L’une des pages les plus sombres de la tragédie qui se déroule à Gaza depuis octobre 2023 s’est achevée après le 10 octobre 2025. Une poignée de mois après son catastrophique lancement le 27 mai 2025, et à l’occasion de la nouvelle trêve qui ne se révèle être dans les faits qu’un conflit à basse intensité, la Gaza Humanitarian Foundation (GHF) a annoncé fermer ses points de distribution. Mise en place pour supplanter les ONG et le système onusien, notamment sur base d’accusations depuis débunkées de détournement de l’aide humanitaire par le Hamas, la GHF a surtout été utilisée à des fins politiques et militaires, tout en étant un élément facilitant la perpétration de crimes de guerre et la violation du droit international. La situation humanitaire reste aujourd’hui plus que dramatique. Bien qu’élargie depuis plusieurs mois aux autres acteurs et non à la seule GHF , l’entrée de l’aide n’est toujours pas suffisante et ne respecte pas les quantités prévues par le plan de paix de Donald Trump.
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Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les États-Unis ont mené une opération militaire au Venezuela, ayant abouti à l’enlèvement du président Nicolás Maduro. Cet événement, aussi spectaculaire qu’inattendu, a pris de court la communauté internationale et suscité de profondes inquiétudes bien au-delà du continent américain. L’opération marque une escalade sans précédent des relations entre Washington et Caracas et interroge sur l’usage de la force par les États. Dans un contexte de remise en cause de la multipolarité, de banalisation des violations du droit international et de retour assumé du rapport de force, comment interpréter cette opération américaine ? Quels objectifs stratégiques poursuit Washington ? Et quels scénarios se dessinent désormais pour l’Amérique du Sud ? Quelle place occupent les enjeux autour du pétrole dans ce contexte ? Comment l’interventionnisme de Donald Trump pourrait-il affecter les équilibres stratégiques entre la Chine et l’Amérique du Sud ?
Dans cet épisode, Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste de l’Amérique latine et journaliste au Monde diplomatique, analyse les récents événements au Venezuela et décrypte les dynamiques régionales face au retour de Donald Trump sur la scène internationale.
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Au sein de l’Union européenne, le débat entre exigences écologiques, productivité agricole et compétitivité économique continue de cristalliser les tensions. Au cœur de ces arbitrages se trouve la question des engrais, devenus un enjeu géopolitique majeur à mesure que s’entrecroisent dépendances extérieures, tensions énergétiques et politiques climatiques. Alors que l’Union européenne déploie le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), instrument réglementaire visant à soumettre les produits importés dans le territoire douanier européen à une tarification du carbone équivalente à celle supportée par les industriels européens, afin de lutter contre les fuites de carbone, les fragilités structurelles du modèle agricole européen apparaissent plus nettement. Alors que se tient ce 7 janvier 2025 une réunion des ministres européens de l’Agriculture, Sébastien Abis, chercheur associé à l’IRIS et directeur du Club DEMETER, répond à nos questions.
Pourquoi les engrais sont-ils devenus un sujet géopolitique majeur, et pourquoi l’Europe est-elle particulièrement exposée ?
Les engrais sont des intrants agricoles destinés à apporter aux sols et aux plantes les éléments nutritifs indispensables à la croissance des cultures. Ils compensent l’appauvrissement naturel des sols et soutiennent les rendements agricoles. Ce sont en quelque sorte des vitamines. Les trois nutriments majeurs apportés par les engrais sont l’azote (N), le phosphore (P) et le potassium (K), aux fonctionnalités distinctes et complémentaires. Sans engrais, nous n’aurions pas eu de telles évolutions de production agricole au XXème siècle. Ce sont des intrants stratégiques de la sécurité alimentaire mondiale. Là où leur dimension géopolitique s’épaissit, c’est quand nous comprenons que ces engrais, utilisés partout, dépendent de ressources minières concentrées dans quelques pays. La Chine joue un rôle régulateur sur l’azote car elle en produit 30 % et parfois coupe ses exportations. Russie, États-Unis, Qatar, et dans une moindre mesure Égypte et Arabie saoudite, sont les grands pourvoyeurs d’engrais azotés dans le monde. Il faut du gaz pour cela, ce qui explique cette géographie. Sur les roches phosphatées, si la Chine est là encore le premier producteur, c’est le Maroc qui en détient les plus grandes réserves et qui assure plus du tiers des exportations mondiales. Nous en avons aussi aux États-Unis et l’Arabie saoudite cherche à développer cette filière. Concernant la potasse, le Canada, la Russie et le Bélarus réalisent deux tiers de la production et de l’exportation mondiale. Donc très peu de nations, qui monétisent toutes ce pouvoir, et peuvent parfois s’en servir comme argument diplomatique majeur.
Comprenons bien que le commerce des engrais, à travers des chaînes logistiques mondialisées, est donc nécessaire aux équilibres internationaux. Si le contexte se durcit et si l’instabilité des approvisionnements gagne du terrain, comme c’est le cas depuis quelques années, alors surgissent d’inévitables vulnérabilités pour les régions fortement dépendantes des importations. C’est le cas dans l’Union européenne (UE), l’une des zones agricoles au monde les plus dépendantes envers des engrais venant d’autres régions du globe. Plus de 60 % des engrais consommés dans l’UE sont importés, et pour la potasse ou le phosphore, la dépendance est quasi totale. Pendant longtemps, cette réalité est restée largement sous-estimée, car les engrais étaient considérés comme un intrant technique agricole, non stratégique, souvent confondus avec les produits phytosanitaires. La pandémie de Covid, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, les tensions énergétiques, les mesures de restrictions à l’exportation de certains acteurs, le retour à des pratiques géoéconomiques transactionnelles sont autant de dynamiques ayant brutalement révélé cette fragilité structurelle européenne.
Quel lien entre le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui doit protéger l’industrie européenne, avec les engrais et pourquoi crée-t-il une difficulté pour l’agriculture ?
Le MACF est entré en vigueur au 1er janvier 2026 pour le ciment, l’aluminium, le fer, l’acier, l’électricité et les engrais, avant que tous les secteurs soient concernés en 2035. Le MACF n’est pas une surprise. Il fait partie du Pacte vert européen lancé en 2019 pour atteindre la neutralité carbone en 2050 dans l’UE. Il est donc censé être connu depuis plusieurs années par les acteurs concernés, y compris agricoles. D’ailleurs, une analyse prospective en avait été faite dans l’édition 2023 du Déméter, dont la lecture aujourd’hui s’avère éclairante. Il répond à une logique théoriquement cohérente : éviter les fuites de carbone en appliquant aux importations un prix du carbone équivalent à celui supporté par les producteurs européens. Le problème, c’est que l’agriculture se situe à la fois dedans et dehors du système. D’un côté, les engrais – intrants clés de l’agriculture – sont intégrés au MACF. De l’autre, les exploitations agricoles ne sont pas couvertes par le marché carbone européen (ETS), mécanisme de plafonnement et d’échange de quotas d’émission qui impose un coût au carbone pour les secteurs industriels et énergétiques les plus émetteurs. Résultat : les agriculteurs subissent une hausse potentielle du coût de leurs intrants sans bénéficier d’un mécanisme symétrique de compensation. Cette situation illustre une désynchronisation préoccupante : des politiques climatiques européennes pensées pour un monde idéal, complice et où nous serions dans un leadership reconnu en matière de décarbonation, mais déployées dans un environnement géopolitique concurrentiel, pour ne pas dire féroce et belligérant, qui ne cesse de s’exprimer depuis 2020 et dans lequel l’influence de l’UE chute brutalement, comme, hélas, les engagements climatiques.
