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Institut de Relations Internationales et Stratégiques
Updated: 1 month 1 week ago

J’ai lu… « Géopolitique des énergies » par Emmanuel Hache

Tue, 06/09/2022 - 20:17

 

Pascal Boniface reçoit Emmanuel Hache, directeur de recherche à l’IRIS, à l’occasion de la parution de son ouvrage « Géopolitique des énergies » en 40 fiches illustrées aux éditions Eyrolles. Un ouvrage qui tombe à point nommé au moment où les questions énergétiques sont au coeur de l’actualité géopolitique.

Éthiopie : une guerre civile qui ne trouve pas d’issue

Mon, 05/09/2022 - 12:42

Depuis le 24 août 2022, la région du Tegray est au cœur d’affrontements entre les forces gouvernementales éthiopiennes et les rebelles tegréens. Déjà dans un situation économique désastreuse, le pays est plongé dans la guerre civile depuis maintenant près de deux ans. Quelles sont les origines de ce conflit ? Qui sont les acteurs en présence ? Et jusqu’où peut dégénérer cette guerre civile ? Le point avec Patrick Ferras, président de l’association Stratégies africaines, enseignant à IRIS Sup’ et spécialiste de l’Éthiopie.

Alors qu’une trêve avait été signée entre le gouvernement éthiopien et les rebelles tegréens en mars dernier et qu’un dialogue national avait été amorcé, la région du Tegray est à nouveau le théâtre d’affrontements. Pourriez-vous revenir rapidement sur les origines de ce conflit et nous expliquer pourquoi cette trêve n’a pas duré ?

La région-État du Tegray s’est opposée au gouvernement fédéral depuis l’arrivée au pouvoir de Abiy Ahmed, le Premier ministre en 2018. L’organisation par les autorités tegréennes de leur propre élection[1] a mis le feu aux poudres et la guerre civile dans ce pays de la Corne de l’Afrique a commencé dans la nuit du 3 au 4 novembre 2020. D’un côté, l’armée éthiopienne (Ethiopian National Defense Forces – ENDF) aidée depuis les premières heures du conflit par l’armée érythréenne (Eritrean Defense Forces – EDF), les milices amhara et afar. De l’autre, les forces de défense du Tegray (TDF). Les forces gouvernementales ont dans un premier temps réussi leur engagement en mettant en place un gouvernement de transition et une occupation militaire. En juin 2021, les TDF ont repris une grande partie de leur territoire en chassant les autorités civiles et militaires imposées par le Premier ministre. Dans leur offensive, les forces tegréennes se sont approchées d’Addis Abeba, puis se sont repliées. Les combats avaient pratiquement cessé depuis la trêve de mars 2022[2] et l’aide humanitaire avait commencé à parvenir dans la région.

La volonté de Abiy Ahmed de mettre fin à cette guerre par un accord de paix et un grand dialogue national en signe de réconciliation s’est heurtée aux Tegréens et à leurs prérequis pour se lancer dans l’ouverture des discussions et donc une cessation des hostilités. Le Premier ministre veut un dialogue sans conditions préalables et le TPLF[3], qui représente la région-État du Tegray, estime que les services (eau, électricité, communications et services bancaires) dont ils sont privés depuis novembre 2020 doivent être rétablis avant toute discussion. Les positions étant diamétralement opposées, il était difficile de penser que la situation allait rester ainsi. Chaque camp a donc profité de cette trêve pour se reconfigurer, s’entraîner pour une reprise des combats et affiner sa stratégie pour les prochains mois.

Jeudi dernier, les rebelles ont annoncé une offensive conjointe effectuée par l’Éthiopie et l’Érythrée. Quel est le rôle de cet acteur dans le conflit au Tegray ?

L’Érythrée est un acteur essentiel du conflit et sur lequel compte beaucoup Abiy Ahmed. Sous couvert de l’Accord de paix de 2018, l’alliance entre les deux États a été scellée. L’Érythrée, par sa position stratégique, bloque le Tegray par le Nord et comme le Président Issayas Afeworki voue une haine farouche aux Tegréens depuis la guerre de 1998-2000, il est entré en guerre dès le début du conflit aux côtés du gouvernement fédéral. En jouant sur la soif de revanche du président érythréen, le gouvernement fédéral éthiopien s’est adjoint un allié sur la scène régionale même si ce pays est en marge de toute intégration régionale comme continentale et est le plus mauvais élève de l’Union africaine. Nous nous retrouvons face à la même situation qu’en novembre 2020 : le siège de la région est assuré par l’armée éthiopienne, les milices et les forces érythréennes. Les opérations conjointes ont déjà eu lieu par le passé et il n’est donc pas surprenant qu’elles soient encore d’actualité. L’implication de l’Érythrée dès 2020 montre que le principe de souveraineté intérieure clamé par Abiy Ahmed pour bloquer toute ingérence au début du conflit n’était qu’illusion. D’autre part, sur le plan militaire, sans l’apport des forces érythréennes et des milices afar et amhara, il est peu probable que les ENDF aient pu réussir à bloquer l’avance des TDF en novembre 2021.

Les rebelles tegréens semblent rapidement progresser dans la région Amhara en direction de la capitale Addis Abeba. Quels sont les objectifs des rebelles ? Seraient-ils tentés d’aller jusqu’à renverser le gouvernement ? En d’autres termes, jusqu’où ce conflit qui dure depuis deux ans peut aller ?

Faute de communications vérifiables de la part des deux belligérants, il faut rester prudent quant aux actions militaires en cours. La montée en puissance des forces fédérales peut indiquer une volonté de reprendre les combats ou de se prémunir d’une potentielle offensive tegréenne. Les TDF, quant à elles, desserrent l’étau en s’engageant dans les régions-États amhara et afar, mais restent vigilantes sur leur front nord. Le processus de paix restant bloqué, toutes les options sont sur la table. Néanmoins, il sera difficile pour les Tegréens de mener une offensive sur Addis Abeba comme ils l’avaient réalisée en octobre-novembre 2021. Tant que l’un des deux adversaires n’aura pas subi une lourde défaite, il y a peu de chances que le processus de paix soit relancé ou aboutisse dans des délais de court terme. Il faudra une volonté sincère des deux camps pour y arriver.

Les conditions ne sont pas actuellement réunies. La population tegréenne, afar et amhara va encore supporter le poids de cet engagement militaire qui après bientôt deux ans laissera des stigmates profonds. Dimanche prochain, l’Éthiopie débutera l’année 2015 (calendrier julien). Malgré la mise en service d’une deuxième turbine sur le site du Grand barrage de la renaissance, l’économie éthiopienne déjà frappée par la faible croissance, l’inflation, le marché noir est en outre très affectée par ce conflit et la situation internationale. La population souffre et accepte pour l’instant de survivre. L’annonce d’une ère nouvelle par Abiy Ahmed en 2018 (calendrier grégorien) ne s’est pas concrétisée. Les timides tentatives de la Communauté internationale et donc le ballet des envoyés spéciaux n’apporteront aucun souffle à la paix. Le nouvel An sera bien triste dans la majeure partie des foyers éthiopiens.

