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Institut de Relations Internationales et Stratégiques
Updated: 2 weeks 4 days ago

La nouvelle stratégie spatiale allemande et l’avenir de l’Europe spatiale

Thu, 19/10/2023 - 17:49

En septembre 2023, six mois après l’adoption par l’Union européenne d’une stratégie spatiale pour la défense et la sécurité, l’Allemagne s’est dotée d’une nouvelle stratégie spatiale. Quelles sont les priorités de cette nouvelle stratégie spatiale allemande ? À la veille du Sommet de l’Agence spatiale européenne, qui se tiendra à Séville en novembre 2023, quel est l’avenir du modèle spatial européen ? En quoi la dimension stratégique du spatial est prise en compte par l’Allemagne ? Autant d’enjeux sur lesquels revient Gaspard Schnitzler, directeur de recherche à l’IRIS, responsable du Programme Industrie de défense et de sécurité et co-directeur de l’Observatoire de l’Allemagne.

Israël-Hamas : quelles réactions le conflit suscite-t-il auprès de Moscou et Kiev ?

Thu, 19/10/2023 - 15:40

Les attaques lancées par le Hamas contre Israël le 7 octobre ont replacé la question du conflit israélo-palestinien au cœur du débat sur la scène internationale, éclipsant en partie la guerre russo-ukrainienne. Quel positionnement Moscou adopte-t-il à l’égard du conflit entre le Hamas et Israël et comment ce dernier est-il par ailleurs perçu au sein de la société russe ? Qu’en est-il du soutien du président ukrainien Volodymyr Zelensky à Israël ? Quelles sont les conséquences du détournement des regards médiatiques et de la communauté internationale de la guerre en Ukraine vers le conflit israélo-palestinien ? Qu’en est-il de la situation en Ukraine à l’heure actuelle ? Le point de vue de Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS et spécialiste de la Russie.

 

Quel positionnement Moscou adopte-t-il à l’égard du conflit entre le Hamas et Israël ? Comment ce dernier est-il par ailleurs perçu au sein de la société russe ?

Il y a d’abord un effet d’aubaine pour Moscou. Le point focal de l’attention internationale est passé de l’Ukraine à Israël. Pour les Occidentaux, le « méchant » est aussi le Hamas et non plus seulement la Russie. Tout désintérêt relatif pour la guerre en Ukraine signifie à terme moins d’aide, moins d’attention, moins de pression des opinions publiques. En même temps, la Russie est embarrassée  pour maintenir le délicat équilibre qu’elle a plus ou moins réussi à maintenir jusqu’à présent entre d’un côté Israël, où résident de nombreux Russes devenus citoyens israéliens, qui n’imposent pas de sanctions économiques et qui limite ses livraisons d’armes à l’Ukraine; les Palestiniens, qui jouissent d’un appui traditionnel de la diplomatie russe ; la Syrie, où les russes entretiennent deux bases militaires (Tartous et Hmeimim) et l’Iran, avec lequel les liens notamment militaires se sont resserrés (livraisons de drones Shahid et construction en Russie d’une usine de ces drones). La Russie a présenté au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution qui se voulait équilibré mais qui a été refusé par les membres du Conseil parce qu’il ne comportait aucune condamnation des agissements du Hamas. Pour Moscou, un embrasement de la région ne serait pas une bonne affaire et l’obligerait à sortir de l’ambiguïté. Malgré un soutien de principe à la cause palestinienne, les exactions du Hamas en Israël ont beaucoup choqué et les manifestations de soutien de la population russe à Israël ont été à ce jour beaucoup plus importantes dans la capitale russe que les gestes de solidarité avec les Palestiniens de Gaza. La violence des réactions israéliennes pourrait changer les choses.

Dans un entretien sur France 2, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a apporté son soutien à Israël et a accusé la Russie de soutenir les opérations du Hamas. Qu’en est-il réellement ? Que traduit l’alignement de la position ukrainienne sur celle des Occidentaux vis-à-vis de la condamnation des attaques du 7 octobre ?

