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Institut de Relations Internationales et Stratégiques
Updated: 2 weeks 4 days ago

Nancy Pelosi à Taïwan : triomphe médiatique, échec géopolitique

Wed, 03/08/2022 - 20:30

La visite de Nancy Pelosi, speaker la chambre des Représentants des États-Unis, à Taïwan a bénéficié d’une couverture médiatique de grande ampleur. S’il constitue un coup médiatique pour Madame Pelosi, ce n’est certainement pas un succès géopolitique pour Washington, puisque cette visite provoque une crispation de la Chine à l’heure où la tension internationale est déjà à son comble. Analyse.

Visite du président E. Macron au Cameroun : quels enjeux ?

Thu, 28/07/2022 - 13:16

Dans le cadre de la tournée africaine du président français Emmanuel Macron – au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau – Caroline Roussy, directrice de recherche à l’IRIS, responsable du programme Afrique/s, interroge Dr Christian Pout, Ministre Plénipotentiaire, président du Think Tank camerounais CEIDES.

Dans la séquence de décryptage de l’organisation de la tournée d’Emmanuel Macron en Afrique, on a pu lire, par exemple, que le président français souhaitait bloquer l’influence de la Russie en Afrique ou qu’il sacrifiait la démocratie. Comment depuis Yaoundé lisez-vous ces analyses ?

Les moments de mésententes et d’incompréhensions du contexte camerounais qui ont marqué les relations franco-camerounaises ces dernières années ont largement influencé les lectures de quelques analystes, notamment, sur les réseaux socio-numériques, au point de réduire leurs capacités à rendre compte convenablement des réalités. Au regard de l’importance que peut représenter la visite officielle d’un Chef d’État qui préside aux destinées d’une grande puissance occidentale dans un pays africain, il est tout à fait compréhensible que des rapprochements se fassent avec le contexte international. Le Cameroun entretient des relations multidimensionnelles, anciennes, privilégiées et conviviales avec la Russie, qui ont d’ailleurs connu une consolidation avec le renouvellement de l’Accord de défense liant les deux pays en avril 2022, et la volonté manifestée par la Russie d’accompagner le Cameroun dans la réhabilitation de la Société nationale de raffinage (SONARA), victime d’un incendie le 31 mai 2019. Malgré les impacts de la crise russo-ukrainienne sur le Cameroun, les relations bilatérales entre la Russie et le Cameroun n’ont pas connu de perturbations notables. En rapprochant la constance de ces rapports avec la percée de la Russie, ou plutôt son repositionnement dans les États africains, en particulier dans des pays considérés par le passé comme « le précarré français », à l’exemple de la République centrafricaine, on parvient à déceler l’origine des réserves émises sur la visite du Président Macron. En ce qui me concerne, ces réserves ne font pas honneur à la profondeur des relations franco-camerounaises, et surtout, à l’intensité des échanges économiques, culturels, sociaux, intellectuels, voire même politiques, en termes de coopération décentralisée. C’est à vrai dire ces derniers aspects qui sont au cœur de la visite du Président Macron au Cameroun.

Vu du Cameroun quels sont les enjeux ? Qu’est-ce qui resurgit dans la presse ? Est-ce qu’il y a des attentes précises ?

Le Cameroun est engagé dans l’implémentation de son ambitieux programme de développement, tel qu’énoncé dans sa Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND 30). En évaluant ses capacités et ses besoins, il a depuis longtemps fait le choix d’accorder une place de choix à tout partenaire disposé à l’accompagner de bonne foi et dans le strict respect de sa souveraineté, dans la réalisation de ses objectifs stratégiques en matière de développement. Les répercussions de la pandémie de Covid-19, la morosité économique, les secousses provoquées par la crise russo-ukrainienne et d’autres difficultés conjoncturelles internes confortent la pertinence de cette ouverture aux partenariats extérieurs. Il m’apparaît donc que les enjeux de la visite du Président Macron sont multiples et tout au moins justifiés. Ceux-ci concernent bien sûr la redynamisation des rapports entre la France et le Cameroun, après quelques sons de cloches discordants. Mais aussi, plus traditionnellement, la revue des actions de la France au Cameroun, de l’assistance technique, des relations économiques et commerciales. Sur ce dernier point, il est important de noter que la chaine de centres commerciaux Casino a inauguré il y’a quelques jours au Cameroun l’une des plus grandes surfaces commerciales d’Afrique centrale. C’est donc dire l’intérêt pour la France d’aborder les sujets économiques avec les plus hautes autorités camerounaises. La présence d’hommes d’affaires français dans la délégation officielle témoigne aussi de l’importance de ces enjeux. Concernant les volets politiques et stratégiques, j’aimerais rappeler qu’au cours des dernières décennies, les contacts entre la France et le Cameroun ont particulièrement porté sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Le Cameroun s’efforce en effet de juguler sur son territoire la violence meurtrière orchestrée par des groupes irrédentistes dans les régions anglophones et par la secte Boko Haram dans l’Extrême-Nord. A cet effet, l’appui d’un pays ami comme la France continue d’être apprécié, d’autant plus qu’il est aujourd’hui prouvé que certains financiers de ces groupes opèrent depuis l’étranger.

C’est aussi, entre autres, l’une des interpellations qui revient au sein de l’opinion publique camerounaise, à savoir que les puissances qui disent compatir aux pertes en vie humaine et aux dégâts matériels générés par ces groupes armés consentent à extrader, à défaut de poursuivre sur leur sol, les citoyens d’origine camerounaise qui financent lesdits groupes pour la logistique, l’achat des armes et autres matériels militaires.

Il est évident que le peuple camerounais a souvent été heurté par les propos désobligeants tenus en France, sur incitation d’activistes, contre le Chef de l’État, Paul Biya.  En Afrique, le respect dû aux hauts responsables et aux personnes qui ont atteint un âge respectable est de rigueur. Les attentes populaires concerneront donc aussi le changement de ce qui s’apparente à une tolérance excessive et soupçonnée complice du Cameroun bashing.

Sous d’autres aspects, les retours qui nous reviennent des attentes de la jeunesse touchent à la saisine des meilleures opportunités d’insertion, de financement de projets et de formation au sein d’institutions de référence française disposant d’une expertise qui n’est pas encore pour l’instant totalement acquise au Cameroun. Cette jeunesse est aussi très impatiente de profiter des possibilités offertes par la décentralisation et espère tirer profit de l’expérience française pour mieux s’impliquer dans la gestion des affaires publiques.

En tant que président du CEIDES, quels sont les enjeux pour les trois pays hôtes (Cameroun, Bénin, Guinée-Bissau) ? Pour l’Afrique ?

La tournée subsaharienne du Président Macron suscite davantage d’intérêt dans la mesure où elle se positionne comme une manifestation profonde des réajustements opérés dans la politique extérieure africaine de la France. Le deuxième mandat récemment entamé par Emmanuel Macron semble vouloir surpasser le précédent en accordant aux partenaires africains, notamment aux pays-pivot des espaces régionaux comme le Cameroun, une place plus respectueuse de leur importance réelle. Les trois pays que vous évoquez ont en commun leur ferme détermination à capitaliser leurs atouts, à l’exemples de leurs richesses naturelles et humaines, pour atteindre les objectifs de développement qu’ils se sont fixés, et ainsi, améliorer le bien-être de leur population. Les enjeux prennent donc une forte coloration économique, sociale et beaucoup moins politiques, puisqu’il s’agit de pays globalement stables, bien que les préoccupations sécuritaires restent au centre des débats avec ces pays. Pour le Cameroun et le Bénin en particulier, les enjeux sont aussi ceux de trouver des solutions consensuelles pour rapidement restituer à ces pays leurs biens culturels, un engagement pris par le Président Macron et qui avait été unanimement salué.

Je conclurais en disant que les autres États africains observent attentivement le déploiement des actions stratégiques retenues par la France dans l’entretien des rapports dont elle a appelé à renouveler les bases. La manière avec laquelle les autorités françaises aborderont le nouveau partenariat avec l’Afrique influencera assurément dans un sens positif ou négatif – on le souhaite moins – la montée de plus en plus visible d’un sentiment anti-français. Cela est d’autant plus crucial que la crise qui oppose la Russie et l’Ukraine tend à s’enliser, et à pousser les États africains à redéfinir leurs positions, de même qu’à revoir leurs relations avec certains partenaires.

Guerre en Ukraine : débat, propagande et manipulations

Wed, 27/07/2022 - 16:34

En réponse à la publication de ma vidéo, jeudi dernier, sur les sanctions décrétées par les Occidentaux à l’encontre de la Russie, certaines personnes m’ont accusé à tort d’être un porte-parole de la propagande prorusse. Je le répète encore une fois, les sanctions, surtout si elles sont purement occidentales, ne sont pas suffisantes pour modifier le cours d’une politique. C’est un constat et cela ne pardonne en rien l’action militaire russe en Ukraine. Cette guerre est illégale et immorale et ces accusations ne correspondent en rien à ce que j’ai pu déclarer ou écrire. Cela montre bien qu’il faut continuer à réfléchir dans la complexité et non dans la complaisance, l’émotion ne doit pas nous faire perdre la raison…Réflexions et Analyse.

Chute du gouvernement et élections anticipées : où va l’Italie ?

Mon, 25/07/2022 - 20:40

Contre toute attente, Mario Draghi a remis sa démission. L’Italie entre donc en campagne électorale huit mois avant l’échéance prévue, pour un vote en septembre : une première dans l’histoire de la République italienne. L’heure est à une campagne électorale insolite, d’été, qui pourrait changer un pays en pleine transformation politique.

Une crise ouverte par le Mouvement Cinq Étoiles et conclue par la droite

Mario Draghi l’avait dit dès son investiture : il travaillera pour l’Italie tant qu’il aura le soutien de tous les principaux partis politiques. Si l’un d’entre eux décidait de le désavouer, il partirait. Ce scénario a pris forme lors des dernières semaines, quand les rapports entre l’ex-président de la Banque centrale européenne et le Mouvement Cinq Étoiles se sont détériorés. Mario Draghi campa sur ses positions et proposa un nouveau plan de réformes économiques contenant la construction d’un incinérateur de déchets dans le Latium : une sorte de provocation envers les Cinq Étoiles qui ont toujours refusé en bloc ce projet. Ce défi lancé par Mario Draghi à ses opposants a d’ailleurs été perçu par certains comme une demande indirecte des pleins pouvoirs, où le compromis ne serait pas accepté. Nous connaissons l’épilogue de cette situation : le refus d’adhérer au projet de la part du Movimento Cinque Stelle. Une contestation suivie par la Ligue et Forza Italia de Silvio Berlusconi. Le Président de la République Sergio Mattarella n’a pas eu d’autre choix que d’accepter la démission de Mario Draghi qui a eu l’honnêteté de respecter la règle qu’il s’était fixée. C’est l’un des points cruciaux à noter de cette crise : l’opposition entre les intérêts politiques des professionnels du métier et Mario Draghi, Statista (homme d’État) qui a toujours insisté sur le fait qu’il ne souhaitait que rendre service à son pays.

Morcellement des partis et recomposition totale du panorama politique

La chute du gouvernement provoque des remous dans tous les partis, surtout ceux qui ont participé à sa fin. Le Mouvement Cinq Étoiles va très certainement perdre des éléments lors des prochaines semaines. C’est déjà le cas pour Forza Italia : le choix de Silvio Berlusconi de suivre les partis d’extrême droite (la Lega et Fratelli d’Italia, qui était déjà à l’opposition) n’a pas été compris par plusieurs dirigeants du parti. Ainsi, Mara Carfagna et Renato Brunetta (respectivement ministre pour le Sud et de l’administration publique) quittent le navire. Le choix de Silvio Berlusconi est stratégique, le Cavaliere veut revenir sur le devant de la scène, malgré ses 85 ans. Un accord entre les partis de droite aurait d’ailleurs été trouvé : en cas de victoire aux élections, Monsieur Berlusconi serait nommé président du Sénat. Un rôle de premier plan pour l’ancien président du Conseil, qui l’a certainement convaincu de suivre la mouvance dissidente. Un pari qui est tout de même risqué, car Forza Italia ne pèse plus que 5-7% des suffrages, et peut-être moins depuis le départ de ses principaux représentants. Une possible disparition du parti n’est pas à exclure en cas de défaite aux prochaines élections.

La Ligue devra également affronter une période de perturbations, déjà amorcée il y a plusieurs mois. Le parti a deux courants de plus en plus distants : celui souverainiste et populiste de Matteo Salvini et celui plus régionaliste et d’économie de marché de Giancarlo Giorgetti. Les experts politiques attendent les déclarations des autres hommes forts de la Ligue pour savoir si une crise interne sera ouverte ou si Matteo Salvini sera finalement suivie. Luca Zaia (président de la Vénétie) et Massimiliano Fedriga (président du Frioul-Vénétie Julienne) ont donc un rôle à jouer, mais il est possible qu’aucune position ne soit prise de la part des dirigeants leghisti, les deux hommes n’ayant pas vocation à une carrière politique nationale.

Le morcellement des partis avait déjà été engagé lors de cette législature, avec une multiplication des partis. Un paysage politique éclaté, mais qui aura besoin de de compacter autour de pôles forts si un groupe veut espérer obtenir une majorité (même relative).

Trois grandes forces à venir ?

Dans ce contexte, nous pouvons voir trois groupes potentiels sur la base de partis “agglutinants” comme les définit le journaliste Simone Spetia (Radio 24 Ore). Le contexte électoral impose ces coalitions plus larges : suite à la dernière réforme électorale, le nombre de parlementaires passera de 945 à 600. Les circonscriptions seront donc élargies territorialement, il faudra donc prendre en compte certaines disparités et trouver les bons alliés pour gagner dans des territoires parfois plus hétéroclites qu’avant.

Le Parti démocrate, déjà fort dans les sondages, sera à la tête d’une alliance de gauche. Le secrétaire du PD, Enrico Letta, cherche des partenaires pour une coalition plus large. Difficile pour autant d’en trouver, car même un accord avec le Mouvement Cinq Étoiles semble compromis, suite à la chute du gouvernement. Une entente difficile mais pas impossible, les primaires pour les élections régionales en Sicile (prévu cette année) seront communes aux deux entités politiques. Un modèle régional qui pourrait devenir national.

