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Recompositions géopolitiques dans le Golfe. Avec Agnès Levallois

Wed, 06/05/2026 - 18:54

Malgré le cessez-le-feu depuis le 8 avril, le bras de fer entre l’Iran et les États-Unis autour de la fermeture du détroit d’Ormuz continue de s’intensifier, notamment avec la mise en place par Washington d’un « double blocus ». Malgré plusieurs tentatives de médiation, les risques d’escalade régionale demeurent élevés. Parallèlement, les pays du Golfe ont été entrainés malgré eux dans une guerre devenue régionale et les récentes attaques iraniennes contre les Émirats arabes unis ajoutent au niveau de tension. Dans ce contexte, une profonde recomposition géopolitique s’opère au Moyen-Orient, marquée par une évolution des alliances régionales et le retour de rivalités entre monarchies du Golfe. Cette évolution des équilibres géopolitiques s’opère par ailleurs sur fond d’aggravation des crises humanitaires à l’échelle régionale. Au Liban, les frappes israéliennes continuent de toucher des zones civiles et de détruire des infrastructures, provoquant d’importants déplacements de populations. À Gaza, la situation humanitaire ne cesse de se détériorer, face à l’accès à l’aide humanitaire extrêmement limité et le manque d’accès aux soins par les populations civiles. Enfin, les exactions à l’encontre des civils palestiniens et le processus de colonisation israélien se poursuivent en Cisjordanie.

Se dirige-t-on vers une reprise des négociations ou vers une nouvelle escalade de violence dans le Golfe ? Dans quelle mesure la guerre en Iran accélère-t-elle la recomposition des équilibres régionaux au Moyen-Orient ? Comment expliquer les divergences croissantes entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis face à l’Iran et à l’alliance israélo-américaine ? Les autorités libanaises peuvent-elles sortir de l’impasse entre pression militaire israélienne et difficultés à mener un processus de négociation viable à Washington ? Enfin, comment expliquer l’absence de mobilisation internationale face à l’aggravation de la crise humanitaire à Gaza ?

Autant d’enjeux abordés avec Agnès Levallois, présidente de l’Institut de Recherche et d’Études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO), qui analyse les recompositions régionales en cours dans la région.

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Italie : Giorgia Meloni est-elle entrée dans une nouvelle phase politique ?

Wed, 06/05/2026 - 11:41

La coalition dite de centre-droit de Giorgia Meloni vient d’entrer dans l’histoire politique italienne comme le deuxième gouvernement le plus long de l’histoire républicaine du pays. Cette solidité est due à un électorat fidèle — Fratelli d’Italia reste stable dans les sondages, à 30 % — mais aussi à une politique plus modérée qu’attendue, qui limite les critiques de l’opposition. Néanmoins, la défaite au récent référendum sur la justice a forcément un impact psychologique sur les électeurs et sur l’éthos de la présidente du Conseil, qui paraissaient intouchable. Ce résultat est à prendre en compte non pas par rapport aux électeurs de droite, qui ont semblé rester fidèles à la dirigeante, mais du côté de l’électorat de l’opposition — gauche et Mouvement 5 étoiles — qui a vu, avec cette victoire du « non », qu’une majorité était atteignable si les idées présentées sont claires et le combat commun. La présidente du Conseil a perdu en stabilité ces dernières semaines, et le socle qui lui assurait une maîtrise de la scène politique s’est fissuré : Giorgia Meloni doit donc rendre des comptes de ses choix précédents, et corriger certaines stratégies politiques.

Trump, un allié devenu encombrant

Giorgia Meloni voulait être le pont entre l’Europe et les États-Unis. Si son rapport privilégié avec la Maison-Blanche était perçu de manière positive sous Joe Biden, il l’est nettement moins sous Donald Trump. Résultat : ce lien avec le Tycoon a fortement freiné les collaborations diplomatiques de l’Italie avec ses principaux partenaires européens. Donald Trump a totalement déstabilisé l’échiquier mondial, devenant un ami bien encombrant dans le cadre d’une unité européenne en matière de relations internationales, notamment pour le soutien à l’Ukraine. Sur ce point, le problème reste toutefois relatif : le gouvernement italien dans son ensemble — sauf Matteo Salvini — a toujours condamné l’attaque russe contre l’Ukraine, gagnant ainsi des points auprès de l’électorat plus modéré, mais laissant des doutes chez les électeurs les plus souverainistes, souvent prorusses. En contradiction avec l’image proeuropéenne de Giorgia Meloni, son soutien apporté à Viktor Orbán lors des élections législatives hongroises n’a pas non plus aidé à renouer des rapports avec les partis et dirigeants modérés ou progressistes de l’Union européenne.

Giorgia Meloni a donc cherché à maintenir une forme de cohérence électorale et stratégique : rester fidèle à ses alliés politiques, comme Viktor Orbán, sans pour autant rompre avec la ligne pro-ukrainienne défendue par l’Union européenne. Mais cet équilibre, pensé pour parler à la fois à son électorat souverainiste et à ses partenaires européens, s’est révélé peu rentable dans la collaboration avec ses principaux alliés. Un risque réel pour l’économie italienne, qui peine à repartir — une croissance d’environ 0,5 % — et qui, plus que jamais, a besoin de regagner la confiance de ses partenaires. L’Italie est en effet un pays de transformation : l’augmentation du coût de l’énergie a un impact immédiat sur son économie et sur le coût de sa production. Sans un rapport privilégié avec les pays voisins, le Bel Paese pourrait se retrouver avec un manque de matières premières ou des stocks d’invendus problématiques, à cause d’un coût à la vente bien trop élevé.

Giorgia Meloni devait donc trouver une solution — un prétexte ? — pour rompre le pont qu’elle avait cherché à construire entre l’Union européenne et les États-Unis et en reconstruire un autre, entre elle et les principaux partenaires européens. L’altercation et la joute verbale entre le président des États-Unis et le pape Léon XIV ont offert à Giorgia Meloni une occasion inespérée de se libérer de cette amitié devenue bien trop embarrassante. Elle a donc pris ses distances avec l’administration américaine, ce qui, par la même occasion, la rapproche de la ligne directrice soutenue par les principaux dirigeants de l’Union européenne.

Cependant, la situation n’est pas aussi simple pour Giorgia Meloni, car l’Italie a sur son territoire deux grandes bases militaires essentielles dans le cadre des interventions au Proche et au Moyen-Orient, en particulier la base de Sigonella, en Sicile. Cette présence militaire sur l’île complique la situation, car elle expose directement l’Italie à de potentielles représailles, d’autant que, dans le même espace stratégique sicilien, se trouve le MUOS (Mobile User Objective System), un système de communication par satellite de la marine américaine. Giorgia Meloni veut s’éloigner de Donald Trump, mais elle doit maintenir des liens avec l’exécutif américain afin d’avoir une idée des risques que l’Italie encourt dans l’escalade militaire au Proche et au Moyen-Orient.

Il fallait aussi, pour Giorgia Meloni, composer avec son soutien à Viktor Orbán lors des dernières élections législatives hongroises. Avoir soutenu de manière aussi forte l’ex-Premier ministre n’est pas sans conséquence, la majorité des dirigeants européens ayant soutenu l’opposition. Cette situation apparaît cependant comme un faux problème pour les souverainistes italiens, qui rappellent que le vainqueur des élections hongroises est également issu de la droite. Ce qui était un soutien à Viktor Orbán est à présent présenté comme une simple préférence de candidat : le résultat reste tout de même satisfaisant pour la droite souverainiste italienne, qui prend des airs de droite modérée.

Entre majorité inconfortable et opposition revigorée

La leader de Fratelli d’Italia doit aussi gérer les alliés de sa coalition gouvernementale. Le référendum sur la justice était principalement à l’initiative de Forza Italia— le parti fondé par Silvio Berlusconi —, et l’échec de cette réforme met Giorgia Meloni en porte-à-faux par rapport à son ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani. Matteo Salvini tente quant à lui d’exister médiatiquement, mais ses tentatives de revenir sur le devant de la scène sont généralement infructueuses, voire contre-productives, aussi bien pour lui que pour le gouvernement. Son soutien, peu voilé, à Vladimir Poutine est aussi une épine dans la cuirasse de cette coalition.

Giorgia Meloni n’est pas en grande difficulté, malgré un premier déboire électoral, mais ses alliés de coalition pourraient se transformer en poids si la tendance actuelle se confirme. Cette situation — une première depuis l’arrivée de Fratelli d’Italia au pouvoir — donne à l’opposition un nouvel élan : la victoire du « non » au référendum montre que la droite souverainiste italienne n’est pas imbattable.

Si gagner lors d’un référendum est une chose, composer un programme électoral cohérent malgré les compromis en est cependant une autre. Un mouvement plus positif et enthousiaste semble toutefois (re)naître : même les partis centristes — Azione de Carlo Calenda et Italia Viva de Matteo Renzi — semblent avoir une certaine propension à accepter un accord pour une large coalition. Difficile pour autant d’imaginer un accord stable et certain entre tous ces acteurs, tant les divergences sont grandes : alors que Giuseppe Conte (Mouvement 5 étoiles) maintient des positions contre le soutien militaire à l’Ukraine et contre certaines orientations de l’Union européenne, Carlo Calenda s’est fait tatouer sur le bras le trident ukrainien.