Volodymyr Zelensky a demandé en vain à être reçu en Israël. Il veut se montrer solidaire de la réaction d’indignation provoquée en Europe et aux États-Unis, ses principaux soutiens, face aux atrocités commises par le Hamas et impliquer la Russie dans l’attaque contre Israël. Il peut invoquer à l’appui de son accusation les liens de Moscou avec Téhéran et le soutien traditionnel de la Russie à la cause palestinienne. Si c’est de bonne guerre, on voit mal les Russes chercher à déstabiliser Israël avec lequel ils ont un modus vivendi satisfaisant, Moscou fermant les yeux à certaines conditions sur ses bombardements contre les forces des Gardiens de la révolution iranienne en Syrie, lui permettant ainsi de se ménager une sorte de zone tampon à sa frontière syrienne. Il s’agit aussi, pour le président ukrainien, de rester au premier rang des priorités diplomatiques et militaires de la « communauté internationale ». Les Israéliens, dont les préoccupations sont d’abord de panser leurs plaies et de préparer les opérations sur Gaza, ont refusé de le recevoir. Kiev craint de voir les Occidentaux, notamment les Américains, réorienter une partie de leur aide vers Israël et se désintéresser relativement de l’Ukraine. L’enjeu israélien sera sans doute plus important que l’enjeu ukrainien dans la campagne présidentielle américaine qui s’ouvre. Kiev n’a donc pas non plus intérêt à une conflagration dans la région.

La résonance du conflit israélo-palestinien sur la scène internationale semble détourner temporairement les regards médiatiques et de la communauté internationale de la guerre en Ukraine. Avec quelles conséquences ? Qu’en est-il de la situation en Ukraine à l’heure actuelle ?

Pour regagner l’attention prioritaire des Occidentaux, les Ukrainiens ont besoin que la crise avec Israël s’apaise. En attendant, ils doivent réactiver l’intérêt de l’opinion et pour cela enregistrer de nouvelles victoires ou démontrer que les choses bougent. La livraison de missiles ATACMS américains très précis et récemment utilisés avec succès semble-t-il, ainsi que le blocage d’une offensive russe du côté d’Avdiivka, leur ont fait regagner une partie de l’attention des médias. Le pire pour Kiev serait d’être soumis à une reconquête rampante par la Russie dans le silence de la « communauté internationale ».

J’ai lu… « Diplomatie de combats », ouvrage de Jean-Maurice Ripert

Thu, 19/10/2023 - 12:08

La diplomatie est-elle un sport de combat ? Faut-il croire à la morale en politique ? Comment protéger les droits humains ? La responsabilité de protéger légitime-t-elle le droit d’ingérence ? Pascal Boniface échange avec Jean-Maurice Ripert autour de ses Mémoires « Diplomatie de Combats » publiés aux Presses de la cité : des récits de combats qu’il a mené du Pakistan à la Russie, en passant par la Chine, pour défendre valeurs et idées qui lui sont chères.

Les stocks stratégiques de métaux critiques

Wed, 18/10/2023 - 22:40

Séminaire organisé, en collaboration avec Enerdata et Cassini, dans le cadre de l’Observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques (OSFME), mené pour le compte de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées.

Autour de :

– David Amsellem, cartographe, docteur en géopolitique et co-fondateur du cabinet Cassini Conseil

– Emmanuel Hache, directeur scientifique de l’OSFME et directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)

– Frédéric Jeannin, chercheur au sein du programme Climat, énergie et sécurité de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)

– Roman Vinadia, chef de projet et analyse géopolitique, cabinet Cassini Conseil.

Animé par Sami Ramdani, enseignant-chercheur en géopolitique de l’énergie et des matières premières à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Palestine-Israël : une montée des tensions mortifères

Wed, 18/10/2023 - 16:14

Les Géopolitiques de Nantes des 29 et 30 septembre 2023 avaient placé le conflit israélo-palestinien au centre des débats, quelques jours avant que les attaques terroristes du Hamas soient commises sur le territoire israélien le 7 octobre dernier.

Thomas Vescovi, historien et chercheur indépendant, spécialiste de la société israélienne et de ses interactions avec la population palestinienne, avait répondu à nos questions : quelle place occupe la non-résolution du conflit israélo-palestinien dans la crise démocratique israélienne ? Le serpent de mer d’une solution à deux États est-elle encore réaliste ? Quelles conditions permettraient une résolution du conflit de manière pérenne ? Ses réponses mettent en perspective la situation tragique d’aujourd’hui.

Les Géopolitiques de Nantes sont organisés par l’IRIS et le Lieu Unique, avec le soutien de Nantes métropole.

Vidéo tournée le 30/09/2023

L’Occident, les valeurs universelles et Gaza

Tue, 17/10/2023 - 18:35

La différence d’intensité des réactions de l’Occident à l’invasion de l’Ukraine et aux bombardements israéliens sur Gaza suscite une accusation de « deux poids, deux mesures » de la part des pays du Sud global. Ces protestations risquent de raviver la dichotomie « West vs. the Rest » et de saper la crédibilité des positions géopolitiques adoptées par les puissances occidentales. L’analyse de Pascal Boniface.