Au centre, le maillage politique de partis de petite taille est tel qu’il semble complexe d’obtenir un consensus de tous. Au moins six partis sont dans cette strate dite modérée. Certains ont déjà annoncé qu’ils ne souhaitent pas collaborer avec les autres, comme Carlo Calenda et son parti Azione. Un centre avec un réel potentiel, mais pour qui l’union semble utopique. Reste également l’inconnu Insieme per il futuro (Ensemble pour le futur), le parti scissionniste de Luigi di Maio (ministre des Affaires étrangères) qui a quitté le Movimento Cinque Stelle avec une cinquantaine de parlementaires. Monsieur di Maio devra affronter pour la première fois les urnes, et l’histoire ne va pas dans son sens : lors des dernières années, peu de nouvelles forces politiques qui ont quitté leur parti ont réussi à se faire une place dans les hémicycles.

Enfin, la droite ‒ ou plutôt l’extrême droite ‒ semble plus en avance que ses concurrents en ce qui concerne la cohésion, mais il reste à choisir le leader de ce groupe. Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) semble la personne la plus légitime car son parti est le premier dans les sondages, mais ses discours, considérés par de nombreux observateurs comme fascisants, pourraient faire fuir l’électorat de la droite modérée. Antonio Tajani (Forza Italia) s’est montré peu enclin à une nomination immédiate de madame Meloni, de peur de perdre définitivement un centre-droit qui regarde de plus en plus Matteo Renzi et son parti Italia Viva.

Victoire des souverainistes en septembre ?

Les sondages indiquent Madame Meloni en tête. Avec la Lega et Forza Italia, l’alliance de droite pourrait atteindre 45% des suffrages, de quoi mettre cette coalition en première position, sans pour autant obtenir une majorité absolue. La nomination de Giorgia Meloni au Palazzo Chigi serait donc logique, bien que l’on imagine difficilement les autres partis voter en faveur d’une loi proposée par les Frères d’Italie.

L’alternative serait de trouver une personne plus neutre qui puisse satisfaire la majorité des groupes politiques, mais les expériences Mario Monti, Giuseppe Conte et Mario Draghi ne confortent pas cette option. Un nouveau casse-tête pour le Président Mattarella qui devra trouver une solution qui puisse contenter une extrême droite forte, tout en étant accepté par l’aile modérée. Une situation qui ne semble pas avoir d’issue et qui pourrait annoncer cinq nouvelles années d’instabilité pour l’Italie. Nous pouvons nous attendre à une réforme électorale lors de la prochaine législature, afin de ne plus laisser le pays dans l’impasse, à moins qu’une alliance inattendue (et rocambolesque) naisse de cette prochaine élection. Dans tous les cas, les objectifs des partis (et personnels) semblent prévaloir sur les intérêts du pays, quitte à le maintenir dans une crise politique constante, laissant une sensation d’amateurisme pour les Italiens et pour les partenaires politiques et commerciaux.

Difficile de prédire le futur politique italien. Comme l’a dit le journaliste Paolo Mieli : “[…] quand les affaires de l’État sont entre les mains de dilettants, tout est possible”.

Sanctions occidentales : l’impasse ?

Mon, 25/07/2022 - 11:02

Six mois après le début de la guerre, Moscou a échoué à conquérir Kiev et une grande partie de l’Ukraine. La Russie maîtrise tout de même 20% du territoire. À l’heure où les pays occidentaux ont pris des sanctions extrêmement lourdes et sévères contre la Russie, il semble difficile à court terme d’imaginer que Vladimir Poutine puisse plier face à celles-ci et que l’armée russe soit délogée du territoire ukrainien, à tel point que l’on peut se demander si les Occidentaux ne subiraient pas eux-mêmes, par contrecoup, les sanctions qu’ils ont décrétées. Comment expliquer cette réaction ?

Si l’Occident ne souhaite pas recourir à la guerre, il ne peut agir auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies puisque la Russie, en tant que membre permanent, poserait son véto. Face à une très forte demande de riposte de la part de l’opinion, la mise en place de sanctions permet à l’Occident d’afficher un désaccord avec l’action politique de la Russie tout en évitant une déclaration de guerre. Il s’agit d’une sorte de réflexe occidental puisque de nombreuses sanctions ont déjà été établies suite à d’importants désaccords politiques avec un pays.

L’histoire a pourtant démontré que les sanctions n’ont pas toujours été efficaces, voire qu’elles ne l’ont jamais été. Les États-Unis ont pris de très lourdes sanctions à l’égard de Cuba au point de soumettre l’île à un quasi-embargo. Pourtant, le régime fondé par Fidel Castro est toujours en place, même après le décès de ce dernier. Des sanctions extrêmement sévères ont également été prises à l’encontre de Saddam Hussein, elles ont avant tout fait souffrir la population irakienne (500 000 victimes entre 1991 et 2003) sans pour autant empêcher la guerre afin de renverser Saddam Hussein. Les sanctions prises contre le régime syrien suite à la répression de la révolution démocratique n’ont pas fait tomber Bachar Al-Assad. Les sanctions accumulées contre Téhéran depuis 1979 n’ont pas empêché les Ayatollahs de se maintenir fermement au pouvoir. Comment espérer dès lors qu’un pays aussi grand et puissant que la Russie, avec un dirigeant aussi déterminé que Vladimir Poutine, puisse céder ?

Les sanctions semblent parfois prises afin de réagir et de ne pas avouer une certaine impuissance sans pour autant être réellement efficaces et parvenir au but qu’elles sont censées servir, à savoir modifier le comportement politique d’un adversaire. Les seules sanctions qui ont réellement fonctionné sont celles prises à l’égard de l’Afrique du Sud qui ont conduit le pouvoir blanc à démanteler l’apartheid. Cependant, ces sanctions avaient été prises à l’échelle mondiale, les autres sont seulement des sanctions occidentales. Il est donc possible pour Moscou de les contourner et d’y échapper en s’adressant à des partenaires, de façon ouverte ou clandestine, qui n’adhèrent pas à ces sanctions.

Ces sanctions ont posé problème puisqu’elles ont été décrétées entre Occidentaux, sans concertation préalable avec le reste du monde, qui les ont rejetées par refus de suivre docilement aveuglément les pays occidentaux comme ils avaient pu le faire par le passé. De fait, si auparavant les États-Unis décidaient de sanctions contre un pays, les pays latino-américains les suivaient, comme les pays africains suivaient la France. Or, à présent, les pays occidentaux n’ont plus la même mainmise sur les autres pays. Ils ne dominent plus le monde et si nous continuons à agir comme auparavant, nous allons échouer. Les alliés des États-Unis au Proche-Orient suivent leur voie propre.

Les sanctions ne produisent plus le résultat escompté et risquent de faire apparaître non seulement un relatif isolement du monde occidental, mais également une relative impuissance de ce dernier. Il est donc nécessaire d’adapter la politique occidentale à la nouvelle donne géopolitique plutôt que de fixer l’agenda et d’espérer que d’autres pays le suivent aveuglement. Il convient de négocier et de convaincre que les agissements de Moscou sont inacceptables et qu’ils peuvent les mettre en danger eux-mêmes dans le respect de leur propre intégrité territoriale.

En se fixant des objectifs non réalisables, en ne respectant pas ses propres principes et en agissant comme s’il détenait toujours le monopole de la puissance, le monde occidental s’affaiblit. S’il souhaite se défendre, mais également conserver une certaine aura et des capacités de manœuvre, le monde occidental doit faire preuve de cohérence et adopter un leadership par la négociation et l’influence. Adopter un discours critique ne revient pas à tenir un discours anti-occidental, mais au contraire un discours occidental cohérent.

Impact of Congressional Mid-Terms on US Foreign Policy

Mon, 25/07/2022 - 10:50

 

On November 8, American voters will go to the polls in what are termed “mid-term” congressional elections.  The seats of all the members of the House of Representatives and of a third of senators are at stake. While US presidents traditionally play a predominant role in the making of foreign policy, Congress is also an essential actor.  The results of the November elections could therefore have major impacts on President Biden’s foreign policy initiatives in the last two years of his term.

Democrats in Congress face real headwinds this year, and the president’s majority in both the House and Senate is clearly at risk. Some 74% of Americans believe the country is headed in the wrong direction, the worst numbers in years, and approval ratings for Biden are at Trumpian lows.  Inflation, and in particular high gas prices, rising crime, and concerns about the economy are top of mind for US voters. Although current overall generic polling puts republicans only slightly ahead of democrats – 44.3% to 42.5% – the electoral map doesn’t favor democrats in many parts of the country.  The Senate, where the democrats’ majority is already razor-thin, is at risk, and many analysts believe the republicans have a strong chance of winning the House.

The stakes are high. Congress’s most potent tool is the power of the purse. Without congressional appropriations, there is no federal spending on arms for Ukraine, COVID vaccinations in the developing world, or a beefed-up US military presence in the South China Sea. Congress, of course, also has the upper hand on any foreign policy initiatives that might require legislation, for example new types of sanctions on Russian President Putin and his government and military. The Senate must agree to most senior Biden Administration personnel appointments and must give its agreement to formal treaty arrangements. Chairmanship of key committees, especially the Senate Foreign Relations Committee (SFRC), give the majority party an influential bully pulpit.

Assuming the republicans manage to take one or both houses of Congress, what are the prospects for coherent, effective foreign policy for the rest of Biden’s mandate?  In short, a republican Congress will make things difficult for Biden, but there are areas of possible bipartisan collaboration. The prospects for such collaboration, however, will likely dim as presidential elections in 2024 approach.

There is some good news for the President, at least in the short term. Viewpoints on the most urgent national security matter facing the United States – the war in Ukraine and Russian aggression more globally – have generally been consistent across party lines in the months since the latest Russian invasion of Ukraine. Biden’s approach has been simple: strongly support Ukraine diplomatically, use sanctions and boycotts to make life as difficult as possible for Putin, give Ukraine enough weapons to keep it in the fight, and avoid provoking the Russians into World War III.  There has been carping from congressional republicans, but few have called the overall strategy into question.  Unfortunately for Biden, there is no guarantee the republicans will continue to support, tacitly, this position.  “America First,” far right republicans opposed to an interventionist foreign policy generally or republican presidential candidates seeking to undermine Biden on issues like inflation resulting from the war may become increasingly vocal as the United States nears presidential elections in November of 2024. As an example of the dangers Biden faces in the new Congress, only ten House republicans voted recently for a bill to facilitate military assistance to Ukraine; a republican majority might be enough to sink such legislation in the future. Biden will have to work hard to convince mainstream republican members of Congress, and the American people, that continued support for Ukraine is worth the costs.

Republican support for NATO is another potential bright spot, although that support is increasingly soft.  The Biden Administration clearly sees the Transatlantic Alliance as a key bulwark against Russian expansionism in Ukraine and beyond, and a major objective for Biden even before Putin’s move into Ukraine was revitalization of America’s alliance structures.  Donald Trump was tepid, to say the least, about NATO when he was president, but many old school members of the GOP remain committed to the organization and its objectives. In April, for example, most House republicans voted for a resolution in favor of NATO (although notably a third did not).  Again, there are strains here as the Trump wing of the party reasserts itself in the lead-up to ’22 and ’24 elections. Republican Senator Rand Paul, for example, suggested in a SFRC hearing that eastward NATO expansion could explain Russian aggression. This is hardly a traditional American position. In any event, Biden will need continued republican support.

While there is likely to be differences on specific policy formulations, Biden and congressional republicans share deep concern about China. This includes China’s geo-strategic moves in the South China Sea and beyond, “Belt and Road” attempts to forge a Chinese-led global trading and investment system, the country’s protectionist economic policies, and China’s increasingly authoritarian bent at home. According to the Pew Research Center, a large majority of Americans – 89% in fact – consider the People’s Republic a competitor or an enemy rather than a partner.[1] The sense that something needs to be done about China is clearly bipartisan. What, exactly, that might be is less clear. Generally speaking, republicans are perceived to be “tougher” on the PRC than democrats.  For now, the Biden Administration sees Russia as “destabilizing” and China as “assertive,” not quite as dangerous in the immediate but a much bigger problem long term.[2]  There is certainly overlap between republicans and democrats, and there are possibilities for bipartisan approaches on China.

In other areas, the Biden Administration’s room for maneuver in the international space will be constricted ab initio should the republicans win a majority in either or both houses.

The most notable example is climate change. When Biden took office, he had ambitious plans for major energy transformation at home and reinvigorated American leadership on this existential issue abroad. After months of negotiation, Biden’s domestic climate change plan appears all but dead, at least that substantial part of it that required legislation. In fact, it didn’t even require a republican majority in either house to kill it. West Virginia Senator Joe Manchin, whose state is heavily dependent on coal mining, announced in mid-July that he would not support the bill. Manchin is a democrat, and, with a 50-50 split in the Senate, all it takes is one defection. Should the majority shift to the republicans, groundbreaking climate change legislation is almost unthinkable. A conservative majority in the Supreme Court also recently handed down a judgment limiting the US Government’s ability to force power producers to move to green sources of energy, which further complicates Biden’s path forward on climate. In international discussions on the issue, Biden will have little to bring to the table should republicans control Congress.

If the republicans win in November, Biden should be thankful for any collaboration he can get on issues where there is still any consensus, like Ukraine or China. As presidential elections in 2024 near, republicans in Congress will be less and less interested in governing in conjunction with a democratic president and more and more interested in undermining his administration to set the stage for a GOP presidential victory. A key objective for congressional republicans will be making the Biden Administration look weak and ineffective, and passing bipartisan legislation in support of the President’s agenda is unlikely to figure prominently in the republican playbook. The only exceptions will be those policies that have strong public approval or that continue to enjoy some legacy support by traditionalist republicans, such as NATO. Should Trump, or someone similarly disruptive, win the republican nomination in 2024, most congressional republicans will fall in line behind the candidate’s policy positions, no matter how extreme. That could cost Biden congressional support for even his most important foreign policy objectives.

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[1] https://www.pewresearch.org/global/2021/03/04/most-americans-support-tough-stance-toward-china-on-human-rights-economic-issues/

[2] https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2021/03/NSC-1v2.pdf

« Figure de l’autre. Perception du migrant en France 1870 – 2022 » – 4 questions à Catherine Wihtol De Wenden

Fri, 22/07/2022 - 11:13

Directrice de recherche émérite au CNRS, chercheuse au CERI et spécialiste des migrations internationales, Catherine Wihtol de Wenden répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son ouvrage « Figure de l’autre. Perception du migrant en France 1870 – 2022 » chez CNRS Éditions.

Vous écrivez que selon la guerre que l’on fuit on n’est pas accueillis de la même manière. Il convenait de se protéger des flux migratoires des Afghans et des Syriens alors que l’on accueille de façon inconditionnelle les Ukrainiens. Pourquoi ?

