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Updated: 33 min 42 sec ago

Trump et le monde vu du Canada. Avec Jean Charest

Wed, 27/05/2026 - 18:11

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les relations entre les États-Unis et ses alliés connaissent de profondes évolutions. Face à la guerre commerciale lancée par Washington, plusieurs puissances moyennes cherchent désormais à réduire leur dépendance envers la première puissance mondiale. Le Canada est directement concerné par ces changements en raison de sa situation géographique et de ses liens économiques étroits avec les États-Unis. Les déclarations de Donald Trump sur une éventuelle intégration du Canada comme « cinquante-et-unième État », ainsi que l’augmentation significative des droits de douane, ont renforcé la volonté du Canada de diversifier ses partenariats économiques et diplomatiques. C’est dans ce contexte que le Premier ministre canadien Mark Carney, lors de son discours au Forum économique mondial de Davos en 2026, a plaidé pour un rapprochement avec d’autres partenaires afin de faire face aux bouleversements engendrés par les politiques américaines.

Dans quelle mesure la politique étrangère de l’administration Trump redéfinit-elle le modèle commercial canadien et ses logiques d’alliance ? Le rapprochement du Canada avec l’Union européenne, la Chine ou encore l’Inde traduit-il l’émergence d’une nouvelle stratégie de « multi-alignement » des puissances moyennes ? Et comment le Canada entend-il réduire sa dépendance et défendre sa souveraineté face à un voisin américain de plus en plus imprévisible ?

Autant d’enjeux abordés avec Jean Charest, ancien Premier ministre du Québec (2003-2012), qui analyse les conséquences du retour de Donald Trump sur la politique étrangère canadienne.

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Europe’s Middle Powers After the Xi–Trump Summit. Bipolar Consolidation, Strategic Asymmetry, and the Discipline of Power Politics

Wed, 27/05/2026 - 16:41

For Europe’s strongest middle powers, the summit between Xi Jinping and Donald Trump is a structural marker of the international system’s consolidation into bipolarity. The symbolism of two leaders negotiating trade, technology controls, crisis management, and geopolitical red lines underscores a reality that European policymakers have been slow to internalize. The gravitational center of global politics lies in Washington and Beijing. Europe’s agency and strategic autonomy is consequential but conditional.

The persistent belief in an emerging multipolar order has provided intellectual comfort in Brussels, Berlin, and Paris. It has justified hedging strategies and rhetorical commitments to strategic autonomy. Yet recent scholarship has challenged this premise. Lind argues that claims of multipolarity mask a deeper concentration of material capability in the hands of the United States and China (Lind, 2026). Mohan similarly critiques what he calls the multipolar delusion, noting that middle powers frequently mistake diplomatic activism for structural influence (Mohan, 2026a and 2026b). Nagy emphasizes that bipolarity remains the organizing principle of global politics because only Washington and Beijing possess the combined economic scale, technological ecosystems, military reach, and alliance networks capable of shaping systemic outcomes (Nagy, 2025). The Xi–Trump summit reinforces hierarchy. Major adjustments to tariffs, export controls, and crisis management frameworks will be negotiated between two actors. European states will react, adapt, and absorb spillovers.

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« Taïwan : une démocratie face à la Chine » – 4 questions à Jean-Pierre Cabestan

Wed, 27/05/2026 - 14:55

Jean-Pierre Cabestan est sinologue, spécialiste du droit et des institutions du monde chinois contemporain, de la Chine populaire comme de Taïwan. Il répond à mes questions à l’occasion de la parution de l’ouvrage « Taïwan : une démocratie face à la Chine » aux éditions Le Cavalier bleu.

 Il y a pour vous une citoyenneté et une nation taïwanaise…

Oui, il n’y a aucun doute qu’il y existe une citoyenneté taïwanaise. Environ les deux tiers des Taïwanais se déclarent avant tout taïwanais, tandis qu’un petit tiers continue d’afficher une identité mixte, à la fois taïwanaise et chinoise. Cette minorité notable ne devrait pas disparaître car la question de l’identité dépasse la citoyenneté et inclut une dimension culturelle : de fait, à Taïwan, la culture et la langue chinoises dominent ; tout au plus 7% de la population de Taïwan n’est pas Han (2,5% d’Austronésiens et 4,5% d’immigrés d’Asie du Sud-Est).

La question de la nation taïwanaise est plus compliquée : le nom officiel de l’île reste la République de Chine (RDC) et, pour des raisons à la fois intérieures et extérieures (l’opposition de Pékin et la réticence de Washington) ce nom, de même que l’enveloppe constitutionnelle qui lui est attachée, ont peu de chances de changer. Néanmoins, comme la RDC se réduit pour l’essentiel à Taïwan, un nationalisme à la fois « RDC » et taïwanais a pris corps. Ce nationalisme n’est pas forcément hostile à la République populaire de Chine (RPC), mais il se considère comme distinct du nationalisme ou plutôt du patriotisme chinois, promu par le Parti communiste chinois (PCC). En d’autres termes, quoique mal reconnu, l’État « RDC à Taïwan » a donné naissance à une nation à la fois chinoise et taïwanaise.

Washington est-il un allié fiable pour Taiwan ?

Tout d’abord, depuis leur normalisation avec la Chine populaire en 1979, les États-Unis ne sont plus liés par une alliance avec Taïwan. Le Taiwan Relations Act (TRA) d’avril 1979 contraint Washington à fournir des armes défensives à la « population de Taïwan ». Il oblige aussi le gouvernement américain à considérer toute atteinte au statu quo et à la paix dans le détroit comme un sujet de « grave préoccupation ». Mais, depuis près de 50 ans, ce dernier a adopté une posture d’ambiguïté stratégique, refusant de dire à Pékin comme à Taipei comment il réagira en cas d’attaque militaire chinoise contre l’île.

La question des ventes d’armes américaines à Taïwan est revenue au cœur de l’actualité à la faveur de la visite de Donald Trump en Chine les 13-15 mai 2026. En 1982, Pékin et Washington avaient signé un troisième communiqué (après celui de Shanghai en 1972 et celui de la normalisation fin 1978) dans lequel cette dernière capitale promettait de réduire progressivement ses ventes d’armes à Taïwan, en fonction du niveau de détente dans le détroit. Pour des raisons évidentes – la montée des tensions entre Pékin et Taipei –, ce communiqué a été oublié par les Américains, mais évidemment pas par les Chinois. L’objectif du PCC reste le désarmement de Taïwan, afin d’accroître ses chances de lui imposer une unification selon ses propres conditions.

Or, peu avant l’adoption de ce communiqué, l’administration Reagan avait secrètement donné à Taipei « six assurances », dont l’une était justement la promesse de ne pas consulter Pékin sur la question des ventes d’armes. Or, lors de ses entretiens avec Xi Jinping et de ses interviews avec les médias qui ont suivi, Donald Trump a remis en cause cet engagement, peut-être dans le cadre d’une transaction dans laquelle le gouvernement chinois se garderait de fournir des armes à l’Iran en échange d’une réduction des ventes américaines à Taïwan. Le paradoxe est que c’est l’administration Trump I qui, en 2020, a ajouté les « six assurances », devenues publiques, aux quatre textes (les 3 communiqués et le TRA) qui structurent, côté américain, les relations avec la RPC.

Par ailleurs, depuis 1979, la position des États-Unis est de ne pas « encourager l’indépendance de Taïwan ». Or, là aussi, Donald Trump semble être allé plus loin : s’il ne s’est pas « opposé » ouvertement à cette indépendance, comme l’aurait souhaité Xi Jinping, il a mis sur le même pied Pékin et Taipei, demandant à chaque capitale de « se calmer » (cool down), ignorant que c’est la première qui menace la seconde avec des gesticulations militaires quotidiennes dans le détroit, et non l’inverse.