 

« Israël, l’agonie d’une démocratie » – 3 questions à Charles Enderlin

Fri, 06/10/2023 - 09:45

Journaliste franco-israélien, ancien correspondant pour France 2, et auteur de nombreux ouvrages sur le conflit israélo-palestinien et la situation au Proche-Orient, Charles Enderlin répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son ouvrage Israël, l’agonie d’une démocratie aux éditions du Seuil.

 

Vous citez un leader des colons qui déclare : « C’est sur l’axe juifs/Israéliens que se profile le prochain combat. » …

Il y a deux formes d’intégrisme juif en Israël. Le fondamentalisme des ultra-orthodoxes qui veulent maintenir à tout prix l’autonomie de leur communauté, empêcher l’intrusion du monde moderne, obtenir la dispense de service militaire pour tous leurs jeunes, et recevoir de l’État le financement de leur système d’éducation, sans que leurs écoles talmudiques ne soient obligées d’enseigner les matières fondamentales.

L’autre intégrisme, le sionisme religieux, est expansionniste et vise le contrôle de l’État et de ses institutions, au nom d’un message eschatologique. Pour ce mouvement, la terre d’Israël, – en l’occurrence la Cisjordanie- a été donnée par Dieu au peuple juif, et ce serait anathème d’en céder ne serait-ce qu’une partie à des non-Juifs. En 2005, après l’évacuation des colonies de Gaza – qu’ils n’ont pas réussi à empêcher- les idéologues du sionisme religieux ont analysé leur échec. L’opinion public leur était très défavorable. Selon un sondage, seuls 34% des personnes interrogées étaient t contre le retrait, 60% y étaient favorables et 73% pensaient que ce n’était que le début vers l’évacuation massive des colonies en Cisjordanie. Dans Nekouda, la revue du mouvement de colonisation, Moti Karpel, le rédacteur en chef, a écrit : « Se préparer à nouveau au combat entre la droite et la gauche, c’est se préparer à la guerre précédente. C’est sur l’axe Juifs-Israéliens que se profile le prochain combat. Ceux qui sont d’abord Juifs font face à ceux qui sont d’abord Israéliens. » Pour Moshé Koppel, brillant professeur de mathématiques et d’informatique, « L’État n’a pas l’autorité de parler au nom du peuple juif ou de s’immiscer dans les affaires concernant la halakha (la loi juive). Un des centres de pouvoir où les Juifs (religieux) souffrent de sous-représentation scandaleuse est le système judiciaire. Ici, tout peut être jugé selon les valeurs du « public éclairé », c’est-à-dire celles des Israéliens éloignés du Judaïsme. » Il ajoute qu’il faudrait également en finir avec le monopole séculier sur les médias électroniques. Douze ans plus tard, Koppel aura les moyens de créer Kohelet, la puissante ONG qui sera à l’origine du vote de la loi discriminatoire Israël-État-nation du peuple juif en 2018 … Puis œuvrera en coulisse pour lancer de la grande refonte du système judiciaire mis en place par Benjamin Netanyahou.

 

Les ONG sont désormais accusées d’être des taupes d’une Europe antisémite… 

Et l’Europe présente l’autre joue… Cela a toujours un peu existé, mais s’est renforcé à partir de 2009 avec le retour au pouvoir de Benjamin Netanyahou. D’abord par de véritables campagnes de haine sur les réseaux sociaux dirigées par l’organisation fasciste de droite Im Tirtzu, avec la bénédiction du pouvoir. Les dirigeants d’ONG anti-occupation sont nommément accusés d’être des taupes, d’encourager le terrorisme palestinien et de poignarder Israël dans le dos.  Dans cette liste on trouve également les principaux écrivains israéliens, Amos Oz, David Grossman, et A.B. Yehoshua, accusés d’être des taupes gauchistes. En 2011, Netanyahou a fait voter une loi contre le boycott des colonies, une autre sur la « transparence des ONG », les obligeant à signaler à tous leurs interlocuteurs officiels les subventions qu’elles recevraient de l’étranger.

Plus récemment, dans le gouvernement actuel, il faut citer le rabbin Avi Maoz, placé par Benjamin Netanyahou à la tête d’une toute nouvelle agence de l’identité nationale juive. Nommé vice-ministre, homophobe et misogyne, il s’est donné pour mission de mener le combat contre les « forces impures » venues notamment du christianisme, qui ont, selon lui, le soutien des médias et s’attaquent au judaïsme de l’État d’Israël. « Nous devons, dit-il, protéger notre peuple et notre État des infiltrations d’éléments qui viennent de pays, d’organisations et de fondations étrangers. ». L’actuel gouvernement envisage de taxer les budgets des ONG de gauche, pourtant toutes déclarées associations à but non lucratif.