Malgré le respect de la Convention de Genève dans la délivrance du droit d’asile par les quelque 150 pays qui l’ont signée, la notion de persécution ou de crainte fondée de persécution y est diversement interprétée par chaque Etat, notamment entre pays européens. En effet, chaque État a un pouvoir discrétionnaire sur la délivrance ou non du droit d’asile et la diplomatie peut y avoir une place. Ainsi, du temps de la guerre froide, la Convention de Genève écrite en cette période semblait très adaptée au profil des dissidents du bloc communiste, souvent accueillis à bras ouverts en Occident pour donner l’image de la liberté du monde occidental. Les Boat people du Vietnam ont presque tous, dans plus de 95% des cas, obtenu le droit d’asile sans examiner individuellement le profil de chacun d’entre eux, de même d’ailleurs que les Chiliens après l’arrivée au pouvoir du général Pinochet, car le symbole était celui de la préservation de la démocratie. À partir des années 1990, le droit d’asile se durcit en Europe, instrumentalisé par la version répressive du contrôle des flux migratoires, mais comme chaque pays a sa diplomatie, les réponses aux demandes d’asile ont continué à différer d’un pays à l’autre. Aujourd’hui, tandis que Syriens et Afghans ont obtenu pour la moitié d’entre eux le droit d’asile selon les pays d’Europe de l’ouest, les Africains subsahariens sont examinés au cas par cas et souvent rejetés dans 90% des cas lorsqu’ils viennent de pays considérés comme n’étant pas en guerre, voire sûrs. Si l’on y ajoute le cas ukrainien, où tous, sauf les étudiants et travailleurs non européens, ont obtenu une protection temporaire, on mesure combien le droit d’asile ou la protection évoluent. De plus, malgré le vœu d’harmoniser le droit d’asile inscrit à l’agenda européen depuis près de trente ans, chaque pays veut conserver sa souveraineté, ses relations privilégiées avec tel pays du sud dont il a besoin du vote à l’Assemblée générale des Nations Unies, ou avec lequel il commerce ou construit des alliances. Dans ces cas, les ressortissants de ce pays auront peu de chances d’obtenir l’asile pour ne pas obscurcir ces relations privilégiées.

Le thème de l’immigré qui vient voler le travail des nationaux est très ancien et selon vous ne correspond pas à la réalité…

En effet, car le marché du travail est très segmenté et les migrants cherchent à prendre le travail qui se présente à eux, car ils veulent rembourser leur voyage et envoyer de l’argent à leur famille. Ils accepteront donc une certaine déqualification, surtout s’ils sont en situation irrégulière, alors que les nationaux ne postuleront pas à ce travail. Déjà, Émile Zola dans Germinal parlait des Belges, accusés par les ouvriers français de voler leur travail dans les mines. La concurrence italienne dans les salines du Midi a été si mal vécue qu’elle a conduit au massacre d’Aigues-Mortes en 1893. Les années 1930, marquées par la crise économique, voient refleurir ce vieux thème, tandis qu’au début des années 1980, Jean-Marie Le Pen revient sur celui-ci en déclarant qu’il y a un million d’immigrés et un million de chômeurs français, une équation facile en apparence, mais qui ne correspond pas à la situation du marché de l’emploi. Les immigrés prennent souvent les métiers non pourvus malgré le chômage, appelés les « 3D » aux États-Unis : « dirty, dangerous, difficult », irréguliers dans l’année, souvent mal payés et mobiles. Il s’agit des secteurs du bâtiment et des travaux publics, de l’hôtellerie et de la restauration, de la voirie, de l’aide aux personnes âgées ou de certains métiers qualifiés, mais manquants de candidats comme les médecins de campagne, professeurs de mathématiques ou dentistes…

Vous évoquez une période, avant la Seconde Guerre mondiale, où la religion musulmane des immigrés était considérée comme rassurante…

Oui, pour plusieurs raisons. Les migrants ruraux et soumis à l’Islam étaient considérés par le patronat comme plus faciles à gérer dans les usines que les ouvriers français, laïcs et syndiqués. Jusqu’aux années 1980, ils pratiquaient leur religion de façon discrète, voire cachée, ce qui ne gênait en rien leur insertion au travail. De plus, certains métiers étaient exposés aux accidents du travail comme le bâtiment ou les presses dans l’industrie automobile et certains employeurs préféraient employer des musulmans qui ne buvaient pas pour éviter ces accidents. La dimension rassurante de l’islam était communément partagée durant les années 1930, même au temps de l’Étoile nord-africaine où son potentiel militant contre la colonisation n’est apparu que plus tard. Durant la Seconde Guerre mondiale, les Nord-africains ont participé à de nombreuses batailles contre l’ennemi nazi ou fasciste (dont la bataille de Monte Cassino), mais la frontière se situait davantage entre alliés d’un côté et ennemis de l’autre qu’entre chrétiens et musulmans. La césure est apparue plus tard, quand l’effondrement du communisme a fait émerger la figure d’un autre ennemi, l’islam, du fait à la fois de la crise pétrolière de 1973 – où la hausse du prix du pétrole a enrichi le Golfe qui s’est mis à financer les mosquées en leur donnant une inflexion très conservatrice, voire intégriste en Europe et ailleurs – et de la théorie du « clash des civilisations » développée par Samuel Huntington.

Vous estimez que sur les questions de migrations, les scientifiques sont beaucoup plus réalistes que les politiques. Pourquoi ? 

Les politiques se croient dépendants des sondages et de l’opinion pour définir leurs politiques migratoires, surtout depuis la banalisation de l’extrême droite et des thèmes populistes en Europe. Ils ont peur de ceux qui ont peur de l’Autre. Ils font donc une politique d’opinion, qui ne correspond en rien à une approche rationnelle de la question migratoire. Il en va ainsi aux États-Unis, en Europe ou en Australie, pris dans une frénésie sécuritaire porteuse d’effets pervers comme les morts le long des frontières (50 000 environ en Méditerranée), les camps, les trafiquants, les enfermements et la multiplication du nombre de sans-papiers auxquels le permis de séjour est discrétionnairement refusé.

De plus, ils se méfient des travaux des chercheurs, qu’ils qualifient parfois d’idéologues ou de gauchistes sur un thème encore peu légitimé comme scientifique malgré la masse des travaux réalisés par les institutions de recherche les plus prestigieuses, nationales et internationales. Les politiques ignorent le monde des chercheurs comme source de savoir et réciproquement, ce qui ne facilite pas le dialogue.

Enfin, les chercheurs et autres universitaires travaillant sur l’immigration font des enquêtes sur des sujets très pointus, étudient les chiffres (et les discutent) et les catégorisations, proposent parfois des alternatives aux politiques menées. Leurs étudiants font aussi un travail de terrain conséquent dans tous les coins et recoins du monde. Ils connaissent donc la réalité, et ne sont liés ni aux résultats des sondages, ni aux déclarations partisanes, ni aux mouvements d’opinion, car ils ne vivent pas au rythme des élections. Ce sont donc les chercheurs qui sont rationnels et les politiques qui sont des idéologues, contrairement aux idées reçues.

 

Navigating Melting Ice and Eroding Exceptionalism: Theory-Driven Policy Pathways for NATO’s High North Commitment

Fri, 22/07/2022 - 10:55

The warming Arctic has emerged as a great power politics front again, with climate change acting as a catalyst of interests in the region. The shift in focus from soft security to harder security threats has been challenging the “Arctic exceptionalism” narrative and posing a new challenge for a recently revived NATO – of which five members are Arctic countries – as to the role the Alliance should play in the region. The discussion has become even more timely considering the major strategic shift operating in the wake of Russia’s renewed war on Ukraine, which has been impacting a globalised and vulnerable Arctic. As NATO’s new Strategic Concept mentions the High North for the first time, and in light of the Alliance’s recent Climate and Security Action Plan, this policy paper aims at defining a grid for analysing NATO’s Arctic role and considers policy pathways and priorities.

After recalling the components of a changing Arctic as a ground for strategic competition and exploring the extent of NATO’s High North challenges, this paper reflects on the paradigms that could guide the Alliance’s regional approach in light of three main International Relations theories. Recognising the increased importance of deterrence and reassurance, it explores what a neo-realist approach may mean for the Alliance in terms of potential for escalation, and examines NATO’s operational assets and capacity gaps for its northern flank. Through a constructivist lens, it assesses the relative subjectivity of threat perception and explores pathways to address the Arctic security dilemma via transparency measures and prospects for renewed hard-security dialogue. Lastly, it analyses NATO’s role under a neoliberal institutionalist approach by assessing the impacts of the invasion of Ukraine on Arctic multilateralism and highlighting the need to focus on regional sustainability.

Building on the above, the author considers these paradigms as complementary to each other and argues that a carefully calibrated approach should lie in expanded presence and dialogue to increase regional predictability and stability. This should include coordinated deterrence-oriented efforts to fill existing operational gaps with a focus on enhancing Arctic domain awareness, while avoiding the spread of confrontational narratives and addressing the risks of unintended escalation. The High North can also be a climate security test bed for NATO to serve as a standard-setting tool and provide guidance for allies to operate sustainably and reduce their military footprint.

* This policy paper derives from a thesis submitted in September 2021, before Russia’s invasion of Ukraine. While the analysis has been updated to factor in the subsequent shift in Arctic relations, this paper does not intend to be exhaustive on the whole diversity of regional implications. In addition, given the fluidity of the current global strategic relations at the time of writing, further regional developments may arise by the time this paper gets published.

 

A changing Arctic challenging NATO’s High North strategy void

The melting Arctic, an opening arena for geo-strategic competition and resuming military build-up

“Climate change is a crisis multiplier, it has direct consequences for our security…[It] can fuel conflicts everywhere, but in different ways.”[1] […] “The paradox of the Arctic is that you have this tradition of cooperation, trying to work together, lower tensions, but you also know that under the ice in the Arctic, you have some of the most dangerous weapons in the world.”[2]

Since 2010, climate change has explicitly been recognised by NATO as one of the major challenges the Alliance is facing, shaping its strategic environment with potential to affect its planning and operations.[3] In addition to climate-shaped geopolitical risks and instability, NATO’s Allied Command Transformation (ACT)[4] is expecting climate to impact allied forces’ equipment, people, operating procedures and infrastructure, thereby increasingly affecting NATO’s ability to deliver its three core tasks of collective defence, crisis management and cooperative security. Factoring these challenges into its agenda, NATO adopted last year its Climate Change and Security Action Plan, the first pillar of which being enhancing Allied awareness by integrating climate considerations into regional risk assessments.[5] NATO’s new 2022 Strategic Concept further states that “NATO should become the leading international organisation when it comes to understanding and adapting to the impact of climate change on security ».

The Arctic is one of the most climate-vulnerable regions, warming four times faster than the rest of the globe. As mentioned by NATO in its recently released Climate Change and Security Impact Assessment, the region is a concrete example of how climate shapes geopolitical risks and the Alliance’s strategic environment. As such, it serves as a regional case study for NATO’s efforts towards awareness of and adaptation to new climate security realities. In 2021, a strategic foresight report on the Arctic[6] released by NATO’s ACT acknowledged climate change as being a “threat multiplier”[7] able to “influence drivers for future conflict” in the circumpolar region. Indeed, climate change acts as a catalyst of interests in the Arctic. As a consequence, while climate risks primarily affect the Arctic’s interconnected human, environmental and social security, these risks also intersect with harder-security considerations.

Among the physical impacts from anthropogenic greenhouse gas emissions, such as new temperature extremes and biodiversity changes (including shifts in fish distribution patterns), the Arctic is experiencing dramatic permafrost thaw and decline in Arctic sea ice. These changes have been leading to significant geo-economic implications. First, combined with recent technological advances, sea-ice melting allows for easier access to natural resources for commercial exploitation -including hydrocarbons[8], minerals crucial to the green energy transition[9] and abundant fisheries. This, however, has not been significantly impacting regional tensions since most resources are located on Arctic coastal states’ territories or existing EEZs, and overlapping territorial claims are so far being dealt with via legal means. Second, the current trend of sea ice melting is expected to open up shorter sea lanes for international transportation networks. The most rapidly accessible is expected to be the Northern Sea Route (NSR), along the Russian shore, which has been subject to Moscow’s grand development plans. Although annual transit shipping still remains low due to not being safe enough nor economically viable yet, the NSR has been registering growing cargo volume[10] –dominated by destination shipping of hydrocarbons[11]– as well as increased Russian control and military build-up.

Beyond economic ambitions – which reality is not expected to be meeting expectations anytime soon due to Russia’s extreme climate exposure threatening its oil and gas infrastructure, and to international sanctions hindering the country’s capacity to secure capital investments and markets[12] -, Russia also has strategic interests to project power in an increasingly globalised Arctic. This predominantly lies in its willingness to protect its key energy and military infrastructure – including its Kola-based second-strike nuclear capabilities, rendered vulnerable by the thawing of Russia’s natural northern border- and to ensure its ability to operate in the North Atlantic and European Arctic.[13] In recent years, Russia has been extensively reopening and modernising its military facilities, naval capabilities, airbases and monitoring systems, all the while using an assertive and often provocative rhetoric over the region.[14]

In the Arctic actor mapping, another stakeholder that has been attracting the West’s attention, and somewhat raising suspicion, is China. Beijing’s ambitions in the Arctic mostly focus on a) infrastructure and energy projects (although further investments in Russia’s projects have recently been deterred by exposure to secondary sanctions), b) regional governance – related to China’s self-proclaimed identity as a “near-Arctic state” – and c) scientific research and diplomacy[15], with the broader ambition to be accepted as a full-fledged polar stakeholder.[16] From a strategic perspective, it has also come to the West’s attention that China has completed joint exercises with Russia, has contracted the construction of a nuclear icebreaker, and that most of its scientific facilities are dual use and can collect strategic data.[17]

Overall, climate-driven economic perspectives and great powers’ influence ambitions, combined with the preexisting strategic significance of the Arctic[18] and with the global geopolitical shift occurring since February 2022, have been fuelling the resuming securitisation of the region. The growing regional tensions and recent pause in Arctic-8 cooperation are challenging the low-tension narrative, which was already seriously undermined since Russia’s annexation of Crimea in 2014.[19] This year’s ongoing invasion of Ukraine has been a turning point in reshuffling Arctic dynamics. This may challenge Russia’s cost/benefit calculus over a stable Arctic and adds further uncertainty and complexity to an already vulnerable region, with security consequences for the five NATO Arctic nations.[20] As Russia still needs a stable operating environment[21] and sees its military forces being outsized by NATO’s, the risk of direct Arctic confrontation may remain low. However, there is a growing consensus that the risk for kinetic warfare to break out in the Arctic cannot be overlooked, especially as Russia’s feeling of vulnerability may drive the country towards even more aggressive endeavours.[22]

The need for a unified Allied approach

NATO’s deterrence and defence missions have recently been bolstered. In this context, and in NATO’s 360-degree thinking, the High North represents the Alliance’s northern flank, where Allies’ sovereignty and security also need to be safeguarded and where Article 5 naturally applies. Although NATO does not have a clear Arctic strategy and had, until now, been displaying a rather cautious approach when it came to formal wording or engagement, there has been a growing pressure to reconsider this stance since 2014, especially as the Arctic has become an increasing component of allied training exercises – including the recent Cold Response 2022 as well as Trident Juncture 2018 designed under Article 5 scenario. In 2019, NATO further established its Joint Force Command Norfolk, which area of operations includes the High North, including the strategic GIUK Gap.[23] Although the High North made its first formal appearance in NATO’s 2021 Brussels Summit Communiqué, the latest and most significant milestone was for the region to be mentioned for the first time in the Alliance’s new Strategic Concept adopted in June 2022. The document features the High North as the prime example of the threat posed by Russia to the Alliance’s security and labels Russia’s “capability to disrupt Allied reinforcements and freedom of navigation” in the region as “a strategic challenge to the Alliance”.[24] Broader considerations emphasised in the new document also apply to the Arctic – in particular NATO’s attachment to freedom of navigation, as well as the mention of China’s use of economic and political tools to project power.