D’où l’inquiétude du gouvernement taïwanais, face à un espace stratégique et sécuritaire qui se réduit. À noter toutefois que le Kuomintang (KMT, Parti nationaliste), le principal parti taïwanais d’opposition, a été moins critique à l’égard de Donald Trump.

La guerre ou le blocus : vous envisager une stratégie de mise en quarantaine de Taïwan par la Chine…

Oui, c’est un scénario qui est beaucoup discuté à Taïwan et aux États-Unis, et qui a l’avantage pour Pékin de rester dans ce qu’on appelle la stratégie des « zones grises », c’est-à-dire en deçà du seuil de la guerre, tout en élevant le niveau de la menace contre Taïwan. Mais dans un avenir prévisible, je ne pense pas que Xi Jinping aille jusque-là, ayant notamment obtenu de Donald Trump des garanties supplémentaires et espérant un retour du KMT au pouvoir en 2028, retour qui, au demeurant, reste loin d’être garanti.

Ni Réunification ni indépendance, le statu quo est votre scénario à la fois préféré et le plus probable…

Oui. Pékin sait pertinemment que même si le KMT revient au pouvoir, toute unification reste aussi improbable qu’une réunification entre les deux Corées. L’avantage du KMT est qu’il reconnaît le principe de la Chine unique, notion ô combien ambiguë, Pékin estimant que la Chine unique c’est évidemment la RPC, et le KMT, c’est la RDC. Le Parti démocrate progressiste, quant à lui, pense que la RDC se réduit à Taïwan et que la RDC et la RPC ne sont pas subordonnées l’une à l’autre, ce qui a le don de courroucer Pékin.

Donc, que peuvent négocier le KMT et le PCC ? Un accord de fin d’hostilité ? Peut-être, mais qui va le signer, et au nom de quel gouvernement ?

Si le KMT revient au pouvoir, une relation plus détendue avec Pékin est probable ; et cette détente peut servir les intérêts de Washington. Mais aller plus loin semble à la fois risqué, car cela provoquerait un mouvement de résistance à Taïwan, et improbable du fait de la volonté des États-Unis de conserver un contrôle sur la première chaîne d’îles qui entoure la Chine, dont, comme Okinawa et les Philippines, Taïwan fait partie.

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Sénégal : chronique d’un divorce entre le président Faye et son Premier ministre Sonko

Wed, 27/05/2026 - 10:51
Une amitié a priori indéfectible

L’idylle entre les deux hommes politiques, « frères », compagnons de lutte et amis dans leur vie quotidienne, avait pourtant bien commencé. Longtemps, ils ont incarné un binôme dont les trajectoires semblaient pouvoir se confondre. Ils se sont rencontrés étudiants, puis se sont retrouvés sur les bancs de l’ENA. Par la suite, ils ont embrassé la même carrière : inspecteur des impôts et domaines. En 2014, témoin de leur proximité idéologique et politique, ils co-créent le PASTEF, le parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité. En 2022, Bassirou Diomaye Faye en devient le secrétaire général. Sonko, lui, vise la présidentielle.

On se souvient des sourires complices et radieux du 24 mars 2024. Ils l’ont fait ! La victoire est éclatante. Elle a un goût de revanche : ils ont réussi leur pari d’accéder aux plus hautes fonctions de l’État. L’ascension au pouvoir a pourtant été rude, improbable, empêchée même, tant Macky Sall s’accrochait au pouvoir. Tous deux avaient été embastillés dans les geôles de Cap Manuel, leur sort semblait scellé. Mais en quelques jours, la bascule. La rue gronde, les journalistes du monde entier braquent leur caméra sur Dakar, Sall est lâché et contraint à des inflexions.

Les deux hommes sortent de prison et mènent une campagne éclair au slogan : « Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye » [Diomaye c’est Sonko, Sonko c’est Diomaye]. La candidature d’Ousmane Sonko ayant été invalidée, celui-ci choisit pour la plus haute fonction de l’État son plus fidèle collaborateur.

La victoire est belle, sans appel. Rien ne semble pouvoir séparer les deux hommes. Sauf que, pour beaucoup, celui qui a véritablement remporté la présidentielle, c’est Sonko, pas Faye, encore largement inconnu du grand public à l’époque.

Il faut reconnaître qu’Ousmane Sonko s’est imposé dans l’arène politique dès 2019 en créant la surprise et en devenant le troisième homme de la présidentielle. Malgré ses procès et l’affaire Sweet Beauty, il reste populaire auprès de la jeunesse. Un modèle, une idole. Au fil des années, il a construit avec une partie des Sénégalaises et des Sénégalais un lien politique et affectif singulier, nourri par un récit de rupture, de résistance et d’alternance.

Dans ce contexte, Diomaye Faye semblait mal parti. Sans le plébiscite populaire porté par Sonko, il n’aurait sans doute jamais accédé à la présidence de la République. Mais il a endossé la charge.

Le divorce des tandems politiques : une tradition sénégalaise ?

Comme le rappelle Elgas dans son émission Afrique. Mémoires d’un continent sur RFI, les tandems politiques sénégalais, pourtant initialement marqués par des loyautés fortes, parfois perçues comme indéfectibles, ont rarement résisté à l’épreuve du pouvoir.

Le premier exemple est celui du tandem formé par Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia. Compagnons de route depuis la fin des années 1940, ils participent ensemble à la construction du Sénégal indépendant. Après l’éclatement de la Fédération du Mali en août 1960, Senghor devient président de la République et Dia président du Conseil. Longtemps présentés comme complémentaires, les deux hommes s’opposent progressivement sur l’organisation du pouvoir, les orientations économiques et le rapport à la France. La crise institutionnelle de décembre 1962 conduit à l’arrestation de Dia, accusé de tentative de coup d’État, puis emprisonné pendant plus d’une décennie.

Le ticket entre Abdou Diouf et Moustapha Niasse, voulu par Senghor, s’émousse en quelques mois à peine.

Mais c’est, sans doute, sous Abdoulaye Wade que resurgissent avec violence les conflits de loyauté et les emprisonnements. Avec Idrissa Seck, ils portent ensemble le mot d’ordre du changement (sopi). Longtemps présenté comme le dauphin de Wade, Seck voit pourtant leur relation se dégrader jusqu’à sa mise à l’écart politique puis son incarcération en 2005 dans l’affaire des chantiers de Thiès. Il sera relaxé quelques mois plus tard ; les rues de Dakar sont alors envahies par des milliers de personnes qui scandent « Idi », comme si le père l’avait trahi.

La séparation entre Faye et Sonko, à première vue, ne déroge pas aux schémas de leurs prédécesseurs. Mais leur configuration de départ est singulière : le détenteur de la légitimité électorale n’était pas nécessairement celui qui concentrait le capital politique.

Les lignes de fracture

Sans doute une partie des dissensions entre les deux hommes nous échappe. Comme le raconte Abdou Diouf dans ses mémoires, les entourages jouent un rôle souvent sous-estimé par les observateurs, mais pourtant considérable.

Au-delà du biais initial, Faye et Sonko, souvent sommés par les médias de rappeler leur amitié, ont cédé à l’inimitié.

Les rancœurs et les rancunes, depuis deux ans, n’ont cessé de s’accumuler.

La méthode d’abord. Plusieurs observateurs ont relevé des tensions sur la gestion des promesses de campagne : rythme des réformes, traitement des figures de l’ancien régime, réforme de la justice. En somme, l’ampleur du changement attendu par la base militante n’a cessé d’interroger. Sonko a publiquement exprimé son impatience sur plusieurs dossiers.