 

Pour vous, la maladie incurable de l’État-nation d’Israël a un nom : occupation…

Et ce ne sont pas les avertissements qui ont manqué. Déjà, en 1976, Yitzhak Rabin, Premier ministre, mettait en garde : « En l’absence d’accord, Israël risquerait de devenir un État apartheid. » En 2007, les dirigeants de Meretz, Shoulamit Aloni et Yossi Sarid, accusaient : « Israël impose une forme d’apartheid à la population palestinienne [dans les territoires occupés]. » La même année, Ehoud Olmert, chef du gouvernement, annonçait que « si la solution à deux États devient impossible, Israël se retrouvera dans la même situation que l’Afrique du Sud, face à un combat [palestinien] pour l’égalité du droit de vote et ce sera la fin d’Israël. » En 2017, Ehoud Barak, ancien Premier ministre, déclarait qu’« Israël se trouve sur la pente glissante qui mène à l’apartheid. » Et en 2021, Yehudit Karp, ancienne adjointe au procureur général, ajoutait : « C’est le terme utilisé par la loi internationale pour qualifier le genre de régime mis en place par Israël dans les territoires occupés.»

Le 7 septembre dernier, Tamir Pardo, qui fut le patron du Mossad de 2011 à 2015, a déclaré : « Les mécanismes israéliens de contrôle des Palestiniens, depuis les restrictions de mouvement jusqu’à leur placement sous la loi martiale, alors que les colons juifs dans les territoires occupés sont gouvernés par des tribunaux civils, sont à la hauteur de l’ancienne Afrique du Sud. ». Je suppose qu’en France il risque d’être accusé d’antisémitisme… À ce propos, je cite Wladimir Rabinovitch, écrivain, magistrat, militant sioniste jusqu’en 1967, qui décrivait en 1979, un phénomène de « schizophrénie morale » selon lequel : « La relation avec Israël imposerait à tout Juif une échelle de valeurs différentes selon qu’il s’agit d’Israël ou d’un autre État dans le monde. Il ne peut y avoir une vérité dans l’ordre juif, et une autre dans l’ordre universel. »

 

 

Recompositions géopolitiques au Caucase

Thu, 05/10/2023 - 17:35

 

Un des conflits gelés, du nom des conflits non résolus qui se sont cristallisés à la suite de l’implosion de l’ex-URSS et de l’ancien bloc soviétique, vient de connaitre un dénouement d’une rapidité spectaculaire. L’autodissolution du Haut-Karabakh, qui sera effective le 1er janvier 2024, a en effet surpris plus d’un observateur. Des recompositions géopolitiques sont à l’œuvre au Caucase et contribuent à modifier les rapports de force entre les États de la région.

 

Une récente accélération de l’histoire

Historiquement, il faut remonter aux décisions de Joseph Staline, alors commissaire du peuple aux nationalités, pour comprendre la situation qui prévaut. Tout à son principe de diviser pour régner, il rattache en effet, en 1921, le Haut-Karabakh, peuplé majoritairement d’Arméniens, à l’Azerbaïdjan.

Plusieurs décennies plus tard, en 1988, au moment où l’URSS commence à être soumise à des forces centrifuges, qui aboutissent finalement à son implosion, les députés arméniens du Haut-Karabakh demandent le rattachement de leur territoire à l’Arménie. De l’automne 1988 à juin 1994, s’ensuit une guerre qui fait environ 30 000 morts, entraine le déplacement de 400 000 Arméniens, ainsi que celui de près d’un million d’Azerbaïdjanais et l’occupation par l’Arménie d’environ 20 % du territoire de l’Azerbaïdjan (Haut-Karabakh, corridor de Latchine et rive gauche du fleuve Araxe). Depuis lors, en dépit de plusieurs résurgences de tensions armées, la situation s’est retrouvée bloquée dans son statu quo, d’où l’expression de « conflit gelé » souvent utilisée pour la qualifier. Entretemps, le Haut-Karabakh proclame son indépendance en 1991 qui ne sera jamais reconnue par quiconque.

Le groupe de Minsk créé en 1992 dans le but de favoriser une solution négociée ne parviendra jamais à faire évoluer la situation, tant les vainqueurs semblaient hostiles à toute forme de compromis. L’enjeu est d’autant plus complexe que chacun des protagonistes se réclame de principes du droit international antinomiques. Droit à l’autodétermination des peuples pour les Arméniens, intangibilité des frontières et respect de la souveraineté pour les Azerbaïdjanais.