Despite this recent conceptual turning point and NATO’s revived unity, the form and level of a potential High North engagement is still being debated. Even amongst Arctic NATO allies, security perceptions vary based on geographical contexts, subsequent Russian security variable[25] and degree of climate affectedness[26]. Canada and Norway, two of the most actively engaged in Arctic affairs, are described as having opposite approaches to Arctic security, with Norway being a long-time vocal advocate for increased NATO engagement while Canada’s approach focuses on national sovereignty. There is also a renewed U.S. interest in Arctic security and presence, with a new or refined Arctic strategy for each branch of the military and the creation of the Department of Defense’s regional Center for Arctic Security Studies in late 2021.[27] The Danish approach, informed by the erosion of its sovereignty on Greenland, recently shifted to support stronger NATO involvement and now conceptualises the Arctic as a “geopolitical battlefield”.[28] As for Iceland, it has no standing army and relies on its NATO membership and on its bilateral defence agreement with the U.S.

Finally, while the Arctic is a natural environment for some of the Allies, it is not the case for the Alliance as a whole. Consequently, there are further concerns that a stronger NATO involvement may draw in outside states with different interests and may further challenge Arctic stability and decision-making.[29]

The notable mention of the High North in NATO’s 2022 Strategic Concept as well as the recent shifts in national strategic orientations from Arctic allies and partners, culminating with Sweden and Finland’s membership application submissions, provide a momentum for NATO to unify its approach to its northern flank. Setting clear priorities could benefit both defence collaboration and military diplomacy towards conflict prevention. The following provides a set of pathways that could guide NATO’s High North approach in light of the three main international relations theories.

 

Three guiding paradigms for NATO’s High North approach

A neo-realist perspective: Finding the right balance between deterrence and defence

This approach may be the first that comes to mind given current circumstances. In the Arctic and generally, renewed mistrust of Russia has urged the need for strengthened deterrence. Growing tensions in the region are seen as resulting from deliberate actions, with Russia strengthening its northern presence and capabilities to continue projecting power in an area where it is still dominant militarily. Russia’s invasion of Ukraine risks Arctic spillover and has placed Russia’s Nordic neighbours on high alert[30]. Indeed, potential for miscalculation and misinterpretation in the European Arctic has increased, with an unpredictable Russia prepared to take greater risks, using the region as its test area and multiplying provocations and airspace incursions (especially in Swedish airspace) on a level not seen since the Cold War.[31] As Russia has been testing Western resolve to counter its ambitions, NATO needs to maintain the credibility of its commitment to mutual defence.[32]

NATO forces have already been strengthening their ability to operate in Arctic land, air, sea and underwater domains through increased large-scale exercises placing a strong focus on interoperability. JFC Norfolk also provides operational level coordination between NATO and national military commands and allows for cross-learning and sharing of national efforts and capabilities.[33] In addition, side initiatives such as the Joint Expeditionary Force (JEF) are a spearhead for Arctic tactical operations,[34] benefit from greater operational and decision-making flexibility and can integrate into NATO operations.[35] As for US-Euro coordination, the US Second Fleet, back to full-combat status since 2020, operates in the Arctic and has established a Maritime Operations Centre in Keflavik, which also hosts NATO’s air defence system. U.S. nuclear submarines can operate from Norwegian naval bases, and Greenland is home to the US Thule airbase. Finally, Finland and Sweden joining NATO, in addition to bolstering deterrence in the Baltic Sea, would significantly enhance mutual defence by bringing first-rate capabilities (including in air combat, undersea warfare, intelligence, cyber, AI and massive Finnish artillery) and tactical know-how on conducting operations in sub-zero temperatures, with already high levels of interoperability with NATO forces due to long-standing cooperation.[36]

Although Finland and Sweden’s integration now seems to be on the right track, it is still prospective and will not be effective tomorrow. In addition, the reactivation of the Arctic dimension of the West’s military plans is recent and still at an early stage. In particular, NATO has been suffering from a lack of in-depth understanding of its Arctic environment and follows a catching-up logic in terms of power projection, with limited proactive thinking.[37] Experts’ recommendations mention the pressing need for Allies to keep upgrading their Arctic surveillance and situational awareness capabilities in all domains, including space, cyber and maritime domain awareness.[38] In particular, anti-submarine warfare capabilities were left sleeping after the Cold War and need to be further regenerated, especially as the GIUK gap returns to importance. In this regard, it has been suggested that an Arctic surveillance and domain awareness Center of Excellence could be created.[39] In addition, although the Canada-US NORAD partnership has unmatched expertise in Arctic aerospace management and maintains a crucial role in maritime domain awareness,[40] its defensive capabilities need massive modernisation efforts in the Canadian Arctic to catch up with Russian technological developments,[41] and space intelligence sharing should be expanded and facilitated. Overall capability recapitalisation needs for NATO in the Arctic also include aerial patrols and counter-mining operations.[42] NATO forces also need to prepare more proactively for asymmetric tactics and hybrid threats by clearly identifying Russian actions through the lens of full-spectrum warfare and by incorporating these elements into Arctic military exercises.[43]

With this in mind, any strengthening of deterrence policy and capabilities needs to be carefully calibrated to avoid feeding the “arms race” narrative (one example of which being the “icebreaker gap” rhetoric, which recalls the 1950’s “missile gap” argument).[44]

A constructivist approach: Questioning confrontational narratives

Constructivists argue that Arctic security policies are closely connected to the notions of identity, status and recognition, that threat perception in the region is shaped by the general relationship between Allies and Russia –and by their differing assessments of their current and desired state of relations[45] – and that, in a classic case of the security dilemma, [46] defensive policies may be mistaken for offensive policies, which risks leading to an arms race.[47] In particular, Russia’s reopening of military installations is put forward to justify the strengthening of Western capabilities, whereas Russia presents this move as necessary to protect its economic assets and monitor civilian sea traffic.[48] Consequently, the West sees Russia as the “wild card” of the Arctic and a potential factor of instability.[49] According to constructivists, Russian interests in the region should not solely be viewed as a military outpost, and its military presence could be considered as serving a symbolic purpose of recognition as a major regional power.[50] Conversely, Russia’s Arctic stance is informed by its certainty about NATO’s hostile intentions and its long-standing perception that it is already in conflict with the West.[51] More specifically, Russia’s fear of “encirclement” by NATO has become even more topical, both because it has been emphasised and instrumentalised by Moscow to justify its invasion in Eastern Europe and because it has been amplified by the prospect of Finland and Sweden joining NATO.[52]

The crucial role of threat perception and the growing Arctic confrontational narratives should also be analysed in light of the lack of inclusive hard-security governance in the region, as the few existing for a dealing with Arctic military-security affairs either do not convene (e.g. the Arctic Chiefs of Defense forum) or have been excluding Russia (e.g. the Arctic Security Forces Roundtable) since 2014. Moving towards effective conflict prevention would require creating a normative framework allowing for hard-security discussions to set clear Arctic military rules. Because NATO is dual-hatted as both an operational military alliance and a political dialogue structure, previous recommendations have mentioned the possibility for the Alliance to fill the dialogue gap with Russia on Arctic security through currently sleeping mechanisms such as the NATO-Russia Council.

Resuming hard-security cooperation with Russia seems even more remote now than pre-February 2022 –and not necessarily relevant. As for confidence-building measures, they are unlikely to be pertinent again anytime soon given Russia’s general behaviour and instrumentalization of its own alleged threat perception. However, preparing for an eventual return of diplomatic dialogue, even in a distant future, is a necessary step toward Arctic deconfliction. Besides, although there have previously been concerns that discussing hard-security matters could politicise, and thereby jeopardise, Arctic cooperation, recent events leading to the Arctic 7’s decision to pause their Arctic Council work have proven that the region is far from being immune from geopolitical tensions anyway.

Ultimately, a revived military-to-military dialogue could be leveraged to promote transparency and accountability in an effort to decrease the risk of miscalculations from dangerous military practices and to mitigate adverse reactions. In this regard, it has previously been suggested that an Arctic Military Code of Conduct could be agreed upon to define clear peacetime rules specifying which military behaviour should be considered (un)intentional, (il)legitimate or (un)acceptable.[53] Such document would further provide NATO allies with a better understanding of the “tipping points” likely to spark escalation.[54]

A neoliberal institutionalist approach: Enhancing Allied cooperation on Arctic sustainability and climate security

In this approach, Arctic security is considered in its broadest sense and through a multilateral lens. It is interpreted less as a vector of conflict and more as a shared concern. Therefore, governance institutions and cooperation play a major role in highlighting regional challenges and opportunities. Security concerns mostly focus on soft security, e.g. sustainability, human and environmental security.[55]

However, the Arctic Council, the last forum in which Russia and the other Arctic nations — all of whom are NATO members or partners — cooperated effectively, has now been paused for the major part of its work. Other forms of cooperative engagement with Russia have also been adjourned, leaving less room for tension mitigation. Paused diplomatic and scientific cooperation also has devastating consequences on Arctic soft-security concerns. It means higher environmental risks due to gaps in data on the extent and impact of Siberian permafrost thaw. It leaves the Arctic with unmonitored Russian shipping and drilling projects risking transboundary contamination incidents. It also affects Arctic nations’ ability to respond to emergencies. Moreover, as anticipated by analysts[56], Arctic climate security and environmental research agendas risk becoming hyperpoliticized and assessed through the sole lens of national security, strategic competition and implications on power-projection capabilities.

To counter this state-centred trend, the Allies and like-minded need to be creative on sustainable cooperation formats to jointly address shared concerns – namely the reality of a changing Arctic, and climate change as a transnational threat. While enhancing bilateralism and the use of tracks 2 and 1.5 is a good short-term option, a reunified NATO can also offer a more formal platform. Indeed, climate impacts on critical infrastructure, communications network (due to altered space weather)[57],  fisheries and the security of maritime routes are an integral part of NATO’s High North security interests.[58] NATO’s High North agenda should therefore include emissions reduction, environmental protection, scientific research and climate adaptation.

The new NATO Climate Change and Security Centre of Excellence (CASCOE), which will be hosted by an Arctic nation –Canada-, is an excellent proactive and flexible framework to implement NATO’s climate action plan in the Arctic. By coordinating with NATO’s Centre for Maritime Research and Experimentation[59] and by enhancing and amplifying existing strategic foresight efforts from academic and military circles, it can improve allies and partners’ awareness of how climate is reshaping the Arctic security landscape in which their military forces operate. It is also a fantastic platform for allied forces to work together and advance toward climate adaptation and mitigation in the region.

Since bolstering NATO’s High North presence means expanding military activity in a hostile and increasingly unstable natural environment, climate adaptation and resilience at the operational level will be key to improved readiness and should be a central consideration in operations planning, procurement practices, assets and installations management as well as training. Indeed, beyond normalising NATO’s presence in the region, Arctic exercises improve the ability of allied forces to safely operate in extreme conditions. Building on teachings from past Arctic exercises and on inter-agency climate modelling efforts, CASCOE can help set standards to adapt air and maritime operations and search and rescue procedures, as well as anticipate adaptation needs for weapon systems via simulation.[60]

Another flip side of the Arctic military build-up is its growing footprint, which risks further damaging an already vulnerable region due to increased GHG emissions and other forms of disruption such as underwater noise pollution. Defence buildings and assets in the High North, for instance, use higher levels of fuel for electricity and heating due to their remote locations and extreme-cold conditions. CASCOE can leverage expertise and provide guidance for allies to mitigate the impact of their Arctic military presence by coordinating emissions reporting, informing investment decisions, and driving innovation towards energy efficient and carbon-neutral technologies.[61] Best practices allies can build on include Canada’s Advanced Microgrids towards Arctic Zero Emissions.[62] Should Sweden and Finland join NATO, their excellent renewable energy sectors and green innovation capacities could also be used to develop more energy-efficient autonomous naval and aerial assets.[63] Importantly, by acting as a standard-setting body in the new technology used (e.g. batteries and charging stations), CASCOE would ensure that interoperability remains at the forefront of NATO’s green engagement.

 

Conclusion: Policy guidelines towards a strengthened and sustainable Northern commitment

The Arctic has been dealing with a rapidly changing strategic context, due to global tensions spilling over into the region and to climate change acting as a catalyst of interests. Recent regional developments have been challenging NATO’s traditionally cautious approach to the Arctic.

NATO’s High North may be considered as a potential conflict theatre, but remains a very unique one due to the region’s high vulnerability, Arctic states’ interdependencies, the nature of their shared interests and the historical prominence –and persistence- of cooperation efforts. Although Arctic exceptionalism does no longer exist as described in Mikhail Gorbachev’s Murmansk speech (i.e. as a zone of peace and dialogue, immune from geopolitical developments), the region does remain exceptional in its unique way of being affected by conflicts raging elsewhere: less dialogue, less cooperation, less economic engagement. What still remains to be seen is whether current circumstances will further accelerate the ongoing military build-up.