Une nouvelle figure montante de la gauche italienne pourrait aussi donner une nouvelle dynamique à cette gauche plurielle. Silvia Salis, actuelle maire de Gênes, semble promise à une ascension dans les rangs de l’opposition, et pourrait potentiellement réussir le difficile pari de rallier tous les partis progressistes. Une tâche ardue : les précédentes expériences de large coalition de centre gauche — de L’Ulivo à L’Unione de Romano Prodi — ont montré la difficulté de tenir ensemble des forces très différentes. Le second gouvernement Prodi, né en 2006, n’avait ainsi tenu qu’un peu moins de deux ans.

Giorgia Meloni est donc bien entrée dans une nouvelle phase politique, mais pas nécessairement dans une phase de rupture. Sur le plan national, la présidente du Conseil semble vouloir rester fidèle à la stratégie qui lui a permis de s’imposer : une coalition de droite maintenue sous contrôle, un électorat souverainiste rassuré, et une image institutionnelle plus modérée que prévu. En revanche, c’est sur le terrain international que la correction apparaît la plus nette. L’amitié avec Donald Trump, comme le soutien affiché à Viktor Orbán, ont montré leurs limites dans un contexte où l’Italie a besoin de crédibilité européenne et de confiance économique. Giorgia Meloni ne renonce donc pas à son identité politique, mais elle semble contrainte d’en rééquilibrer l’expression : moins de proximité visible avec les alliés les plus problématiques, plus de centralité européenne. La nouvelle phase melonienne n’est pas celle d’un affaiblissement immédiat, mais celle d’un ajustement nécessaire.

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Politique intérieure, diplomatie : Poutine en difficulté ? | Les mardis de l’IRIS

Tue, 05/05/2026 - 16:48

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS, ancien ambassadeur de France en Russie, sur la situation politique intérieure en Russie et la diplomatie menée par Vladimir Poutine. Le président russe est-il en difficulté ?

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Mourir pour Zilupe ? La guerre qui vient

Tue, 05/05/2026 - 09:42

Le vieux lien transatlantique se meurt, la défense européenne tarde à apparaître et dans ce clair-obscur stratégique Vladimir Poutine pourrait surgir en prenant pied dans les pays baltes pour mettre fin à toute aide à l’Ukraine… sous la menace de la force nucléaire.

Incapables de se défendre comme les États-Unis – ce qui n’est ni financièrement possible, ni stratégiquement souhaitable – et ne voulant pas se battre comme les Ukrainiens – au prix de dizaines de milliers de morts – les Européens doivent inventer leur propre façon de faire la guerre ; une guerre qui ne sera pas la copie de celle qui se déroule en Ukraine.

La défense européenne doit donc se renforcer conventionnellement mais aussi intégrer une composante nucléaire spécifiquement européenne afin d’éviter tout chantage de la part de la Russie, mais aussi tout abus du protecteur américain.

C’est la voie que trace l’évolution de la doctrine nucléaire française. Cette évolution pourrait marquer le début d’une cohésion indispensable pour que les États européens puissent conjurer ensemble une menace qu’ils ne peuvent affronter isolément. Un nouvel avenir possible se dessine. Aux Européens de le construire. Vite.

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Which Type of Armament Cooperation Do We Want/Need? The Case of Sweden

Tue, 05/05/2026 - 09:30

Even though the security landscape has changed drastically since the Cold War, the main goals for Swedish arms cooperation have stayed roughly the same. Cooperation is seen as valuable for gaining access to competence, for preserving domestic competence, and for decreasing unit costs for procured equipment.

The Swedish experiences of international arms collaboration vary. Success factors include constructive dialogues and relations with the partner countries and companies, and trust. Challenges include country specific equipment requirements, protection of domestic defence companies, and the differences in export regulations.

Sweden will, like other countries, continue to seek the arms cooperations that benefit its national security and its defence industry. More specifically, Sweden is interested in exploring the potential of NATO collaboration, in the light of the newly acquired membership. Sweden also recognises the potential of the EU initiatives like the EDIP and the EDF, but it is through the combination of NATO and EU initiatives that real impact can be achieved. Upcoming strategic procurement decisions will also form the Swedish industry and what collaborations Sweden will pursue in the future.

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Retrait de l’OPEP : le pari risqué des Émirats arabes unis

Mon, 04/05/2026 - 18:38

Le retrait effectif des Émirats arabes unis de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), ce vendredi 1er mai 2026, n’est pas une surprise en soi. C’est le timing choisi qui l’est. En effet, la question des quotas d’exportation de pétrole est depuis quelques années le principal point de friction entre l’Arabie saoudite et Abou Dhabi, Riyad souhaitant restreindre l’offre des pays de l’OPEP pour garantir, avec l’appui de la Russie au sein de l’OPEP+, un prix de rentabilité qui répond à ses besoins de financement pour son plan ambitieux de développement « Vision 2030 ». Les Émirats qui exportaient avant le conflit en Iran près de 3MB/J avaient l’ambition d’augmenter leur production aux alentours de 5 MB/J. Cette ambition avait été annoncée par Sultan Al-Jaber, ministre de l’Énergie, président de la Compagnie nationale pétrolière d’Abou Dhabi (ADNOC) lors de la COP28 qu’il présidait.

Ce retrait aura sans doute une incidence sur le fonctionnement de l’OPEP déjà affaibli par plusieurs départs, dont celui du Qatar en 2018. L’organisation qui contrôlait 50 % du pétrole mis sur le marché ne représente plus que 30 % de la production mondiale.

Ce qui surprend le plus dans cette décision de se retirer de l’OPEP est sa temporalité. Ce retrait vient en plein milieu d’un conflit dont l’issue n’est pas prévisible. Les Émirats, qui jusqu’ici essayaient de ménager leur voisin iranien et servaient de coffre-fort aux dépôts des oligarques iraniens (gardiens de la révolution et autres mollahs), ont changé de stratégie. 

Les Émirats ont été probablement le pays le plus ciblé par les tirs de missiles et de drones iraniens. Ils ne sont pas intervenus militairement en appui de leurs alliés américain et israélien et ont bénéficié de l’aide française en vertu des accords de défense qui lient les deux pays. Les récentes déclarations du 1er mai sur le réseau social X de Anwar Gargash, l’influent conseiller politique de Mohamed Ben Zayed, ne laissent place à aucune ambiguïté : « Bien entendu on ne peut faire confiance à aucune disposition unilatérale iranienne ni s’appuyer sur elle après l’agression perfide contre l’ensemble de ses voisins ». La confiance est désormais totalement rompue avec l’Iran. Et en coulisse, les Émirats incitent les États-Unis à reprendre les hostilités.

Abou Dhabi se singularise des autres États du Golfe par sa proximité avec Israël. L’entente avec Tel-Aviv va bien au-delà d’une reconnaissance ou de l’établissement de relations diplomatiques. Les deux pays sont engagés dans de nombreuses coopérations notamment dans le domaine de la défense. Israël aurait récemment fourni à son partenaire du Golfe un système sophistiqué de défense contre les missiles.

La coopération entre Israël et les Émirats s’étend à l’Afrique. Les Émiriens leur ont ouvert les portes du Somaliland un point très stratégique dans la Corne de l’Afrique et qui se situe à une courte distance du Yémen des Houthis.

Cette stratégie en solo exaspère le grand voisin saoudien qui a adopté une toute autre approche. Riyad maintient son alliance avec Washington et se garde bien de répliquer aux propos insultants de Donald Trump. En même temps, le royaume wahhabite privilégie désormais d’autres alliances en essayant de construire un axe avec le Pakistan, la Turquie et l’Égypte trois puissances régionales. Les Saoudiens veulent neutraliser la menace iranienne sans vouloir l’anéantissement de l’Iran. En cela, ils semblent beaucoup plus proches des Omanais (qui ont été marginalisés par les États-Unis). Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères iranien, s’est ainsi rendu à Mascate le 25 avril avant de se rendre à Moscou. Il a été reçu par le Sultan et a eu des discussions approfondies avec son homologue Sayed Badr Al-Busaïdi. Pourtant Oman a toujours été prudent dans ses relations avec l’Iran. Est-ce par sympathie pour le régime ou un choix de conserver des relations de bon voisinage avec un puissant voisin qui a des capacités de nuisance importantes ?

L’absence de réaction des pays du Golfe dans leur ensemble est surprenante. Leurs installations vitales ont été durement frappées par les attaques balistiques iraniennes sans que cela entraîne de répliques de leur part. Ces pays auraient pu participer même symboliquement à des ripostes, vu le formidable arsenal accumulé, avec l’appui des forces américaines. Ils ont privilégié une attitude attentiste, voire pusillanime. Les Omanais qui partagent le contrôle du détroit d’Ormuz avec les Iraniens et dont une grande partie du trafic s’effectuait sur le rail dans leurs eaux territoriales ont accepté cette fermeture sans sourciller.