C’est l’aiguisement des contradictions et l’impossibilité pour la partie azerbaïdjanaise d’accepter le maintien du statu quo qui permet de comprendre la guerre des 44 jours au cours de l’automne 2020. Renversement complet de situation, puisque l’Arménie et la république autoproclamée du Haut-Karabakh subissent une défaite cuisante. Pour aller à l’essentiel, c’est tout d’abord la reconnaissance de la reconquête par Bakou de ses territoires illégalement occupés par l’Arménie depuis 1994 ainsi qu’une large partie du Haut-Karabakh. Pour ce qui concerne ce dernier, environ 80 % de sa superficie revient à l’Azerbaïdjan, sans que pour autant le statut à venir ne soit précisément défini pour les 20 % restants. Deux corridors doivent être créés et placés sous contrôle russe : le premier, reliant une parcelle du Haut-Karabakh à l’Arménie pour remplacer celui déjà existant de Latchine passé sous contrôle azerbaïdjanais – clause jamais appliquée – ; le second, totalement nouveau, reliant le Nakhitchevan et l’Azerbaïdjan. La mise en œuvre du cessez-le-feu est garantie par une force de paix russe de près de 2 000 soldats. Enfin, la mise en place d’un centre russo-turc de vérification de l’application des termes de l’accord est prévue sur le territoire azerbaïdjanais. Pour autant, son mandat précis n’a jamais été totalement défini, et il semble que Moscou et Ankara n’en aient jamais eu la même interprétation.

Dernière séquence, celle qui vient de se dérouler sous nos yeux au cours du mois de septembre 2023. À la suite d’une opération éclair de 24 heures menée par l’armée azerbaïdjanaise le 19 septembre, les dirigeants du Haut-Karabakh capitulent rapidement et annoncent, le 28 septembre, qu’ils procèdent à la dissolution de leur république autoproclamée avec effet officiel le 1er janvier 2024. Depuis lors, c’est un exode massif des habitants du Haut-Karabakh en direction de l’Arménie qui se produit. La tragédie humaine ne doit pas pour autant faire perdre la rigueur de l’analyse et le vocable de génocide utilisé par certains commentateurs ne semble guère efficient. A contrario se pose l’utilisation du terme de « nettoyage ethnique » pour décrire la situation actuelle même si ce dernier ne relève pas d’une définition reconnue par le droit international.

Des recompositions géopolitiques à l’œuvre

Une redistribution des cartes géopolitiques est donc clairement à l’œuvre avec des perdants et des gagnants.

Dans la première catégorie se trouvent évidemment la République d’Arménie et le territoire du Haut-Karabakh. L’hubris qui a prévalu après leur victoire de 1994, leur refus d’accepter négociations et compromis négociés au mépris du droit international et leur propension à ne pas constater le processus de réarmement de l’Azerbaïdjan au fil des ans, ont un coût politique important. La Russie pour sa part, évidemment concentrée sur le théâtre d’opérations militaires en Ukraine n’a pas su prévenir le dénouement auquel nous avons assisté ces derniers jours. C’est certainement un coup rude pour Moscou, tant les dirigeants russes ont depuis des lustres tenu le Caucase comme leur pré carré. Les instances de régulation internationale, tout particulièrement en l’occurrence l’ONU et le groupe de Minsk, ont-elles aussi malheureusement prouvé leur impuissance. L’Union européenne (UE) enfin a montré sa pusillanimité en se contentant de jugements souvent moraux, mais peu opérationnels. Outre les divisions qui existent en son sein, l’accord de coopération stratégique dans le domaine de l’énergie, contresigné entre Ursula von der Leyen et le président Ilham Aliyev en juillet 2022, n’est peut-être pas étranger à l’aspect inaudible réservée de la politique de l’UE dans la région.

Parmi les gagnants, nous avons en premier lieu, c’est une évidence, l’Azerbaïdjan qui a retrouvé la souveraineté sur l’ensemble de son territoire national et qui apparaît comme la puissance ascendante au Caucase. La Turquie, dont nous savons qu’elle a toujours soutenu Bakou dans ses revendications au nom du principe d’« une nation, deux États » et a largement contribué à la modernisation des forces militaires azerbaïdjanaises au cours des dernières années. Israël enfin qui, tout à son obsession de contenir la puissance iranienne, n’a pas non plus ménagé son soutien à l’Azerbaïdjan.

Une des questions qui se posent désormais concerne la perspective de la création du corridor de Zanguezour qui permettrait de relier le Nakhitchevan au reste de l’Azerbaïdjan en passant par la province méridionale de l’Arménie, le Syunik. Ce corridor est d’une importance capitale, car il constituerait un lien direct entre la Turquie et l’Azerbaïdjan via le Nakhitchevan et donc entre mer Noire et mer Caspienne. Chacun peut aisément en comprendre les enjeux en matière d’hydrocarbures. Sans verser dans les fantasmes consistant à mettre en exergue de soi-disant projets panturquistes, il apparaît, de manière plus réaliste, que la concrétisation de ce corridor renforcerait considérablement l’influence de la Turquie dans la région. La question est de savoir si Ilham Aliyev saura résister à l’hubris de la victoire et acceptera le principe d’une solution négociée avec l’Arménie. Dans le cas contraire, le risque serait fort de rentrer dans une nouvelle logique d’affrontements militaires, l’Arménie défendant dans cette hypothèse son intégrité territoriale.