The Arctic presents a classic case study of the security dilemma. However, focusing on not triggering Russia cannot rule out any regional presence for NATO, especially as the aggression of Ukraine is yet another example of Russia instrumentalising its own threat perception. NATO in fact needs to adopt a carefully calibrated approach through expanded presence and dialogue.

With the now crucial importance of deterrence and reassurance, NATO’s efforts should focus on filling existing operational gaps to reinforce its northern flank and increase regional predictability and stability. This includes enhancing its Arctic domain awareness and strengthening its exercising capabilities and interoperability[64] – as the key to deterrence is to coordinate. While being clear-sighted on existing (especially hybrid) threats and on great powers’ regional ambitions, policy-makers should avoid spreading alarmist discourses and confrontational narratives. Extra efforts should also be considered to address coincidence of misunderstandings and unintended escalation risks. This involves transparency and risk-reduction mechanisms as well as innovative hard-security dialogue frameworks between the like-minded, until an eventual return to a more favourable political environment allows for a more inclusive approach.

Ultimately, NATO’s High North security commitment should be a holistic one, with acute awareness of Arctic climate risks and with increased efforts toward adaptation and emissions reduction. The High North can be a test bed for NATO to advance its climate engagement. The new CASCOE can serve as a standard-setting tool and coordination platform and can provide guidance for allies and partners to operate sustainably in the region. This means adapting their weapons systems and operations to changing extreme conditions and mitigating their Arctic military footprint.

 

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[1] Jens Stoltenberg quoted by Larisa Brown, « Climate change risks new cold war in Arctic, warns NATO chief Jens Stoltenberg, The Times, 19 March 2021, >https://www.thetimes.co.uk/article/climate-change-risks-new-cold-war-in-arctic-warns-nato-chief-jens-stoltenberg-382qrnxhr>

[2] Stoltenberg, Jens. Interview by Paul Taylor, “Interview with NATO Secretary General Jens Stoltenberg”, Friends of Europe, 13 may 2020, <https://www.friendsofeurope.org/wp/wp-content/uploads/2020/09/Interview-with-NATO-Secretary-General-Jens-Stoltenberg.pdf>

[3] “Strategic Concept for the Defence and Security of the Members of the North Atlantic Treaty Organization”, NATO, 19-20 November 2010, https://www.nato.int/nato_static_fl2014/assets/pdf/pdf_publications/20120214_strategic-concept-2010-eng.pdf

[4] One of two Strategic Commands at the head of NATO’s military command structure, “responsible for ensuring NATO’s military structure and capabilities remain relevant, capable and credible in a rapidly changing world”. See “Allied Command Transformation”, NATO, https://www.nato.int/cps/en/natohq/topics_52092.htm, last updated 23 Sept. 2021

[5] “NATO Climate Change and Security Action Plan”, NATO, 14 June 2021, https://www.nato.int/cps/en/natohq/official_texts_185174.htm

[6] “Regional perspectives report on the Arctic”, NATO Allied Command Transformation, April 2021, https://www.act.nato.int/application/files/8516/3236/7596/regional-perspectives-2021-04.pdf

[7] A term first coined by the U.S. Center for Naval Analyses’ Military Advisory Board (“National Security and the Threat of Climate Change,” Sherri Goodman et al., 2007) to describe the intersection between climate change and other intervening security factors.

[8] In 2008, the United Stated Geological Survey assessed the circumpolar area and concluded that it may contain approximately 13% of the world’s undiscovered oil resources and 30% of the world’s undiscovered natural gas resources. See  “Assessment of undiscovered oil and gas in the arctic” in Science, vol. 324 no. 5931 pp 1175-1179, American Association for the Advancement of Science, 29 May 2009, <https://doi.org/10.1126/science.1169467>

[9]  Particularly in Greenland and Russia

[10] Humpert, Malte, “Cargo Volume on Northern Sea Route Reaches 35m Tons, Record Number of Transits”, High North News, 26 Jan 2022:

https://www.highnorthnews.com/en/cargo-volume-northern-sea-route-reaches-35m-tons-record-number-transits

[11] Gunnarsson, Björn. “Ten Years of International Shipping on the Northern Sea Route: Trends and Challenges”, Arctic Review on Law and Politics, Vol. 12, 2021, pp. 4–30, 8 Feb 2021: https://arcticreview.no/index.php/arctic/article/view/2614/5113

[12] Remarks made during a workshop held under the Chatham House Rule in June 2022

[13] Andreas Østhagen, « The Nuances of Geopolitics in the Arctic”, The Arctic Institute, 7 January 2020, <https://www.thearcticinstitute.org/nuances-geopolitics-arctic/>

[14] Boulègue, Mathieu, “The militarization of Russian polar politics”, Chatham House, 6 June 2022, DOI: 10.55317/9781784135256

[15] Marc Lanteigne (speaker), « Competition and Cooperation: The Interests of China and Russia in the Arctic Region”, Conference, International Centre for Defense and Security – EESTI Estonia, 10 November 2020

[16] Marc Lanteigne. Personal interview. 20 August 2021.

[17] Jason Li, “A Shifting Focus of U.S. Arctic Policy: China and Security, Front and Center”, The Arctic Institute, 21 August 2020, < ttps://www.thearcticinstitute.org/shifting-focus-us-arctic-policy-china-security/>

[18] A buffer zone between the US and Russia, the Arctic was at the epicenter of the confrontation -and heavily militarized- during the Cold War.

[19] Elana Wilson Rowe, « Analyzing frenemies: An Arctic repertoire of cooperation and rivalry”, Political Geography, Volume 76, January 2020, 102072, ISSN 0962-6298, https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0962629818305158 & Maxime Ditters (superv. Lill Rastad Bjørst), « Russian Foreign Policy-Making in the Arctic: a Critical Analysis of the Influence of the Ukraine Crisis”, Aalborg Universitet, 2018

[20] Namely Canada, the U.S. (via Alaska), Denmark (via Greenland), Iceland and Norway.

[21] Andreas Østhagen, “The Arctic security region: misconceptions and contradictions”, Polar Geography, 44:1, 55-74, 2021

[22] Remarks made during a workshop held under the Chatham House Rule in June 2022

[23] “NATO’s new Atlantic command declared operational”, NATO, 17 September 2020, <https://www.nato.int/cps/en/natohq/news_178031.htm>

[24] “NATO 2022 Strategic Concept”, NATO, adopted on 29 June 2022

[25] Andreas Østhagen. Personal interview. 27 August 2021 & Andreas Østhagen, Gregory Levi Sharp & Paal Sigurd Hilde “At Opposite Poles: Canada’s and Norway’s approaches to security in the Arctic”, The Polar Journal, 8:1, 163-181, 31 July 2018

[26] Rene Heise. Personal interview. 1 September 2021

[27] Sfraga, Mike, “The New North”, The Wilson Quarterly, Winter 2022.

[28] Jacobsen, Marc, “Arctic Aspects in Denmark’s New Foreign and Security Policy Strategy”, The Arctic Institute, 8 Feb 2022: https://www.thearcticinstitute.org/arctic-aspects-denmark-new-foreign-security-policy-strategy/

[29] Pincus, Rebecca, “NATO North? Building a role for NATO in the Arctic”, War on the Rocks, 6 Nov 2019: https://warontherocks.com/2019/11/nato-north-building-a-role-for-nato-in-the-arctic/

[30] Quil, Lawrence, “NATO troops conducted a routine war exercise in the Arctic. This year felt different », NPR, 15 April 2022 : https://www.npr.org/2022/04/15/1091492248/nato-arctic-war-game-had-a-cold-war-feel

[31] Maddox, Marisol, quoted by Shreiber, Melody and DeGeorge, Krestia, “Russia’s invasion of Ukraine will have spillover effects in the Arctic”, ArcticToday, 24 Feb 2022: https://www.arctictoday.com/russias-invasion-of-ukraine-will-have-spillover-effects-in-the-arctic/

[32] Eugene Rumer, Richard Sokolsky, Paul Stronski, « Russia in the Arctic—A Critical Examination”, Carnegie Endowment for International Peace, 29 March 2021, <https://carnegieendowment.org/2021/03/29/russia-in-arctic-critical-examination-pub-84181>

[33] Laird, Robin and Timperlake, Ed, “Re-shaping North Atlantic Defense: JFC Norfolk as a Startup Command”, 4 July 2021, Second Line of Defense: https://sldinfo.com/2021/04/re-shaping-north-atlantic-defense-jfc-norfolk-as-a-startup-command/

[34] Mathieu Boulègue. Personal interview. 16 August 2021

[35] Conrad Beckett, “Ready to Respond: What is the JEF?”, Strategic Command – UK Ministry of Defence, 11 May 2021, https://stratcommand.blog.gov.uk/2021/05/11/ready-to-respond-what-is-the-jef/ & Levon Sevunts, “UK-led Joint Expeditionary Force will have ramifications for Arctic security: experts”, Radio Canada International, 13 February 2017

[36] Germanovichn Gene, “Complex—but Promising—Prospects as Finland and Sweden Mull NATO Membership”, RAND, 3 March 2022 & Hackett, James, “Finland, Sweden and NATO: the capability dimension”, IISS, May 2022: https://www.iiss.org/blogs/military-balance/2022/05/finland-sweden-and-nato-the-capability-dimension & Khorrami, Nima, “By Merely Entertaining NATO Membership, Sweden Has Changed”, Wilson Center, 3 May 2022, https://www.wilsoncenter.org/article/merely-entertaining-nato-membership-sweden-has-changed

[37] Mathieu Boulègue. Personal interview. 16 August 2021

[38] Boulègue, Mathieu, “Voices from the North” podcast, Atlantic Council

[39] Mathieu Boulègue, “Russia’s Military Posture in the Arctic Managing Hard Power in a ‘Low Tension’ Environment”, Chatham House, June 2019

[40] Troy Bouffard and Elizabeth Buchanan, « Establishing an Arctic Security Institution: Essentials from NORAD and NATO”, Strategy Bridge, 3 March 2020

[41] Bastien Alex, Hervé Baudu, Jean-Paul Vanderlinden, et al., “Bulletin mensuel N°10”, Observatoire de l’Arctique, March 2020, p3-4 & Rob Huebert interviewed in “War in Ukraine has implications for Arctic co-operation, climate change research”, CBC News, 24 Feb 2022

[42] Boulègue, Mathieu, “Voices from the North” podcast, Atlantic Council

[43] Heather A. Conley, Colin Wall, “Hybrid threats in the Arctic: Scenarios and policy options in a vulnerable region”, Hybrid CoE, August 2021

[44] Paul Taylor, “After the ice: the Arctic and European security”, Friends of Europe, Autumn 2020, https://www.friendsofeurope.org/wp/wp-content/uploads/2020/09/2020_FoE_PSD_PUB_Arctic_final.pdf

[45] Giles, Keir, “What deters Russia”, Chatham House, 23 Sept 2021, ISBN: 978 1 78413 489 1

[46] i.e. “a situation in which states’ actions taken to ensure their own security tend to threaten the security of other states”, which in turn causes conflicts to arise. See Goldstein & Pevehouse, quoted by Miriam Dornan, “Realist and Constructivist Approaches to Anarchy”, 29 August 2011

[47] Isabelle Facon, « La menace militaire russe : une évaluation », Les Champs de Mars N° 29, no 1 (2017): 31‑57, https://www.cairn.info/revue-les-champs-de-mars-2017-1-page-31.htm.

[48] Marc Lanteigne, « Great Powers in the Arctic: Changing Perspectives > Articles | », décembre 2020, consulté le 11 mars 2021, https://www.globalasia.org/v15no4/cover/great-powers-in-the-arctic-changing-perspectives_marc-lanteigne.

[49] Pauline Pic, Frédéric Lasserre, « Un paradigme arctique de sécurité ? Pour une lecture géopolitique du complexe régional de sécurité. », L’Espace Politique [En ligne], 33 | 2017-3, 8 march 2018, URL : http://journals.openedition.org/espacepolitique/4475 ; DOI : https://doi.org/10.4000/espacepolitique.4475

[50] Jakub Godzimirski & Alexander Sergunin. “Russian Expert and Official Geopolitical Narratives on the Arctic: Decoding Topical and Paradigmatic DNA » Arctic Review on Law and Politics, Vol. 11, 2020, pp. 22–46. http://dx.doi.org/10.23865/arctic.v11.1350

[51] Julie Wilhelmsen and Anni Roth Hjermann, “Russian Certainty of NATO Hostility: Repercussions in the Arctic”, Arctic Review on Law and Politics Vol. 13, 2022, pp. 114–142, March 2022

[52] Boulègue, Mathieu, “The militarization of Russian polar politics”, Chatham House, 6 June 2022, DOI: 10.55317/9781784135256

[53] Mathieu Boulègue and Duncan Depledge, “It Is Time to Negotiate a New Military Security Architecture for the Arctic”, 16 April 2021, Wilson Center – Polar Institute, https://www.wilsoncenter.org/blog-post/no-5-it-time-negotiate-new-military-security-architecture-arctic

[54] Simona R. Soare, « ARCTIC STRESS TEST: Great power competition and Euro-Atlantic defence in the High North » (European Union Institute for Security Studies (EUISS), 2020), https://www.jstor.org/stable/resrep25028.

[55] Pauline Pic et Frédéric Lasserre, « Un paradigme arctique de sécurité ? Pour une lecture géopolitique du complexe régional de sécurité. », in L’Espace Politique, 33 | 2017-3,  8 March 2018, accessed on 27 January 2021, <http://journals.openedition.org/espacepolitique/4475>

[56] Raspotnik, Andreas and Khorrami, Nima, “Great Power Competition Is Coming for the Arctic. NATO Should Prepare. », World Politics Review, 29 March 2022

[57] Rene Heise. Personal interview. 1 September 2021

[58] Buchanan, Elizabeth, “Cool Change ahead? NATO’s Strategic Concept and the High North”, NATO Defense College Research Division, 14 April 2022

[59]“NATO research on Arctic regions obtains a significant dataset”, NATO STO, 1 August 2021

[60] Rene Heise, “NATO is responding to new challenges posed by climate change”, NATO Review, 1 April 2021

[61] Sherri Goodman and Katarina Kertysova, “NATO: An unexpected driver of climate action?”, NATO Review, 1 Feb 2022

[62] “DRDC sets AMAZE-ing goal to reduce Greenhouse Gas Emissions in Arctic facilities”, Government of Canada, 17 Dec 2020

[63] Khorrami, Nima, “By Merely Entertaining NATO Membership, Sweden Has Changed”, Wilson Center, 3 May 2022, https://www.wilsoncenter.org/article/merely-entertaining-nato-membership-sweden-has-changed

[64] Mathieu Boulègue, interview by Cyrille Bret, “Arctique : les ambitions russes », EurAsia Prospective, 4 July 2019, https://eurasiaprospective.net/2019/07/04/arctique-les-ambitions-russes-boulegue-sur-eap/

Sanctions occidentales : l’impasse ?