Le MACF expose l’agriculture européenne à une tarification carbone qu’elle ne maîtrise ni dans son calendrier ni dans ses paramètres précis de fonctionnement. Les estimations des organisations professionnelles montrent un risque de surcoût évalué autour de 150 euros par hectare dans certaines productions. Dans un contexte de marges déjà sous pression, cela fragilise directement la compétitivité des agricultures européennes, notamment céréalières, avec un effet domino possible sur les exportations que nous réalisons en la matière. Les producteurs ne pourront pas acheter longtemps à de tels prix et risquent donc d’utiliser moins d’engrais. Or moins d’engrais, moins de protéines dans les grains, moins de volumes récoltés et donc moins de surplus mobilisables pour par exemple exporter du blé dans le monde. Pourquoi pas diront certains, car après tout à quoi bon préserver une vision globale des enjeux de sécurité alimentaire. Chacun pour soi. Soyons simplement vigilants à ce petit jeu-là et aux effets miroirs qui nous attendent ou aux instabilités sociopolitiques pouvant se développer faute d’accès aux denrées agricoles de base. Nous pouvons critiquer l’interdépendance du système agricole et alimentaire mondial. Mais nous ne connaissons pas bien à quoi ressemblerait une planète où dans ce registre les frontières seraient totales. L’autarcie agricole et alimentaire, sur le plan géopolitique, c’est rarement soutenable…
L’Europe parle beaucoup de souveraineté. Les engrais en sont-ils un test de crédibilité ?
Il faut évidemment éviter que le MACF, conçu pour lutter contre les fuites de carbone, ne se traduise paradoxalement par une perte de production agricole dans l’UE et une dépendance accrue à des fournisseurs extérieurs. Il est contre-productif de vouloir développer une autonomie stratégique ouverte de l’UE qui puisse affaiblir un secteur productif aussi essentiel. L’UE a longtemps raisonné comme si les chaînes d’approvisionnement resteraient ouvertes, fluides et apolitiques. Cette hypothèse est désormais caduque. L’Union veut se protéger des distorsions de concurrence liées au carbone, mais elle applique cet outil dans une époque géopolitique profondément asymétrique, où des puissances ne partagent ni ses règles, ni son calendrier, ni sa vision. Dans le cas des engrais, l’UE taxe davantage ce qu’elle ne maîtrise pas, sans avoir sécurisé d’alternative crédible. Elle a décidé de taxer les engrais russes, non sans raison, mais ce fournisseur représentait 25 % de ses approvisionnements en engrais azotés, et doit désormais se tourner vers les États-Unis notamment pour en trouver, au prix bien plus fort. Dans cette guerre au gaz, l’UE est de loin la grande perdante.
Ensuite, si précisément ces intrants sont plus chers, et que nous n’en produisons pas dans l’UE, par une dynamique d’emballement normatif, qui paiera la facture ? Les producteurs, les pouvoirs publics, les consommateurs ? Nous devons aussi poser la question des engrais verts à développer sur le sol européen, mais là encore, il faut des industries, des investissements dans les technologies bas-carbone et des cadres réglementaires qui permettent de tels dispositifs. Il faudra expliquer, comme toujours en matière d’écologie, que quand c’est plus vert, c’est généralement beaucoup plus cher.
Plus largement, outre la nécessité de ne pas générer des injustices économiques à l’intérieur, l’UE va devoir expliquer le MACF sans nourrir un récit anti-européen à l’extérieur. Cela a fait l’objet de vives discussions en marge de la Cop30 au Brésil en novembre dernier. Cela passe par une clarification rapide des méthodes de calcul des émissions importées, entre données réelles vérifiées et valeurs par défaut, car l’incertitude est aujourd’hui un facteur de risque en soi.
En résumé, pour l’UE, continuer à parler de souveraineté alimentaire sans traiter frontalement la question des engrais pour son agriculture revient à confondre vision stratégique et incantation politique. Si la décarbonation se traduit par une perte de compétitivité agricole et par une dépendance accrue aux importations, alors on ne parle plus de transition, mais de désarmement productif. Or la puissance ne se décrète pas uniquement par des normes ou des idées, mais par des capacités à faire et des moyens qui crédibilisent dans la durée une action.
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Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 27971, prorogeant le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) au mois d’octobre 2026. Cette résolution marque une inflexion notable dans la position onusienne, en ce qu’elle appuie, pour la première fois, l’initiative marocaine d’autonomie comme « la base d’un règlement juste, durable et mutuellement acceptable du différend, affirmant qu’une véritable autonomie sous souveraineté marocaine pourrait être une solution des plus réalisables ». Adoptée par 11 voix favorables, la résolution a vu la Russie, la Chine et le Pakistan s’abstenir, tandis que l’Algérie a choisi de ne pas participer au vote. Cette évolution diplomatique est interprétée par Rabat comme une victoire
majeure, au point que le 31 octobre a été proclamé fête nationale. Autant d’éléments qui invitent à interroger la capacité d’une telle résolution à régler un conflit vieux de cinq décennies.
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L’opération « Absolute Resolve » menée par l’armée et les services secrets américains au Venezuela, dans la nuit du 2 au 3 janvier, fait courir un énorme risque à Donald Trump en matière de politique intérieure. Les images et les nombreuses réactions aux bombardements américains et à l’enlèvement de Nicolás Maduro ont l’immense avantage, pour le président des États-Unis, de détourner pour un temps l’attention médiatique et politique de l’affaire Epstein, des rumeurs sur sa santé et sa capacité physique et mentale à gouverner, ainsi que de la chute de sa popularité. Autant de marques de faiblesse, ces derniers mois, qu’il entend contrecarrer avec la démonstration de force, en mots comme en actes, au Venezuela – et peut-être ailleurs dans la région dans les semaines ou les mois qui viennent. Ce n’est pas la seule motivation de l’opération militaire mais c’en est une, indéniablement.
Sur le plan légal, avec cette concrétisation de la doctrine « Donroe » – ainsi que la surnomment ses opposants (en référence à la doctrine Monroe) –, Donald Trump s’assoit sur le droit international et s’appuiera, au plan national, sur des textes juridiques suffisamment flous pour qu’il ne se sente pas menacé par d’éventuelles poursuites à l’avenir. Ainsi, le gouvernement américain parle de «law enforcement » pour arrêter un criminel (Maduro) et non d’« opération militaire », laquelle aurait nécessité l’aval du Congrès des États-Unis. Il est, en outre, important d’insister sur le fait que les contrôles institutionnels mis en place avec le Watergate, il y a cinquante ans, se sont largement affaiblis depuis (par exemple, G. W. Bush n’a jamais été inquiété pour le mensonge d’État sur les armes de destruction massive en Irak, et qui ont eu les conséquences que l’on connait). Trump peut également invoquer l’article 2 de la Constitution sur les pouvoirs présidentiels, qui permet de protéger les personnels et ressortissants américains en cas d’attaque existante ou imminente. D’autres textes sont à sa disposition comme par exemple l’Alien Enemies Act, qui est très vague, et dont l’interprétation peut in fine revenir à la Cour suprême – on sait comment elle interprète le droit depuis au moins un an, souvent dans le sens du président Trump.