____________

[1] Alors que les élections à l’échelle du pays avaient été reportées en raison de la pandémie de Covid-19.

[2] Trêve unilatérale décrétée par le pouvoir central et acceptée par le TPLF.

[3] TPLF : Tegray ‘s People Liberation Front.

« Histoire mondiale du protectionnisme » – 4 questions à Ali Laïdi

Fri, 02/09/2022 - 12:23

Ali Laïdi est docteur en sciences politiques, chroniqueur à France 24, responsable du Journal de l’Intelligence économique et chercheur au laboratoire de l’École de guerre économique (CR 451). Il répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son ouvrage « Histoire mondiale du protectionnisme » aux éditions Passés Composés.

Selon vous le protectionnisme est indéboulonnable. De la Préhistoire jusqu’au XIXe siècle, les sociétés se protègent puis alternent période d’ouverture et de fermeture…

Les sociétés précolombiennes sont protectionnistes. Chez les Aztèques et les Mayas, les marchés ne sont pas totalement libres. Impossible de faire du commerce au long cours si on n’appartient à une caste particulière. Ce sont les seules à être autorisées à vendre et acheter des marchandises. De plus, le commerce entre ces deux civilisations avait lieu dans des lieux neutres. Ces sociétés n’étaient absolument pas interconnectées. Idem dans la Chine impériale et confucéenne, où l’activité commerciale est mal vue au point que, sous les Ming, il est quasiment interdit d’entretenir des relations commerciales avec des étrangers n’appartenant pas directement à la sphère d’influence chinoise. Comme Aristote, les empereurs chinois visaient l’autarcie. Excepté l’exportation de grands produits comme la soie et le thé, les Chinois entretenaient peu de relations commerciales extérieures et n’étaient pas intéressés par les produits occidentaux qu’ils considéraient comme de qualité inférieure. C’est pourquoi les Britanniques ont mené la première guerre de l’opium en 1839 dans le but d’accéder à coups de canon à l’immense marché chinois. Quelques ports chinois ont été contraints de s’ouvrir aux marchandises anglaises. C’était insuffisant, il a fallu une deuxième guerre (1856) pour obliger la Chine à adopter le libre-échange.

En fait, il faut attendre la révolution industrielle et la baisse des coûts de transport pour entrer dans une première véritable mondialisation des échanges. Cette fois, tous les produits sont concernés par les échanges, pas seulement les marchandises de luxe. Cette révolution industrielle est également une révolution intellectuelle. Pour conquérir les marchés extérieurs, les Britanniques ont dû vendre, voire imposer par la violence le libre-échange. Alternent ensuite des périodes d’ouverture et de fermeture des marchés au gré des intérêts géopolitiques et géoéconomiques des grandes nations commerçantes et de leurs grandes entreprises. Car l’État n’a pas l’apanage du protectionnisme : les cartels et les monopoles montrent que les entreprises savent défendre leurs intérêts. Nous entrons depuis quelques années dans une nouvelle phase : celle où les économies nationales se protègent des vents féroces et anarchiques de la concurrence mondiale. 

Vous écrivez que l’Amérique n’est pas un bon élève des leçons économiques qu’elle donne au monde…

En effet, le président américain Ulysse Grant (1869-1877) avait parfaitement analysé la stratégie commerciale des Britanniques et savait pertinemment que son pays la suivrait à la lettre. Voici ce qu’il disait « Pendant des siècles, l’Angleterre s’est appuyée sur la protection, l’a pratiquée jusqu’à ses plus extrêmes limites, et en a obtenu des résultats satisfaisants. Après deux siècles, elle a jugé commode d’adopter le libre-échange, car elle pense que la protection n’a plus rien à lui offrir. Eh bien, Messieurs, la connaissance que j’ai de notre pays me conduit à penser que, dans moins de deux cents ans, lorsque l’Amérique aura tiré de la protection tout ce qu’elle a à offrir, elle adoptera aussi le libre-échange. » Jusqu’à ce que le libre-échange nuise à ses intérêts et que l’Amérique renoue avec ses vieux réflexes protectionnistes comme en 1930 avec l’adoption par le Congrès du tarif douanier Hawley-Smoot qui voit les droits de douane grimper jusqu’à près de 60 %. En fait, le protectionnisme est ancré dans l’histoire de ce pays. Dès sa naissance pointe l’idée de protection. N’oublions pas que l’un des principaux ouvrages défendant le « protectionnisme éducateur » est rédigé par l’allemand Friedrich List (1789-1846) qui s’inspire de la politique d’Alexander Hamilton, le premier secrétaire au Trésor des États-Unis (1789-1795), un chaud partisan de la protection des industries dans l’enfance. Des leçons américaines que la Chine applique depuis la fin du maoïsme : une ouverture prudente, encadrée, qui protège les entreprises nationales et les prépare à affronter la concurrence internationale. Tout comme la Grande-Bretagne et les États-Unis, dans une première étape, la Chine se protège puis dans une seconde, s’ouvre au monde. Au point même de faire la promotion du libre-échange comme le fait le président Xi Jinping au Forum de Davos en 2017. C’est le monde à l’envers : au moment où l’Amérique de Trump se renferme sur elle-même, la Chine communiste prétend donner des leçons de libre-échange !    

Malgré une demande de l’opinion publique (60 % d’opinion favorable) la crise de 2008 n’a pas engendré un retour au protectionnisme. Comment l’expliquez-vous ?

Dès 2008, nous observons un frémissement du retour du protectionnisme. La crise financière mondiale entraîne un basculement de l’opinion publique internationale qui réclame plus de protection, notamment tarifaire aux frontières. Mais vous avez raison, les États ne se referment pas comme dans les années 1930 après la crise de 1929. Au contraire, ils prennent le contre-pied des choix de l’époque et optent pour des programmes de relance macroéconomique.  Ce qui ne les empêche pas d’augmenter le nombre de mesures antidumping et autres afin de protéger leur marché domestique. En fait, à partir de 2008, on constate une nette dégradation du modèle libre-échangiste qui se confirme avec les crises suivantes : Brexit, élection de Donald Trump à la Maison Blanche, pandémie et guerre russo-ukrainienne.

L’OMC s’est-elle remise des attaques de Donald Trump ?

Pas tout à fait. Mais il faut noter que son état moribond ne date pas des années Trump. En fait, le multilatéralisme économique est mal en point depuis 2006, année où les dirigeants de l’OMC actent l’échec du cycle de Doha. Un petit espoir renait début décembre 2021 lorsque 67 pays (dont les États-Unis et la Chine) trouvent un accord pour faciliter les échanges de services. Mais vu la situation géopolitique mondiale sur fond de guerre en Ukraine et surtout de guerre froide économique entre Washington et Pékin, il est difficile d’espérer mieux dans les prochaines années.

 

 

Que retenir du discours de Macron aux diplomates ?