Thu, 21/07/2022 - 17:09

 

La guerre en Ukraine entre dans son 6ème mois. Malgré son échec à conquérir Kiev, la Russie occupe aujourd’hui environ 20% du territoire ukrainien. Il apparait donc que les sanctions prises par les Occidentaux envers Moscou n’ont pas eu l’effet escompté, celui de faire plier la Russie. Cuba, l’Irak, l’Iran, la Syrie… L’histoire le montre, ce n’est pas la première fois que des sanctions occidentales échouent à faire plier un adversaire. Le Occidentaux doivent s’interroger sur la méthode, puisque l’entrée en guerre est inenvisageable. Le caractère purement occidentale de ces sanctions n’est-il pas la raison leur échec ? Ne faudrait-il pas au contraire chercher à rassembler face à la Russie en réfléchissant à des solutions avec d’autres puissances hors du simple cadre occidental ?

Réflexions et Analyse.

Italie : tout change pour que rien ne change, encore (?)

Fri, 01/07/2022 - 16:44

 

Pour la première fois sous la cinquième République, la France ne trouve pas de majorité à l’Assemblée nationale. Cette situation est bien plus commune chez nos voisins transalpins, qui connaissent ce format depuis 2018. La semaine dernière, les remous politiques en Italie ont fait penser à une nouvelle crise du gouvernement, mais l’expérience dans le domaine de la non-majorité semble éviter un énième blocage de l’État.

Énième crise politique interne, mais sans impact

L’annonce officielle a été faite mardi 21 juin : le ministre des Affaires étrangères italien, Luigi di Maio, quitte le Mouvement 5 étoiles, emportant avec lui plus d’une cinquantaine de députés pour un nouveau groupe parlementaire. Cette annonce – pressentie depuis plusieurs mois – a semé le doute quelques instants : le parti le plus représenté au parlement se scinde, qu’en sera-t-il de la coalition gouvernementale ? La frayeur fut de courte durée, car même si le MoVimento 5 Stelle implose, les deux partis devraient faire partie de l’alliance du gouvernement, pour des raisons différentes. D’un côté, le Mouvement 5 étoiles appuie déjà le gouvernement actuel, bien que leur leader Giuseppe Conte soit de plus en plus critique envers les politiques exercées par Mario Draghi. C’est d’ailleurs cette prise de distance qui a fait naître la faction dimaiaina (favorable à Luigi di Maio), proche du gouvernement et à vocation plus centriste. Pour résumer, le Mouvement 5 étoiles a changé et une frange conséquente devient un parti avec Luigi di Maio, tandis qu’une autre reste plus proche de l’idée originale du Mouvement, avec Giuseppe Conte.

Cette dissidence était à prévoir, car Luigi di Maio a considérablement changé lors des deux dernières années, passant de l’euroceptisme voué à la cause des gilets jaunes à un discours modéré pro-Europe. Son parti s’appellera Insieme per il futuro (Ensemble pour le futur), un nom qui rappelle bien entendu la coalition pour la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron. Une position centriste qui annonce de potentielles alliances encore inimaginables il y a quelques mois, mais l’histoire politique italienne nous apprend que le paysage politique est en constante évolution : près d’un tiers des parlementaires ont changé de groupes durant les quatre dernières années. Luigi di Maio, grand artisan de ce phénomène, plaidait lui-même pour une amende de 150 000€ pour toute personne quittant le Mouvement 5 étoiles avant la fin de la législature.

Luigi di Maio quitte son Mouvement, mais reste au gouvernement. Il continuera de collaborer avec le Parti démocrate, qui ne serait pas contre l’idée de le recruter. Même le pire ennemi de Luigi di Maio, Vincenzo de Luca (Parti démocrate) s’est dit ouvert au dialogue. Récupérer l’actuel ministre des Affaires étrangères serait une manière de rendre encore plus fort le principal parti de centre gauche et d’enrayer la grande coalition centriste qui pourrait voir le jour.

Le gouvernement élargi de Mario Draghi donne des idées au centre

D’autres acteurs politiques commencent à se placer en vue des élections législatives de mai 2023, et une large alliance du centre est possible, bien qu’aux prémisses. Elle pourrait notamment comprendre Italia Viva de Matteo Renzi, Forza Italia de Silvio Berlusconi et – hypothétiquement – Matteo Salvini. Le leader de la Ligue est en perte de vitesse, doublé par la droite par Giorgia Meloni. Monsieur Salvini cherche donc une nouvelle place sur l’échiquier politique, et l’exemple de Luigi di Maio pourrait lui donner des idées. Matteo Salvini a largement réduit les attaques agressives, citant de plus en plus le Pape et se montrant plus spirituel que jamais. Une nouvelle orientation pour le capitano qui pourrait lui ouvrir les portes d’un centre droit encore existant, mais sans meneur. Seul Azione, de Carlo Calenda, ne semble pas intéressé par cette grande coalition, monsieur Calenda ayant toujours abhorré le Mouvement 5 étoiles, et donc Luigi di Maio. Un doute plane sur Forza Italia également. Les personnages forts du parti (Mara Carfagna et Renato Brunetta) sont plutôt favorables à cette union centriste, mais Silvio Berlusconi ne l’entend pas de cette oreille et compte revenir au premier plan cette année, malgré ses 85 ans.

Cette possibilité de grande coalition prend déjà forme à l’échelle locale. Des membres d’Italia Viva ont soutenu – officieusement – le nouveau maire de Palerme Roberto Lagalla (Union du centre) lors des dernières élections municipales. Ce même scrutin a vu entrer au conseil municipal la Nuova Democrazia Cristiana, une nouvelle version du parti politique centriste qui a régné sur l’Italie de l’après-guerre aux années 90.

La Nouvelle Démocratie chrétienne pourrait-elle être l’étendard de ce nouveau centre ? Difficile, car les créateurs de ce retour historique de la DC sont Marcello dell’Utri et Totò Cuffaro, tous deux condamnés pour association mafieuse, une bien mauvaise publicité pour un parti qui avait disparu suite à l’opération mains propres (contre la corruption) des années 90. Malgré cela, la Nouvelle DC est au conseil municipal de Palerme, avec plus de 5% des voix. L’idée semble difficile à réaliser, mais reste valable.

Un grand remue-ménage sur la scène politique italienne, dont la presse locale se régale, mais qui n’est donc que relatif : cette grande coalition du centre est estimée à 10-15% des intentions de vote. Une alliance qui ne peut pas gagner l’élection, mais qui pourrait être un levier pour une majorité lors des prochaines élections.

La sécurité Draghi, la multiplication des partis et des transferts

Il semble évident que Mario Draghi restera à son poste au moins jusqu’à la fin de la législature, et l’idée de le reconduire dans ses fonctions pour cinq années supplémentaires se fait déjà entendre. La confiance internationale retrouvée pour l’Italie après la turbulente période du gouvernement des extrêmes Lega-5 étoiles. Dans ce climat de stabilité retrouvée et dans le cadre de la préparation des élections de mai 2023, chaque candidat potentiel crée son courant politique, afin de pouvoir négocier une place dans la future coalition victorieuse ou dans l’opposition. Nous assistons à une multiplication des partis, souvent avec “Italia” dans le titre : Italia Viva, Italia al centro, Ancora Italia, Noi con l’Italia, Italia dei valori, Sogno Italia… L’omniprésence du nom du pays dans les intitulés indique aussi une certaine tendance à la prédominance de la nation, pour certain en opposition à l’Union européenne (comme Italexit per l’Italia de G. Paragone). Une quantité de partis qui adhéreraient quasi tous à la même coalition du centre, tout en étant rivaux. Selon l’historien Paolo Mieli, le grand centre italien prend un format similaire à celui de l’Union européenne : stable dans sa hiérarchie, mais où chaque petite entité peut bloquer l’engrenage pour différentes raisons qui sont propres à ses intérêts.

Malgré toutes ces difficultés, le système politique italien actuel fonctionne, tant qu’une personne accepte de prendre les rênes d’un centre fractionné de plus en plus difficile à contenter à chaque nouvelle création d’un groupe parlementaire dissident. La figure de Mario Draghi fonctionne parfaitement dans ce rôle, tant que celui-ci accepte d’y rester.

L’alternative grandissante à l’extrême droite : Giorgia Meloni

Une partie de la Lega plus au centre avec Matteo Salvini, une autre plus proche de son territoire avec Luca Zaia (le président de la région Vénétie), la Ligue ne miserait plus autant sur le souverainisme ou le populisme qui avait fait la notoriété de Matteo Salvini. La Ligue cherche sa nouvelle identité et perd du terrain – elle est aujourd’hui à environ 15% – et laisse le champ libre à Giorgia Meloni et Fratelli d’Italia, seule sur le pan de la droite dure. Madame Meloni a l’avantage de ne pas avoir (trop) d’alliances faites puis défaites, ce qui lui donne une image de personne qui garde la même ligne directrice. Son parti n’est pas sans reproches pour autant : alors que la légalité et d’ordre sont des mots sanctifiés chez les Frères d’Italie, Francesco Lombardo (leur candidat à l’élection de Palerme) était arrêté pour avoir acheté des voix à la mafia. Néanmoins, les forces acquises à la cause de Madame Meloni sont fidèles, et il y a fort à parier que Fratelli d’Italia sera le premier parti en Italie lors des prochaines élections, si nous ne prenons pas en compte les coalitions plus larges.

Dans ce jeu des alliances parfois inattendues, il semble bien difficile de trouver une majorité homogène pour la prochaine élection législative. La nomination du prochain président du conseil sera donc de nouveau un casse-tête qui rappelle celui de l’élection du président de la République et qui pourrait finir de la même façon, à savoir la reconduction dans ses fonctions du président sortant. Encore faut-il que Monsieur Draghi accepte, lui qui avait très ironiquement déclaré qu’il avait “une très belle équipe [de ministres]”. Mario Draghi pourrait donc rester à son poste, peut-être contre son gré, comme ce fut le cas pour le président de la République Sergio Mattarella, faute de mieux.

De grandes stratégies politiques avec des alliances parfois rocambolesques, pour revenir aux mêmes présidents. Il faut que tout change pour que rien ne change, comme disait l’écrivain Tommasi di Lampedusa.

« Équitablisme contre néolibéralisme prédateur » – 3 questions à Étienne Godin

Fri, 01/07/2022 - 15:39

Étienne Godin, expert en politique internationale et coopération au développement, répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son ouvrage « Équitablisme contre néolibéralisme prédateur » aux éditions Edilivre.

Vous dénoncez un fossé abyssal entre les citoyens et leurs représentants qui ne méritent plus vraiment ce terme selon vous. Quelles en sont les causes ?

Oui, l’image est à peine exagérée. Tout comme est abyssal l’accroissement exponentiel des inégalités, que ce soit entre les régions du monde ou entre les gens. Les écarts se creusent à un rythme annuel de l’ordre de 10 à 15%. C’est énorme ! En gros, 95% de la richesse globale est concentrée entre les mains de 35% des Terriens (diversement répartis de par le monde). Et parmi ceux-ci, 1% en monopolise une bonne moitié. Alors que des milliards d’êtres humains crèvent littéralement de misère, les extra-riches, eux, vivent dans l’opulence et le gaspi. Environ 3.000 milliardaires, des dizaines de millions de multimillionnaires, tous leurs affidés…  Irrémédiablement, le pouvoir a glissé du monde de la politique vers celui de l’économie et de la finance. Les gouvernements (les parlements aussi, bien sûr) sont devenus de simples chambres d’entérinement de décisions prises dans les conseils d’administration des grosses banques et des multinationales. Il y a belle lurette qu’il n’est plus possible pour les mandataires politiques (à supposer qu’ils l’eussent un jour souhaité) de s’attaquer significativement aux intérêts de l’Oligarchie financière. « There is no alternative ! » martelait déjà Margareth Thatcher et, depuis une trentaine d’années, toutes les familles politiques traditionnelles, les anciennes et les plus récentes se sont converties sans grandes nuances à l’idéologie néolibérale. Croissance, compétitivité, libre-échangisme, contraintes budgétaires pour assurer le service de la dette (colossale et impayable sur plusieurs générations), sont les leitmotivs au nom desquels on détricote allégrement les services publics et la sécurité sociale. Dans ces Assemblées où prédomine un vaste centre mou, jamais aucun discours de rupture d’avec la pensée dominante n’est toléré. Dans les meilleurs des cas, il y est juste question d’instaurer l’une ou l’autre réformette cosmétique défensive. Aux deux bouts des hémicycles, s’agitent, sans grands effets, d’un côté une extrême droite haineuse qui crache son fiel nauséabond et de l’autre côté, une gauche radicale en panne d’imagination qui a souvent bien du mal à sortir des stéréotypes passéistes sclérosés. L’offre politique, donc, est peu diversifiée. Mais ce n’est pas tout ! La plupart des partis fonctionnent verticalement, comme des entreprises privées dont la finalité première est la distribution de mandats juteux. Prisonniers de leurs égos, de leurs ambitions personnelles, des avantages (gros salaires, collaborateurs, voitures, chauffeurs, restos, voyages, prestige…) liés à la fonction, la plupart des mandataires sont incapables de se remettre en question, ou de faire preuve de vision prospective. Alors, ils s’accrochent opiniâtrement au pouvoir. Les promesses électorales sont rarement tenues, çà et là éclatent des scandales de corruption. Difficile, donc, pour beaucoup de citoyens d’y trouver leur compte. Leur désorientation est d’autant plus grande que les dangers environnementaux et climatiques sont prégnants et que les crises, sécuritaires, sanitaires, énergétiques, les guerres, l’afflux de réfugiés se succèdent sans désemparer. Pas étonnant, dès lors, que la lassitude, le doute et l’inquiétude les saisissent. D’autant plus que leur pouvoir d’achat se détériore considérablement. La frustration et le mécontentement augmentent…

L’intelligence artificielle est-elle un danger ?