Le risque est donc moins du côté d’un éventuel futur procès en illégalité que du côté électoral : celui d’une défiance de l’électorat républicain, y compris son cœur MAGA, à l’encontre de Donald Trump et du parti aux midterms de novembre prochain, et ce, pour deux raisons. La première est financière. Gouverner le Venezuela (« We will run the country », dit Trump), depuis Washington et/ou in situ, risque d’être coûteux en déploiement militaire (ça l’est déjà) et en dépenses directes. Donald Trump, dans sa conférence de presse du 3 janvier, a notamment parlé de « milliards de dollars » nécessaires à la reconstruction des infrastructures pétrolières au Venezuela, mais cet argent viendra-t-il uniquement du privé ? Rien n’est moins sûr. Et ce ne sera pas les seules dépenses : « contrôler » le pays nécessite de financer le tissu social, les forces politiques formelles et informelles, les institutions, etc. Or, l’opinion publique américaine est déjà fortement remontée contre les coupes votées dans les budgets sociaux et de santé. Elle n’acceptera pas un nouvel arbitrage de l’État fédéral en faveur de la reconstruction d’un pays étranger, même au bénéfice annoncé des « intérêts » des États-Unis.
Donald Trump a, par ailleurs, fait une promesse isolationniste à son électorat (promesse déjà trahie par les bombardements en Iran en juin dernier), et le traumatisme des guerres en Irak et en Afghanistan (et même au Viêtnam) demeure immense dans la population américaine en général. D’où les « justifications » de l’opération au Venezuela, par la Maison-Blanche, par des références au renforcement de la « domination occidentale des États-Unis », à la « sécurité nationale » ou à la lutte contre « l’immigration vénézuélienne ». Ces mots suffiront-ils ? Les faits vont peser face aux slogans. L’affaire Epstein a montré que Trump faisait partie d’une élite corrompue et criminelle. L’attaque contre le Venezuela fait la preuve qu’il appartient bel et bien à l’establishment politique : il n’a rien d’un outsider. Trump s’inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs républicains, Reagan, Bush père et Bush fils, quoi qu’il en dise. Le parti républicain est pour l’heure dans le déni, refusant de voir que le gros sujet des élections de mi-mandat pourrait bien être le coût de la vie (« affordability »). Et de très influents podcasters et streamers MAGA, comme Steve Bannon et Candace Owens, à qui Trump doit une grande partie de sa réélection, ont rappelé depuis 48 heures le précédent des fiascos irakien et afghan. Comme le dit son ancienne lieutenante, Marjorie Taylor Greene : « punaise, est-ce qu’on s’est trompé ? » (comprendre : « est-ce que Trump nous a trahis ? »).
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS, sur le mouvement de mobilisation en Iran qui a débuté le 28 décembre dans un contexte d’augmentation du coût de la vie et de durcissement de la répression.
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Les recompositions géopolitiques à l’œuvre au Moyen-Orient sont d’une importance considérable et s’imposent comme les conséquences différées du 7 octobre 2023.
En Palestine tout d’abord. En dépit de l’irréductible volonté du peuple palestinien de rester sur sa terre et de résister, tant que faire se peut, il apparait assez clairement que le rapport de force est en faveur de l’État d’Israël. À Gaza, le cessez-le-feu du 10 octobre 2025 – qui n’est en rien un plan de paix contrairement à ce qui est répété en boucle par de nombreux responsables politiques et médiatiques – n’est pas respecté par Israël et l’on peut dénombrer plus de 400 victimes palestiniennes depuis sa proclamation. 58 % de la bande de Gaza reste sous contrôle de l’armée d’occupation israélienne, l’aide humanitaire parvient au compte-gouttes à la population qui vit dans un état de dénuement complet. Pour sa part, la fumeuse communauté internationale détourne pudiquement le regard et nous assistons à la poursuite d’un génocide programmé dont l’histoire se souviendra comme d’une tache indélébile sur des principes d’humanité plus guère respectés. En Cisjordanie, dans un contexte certes différent, le processus est en réalité identique : le déchainement de violences de colons radicalisés et fanatisés a pour but explicite d’expulser les Palestiniens de leurs terres et habitations pour procéder à une annexion pure et simple.
L’impunité dont jouit l’État d’Israël lui permet de pousser la réalisation de ses projets sans qu’il ne soit aucunement sanctionné alors qu’il foule méthodiquement aux pieds les principes du droit international. Pour cette raison, l’activisme du gouvernement israélien ne se cantonne pas au territoire palestinien et il a multiplié ces derniers mois d’autres opérations militaires extérieures, dont l’acmé fut la guerre des 12 jours contre l’Iran en juin 2025. Si les résultats ne sont pas aussi nets que s’en sont vantés Benjamin Netanyahou et Donald Trump – les experts considèrent en effet que le programme nucléaire iranien est ralenti, mais aucunement anéanti, et surtout les 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % ne sont désormais plus contrôlés par l’AIEA –, il marque néanmoins un affaiblissement, probablement durable, de l’ « axe de la résistance » patiemment construit par la République islamique d’Iran depuis plusieurs décennies.
Ces quelques éléments signifient donc que les rapports de forces se modifient et que de profondes recompositions s’opèrent actuellement au Moyen-Orient. Trois puissances régionales s’affirment et veulent s’assurer de leur leadership : Israël, l’Arabie saoudite et la Turquie.
Comme expliqué précédemment, Israël exerce une indéniable domination militaire qui exprime sa force, mais aussi sa faiblesse. Aveuglé par sa radicalité, Tel-Aviv refuse d’envisager quelque forme de solution politique qui nécessiterait des négociations et l’élaboration de compromis. Cette politique extrémiste empêche, à ce stade, l’État hébreu de s’insérer et de se normaliser davantage dans la région. Tout en étant de facto protégée par l’inanité de la plupart des régimes arabes et leur manque d’initiative politique concrète, la volonté israélienne de réactiver et d’élargir le nombre d’États arabes partis aux accords d’Abraham reste pour l’instant vaine. Le refus saoudien d’y adhérer tant qu’un État de Palestine ne sera reconnu par Tel-Aviv est assez clair. En outre, si le soutien inconditionnel de Donald Trump à Israël ne fait guère en doute, des divergences existent néanmoins à propos de certaines initiatives israéliennes qui dérangent le président étatsunien dans la réalisation de ses objectifs. Le bombardement du Qatar, le 9 septembre 2025, en constitue un exemple puisque le président étatsunien a ensuite contraint Benjamin Netanyahou à présenter ses excuses à l’émir Tamim Hamad Al Thani. De même, Donald Trump a refusé qu’une référence à l’annexion des territoires palestiniens soit incluse dans son plan de cessez-le-feu en 20 points présenté à Washington, le 29 septembre 2025, aux côtés du Premier ministre israélien. Pour autant, n’en doutons pas, le soutien stratégique de Washington à Tel-Aviv restera entier.
L’Arabie saoudite, sous l’impulsion de Mohamed Ben Salman est en passe de s’imposer dans la région. Le prince héritier s’est rapidement moulé dans les habits d’un responsable politique de premier plan, ce qui marque une rupture patente avec les erreurs à répétition de ses premières années d’exercice du pouvoir. L’Arabie saoudite occupe désormais un rôle central dans le remodelage géopolitique du Moyen-Orient voulu et organisé par Donald Trump. Son rôle dans le parrainage et le soutien aux nouvelles autorités politiques syriennes dans leur réintégration régionale et internationale est ainsi d’une importance avérée. Plus révélatrice encore, en ces premiers jours de 2026, est la façon dont les forces armées saoudiennes ont promptement fait plier leurs homologues émiriens au Yémen. Mohamed Ben Zayed, président des Émirats arabes unis, qui a un temps été le mentor du jeune Mohamed Ben Salman, est désormais considéré par ce dernier comme un élément déstabilisateur. Les initiatives émiriennes au Soudan et au Yémen, ainsi que l’approfondissement de ce que l’on peut désormais qualifier de partenariat stratégique entre les Émirats arabes unis et Israël, apparaissent en effet aujourd’hui contradictoires avec les intérêts saoudiens. Désormais, les rapports de force se sont modifiés et Riyad semble fermement décidé à ne plus accepter qu’Abu Dhabi contrarie ses projets. En un mot, l’Arabie saoudite a plus que jamais besoin de stabilité politique régionale pour mener à bien ses projets de réformes intérieures et s’imposer comme leader des mondes arabes. En ce sens, il y a adéquation et convergence avec la politique de Donald Trump.