Enfin, il faut mentionner la République islamique d’Iran, très préoccupée par les dernières évolutions. Non seulement parce qu’elle perçoit le renforcement de l’influence turque comme une concurrence avérée dans une région où la sienne propre reste forte et qu’il lui faut préserver. Mais aussi parce que la construction du corridor de Zanguezour, non loin d’une partie de sa frontière septentrionale, lui rendrait plus difficiles les relations traditionnellement bonnes avec l’Arménie et l’ouverture qu’elle lui permet conséquemment vers l’Europe. Last but not least, les dirigeants iraniens restent aussi attentifs aux évolutions de l’Azerbaïdjan parce qu’environ 20 % de sa population est azérie et que Téhéran craint d’hypothétiques velléités irrédentistes.

L’imbroglio caucasien n’a donc pas fini de produire tensions et contradictions. À suivre dans les prochaines semaines et prochains mois.

Coupe du Monde 2030 : le triomphe du Maroc

Thu, 05/10/2023 - 17:00

Grand succès pour le Maroc : après cinq candidatures infructueuses, il a été élu mercredi 4 octobre pour accueillir l’édition 2030 de la Coupe du monde de football, aux côtés de l’Espagne et du Portugal. Il s’agit d’une alliance entre trois États pour maximiser leurs chances d’être choisis, qui témoigne aussi, au-delà du football, du rapprochement entre l’Espagne et le Maroc – comme l’atteste la reconnaissance par Madrid de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Mais on pourrait également y voir une stratégie de la FIFA de jouer sur le principe de la rotation continentale pour permettre à l’Arabie saoudite, pôle émergent du football mondial, d’organiser la Coupe du monde 2034 pour la première fois de son histoire. L’analyse de Pascal Boniface.

Qui doit défendre l’Europe ?

Thu, 05/10/2023 - 12:17

Le 22 février 2022, l’Europe a compris que sa sécurité pouvait être menacée. Les populations réfugiées ukrainiennes ont afflué dans les pays baltes limitrophes d’Europe centrale, dans les pays baltes et en Allemagne. Et si l’Europe, c’est à dire un des pays de l’Union européenne, était attaquée ? Qui doit être le garant de la défense européenne ? Alors que l’OTAN se retrouve renforcée depuis le début de la guerre en Ukraine, l’Union européenne peut-elle encore construire son autonomie stratégique ? Comment l’Union européenne peut-elle parvenir à concilier une stratégie de défense européenne long terme et les divergences politiques court-termistes de ses États membres ?

Autant d’enjeux sur lesquels revient le général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense Nationale et chef de bureau des sessions régionales de l’Institut des hautes études de défense nationale, dans le cadre de sa participation aux Géopolitiques de Nantes 2023 organisés par l’IRIS et le Lieu Unique, avec le soutien de Nantes métropole.

 

Lampedusa : quels enjeux de l’aide en Europe ?

Tue, 03/10/2023 - 16:57

Entre les 11 et 13 septembre 2023, plus de 6 000 migrants ont débarqué sur l’île italienne de Lampedusa, située à 150 km des côtes tunisiennes, remettant la question migratoire au centre du débat. Dans quel contexte s’inscrit ce drame humanitaire ? Quelles causes conjoncturelles et structurelles peuvent expliquer cette crise ? Quelle a été la réaction de la communauté européenne, et en particulier des États européens ? Le point avec Fatou Élise Ba, chercheuse à l’IRIS, en charge du Programme Humanitaire et Développement.

Dans quel contexte s’inscrit le drame humanitaire de Lampedusa ?