Cette absence de réaction peut se comprendre par les doutes sur la capacité des Américains et des Israéliens à détruire les capacités de nuisance de l’Iran, leur voisin immédiat, et avec lequel il faudra continuer de compter.

Cela explique aussi la volonté émirienne qui se distingue des autres monarchies du Golfe par cette envie d’en finir une fois pour toutes avec cette menace.

Ce conflit aura de multiples conséquences. Il officialisera une rupture de fait entre les deux monarchies rivales (Arabie saoudite et Émirats), mais pourrait remettre en question le fonctionnement du Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui n’a jamais réussi à concilier les intérêts, souvent divergents, des uns et des autres.

L’autre conséquence sera la diminution de l’importance du détroit d’Ormuz comme débouché pour les exportations de pétrole et autres. D’ores et déjà, des plans pour faire renaître de vieilles routes sont à l’étude (le chemin de fer du Hedjaz pourrait être étendu à tous les pays du Golfe et aboutir en Méditerranée par exemple), l’Arabie saoudite dispose déjà du port de Yanbu qui lui permet d’exporter une grande partie de sa production de pétrole par la mer Rouge. Les Émiriens renforceront les capacités de leur débouché maritime à Fujairah dans la mer d’Arabie en dehors du détroit. Les Omanais ont eu une intuition qui s’avérera gagnante en développant l’immense complexe maritime de Duqm sur l’océan Indien. 

Le conflit avec l’Iran aura eu le mérite de clarifier les positions des uns et des autres.

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L’Europe doit dire à Trump « ça suffit »

Mon, 04/05/2026 - 13:27

Il est temps que les dirigeants européens exposent nettement leurs désaccords à l’égard de Donald Trump et cessent de le craindre. À ce jour, rares sont les voix qui s’y opposent clairement, à l’image du pape ou du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez.

Un simple exemple illustre la situation de nombreux dirigeants européens : après une timide remarque du chancelier Friedrich Merz affirmant que les Américains avaient été humiliés en Iran, Donald Trump a décidé d’augmenter les tarifs sur les exportations d’automobiles européennes de 15 à 25%, malgré les accords négociés longuement l’été dernier.

L’Europe doit-elle continuer à privilégier la relation transatlantique à tout prix ? Faut-il garder des bonnes relations par souci de préservation de l’unité de l’OTAN ? Celle-ci semble en réalité déjà très fragilisée. Ou alors s’agit-il d’assurer l’aide états-unienne à la défense de l’Ukraine ? Les Etats-Unis ont d’ores et déjà drastiquement diminué leur contribution et les pays européens supportent désormais la grande majorité de l’aide.

Dès lors, les pays européens doivent prendre leurs responsabilités, pour réaffirmer leurs valeurs et sauvegarder leur crédibilité. Pour cela, il faut bâtir une autonomie européenne commune, capable de se défendre face aux chantages du président des États-Unis.

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Hôpitaux : cibles de guerre. Avec Rony Brauman, médecin et membre de MSF Crash

Sun, 03/05/2026 - 13:24

Quel est l’avenir de la protection médicale en temps de guerre ? Dans cet entretien, Pascal Boniface reçoit Rony Brauman, médecin, membre de MSF Crash et ancien président de Médecins sans frontières (MSF). À l’occasion des dix ans de la résolution 2286 du Conseil de sécurité de l’ONU, ils échangent sur la protection des hôpitaux, des soignants et des patients en zones de conflit.

Rony Brauman rappelle le caractère sacré des lieux de soin : les hôpitaux, les malades et les équipes médicales bénéficient d’une protection renforcée, car une attaque contre eux menace non seulement des vies immédiates, mais aussi l’avenir des populations qui pourraient en dépendre.

Pourtant, malgré cette résolution historique, les violences sont systémiques. Syrie, Gaza, Yémen, Soudan du Sud, Ukraine… les attaques se multiplient, souvent justifiées par des accusations non prouvées. Il dénonce l’impunité des belligérants et le recul du droit humanitaire, appelant à des sanctions internationales pour mettre fin à ces crimes de guerre.

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10ᵉ Forum international de Dakar sur la Paix et la Sécurité

Thu, 30/04/2026 - 17:21

La 10ᵉ édition du Forum de Dakar, première organisée à 100 % par le Sénégal sans co-organisation française, s’est tenue les 20 et 21 avril 2026 sur le thème « L’Afrique face aux défis de stabilité, d’intégration et de souveraineté ». Plus de 700 participants, 60 pays, un panel de haut niveau, deux plénières et six ateliers. Le Forum a accouché d’une initiative phare — la Doctrine de Dakar sur la prévention des conflits — et d’un constat nouveau : la paix africaine ne sera ni importée, ni déléguée, ni improvisée. Mais l’épisode marquant restera la passe d’armes entre le ministre malien Abdoulaye Diop et le professeur Maurice Dione (Université Gaston Berger), qui a cristallisé la fracture entre la diplomatie des juntes sahéliennes et la pensée académique africaine, qui reste au fond, attachée aux normes démocratiques.

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Trump/Iran : Nier la réalité ne la change pas

Thu, 30/04/2026 - 17:07

Alors que Donald Trump s’efforce d’afficher un contrôle total face à l’Iran, la réalité semble lui échapper un peu plus chaque jour. Les scénarios évoqués (guerre rapide, changement de régime, fin du programme nucléaire) se sont progressivement évaporés.

Ce qui devait être une démonstration de leadership s’apparente aujourd’hui à une impasse stratégique. En tentant d’imposer un rapport de force, Donald Trump a surtout mis en lumière une absence de vision stratégique et une posture de suiveur vis-à-vis de Benyamin Netanyahou.  

L’idée d’une toute-puissance américaine en ressort profondément fragilisée. Une fois encore, l’interventionnisme militaire montre ses limites : loin d’apporter des solutions, il produit des blocages durables et des effets contraires aux objectifs initiaux. Pendant ce temps, la République islamique d’Iran gagne du temps.

Parallèlement, la pression exercée sur les marchés énergétiques par le blocage du détroit d’Ormuz, avec un baril en forte hausse, est favorable aux compagnies pétrolières américaines. Néanmoins, la  crise énergétique qu’elle engendre ne risque-t-elle pas de retourner l’opinion publique mondiale contre les États-Unis, étant eux même à l’origine de cette guerre ? Ce contexte pourrait-il s’avérer favorable à la Chine qui est en capacité de produire de l’énergie décarbonée à un coût actuellement moindre ?

Face à cette conjoncture, les lignes commencent à bouger au sein même des États-Unis : les démocrates se réveillent, le doute s’installe chez certains soutiens de Trump. Cette fragilisation interne peut-elle remettre en cause la poursuite du conflit ? Jusqu’à quand cette stratégie peut-elle tenir politiquement ?  

Mon analyse dans cette vidéo.

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Quelques réflexions à propos des récentes interventions médiatiques de Frédéric Martel

Wed, 29/04/2026 - 19:28

Frédéric Martel vient de publier un livre intitulé Occidents – Enquête sur nos ennemis, dont le moins que l’on puisse constater est qu’il bénéficie d’une vaste promotion puisqu’on a pu lire ou écouter son auteur dans d’innombrables médias ces dernières semaines.

La perplexité germe rapidement à l’écoute de l’émission Quotidien du 13 avril animée par Yann Barthès, lorsque l’auteur explique avec force détails qu’il a participé à une réunion de tous les chefs politiques et militaires du Hezbollah au 4e sous-sol d’un immeuble sécurisé sis dans la banlieue sud de Beyrouth[1]. OSS 117 n’en aurait pas demandé tant… En lisant la transcription du podcast géopolitique de L’Express daté du 16 avril, le doute se transforme en suspicion quand Frédéric Martel explique sans sourciller qu’il a « infiltré des réseaux du Hezbollah ».

Toute personne s’intéressant au Moyen-Orient sait que le Hezbollah est l’une des organisations les plus cloisonnées de la région et les événements de ces dernières années ont prouvé que seuls les agents des services de renseignement israéliens étaient parvenus à pénétrer cette organisation, avec la redoutable efficacité que l’on connait. On peut alors légitimement douter qu’un journaliste français, préparant un essai sur les ennemis de l’Occident, puisse ainsi avoir ses entrées au plus haut niveau d’un mouvement dont une partie de l’appareil vit dans la clandestinité. Mais visiblement aucun de ses confrères ne lui a demandé plus de précisions sur cette folle aventure… plus c’est gros plus cela passe et cela impressionne sûrement beaucoup dans les chaumières de constater un tel courage.