Thu, 01/09/2022 - 18:53

Emmanuel Macron a ouvert aujourd’hui la conférence annuelle des ambassadrices et ambassadeurs par le traditionnel discours présidentiel. Ce discours intervient dans un contexte international particulièrement instable dans lequel la France peine à faire entendre sa voix.

L’analyse de Pascal Boniface.

Tensions politiques en Irak : la crise peut-elle encore s’aggraver ?

Thu, 01/09/2022 - 16:20

Si le calme est revenu à Bagdad alors que de violentes manifestations ont fait 30 morts et près de 600 blessés ce lundi 29 août, l’Irak semble inexorablement dans l’impasse. Plongé dans une crise politique et communautaire depuis l’agression états-unienne de 2003, le pays semble à présent se déchirer sur fond de conflit intra-chiite. Quelles en sont les causes ? Dans quel état économique se trouve le pays près de 20 ans après la chute de Saddam Hussein ? L’Irak peut-il replonger dans une guerre civile ? Le point avec Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS, en charge du Programme Moyen-Orient/Afrique du Nord.

 

Le retrait de la vie politique du leader chiite Moqtada al-Sadr ce lundi 29 août a provoqué des affrontements meurtriers à Bagdad. Que disent ces évènements de la crise politique qui secoue l’Irak et notamment la communauté chiite ?

Il semble tout d’abord nécessaire de rappeler que l’Irak subit encore aujourd’hui les conséquences différées de l’agression états-unienne unilatérale de 2003 qui a eu pour conséquence une dislocation de la société et de l’appareil d’État du pays. Le renversement du régime de Saddam Hussein, sous le fallacieux prétexte d’instaurer la démocratie, a entraîné des réactions en chaîne. Exacerbation des oppositions communautaires ethnico-confessionnelles et risques de partition du pays y afférant, affirmation de l’État islamique qui est parvenu à conquérir Mossoul, la deuxième ville du pays, en juin 2014 sont autant d’indices de la difficulté du pouvoir central, en outre soumis aux pressions antinomiques des États-Unis et de l’Iran, à assurer ses fonctions régaliennes.

La défaite en 2017 de l’État islamique sur le sol irakien pouvait laisser espérer un début de normalisation. Pourtant, le mouvement de contestation sociale de l’automne 2019 et la répression qui s’en suivit (environ 600 morts) indiquèrent assez clairement que les défis sociaux et politiques restaient entiers. L’organisation d’élections législatives en octobre 2021 n’a non seulement pas permis de stabiliser la situation, mais a renforcé les tensions. Le vainqueur de ces élections, Moqtada al-Sadr, dirigeant chiite, nationaliste et populiste, n’est en effet pas parvenu à constituer un gouvernement avec ses alliés sunnites et kurdes rompant avec la pratique qui prévaut depuis 2003 d’un pacte entre les différentes forces politiques représentées au Parlement. Les luttes d’influence avec les différents regroupements chiites pro-iraniens ont jusqu’alors empêché toute possibilité de parvenir à une solution de compromis.

Au mois de juin 2022, Moqtada al-Sadr tente un coup de poker en enjoignant aux députés de son mouvement de démissionner collectivement de leur mandat pour, espère-t-il, être rappelé en position de force. Mais ses adversaires chiites tentent de profiter de la situation pour former un gouvernement en son absence ce qui entraîne en réaction l’occupation du Parlement par les partisans de Moqtada al-Sadr à la fin du mois de juillet durant quelques jours. C’est enfin son annonce de se retirer définitivement de la vie politique – mais ce n’est pas la première fois qu’il fait une telle déclaration – qui a cristallisé une nouvelle vague de violences ces derniers jours.

Ce qui apparaît singulier, même si pas réellement inédit, c’est que les violences ont lieu actuellement au sein même de la « maison chiite » opposant les nationalistes incarnés par Moqtada al-Sadr aux organisations pro-iraniennes principalement regroupées dans le « Cadre de coordination ».

Les partisans de Moqtada al-Sadr qui ont exprimés leur mécontentement par les armes sont avant tout issus de milieux populaires. Quelle est la situation économique actuelle de l’Irak ?

Bien évidemment l’une des principales contradictions du pays est l’importance considérable des ressources pétrolières alors qu’une importante partie de la population vit dans une grande misère. La corruption, la prévarication, les prébendes sont consubstantielles au système actuel et les ressources de l’État sont littéralement mises en coupe réglée par des partis et des organisations politiques aux intérêts contradictoires. L’État fonctionne sans budget voté depuis deux ans et sans gouvernement effectif depuis octobre 2021. Outre l’antagonisme entre nationalistes et pro-iraniens déjà évoqué, un autre paramètre qui structure les violentes oppositions à l’œuvre réside dans la capacité de chacun des grands regroupements politiques à capter les ressources de l’État au profit de ses affidés. C’est une situation qui gangrène littéralement le pays. Vivement dénoncé par le mouvement de contestation de l’automne 2019 cet état de fait n’a malheureusement aucunement évolué.

Une des particularités du mouvement de Moqtada al-Sadr est de posséder une impressionnante et très mobilisable base populaire. Ce sont probablement des millions de personnes paupérisées à qui ce dernier a distribué de l’argent, des postes, mais fournit aussi une forme de fierté d’appartenir à une communauté représentée par un leader qui exerce un véritable charisme sur ses troupes. Cela explique en partie les violentes réactions de ces derniers jours quand il a annoncé son retrait de la vie politique, ce qui probablement était voulu de sa part. En réalité, Moqtada al-Sadr n’abandonnera pas la vie politique, d’autant que se profile la question de la succession de Ali Sistani, très vieil homme et plus haute autorité religieuse chiite irakienne. Instrumentalisant une situation économique très dégradée, s’étant constitué une base militante disciplinée et réactive, Moqtada al-Sadr restera un des paramètres politiques incontournables de l’Irak des années à venir.

Le président irakien Barham Saleh s’est prononcé en faveur d’élections anticipées. Moqtada al-Sadr et ses rivaux du Cadre de Coordination s’accordent sur ce point. Mais si le clerc chiite souhaite dissoudre le Parlement pour renforcer sa majorité, ses adversaires veulent eux d’abord nommer un gouvernement. Selon vous, la tenue de ces élections est-elle envisageable et permettrait-elle une sortie de crise pour l’Irak ?

Aucun des paramètres actuels ne prédispose à un quelconque optimisme et à imaginer la possibilité d’un dénouement positif et à court terme de la crise. Les réponses strictement institutionnelles ont montré leurs limites dans le cadre actuel et ne peuvent malheureusement pas constituer une perspective crédible pour stabiliser la situation. La seule manière de parvenir à une forme de normalisation politique serait de mettre en œuvre les conditions de formation d’un gouvernement inclusif ménageant une représentativité à l’ensemble des composantes de la société irakienne. C’est indéniablement un vœu pieux aujourd’hui. Se pose aussi le défi d’une redistribution plus égalitaire des revenus pétroliers, inutile de préciser que c’est inenvisageable dans la conjoncture. Une période de turbulences est réouverte et il faut souhaiter, a minima, qu’elle ne dégénère pas en guerre civile. Ce danger semble évité dans l’immédiat, même si le positionnement de l’Iran, qui œuvre traditionnellement pour un Irak faible mais plutôt stabilisé, est dans le moment présent difficile à décrypter. La politique aujourd’hui suivie par Téhéran cherche visiblement à en découdre avec le mouvement sadriste par l’intermédiaire du dense réseau de milices et regroupements politiques divers méthodiquement édifié depuis dix-neuf ans.