Une citation me vient à l’esprit : « Malheur aux peuples dont les robots sont devenus les maîtres ! » Et c’est vrai, le monde n’est pas à l’abri de certains esprits dérangés du type docteur Folamour, capables de fabriquer des armes infernales, des robots tueurs, ou encore des cyborgs transhumanistes à la Frankenstein. Ceci précisé, comment ne pas reconnaître les potentialités extrêmement bénéfiques de l’intelligence artificielle dans toute une série de domaines, comme par exemple l’imagerie médicale (qui m’a sauvé), l’astronomie, l’aéronautique… ? N’ayant personnellement aucune compétence scientifique, mon essai aborde la troisième révolution industrielle (intelligence artificielle, numérique, robotique, biochimie…) dans une optique sociétale, en tant que phénomène qui pèse lourdement sur nos modèles de vie. Tout ce qui permet à l’humanité de sortir quelque peu de l’obscurantisme est bon à prendre. Aucune réserve, donc, sur la recherche fondamentale, si ce n’est que ses résultats appartiennent au patrimoine commun de cette même humanité et que personne, aucun État, aucune entreprise privée ne devrait être en mesure de se les approprier. Quant à la recherche appliquée, elle devrait impérativement être balisée, réglementée, contrôlée, voire régentée par l’autorité publique. Dans mon essai, je propose une régulation selon le format UREED (Utile, Renouvelable, Ethique, Equitable, Démocratique). Bornons-nous ici à trois considérations. Tout d’abord, l’ADN du néolibéralisme est de produire et fourguer aux consommateurs tout et n’importe quoi. Or, vu que les nouvelles technologies sont fortement énergivores et voraces en minerais rares, une vision utilitariste s’impose : il faut opérer un tri rigoureux ! Ensuite, il convient absolument de réduire la fracture numérique (sociale, générationnelle, géopolitique). Enfin, dans l’intérêt de la démocratie et de nos libertés (pour éviter les scénarios de type orwellien), ce secteur devrait être placé sous la gouvernance mondiale.

Qu’appelez-vous le Multilatéralisme-Transcendantal ?

C’est une dimension essentielle de cet essai, car la vision équitabliste est avant tout humaniste, internationaliste, voire universaliste. Au plan mondial, le multilatéralisme n’a de sens que s’il forme un tout cohérent et que sa gouvernance s’exerce dans tous les domaines permettant le bien-être de l’ensemble des humains (près de 8 milliards) et la sauvegarde de la planète. Or, ce n’est pas comme cela que l’architecture institutionnelle mondiale fonctionne actuellement. Elle s’est construite autour de deux axes indépendants, deux systèmes clairement antinomiques. D’une part l’ONU qui, en tant qu’émanation démocratique des États souverains, prône la coexistence pacifique, la coopération et la solidarité. D’autre part l’OMC qui (avec le FMI et la Banque Mondiale) est régie de manière ploutocratique. Dans le droit fil de la doxa néolibérale, elle s’évertue à déréguler les marchés pour permettre le libre-échange, la protection des investissements et la compétition. C’est, en fait, la consécration de la loi de la jungle qui favorise la domination des puissants sur les faibles, l’exploitation des peuples, le pillage et le gaspillage des richesses naturelles. C’est absurde puisque, dans bien des cas, l’action de l’OMC rend dramatiquement inopérante celle de l’ONU (faim, réfugiés, environnement…). La première chose à faire serait donc de placer le commerce, l’économie et la finance sous la coupole d’une ONU transformée et revigorée (dans l’esprit de la Charte de San Francisco). Schématiquement, le Conseil de sécurité serait rééquilibré pour le rendre à la fois plus représentatif des réalités géopolitiques actuelles et plus opérationnel en empêchant les blocages excessifs. On créerait une nouvelle instance (sous le chapeau de l’Assemblée générale et du Conseil) pour le développement durable et le bien-être des peuples. Via diverses branches, elle s’occuperait  de la régulation économico-sociale (y compris le commerce et la finance), des grandes orientations en matière d’environnement et de climat, de la sécurité alimentaire, de la santé, de la révolution numérique (y compris l’espace) et de la mobilité. Elle disposerait des moyens nécessaires à cet effet dans tous les domaines : politique (un Directoire composé de personnalités indépendantes des États et du privé élues par l’AG de l’ONU au départ d’une liste établie par le Conseil de sécurité) ; administratif (efficace, mais pas pléthorique) ; scientifique (Centres spécifiques de recherches qui coopèrent avec les universités et autres centres publics et privés) ; financier (une Banque Centrale mondiale, un Fonds vert vraiment significatif, et, pourquoi pas une monnaie mondiale ; juridique (règlementations et tribunaux du type CPI). Utopique cette proposition ? Ce qui serait utopique, en tout cas, c’est de croire que l’on peut continuer comme actuellement sans risquer un effondrement majeur…

 

Le Sénégal au bord de la rupture politique ?

Thu, 30/06/2022 - 17:40

Les Sénégalais sont attendus aux urnes le 31 juillet prochain pour les élections législatives. Ces élections se préparent dans un climat de très fortes tensions, rythmées par des manifestations organisées par l’opposition dont une partie a été écartée de la course. Dans quel contexte socio-économique va se tenir ce rendez-vous électoral, alors que la crise ukrainienne fait des émules au Sénégal comme sur tout le continent africain ? Pourquoi la situation est-elle très tendue dans le pays ? Le point avec Caroline Roussy, directrice de recherche à l’IRIS, en charge du programme Afrique/s.

Quel est le contexte économique et social du Sénégal à quelques semaines des élections législatives ?

Le contexte socio-économique est fortement dégradé. Sur le plan économique, le pays a été affecté par la crise du Covid-19 avec une diminution du fret maritime et subséquemment des échanges ce qui a, entre autres, entraîné une augmentation du prix des denrées alimentaires de base. À cela vient s’ajouter le conflit en Ukraine et l’impossibilité pour le marché sénégalais, comme d’autres marchés africains du reste, à s’approvisionner en blé et en oléagineux.

Outre la cherté de la vie, qui rend insupportable les inégalités et l’opulence de certains, les secteurs prioritaires sont dans un état délétère. Dans les universités, les étudiants accusent deux à trois semestres de retard … quand le système hospitalier se révèle complètement défait.  En mai dernier, onze nourrissons sont décédés dans un incendie survenu à l’unité néonatale d’un hôpital de Tivaouane. Comment supporter l’intolérable ? Cet épisode bouleversant n’est malheureusement que l’écume du quotidien des Sénégalais confrontés à la banalisation de la mort et de la violence.

Le contexte est inflammable et les manifestations cristallisent le ras-le-bol populaire.

Suite à des manifestations de l’opposition le 19 juin dernier, 3 personnes sont décédées. Comment expliquer ces tensions préélectorales ? Sont-elles une menace pour la démocratie au Sénégal ?

Les tensions préélectorales s’expliquent par le contexte socioéconomique, préalablement esquissé, mais aussi par l’invalidation d’une des listes de l’opposition – celle d’Ousmane Sonko troisième homme de la présidentielle de 2019 – pour les élections législatives du 31 juillet prochain par suite d’une décision du Conseil constitutionnel.

On observe depuis deux types de manifestations : organisation de marches et concerts de casseroles. Le 19 juin dernier, trois personnes ont perdu la vie ce qui a fortement résonné en écho avec les manifestations de mars 2021 au cours desquelles quatorze personnes sont décédées, décès pour lesquels les responsabilités tardent à être établies.

Après avoir laissé planer la possibilité d’une nouvelle manifestation, l’opposition entraînée par Ousmane Sonko – l’homme par lequel était arrivé les manifestations de mars 2021 où poursuivit dans une affaire de viol la justice s’était étonnamment révélée d’une rare célérité jetant la suspicion sur la gravité des faits reprochés – a décidé de jouer la carte de l’apaisement et d’aller aux élections législatives. Comment ce qui hier était impensable se révèle aujourd’hui possible, rappelons que trois personnes sont décédées ? Un statu quo a été trouvé dans le fait que la liste des titulaires a été invalidée, mais pas celle des suppléants. L’opposition battra désormais campagne pour faire élire la liste de ses suppléants. Quant au président de la République, Macky Sall, il entretient le doute sur la possibilité de briguer un troisième mandat en 2024… La confusion dans les différents camps peut difficilement créer les conditions de la concorde.

Le débat démocratique est polarisé par des postures quand les manifestants montrent une aspiration pour une respiration démocratique. Est-ce que cette demande sera réellement entendue au-delà du registre discursif ? La question reste posée. Macky Sall honorera-t-il son engagement à nommer un Premier ministre ? Les mois à venir seront à observer de près…

Dépendant de Moscou et de Kiev pour les céréales, les dirigeants africains continuent de défendre leur neutralité vis-à-vis du conflit russo-ukrainien. Comment se positionne l’Union africaine présidée par Macky Sall ? Quels en sont les enseignements ?

La question est intéressante, car si les dirigeants défendent une certaine neutralité vis-à-vis du conflit ukrainien, en réalité ils défendent leurs intérêts. Comme au Sénégal, un certain nombre de dirigeants ont peur de la rue qui dans les mois à venir pourrait se soulever. Dans cette équation, il faut considérer, sinon à faire le lit de la patrimonialisation de l’État quoique…, que les partenariats de nombreux pays se sont diversifiés d’où la volonté de préserver les intérêts économiques avec la Russie et l’« Occident ».

On a tendance à dire que les dirigeants africains ont voté contre la résolution mise au vote à l’Assemblée générale de l’ONU le 2 mars dernier dénonçant l’offensive russe en Ukraine. En réalité, seuls 17 États sur 54 se sont abstenus. Ce qui est loin d’être la majorité. L’abstention du Sénégal avait particulièrement retenu l’attention des Européens et des Français, eu égard à la proximité entre les deux pays. Plusieurs niveaux d’explication permettent d’éclairer ce vote tel que les deux propositions déjà énoncées auxquelles s’ajoute le fait que Macky Sall, sans doute entretenu du vote en ordre dispersé de ses homologues, et président en exercice de l’Union africaine a décidé de cette neutralité pour pouvoir exercer son mandat qui concerne avant tout l’avenir du continent africain.

Pour l’heure, on observe que Macky Sall s’est déplacé au nom de l’Union africaine en Russie début juin. Il a rencontré Valdimir Poutine à Sotchi qui l’a rassuré sur le fait de tout faire moyennant la collaboration de l’Ukraine pour que les marchés africains soient approvisionnés en blé et oléagineux. Le 21 juin, le président Zelensky s’est quant à lui exprimé devant quatre présidents africains. Il a joué la carte de la collusion en comparant ce conflit à « une guerre coloniale » sans remporter un franc succès au vu de la très faible audience réunie pour échanger avec lui… La neutralité serait-elle en train de basculer ? Les Occidentaux sont perçus comme responsables de la famine qui vient.

Si les Africains restent les parents pauvres des relations internationales, car rarement écoutés, il reste intéressant d’observer qu’une voix même timide se laisse entendre depuis le continent. Les Occidentaux auraient tort de ne pas l’écouter.

Expliquez-moi… Les GAFAM et les BATX

Thu, 30/06/2022 - 16:25

La rivalité entre les États-Unis et la Chine est devenue globale : elle s’étend sur tous les domaines de la puissance et s’exprime l’ensemble du globe. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont imposé leur leadership d’un point de vue financier, économique, stratégique ou encore culturel, et, depuis la révolution numérique, dans le secteur technologique. Ce leadership s’est notamment traduit par le développement exponentiel de 5 géants du numérique américain : les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). Leur succès financier et technologique sans pareil, qui s’est accéléré au cours de la dernière décennie, leur donne désormais les moyens d’étendre leurs champs d’actions à certains domaines préalablement réservés aux États. Leurs dirigeants/fondateurs forment désormais la grande majorité du club des hommes les plus riches de la planète. Mais la prospérité des GAFAM connait aujourd’hui plusieurs obstacles, dont un de taille, la concurrence chinoise. L’innovation chinoise dirigée par le PCC qui veut faire de la Chine une « cyber superpower », a façonné ses propres champions : les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). Autrefois copies parfaite des GAFAM, les BATX concurrencent désormais directement les leaders américains, en profitant notamment d’un important soutien du régime chinois. Depuis l’attaque frontale de Donald Trump envers les entreprises chinoises Huawei et TikTok, la guerre froide technologique entre la Chine et les États-Unis est devenue une réalité. Cette vidéo a été réalisée dans le cadre d’un partenariat entre l’IRIS et Hachette Éducation, autour de la version numérique du manuel « Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences politiques » destiné aux élèves de Première.

Rédaction et coordination éditoriale : Victor Pelpel
Montage : Joseph Medouni
Animations : Frédéric Petit (https://supralude.com/)

NRA, Cour suprême & Donald Trump : où en est la démocratie américaine ?

Thu, 30/06/2022 - 14:49

Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS, essayiste, spécialiste des États-Unis, répond à nos questions sur l’actualité américaine :

  • Pourquoi assiste-t-on aux États-Unis à une révolution conservatrice de plus en plus présente dans les institutions et une tolérance croissante pour les tactiques autoritaires au sein du Parti républicain ?
  • La Cour suprême américaine a consacré, jeudi 23 juin, le port d’armes hors du domicile en invalidant une loi de l’État de New York. Quels sont les enjeux de cette mesure ? Pourquoi le lobby de la NRA continue d’être si puissant ?
  • Dans ce contexte, où en est le parti républicain ? Qui est Ron Desantis, le favori des républicains pour la présidentielle américaine de 2024 ? Quid de Donald Trump ?

L’OTAN : une alliance anti-chinoise ?

Wed, 29/06/2022 - 18:49

Ce mardi 28 juin s’ouvrait le Sommet de l’OTAN à Madrid. L’OTAN est renforcé depuis le début de la guerre en Ukraine, l’organisation sous égide américaine apparaissant aux yeux des Européens comme la seule en capacité d’assurer la sécurité du Vieux continent. Malgré certains malentendus stratégiques ces dernières années entre européens et américains, ils sont plus que jamais soudés pour faire face à Vladimir Poutine. L’entrée de la Suède et de la Finlande, traditionnellement neutre diplomatiquement, concrétise la réviviscence de l’OTAN. Cependant, il semble que les Etats-Unis aient à long terme une autre ambition pour l’organisation. Si l’urgence est bien de faire barrage à la Russie sur le flanc est-européen, la priorité stratégique des États-Unis continue d’être la rivalité avec la Chine. Et l’OTAN constitue en cela un moyen pour les Etats-Unis d’emporter avec eux les Européens dans cette lutte et de constituer au-delà un axe des démocraties contre les régimes autoritaires. En témoigne l’invitation du Japon, de la Corée du Sud et de la Nouvelle Zélande au sommet, des alliés de premier plan pour Washington dans l’Indo-Pacifique. Même si les Européens ont des divergences nettes avec la Chine, qu’ils ont à plusieurs reprises exprimées, celles-ci ne datent pas de la crise ukrainienne. En ce sens, accepter que l’OTAN devienne une organisation antichinoise et ainsi s’aligner sur l’agenda stratégique américain à l’égard de Pékin constituerait une double erreur.