Lampedusa, île italienne de 20km peuplée d’environ 6 300 habitants, est impliquée dans les enjeux migratoires en Europe, dans la mesure où elle se situe à proximité de la Tunisie et de la Libye, premiers ports de passages des populations migrantes venant d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et du Moyen-Orient. Lampedusa est un « hotspot », c’est-à-dire un premier port d’accueil des migrants au large de l’Europe. Avant septembre 2023, l’afflux des migrants à Lampedusa avait été relativement ralenti courant 2022. Lors de la crise libyenne, l’île a accueilli 31 000 migrants sans papiers ayant traversé la Méditerranée. En 2011 spécifiquement, 11 000 personnes venaient de la Tunisie. Selon les Nations unies, le premier trimestre de 2023 a été l’un des plus meurtriers depuis 2017, avec 441 décès en mer Méditerranée, notamment pendant le week-end de Pâques où 3 000 migrants ont atteint l’Italie. Chaque année, pendant l’été, des dizaines de milliers de personnes tentent cette traversée. On compte ainsi près de 126 000 migrants arrivés sur les côtes italiennes depuis le début de l’année 2023 contre environ 65 000 à la même période l’année précédente. Selon le directeur de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), Antonio Vitorino, « la crise humanitaire qui persiste en Méditerranée centrale est intolérable, avec plus de 20 000 décès enregistrés sur ces routes depuis 2014. Je crains qu’il y ait une normalisation de ces décès. ».

Concernant les circonstances du drame humanitaire de Lampedusa, 6 000 migrants sont arrivés sur l’île italienne dans des embarcations de fortune entre le lundi 11 septembre et le mercredi 13 septembre 2023, 10 000 personnes environ en fin de semaine dernière. La réponse des autorités italiennes et des ONG est très insuffisante, le nombre d’habitants sur l’île étant inférieur au nombre de migrants et le centre d’accueil géré par la Croix rouge à Lampedusa était organisé à la base pour accueillir 400 personnes. Le Haut-Commissariat des Nations unies (HCR) pour les réfugiés s’est exprimé, déclarant qu’il s’agissait « du plus grand nombre de personnes arrivées sur un seul et même bateau depuis 2021, de tels chiffres pour une seule arrivée n’avaient pas été enregistrés depuis le moins d’août 2016 ». Les migrants, parmi lesquels on compte de nombreux mineurs, venaient principalement d’Égypte, du Tchad, du Maroc, de Syrie, du Bangladesh, du Soudan, du Nigéria, d’Éthiopie et du Sénégal. Pour la majorité, leur lieu de passage était Zouara, en Libye. Faute de place, la majorité des migrants et notamment des enfants en bas âge ont été obligés de dormir dehors, même si certains ont pu bénéficier de la générosité des habitants et que les autorités italiennes ont mobilisé d’importants moyens pour transférer des personnes vers d’autres ports de contingence en Sicile.

Quelles sont les causes pouvant expliquer le drame de Lampedusa ?

La bonne condition météorologique en mer est la première cause conjoncturelle. La situation a également été accentuée en raison de l’inondation et de l’instabilité en Libye, qui facilite la prolifération des réseaux de passeurs criminels. Enfin, si on s’intéresse aux causes structurelles, on peut identifier les crises et conflits émergents en Afrique subsaharienne et les graves conséquences des changements climatiques. À noter que pour le HCR, 70% des personnes déracinées dans le monde proviennent des pays les plus vulnérables au changement climatique. De tels mouvements de populations ne sont donc pas anodins et répondent également à des causes environnementales. L’extrême majorité de ces populations en migration sont en situation d’exil pour des raisons économiques et viennent en Europe dans une stratégie de survie.

Les ONG d’intervention et de défense des droits humains, dépassées face à un afflux grandissant de migrants, appellent officiellement, pour la plupart, à la responsabilité de l’Union européenne. Selon ces ONG, la pression migratoire accrue sur ces routes pourrait persister dans les mois à venir. En effet, les passeurs baissent les prix pour les migrants partant de Libye et de Tunisie dans un contexte de concurrence féroce entre les réseaux criminels. Cela a notamment été réaffirmé par Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes.

Amnesty International a souligné les difficultés des médecins et des médiateurs à prendre en charge l’ensemble des personnes. De nombreux migrants ont ainsi attendu plusieurs heures sous le soleil avant d’avoir une prise en charge médicale. En termes d’intervention, les ONG ont subi depuis 2015-2016 de fortes restrictions, notamment de la part des autorités italiennes. Amnesty International ainsi que d’autres ONG de défense des droits humains comme Médecins sans Frontières affirment que le gouvernement italien attaque les ONG qui mènent des opérations de recherche et de sauvetage, notamment par deux procédés : des inspections de longue durée des flottes de sauvetage civil et la restriction opérationnelle dans la prise en charge des migrants.

Quelle a été la réaction des États européens ?

Le Règlement de Dublin prévoit que le pays d’arrivée du migrant prenne en charge le traitement de sa demande d’asile, en vertu de l’article 51 de la Convention de Genève. Cependant, ce règlement est controversé, l’appropriation de ce texte de loi ne faisant pas consensus parmi les États membres de l’Union européenne. L’Europe peine à afficher un front commun face à la question migratoire. Le constat global est celui d’une inefficacité des mécanismes institutionnels et opérationnels en matière de prise en charge et des gestions des flux. Pour Amnesty International, les accords qui ont été élaborés en 2017 avec la Libye, puis avec la Tunisie, sont selon eux « cruels, coûteux et inefficaces face à la prolifération des réseaux criminels et de traite humaine ». En effet, le problème majeur est que l’on a toujours des difficultés à accueillir les populations en situation de migration dans la dignité.