On le voit l’Irak est ingouvernable et se trouve aujourd’hui dans une situation d’apesanteur politique au sein de laquelle tout peut très vite dégénérer.

La guerre en Ukraine : jusqu’où ?

Thu, 01/09/2022 - 16:01

La guerre lancée le 24 février par la Russie contre l’Ukraine entre dans son septième mois et celle-ci ne semble pas en voie de prendre fin. Cette « opération militaire spéciale », pour reprendre l’appellation officielle utilisée par le Kremlin, devient une guerre prolongée qui semble devoir durer encore longtemps.

Comment se terminent généralement les guerres ? Elles peuvent prendre fin lorsqu’une médiation internationale réussit. Cependant, dans ce cas, on ne voit pas qui pourrait prendre le rôle de médiateur. Aucun des pays occidentaux ne peut remplir ce rôle. Étant alliés à l’Ukraine, ces derniers ne peuvent être considérés comme neutres par la Russie. La Chine non plus, jugée trop proche de la Russie. Rares sont donc les pays qui peuvent être acceptés comme médiateurs par Kiev et Moscou. La Turquie, avec l’aide de l’ONU, a pu obtenir un accord minimal sur l’exportation de céréales à partir de la mer Noire, mais cela ne  permet pas à Ankara d’être tenu comme le faiseur de paix entre la Russie et l’Ukraine.

Deuxième hypothèse, la guerre peut également prendre fin par l’épuisement des protagonistes. Ce serait en effet parce que les belligérants sont épuisés que la guerre prendrait fin, en témoigne la fin de la longue et si coûteuse guerre entre l’Iran et l’Irak en 1988. Cependant, dans le cas présent, les protagonistes sont certes très atteints d’un point de vue matériel et humain, mais on ne peut pour le moment parler d’épuisement ni d’un côté ni de l’autre. D’autant que l’enjeu est trop important pour chaque protagoniste. Côté ukrainien, c’est le territoire national qui est en jeu. Côté russe, c’est le régime même qui pourrait tomber s’il était contraint à mettre fin à la guerre sur une défaite.

Troisième possibilité enfin, la guerre pourrait prendre fin par une victoire  d’un des deux protagonistes. Là aussi on voit difficilement qui pourrait réclamer une victoire, car il semble que l’affrontement s’équilibre. Il y a certes un avantage qui devrait s’accentuer côté ukrainien s’agissant du matériel militaire – grâce au soutien occidental – mais la Russie est désormais en position défensive dans le Donbass et pour reconquérir un territoire il faut généralement trois fois plus de troupes  à l’offensive qu’à la défensive. Le plus probable est donc que cette guerre d’une assez grande intensité s’inscrive dans la durée.

Du point de vue russe, on ne voit plus très bien ce qui pourrait constituer une victoire. Le rêve d’aller jusqu’à Kiev et de mettre en place un régime aux ordres de Moscou s’est évanoui et, du fait des difficultés de l’armée russe sur le terrain, on imagine mal de nouvelles avancées. L’armée russe peut peut-être tenir les territoires qu’elle a déjà conquis, mais elles auront bien du mal à pénétrer davantage en territoire ukrainien. Tenir le Donbass pourrait-il constituer une victoire pour Moscou, au risque de devoir supporter plus longtemps le coût de la guerre ? L’impopularité du régime russe pourrait être croissante à mesure que le coût humain de la guerre devient important. C’est d’ailleurs pour cela que Vladimir Poutine ne veut déclarer ni la guerre ni la mobilisation générale, craignant la réaction de la population. En effet, bien que les libertés aient été d’autant plus étouffées depuis le début de la guerre en Russie, la population pourrait commencer à s’opposer au régime si trop de fils et de maris perdaient la vie dans cette guerre .

Pour Vladimir Poutine, l’objectif est de maintenir sa position actuelle, mais encore faudrait-il que les Ukrainiens acceptent ce statu quo. Ce n’est évidemment pas le cas puisque l’Ukraine a déclaré avec vigueur, y compris par la voix du président Zelensky, qu’elle combattrait jusqu’à la victoire. De même, les pays occidentaux ont déclaré les uns après les autres leur détermination à soutenir l’Ukraine tout le temps qu’il faudra.

Côté ukrainien, quelle situation pourrait être considérée comme une victoire ? Difficile à dire puisque les objectifs de Kiev ont évolué depuis le début du conflit. Dans un premier temps,  la victoire signifiait reprendre les territoires perdus depuis le 24 février. Fin août, Volodymyr Zelensky affirmait que la victoire passerait notamment par la reconquête de la Crimée annexée en 2014 par Moscou, ainsi que les Républiques autoproclamées de Donetsk de Lougansk. Cette perspective pose plusieurs problèmes. Qu’en est-il de la faisabilité d’une telle opération ? L’armée ukrainienne est-elle en capacité de reconquérir ces territoires sans une intervention plus directe des pays occidentaux ? Ensuite, même si l’annexion de la Crimée fut illégale du point de vue du droit international, la population de cette région se sent majoritairement russe et ne veut pas redevenir ukrainienne. Cette reconquête se ferait donc contre l’assentiment de la majorité de la population. De même, chercher à reconquérir la Crimée risquerait de pousser à l’intensification du conflit. Il est en effet difficilement envisageable que Vladimir Poutine accepte de perdre  la Crimée sans réagir vivement.

En ce sens, les pays occidentaux, qui assurent vouloir soutenir l’Ukraine jusqu’au bout, ne devraient-ils pas discuter avec Zelensky des objectifs de la guerre et de ce qui pourrait constituer une victoire ukrainienne ? Ne faudrait-il pas exprimer notre soutien en ce qui concerne la reconquête des territoires perdus depuis le 24 février, mais pas concernant la Crimée ? D’ailleurs, au tout début de la guerre, un compromis qui semblait envisageable et avoir était accepté par les Ukrainiens était de distinguer et de repousser les négociations sur le statut final de la Crimée pour se concentrer sur la récupération des territoires conquis depuis le déclenchement de la guerre.

Sans l’aide occidentale, l’Ukraine aurait certainement déjà perdu cette guerre. Cette aide lui est nécessaire pour résister et reconquérir les territoires perdus depuis le 24 février. L’aide apportée devrait donner quelques moyens de levier aux pays occidentaux pour discuter de ce que pourrait être la victoire finale et éviter de s’enfoncer dans une guerre interminable qui pourrait s’intensifier et complètement dégénérer.