La Turquie enfin, tend à confirmer son rôle d’acteur régional incontournable. La proximité affichée de Recep Tayyip Erdoğan avec le président étatsunien semble se confirmer, tout en soulignant que l’imprévisibilité de Donald Trump ne peut pas donner un caractère d’alliance durable à la relation entre Ankara et Washington. Pour l’instant, la Turquie adhère à la vision de Donald Trump sur la région qui pour sa part lui reconnait quelque vertu. C’est particulièrement visible en Syrie, où la Turquie assume un important rôle, aux côtés de l’Arabie saoudite, dans la normalisation internationale du pays. De même, alors que par la radicalité verbale des condamnations de Recep Tayyip Erdoğan de la politique d’Israël à Gaza avait empêché la Turquie de jouer un rôle aux côtés du Qatar et de l’Égypte dans les complexes médiations entre le Hamas et Tel-Aviv, le retour remarqué de la Turquie sur ce dossier au cours des derniers mois de l’année 2025 est un indicateur que Washington a besoin d’Ankara. Ce qui au passage est un irritant supplémentaire entre Tel-Aviv et Washington.
Un mot particulier doit enfin être mentionné quant à l’Iran, considérablement affaibli par les sanctions étatsuniennes et internationales et par l’agression militaire dont il a été victime en 2025, comme déjà indiqué. Ces premiers jours de l’année 2026 voient en outre un nouveau mouvement de contestation intérieure contre la hausse des prix et la dégradation économique du pays aux conséquences préoccupantes pour la vie quotidienne des citoyens. À travers ces revendications, nous avons une preuve supplémentaire de la contradiction fondamentale entre les aspirations d’une grande partie du peuple iranien et la crispation du pouvoir sur ses prérogatives et privilèges. Nul ne sait quand et comment cette contradiction se dénouera mais, en dépit de ses graves difficultés, l’Iran restera, pour de multiples raisons, un des États déterminants dans les évolutions de la région à l’horizon d’une quinzaine d’années.
On le voit, les conséquences du 7 octobre 2023 couplées au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche sont nombreuses dans la région. Au-delà des quelques lignes de force, ici brièvement rappelées, de nombreuses tensions, crises et guerres sont à craindre dans les mois à venir.
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Dans la nuit du 1er au 2 janvier 2026, les États-Unis ont mené une attaque au Venezuela pour enlever le président Nicolas Maduro et sa femme, ensuite exfiltrés vers New York où ils vont être jugés. Perçue comme une prouesse militaire puisqu’il n’y a eu aucune perte étasunienne, cette attaque a tout de même causé plusieurs morts au Venezuela.
Si l’on peut se réjouir du départ du dictateur Maduro, on doit tout autant s’inquiéter de la méthode utilisée par une force étrangère en totale violation du droit international. D’autant plus qu’il est clair que Donald Trump est bien plus intéressé par les importantes ressources pétrolières du Venezuela que par le « rétablissement » de la démocratie dans le pays. L’histoire nous donne en effet de nombreux exemples d’interventions étasuniennes désastreuses de l’Iraq à la Libye en passant par l’Afghanistan.
Le président américain montre ainsi bien ses intentions de remodeler l’ordre international en toute impunité. Il se pourrait qu’il continue dans cette lancée avec le Groenland, territoire sous souveraineté danoise qu’il convoite depuis plusieurs mois.
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Europe’s defence-industrial expansion coincides with the urgent need to accelerate the energy transition and reduce dependencies on imported fossil fuels and critical raw materials. This paper examines how the EU can leverage its regulatory power to align defence spending with wider sustainable transformation objectives. It argues that energy security provides a pragmatic entry point for integrating clean innovation into defence policy, given operational vulnerabilities of conventional fuel systems and rapidly evolving warfare realities. New defence frameworks such as the European Defence Industrial Strategy and Readiness 2030 still pay limited attention to the strategic role of energy transition for military readiness and Europe’s broader resilience. The paper outlines opportunities to systematically link defence procurement with clean industrial policy and to foster security-centric energy and material innovation through existing EU legislative and funding instruments. It concludes that achieving regulatory coherence between defence-industrial build-up and energy transition can help to strengthen Europe’s technological leadership and strategic autonomy in a volatile geopolitical environment.
À téléchargerL’article ‘Soft Power’ Meets ‘Hard Security’: Leveraging Europe’s Regulatory Strength for Energy Transformation in Defence est apparu en premier sur IRIS.
L’administration Trump-Vance poursuit un objectif très clair à l’international depuis son arrivée au pouvoir, le 20 janvier 2025. Un objectif qui pourrait se résumer ainsi : mettre à bas ce qui demeure de l’ordre international mis en place à partir de 1945.
Bien évidemment, l’ordre multilatéral était déjà moribond depuis un bon moment. Sa déliquescence — et celle d’organisations comme l’ONU — avait commencé dès les années quatre-vingt-dix. Donald Trump n’en est pas responsable. Il n’aura fait que précipiter le mouvement. Et il en a signé, avec l’enlèvement de Nicolas Maduro samedi 3 janvier 2026, l’arrêt de mort officiel.
Certes, personne ne se plaindra de voir Maduro perdre le pouvoir au Venezuela. Mais là n’est pas la question. En passant à l’action comme ils l’ont fait, les Américains nous ont fait entrer dans une autre époque. Il y aura un avant et un après. Les États-Unis se sont désormais ouvertement comportés comme un État mafieux, si ce n’est terroriste. On pourrait même parler de la première puissance de cette importance pratiquant le racket à l’échelle internationale. Et surtout — c’est là le plus inquiétant — ils ne cherchent plus à dissimuler leurs motifs.
Jusqu’au début de l’année 2025, chaque fois que les États-Unis intervenaient à l’étranger, ils se drapaient dans le prétexte d’exporter la démocratie, de combattre le terrorisme ou de protéger les droits humains. Mais lorsque Trump a menacé d’annexer par la force le Groenland, il n’y avait aucun prétexte de cette sorte derrière cette menace. Sans parler du coup fatal porté à l’esprit même de l’OTAN : un pays membre de cette organisation, son pays fondateur et le plus puissant, menaçait un autre pays membre de lui arracher par la force une partie de son territoire.
Lorsque Trump a décidé de taxer le Brésil à 50 % parce que Lula refusait de laisser Jair Bolsonaro sortir de prison, même logique. Contrairement à ses politiques de taxation tous azimuts, habituellement dissimulées derrière le prétexte des « méchants Européens » ou des « méchants Canadiens » qui profiteraient des États-Unis, là, non : c’était cash. « Tu veux mettre mon copain en taule ? Moi, je te taxe. »
Avec le Venezuela, nous assistons à une fuite en avant dans cette même dynamique. Les États-Unis ne se donnent même plus la peine de maintenir une couche de vernis civilisationnel, en laissant croire, par exemple, et comme ils l’auraient fait auparavant, qu’ils répondraient à l’appel de l’opposition pour l’aider à prendre le pouvoir. Aucun effort pour construire un prétexte crédible, si ce n’est cette guerre contre le narcotrafic qui n’abuse plus personne. Des forces spéciales américaines ont mené samedi à l’aube une opération militaire à Caracas, bombardé le plus grand complexe militaire du pays (Fuerte Tiuna), capturé Nicolas Maduro et son épouse, Cilia Flores, dans ce que Trump a décrit comme « une forteresse aux portes d’acier », puis les ont exfiltrés vers New York. Le tout en violation manifeste du droit international, mais aussi du droit américain.