Les débats sur la dette, le rapport au FMI, dont Sonko aurait souhaité prendre ses distances, la question des fonds politiques et, plus largement, celle de la stratégie économique ont progressivement cristallisé des visions différentes de l’exercice du pouvoir. Derrière ces désaccords se dessine une divergence plus profonde : faut-il gouverner par la rupture immédiate ou composer avec les contraintes institutionnelles et internationales ?

La première fois où la rivalité s’expose au grand jour, c’est sans doute lors de l’organisation du « Tera Meeting » par Ousmane Sonko le 8 novembre 2025 au stade Léopold Sédar Senghor. Le terme « tera », emprunté au vocabulaire des unités de mesure, visait à souligner le caractère exceptionnel et inédit de la mobilisation. Des bus venus de tous les coins du pays et des marches populaires ont convergé vers la capitale sous les yeux attentifs de la presse et des observateurs.

La ferveur et la capacité de mobilisation démontrées ce jour-là rappellent que le capital politique du mouvement demeure largement concentré autour d’Ousmane Sonko.

Présenté officiellement comme un moment de bilan des dix-huit premiers mois de pouvoir, de clarification politique et de relance du projet du PASTEF, le rassemblement n’était rien moins qu’une démonstration de force politique.

Le message a bien été reçu en haut lieu et la réponse n’a pas tardé. Faye choisit alors de renforcer la coalition « Diomaye Président » en confiant un rôle central à Aminata (Mimi) Touré. Ce choix est alors interprété, et sans doute pas à tort, comme un signal politique d’autonomisation du président.

Ancienne Première ministre de Macky Sall puis opposante, Mimi Touré est une figure controversée au sein d’une partie du PASTEF – certains militants lui reprochent son passé au sein du régime précédent et une adhésion tardive au projet de rupture.

Peu importe, Faye veut montrer qu’il n’est pas aux ordres de son Premier ministre.

Depuis plusieurs mois, Faye a semblé empêché de devenir pleinement président, cohabitant avec un Premier ministre aspirant lui-même à la présidence. Une équation impossible.

Depuis plusieurs mois, Sonko et ses partisans se targuaient de leur supériorité, rappelant à qui de droit ce qu’il leur devait : dans l’ouvrage Les maîtres du monde de Pascal Boniface, c’est Sonko qui a été retenu. Pas Faye.

Et maintenant ?

Sonko a été limogé de ses fonctions de Premier ministre. Sur Facebook, le 22 mai, il s’est dit presque soulagé de dormir chez lui, à Keur Gorgui.

Un soulagement de courte durée.

Le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a démissionné de ses fonctions et Sonko, à la tête du parti majoritaire disposant de 130 députés sur 165, lui a déjà succédé, ce 26 mai.

Il redevient une figure d’opposition, un rôle dans lequel il a autrefois excellé et qui a construit sa popularité.

Une telle configuration ouvre cependant un scénario inédit : un président privé de son principal soutien politique face à un Parlement contrôlé par son ancien allié. Ce scénario laisse craindre des tensions sans précédent entre l’exécutif et le législatif.

Diomaye Faye réussira-t-il à convaincre de sa légitimité sans Sonko ? Rien n’est moins sûr. Sonko cherchera-t-il à le destituer ? La question est ouverte.

Mais ce duel fratricide occulte les difficultés du pays : la santé, l’économie et surtout une jeunesse en quête d’emploi.

Deux ans après l’alternance, plusieurs réformes annoncées demeurent inabouties ou retardées, nourrissant une attente croissante au sein de la population. Mais au-delà du duel entre les deux hommes, ce sont surtout les attentes sociales, les jeunes, les électeurs, une population confrontée aux défis de l’emploi, du pouvoir d’achat et de la crise des services publics, qui risquent de payer le prix fort de la crise politique.

Le pays avait-il besoin de ça ? La question mérite d’être posée.

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The role of French nuclear deterrence in fostering a new European strategic culture for genuine European strategic autonomy

Tue, 26/05/2026 - 19:42

Following the dual geostrategic shock Europe has endured — on the one hand, Russia’s
ongoing aggression against Ukraine over the past four years, in the heart of Europe and under
the shadow of its nuclear deterrence; and on the other hand, the increasingly visible
divergence between American and European strategic interests — it has become extremely
difficult for many Europeans to fully grasp the nature of the current situation.

The erosion of international law and the return of Great Power competition challenge the
traditional European pacifism born from the near self-destruction of the first half of the
twentieth century. International security institutions, foremost among them the UN, no longer
fully perform their role of regulating international relations and peacefully resolving conflicts
between states.

In this emerging and increasingly complex strategic environment, Europeans struggle to cope
with uncertainty and manage strategic ambiguity. They can no longer rely on the comfortable
clarity of American strategic leadership, remaining confined to the operational level, where
one merely executes what has already been planned. Europeans must regain self-confidence,
determine where they wish to position themselves strategically, and therefore learn once
again to speak the language of power to shape events rather than endure them.

Thanks to their nuclear deterrence and permanent membership of the United Nations
Security Council (UNSC), France and the United Kingdom are more accustomed to thinking
and acting strategically on a global scale in an uncertain and complex environment, including
when confronted with threats to their vital national interests.

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Iran : une guerre contreproductive

Tue, 26/05/2026 - 17:00

Sommes-nous proches d’une fin du conflit en Iran ? Après douze semaines de guerre au Moyen-Orient, marquées par un blocage du détroit d’Ormuz qui paralyse le commerce mondial, la crédibilité des États-Unis en ressort affaiblie. Donald Trump semble désormais privilégier des négociations plutôt qu’une escalade du conflit qui risquerait d’aggraver encore la position de Washington.

Pourtant, les conditions imposées par les États-Unis interrogent : le président exige dans les négociations la signature des accords d’Abraham par certains pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et le Qatar, ce qui mènerait à la reconnaissance de l’Etat d’Israël mais qui ne correspond aux positions de ce deux États concernant la situation au Proche-Orient. En outre, il semblerait qu’aucun des points ne concerne la question nucléaire, alors même que l’opération « Fureur épique » avait été justifiée par la menace posée par le programme nucléaire iranien.

Les termes d’un potentiel accord de paix soulèvent donc des questions sur la justification de cette guerre dont il était prévisible qu’elle ne se déroule pas aussi simplement que l’avait vendue Benyamin Netanyahou à Donald Trump.

Mon analyse dans cette vidéo.

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Quand Washington démantèle le Canada, un référendum à la fois

Tue, 26/05/2026 - 15:32

Il y a des lignes rouges en géopolitique. Des seuils qu’on ne franchit pas, surtout entre partenaires. Trump vient d’en pulvériser une avec une désinvolture qui laisse pantois : faire éclater le Canada de l’intérieur pour mettre la main sur ses ressources naturelles.

Le 19 octobre prochain, les Albertains voteront sur une question aussi simple qu’explosive : veulent-ils que leur province tienne un référendum sur l’indépendance ? Pas directement sur l’indépendance elle-même – non, trop brutal. D’abord un vote pour décider si l’on doit voter. La tactique du salami, version prairie canadienne.

Derrière cette mécanique référendaire se cache quelque chose de bien plus inquiétant : une opération de déstabilisation orchestrée depuis Washington. Depuis avril 2025, des officiels du Département d’État américain ont rencontré à trois reprises des dirigeants de l’Alberta Prosperity Project, un groupe séparatiste d’extrême droite très influent. Ces militants cherchent désormais une ligne de crédit de 500 milliards de dollars auprès du Trésor américain pour financer la transition vers l’indépendance.

Relisez bien cette phrase. Le Département d’État américain reçoit des séparatistes canadiens. Le Trésor américain envisage de leur prêter un demi-trillion de dollars. Nous ne sommes plus dans l’ingérence diplomatique classique. Nous sommes dans le démantèlement d’État sponsorisé.

Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré sur le podcast de Jack Posobiec : « L’Alberta est un partenaire naturel pour les États-Unis. Ils ont d’importantes ressources. Je pense que nous devrions les laisser se joindre aux États-Unis ». Pas « ils pourraient », pas « si jamais ». Non : « nous devrions ». Un membre du cabinet américain qui prône publiquement l’annexion d’une province d’un pays allié, membre du G7 et de l’OTAN.

Le cynisme absolu de l’affaire, c’est la rhétorique utilisée. Sur le podcast de Steve Bannon, l’analyste Brandon Weichert a même esquissé la feuille de route en se basant sur des « précédents historiques » : « Si l’Alberta vote pour l’indépendance, nous la reconnaîtrons et la mettrons sur la voie pour devenir le 51e État – exactement comme le Texas et la Californie qui se sont d’abord déclarés indépendants du Mexique avant de rejoindre l’Union ».

Comparez le Mexique du XIXe siècle au Canada du XXIe. Comparez une jeune république traversée par des crises politiques permanentes à une démocratie parlementaire prospère et stable depuis plus de 150 ans. Le parallèle est obscène. Mais il révèle la vision trumpienne du monde : tout territoire est à prendre si l’on a la force de le prendre.

Pourquoi l’Alberta ? Parce que cette province de 5 millions d’habitants représente 84 % de la production pétrolière canadienne. Parce qu’elle regorge de terres rares essentielles à la transition technologique. Parce qu’elle est conservatrice, individualiste, frustrée par Ottawa, et donc vulnérable au discours trumpiste du « nous sommes des gagnants ».

Le représentant républicain Andy Ogles l’a dit sans détour sur la BBC : « Je pense que les gens d’Alberta préféreraient ne pas faire partie du Canada et faire partie des États-Unis, parce que nous sommes des winners ». La rhétorique MAGA appliquée à la dissolution d’un pays.

Nous voilà arrivés à cette aberration géopolitique : le « grand frère américain », champion autoproclamé de la démocratie libérale, travaille activement à faire éclater de l’intérieur une démocratie parlementaire stable, membre de tous les clubs occidentaux qui comptent. Pour du pétrole et des terres rares.

Pour l’instant, les chiffres semblent rassurants pour Ottawa. Un sondage réalisé il y a quelques mois montre que 71 % des Albertains veulent rester au Canada, tandis que près d’un sur cinq soutient l’indépendance. Mais dans le référendum britannique de 2016, personne ne croyait au Brexit jusqu’à ce qu’il arrive.

Et Trump n’avait pas mis son appareil d’État au service des Brexiters. D’ailleurs, les dernières enquêtes d’opinion montrent une inflexion significative en faveur de l’indépendance.

Ce qui se joue en Alberta dépasse largement le Canada. C’est un test. Certes, le référendum du 19 octobre, organisé par la Première ministre de l’Alberta sous la pression croissante des indépendantistes, ne porterait dans un premier temps que sur la tenue d’un futur vote d’indépendance. Et même dans l’hypothèse où celui-ci l’emporterait un jour, Ottawa devrait encore accepter les conditions d’une éventuelle sécession. Mais chacun imagine déjà le bras de fer colossal que Washington engagerait alors contre le gouvernement canadien. Si Washington parvient à démembrer un allié du G7 sans conséquence majeure, qu’est-ce qui empêchera demain Trump de soutenir les séparatistes catalans, écossais ou bavarois ? Qu’est-ce qui garantit la stabilité de n’importe quelle démocratie occidentale face à un président américain prêt à tout pour mettre la main sur des ressources ?

Ces méthodes ne sont d’ailleurs pas sans rappeler celles utilisées par Vladimir Poutine dans plusieurs territoires séparatistes de l’ex-espace soviétique ou de l’est de l’Ukraine : instrumentaliser des frustrations locales, soutenir des mouvements sécessionnistes et transformer des référendums en outils de démembrement territorial.

Le 19 octobre, les Albertains ne voteront pas seulement sur la tenue ou non d’un futur référendum. Ils voteront sur une question bien plus large : est-ce qu’un État peut sponsoriser la désintégration d’un autre État ami pour s’emparer de ses richesses naturelles ?

Bienvenue dans le trumpisme géopolitique. Où les alliés deviennent des proies. Et où la stabilité des démocraties occidentales se négocie contre du pétrole de schiste.

Romuald Sciora, essayiste franco-américain, est directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS. Dernière publication : America 250, une histoire graphique des États-Unis, vol. 1, Né dans le sang (éditions Point Nemo).

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La diplomatie de Léon XIV | Les mardis de l’IRIS

Tue, 26/05/2026 - 12:30

Chaque mardi, Je reçois un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec François Mabille, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux, autour de la diplomatie menée par le pape Léon XIV alors qu’il vient de publier sa première encyclique ce lundi 25 mai.

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Cochon : surveillance et confinement au menu

Fri, 22/05/2026 - 16:35

Cochon surveillé, cochon confiné. Nous sommes en 2030. Le monde s’est refermé sans s’en rendre compte. À force de vouloir se protéger, il a fini par se replier. Le mouvement s’est enclenché une décennie plus tôt, sur fond de pandémie de Covid-19. Puis la fièvre porcine africaine a tétanisé des régions entières, rappelant que la sécurité alimentaire tient parfois à si peu. Rares sont ceux qui ont compris, alors, que l’idée de One Health dépassait de loin les frontières de la science et de l’environnement. Peu à peu, un autre mot s’est imposé, froid et dirigiste : biosécurité. Il s’applique désormais à tout ce qui respire. Le premier concerné ? Le cochon.

Trésor à protéger et menace sanitaire

En quelques années, le porc est devenu l’animal le plus surveillé du monde. Il reste un pilier de la sécurité alimentaire, un produit de large consommation, car abordable et nutritif, d’autant que la promesse des alternatives protéiques a déçu, que la grippe aviaire ne cesse de décimer les élevages de volailles et que les récoltes céréalières stagnent, prises en étau entre aléas climatiques, retards d’innovation ou résultats encore balbutiants en matière de techniques de sélection végétale (NGTs). Pendant ce temps, le Brésil, après trois décennies d’euphorie, voit ses rendements de soja se tarir ; la nutrition animale en subit le contrecoup, ce qui accentue les tensions agricoles mondiales. En 2030, la planète compte 8,5 milliards d’habitants, un chiffre jamais atteint dans l’Histoire, mais observe une amplification des déséquilibres entre les besoins et les offres alimentaires. Conséquence inévitable : les pays cherchent à préserver leurs ressources domestiques et brident les dynamiques commerciales à l’export. Il s’agit de garder les cochons à la maison, vu qu’ils sont si précieux. Cette tendance devient la norme, d’autant plus que l’animal contribue aussi aux transitions énergétiques avec le lisier méthanisé, à l’économie circulaire avec l’exploitation de ses coproduits et qu’il gagne en importance sur le terrain du médical. Nourrir, décarboner, soigner : la trilogie transforme l’animal en actif stratégique. Dès lors, pourquoi le laisser franchir des frontières ?

