Depuis trois ans, les Émirats arabes unis occupent le premier rang des récits consacrés à l’essor de l’intelligence artificielle (IA) hors des deux grandes puissances technologiques que sont les États-Unis et la Chine. L’ampleur des sommes engagées, la mise en scène des annonces et la présence répétée d’Abou Dabi aux côtés des géants américains ont installé une lecture désormais convenue, celle d’un pétro-État qui achète, à force d’investissements souverains, son autonomie et sa place dans la révolution algorithmique. Toutefois, cette lecture est incomplète, à deux titres.
Elle confond d’abord des documents d’ordre distinct, souvent invoqués indistinctement. L’Abu Dhabi Economic Vision 2030, adoptée par l’émirat dès 2008, est un plan de diversification économique antérieur au tournant de l’IA. « We the UAE 2031 », vision fédérale lancée en novembre 2022, fixe un cap national général articulé autour de la prospérité, de l’influence et de l’économie de la connaissance. La substance proprement algorithmique se loge, elle, dans la National Strategy for Artificial Intelligence 2031, annoncée en octobre 2017, qui vise à faire des Émirats l’un des leaders mondiaux du secteur et fait de la fédération le premier État au monde à nommer un ministre chargé de l’intelligence artificielle. Cet empilement révèle une continuité ; l’IA y est pensée comme le dernier avatar d’un projet de diversification engagé de longue date.
Deuxièmement, ce que la trajectoire émirienne donne à voir n’est pas une simple diversification, mais la conversion d’une rente pétrolière en une rente du calcul, et cette conversion, présentée comme une conquête de souveraineté, opère en réalité un réalignement stratégique sur l’écosystème américain. La souveraineté algorithmique d’Abou Dabi se paie d’une dépendance négociée et assumée à l’égard des puces, du cloud et des protocoles de sécurité des États-Unis. Le calcul devient, pour l’émirat, ce que le pétrole fut au vingtième siècle, une ressource stratégique dont la maîtrise définit son rang international. Dans quelle mesure la souveraineté que revendique Abou Dabi relève-t-elle d’une émancipation ou d’une dépendance reconfigurée ? Éprouver cette dernière hypothèse suppose d’examiner successivement la logique du pari émirien, l’appareil qui le met en œuvre, puis le prix et la portée géopolitique de ce basculement.
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La rivalité entre les États-Unis et la Chine a franchi un cap historique lors de la visite d’État de Xi Jinping à Washington à la fin du mois de septembre. Pour la première fois, Washington a semblé se comporter d’égal à égal vis-à-vis de Pékin. Une reconnaissance symbolique qui intervient au moment où les errements de la politique étrangère de Donald Trump, en Iran et en Ukraine, interrogent sur la capacité des États-Unis à tenir tête à la Chine, notamment concernant Taïwan. La multiplication des ingérences de Washington sur l’Amérique latine, où la Chine a grandement développé son influence au cours des dernières années, représente cependant un défi de taille pour cette dernière. L’Europe, peine quant à elle à tirer son épingle du jeu, prise en tenaille entre les deux grandes puissances mondiales.
La Chine ressort-elle vainqueur de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping ? Comment Taïwan peut-il être impacté par les évolutions de la politique étrangère de Trump ? Pékin a-t-elle un pouvoir d’influence sur la guerre en Iran et en Ukraine ? Enfin, face à ces deux grandes puissances, qu’en est-il de la place de la France et de l’Europe ?
Autant d’enjeux abordés avec Sylvie Bermann, ambassadeur de France en Chine (2011), au Royaume-Uni (2014) et en Russie (2017) et autrice de « Madame l’ambassadeur : de Pékin à Moscou, une vie de diplomate » (Éditions Tallandier, 2022).
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Je n’ai guère été surpris par les déclarations de Donald Trump ces derniers jours sur l’Ukraine. Pas davantage par le deal sur le diesel russe annoncé vendredi, ni par ses appels à remplacer Volodymyr Zelensky. « Je suggère qu’ils se trouvent un nouveau dirigeant capable de négocier », a-t-il lâché samedi. Ni même par sa proclamation dominicale d’un « cessez-le-feu énergétique » dont ni Moscou ni Kiev n’avaient été informés. Zelensky a répondu, sidéré : « Si Trump l’a négocié avec Poutine, qu’il nous dise quand ça commence. » La Russie continuait de frapper les infrastructures énergétiques ukrainiennes quelques heures après l’annonce.
Tout cela était prévisible. Pour plusieurs raisons.