Et Donald Trump continue d’assumer pleinement ses méthodes de gangster néocolonialiste et sa politique de racket : « Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions procéder à une transition sûre, appropriée et judicieuse », a-t-il déclaré samedi depuis Mar-a-Lago. Le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a été encore plus explicite : « Nous allons nous assurer d’avoir accès à davantage de richesses et de ressources sans avoir à verser de sang américain. »
Traduction : on prend le pétrole — les 303 milliards de barils de réserves, soit un cinquième des réserves mondiales — et le Venezuela paiera ce qu’on lui demandera. Faute de quoi, on recommencera. Par de nouveaux bombardements, ou par tout autre moyen permettant aux États-Unis de régir formellement le pays.
Et ceux qui se réfugient naïvement derrière l’argument selon lequel Trump aurait voulu « donner un exemple » à tous les dictateurs du monde me font sourire. Si l’objectif était réellement de montrer aux « tyrans » qu’ils sont à la merci des États-Unis, pourquoi Kim Jong-un n’a-t-il pas été arrêté lui aussi ? Pensons-nous vraiment que Washington aurait les moyens d’enlever le président chinois ou le président russe ? Et même en admettant que ce soit le cas, risqueraient-ils une bombe atomique sur New York ou Los Angeles ? Arrêtons.
Derrière ce coup d’éclat, plusieurs motivations se superposent. La première est évidemment l’appropriation des ressources naturelles du Venezuela. La deuxième consiste à marquer son territoire dans l’hémisphère occidental — la doctrine Monroe 2.0, le « corollaire Trump ». La troisième est de rappeler à la face du monde qu’il y a, comme on dit chez nous en Amérique, « a sheriff in town ». La quatrième vise à satisfaire l’électorat MAGA à un moment où Trump est en difficulté, notamment sur la scène internationale, la paix en Ukraine semblant lui échapper. Enfin, toute la mise en scène autour de l’arrestation de Maduro, de son inculpation et de son incarcération au Metropolitan Detention Center de Brooklyn permet aussi de détourner l’attention de l’affaire Epstein.
Quoi qu’il en soit, comme l’a déclaré le Premier ministre canadien Mark Carney, les choses ne seront plus jamais les mêmes. L’ordre international de 1945 est bel et bien mort. Nous sommes entrés dans un monde où le bilatéralisme et la loi du plus fort font loi, où les alliances seront de circonstance, et où le multilatéralisme ne sera plus qu’un souvenir lointain.
Le plus triste, dans tout cela, est de voir certains des chantres de l’ancien ordre international — Emmanuel Macron en tête — ne même pas mentionner l’illégalité de l’action américaine au Venezuela. Sans doute le président français ne souhaite-t-il pas contrarier Trump afin d’obtenir des concessions sur l’Ukraine. Mais ce silence de la France ne servira ni l’Ukraine ni le droit international. Bien au contraire, il ne fera qu’entériner un peu plus un ordre mondial où la force prime définitivement sur le droit.
Nous y sommes. L’Amérique de Donald Trump est désormais officiellement un État voyou.
Et le reste du monde n’a plus qu’à choisir : se soumettre, ou affronter les conséquences.
Romuald Sciora dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Essayiste et politologue franco-américain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient régulièrement dans les médias internationaux afin de commenter l’actualité. Il vit à New York.
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Chaque mardi, je reçois un membre de l’équipe de recherche de l’ IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, autour de l’actualité latino-américaine marquée par les actions menées par les États-Unis à l’encontre du Venezuela et par l’élection présidentielle au Chili qui voit le candidat d’extrême droite José Antonio Kast renforcer les relais de Donald Trump dans la région, alors même que l’administration américaine propose un « corollaire » Trump à la doctrine Monroe dans la stratégie de sécurité nationale publiée début décembre.
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La guerre déclenchée par la Russie en Ukraine en 2022 a profondément bouleversé les équilibres géopolitiques en Europe. Elle a mis fin à l’illusion d’un continent définitivement pacifié, ravivé les logiques de blocs et provoqué un réarmement accéléré des États européens. L’OTAN a retrouvé une centralité stratégique inattendue, tandis que l’Union européenne tente de redéfinir son rôle en matière de sécurité et de défense. Au-delà du champ militaire, ce conflit interroge la souveraineté, les frontières et les rapports de puissance sur le continent. Comment la guerre en Ukraine reconfigure-t-elle durablement l’architecture de sécurité européenne ?
Laurent Griot, enseignant-chercheur à Grenoble École de Management (GEM), a répondu à nos questions à l’occasion de la première édition des Géopolitiques de Grenoble organisées par l’IRIS et Grenoble École de Management.
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Cette année 2025 a été particulièrement marquée par le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, un événement qui bouleverse en profondeur l’ordre international. Son élection constitue une véritable rupture géopolitique : il s’attaque au système international issu de la Seconde Guerre mondiale, remet en cause le concept de monde occidental et l’Alliance transatlantique. Face à ce choc, l’Europe demeure dans le déni et la crainte, tandis que le fossé ne cesse de se creuser entre le « Sud global » et ce qui constituait jusqu’ici le monde occidental. Parmi ceux qui voient dans la victoire de Donald Trump une opportunité figurent Vladimir Poutine, qui voit Washington reprendre quasi au mot près toutes ses exigence dans le cadre des négociations concernant l’Ukraine ; Benyamin Netanyahou, à la tête d’un Israël qui se présente comme vainqueur sur le plan régional mais dont l’image internationale est durablement dégradée ; ainsi que Xi Jinping, qui tire avantage d’une présidence étasunienne dysfonctionnelle et apparaît, par contraste, comme le dirigeant d’un pays stable, respectueux et fiable, notamment en Amérique latine. Quant à l’Inde, la Turquie ou l’Arabie saoudite, ces puissances intermédiaires multiplient les partenariats. Dans le même temps, les conflits persistent sur le continent africain, tandis que l’ASEAN parvient à préserver son dynamisme économique malgré le conflit entre la Thaïlande et le Cambodge.
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Situé sur la partie ouest de l’île d’Hispaniola, Haïti occupe une place centrale dans l’ensemble caraïbéen. Malgré une importante diaspora, de nombreux talents et un territoire regorgeant de ressources naturelles, il souffre de crises multidimensionnelles qui en font l’un des États les plus fragiles au monde.
Cette situation résulte d’une histoire complexe, entre colonisation, esclavage, et endettement imposé par la France et les États-Unis qui débouche sur une succession de régimes et de crises qui n’ont cessé de nourrir l’instabilité.
A cela s’ajoute le terrible tremblement de terre de 2010 qui finit d’enfoncer le pays dans le chaos. L’économie est par conséquent particulièrement dégradée : Haïti est le seul État du continent américain à appartenir à la catégorie des pays les moins avancés (PMA). Une situation aggravée par le changement climatique qui pousse de nombreux Haïtiens à fuir le pays.
Désormais, et depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse à l’été 2021, le pays est dans une situation d’État failli : les gangs ont pris le contrôle de la quasi-totalité de la capitale sans que l’État ou les forces onusiennes mises en place ne parviennent pour l’heure à assurer la sécurité et démanteler les groupes armés.
Quels sont les enjeux historiques, politiques et géopolitiques ayant mené à cette situation ? Quels rôles jouent les acteurs internationaux désormais ? Comment le pays peut-il sortir de cette situation ?
Retour dans cette vidéo en cartes, photos et infographies sur Haïti, l’État à l’avenir spolié.