La surprise passée, d’innombrables questions se posent à la lumière des interventions de Frédéric Martel. Comme il l’affirme à de maintes reprises, il s’agit pour lui d’expliquer la logique de tous ceux qui affirment lutter contre l’Occident. Nous reviendrons sur l’utilisation du pluriel du titre de son livre. La méthode est de prime abord simple, mais empreinte d’un raisonnement binaire dont la rigueur intellectuelle est sujette à caution. Les bons, défenseurs et incarnations du système libéral, contre les méchants, dictateurs ou illibéraux. L’auteur range ainsi dans la même catégorie des responsables politiques et des systèmes dont les origines, les histoires et les dynamiques sont radicalement différentes et ne peuvent pas être simplement superposées pour les besoins d’une démonstration empirique. Jamais ne sont par exemple évoquées les classes sociales et les intérêts économiques défendus par ces dernières, qui semblent pourtant déterminantes pour en saisir les logiques. Qui peut considérer sérieusement que les politiques défendues par Fidel Castro, Hugo Chavez, Vladimir Poutine, Xi Jinping, Viktor Orbán ou Hassan Nasrallah sont réductibles l’une à l’autre ?

Pour l’auteur, le terme d’Occident est « une construction brandie par nos adversaires pour nous dénoncer ». Pour lui, c’est la haine partagée de l’Occident qui serait le dénominateur commun et relie l’ensemble de ces responsables politiques. D’ailleurs lui-même ne se caractérise pas comme occidental, mais avant tout comme Européen, et considère que l’Occident est peut-être une métaphore, une caricature et non pas une réalité. Un mythe utilisé par ses ennemis.

Très bien. Il admet donc que le terme d’Occident n’est en l’occurrence pas lié à la géographie mais ne comprend pas qu’il incarne plus fondamentalement une alliance stratégique et militaire ainsi que des systèmes politiques mis en place pour défendre le mode de production économique dominant.

Le raisonnement de Frédéric Martel renvoie à la question qu’il juge fondamentale des valeurs supposées être incarnées par les démocraties libérales. Le simplisme fait cependant rarement bon ménage avec l’histoire telle qu’elle existe et non pas telle que l’on voudrait qu’elle soit. Eriger la défense des valeurs démocratiques comme principe cardinal des convictions qui semblent inspirer l’auteur est un axiome séduisant et respectable. Il faut dans ce cas pousser la logique à son terme et admettre que les « États démocratiques » incarnent des principes à géométrie variable. L’histoire des cruautés de la colonisation – le fameux fardeau de l’homme blanc développé par Rudyard Kipling – le prouve amplement, les exemples abondent. Comment aussi expliquer les multiples coups d’État organisés par de soi-disant respectables démocraties (Iran 1953, Chili 1973…), comment justifier les guerres engagées et menées par les mêmes États impérialistes au mépris du droit international ? Ces quelques rappels historiques sont loin d’être exhaustifs tant les exemples pullulent de ces États démocratiques qui n’hésitent pas à utiliser les moyens les plus opposés aux valeurs qu’ils prétendent défendre.

Mais ces situations ne se trouvent pas que dans l’histoire, l’actualité nous les rappelle quotidiennement. Chacun peut constater le deux poids-deux mesures caractérisant la politique des États occidentaux dans leur traitement respectif de la guerre en Ukraine ou dans celui du génocide en cours à Gaza. Dans le deuxième cas le silence est en effet assourdissant et les initiatives concrètes pour mettre fin au massacre planifié quasi inexistantes… Visiblement la vie d’un Palestinien a beaucoup moins de valeur que celle d’un Ukrainien.

Non, décidément, l’analyse de la situation internationale ne dépend pas d’idées généreuses, mais en l’occurrence singulièrement désincarnées et donc en bonne part inopérantes. Pour Frédéric Martel la méfiance et la détestation à l’encontre de l’Occident s’expliquerait parce que cet Occident est devenu synonyme de démocratie, donc la haine à son encontre « représente d’abord une haine de la démocratie »[2]. Ce n’est pas une haine à l’encontre de l’Occident que les États du Sud conçoivent mais bien une défiance, justifiée, quant à la propension des dirigeants occidentaux à défendre des principes uniquement quand ils correspondent à leurs intérêts matériels bien compris. Comment, dans cette situation, les dirigeants du Sud pourraient-ils spontanément et le cœur léger adopter des principes tant de fois bafoués ?

Pour autant, rien ne justifie un hypothétique soutien à des régimes autoritaires ou dictatoriaux qui oppriment les peuples de nombreux États du Sud et nul progressiste ne peut se dispenser des nécessaires critiques à leur égard. Le piège en la matière serait de tomber dans une sorte de retour du campisme de la guerre froide, non plus aligné cette fois-ci sur l’URSS mais comme un soutien direct ou indirect à des régimes mis sous pression par les États-Unis. Comme le décrit Gilbert Achcar : « En d’autres termes, il y eut passage d’une logique de “L’ennemi de mon ami (l’URSS) est mon ennemi” à une logique de “L’ennemi de mon ennemi (les États-Unis) est mon ami” ». Ce raisonnement n’est pas non plus opérant, parce que binaire.

Le pendant de cette position est un « campisme inversé » dicté par les puissances occidentales qui constitue le fondement de la thèse de Frédéric Martel. Un clivage entre les « démocraties » et les « régimes autoritaires » traduit en termes de confrontation entre pays « libéraux » et « illibéraux », les premiers promouvant un monde de paix, de droits, de libertés, de valeurs universelles, les seconds un monde autoritaire, de force brute. Ces clivages poursuivent un objectif idéologique et stratégique : nous enjoindre à choisir notre camp en fonction d’une grille de lecture simpliste, moralisante, instrumentalisée et singulièrement artificielle. Mais dans le domaine des relations internationales, les partisans d’une transformation progressiste et d’une rupture avec le système capitaliste ne peuvent raisonner en termes campistes d’« amis/ennemis »[3].

La prétention de Frédéric Martel à avoir infiltré le Hezbollah fait sourire, mais au-delà du grotesque l’essentiel n’est pas là. Ses réflexions sont développées en défense de l’occidentalisme dont une partie des soi-disant élites politiques et médiatiques sont biberonnées depuis des décennies et qui constatent avec effroi que le sol se dérobe sous leurs pieds. Non seulement les États du Sud, dans leur grande diversité, revendiquent leur droit à décider par eux-mêmes sans plus subir les exigences des États occidentaux, mais, de plus, le pays qui incarnait jusqu’alors l’occidentalisme pour ses thuriféraires est en train de saper méthodiquement les bases sur lesquelles était édifiée leur domination. La politique mise en œuvre par Donald Trump n’est probablement pas une courte parenthèse et contribue à reconfigurer les relations internationales. Avec son insupportable arrogance il contribue à affaiblir l’Occident et ses prétendues valeurs si chers à Frédéric Martel. Au-delà du cas états-unien nous assistons en effet à une prolifération et à un renforcement des régimes autoritaires à travers le monde qui tentent de juguler à leur manière les effets de la crise généralisée qui affecte le système international.

Ainsi, à la question de savoir si Israël est la pointe avancée de l’Occident comme le prétend Benyamin Netanyahou, Frédéric Martel, y constatant la domination des ultraorthodoxes et des ultranationalistes, feint de s’interroger et explique « ce qui pose la question de l’appartenance d’Israël aux pays occidentaux, disons aux démocraties libérales ». La formule est savoureuse. Toute interrogation est légitime mais certaines apparaissent néanmoins comme superfétatoires, et le syndrome de l’indignation sélective semble bien avoir affecté notre auteur. Il explique en outre à propos du Liban qu’une solution s’impose pour parvenir à la paix : ce pays doit démanteler le Hezbollah et reconnaitre Israël. Il ajoute sans sourciller « L’Égypte et la Jordanie l’ont fait. Il n’y a plus de guerres depuis longtemps avec ces deux pays ». Pour Frédéric Martel, le tour est joué. C’est ne rien comprendre à la centralité de la question palestinienne sans résolution de laquelle il est vain d’escompter une stabilisation de la région. À moins qu’il considère cette question comme désormais nulle et non avenue et qu’il suffirait in fine de faire preuve de bonne volonté pour ramener la paix, comme par un coup de baguette magique. Ce positionnement est, a minima, inquiétant en ce qu’il fait écho aux positions défendues par l’establishment israélien.

Il s’agit certes de construire des alternatives pour faire face aux défis d’un monde en crise systémique. Pour ce faire il s’agit de ne pas se tromper de combat et surtout s’appuyer sur les résistances sociales et politiques qui existent à travers grand nombre de pays. Pour y parvenir il est alors préférable de ne pas considérer les citoyens comme des crétins en prétendant avoir infiltré le Hezbollah…

[1] À partir de 16’59

[2] Frédéric Martel, Occidents – Enquête sur nos ennemis, Paris, Plon, 2026, p. 587.

[3] Voir à ce propos Didier Billion et Christophe Ventura, Désoccidentalisation – Repenser l’ordre du monde, Marseille, Agone, 2023.