Les pays occidentaux doivent être solidaires de l’Ukraine, mais cette solidarité ne doit pas empêcher une négociation avec Kiev. L’Ukraine n’a pas à déterminer l’agenda stratégique des pays occidentaux. Il ne faudrait pas tomber dans une sorte de solidarité passive et laisser Volodymyr Zelensky décider seul de l’avenir de la guerre, sans que les pays qui le soutiennent aient leur mot à dire.

 

Visite d’Emmanuel Macron en Algérie : entre enjeux mémoriel, énergétique et stratégique

Wed, 31/08/2022 - 15:26

Le président français, Emmanuel Macron, vient de se rendre en Algérie pour une visite de trois jours. Le choix de l’Algérie comme première destination du second mandat du président de la République française traduit l’importance d’une telle rencontre dans un contexte marqué par le retour de la diplomatie algérienne sur la scène régionale, la dégradation des relations bilatérales entre l’Algérie et la France et la crise énergétique mondiale causée par la guerre en Ukraine. C’est aussi un moment symbolique, car l’Algérie a fêté en juillet son soixantième anniversaire d’indépendance. Paris vise à rétablir la confiance entre les deux pays après plusieurs mois de frictions qui ont refroidi leurs liens et relancer la coopération bilatérale.

En effet, les relations entre Alger et Paris ont été ébranlées à la suite des révélations dans le journal Le Monde des propos du président français qualifiant le régime algérien de « politico-militaire » et l’accusant d’entretenir « une rente mémorielle » pour maintenir sa légitimité. Ces propos ont heurté les dirigeants algériens et ont débouché sur un grave incident diplomatique : Alger a rappelé son ambassadeur à Paris et fermé son espace aérien à l’armée française qui le survole vers le Mali dans le cadre de l’opération Barkhane.

Décryptage des enjeux de cette visite.

Accompagné d’une délégation de 90 personnalités issues des mondes économique, politique, académique et culturel, la visite d’Emmanuel Macron a été qualifiée d’« officielle » et « d’amitié », et présentée par l’Élysée comme une occasion de déminer le terrain notamment sur la question mémorielle. Elle constitue une étape indispensable pour dépassionner la relation entre l’Algérie et la France et sortir de l’engrenage des tensions chroniques sur le passé colonial qui envenime les rapports entre les deux États. Une commission mixte composée d’historiens algériens et français sera mise en place dans le but de travailler sur l’histoire coloniale « avec lucidité », comme l’a annoncé le président français depuis Alger. Cette commission fait suite à la feuille de route tracée par le rapport Stora et une série de gestes du président français, comme la restitution des crânes de combattants algériens et la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans l’assassinat du mathématicien Maurice Audin et de l’avocat Ali Boumendjel, deux militants pour l’indépendance de l’Algérie.

Le courant semble être bien passé entre les deux présidents, qui ont affiché leur volonté d’améliorer les relations entre les deux pays et de poser les jalons d’une nouvelle forme de coopération basée sur le respect et l’intérêt mutuels. Souvent sujet de crispation, la question de mobilité des personnes était aussi au cœur des discussions entre les deux gouvernements. La France avait réduit de moitié le nombre de visas délivrés aux Algériens en réaction au contentieux sur la délivrance de laissez-passer par les services consulaires algériens à leurs ressortissants expulsés par les autorités françaises. L’Élysée a annoncé ainsi accueillir 8 000 étudiants de plus chaque année et faciliter l’octroi des visas pour les artistes et autres catégories de professionnels. Cette démarche s’inscrit dans la perspective de l’immigration choisie, visant à promouvoir les échanges dans les domaines de la recherche, de la culture et surtout de l’économie. Car si cela a été peu évoqué dans le discours d’Emmanuel Macron, cette visite était loin d’être désintéressée dans le cadre de la coopération économique, notamment dans le domaine énergétique. Guerre en Ukraine et embargo russe obligent.

Le gaz algérien représente en effet un enjeu majeur pour l’Union européenne (UE) en général. Depuis le début de la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine provoquée par la Russie, l’UE se tourne vers l’Algérie, dans le top dix des plus grands producteurs de gaz au monde, afin de réduire sa dépendance au gaz russe. Si la France est moins dépendante au gaz russe que ne le sont ses partenaires européens, elle n’est pas moins intéressée par le gaz algérien pour de multiples raisons. D’abord, un nouvel accord sur l’augmentation de l’importation du gaz algérien permettra de maintenir des prix préférentiels et de sécuriser l’approvisionnement du produit en diversifiant les sources, en plus du gaz norvégien. De plus, derrière la coopération énergétique, il existe un marché colossal à conquérir pour les entreprises françaises. Alger compte d’ailleurs accroître sa production en gaz en vue de répondre à la demande européenne. Troisième fournisseur en gaz de l’Europe après la Russie et la Norvège, l’Algérie est devenue aujourd’hui le premier fournisseur de certains pays comme l’Italie.

Trois gazoducs relient l’Algérie à l’Europe : le gazoduc Maghreb-Europe (GME) traverse le Maroc, le Medgaz traverse directement la Méditerranée vers l’Espagne, et le gazoduc Enrico Mattei (Transmed) passe par la Tunisie vers l’Italie. En raison des tensions relatives au dossier du Sahara occidental, Alger a fermé le GME depuis la fin du contrat le 31 octobre 2021. La coopération entre Alger et Madrid souffre également depuis le dérapage du Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, sur la question du Sahara occidental qui a provoqué un grave incident diplomatique entre les deux États. Alger a suspendu le traité « d’amitié, de bon voisinage et de coopération », signé en 2002. C’est donc vers l’Italie que l’Algérie se tourne pour accroître ses exportations vers l’Europe. La coopération entre la compagnie algérienne Sonatrach et l’italienne Eni vise à augmenter le volume des exportations du gaz algérien de 9 milliards m3/an à partir de 2023. L’Italie souhaite ainsi devenir un hub gazier pour l’Europe, d’autant que ce gazoduc peut transporter jusqu’à 33,15 milliards de m3 par an, quatre fois plus le Medgaz qui relie l’Algérie à l’Espagne.

La volonté d’Alger d’augmenter ses capacités de production en gaz offre des opportunités inestimables aux compagnies étrangères en quête de coopération avec le géant énergétique algérien dans les domaines du forage, de l’exploitation et de la construction d’infrastructures. D’autant que l’Algérie a signé avec le Nigeria et le Niger un mémorandum pour le gazoduc transsaharien : un méga projet qui vise à acheminer le gaz nigérien, premières réserves en Afrique, vers l’Algérie afin de le redistribuer à l’Europe via Transmed.

Malgré les frictions, l’Algérie reste un partenaire économique important pour la France, avec environ 7 milliards d’euros d’échanges commerciaux en 2020, en pleine crise sanitaire, et 450 entreprises françaises implantées sur le territoire algérien. Les investissements français en Algérie concernent principalement les activités financières et d’assurance (36 %) et l’industrie manufacturière (29 %) partagée entre les secteurs de l’automobile, pharmaceutique et agroalimentaire. Pourtant, la position de la France souffre beaucoup ces dix dernières années face à la concurrence des autres puissances régionales et internationales, principalement la Chine et la Turquie, qui ne cessent d’augmenter leur part de marché en Algérie, dans les secteurs du BTP, du textile, et le secteur militaire qui reste dominé par la Russie qui fournit 67 % de l’armement algérien, loin devant la Chine qui détient 13 % des parts de marché.