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Dans quelle mesure l’environnement peut-il être utilisé comme arme de guerre par les belligérants ? Comment peut-on mesurer l’impact des conflits sur l’environnement ? Dans ce nouvel épisode, Mathilde Jourde, co-directrice de l’Observatoire Défense et Climat et responsable du programme « Climat, environnement et sécurité » à l’IRIS, s’entretient avec François Grünewald, président et fondateur du groupe URD (Urgence – Réhabilitation – Développement), qui étudie depuis plus de trente ans l’empreinte environnementale des conflits à travers le monde. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, il multiplie les missions sur le terrain afin d’évaluer les impacts directs et indirects des affrontements sur les écosystèmes. Ces effets, variés et profonds, relèvent à la fois de dommages collatéraux liés aux opérations militaires et de l’usage délibéré de l’environnement comme instrument de guerre. François Grünewald revient également sur l’influence des changements climatiques sur les zones de combat et sur les défis environnementaux liés à la future reconstruction du pays. Face à l’ampleur des destructions observées, il s’interroge enfin sur la possibilité de qualifier certains actes de crimes environnementaux constitutifs de crimes de guerre dans le contexte de l’agression russe en Ukraine.
Crédits
« Sur le front climatique » est un podcast de l’Observatoire Défense & Climat produit par l’IRIS pour le compte de la DGRIS du ministère des Armées. Cet entretien a été enregistré à l’IRIS.
Sur le front climatique · Empreinte environnementale des conflits et usage de l'environnement comme arme. Avec F. GrünewaldL’article Empreinte environnementale des conflits et usage de l’environnement comme arme. Avec François Grünewald est apparu en premier sur IRIS.
La nature duale des technologies provenant des écosystèmes chinois et américain
conduit les deux pays à entrer en rivalité selon le modèle de la course aux armes avec peu de
leviers pour réduire l’intensité de cette compétition. Cette note propose d’examiner les
caractéristiques de cette structure sociale de rivalité technologique selon ce modèle de course
aux armes et d’identifier les facteurs structurant de cette situation.
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On se félicitait il y a dix ans la signature de l’Accord de Paris, qui avait rassemblé les États autour de l’idée d’une action commune face aux enjeux globaux. Loin de faire consensus aujourd’hui, la protection de l’environnement et l’usage durable des ressources communes font davantage l’objet de remise en cause et d’instrumentalisation politique. Changement climatique, matières premières, gestion de l’océan sont tout autant de thèmes qui fracturent le paysage international. Le retour du recours à la force et à l’appropriation représente-t-il un pivot stratégique définitif quant il s’agit de ressources communes et d’enjeux globaux ? Quels impacts cela peut-il avoir sur les cadres de gouvernance existants ?
Étienne Espagne, économiste senior à l’Agence française de développement (AFD), chercheur associé au Centre d’études et de recherches en développement international (CERDI), a répondu à nos questions à l’occasion de la première édition des Géopolitiques de Grenoble organisées par l’IRIS et Grenoble École de Management
L’article Gouvernance du climat : une géopolitique fragmentée pour des défis globaux ? est apparu en premier sur IRIS.
L’administration américaine brocarde l’Union européenne pour des maux souvent réels. Cependant, la soumission économique vis-à-vis des États-Unis et l’importation de leur crise culturelle jouent elles-mêmes un rôle déterminant dans le décrochage de l’UE. Au vu de ce paradoxe, ces attaques sont d’autant plus déstabilisantes que les exigences de l’administration Trump (acceptées par Ursula Von der Leyen) entravent simultanément l’éventualité d’un retour de l’Europe dans la course technologique. Au-delà des invectives transatlantiques, cette impasse historique rend effectivement la perspective d’un éclatement de l’UE tangible. Il convient d’en anticiper les éventuels effets, par un travail de résilience productive et intellectuelle.
Les conditions commerciales dictées par Washington illustrent, en premier lieu, l’impasse technologique liée au clivage transatlantique. La Commission Von der Leyen, en échange d’un niveau général de droits de douane unilatéraux limité à 15%, met en place une politique d’accommodement vis-à-vis du secteur technologique américain sur la plupart des dossiers, à l’exception de ceux liés au contenu des réseaux sociaux. Le fait que ces concessions soient ensuite présentées sous le jour d’une politique de compétitivité n’enlève, malheureusement, pas à leurs effets de long terme.
L’abandon de l’ambition d’autonomie technologique vient aggraver une série de paris malheureux dans ce domaine. Plus encore que le manque de débat, ces choix ont révélé une faille en matière de compétences scientifiques et industrielles. On citera comme exemples le pari démesuré sur l’hydrogène ; la transition généralisée vers l’électrique dans l’automobile, sans étude d’impact face à la concurrence, avant de devoir rétropédaler ; le raté dans les semi-conducteurs (avec le cher pari sur les transferts de la part d’Intel, en perte de vitesse). On pourrait y ajouter l’exportation du choc de la transition énergétique allemande, amplifiée par l’abandon, au cours de la décennie passée, des projets de diversification des importations gazières, au profit de Nord Stream I & II. Les compétences concrètes ont été supplantées par l’administratif, l’événementiel et le réglementaire.
Nous avons imité les dérives du modèle américain, mais en omettant l’ampleur de son système de recherche, des financements pour les programmes technologiques et l’émergence des géants numériques dans ce cadre. La facette qui inspire les Européens est davantage centrée sur le type d’hypertrophie managériale qui a conduit au déclin d’une entreprise comme Boeing.
La crise de l’industrie européenne illustre l’essoufflement d’une logique d’optimisation logistique poussée à l’extrême, aux dépens de l’innovation et du positionnement sur les nouveaux secteurs. Cela nous a permis de bénéficier de coûts très bas en Asie et en Europe centrale, tout en capitalisant sur le prestige de marques historiques. La crise énergétique et le bond technologique de la Chine, longtemps présentée comme eldorado pour les exportations européennes, ont fait dérailler ce modèle.
Le fait que les États-Unis cherchent à asseoir leur effort de réindustrialisation sur la soumission commerciale de leurs vassaux s’ajoute à ces difficultés. Les pénuries d’équipements militaires sur le front ukrainien n’ont pas seulement révélé l’ampleur de l’attrition industrielle de l’UE et des USA, derrière l’enthousiasme suscité par la bulle de l’IA, au même moment. Elle a également précipité la fracture du bloc occidental, conduisant les Européens à redévelopper leurs propres capacités militaires. Pour autant, ce moment d’ébranlement politique semble peu propice à l’ancrage stratégique de long terme et à la conjuration du risque nucléaire, qui avait animé les générations précédentes. De plus, la remilitarisation se fait, en grande partie, au profit de l’industrie américaine, comme en témoignent aux yeux du grand public les commandes de F-35.
En réalité, le niveau de désindustrialisation interroge notre interprétation de la notion même de PIB, au vu des activités qui sont désormais au cœur de l’activité des économies développées, soutenue au moyen de bulles, jusqu’à ce qu’elles éclatent. À l’heure où de nombreux pays se développent, forment des ingénieurs en nombre et les mobilisent pour leur déploiement industriel, s’impose une réflexion lucide sur la valeur de nos économies désindustrialisées, à l’ère du Powerpoint et des montagnes de financements circulaires.
La crise de l’euro n’avait pas donné lieu à une remise en question véritable. Au contraire, lui ont succédé une politique de bulle monétaire et, autour de 2017, la croyance en un bond en avant imminent des mécanismes fédéraux. On a alors même annoncé une dynamique de réindustrialisation, alors qu’une analyse plus ancrée ne pouvait qu’indiquer une tendance inverse. C’est dans cette optique que la situation française a continuellement dérapé sur le plan financier et industriel. L’adage selon laquelle chaque crise est l’occasion de parachever une étape dans l’édification de l’UE a accompagné l’éloignement de l’horizon d’une société stable, créative et prospère.