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Mali : vers la fragmentation ? Avec Fatou Élise Ba

Wed, 29/04/2026 - 17:54

Le 25 avril 2026, des attaques ont été menées par des groupes armés au Mali, notamment à proximité de la capitale Bamako. Les combats ont opposé les Forces armées maliennes (FAMa), soutenues par l’organisation paramilitaire russe Africa Corps, à une alliance inédite entre deux groupes armés aux objectifs distincts. D’un côté, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), une organisation djihadiste affiliée à Al-Qaïda, et de l’autre, les indépendantistes touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA). Les rebelles sont parvenus à prendre le contrôle de plusieurs villes, dont Kidal, sous contrôle de l’État malien et des mercenaires russes depuis 2023. Ces affrontements particulièrement violents ont fait au moins seize morts, dont le ministre de la Défense, Sadio Camara.

Ces événements s’inscrivent dans un contexte déjà extrêmement fragile. Depuis plus d’une décennie, le Mali est confronté à une crise profonde, marquée par une instabilité politique et de fortes difficultés économiques.

Dès lors, comment expliquer le rapprochement de deux groupes armés aux objectifs pourtant divergents ? S’agit-il d’une alliance durable ou d’une coalition de circonstance contre l’État malien ? Cette dynamique annonce-t-elle une fragmentation du pays ? Dans quelle mesure la junte au pouvoir est-elle en capacité de contrôler la situation ? Et comment interpréter l’absence de réaction de la Russie et les acteurs régionaux face à cette situation ?

Autant d’enjeux abordés avec Fatou Élise Ba, chercheuse à l’IRIS, responsable du Programme Sécurité humaine et spécialiste des questions de développement et de l’Afrique, qui analyse les dynamiques de ces affrontements et les risques d’évolution de cette crise.

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Is U.S. Power Declining or Transforming? American Democracy and Its Global Role

Tue, 28/04/2026 - 17:47

On the eve of the 250th anniversary of the United States Declaration of Independence, many debates are emerging over the evolution of American politics and the country’s role on the international stage. In a context marked by deep internal divisions, growing geopolitical tensions, and intensifying rivalries between powers, one question persists: is the country at a turning point in its history? America at 250: At Home and Beyond approaches this question from this perspective, offering an analysis of political, social, and international dynamics, while also reflecting on the transformations and challenges facing the United States as this symbolic milestone approaches.

On this occasion, Gideon Rose, professor at Columbia University, former editor of Foreign Affairs, and author of the book’s postscript, answers our questions:

  • How has American democracy evolved since independence? Can the United States still be considered as a democratic model?
  • What role does the United States currently play on the international stage? Are we witnessing a decline in U.S. power, or is it undergoing a transformation?
  • How does the perception of democratic decline in the United States shape public opinion and the way opposition movements organize themselves?

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Violence et vie politique aux États-Unis : phénomène inéluctable ? | Les mardis de l’IRIS

Tue, 28/04/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪IRIS‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, autour du climat de violence qui secoue la vie politique américaine, notamment après une nouvelle tentative d’assassinat visant le président Donald Trump, samedi 25 avril, lors du dîner des correspondants de la presse.

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Integration of the European Capability Process in Member States’ Administration : The Estonian Case

Tue, 28/04/2026 - 09:17

This paper explores the degree to which, and how, Estonia has used the Capability Development Plan (CDP), the Coordinated Annual Review on Defence (CARD), Permanent Structured Cooperation (PESCO), and the European Defence Fund (EDF) in its national defence planning and acquisition policies and practices. Consistent with its view of the respective roles of NATO and the EU in defence, Estonia largely disregards the outputs of the CDP and CARD in its defence planning, focusing instead on national and NATO-derived requirements. Estonia is, however, a strong advocate for the role that EU support and funding can play in building Europe’s defence capabilities. It is a willing participant in PESCO and strongly encourages its defence industry to participate in EDF projects, where Estonian entities have achieved relatively high levels of success in fields such as cyber, robotics, sensors, and surveillance technologies.

À télécharger

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Liban : une situation très volatile

Mon, 27/04/2026 - 17:30

Vendredi dernier, Donald Trump a annoncé une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu entre Israël et le Liban. Un accord encore imparfaitement respecté, mais qui accorde aux populations libanaises un peu de répit après des semaines de bombardements.

Ce cessez-le-feu apparait comme imposé par Washington au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, fragilisé par une contestation croissante au sein de l’opinion israélienne. Parallèlement, ces discussions marquent un tournant : il s’agit des premières négociations directes entre Israël et le Liban depuis plus de 40 ans, alors même que les deux États ne se reconnaissent pas officiellement.

Ces échanges pourraient-ils ouvrir la voie à une reconnaissance d’Israël par le Liban, comme le souhaitent les États-Unis ? La question reste entière, alors que près de 6 % du territoire libanais demeure occupé par l’armée israélienne. Autre élément marquant : la France, pourtant alliée historique du Liban, a été écartée des négociations sans réelle réaction. Que révèle cette mise à l’écart sur l’état réel du partenariat entre Paris et Beyrouth ?

En réalité, l’issue du conflit dépasse largement le cadre bilatéral. Elle dépendra en grande partie des discussions entre les États-Unis et l’Iran, notamment autour du détroit d’Ormuz, toujours sous tension.

Dans ce contexte, quelles perspectives pourraient se dessiner pour le Liban, alors que ce dernier est confronté à une crise politique profonde, à l’affaiblissement de ses institutions et à des déplacements massifs de population ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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Somaliland : longue route vers la reconnaissance

Mon, 27/04/2026 - 09:11

Dans quelle mesure la reconnaissance du Somaliland par Israël constitue-t-elle un tournant diplomatique pour ce territoire ?

L’annonce de la reconnaissance complète et réciproque du Somaliland par Israël le 26 décembre dernier a fait éclater une crise diplomatique et médiatique mondiale (non sans le précédent de janvier 2024) et a remis le Somaliland sur le devant de la scène mondiale. Pour autant, malgré le passage d’un État de facto à un État reconnu, il est difficile de qualifier cette reconnaissance de rupture diplomatique, en ce qu’il n’y avait de fait et depuis 1991, aucune présence des institutions somaliennes au Somaliland. De plus, de très nombreux partenaires internationaux y avaient déjà des représentations, des bureaux ou des actions. En effet, outre les bureaux de liaison des États voisins – Éthiopie depuis 25 ans, pour laquelle le représentant a un rang d’ambassadeur, et Djibouti – Hargeisa est depuis une quinzaine d’années le siège d’un certain nombre de projets des coopérations européenne, allemande, britannique ou danoise. La coopération française, arrivée tardivement, y mène d’ailleurs un projet de valorisation du patrimoine, mais on peut rappeler que la France fut le premier État à aider l’armée somalilandaise naissante au début des années 1990 en lui fournissant ponctuellement vivres et uniformes. L’autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), dont la Somalie est le fondateur, opposée à la reconnaissance du Somaliland, y réalise toutefois des projets dans le cadre de l’intégration régionale et le Somaliland accueille une école vétérinaire de rang régional, faisant cohabiter son drapeau et celui de l’IGAD. Un certain nombre d’institutions onusiennes ont également bureau et actions au Somaliland, certes souvent dans des projets de portée « nationale », c’est-à-dire à l’échelle de la Somalie, ce qui leur a parfois valu d’être suspendus par le Somaliland.

Plus que de facto, c’est peut-être statu quo qui pourrait caractériser une période antérieure, notamment avec deux dates : 2010 et 2012. En 2010, les États-Unis ont autorisé le financement direct des « régions somaliennes » permettant ainsi à la Banque mondiale de financer des projets au budget de la République du Somaliland. En 2012, le passage de la Somalie d’un gouvernement de transition à un gouvernement fédéral a laissé libre interprétation du terme « Somaliland » rapidement « reconnu » par Mogadiscio comme l’un des États fédérés, entérinant un statu quo, chacun pouvant voir le Somaliland comme il le souhaitait. Depuis Hargeisa toutefois, on était bien loin de Mogadiscio.

Si ces présences étrangères ne constituent pas une reconnaissance et qu’elles ont bénéficié de la confusion possible, leurs arrivées progressives à partir du milieu des années 2000 ont été autant de validation des progrès significatifs réalisés par la République du Somaliland en 35 ans. 35 ans, cela signifie qu’une première génération d’enfants nés somalilandais est pleinement engagée dans les responsabilités, suivie de près par une seconde génération. Aussi, on peut dire que la reconnaissance n’a pas pour l’instant d’impact direct sur le quotidien des Somalilandais.

La seule conséquence concrète a porté sur les relations entre Djibouti et le Somaliland, avec la rupture des liens diplomatiques et la rupture de la connexion aérienne entre les deux capitales. La relation entre les deux voisins se caractérise toutefois depuis l’ouverture de représentations réciproques, par des épisodes de rupture et de rapprochements, et des séquences d’ouverture et de fermeture de leur frontière commune. L’Éthiopie, qui a des accords bilatéraux formels depuis le début des années 2000 avec le Somaliland et qui constitue un partenaire constant depuis lors, a gardé le silence sur cette reconnaissance.

Dans quelle mesure cette reconnaissance pourrait-elle bouleverser les équilibres géopolitiques dans la Corne de l’Afrique ?