Ce vaste mouvement s’étend d’autant plus que les peurs sanitaires se propagent. Le cochon concentre toutes les attentions. On le pèse, le scanne et le trace. Il est sous surveillance permanente, son génome est classé secret industriel et son élevage est une affaire d’État. Le discours officiel des autorités répète souvent la même antienne : on n’est jamais trop prudents avec le cochon. Et dans un monde où la rivalité s’exacerbe, on redoute autant l’attaque biologique que la capture stratégique. L’inquiétude est grande sur la biosécurité de cet animal, proche de l’homme, sensible aux virus et donc vecteur de contagions de grande ampleur. Et comme le contexte international s’endurcit considérablement, l’on craint les convoitises ou les attaques venant de l’étranger. En 2030, le cochon est contrôlé comme jamais, il faut dérisquer sa production, mais aussi sa capture potentielle par d’autres, voir aussi les agressions à même de détruire les cheptels. En 2028, la Russie a été bioattaquée au niveau de plusieurs sites porcins. Contaminés par un pathogène destructeur, tous les animaux concernés ont été perdus. À la demande du pouvoir, les acteurs locaux se sont bien tenus de commenter l’opération et les résultats de l’enquête n’ont jamais été partagés. Dans un monde crispé, la vérité circule moins et la désinformation en revanche prospère. Quoi qu’il en soit, l’affaire fait grand bruit et finit de convaincre de nombreux gouvernements à renforcer leur approche sécuritaire et à sanctuariser les zones de production porcine. Précieux et dangereux, les cochons sont mis sous cloche. Les gouvernements ont réagi comme on l’attendait : en verrouillant tout. Les fermes et les abattoirs ressembleront désormais à des bases militaires.

Extinction commerciale et cochon désarmé

Les effets de cette méfiance généralisée sont multiples. D’abord, le commerce en viandes porcines chute brutalement. Le cochon s’affiche en priorité dans les marqueurs de la souveraineté alimentaire et énergétique. À mesure que les rapports internationaux se musclent, il prend de l’épaisseur géopolitique. Tant pis pour les régions du monde qui dépendaient des approvisionnements extérieurs, elles doivent se passer de ces protéines animales et faire comprendre à leur population qu’il n’y aura plus ou pas beaucoup de morceaux de porcs à disposition. Résultats, inflation des prix d’un côté et trafic illégal de l’autre. Autrement dit, un défi socio-économique qui s’amplifie dans des pays et un désordre dans la sphère alimentaire au pire moment où s’accroissent les risques sanitaires. La voie des vétérinaires, quand elle reste libre, est sans appel : des bombes bactériologiques à retardement circulent dangereusement sur la planète. Et tous redoutent le pire, à savoir que la grippe aviaire frappe les cochons et devienne alors le souci majeur de l’ensemble du Vivant, humains compris. L’océan apparaît alors comme un refuge : privatisation d’îlots pour survivalistes fortunés qui anticipent le pire ; stockage de cochons sur mer pour des États qui considèrent qu’il s’agit là d’une solution inédite afin de confiner des cheptels loin des terres, des maladies ou des appétits d’autrui. Le cochon après 2030 devient soit plus sédentaire que jamais, car enfermé dans des lieux surprotégés, soit embarqué dans une mobilité maritime toute relative. Les questions sur le bien-être animal ne font plus les agendas. On verticalise sans cesse les élevages, entre tours à cochons aux allures de silos bunkérisés ou navires-usines de plusieurs étages sans grand soin accordé aux croisiéristes à quatre pattes. Partout, la logique est la même : protéger le cochon, mais surtout se protéger de lui. On l’élève donc moins à ciel ouvert, on élève ces cochons plus haut, de manière plus serrée et dans des écosystèmes hermétiques.

Outre ces crises géoéconomiques, ces inquiétudes sanitaires et ces parades logistiques, le cochon se retrouve au cœur des contradictions numériques. Comme tout ce qui a de la valeur ou qui menace, on l’observe, le traque ou l’enferme. L’intelligence artificielle optimise les données fournies par les caméras de surveillance, les protocoles techniques se complexifient et les niveaux d’alerte s’aiguisent pour répondre à la moindre évolution de situations. Pour les éleveurs et les employés du secteur, il leur faut en permanence avoir accès à leur manuel de gestion de crises. Comme un soldat dans une chaîne de commandement, ils sont appelés à agir avec méthode et discernement en cas d’imprévu, en évaluant les conséquences de leurs gestes et de leurs choix. Aux États-Unis, des humanoïdes remplacent les éleveurs et les ouvriers pour réduire les risques de vol, d’intrusion et de contagion. À part pour en manger, plus de contacts humains avec le porc. Si le numérique permet de surveiller au plus près le cochon, les fermes et les usines de la filière, il ouvre deux brèches : cyberattaques et espionnages. Il faut donc un sursaut technologique supplémentaire dans des exploitations agricoles ou des bâtiments dédiés à l’élevage de porcs, c’est-à-dire un équipement sécuritaire de pointe pour contrer des activistes ou des ingérences extérieures, et pas uniquement les virus et les aléas de la biologie. Face à de tels coûts, d’aucuns hésitent alors à prendre la voie radicale d’une déconnexion numérique complète de leurs installations. Pour les pays les plus autoritaires ou les mieux armés pour protéger leur filière porcine, à commencer par les nations asiatiques, on crée des zones blanches autour des lieux d’élevage et de production, sorte de dôme de fer digital au-dessus de la tête des cochons. Le but est d’effacer leurs existences sur la carte, si l’on regarde par satellite, ou dans le paysage, si l’on passe à proximité de ces sites. Comme des terrains militaires, il est interdit de s’en approcher et de les photographier. Certains États confient la tenue de ces zones d’exclusion à des entreprises spécialisées dans la défense et la cybersécurité. L’élevage de porcs devient une ligne budgétaire du ministère des Armées ou de l’Intérieur. Le cochon n’est plus aperçu ; lui-même ne voit plus dans cette obscurité géostratégique et sécuritaire.

S’isoler pour protéger les autres, vraiment ?

L’opacité devient donc la norme, entre ces hypernationalismes alimentaires, ces risques zoonotiques et ces menaces bioterroristes. Les petits éleveurs sont balayés dans un tel environnement crisogène où la mise en conformité atteint des coûts exorbitants. La viande de porc et l’ensemble des coproduits de l’animal voient leurs valeurs progresser, mais cela ne ruisselle pas vers les producteurs et tout le long des filières. Les marges supplémentaires financent les équipements sécuritaires. En arrière-plan, ce sont tout un tas de dimensions méconnues qui s’effondrent : chute des échanges scientifiques et zootechniques, perte de diversité génétique porcine, érosion des progrès effectués en matière de bien-être animal. Chaque site est barricadé, mais chaque cochon aussi vit dans l’isolement dans ces nouvelles conditions où il s’agit d’éviter la moindre interférence. Les porcelets sont immédiatement séparés de leur mère et chaque individu effectue sa croissance en solitaire. Certains critiquaient au début de ce siècle l’industrialisation de l’élevage et de la production alimentaire dans le monde. Après 2030, le curseur des préoccupations s’est totalement déplacé sur le sujet de l’hyperstandardisation sécuritaire, avec d’un côté un recul manifeste des conditions d’élevage (sur l’océan, on éloigne à la fois les risques, mais on invisibilise aussi les pratiques) et de l’autre un problème d’accès aux protéines animales qui gagne de nombreux territoires de ce globe. Pendant plusieurs décennies, le cochon était une mosaïque d’interdépendances, puis tout s’est grippé dans cette décennie qui l’assigne pour longtemps à résidence. Dans cette nouvelle géographie, des nations redécouvrent leurs différences alimentaires et les habitants doivent revoir certaines habitudes. Les Français regrettent le jambon italien, les Chinois la longe espagnole, les Allemands la charcuterie polonaise. Chacun doit réapprendre à consommer local. Les cuisines s’ajustent, les consommateurs retrouvent le sens du compromis. On ne choisit plus le morceau qu’on aime, on apprend à aimer le morceau de porc qu’on a, on ne pense pas à tous ceux qui n’en ont plus. Le repli sur soi, c’est comme toujours un mélange d’égoïsme individuel et national. Marchandise encapsulée, le cochon est donc à l’image des sociétés, dans une bulle sous atmosphère contrôlée et qui vit dans la vigilance permanente.