La rencontre entre Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron a abouti à la signature d’une déclaration commune de coopération qui couvre différents secteurs. Cela traduit leur volonté d’approfondir la coopération entre les deux pays, élargie à tous les domaines. En revanche, le volet défense et sécurité comporte les dossiers les plus sensibles de cette rencontre. Ainsi, une réunion s’est tenue entre les deux chefs d’État en présence des chefs d’état-major et des responsables de la sécurité intérieure et extérieure des deux pays pour traiter de la sécurité au niveau régional, notamment au Sahel. Une telle réunion, inédite dans l’histoire des relations entre les deux pays, vise à renforcer les relations bilatérales dans le domaine sécuritaire.

Alger et Paris ambitionnent ainsi de promouvoir leur coopération stratégique dans une région très instable et un environnement géopolitique tendu, marquée par : le retrait de l’armée française au Mali, précipité par la dégradation des relations entre Bamako et Paris ;  le redéploiement de l’opération Barkhane au Niger et au Tchad ; le conflit en Libye ; l’escalade des tensions entre Alger et Rabat exacerbées par la normalisation entre le Maroc et Israël qui signent un partenariat stratégique inédit entre les deux États. Mise en difficulté par la présence russe au Mali, notamment via la présence des mercenaires de Wagner, la France cherche l’appui de l’Algérie pour maintenir son influence dans le pays et au Sahel. Deuxième force militaire en Afrique, l’Algérie est aussi chef de file de la médiation au Mali et préside le comité de suivi de l’accord de paix signé en 2015. L’Algérie s’impose donc aujourd’hui comme un acteur incontournable dans la région. Bien que proche de Moscou, Alger ne voit pas d’un bon œil l’ingérence étrangère chez ses voisins directs, encore moins des groupes privés comme Wagner.

Toutefois, la volonté de construire un partenariat stratégique risque de faire face à une réalité complexe via des intérêts qui ne sont pas toujours convergents. Il importe en effet de souligner qu’Alger rechigne à toute intervention militaire au Sahel. C’était déjà le cas lors de l’engagement de l’opération Serval en 2013. En effet, Alger a toujours privilégié une solution politique basée sur le dialogue. Malgré la réforme constitutionnelle permettant au président algérien d’envoyer son armée hors des frontières, il est très peu probable que le pays accepte d’intervenir militairement au Mali ou au Sahel. Par contre, une coopération avec Paris pourrait inciter Alger à redynamiser le Comité d’état-major opérationnel conjoint, créé sous l’égide de l’Algérie en 2010 avec le Mali, la Mauritanie et le Niger. Cette structure était relativement peu efficace et concurrencée par d’autres initiatives comme le G5-Sahel. Mais elle peut, toutefois, jouer un rôle dans le contexte actuel, d’autant que le Mali ne fait plus partie du G5-Sahel.

L’autre sujet de sensible concerne le conflit du Sahara occidental. Alger pourrait être amené à demander à Paris de clarifier sa position sur ce dossier et d’exiger au moins la neutralité. En revanche, si le rapprochement de Rabat avec l’axe Washington/Tel-Aviv n’est pas non plus du goût de Paris, cette dernière ne prendra pas le risque de fâcher le Royaume chérifien, allié traditionnel et premier client en Afrique de l’armement français, même si ses importations ont baissé récemment en faveur de Washington. Les positions algérienne et française sur le dossier libyen ne sont pas non plus sur la même ligne : Paris soutient activement le Maréchal Haftar, l’homme fort de l’Est ; tandis qu’Alger promeut une posture de neutralité, voire orientée en faveur du gouvernement à Tripoli, dans le respect de la légalité internationale. Enfin, Alger tient à sa diplomatie d’équilibre et entretient des partenariats solides avec d’autres puissances comme la Chine, la Russie, les États-Unis et la Turquie, qui restent des concurrents aux yeux de Paris. D’ailleurs, la Russie participera à des manœuvres militaires conjointes avec l’Algérie en novembre, sur la base militaire Hammaguir près des frontières marocaines, axées sur la lutte contre les groupes armés.

En somme, le contexte est bien propice pour que la France et l’Algérie consolident leur coopération. Un contexte marqué notamment par le retour de la diplomatie algérienne et l’instabilité au Sahel et au Maghreb qui pousse Paris à renouer la relation avec Alger. Mais le terrain reste miné et semé d’embuches.

Nancy Pelosi à Taïwan : triomphe médiatique, échec géopolitique

Wed, 03/08/2022 - 20:30

La visite de Nancy Pelosi, speaker la chambre des Représentants des États-Unis, à Taïwan a bénéficié d’une couverture médiatique de grande ampleur. S’il constitue un coup médiatique pour Madame Pelosi, ce n’est certainement pas un succès géopolitique pour Washington, puisque cette visite provoque une crispation de la Chine à l’heure où la tension internationale est déjà à son comble. Analyse.

Visite du président E. Macron au Cameroun : quels enjeux ?

Thu, 28/07/2022 - 13:16

Dans le cadre de la tournée africaine du président français Emmanuel Macron – au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau – Caroline Roussy, directrice de recherche à l’IRIS, responsable du programme Afrique/s, interroge Dr Christian Pout, Ministre Plénipotentiaire, président du Think Tank camerounais CEIDES.

Dans la séquence de décryptage de l’organisation de la tournée d’Emmanuel Macron en Afrique, on a pu lire, par exemple, que le président français souhaitait bloquer l’influence de la Russie en Afrique ou qu’il sacrifiait la démocratie. Comment depuis Yaoundé lisez-vous ces analyses ?

Les moments de mésententes et d’incompréhensions du contexte camerounais qui ont marqué les relations franco-camerounaises ces dernières années ont largement influencé les lectures de quelques analystes, notamment, sur les réseaux socio-numériques, au point de réduire leurs capacités à rendre compte convenablement des réalités. Au regard de l’importance que peut représenter la visite officielle d’un Chef d’État qui préside aux destinées d’une grande puissance occidentale dans un pays africain, il est tout à fait compréhensible que des rapprochements se fassent avec le contexte international. Le Cameroun entretient des relations multidimensionnelles, anciennes, privilégiées et conviviales avec la Russie, qui ont d’ailleurs connu une consolidation avec le renouvellement de l’Accord de défense liant les deux pays en avril 2022, et la volonté manifestée par la Russie d’accompagner le Cameroun dans la réhabilitation de la Société nationale de raffinage (SONARA), victime d’un incendie le 31 mai 2019. Malgré les impacts de la crise russo-ukrainienne sur le Cameroun, les relations bilatérales entre la Russie et le Cameroun n’ont pas connu de perturbations notables. En rapprochant la constance de ces rapports avec la percée de la Russie, ou plutôt son repositionnement dans les États africains, en particulier dans des pays considérés par le passé comme « le précarré français », à l’exemple de la République centrafricaine, on parvient à déceler l’origine des réserves émises sur la visite du Président Macron. En ce qui me concerne, ces réserves ne font pas honneur à la profondeur des relations franco-camerounaises, et surtout, à l’intensité des échanges économiques, culturels, sociaux, intellectuels, voire même politiques, en termes de coopération décentralisée. C’est à vrai dire ces derniers aspects qui sont au cœur de la visite du Président Macron au Cameroun.