La perspective d’un nouveau départ pour l’Union européenne est entravée par la nature même de son décrochage, ancré dans des évolutions culturelles, dont la dérive bureaucratique et la crise éducative sont des éléments centraux. En lieu de remède, on voit de nombreux partis et mouvements en tous genres se positionner dans un jeu de guerre culturelle, dont les termes et la théâtralité sont directement importés des médias, plateformes et organismes outre-atlantiques. Les concessions actuelles de la Commission retarderaient, dans le meilleur des cas, un virage de redressement productif de plusieurs années.
Au-delà des invectives trumpiennes, la survie de l’UE à long terme ne peut plus être la seule hypothèse de travail, face aux chocs financiers qui s’annoncent, au décrochage productif et éducatif, ainsi qu’à l’issue de la guerre russo-ukrainienne. Les États et acteurs économiques doivent se préparer à la possibilité d’un bouleversement du système de coopération européen à l’horizon d’une décennie.
Il ne s’agit pas, à ce stade, d’un jeu de prophéties sur ce qui constituerait le facteur déclenchant parmi les diverses options : de l’élection de l’Alternative für Deutschland (AfD) à la sortie de certains pays d’Europe centrale, perdant éventuellement leur statut de bénéficiaires nets du budget européen, au gré de l’intégration de l’Ukraine ; ce qui pourrait expliquer que Moscou ne s’y oppose pas.
Il s’agit, avant tout, d’engager un travail de préparation pour éviter un éclatement désordonné. Car celui-ci aurait des conséquences redoutables pour les pays ne disposant plus, à ce moment, d’un modèle productif ni des ressources requises. Dans un scénario combinant éclatement et impréparation, la tendance qu’illustre l’accord avec le Mercosur pourrait, à l’horizon en question, entraîner des difficultés d’approvisionnement alimentaire. Une stratégie de résilience doit aborder ces risques tangibles.
Anticiper la perspective du retour de responsabilités nationales, dans un cadre qui serait plus proche d’une union douanière intégrée et d’un mécanisme de coordination monétaire, pourrait, dans tous les cas, servir d’aiguillon à un travail de stratégie productive et de sursaut éducatif. Alors que la méconnaissance réciproque entre Européens a atteint un degré préoccupant, un tel effort pourrait même nous rassembler, suivant des objectifs plus concrets de bonne entente et de stabilité.
Plus d’analyses et d’interventions de Rémi Bourgeot sur EPISTELEM.
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Six mois après l’arrivée de Friedrich Merz à la chancellerie, l’Allemagne traverse une phase d’incertitudes politiques et stratégiques. Entre attentes déçues en matière de réformes économiques, affirmation plus visible sur la scène européenne, relation transatlantique devenue ambiguë et permanence – mais aussi inflexions – de la politique allemande vis-à-vis d’Israël, Jacques-Pierre Gougeon, professeur des universités et directeur de recherche à l’IRIS, propose un tour d’horizon de l’état des politiques intérieures comme extérieures de l’Allemagne.
Après 6 mois à la tête de la chancellerie, quel bilan peut-on dresser de la politique intérieure de Friedrich Merz ?
Officiellement, Friedrich Merz n’est chancelier de la République fédérale d’Allemagne que depuis le 6 mai 2025. Il est toujours délicat de porter un jugement après une période aussi courte. Néanmoins, certains axes se dégagent déjà. En matière de politique intérieure, le premier bilan ne correspond pas aux attentes d’une partie de ses électeurs et de la population en général. En politique intérieure, le chancelier s’était présenté pendant sa campagne, d’une part comme « le réformateur » qui allait permettre à l’Allemagne de relancer son économie et d’autre part, comme celui qui allait faire reculer l’extrême droite dans son pays, incarnée par l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Sur le premier point, les inquiétudes se manifestent déjà fortement, à tel point que le président de la Fédération des industries allemandes a récemment lancé cette mise en garde : « L’économie allemande est en chute libre et pourtant le gouvernement ne réagit pas avec la détermination nécessaire ». Il est vrai que l’industrie allemande, qui représente encore aujourd’hui 21 % du PIB (contre 10 % pour la France), traverse une crise qui a conduit l’ensemble du secteur à perdre 120 000 emplois sur les douze derniers mois, dont 50 000 dans l’industrie automobile. Cela touche de grands noms comme Thyssen-Krupp et Bosch. De manière générale, le taux de croissance allemande est faible : + 0,1 % pour 2025 et une prévision de + 0,8 %. Les milieux économiques reprochent au chancelier de ne pas réformer assez vite, en débureaucratisant, en allégeant le poids des charges sociales et plus globalement du coût du travail, notamment à travers une refonte de l’État providence. Au-delà des problèmes bien connus du coût de l’énergie, du manque d’œuvre qualifiée dans le domaine scientifique et des faibles investissements dans les infrastructures, c’est un décrochage structurel qui menace. En effet, le taux d’exportation de l’Allemagne à hauteur de 42 % du PIB, longtemps une force de son modèle économique, peut se révéler une grande difficulté en cas de retour d’une politique protectionniste chez certains partenaires. Or les deux partenaires commerciaux les plus importants de l’Allemagne sont les États-Unis et la Chine. Les premiers ont une politique douanière restrictive et la seconde inonde le marché allemand de produits relevant de secteurs qui ont longtemps fait la fierté du « made in Germany » : l’automobile et la machine-outil. Les effets du plan d’investissements publics de 500 milliards (1000 milliards en intégrant les investissements militaires) lancé par Friedrich Merz dès le début de son mandat ne portent pas encore leur fruit. Selon plusieurs économistes, les premières incidences seraient perceptibles seulement à partir de la mi-2026, notamment sur la demande intérieure.
Il faut souligner que dans une grande coalition avec les sociaux-démocrates, le chancelier n’est pas totalement libre de ses mouvements. En effet, le parti social-démocrate SPD veut affirmer son « profil social » et toute réforme dans le domaine social s’oppose à la résistance de ce parti qui a par exemple obtenu que le taux de remplacement soit de 48 % pour les retraites jusqu’en 2031 et que le salaire minimum soit progressivement porté à 15 euros/heure. La CDU du chancelier a réussi à faire adopter la réforme de l’allocation citoyenne, mais après de vives discussions, alors même que cela était prévu dans le contrat de coalition. L’aile libérale et une partie de la base du parti du chancelier estiment que les réformes sont trop lentes, que la baisse de la fiscalité et le soutien aux entreprises sont négligés. Ces débats internes laissent dans une partie de l’électorat un sentiment d’immobilisme (déjà reproché au prédécesseur de Friedrich Merz). L’extrême droite entend profiter de cette situation. À lire les sondages actuels, cela lui profiterait en effet puisqu’elle devance la CDU/CSU et se classe en première position en cas d’élections fédérales, à hauteur de 26 %, derrière la CDU/CSU à 24 %. Le parti social-démocrate reste loin derrière avec 15 %, tout comme les Verts à 12 % et la gauche radicale avec 11 %. Depuis la dernière élection fédérale où elle avait obtenu 20,8 % des suffrages, l’extrême droite est jusqu’ici en constante progression, sans compter que les sondages lui prédisent pour les élections régionales de septembre 2026 dans la partie orientale de l’Allemagne jusqu’à 38 % des voix.
Quels sont les positionnements de l’Allemagne dans le domaine de la politique européenne et dans la relation aux États-Unis ?