Mais parfois la menace vient de plus près, ou très simplement. En Europe, elle est à la lisière des forêts, sur les routes de campagne, avec ces sangliers qui prolifèrent, après des années de chasse limitée. Cousin sauvage du cochon, miroir indiscipliné du porc domestiqué, c’est lui qui vectorise les zoonoses et celle redoutée de la peste porcine. Il circule sans contrôle, traverse les clôtures, fourre son groin partout sur son chemin. Alors que le monde s’affaire et s’emballe autour du cochon, les nations européennes tentent de s’adapter à cette nouvelle donne, non sans compromission avec certaines valeurs démocratiques et conscience des maltraitances animales. Elles doivent aussi traiter avec urgence ce problème de sangliers, les agences sanitaires ayant pressé les politiques publiques à réagir sans délai et avec des moyens à combiner : battue renforcée, drones thermiques, barrières olfactives, répulsifs biologiques. Une alliance improbable se met en place : le chasseur de sanglier devient un agent de biosécurité, un défenseur de la filière porcine au nom de la santé publique. Mais le paradoxe est là : pour sauver le cochon, il faut éradiquer son frère sauvage. Et pour protéger la vie, on s’habitue à la tuer préventivement. Le sanglier glisse vers la liste des espèces menacées. Et parallèlement, l’élevage extérieur en plein air est interdit dans toute l’Europe, plus aucun animal ne sort. Un exode rural sur place, qui chamboule la vie des campagnes. Des polices sanitaires agroalimentaires sont constituées pour neutraliser toute faille dans les exploitations et les maillons de la production. Pour les éleveurs de cochons et les entreprises du secteur, c’est une perte d’autonomie professionnelle et un régime de contraintes imposées qui désormais porte bien son nom. Les règles à domicile, dans l’Hexagone et dans l’Union européenne, ont bien changé. Et le marché mondial s’est rétréci puis contracté. Entre normes biosanitaires aux accents militaires et commerce de biens alimentaires et énergétiques aux horizons limités, la Bretagne est devenue une presqu’île. 

Résumons-nous, en remontant dans la montgolfière et en questionnant les contours de ce scénario. En 2030, une partie de l’humanité se regardera dans le miroir du cochon. Elle y voit son obsession de sécurité, sa peur du mélange, sa quête d’ordre. Mais aussi sa nostalgie d’un vivant qu’elle ne comprend plus, qui a fini par être neutralisée, à force de vouloir s’en protéger ou de le contrôler à tout prix. Elle observe, à travers le cochon, les dérives de l’hypersurveillance numérique, où le moindre éternuement devient douteux, et l’enfermement territorial, déconnecté des autres réalités, qu’elles soient préoccupantes ou stimulantes. Peut-on garantir la sécurité sans sacrifier la transparence ? Le bioterrorisme favorisera-t-il des stratégies productives opaques ? Quelles libertés convient-il d’abandonner au nom du zéro risque ? Doit-on nuire à l’alimentation des autres pour être mieux protégé dans la durée en matière sanitaire et nutritionnelle ? La souveraineté est-elle géopolitiquement soutenable si l’on refuse la moindre interdépendance ? Quelles conjugaisons hasardeuses et indésirables entre animaux, végétaux et êtres humains si la coopération internationale se meurt ? Sédentaire, désarmé et sous-cloche, ce cochon de ce futur-là est-il le reflet de notre époque ? La fin de l’abondance, du partage et de la convivialité ; le temps du contrôle, du calcul et de la suspicion. Derrière le cochon surveillé et confiné se dessine une humanité qui privilégie la sécurité à la confiance, la norme à la relation, et qui finit par étouffer le vivant qu’elle voulait protéger.

Ce texte est l’un des scénarios fictionnels développés dans le livre Tout est (enfin) bon dans le cochon. La tirelire du futur : protéine accessible, écologie circulaire et solutions médicales, qui vient de paraître aux éditions Armand Colin.

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Christian Nationalist Rally Led By A Christian Nationalist Regime

Fri, 22/05/2026 - 14:56
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The Trump regime has told us again and again precisely what they are.

During the first Trump term and even into the second, commentators would frequently pose the rhetorical question of asking how some Trump outrage would have been perceived if it had been done by Barack Obama. The point of this exercise was to note how Trump continues to get away with pretty much everything and has never been held to the same standards as Obama. A subtext of that comparison was to suggest that Trump was a president in some way similar to Obama, and to downplay the regime change that Trump began in his first term and has accelerated during his second term.

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L’humour peut-il tout permettre ? Avec Akim Omiri

Wed, 20/05/2026 - 18:51

Depuis le début de la guerre à Gaza, la couverture médiatique des événements et les prises de position autour du conflit israélo-palestinien soulèvent de nombreuses interrogations sur la liberté d’expression et l’orientation des médias traditionnels français. Des polémiques et des tensions émergent régulièrement lorsque certaines personnalités prennent position en faveur de la cause palestinienne ou critiquent le gouvernement israélien. Dans le même temps, les réseaux sociaux apparaissent de plus en plus comme une alternative aux médias traditionnels. Ils permettent à de nouvelles voix de se faire entendre et de proposer une autre manière de traiter l’actualité internationale, notamment sur un ton humoristique à l’instar de la chronique « La Riposte ».

Pour autant tous les sujets se prêtent-ils à l’humour ? Assiste-t-on à une recomposition du paysage médiatique, où les médias traditionnels sont concurrencés par la place grandissante des réseaux sociaux dans la diffusion de l’information ? La liberté d’expression est-elle encore présente dans les médias ou se retrouve-t-elle de plus en plus confrontée à des formes de censure ? Pourquoi la question israélo-palestinienne demeure-t-elle un sujet particulièrement clivant dans les médias et dans l’humour français ?

Autant d’enjeux abordés avec Akim Omiri, humoriste et animateur de l’émission « La Riposte » sur Radio Nova, qui revient sur les polémiques médiatiques dont il fait l’objet et sur le traitement de la question palestinienne dans les médias français.

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Géopolitique des ports de l’Indo-Pacifique : le port de Chabahar — les limites de la « pression maximale »

Wed, 20/05/2026 - 15:59

Le développement conjoint par l’Inde et l’Iran (auquel se sont ajoutés par la suite des engagements de l’Afghanistan et un intérêt soutenu de l’Ouzbékistan) du port iranien de Chabahar a longtemps été soumis à des incertitudes opérationnelles. Malgré l’imposition par les États-Unis d’un blocus sur tous les ports iraniens, cet article soutient que Chabahar n’est pas une anomalie qu’il faut gérer, mais plutôt un instrument à exploiter. Cependant, les conditions de cette exploitation ont fondamentalement changé. Ce qui était autrefois une question d’exemption de sanctions est désormais devenu une question de viabilité opérationnelle dans un contexte de coercition maritime active. Dans ce contexte modifié, le maintien — et, à terme, l’institutionnalisation — de la dérogation s’aligne sur les intérêts fondamentaux des États-Unis en permettant à ceux-ci d’exercer leur influence en Afghanistan tout en renforçant le rôle de l’Inde en tant que fournisseur de connectivité régionale.

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État des lieux de la désinformation climatique russe en Europe

Wed, 20/05/2026 - 11:36

L’approche russe de l’information est ancrée dans l’héritage de la Russie soviétique, qui considère cet objet non comme un simple vecteur de communication, mais comme un véritable outil stratégique. Bien que la Russie ne soit pas le seul acteur de la guerre informationnelle, son approche se distingue notamment par l’importance des moyens financiers mobilisés ainsi que par certaines de ses méthodes : des « fermes à trolls » dans lesquelles des individus créent et relaient du contenu pour manipuler l’opinion ; des bots permettant également de diffuser massivement de faux contenus de manière automatisée.