Un plan stratégique d’urgence a été mis en place par l’Europe. Cependant, alors que l’Italie endosse le rôle de « tri de migrants » et de gestion des flux, l’Allemagne a suspendu depuis fin août l’accueil volontaire des demandeurs d’asile. Il s’agit clairement d’une remise en question de la solidarité européenne face au Règlement de Dublin. La réaction de la France est révélatrice, Gérard Darmanin ayant déclaré que « la France n’accueillera pas des migrants qui viennent de Lampedusa, sauf les réfugiés politiques ». En général, les personnes qui peuvent postuler au statut de réfugié, et donc rester sur le territoire européen, représentent entre 3% à 7% des migrants en fonction des flux. La crise de Lampedusa s’inscrit aussi dans le contexte de la préparation d’un nouveau texte de loi sur l’immigration en France, qui prévoit 4 points : proposer de créer un titre de séjour spécifique pour les métiers en tension ; mais tout de même prévoir un privilège pour les Français sur ces métiers en tension – ce qui a été réaffirmé pendant l’intervention télévisée d’Emmanuel Macron le 24 septembre dernier ; améliorer l’intégration des personnes ayant demandé un droit d’asile et ayant obtenu ce statut ; et un durcissement des délivrances des titres de séjour pluriannuels. Par ailleurs, toujours aux vues de l’intervention d’Emmanuel Macron, la position de la France face aux flux migratoires reste fortement rigide et orientée politiquement notamment lorsqu’il a exprimé que « l’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». À l’heure où personne n’envisage une potentielle amélioration des dispositifs d’accueil des populations, on aurait plutôt tendance à vouloir améliorer la gestion des flux en Europe, ce qui est une posture totalement différente. Maintenant au niveau des instances internationales, la réaction de la France ne contribue pas à l’amélioration de son image, qui était déjà fortement dégradée et notamment devant les Nations unies. La France a été épinglée à plusieurs reprises, notamment en mai 2023 après l’affaire Nahel sur les discriminations faites envers les populations immigrées, issues d’immigration et personnes racisées ; ou en septembre 2023 suite à l’interdiction de l’abaya et du qamis à l’école, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, ayant défendu la liberté des femmes à choisir leurs vêtements lors d’un discours en français devant l’Assemblée des Nations unies. Par ailleurs, la venue du pape François à Marseille n’a pas arrangé l’image de la France à l’international sur la question migratoire avec la visite du pape qui avait pour objectif, à travers son discours, d’attirer l’attention du monde sur la situation des migrants et de demander aux pays européens de faire preuve de plus d’humanité et de fratrie.

La France souhaite cependant collaborer avec la Tunisie et l’Italie, les mécanismes opérationnels de ces gouvernements d’extrême droite ne permettant pas un accueil adapté des vagues de flux aux portes de l’Europe. En revanche, on n’a pas retenu les leçons de l’aide apportée à la Libye dans la gestion des migrants. On se rend pourtant bien compte aujourd’hui que cette « aide » reste relativement inefficace et que la Libye est l’un des pays qui a le plus commis de violences envers les populations voulant s’exiler en Europe. Mais Emmanuel Macron, lors de son intervention, n’a pas non plus évoqué la nécessité de collaborer avec les pays de provenance de ces populations et notamment les États africains. Au contraire, aujourd’hui, la situation tend de plus en plus vers la mise en place d’une aide au développement française conditionnée à la gestion des départs des migrants.

La question migratoire reste une crise humanitaire dans la mesure où face à des populations démunies, l’accueil digne et la prise en compte des besoins de ces populations ne sont pas adaptés ou pas assez pris en compte par les autorités européennes. De plus, l’instrumentalisation de cette catastrophe humanitaire, qui donne lieu a de nombreuses pertes de vie humaines chaque année dans la Méditerranée, à des fins politiques et en faveur d’un discours ouvertement xénophobe, déshumanise les populations en situation de migration. Lorsque l’on aborde la « crise migratoire » dans les débats politiques, on occulte volontairement le fait qu’on estime à plus de 2000 hommes, femmes et enfants morts ou disparus en Méditerranée depuis le début de l’année. Et pour les candidats à l’exil ayant réussi à atteindre les côtes européennes, la majorité est renvoyée dans leur pays.

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