Sur le plan européen, le chancelier Merz est incontestablement plus présent que son prédécesseur. Il s’inscrit là dans la tradition européenne de son parti, la CDU, et de grands noms comme Konrad Adenauer et Helmut Kohl qui, chacun avec ses différences et un contexte historique propre, a apporté une contribution importante à l’histoire de la construction européenne. Friedrich Merz est d’ailleurs plus respecté à Bruxelles que son prédécesseur. Une forme de leadership de l’Allemagne se manifeste, notamment du fait de la faiblesse politique de la France, toujours tourmentée par les conséquences de la dernière dissolution de l’Assemblée nationale, un niveau d’endettement très élevé (qui inquiète toujours l’Allemagne) et le fait qu’en 2027 l’exécutif sera renouvelé avec une réelle incertitude sur l’issue des élections présidentielles. Tout cela laisse un espace à l’Allemagne qui est – et cela compte évidemment – la première puissance économique européenne et la troisième mondiale. Avec la première contribution nette de 13 milliards d’euros au budget de l’Union européenne (loin devant la France avec 5 milliards), elle pèse évidemment aussi en terme financier. Cela compte lorsqu’il s’agit de porter les intérêts de son propre pays, clairement dans le recul de la Commission européenne sur la vente des voitures à moteur thermique à partir de 2035 et dans le débat autour du traité avec le Mercosur, mais aussi de manière plus générale, par exemple sur la question ukrainienne. Sur ce dernier sujet, on a assisté à un renversement des équilibres dans la galaxie européenne. Alors qu’au début de la guerre en Ukraine, la France était à l’initiative, c’est l’Allemagne qui depuis peu assume le leadership, comme l’a montré la tenue à Berlin le 15 décembre sous l’égide du chancelier de la réunion au sujet de l’Ukraine, certes non conclusive, mais qui a tout de même permis de dégager des lignes sérieuses. Le président Trump a même souhaité se manifester par visioconférence lors du dîner à la chancellerie, alors qu’il n’avait eu de cesse précédemment de critiquer la réunionite inutile des Européens. Berlin a également été très actif dans les négociations sur l’utilisation des actifs russes présents à Bruxelles, se disant prêt à garantir à hauteur de 25 % un prêt de réparation prélevé sur ces mêmes actifs et destiné à aider l’Ukraine. Certes, l’Allemagne a, comme deuxième fournisseur d’aides bilatérales à l’Ukraine derrière les États-Unis, un poids particulier. Mais sur ce sujet, le rapport aux États-Unis n’est pas sans incidence.
Comme tous les leaders européens, Friedrich Merz est choqué de la manière dont les États-Unis, en premier leur président, traitent l’Europe. Il fait le même constat que ses homologues européens et le répète volontiers, comme le 14 décembre lorsqu’il a affirmé : « La pax americana telle que nous l’avons connue, c’est terminé ». De la même façon, lors de la publication de la stratégie de sécurité nationale américaine, il a considéré que certaines parties de ce document étaient « inacceptables » et que si la démocratie devait être sauvée en Europe « les Européens y arriveraient tout seuls ». Mais une autre phrase de son propos du 9 décembre définit sans doute un autre aspect de la pensée du chancelier. S’adressant aux États-Unis, il précise : « Vous avez besoin de partenaires dans le monde et l’un de ces partenaires peut être l’Europe, et si vous n’arrivez pas à vous entendre avec l’Europe, alors faites au moins de l’Allemagne votre partenaire ». Cela traduit une forme d’ambiguïté de l’Allemagne dans sa relation avec les États-Unis. D’un côté, un regard sincèrement critique, de l’autre côté une difficulté à s’émanciper, tant la relation transatlantique apparaît essentielle, d’un point de vue commercial bien sûr puisque les États-Unis sont le premier partenaire commercial de l’Allemagne qui y réalise un excédent de 73 milliards d’euros, mais aussi sous le prisme d’un partenariat politique et géostratégique. Plus que chez son prédécesseur, Friedrich Merz est davantage marqué par l’idée que l’Allemagne a, même avec le changement de situation qu’implique le retour de Donald Trump au pouvoir, un rôle et un statut particulier. Or, cela n’est possible qu’avec une relation transatlantique la plus saine possible.
Quelle analyse historique et contemporaine peut-on faire de la politique allemande vis-à-vis d’Israël ?
Évidemment, la relation avec Israël est la relation la plus délicate et la plus sensible que connaisse l’Allemagne, du fait de la Shoah. Ce n’est pas une relation diplomatique comme une autre. En 1952, le chancelier Adenauer a signé avec l’État d’Israël un accord de réparation qui a contribué à ce que l’Allemagne fédérale de l’après-guerre puisse devenir « fréquentable », après l’horreur dont elle s’était rendue coupable. D’ailleurs, peu de temps après, la République fédérale a consenti un soutien militaire à Israël qui perdure et qui conduit à ce qu’aujourd’hui en Israël 30 % des armes importées proviennent d’Allemagne, ce qui fait du pays le deuxième contributeur derrière les États-Unis. Ce lien avec Israël se fonde d’abord sur une responsabilité historique de l’Allemagne. L’ancienne chancelière Angela Merkel a même affirmé en 2008 que cette responsabilité était « une partie de la raison d’État » en Allemagne. Lors de sa visite en Israël les 6 et 7 décembre 2025, Friedrich Merz a repris cette analyse en affirmant que « se tenir au côté de ce pays faisait partie du noyau essentiel, immuable de la politique de la République fédérale d’Allemagne ». Il reprenait là les « fondamentaux » de la diplomatie allemande, alors même que l’été précédent il avait provoqué une crise entre les deux pays et au sein de son propre parti en suspendant une partie des livraisons d’armes en provenance d’Allemagne du fait de son incompréhension de l’action militaire israélienne menée à Gaza et face au nombre de victimes civiles. Cette suspension a été levée en novembre mais elle montre que les choses peuvent aussi bouger. Concernant la reconnaissance de l’État palestinien que le gouvernement fédéral refuse aujourd’hui de reconnaître, certains parlementaires sociaux-démocrates de la coalition et certains diplomates ayant exercé des fonctions importantes demandent d’aller de l’avant sur cette question et de reconnaître cet État, estimant que la simple proclamation de « la solution à deux États » avait atteint ses limites.
L’article Allemagne : quelles orientations politiques et stratégiques sous Friedrich Merz ? est apparu en premier sur IRIS.
Malgré la reconnaissance de l’État de Palestine par plusieurs États occidentaux depuis septembre dernier et la signature d’un accord de cessez-le-feu dans le cadre du plan de paix porté par Donald Trump, la réalité sur le terrain demeure inchangée. En Cisjordanie, l’occupation israélienne se poursuit et s’intensifie ; à Gaza, la population reste exposée à des bombardements continus. Quant à la solution à deux États, celle-ci ne semble à ce jour plus envisageable dans les termes formulés il y a quelques décennies et demande à être réinventée. Dans ce contexte, les États-Unis et les Occidentaux adoptent un positionnement contradictoire en n’imposant aucune sanction et pression à l’égard d’Israël. Comment interpréter le positionnement étasunien sur la question du conflit au Proche-Orient ? Observe-t-on des changements d’attitude de l’opinion publique face au gouvernement israélien ? Quels leviers réels existent face à un gouvernement israélien qui rejette explicitement le principe même d’un État palestinien ?
Dans ce podcast, Robert Malley, enseignant à l’université de Yale et ancien conseiller des présidents Bill Clinton et Barack Obama sur les affaires du Proche-Orient, revient sur les ambiguïtés régionales et internationales alimentant l’impasse israélo-palestinienne, les limites de la solution à deux États et l’évolution de la position étasunienne face à Israël.
L’article Les États-Unis face à Israël. Avec Robert Malley est apparu en premier sur IRIS.