La désinformation climatique russe en Europe désigne l’ensemble des contenus faux ou trompeurs relatifs aux changements climatiques, diffusés intentionnellement par la Russie et visant les États ou les institutions européennes à des fins stratégiques. Bien que l’attribution de son origine demeure complexe à établir, la désinformation climatique d’origine russe semble être diffusée par plusieurs canaux. Ainsi, cette désinformation est majoritairement dissimulée, véhiculée par des canaux contrôlés par l’État (46 %) ou des canaux liés à l’État (12 %). Cependant une part de la désinformation climatique russe est également assumée, diffusée notamment par des canaux officiels de l’État (2 %) ou des canaux alignés sur l’État (40 %).

Par ailleurs, la désinformation climatique russe cible principalement les politiques énergétiques et climatiques européennes (89 %), d’après les 120 cas de désinformation climatique russe recensés entre janvier 2021 et mars 2026.

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Quels sont les enseignements de l’attaque de drones de l’Ukraine contre Moscou ?

Wed, 20/05/2026 - 10:32

Au-delà des aspects militaires, le plus important après cette attaque de drones est d’interpréter les messages qui sont envoyés par l’Ukraine à la Russie.

En premier lieu, il faut bien voir que l’effet militaire est limité. L’attaque a été réalisée grâce à des drones légers de taille moyenne avec des charges militaires peu importantes. L’objectif n’était pas d’affaiblir militairement la Russie, mais d’envoyer un certain nombre de messages aux Russes et à Vladimir Poutine.

Le premier message est de nature politique. Durant toute la campagne d’hiver, la Russie a frappé toutes les installations énergétiques ukrainiennes pour affaiblir la capacité de résistance des Ukrainiens. L’objectif était d’atteindre leur moral. Le message de cette frappe est de montrer qu’au sortir de l’hiver, l’Ukraine est toujours debout, que le moral des Ukrainiens n’a pas été atteint par la campagne militaire hivernale de la Russie, qu’ils ne se contentent pas de se défendre : ils peuvent aussi attaquer.

Le deuxième message qui est envoyé est que la base industrielle et technologique de défense (BITD) ukrainienne est intacte malgré toutes les frappes de la Russie et qu’ils sont capables de produire en grande quantité des drones, certes rustiques, mais peu chers, et capables de frapper le territoire russe. La défense des Ukrainiens ne repose donc pas uniquement sur les armements livrés par les Européens ou que les Européens auront achetés aux Américains pour les fournir aux Ukrainiens. C’est une frappe « made in Kiev » et non « made in OTAN » et cela a donc aussi pour but d’affecter le moral des Russes : l’Ukraine est capable de leur résister y compris sans les armements livrés par les Européens.

Le troisième message est que Kiev peut désormais frapper Moscou. Celui-ci se divise en deux plans.

En premier lieu la guerre se déroule depuis le début sur le territoire ukrainien et les Occidentaux ont pris bien soin de demander aux Ukrainiens de ne pas frapper le territoire russe dans sa profondeur avec les armements qu’ils leur ont livrés. Or, ici on a bien une escalade dans le conflit, non pas tant par l’intensité des frappes, mais du fait de l’extension de son champ géographique au territoire russe, et ce jusqu’à Moscou. Mais les Ukrainiens ont toutefois pris bien soin d’utiliser leurs armements et non des armements occidentaux pour ne pas mettre dans l’embarras les Européens, voire entraîner une réaction négative de Donald Trump.

En second lieu, l’Ukraine a montré qu’elle était capable de lancer une frappe massive tout en moins en nombre, et ce, allant jusqu’à viser Moscou. Ces drones ont franchi plus de 500 km, ils n’ont pas été arrêtés par la défense aérienne russe et il est frappant de constater que les vidéos qui ont circulé ont été réalisés par des habitants de Moscou et de sa banlieue. L’impact psychologique est énorme et c’est bien l’effet recherché : montrer aux citoyens russes que « l’opération spéciale » de la Russie en Ukraine est un échec et que plus de quatre ans après le début de cette guerre la peur peut changer de camp.

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Désinformation climatique et guerre informationnelle : ingérences étatiques et enjeux sécuritaires

Tue, 19/05/2026 - 16:51

La spécificité de la guerre informationnelle réside dans son caractère évolutif : afin d’atteindre efficacement les opinions publiques, elle s’adapte aux environnements sociaux et politiques en se greffant aux thématiques qui suscitent une attention accrue dans les sociétés ciblées. Comme de nombreux autres enjeux, les changements climatiques peuvent donc être intégrés dans le cadre de la guerre informationnelle.

Bien que l’intégration des questions climatiques dans le cadre d’ingérences informationnelles étrangères soit récente, la manipulation de l’information climatique est en réalité une pratique ancienne. Toutefois, la désinformation climatique contemporaine se distingue par la diversité des acteurs impliqués : aux acteurs des énergies fossiles s’ajoutent désormais ceux de la Big Tech, ainsi que des acteurs étatiques. De 2024 à 2026, la désinformation climatique représentait en moyenne 7,7 % de l’ensemble des contenus de désinformation recensés dans l’Union européenne (UE).

La manipulation de l’information climatique recouvre une diversité de pratiques, dont les nuances reposent sur le degré d’intentionnalité. L’UE établit ainsi une distinction entre « mésinformation » – définie comme la « diffusion de contenus faux ou trompeurs transmis sans intention de nuire, même si leurs effets peuvent néanmoins être préjudiciables » – et la « désinformation », définie comme des « contenus faux ou trompeurs diffusés avec l’intention de tromper ou dans un but lucratif ou politique et susceptibles de causer un préjudice public ».

Dans la continuité des travaux menés par l’Observatoire Défense et climat sur l’intégration des changements climatiques dans les dynamiques de guerre hybride, cette note propose d’analyser l’instrumentalisation de l’information climatique par des puissances étrangères, grâce à une approche multifactorielle. Dans cette perspective, elle intègre les questions climatiques comme nouvel objet de la guerre informationnelle. Ainsi, après une présentation du cadre méthodologique du nexus désinformation climatique – guerre informationnelle (I), cette note propose un panorama des principaux acteurs étatiques de la désinformation climatique ciblant l’Europe, notamment la Russie et les États-Unis, ainsi que leurs interactions avec des acteurs non étatiques (II). L’analyse porte ensuite sur les conséquences sécuritaires de la désinformation climatique (III). Sur la base de ces conclusions, la note développe trois scénarii de prospective, accompagnés de recommandations à destination du ministère des Armées (IV).

Note Synthèse

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Hantavirus, Ebola : le retour des pandémies ? | Les mardis de l’IRIS

Tue, 19/05/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Anne Sénéquier, chercheuse et co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale à l’IRIS, autour des risques de nouvelles crises sanitaires dans un contexte de propagation de l’hantavirus et à la résurgence d’Ebola en République démocratique du Congo.

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Visite de Trump à Pékin : un échec attendu ?

Mon, 18/05/2026 - 18:09

Dans quel contexte s’inscrit la visite de Donald Trump en Chine ?

C’est la deuxième visite de Donald Trump en Chine depuis 2017. Rappelons que cette visite d’État avait été préalablement ajournée il y a un mois par les Américains pour cause de guerre au Moyen-Orient. Cette visite précède de quelques jours seulement celle de Vladimir Poutine à Pékin, ces 19 et 20 mai.