L’analyse de Pascal Boniface

Les espaces maritimes, nouveaux territoires de la sécurité internationale

Wed, 29/06/2022 - 18:42

Les tensions sur l’accès aux ressources des mers et des océans comme le durcissement touchant les revendications sur les frontières maritimes montrent combien les espaces marins sont devenus importants dans les calculs des États et dans la dynamique des relations internationales contemporaines.

Avec un accent mis sur la connectivité maritime et sur la liberté de navigation, le concept d’Indo-Pacifique est l’illustration la plus récente de l’importance des espaces maritimes au sein des relations internationales. Si, pour certains États, les rivalités de puissances se sont déplacées en mer, pour d’autres, l’horizon au-delà des côtes est devenu une source de croissance et de richesse qu’il faut pouvoir protéger. En effet, au moment où nombre de pays découvrent la valeur de leur « économie bleue », ils en réalisent les fragilités, qu’il s’agisse de l’amenuisement des stocks halieutiques ou de l’impact des dérèglements climatiques sur la santé des océans. Quel que soit l’objectif recherché, la sécurisation des espaces océaniques et une meilleure gouvernance maritime sont à l’ordre du jour.

La « navalisation » des mers, c’est-à-dire l’accent mis par beaucoup d’États sur le développement de marines modernes, est l’expression la plus visible de ces prises de conscience. Dans un contexte de concurrence accrue pour l’accès aux ressources et le contrôle des principales voies de communications maritimes, la Chine a rapidement développé ses capacités navales grâce à un effort de construction sans précédent.

Mais, au-delà des questions de prestige et d’acquisitions de projection de puissance qui sont le propre des marines de guerre, on assiste à la création et à l’essor de flottes de garde-côtes chargées de la police maritime et de la lutte contre la criminalité en mer. En effet, les ressources qui se trouvent sous la surface de l’océan sont de plus en plus menacées de surexploitation. La pêche illégale dévaste les stocks mondiaux déjà réduits et pourrait bientôt constituer une source non négligeable de crise. En mer de Chine méridionale, la concurrence pour les droits de pêche ainsi que pour les réserves de pétrole et de gaz offshore constitue l’un des principaux facteurs de tensions et de conflits.

Le domaine maritime met en évidence les tensions entre la souveraineté nationale et les défis transnationaux, entre les régions littorales de l’océan en tant que zones économiques exclusives et la haute mer en tant que bien commun mondial. Il s’y greffe désormais la question des grands fonds et de leur exploitation.

Au final, on observera que le domaine maritime, si longtemps sous-estimé dans la couverture des affaires internationales, occupe pourtant une place décisive dans la diplomatie bilatérale, régionale et multilatérale. Au moins quatre problématiques majeures liées à l’insécurité maritime se détachent dans la hiérarchie des préoccupations des principaux acteurs et usagers de la mer : la territorialisation des espaces maritimes, la navalisation et les dynamiques globales de réarmement naval, tout comme la persistance de la piraterie et du brigandage maritime en parallèle au développement d’une criminalité bleue transnationale où l’impact du changement climatique sur les océans tient une place grandissante.

La territorialisation des mers

Aussi variées que communes, les tensions portant sur l’accès et l’usage du milieu maritime ont pris une importance croissante dans les stratégies nationales des États. Elles sont à l’origine du développement des principaux outils et acteurs tant civils que militaires de la sécurité en mer. Nationalisme bleu et crispations sur l’exploitation des ressources maritimes — poissons, minéraux, énergies — ont le potentiel de multiplier les zones de tensions, à la faveur de revendications abusives et d’expansions territoriales non fondées en droit.

La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), qui fête ses 40 années d’existence en 2022, a pourtant instauré des règles permettant de délimiter les espaces maritimes ainsi que les droits et obligations des États côtiers. Il faut admettre que celles-ci sont complexes et certains États comme le Brésil, l’Inde ou la Chine en ont adopté des interprétations diverses.

La CNUDM distingue trois types de territoires en mer : les eaux territoriales, qui s’étendent sur 12 milles marins à partir de la côte, et qui s’accompagnent d’un droit de « passage inoffensif » pour les navires de pavillons étrangers ; une zone de police contiguë, qui s’étend sur 12 milles supplémentaires ; une zone économique exclusive (ZEE), qui s’étend jusqu’à 200 milles marins (soit 370 km) du littoral. La délimitation de ces frontières liquides figure au premier plan des questions qui alimentent les différends.

Cette tendance à l’appropriation fait que le principe de la liberté des mers, prônée par le juriste hollandais Grotius au XVIIe siècle, apparait de plus en plus contestée. La CNUDM s’est pourtant efforcée de trouver un compromis entre ce principe et les États côtiers soucieux d’affirmer leur souveraineté sur leurs espaces maritimes. Ainsi, si la liberté de navigation en haute mer a pu être préservée, la mise en place de délimitations maritimes a favorisé des litiges entre États désireux d’accroitre leur potentiel économique et stratégique et favorisé un phénomène de territorialisation des mers.

Autres espaces maritimes très convoités, les grands fonds représentent un enjeu géopolitique de taille. La France s’est dotée d’une stratégie de grands fonds en février 2022 (1) comme l’ont fait avant elle la Chine, les États-Unis ou le Royaume Uni. Ce document souligne qu’il n’est pas seulement important de pouvoir intervenir à de très grandes profondeurs, mais également de pouvoir surveiller ce qui s’y passe, en particulier autour des câbles sous-marins et des ressources minérales. Comme l’espace et le cyberespace, les profondeurs représentent un champ de conflictualité potentielle. De par les ressources naturelles qu’elles recèlent — dont les métaux rares —, elles suscitent de plus en plus de convoitises.

Navalisation et rivalités de puissance en mer

Les pays du monde entier améliorent leurs marines et intensifient leurs activités en mer. Cela inclut la Chine, qui a réalisé en très peu d’années des avancées qualitatives et quantitatives de son outil naval, mais aussi l’Inde, le Japon, la Corée du Sud ou la Turquie. La tendance est à la production d’unités polyvalentes intégrant les nouvelles technologies critiques (drones, robotique, intelligence artificielle) appelées à être mises en œuvre dans les conflits du futur.

La Chine appartient désormais au groupe restreint des marines disposant de porte-avions — un troisième sera bientôt mis à l’eau — et de sous-marins nucléaires. Les réalisations chinoises et la mise en œuvre de stratégies anti-accès cherchent notamment à affaiblir la dissuasion militaire des États-Unis dans la région, ce qui a conduit certains États à s’interroger sur la capacité d’intervention de Washington en cas de conflit de haute intensité impliquant la Chine. Le scénario d’une crise dans le détroit de Taïwan est dans de nombreux esprits depuis l’agression russe de l’Ukraine. Ces rivalités incluent des efforts pour obtenir l’accès à des ports et à des facilités de stationnement, car si pour l’heure la Chine ne possède qu’une seule base navale à l’étranger avec Djibouti, elle s’efforce, comme la Russie ou l’Inde, d’étendre sa présence dans l’Indo-Pacifique. Fait nouveau, elle propose des partenariats économico-sécuritaires aux États du Pacifique Sud, dont certains sont peu disposés à amorcer une coopération policière ou dans le domaine de la sécurité maritime avec Pékin.

Cette recherche du statut de puissance navale va au-delà d’ambitions étatiques et touche l’Europe, elle-même soucieuse de s’affirmer comme un acteur global de la sécurité maritime. Elle a d’ailleurs réussi à se construire une légitimité dans ce domaine. Elle peut s’appuyer sur sa stratégie de sûreté maritime (SSMUE) adoptée en 2014 et sur le plan d’actions, révisé en 2018, qui en découle. L’Union européenne s’est également dotée de stratégies régionales, dont celle sur le golfe de Guinée, puis en 2021 sur l’Indopacifique, suivant en cela l’exemple d’États membres comme la France, l’Allemagne et les Pays Bas. L’Union européenne s’est déjà montrée capable de mobiliser efficacement des moyens d’actions, face aux trafics en tous genres par voie maritime (migrants, armes, stupéfiants). Elle reste d’ailleurs engagée face à la piraterie et à l’insécurité maritime dans l’Ouest de l’océan Indien, où l’opération « Atalante » déployée depuis 2008 lui permet d’élargir ses partenariats grâce à une diplomatie navale très active.

La persistance du phénomène de piraterie et de brigandage maritime

Les dernières statistiques publiées par le MICA Center (2), organisme dépendant de la Marine nationale et basé à Brest, montrent que la piraterie reste un enjeu maritime récurrent. Les États s’efforcent de développer des coopérations et de collaborer pour s’attaquer à ce problème, mais il se révèle difficile à éradiquer dans la mesure où les solutions de long terme se trouvent à terre. Bien que la piraterie ait globalement diminué dans le monde, avec un total de 317 actes de piraterie et de brigandage maritime en 2021, le phénomène reste préoccupant en Indo-Pacifique, notamment dans le détroit de Singapour, qui totalise 57 incidents, auxquels s’ajoutent les 14 survenus dans les eaux philippines.

La piraterie au large de l’Afrique de l’Ouest a attiré l’attention internationale au début des années 2010, alors que l’activité des pirates au large de la Somalie et de la Corne de l’Afrique commençait à faiblir. Lorsque la crise en Afrique de l’Est a décru — grâce à une combinaison de patrouilles navales internationales, de personnel de sécurité privé et de réformes des systèmes judiciaires régionaux —, le phénomène a paru se déporter dans le golfe de Guinée où, après le siphonnage du pétrole, des prises d’otage contre rançon se sont développées. Une grande partie de l’activité en Afrique de l’Ouest est en fait classée dans la catégorie des vols à main armée en mer, plutôt que dans celle de la piraterie, car elle se déroule essentiellement dans les eaux territoriales des États, alors que la piraterie se déroule par définition dans les eaux internationales.

Dans le golfe de Guinée comme dans d’autres régions du monde, on trouve la crainte que des organisations terroristes régionales imitent les pirates du delta du Niger et adoptent leurs tactiques, en particulier Boko Haram. En Asie du Sud-Est, des groupes extrémistes se sont tournés vers la piraterie, comme Abu Sayyaf, un groupe philippin lié à l’État islamique, qui a attaqué des navires dans les mers de Sulu et des Célèbes et pris des membres d’équipage ou des passagers contre rançon.

Dans ce schéma, criminalité et pauvreté s’auto-alimentent et les communautés côtières en subissent les conséquences. La piraterie et les vols à main armée privent les régions côtières d’opportunités de développement socio-économique et d’infrastructures. Elles entravent les économies régionales en perturbant des industries essentielles comme la pêche et le tourisme, tout en augmentant le coût de la vie. Ces coûts économiques, associés à des possibilités d’emploi déjà limitées, créent un cycle de criminalité qui est à la fois une cause et un sous-produit de la piraterie et des vols à main armée.

L’essor de la pêche illégale et de la criminalité bleue

La criminalité bleue (3) recouvre diverses activités illicites tant la mer est un moyen de transport qui se généralise, avec comme corollaire l’accroissement de nombreux trafics : drogues, êtres humains, armes, contrefaçons, espèces marines protégées.

La pêche illicite, non déclarée et non règlementée, constitue un fléau. Elle affaiblit les stocks halieutiques et les écosystèmes marins et son impact économique reste préoccupant. Elle prive les communautés de pêcheurs de revenus, d’emplois et peut menacer la sécurité alimentaire de toute une population. Le phénomène représente près de 20 % des captures annuelles mondiales. Un poisson sur cinq pêché dans le monde est capturé illégalement (4), ce qui mine les efforts pour s’attaquer officiellement aux problèmes de surpêche. Pourtant, les stocks mondiaux de poissons ayant diminué de près de 50 %, la pression est de plus en plus forte pour s’attaquer à la surpêche et aux gouvernements qui l’encouragent.

La pêche illégale découle généralement d’une gouvernance locale faible, mais aussi d’une carence en moyens de surveillance et de contrôle des espaces maritimes. L’insécurité face à des flottilles de pêches clandestines accentue ces dysfonctionnements qui, de façon globale, requièrent la mise en place d’équipements permettant une meilleure connaissance du domaine maritime, des moyens d’échanges d’informations mais aussi la formation de personnels spécifiques au sein d’agences maritimes spécialisées.

La flotte chinoise de pêche en eaux lointaines est de loin la plus importante au monde et opère dans toutes les régions du globe. En plus de répondre à une demande alimentaire, ces navires sont utilisés à l’étranger à des fins stratégiques. La Chine s’est toutefois efforcée d’améliorer son image de puissance maritime responsable. Pékin a instauré certains changements, notamment des réglementations plus strictes sur l’utilisation de pavillons de complaisance par les navires chinois. Mais la Chine continue de subventionner les opérations de la flotte de pêche en eaux lointaines, ce qui représente une menace importante pour la durabilité des ressources océaniques.

 

Publié sur Areion24news.

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Notes

(1https://​www​.defense​.gouv​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​a​r​m​e​e​s​-​s​e​-​d​o​t​e​n​t​-​d​u​n​e​-​s​t​r​a​t​e​g​i​e​-​m​i​n​i​s​t​e​r​i​e​l​l​e​-​m​a​i​t​r​i​s​e​-​f​o​n​d​s​-​m​a​r​ins

(2) Maritime Information Cooperation and Awareness Center, « Bilan annuel 2021 : Sureté des espaces maritimes » (https://​www​.mica​-center​.org/​p​u​b​l​i​c​a​t​i​o​ns/).

(3) C. Bueger, T. Edmunds, « Blue Crime : Conceptualising transnational organised crime at sea », Marine Policy 119 , 2020 (http://​bueger​.info/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​2​0​2​0​/​0​8​/​B​u​e​g​e​r​-​a​n​d​-​E​d​m​u​n​d​s​-​2​0​2​0​-​B​l​u​e​-​C​r​i​m​e​.​pdf).

(4) Global Fishing Watch (https://​globalfishingwatch​.org/​c​o​m​m​e​r​c​i​a​l​-​f​i​s​h​i​ng/).

 

 

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