La reconnaissance du Somaliland par Israël est à la fois un évènement géopolitique majeur et un non-évènement en soi pour la géopolitique de la Corne de l’Afrique. L’analyse globalement admise qui tend à dénoncer la République du Somaliland comme étant la cause, par sa reconnaissance, de la dégradation sécuritaire dans la Corne de l’Afrique semble relever d’une communication certes réussie mais qui résiste mal à l’observation des faits. Aussi convient-il de rappeler que sévit depuis 2023 une guerre sans nom au Soudan, qui est en train de déborder de ses frontières, que le Soudan du Sud est en guerre civile depuis son indépendance en 2011, que l’Éthiopie multiplie les conflits dans toutes les parties de son territoire depuis 2015 et que la Somalie du Sud, dont le conflit a changé d’habits au gré des problématiques internationales, atteint sa 37e année de guerre civile.La Corne de l’Afrique est instable, car des processus profonds sont en cours touchant les constructions nationales territorialisées de tous ses États, et que ces processus sont aggravés par la corridorisation de la région, accentuant les rentes de situations et aggravant les déséquilibres territoriaux alors que sont rarement mis en œuvre des mécanismes de compensation.

Aussi, face au commentaire de l’actualité, il convient de considérer les évènements actuels avec une profondeur historique allant un peu au-delà de décembre 2025 ou de janvier 2024, de constater le progressif raidissement de la Somalie qui voit l’activisme somalilandais pour sa reconnaissance internationale se réveiller à partir de 2017 et bousculer le statu quo, certes inconfortable pour tous, mais relativement fonctionnel depuis 1991.

Les observateurs internationaux s’interrogent sur les raisons propres à Israël pour cette reconnaissance, alors qu’elles sont d’une grande évidence (présence de Houthis au Yémen, proximité de l’Iran, contrôle de la mer Rouge et processus engagé par les accords d’Abraham). Mais la véritable interrogation porte à mon sens beaucoup plus sur les raisons pour lesquelles le Somaliland, à ce moment précis, pouvait accepter une reconnaissance d’Israël. En effet, Israël, représenté en Éthiopie et y ayant initié un certain nombre d’investissements, notamment agricoles dans l’État régional somali d’Éthiopie, a montré un intérêt pour le Somaliland dès sa reprise d’indépendance. Au début des années 2000, une forme de diplomatie sanitaire est mise en place avec l’organisation d’évacuations sanitaires vers Israël d’enfants somalilandais atteints de pathologies cardiaques. Depuis, les tentatives de rapprochement en haut lieu ont été nombreuses.

Au début des années 2020, Abiy Ahmed échoue à établir une « pax arabico-aethiopica » sur une grande Corne de l’Afrique qu’il aurait souhaité unifier. Devant l’accélération du renversement du monde, chacun des deux États, Somalie et Somaliland, en marge de pourparlers qui ne parviennent pas à s’installer, utilisent les cartes régionales et mondiales à leur portée et leurs rentes de situation respectives afin d’arriver à leur fin : la reconnaissance pour le Somaliland et l’intégrité territoriale pour une Somalie qui, avant même d’arriver à la question du Somaliland, peine à faire cohabiter un gouvernement central et des États fédérés qui ne le reconnaissent pas, ce dans un contexte où une immense partie du territoire est administrée par Al-Shabaab, un mouvement terroriste islamiste contre lequel les troupes de l’Union africaine, l’armée turque et les troupes d’élites états-uniennes appuyent l’État somalien

Le Somaliland signe un premier partenariat tripartite avec l’Éthiopie et DPWorld en 2016 pour l’utilisation et la gestion du port de Berbera et du corridor. Le jeune État dont la stratégie de recherche d’une reconnaissance semblait timide depuis plusieurs années, se dote, à partir de 2017, d’un comité en charge de travailler à la reconnaissance et d’établir de nouvelles relations diplomatiques, notamment avec un tour d’Afrique. Les relations avec Taïwan, débutée en 2009, ont abouti en 2019 à leur affirmation et en 2020 à l’échange de représentants et ambassadeurs alors que la Chine avait rétabli une ambassade à Mogadiscio en 2013. Sur fond de conflit frontalier maritime et d’une guerre du khat avec la Somalie, le Kenya se rapproche du Somaliland en 2019, qui ouvre une représentation officielle à Nairobi en 2024. À partir de 2022, les États-Unis effectuent plusieurs visites à Berbera.

Devant cet activisme qui vient brusquer l’histoire, la Somalie se dote d’outils inédits et offensifs : accords militaires bilatéraux avec la Turquie en 2017 puis en 2024 et enfin avec l’Égypte en 2024 et 2025, outils numériques, mise en œuvre d’une loi sur le e-visa exigeant des compagnies aériennes qu’elles ne reconnaissent pas le visa somalilandais en septembre 2025, et instrumentalisation des dynamiques centripètes au Somaliland, ce alors que le fondement de l’État somalilandais repose sur l’allégeance initiale des clans au projet national.

La profonde crise politique entre le Somaliland et la Somalie s’intensifiant depuis plusieurs années, dans le contexte d’une Corne de l’Afrique en mouvement, il devenait urgent pour le Somaliland de se protéger face à un État somalien très appuyé.

Il serait plus juste de lire que ce sont les bouleversements des équilibres géopolitiques de la Corne de l’Afrique et dans le monde depuis 2015 qui ont présidé à la reconnaissance du Somaliland par Israël.

Est-ce la « mauvaise reconnaissance » ?

Depuis l’adoption de sa Constitution en 2001, la République du Somaliland misait sur la reconnaissance incontestable de ses avancées démocratiques pour obtenir une reconnaissance qui lui semblait méritée. Par ailleurs, faisant valoir son indépendance du protectorat britannique du 26 juin 1960 et de ce fait le respect de la Charte de l’Union africaine attachée à l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, ainsi que la non-ratification de l’acte d’Union avec la Somalie et le non-respect par Mogadiscio des principes de l’Union entre 1960 et 1991, le Somaliland estimait sa recherche d’indépendance suffisamment légitime au regard du droit international pour être reconnu. Il est vite apparu évident qu’être un bon élève ne suffirait pas à obtenir la reconnaissance des Nations unies attendant celle des organisations régionales dont la Somalie est membre : l’IGAD et la Ligue arabe. Pour des raisons tenant à leur géopolitique interne et au grand jeu régional, aucun État membre de l’IGAD, particulièrement l’attendue Éthiopie n’allait le reconnaitre. Pour des raisons tenant aux relations entre l’Égypte et l’Éthiopie la Ligue arabe s’est, dès les années 1990, positionnée pour une Somalie réunifiée et forte face à l’Éthiopie. Dès lors, la reconnaissance ne pouvait arriver que d’une puissance internationale pour ses intérêts propres. Et une telle reconnaissance n’allait intervenir que dans un contexte de crise internationale – tel que les crispations autour de la mer Rouge. Dans cette configuration, toute reconnaissance l’aurait été « pour de mauvaises raisons », c’est-à-dire pour les raisons de l’autre et dans un jeu géopolitique déjà engagé dans la région.

Il faut se méfier des raisonnements par « axes internationaux » : il y a de la part des Somalilandais un profond sentiment de souveraineté et la certitude qu’ils maîtrisent leur destin et qu’une alliance n’est jamais une allégeance. C’est une vision de la souveraineté très partagée dans la Corne de l’Afrique, où les alliances à des blocs ont toujours été opportunistes et jamais idéologiques, et où d’autres États parviennent à gérer des alliances contraires, et ont d’ailleurs réussi à préserver des relations tant avec la Somalie qu’avec le Somaliland.

Ainsi, dans la configuration actuelle de la Corne de l’Afrique et de ses alliances, le Somaliland avait-il une alternative à cette reconnaissance ?

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L’Indo-Pacifique face à la guerre au Moyen-Orient : entre inquiétude et résignation

Thu, 23/04/2026 - 17:29

Dans quelle mesure la guerre au Moyen-Orient a-t-elle affecté les économies des pays asiatiques ? Quelles dispositions ont été prises pour répondre à ce choc exogène ?

Les frappes israélo-américaines sur l’Iran et les ripostes de Téhéran sur Israël et plusieurs pays du Golfe, combinées au blocage du détroit d’Ormuz, se sont traduites par un choc économique exogène important pour les pays de l’ensemble Indo-Pacifique. Les conséquences sociopolitiques de long terme du conflit portent un potentiel de déstabilisation significatif pour de nombreux gouvernements, particulièrement en Asie du Sud-Est et du Sud. Le coût du transport et des denrées alimentaires pèse déjà lourdement sur le quotidien et le bien-être des populations.