La première : Trump n’a jamais pu sentir Zelensky. Nous avons tous en mémoire la rencontre désastreuse de février 2025 à la Maison-Blanche, ce face-à-face tendu qui avait tourné au pugilat diplomatique sous les caméras. Depuis, quelques inflexions, quelques compliments de façade, « vos soldats sont courageux », « vous avez une belle veste », mais les faveurs du président américain ont toujours été pour Vladimir Poutine.
La deuxième raison est circonstancielle. Donald Trump est à trois semaines des élections de mi-mandat. Sa base MAGA, celle qui l’avait élu en 2024 notamment parce qu’il avait promis de ne pas entraîner l’Amérique dans une nouvelle guerre à l’irakienne ou à l’afghane, ne lui a pas pardonné l’Iran. Les prix à la pompe explosent. En levant les sanctions sur le diesel russe, Trump joue les médecins après avoir lui-même contribué à rendre le patient malade. Bonus : il se trouve désormais un méchant commode. Ce n’est plus à cause de la guerre en Iran si les Américains souffrent à la caisse. C’est à cause de Zelensky, ce président ukrainien obtus qui s’obstine à harceler les raffineries russes au lieu d’accepter la paix que Washington lui tend sur un plateau.
La troisième raison est idéologique. Les connexions entre la Maison-Blanche et le Kremlin ne sont plus un secret pour personne. Elles sont assumées, presque revendiquées. Mais au-delà de ces rapprochements politiques, il existe une véritable communauté de vues. JD Vance, Susie Wiles et les idéologues de l’extrême droite américaine au pouvoir depuis janvier 2025 partagent avec Poutine une même détestation du système multilatéral libéral de l’après-1945, une même fascination pour la loi du plus fort et une même vision du monde où les grandes puissances se partagent des zones d’influence sans se soucier des petits États souverains coincés entre elles.
Et c’est là que se dessinerait la véritable stratégie. Car le Trump d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui de 2017, Ubu isolé et improvisateur. Il est désormais entouré d’hommes et de femmes qui savent parfaitement ce qu’ils veulent. Le calcul pourrait être le suivant : resserrer les liens avec Moscou, faire suffisamment de concessions au Kremlin pour qu’il accepte un accord, mais en s’assurant que l’Ukraine résiste encore un minimum, afin que les ambitions de Poutine ne reviennent pas à ce qu’elles étaient en 2022 : l’absorption totale du pays. Zelensky serait poussé vers la sortie. Un président ukrainien plus « accommodant » le remplacerait. Un deal serait signé. Et Donald Trump se présenterait en garant d’une Ukraine libre, du moins de ce qu’il en resterait, en échange d’un accès illimité aux matières premières ukrainiennes. En gros, le même coup qu’avec le Venezuela : une forme de néocolonisation habillée en victoire pour la paix.
Nous assisterions donc à un partage de l’Ukraine. Malgré ce qu’en disent les optimistes qui croient encore à une victoire militaire ukrainienne et se réfugient dans le déni, c’est malheureusement, à mes yeux, le scénario vers lequel nous nous dirigeons. Sept sénateurs américains, républicains et démocrates, ont demandé dimanche à Trump de « revenir immédiatement en arrière » sur le deal diesel. Des dirigeants européens ont réaffirmé leur soutien à Zelensky. Mais personne, à ce stade, ne semble avoir les moyens de faire plier Washington.
La guerre en Ukraine aura duré près de cinq ans. Elle se terminerait non pas par une victoire claire et nette de la Russie, mais par un partage. Comme en 1945, lorsque les grandes puissances redessinaient la carte de l’Europe, comme en 1956, lorsque les Hongrois découvraient que leur liberté pesait bien peu face aux équilibres entre Washington et Moscou. Comme chaque fois que les grandes puissances décident du sort des « petits » pays. L’Histoire est cruelle. Et elle bégaie.
Romuald Sciora, essayiste franco-américain, est directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS. Dernières publications: « America 250, une histoire graphique des États-Unis, vol. 1, Né dans le sang » et « Lettre ouverte à Trump d’un Américain de papier » (éditions Point Nemo).
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Les États souverains dominent nos représentations du monde. Pourtant, une part croissante des fonctions traditionnellement attachées à la souveraineté se déploie hors du seul cadre étatique. Multinationales, plateformes numériques, diasporas, organisations non gouvernementales (ONG), organisations sportives, groupes armés ou entités en quête de reconnaissance investissent des domaines que l’État leur concède, qui échappent à sa maîtrise ou dont le contrôle lui est disputé. Ces formes de pouvoir ne sont pas nouvelles, mais l’échelle de leurs moyens, leur transnationalité et leurs capacités à exercer des formes d’autorité modifient les rapports de force internationaux.
