zone sécurisée, sous contrôle militaire. Sans doute des opérations de maintenance sont en cours afin de palier le retard énorme accumulé sur la livraison et éviter un scandale de plus.
La Russie partenaire privilégié de Tiani, compte bien récupérer cette matière a son profit quoi qu'il en coûte. Que ce soit par avion ou par route malgré les risques démesurés étant donné la main mise des groupes terroristes dans la zone, l'issue doit être trouvée. La Russie n'a pas pour habitude de se montrer patiente et son engouement pour le voisin togolais le démontre. Le partenariat russo-togolais s'accélère et permet un accès à la mer tant attendu. La Russie offrant matériels et hommes au Togo, en échange notamment de minerais, pour l'aider dans sa lutte contre le terrorisme comme elle l'a fait au Niger, au Burkina Faso ou au Mali. Si le Kremlin renforce son emprise dans la zone, il n'est pas prêt à faire crédit à ses alliés. 150 millions de dollars c'est ce prix que le général Tiani espère encaisser.
Omar SYLLA !
X : @Le_Ndar_Ndar
Longtemps perçues comme de simples relais de coopération culturelle, les Maisons russes s'inscrivent aujourd'hui dans une dynamique plus large, où la culture ne constitue plus une fin en soi mais un moyen. À la faveur des recompositions géopolitiques contemporaines, ces structures apparaissent de plus en plus comme des instruments d'influence politique, au croisement du soft power, de la diplomatie publique et de la guerre des récits.
Une diplomatie culturelle en apparence classique
Dans l'histoire des relations internationales, la diplomatie culturelle a toujours occupé une place singulière. Elle permet aux États de rayonner sans contraindre, de séduire sans imposer, et de tisser des liens là où la diplomatie officielle se heurte parfois à ses propres limites. Les Maisons russes s'inscrivent, en apparence, dans cette tradition. Elles proposent des cours de langue, soutiennent des échanges universitaires et valorisent un patrimoine artistique ancien, dans des formats comparables à ceux d'autres puissances culturelles.Cependant, cette lecture strictement culturelle s'avère aujourd'hui insuffisante. Depuis le milieu des années 2010, plusieurs centres de recherche européens ont observé une évolution des missions assignées aux instruments culturels russes, intégrés à une approche plus globale de diplomatie publique. Dans une étude consacrée aux stratégies d'influence russes, l'European Council on Foreign Relations (ECFR) souligne que Moscou tend à mobiliser culture, mémoire historique et information comme des leviers politiques indissociables, notamment dans les espaces extra-européens.
Une institution au cœur de l'appareil d'État russe
L'essentiel des Maisons russes relève de l'agence fédérale Rossotrudnichestvo, placée sous l'autorité directe du ministère russe des Affaires étrangères. Selon les données compilées par l'initiative européenne EUvsDisinfo, cette agence supervise plus de 80 centres à travers le monde, dont une part croissante en Afrique, sous des statuts juridiques variables. Ce rattachement institutionnel distingue nettement les Maisons russes de nombreux instituts culturels occidentaux, souvent dotés d'une autonomie de gouvernance. Comme le relève un rapport du German Council on Foreign Relations (DGAP), cette absence d'autonomie renforce la cohérence stratégique du dispositif russe, tout en brouillant la frontière entre action culturelle et objectif politique.
Le tournant des sanctions et la fin de l'ambiguïté
L'année 2022 marque une rupture. En inscrivant Rossotrudnichestvo sur la liste des entités sanctionnées, l'Union européenne acte un changement de perception majeur. Dans ses conclusions, le Conseil de l'UE estime que l'agence « contribue activement à la diffusion de narratifs alignés sur la politique étrangère russe », y compris dans des contextes culturels et éducatifs.
Ce basculement est corroboré par les travaux du NATO Strategic Communications Centre of Excellence, qui montrent que, depuis l'invasion de l'Ukraine, les dispositifs culturels russes participent davantage à une guerre de l'information décentralisée, visant à influencer les opinions publiques étrangères sans recourir à des canaux diplomatiques classiques. Dès lors, la culture change de fonction. Elle demeure un langage, mais devient aussi un vecteur stratégique, intégré à une bataille globale pour la légitimité et la crédibilité internationales.