Avec le recul, nous pouvons dire d’ores et déjà que le déplacement de Donald Trump dans la capitale chinoise est un échec. Seuls deux cents Boeing ont été vendus alors que la vente de cinq cents appareils était initialement escomptée. Aucun contrat dans le domaine céréalier, ainsi que dans le high-tech – alors que dix-sept chefs d’entreprises parmi lesquels Elon Musk étaient présents dans la délégation présidentielle – n’ont été signés. Donald Trump a beau avoir dit à la cantonade que Xi Jinping était un « ami », cela n’engage manifestement que lui tant il est vrai que Xi Jinping a été très ferme, voire menaçant, sur l’attitude de Washington à l’égard de Taïwan. Le Président américain a également constaté que ses vœux d’obtenir de la Chine une plus grande coopération sur le dossier iranien se heurtaient à un mur. À l’encontre de l’Iran, Donald Trump va donc devoir « poursuivre la diplomatie par d’autres moyens », si l’on parle le langage de Clausewitz, et ce, en optant de nouveau pour la guerre. Comme pour le conflit en Ukraine, la Chine ne peut que s’en réjouir. En aidant matériellement les Russes et les Iraniens par la livraison de composants nécessaires au montage de drones, tout en étant une force de propositions en proposant des plans de paix que rejettent toutefois les belligérants, la Chine assiste à l’embourbement de la première puissance du monde.

À présent, tous les regards convergent naturellement vers la Chine, les pays de l’Union européenne – dont la France – n’étant pas en reste. D’autant que la Chine se voit confortée dans ses choix de transition écologique entamée il y a plus de vingt ans et veillera à développer des corridors alternatifs pour assurer ses approvisionnements énergétiques. Parmi ces corridors, on peut noter celui des régions médianes de l’Eurasie, c’est-à-dire du Caucase, et qui expliquent le fort rapprochement de la Chine avec des pays jugés stratégiques, tels l’Azerbaïdjan ou le Turkménistan. 

Quels étaient les enjeux bilatéraux et internationaux soulevés lors de cette rencontre et quel bilan peut-on en dresser ?

Il n’y a aucune avancée significative. La certitude pour Donald Trump est qu’il faut désormais frapper un grand coup contre l’Iran pour se sortir de ce bourbier au plus vite, et porter ainsi indirectement un coup à l’économie chinoise. Car, même si une trentaine de navires chinois sont arrivés à passer sans encombre le détroit d’Ormuz, les importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient se font beaucoup plus rares et l’on en perçoit l’impact dans les usines de plastique en Chine.

La visite de Vladimir Poutine à Pékin va quant à elle donner lieu à un renforcement du partenariat entre les deux pays, voire à la concrétisation du fameux Force de Sibérie 2, gazoduc devant relier la Russie, ses champs pétroliers et gaziers, via l’Altaï à la province du Xinjiang. Cela signifie un retour du renforcement des interconnexions entre la Chine et les régions occidentales et septentrionales de l’Asie centrale. 

La question de Taïwan reste un point de tension majeur entre Washington et Pékin, notamment autour de la vente d’armes américaines à Taïwan. Quelle influence cette visite pourrait-elle avoir sur la politique américaine vis-à-vis de l’île et de la stabilité régionale ?

On a senti des crispations chez Xi Jinping concernant la question taïwanaise qui a mis en garde son homologue américain d’entreprendre toute action qui irait à l’encontre des intérêts chinois. Cette mise en garde verbale et ferme trahit-elle le fait que les Chinois ne sont pas prêts en définitive à une action militaire ? Ce n’est pas impossible. Le limogeage de He Weidong, chef de l’État-major en charge des affaires stratégiques taïwanaises au sein de l’Armée populaire de libération (APL), et l’annonce récemment de la condamnation à la peine capitale de l’ancien ministre de la Défense Li Shangfu, expliquent la nervosité tout à fait inhabituelle, de surcroît exprimée publiquement de Xi Jinping à ce sujet. Sur le vol du retour, Donald Trump a à son tour mis en garde Taïwan de proclamer son indépendance. Devra-t-il pour autant renoncer à honorer le Taiwan Relations Act en vigueur depuis 1979 et l’exportation d’armes américaines vers l’île ? C’est peu certain.

En tout cas, Xi Jinping a donné des gages à une partie très nationaliste de l’opinion chinoise en montant sur ses ergots alors que le scénario le plus probable à mon sens concernant les relations interdétroits est l’asphyxie économique de l’île et non le recours à la force.

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Géopolitique et failles médiatiques

Mon, 18/05/2026 - 17:38

Depuis maintenant dix semaines, la guerre en Iran occupe une place centrale dans les médias et les débats géopolitiques. Mais au-delà du conflit lui-même, c’est la manière dont il est traité médiatiquement qui interroge. Entre posture idéologique, discours dominant et multiplication des « experts » sur les plateaux télé, le débat public semble de plus en plus enfermé dans une logique de conformisme et d’émotion permanente.

Les chaînes d’information en continu, contraintes de commenter l’actualité sans interruption, favorisent des débats rapides et souvent superficiels. Les plateaux réunissent des intervenants présentés comme « experts en géopolitique » mais qui, pour certains, n’ont jamais travaillé sur le terrain ni acquis une connaissance concrète des réalités. La recherche de la phrase choc prend le pas sur l’analyse de fond.

Cette uniformité du discours s’explique aussi par une forme de pression collective : peur d’être marginalisé, volonté de rester dans la ligne dominante. Résultat : certaines fake news circulent sans conséquences, et leurs auteurs continuent d’être invités malgré des erreurs parfois flagrantes.

Cette situation pose une question : les médias remplissent-ils encore leur rôle d’information et d’analyse, ou participent-ils à l’installation d’une doxa déconnectée de la réalité ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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El Niño amplifiera considérablement les chocs tels que celui de la guerre en Iran

Mon, 18/05/2026 - 17:22

La guerre en Iran a provoqué des bouleversements sans précédent pour la sécurité énergétique et alimentaire mondiale. À mesure que les effets de ces bouleversements (de la pénurie de carburant à la flambée des prix alimentaires) se feront plus visibles, ils exerceront une pression croissante sur la paix et la stabilité. Bien que certaines répercussions soient déjà perceptibles, les perturbations sur le système international s’accentueront si le conflit persiste.

Par ailleurs, quelles que soient les agissements des États-Unis dans la région, l’occurrence dans les prochains mois d’une des phases du phénomène climatique ENSO, connue sous le nom d’El Niño, devrait aggraver les conséquences de la crise iranienne sur la sécurité alimentaire et énergétique. Cela met en évidence le rôle déterminant des facteurs naturels sur nos priorités, et que la résilience climatique est indissociable des objectifs de sécurité internationale.

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Xi Jinping la substance, Trump les apparences

Fri, 15/05/2026 - 15:04

Donald Trump est en visite en Chine ces 14 et 15 mai pour un sommet très attendu avec Xi Jinping à Pékin. Cette rencontre, la première entre les deux dirigeants depuis 2017, intervient dans un contexte international particulièrement tendu : rivalités commerciales entre Washington et Pékin, guerre au Moyen-Orient et montée des tensions autour de Taïwan.

Pourtant, malgré les déclarations très positives, ce sommet n’a pas l’air d’avoir abouti à de véritables avancées. Les principales annonces, comme l’achat par la Chine de 200 avions Boeing ou de 10 milliards de dollars de produits agricoles américains, restent symboliques. Sur des sujets plus sensibles, notamment les terres rares ou la question iranienne, Pékin ne semble avoir fait aucune concession majeure. La Chine a toutefois réaffirmé son opposition à la prolifération nucléaire et son souhait d’éviter une escalade des tensions internationales.

Mais le véritable enjeu des discussions reste Taïwan. Xi Jinping a clairement indiqué que cette question était la priorité des relations sino-américaines. Il a averti que toute mauvaise gestion de ce dossier pourrait mener à un conflit ouvert, message adressé à la fois aux américains et aux taïwanais. Une stratégie de dissuasion visant à pousser Taïwan à se rapprocher de la Chine par crainte d’un abandon américain.

Le sommet de Pékin marque-t-il une nouvelle étape dans le basculement du rapport de force mondial entre Washington et Pékin ? La Chine est-elle en train de s’imposer comme une puissance diplomatique incontournable pendant que les Etats-Unis s’enlisent dans leurs contradictions stratégiques ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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