À l’occasion de la parution de la Revue internationale et stratégique (RIS) N°143 sur le thème « Le monde au-delà des États, une géopolitique des acteurs non étatiques », Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS, responsable du Programme Sport et géopolitique et de l’Observatoire géopolitique de l’espace post-soviétique, et Fatou Élise Ba, chercheuse à l’IRIS, responsable du Programme Sécurité humaine répondent à nos questions :
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Am 18. Juni 2026 leitete der US-Handelsbeauftragte nach Section 301 des Trade Act von 1974 eine Untersuchung ein, die sich gegen die deutsche Arzneimittelpolitik richtet. Die Untersuchung könnte letztlich zur Verhängung von Zöllen gegen Deutschland führen. Erstmals nutzt die US-Regierung diese rechtlichen Befugnisse, um die Preisgestaltung für Arzneimittel in anderen Ländern in Frage zu stellen. Zwar fällt die Regulierung von Arzneimittelkosten in die nationale Zuständigkeit; Abwehrmaßnahmen gegen Zölle, die die USA erheben, fallen jedoch in die ausschließliche Zuständigkeit der EU und könnten den Einsatz ihres Anti-Zwang-Instruments rechtfertigen. Die Bundesregierung sollte gemeinsam mit der EU und anderen Mitgliedstaaten auf den Versuch, von außen in die nationale Arzneimittelpreisgestaltung einzugreifen, reagieren. Weitere Partnerschaften mit Drittländern könnten dazu beitragen, das transnationale Problem der Arzneimittelpreisgestaltung anzugehen.
This study examines the relationship between artificial intelligence and income and wealth inequality, combining theoretical analysis with empirical investigation. It focuses on skill demand, wage polarization, capital and market concentration, the digital divide and financial applications. The findings show that AI accelerates existing inequality when its adoption combines with unequal distributions of skills and economic power. This relationship depends on the institutional framework. Digital inclusion, social protection, skill development and economic policy interventions can help distribute the benefits of technological change more broadly and fairly.
Read here (in Greek) the Working paper by Manthos Delis, Professor; Audencia Business School; Sofia Anyfantaki, Senior Economist, European Central Bank; Maria Iosifidi, Associate Professor, Montpellier Business School and Nikolaos Mylonidis, Professor, University of Ioannina.
À l’occasion de la parution de « Le Triangle du pouvoir » (éditions Tallandier), Pascal Boniface revient sur la vision géopolitique du président finlandais Alexander Stubb, qui distingue trois grands pôles de puissance : l’Occident, la Chine et le Sud global.
Il analyse en particulier les erreurs stratégiques des États-Unis, de la « guerre contre le terrorisme » aux échecs en Irak et en Afghanistan, ainsi que les conséquences de l’invasion russe de l’Ukraine. Selon lui, face à un Sud global qui conteste les incohérences occidentales, notamment à propos des sanctions contre la Russie et de la question israélienne, l’Occident doit repenser son approche s’il veut préserver son influence.
Pour Stubb, défendre un ordre international fondé sur des règles suppose de les appliquer avec cohérence, d’écouter le reste du monde et de montrer l’exemple plutôt que d’imposer ses valeurs.
C’est donc une réflexion lucide, portée par un dirigeant occidental conscient des limites de la puissance de son propre camp et du rôle déterminant que le Sud global sera appelé à jouer dans la définition du nouvel ordre mondial.
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Lange galt Nordkorea vor allem als regionales Sicherheitsproblem in Ostasien. Mittlerweile jedoch ist das Regime in Pjöngjang zu einem Akteur geworden, der überregionale Konflikte wie Russlands Krieg gegen die Ukraine aktiv beeinflusst und dessen aggressive Cyberaktivitäten sich unmittelbar auf Europas Sicherheit auswirken. Die europäische Nordkorea-Politik indes orientiert sich vielfach an strategischen Annahmen, die der veränderten Rolle des Landes nicht mehr gerecht werden. Europa muss daher die von Nordkorea ausgehenden Bedrohungen neu bewerten – und seine Antworten darauf entsprechend anpassen. Denn es könnte sich als Fehler mit hohen politischen Kosten erweisen, diese Gefahr zu ignorieren.