Vu du Cameroun quels sont les enjeux ? Qu’est-ce qui resurgit dans la presse ? Est-ce qu’il y a des attentes précises ?

Le Cameroun est engagé dans l’implémentation de son ambitieux programme de développement, tel qu’énoncé dans sa Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND 30). En évaluant ses capacités et ses besoins, il a depuis longtemps fait le choix d’accorder une place de choix à tout partenaire disposé à l’accompagner de bonne foi et dans le strict respect de sa souveraineté, dans la réalisation de ses objectifs stratégiques en matière de développement. Les répercussions de la pandémie de Covid-19, la morosité économique, les secousses provoquées par la crise russo-ukrainienne et d’autres difficultés conjoncturelles internes confortent la pertinence de cette ouverture aux partenariats extérieurs. Il m’apparaît donc que les enjeux de la visite du Président Macron sont multiples et tout au moins justifiés. Ceux-ci concernent bien sûr la redynamisation des rapports entre la France et le Cameroun, après quelques sons de cloches discordants. Mais aussi, plus traditionnellement, la revue des actions de la France au Cameroun, de l’assistance technique, des relations économiques et commerciales. Sur ce dernier point, il est important de noter que la chaine de centres commerciaux Casino a inauguré il y’a quelques jours au Cameroun l’une des plus grandes surfaces commerciales d’Afrique centrale. C’est donc dire l’intérêt pour la France d’aborder les sujets économiques avec les plus hautes autorités camerounaises. La présence d’hommes d’affaires français dans la délégation officielle témoigne aussi de l’importance de ces enjeux. Concernant les volets politiques et stratégiques, j’aimerais rappeler qu’au cours des dernières décennies, les contacts entre la France et le Cameroun ont particulièrement porté sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Le Cameroun s’efforce en effet de juguler sur son territoire la violence meurtrière orchestrée par des groupes irrédentistes dans les régions anglophones et par la secte Boko Haram dans l’Extrême-Nord. A cet effet, l’appui d’un pays ami comme la France continue d’être apprécié, d’autant plus qu’il est aujourd’hui prouvé que certains financiers de ces groupes opèrent depuis l’étranger.

C’est aussi, entre autres, l’une des interpellations qui revient au sein de l’opinion publique camerounaise, à savoir que les puissances qui disent compatir aux pertes en vie humaine et aux dégâts matériels générés par ces groupes armés consentent à extrader, à défaut de poursuivre sur leur sol, les citoyens d’origine camerounaise qui financent lesdits groupes pour la logistique, l’achat des armes et autres matériels militaires.

Il est évident que le peuple camerounais a souvent été heurté par les propos désobligeants tenus en France, sur incitation d’activistes, contre le Chef de l’État, Paul Biya.  En Afrique, le respect dû aux hauts responsables et aux personnes qui ont atteint un âge respectable est de rigueur. Les attentes populaires concerneront donc aussi le changement de ce qui s’apparente à une tolérance excessive et soupçonnée complice du Cameroun bashing.

Sous d’autres aspects, les retours qui nous reviennent des attentes de la jeunesse touchent à la saisine des meilleures opportunités d’insertion, de financement de projets et de formation au sein d’institutions de référence française disposant d’une expertise qui n’est pas encore pour l’instant totalement acquise au Cameroun. Cette jeunesse est aussi très impatiente de profiter des possibilités offertes par la décentralisation et espère tirer profit de l’expérience française pour mieux s’impliquer dans la gestion des affaires publiques.

En tant que président du CEIDES, quels sont les enjeux pour les trois pays hôtes (Cameroun, Bénin, Guinée-Bissau) ? Pour l’Afrique ?

La tournée subsaharienne du Président Macron suscite davantage d’intérêt dans la mesure où elle se positionne comme une manifestation profonde des réajustements opérés dans la politique extérieure africaine de la France. Le deuxième mandat récemment entamé par Emmanuel Macron semble vouloir surpasser le précédent en accordant aux partenaires africains, notamment aux pays-pivot des espaces régionaux comme le Cameroun, une place plus respectueuse de leur importance réelle. Les trois pays que vous évoquez ont en commun leur ferme détermination à capitaliser leurs atouts, à l’exemples de leurs richesses naturelles et humaines, pour atteindre les objectifs de développement qu’ils se sont fixés, et ainsi, améliorer le bien-être de leur population. Les enjeux prennent donc une forte coloration économique, sociale et beaucoup moins politiques, puisqu’il s’agit de pays globalement stables, bien que les préoccupations sécuritaires restent au centre des débats avec ces pays. Pour le Cameroun et le Bénin en particulier, les enjeux sont aussi ceux de trouver des solutions consensuelles pour rapidement restituer à ces pays leurs biens culturels, un engagement pris par le Président Macron et qui avait été unanimement salué.

Je conclurais en disant que les autres États africains observent attentivement le déploiement des actions stratégiques retenues par la France dans l’entretien des rapports dont elle a appelé à renouveler les bases. La manière avec laquelle les autorités françaises aborderont le nouveau partenariat avec l’Afrique influencera assurément dans un sens positif ou négatif – on le souhaite moins – la montée de plus en plus visible d’un sentiment anti-français. Cela est d’autant plus crucial que la crise qui oppose la Russie et l’Ukraine tend à s’enliser, et à pousser les États africains à redéfinir leurs positions, de même qu’à revoir leurs relations avec certains partenaires.

Guerre en Ukraine : débat, propagande et manipulations

Wed, 27/07/2022 - 16:34

En réponse à la publication de ma vidéo, jeudi dernier, sur les sanctions décrétées par les Occidentaux à l’encontre de la Russie, certaines personnes m’ont accusé à tort d’être un porte-parole de la propagande prorusse. Je le répète encore une fois, les sanctions, surtout si elles sont purement occidentales, ne sont pas suffisantes pour modifier le cours d’une politique. C’est un constat et cela ne pardonne en rien l’action militaire russe en Ukraine. Cette guerre est illégale et immorale et ces accusations ne correspondent en rien à ce que j’ai pu déclarer ou écrire. Cela montre bien qu’il faut continuer à réfléchir dans la complexité et non dans la complaisance, l’émotion ne doit pas nous faire perdre la raison…Réflexions et Analyse.

Chute du gouvernement et élections anticipées : où va l’Italie ?

Mon, 25/07/2022 - 20:40

Contre toute attente, Mario Draghi a remis sa démission. L’Italie entre donc en campagne électorale huit mois avant l’échéance prévue, pour un vote en septembre : une première dans l’histoire de la République italienne. L’heure est à une campagne électorale insolite, d’été, qui pourrait changer un pays en pleine transformation politique.