On le sait, le détroit d’Ormuz est un point de passage stratégique par lequel transite environ un cinquième de la production mondiale de pétrole, un quart des échanges de gaz naturel liquéfié (GNL), et dont dépendent de nombreux pays asiatiques. Le Japon et la Corée du Sud importent plus de 70 % de leur pétrole brut depuis cette région et ont été confrontés à une hausse immédiate des coûts énergétiques, renchérissant la production industrielle et pesant sur la compétitivité des entreprises. L’Inde, également très dépendante des hydrocarbures moyen orientaux a vu son déficit commercial s’aggraver ce qui exerce une forte pression sur la roupie et l’inflation domestique. Dans les pays de l’ASEAN non producteurs (Thaïlande, Philippines), les hausses de prix du carburant ont affecté directement le pouvoir d’achat des ménages et les finances publiques. L’Australie, qui a largement externalisé sa sécurité énergétique et qui est tributaire des voies maritimes internationales, est particulièrement touchée. Les conséquences macroéconomiques immédiates se sont traduites par une accélération de l’inflation importée, le ralentissement de la croissance, la détérioration des balances courantes et la montée de tensions sociales liées à la hausse du coût de la vie.
Les conflits au Moyen Orient impactent également la vaste région Indo-Pacifique via la désorganisation du transport aérien, la hausse du coût du kérosène, et un climat géopolitique anxiogène qui constituent autant de freins à la mobilité et aux échanges régionaux comme aux déplacements internationaux. Des économies très liées au tourisme comme la Thaïlande, l’Indonésie, le Viêtnam ou encore les Maldives subissent une chute des arrivées internationales. Les compagnies aériennes asiatiques font face à une double contrainte : une augmentation des coûts (carburant, assurances) et une baisse de la demande. Les effets économiques sont hétérogènes et se traduisent entre autres par des pertes d’emplois dans les services, l’hôtellerie et la restauration, où le secteur informel (emplois non déclarés et activités ponctuelles) est important et une baisse significative des recettes en devises. Des analystes évoquent un ralentissement de la croissance et les difficultés d’une reprise, même à court terme, semblables aux effets postpandémie enregistrés après le Covid-19 pour certains pays.

Les gouvernements asiatiques ont mis en œuvre plusieurs dispositifs de court et de long termes afin d’atténuer les effets amplificateurs de la flambée des prix. Une première réponse, supposant cependant un minimum de planification, a été la mobilisation des réserves stratégiques : le Japon, la Corée du Sud et l’Inde disposent de stocks qu’ils peuvent libérer temporairement pour lisser les effets des dépenses des carburants et du gaz. Une autre initiative a consisté en des subventions et des aides ciblées pour préserver le pouvoir d’achat comme à Taiwan et en Thaïlande. D’autres économies plus fragiles ont dû recourir à un rationnement strict comme aux Philippines et au Bangladesh. Faute de stock, l’Australie fait face à une pénurie énergétique préoccupante. La situation a relancé les politiques de diversification des approvisionnements afin de réduire la dépendance au Moyen Orient. L’Indonésie et l’Inde se sont rapidement tournées vers la Russie. On note également une accélération de la transition énergétique. Le Japon investit dans l’hydrogène, la Corée du Sud développe les énergies nucléaires et renouvelables, l’Inde accélère son virage vers le solaire et l’éolien domestiques. Quant au secteur touristique, il tente de se réorganiser en s’adaptant à une offre régionale et nationale, notamment en Chine, en Thaïlande ou au Japon.

Quelles réactions la guerre au Moyen-Orient a-t-elle suscité auprès des pays de l’Indo-Pacifique sur le plan diplomatique ?

La guerre au Moyen Orient a provoqué des réactions diplomatiques contrastées de la part des pays de la région. Ceci s’explique par des intérêts géopolitiques divergents, notamment la dépendance énergétique, les alliances stratégiques, le positionnement vis à vis des grandes puissances (Chine, États-Unis) et la volonté de préserver la stabilité régionale et les échanges internationaux.
De façon générale, les réactions diplomatiques se sont révélées prudentes. De nombreux pays ont adopté une attitude attentiste, évitant de prendre parti clairement dans le conflit afin de préserver leurs relations à la fois avec les pays du Moyen Orient et avec leurs alliés occidentaux. L’Inde a appelé à la désescalade et au dialogue, tout en évitant de condamner explicitement certaines parties du conflit. Cette prudence s’explique par ses relations énergétiques avec les pays du Golfe et par sa coopération stratégique avec les États Unis et Israël. Le Sri Lanka entend se tenir à une stricte neutralité. Plusieurs pays de l’ASEAN (Singapour, l’Indonésie, la Malaisie et le Viêtnam) ont insisté sur le respect du droit international et la protection des civils, privilégiant un discours multilatéral et consensuel.

Bien sûr, les positionnements ont été plus ou moins affirmés selon les proximités politico-militaires. Les pays alliés des États Unis dans la région ont généralement exprimé un soutien politique modéré, tout en cherchant à éviter une escalade. Le Japon, qui a toujours privilégié une relation stable avec l’Iran, a largement insisté sur la nécessité de protéger les routes maritimes commerciales et énergétiques, vitales pour son économie. La Corée du Sud s’est alignée sur les appels à la sécurité régionale, mais sans engagement direct, afin de rester concentrée sur la menace nord coréenne. Séoul a notamment vu avec crainte Washington prélever certains équipements de défense antimissiles sur son territoire pour les déployer au Moyen-Orient. Ni Tokyo ni Séoul n’ont d’ailleurs répondu à l’appel de Donald Trump à participer à une opération navale de sécurisation du détroit d’Ormuz. Le Pakistan tire habilement son épingle du jeu en s’imposant comme un médiateur entre l’Iran et les États-Unis. Il renforce ainsi son rôle de garant de la sécurité des monarchies du Golfe (déploiement de troupes au Qatar, mise en place de F16 en Arabie saoudite) avec lesquelles il entretient de nombreuses coopérations de défense. Quant à l’Inde, qui vient de signer un partenariat stratégique spécial avec Israël lors de la visite de Narendra Modi à Tel-Aviv en février 2026, elle reste silencieuse, prise au piège de sa politique de multi-alignement.

Sans surprise, la Chine a dénoncé l’instabilité provoquée par les initiatives militaires américaines et s’est présentée comme un acteur diplomatique alternatif, appelant à des solutions politiques. Pékin cherche ainsi à renforcer son image de puissance médiatrice et à consolider ses relations avec les pays du monde arabe. Cette posture n’est pas sans ambiguïté. Partenaire de l’Iran au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai que Téhéran a rejoint en 2021, la Chine a régulièrement participé à des manœuvres navales conjointes avec les marines russe et iranienne dans l’océan Indien depuis 2022, participant ainsi au renforcement des capacités de cette dernière.

En tout état de cause, la sécurité des approvisionnements énergétiques et des routes maritimes a fortement influencé les réactions diplomatiques. Plusieurs pays asiatiques, comme la Corée du Sud et le Pakistan, ont renforcé leur coopération diplomatique et sécuritaire avec les États du Golfe. Ils ont également soutenu les initiatives, dont celles de l’Organisation maritime internationale, visant à garantir la liberté de navigation et la sécurité des flux commerciaux internationaux. De fait, la guerre au Moyen Orient pousse les pays asiatiques à adopter une diplomatie économique, centrée sur la stabilité plutôt que sur des considérations idéologiques ou normatives.

L’attaque contre le Venezuela, les crises du Proche-Orient et les frappes israélo-américaines sur l’Iran s’inscrivent dans une dynamique plus large de diplomatie transactionnelle et d’un durcissement de la politique étrangère conduit par un Donald Trump sans retenue. Dans quelle mesure ce positionnement est-il susceptible de fragiliser les alliances et les partenariats stratégiques des États-Unis ?

La dimension conflictuelle de la diplomatie américaine actuelle illustre un retour assumé à une politique de hard power avec un Donald Trump s’exprimant et agissant avant tout comme un « commander in Chief ». Cette ligne belliqueuse tous azimuts, présentée comme la défense de la primauté de l’intérêt national américain immédiat, America First, ne peut que fragiliser la confiance stratégique des alliés traditionnels de l’Indo-Pacifique, région pourtant au cœur de la rivalité systémique entre la Chine et les États-Unis. Confrontés à l’interventionnisme grandissant de la politique étrangère américaine, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie se sont sentis marginalisés. Les frappes contre l’Iran ont été décidées sans consultation approfondie avec eux, alors même qu’elles ont des effets directs sur leur sécurité énergétique et économique. Le Japon a exprimé ses préoccupations quant à l’absence de coordination stratégique, tout en soutenant formellement l’alliance avec Washington. La Corée du Sud redoute que l’engagement militaire américain au Moyen-Orient ne détourne des ressources essentielles de la péninsule coréenne, face à la menace nord coréenne. Taïwan s’inquiète de la poursuite des livraisons d’armements américaines à son bénéfice.

Cette situation fragilise les principes fondamentaux de l’alliance : la prévisibilité et la fiabilité du protecteur américain. Sous la nouvelle présidence de Donald Trump, les alliances sont de plus en plus perçues comme des relations conditionnelles, dépendantes des contributions financières ou de l’alignement politique des partenaires. Le discours américain sur le « partage du fardeau » (burden sharing) inquiète fortement Tokyo, Séoul, Manille et Canberra, qui redoutent une protection et un soutien variables selon les priorités de Washington. L’éventuelle réduction ou le redéploiement d’actifs militaires américains vers le Moyen-Orient a ravivé la crainte d’un désengagement progressif de l’Indo-Pacifique.

Cela alimente une logique de doute stratégique chez certains alliés, les incitant à diversifier leurs partenariats et à s’engager davantage dans un processus d’autonomisation stratégique via la hausse conséquente des budgets de défense et des programmes d’acquisitions d’armements. Le Japon renforce ses coopérations avec l’Australie, les États européens (Royaume-Uni, France), l’OTAN tout en accélérant sa montée en puissance militaire. Des débats sur le tabou de l’acquisition de capacités nucléaires militaires se font jour en Corée du Sud. Les pays de l’ASEAN, traditionnellement non alignés, redoublent de prudence et évitent de s’associer ouvertement aux actions américaines au Moyen Orient, privilégiant le dialogue et le multilatéralisme.

On soulignera que ce durcissement américain crée également des opportunités géopolitiques pour Pékin, qui se présente comme une puissance plus prévisible et favorable à la stabilité. La Chine a condamné les frappes israélo-américaines tout en appelant à une solution politique, renforçant son image de médiateur responsable, notamment auprès des pays du Sud global. Certains États asiatiques, sans rompre avec Washington, adoptent une posture d’équilibrage stratégique (hedging) entre les États-Unis et la Chine. Ce qui à terme affaiblit la capacité des États Unis à fédérer un front asiatique uni contre Pékin.

Malgré ces tensions, il serait excessif de parler d’une remise en cause des alliances asiatiques des États-Unis que ce soit par Washington ou ses partenaires. Les garanties de sécurité américaines restent indispensables face au front mouvant que présentent la Chine, la Corée du Nord et la Russie. Les grandes manœuvres et exercices d’entrainements conjoints comme Balikatan, Cobra Gold en Asie du Sud-Est ou Ulchi Freedom Shield en Asie du Nord menés sous l’égide américaine se poursuivent avec la même ampleur. Les forums et dialogues de sécurité dont ceux organisés autour de l’ASEAN et des cadres de coopération comme le Quad, rassemblant les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie, continuent d’exister, bien que sur un mode plus pragmatique. Toutefois, la guerre au Moyen-Orient agit comme un révélateur des limites du leadership américain et accélère une évolution vers des partenariats et des formats plus transactionnels, moins idéologiques et plus conditionnels. À terme, la principale menace pour Washington n’est donc pas la fin des alliances, mais leur érosion normative et leur désenchantement stratégique.

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La Chine dans la Caraïbe : enjeux, risques ?

Thu, 23/04/2026 - 17:07

La présence chinoise et son influence dans la région caraïbe ne datent pas des évolutions géopolitiques récentes, mais s’inscrivent dans un processus continu depuis le XIXe siècle. Tout d’abord l’abolition de l’esclavage a conduit entre 1853 et 1866 à chercher une main-d’œuvre de substitution qui a essaimé dans tous l’espace caribéen à partir de Trinité-et-Tobago, de la Jamaïque, de Cuba et du Guyana, de travailleurs sous contrat. Il en a résulté la création de communautés sino-caraïbéennes structurées, souvent commerçantes. Ces communautés contribuent encore aujourd’hui à la diplomatie d’influence chinoise.

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The Geopolitics of Infrastructure

Wed, 22/04/2026 - 22:59

No longer does global power rest only on alliances, military might, currency dynamics, and effective control of multilateral institutions. The new geopolitical contest is between competing infrastructure blocs: packages of finance, contractors, standards, and data systems that create long-term dependencies.

For most of the postwar era, global power was defined by alliances, aircraft carriers, and reserve currencies. But we are now entering an era defined by critical infrastructure and those who finance, build, and operate it. Ports, power grids, rail corridors, data centers, and critical-mineral supply chains are no longer just “projects.” They are the operating system of sovereignty. Infrastructure—networks that move energy, goods, and data—is the industry of industries. Whoever shapes it through contracts, standards, currency denomination, and long-term maintenance (much of which is increasingly guided by data and AI-driven systems) will achieve enduring global influence.

Debates about “de-dollarization” often focus on reserve currencies. In the International Monetary Fund’s Currency Composition of Official Foreign Exchange Reserves data, the US dollar accounted for roughly 57% of global reserves in 2025, with the euro a distant second. But official reserves are a lagging indicator. The more relevant shift concerns infrastructure.

China recognized this early. Between 2000 and 2023, it extended approximately $2.2 trillion in official loans and grants as part of its Belt and Road Initiative, much of which was invested in transportation and energy infrastructure. This model was never just about capital. By bundling finance, contractors, equipment, and digital systems, China was exporting state capacity and embedding long-term dependence. Projects like the Chancay mega-port in Peru—which is majority-owned by a Chinese operator and backed by billions in investment—illustrate how infrastructure can reconfigure trade routes and other dependencies. Likewise, the Addis Ababa–Djibouti Railway, financed largely by Chinese lending, dramatically reduced freight times between Ethiopia and the Red Sea.

The geopolitical implications of infrastructure investment are increasingly top of mind for policymakers. The prospect of Chinese involvement in airport construction in Greenland raised security concerns in both Denmark and the United States. The new contest is not simply between currencies but between competing infrastructure blocs.

For decades, US influence rested on military power, the dollar, and multilateral institutions. But while this architecture still matters, it is rapidly being supplemented—and in some cases challenged—by infrastructure strategies.

Political tensions reflect this shift. In 2024, US President-elect Donald Trump threatened severe tariffs against countries pursuing alternatives to dollar-based invoicing and payments. At the same time, Western economies have scaled up their own infrastructure initiatives. The G7’s Partnership for Global Infrastructure and Investment, for example, aims to mobilize $600 billion by 2027; the European Union’s Global Gateway pledges up to €300 billion ($353 billion); and the Blue Dot Network (launched by Australia, Japan, and the US) seeks to certify high-quality infrastructure standards.

Yet many countries perceive these efforts as slow and overly conditional. In a world facing climate shocks, demographic pressures, and urgent development needs, the ability to deliver infrastructure quickly often outweighs governance concerns.

Various middle powers are redefining their own strategies accordingly. India, for example, is pursuing “corridor diplomacy” by supporting projects like the Chabahar Port and the India–Middle East–Europe Economic Corridor. Rather than aligning exclusively with one bloc, it is leveraging infrastructure to hedge, diversify, and expand its own strategic autonomy.

There is also another critical shift underway. Far from being confined to steel and concrete, infrastructure geopolitics increasingly extends into compute, data, and AI. Corporate filings reveal the scale of this transition. Technology firms such as Microsoft, Alphabet, Meta, and Amazon are investing tens of billions of dollars annually in AI infrastructure, including data centers and specialized hardware. Their capital expenditures and associated depreciation now resemble those of traditional infrastructure sectors.

Semiconductor manufacturing has become a strategic chokepoint in this system. Facilities costing tens of billions of dollars anchor global supply chains and define access to advanced compute capabilities. But AI is not just another layer of infrastructure. It is meta-infrastructure that will shape how all other systems are planned, operated, and optimized. If infrastructure defines geopolitical power, AI is increasingly defining infrastructure. It can improve grid efficiency, extend the life of transport networks, and enable more precise climate-adaptation strategies.

But AI also introduces new forms of vulnerability. Remote control over optimization systems can function as a “kill switch” for critical infrastructure, and opaque or biased algorithms can systematically determine which regions or communities receive investment. In this context, infrastructure is no longer only about physical assets, but also about who controls the intelligence layer that governs them.

Nowhere are the stakes more visible than in Gaza. According to UN and World Bank assessments, by late 2025, roughly 90% of homes and infrastructure had been damaged or destroyed, and nearly the entire population of 2.1 million people had been displaced. Reconstruction will require tens of billions of dollars, but without a durable political settlement, the enclave’s new infrastructure could become an instrument of control rather than recovery. Infrastructure geopolitics is not inherently emancipatory. Transit corridors, energy systems, and housing can be designed to enable mobility and growth; but they can also be used to constrain people.

The world is moving toward overlapping infrastructure ecosystems: a US-centered system built on open capital markets and legal enforcement; a China-centered system combining state finance, contractors, and embedded standards; and a diverse set of regional and middle-power strategies.

The decisive question is not which system is largest, but which will ultimately be accepted as the default. Even when decisions about ports, energy systems, and data networks are framed in purely technical or financial terms, an underlying political logic is at work. Such decisions are increasingly mediated by AI systems that were trained on historical data and designed to optimize for efficiency, thus narrowing the range of perceived alternatives.

George Orwell famously warned about the control of language. Today, we are witnessing an even more subtle form of power. Infrastructure, increasingly guided by algorithmic systems, risks making certain potential futures appear inevitable, and others unthinkable.

The greatest danger is not that one power dominates, but that societies gradually lose the ability to choose among competing paths. The new world order is being built in concrete and encoded in silicon. The last sovereign act may not be to build or to resist, but to recognize that these choices remain open, before the systems we construct begin to optimize us in return.

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