Une crise ouverte par le Mouvement Cinq Étoiles et conclue par la droite

Mario Draghi l’avait dit dès son investiture : il travaillera pour l’Italie tant qu’il aura le soutien de tous les principaux partis politiques. Si l’un d’entre eux décidait de le désavouer, il partirait. Ce scénario a pris forme lors des dernières semaines, quand les rapports entre l’ex-président de la Banque centrale européenne et le Mouvement Cinq Étoiles se sont détériorés. Mario Draghi campa sur ses positions et proposa un nouveau plan de réformes économiques contenant la construction d’un incinérateur de déchets dans le Latium : une sorte de provocation envers les Cinq Étoiles qui ont toujours refusé en bloc ce projet. Ce défi lancé par Mario Draghi à ses opposants a d’ailleurs été perçu par certains comme une demande indirecte des pleins pouvoirs, où le compromis ne serait pas accepté. Nous connaissons l’épilogue de cette situation : le refus d’adhérer au projet de la part du Movimento Cinque Stelle. Une contestation suivie par la Ligue et Forza Italia de Silvio Berlusconi. Le Président de la République Sergio Mattarella n’a pas eu d’autre choix que d’accepter la démission de Mario Draghi qui a eu l’honnêteté de respecter la règle qu’il s’était fixée. C’est l’un des points cruciaux à noter de cette crise : l’opposition entre les intérêts politiques des professionnels du métier et Mario Draghi, Statista (homme d’État) qui a toujours insisté sur le fait qu’il ne souhaitait que rendre service à son pays.

Morcellement des partis et recomposition totale du panorama politique

La chute du gouvernement provoque des remous dans tous les partis, surtout ceux qui ont participé à sa fin. Le Mouvement Cinq Étoiles va très certainement perdre des éléments lors des prochaines semaines. C’est déjà le cas pour Forza Italia : le choix de Silvio Berlusconi de suivre les partis d’extrême droite (la Lega et Fratelli d’Italia, qui était déjà à l’opposition) n’a pas été compris par plusieurs dirigeants du parti. Ainsi, Mara Carfagna et Renato Brunetta (respectivement ministre pour le Sud et de l’administration publique) quittent le navire. Le choix de Silvio Berlusconi est stratégique, le Cavaliere veut revenir sur le devant de la scène, malgré ses 85 ans. Un accord entre les partis de droite aurait d’ailleurs été trouvé : en cas de victoire aux élections, Monsieur Berlusconi serait nommé président du Sénat. Un rôle de premier plan pour l’ancien président du Conseil, qui l’a certainement convaincu de suivre la mouvance dissidente. Un pari qui est tout de même risqué, car Forza Italia ne pèse plus que 5-7% des suffrages, et peut-être moins depuis le départ de ses principaux représentants. Une possible disparition du parti n’est pas à exclure en cas de défaite aux prochaines élections.

La Ligue devra également affronter une période de perturbations, déjà amorcée il y a plusieurs mois. Le parti a deux courants de plus en plus distants : celui souverainiste et populiste de Matteo Salvini et celui plus régionaliste et d’économie de marché de Giancarlo Giorgetti. Les experts politiques attendent les déclarations des autres hommes forts de la Ligue pour savoir si une crise interne sera ouverte ou si Matteo Salvini sera finalement suivie. Luca Zaia (président de la Vénétie) et Massimiliano Fedriga (président du Frioul-Vénétie Julienne) ont donc un rôle à jouer, mais il est possible qu’aucune position ne soit prise de la part des dirigeants leghisti, les deux hommes n’ayant pas vocation à une carrière politique nationale.

Le morcellement des partis avait déjà été engagé lors de cette législature, avec une multiplication des partis. Un paysage politique éclaté, mais qui aura besoin de de compacter autour de pôles forts si un groupe veut espérer obtenir une majorité (même relative).

Trois grandes forces à venir ?

Dans ce contexte, nous pouvons voir trois groupes potentiels sur la base de partis “agglutinants” comme les définit le journaliste Simone Spetia (Radio 24 Ore). Le contexte électoral impose ces coalitions plus larges : suite à la dernière réforme électorale, le nombre de parlementaires passera de 945 à 600. Les circonscriptions seront donc élargies territorialement, il faudra donc prendre en compte certaines disparités et trouver les bons alliés pour gagner dans des territoires parfois plus hétéroclites qu’avant.

Le Parti démocrate, déjà fort dans les sondages, sera à la tête d’une alliance de gauche. Le secrétaire du PD, Enrico Letta, cherche des partenaires pour une coalition plus large. Difficile pour autant d’en trouver, car même un accord avec le Mouvement Cinq Étoiles semble compromis, suite à la chute du gouvernement. Une entente difficile mais pas impossible, les primaires pour les élections régionales en Sicile (prévu cette année) seront communes aux deux entités politiques. Un modèle régional qui pourrait devenir national.

Au centre, le maillage politique de partis de petite taille est tel qu’il semble complexe d’obtenir un consensus de tous. Au moins six partis sont dans cette strate dite modérée. Certains ont déjà annoncé qu’ils ne souhaitent pas collaborer avec les autres, comme Carlo Calenda et son parti Azione. Un centre avec un réel potentiel, mais pour qui l’union semble utopique. Reste également l’inconnu Insieme per il futuro (Ensemble pour le futur), le parti scissionniste de Luigi di Maio (ministre des Affaires étrangères) qui a quitté le Movimento Cinque Stelle avec une cinquantaine de parlementaires. Monsieur di Maio devra affronter pour la première fois les urnes, et l’histoire ne va pas dans son sens : lors des dernières années, peu de nouvelles forces politiques qui ont quitté leur parti ont réussi à se faire une place dans les hémicycles.

Enfin, la droite ‒ ou plutôt l’extrême droite ‒ semble plus en avance que ses concurrents en ce qui concerne la cohésion, mais il reste à choisir le leader de ce groupe. Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) semble la personne la plus légitime car son parti est le premier dans les sondages, mais ses discours, considérés par de nombreux observateurs comme fascisants, pourraient faire fuir l’électorat de la droite modérée. Antonio Tajani (Forza Italia) s’est montré peu enclin à une nomination immédiate de madame Meloni, de peur de perdre définitivement un centre-droit qui regarde de plus en plus Matteo Renzi et son parti Italia Viva.

Victoire des souverainistes en septembre ?

Les sondages indiquent Madame Meloni en tête. Avec la Lega et Forza Italia, l’alliance de droite pourrait atteindre 45% des suffrages, de quoi mettre cette coalition en première position, sans pour autant obtenir une majorité absolue. La nomination de Giorgia Meloni au Palazzo Chigi serait donc logique, bien que l’on imagine difficilement les autres partis voter en faveur d’une loi proposée par les Frères d’Italie.

L’alternative serait de trouver une personne plus neutre qui puisse satisfaire la majorité des groupes politiques, mais les expériences Mario Monti, Giuseppe Conte et Mario Draghi ne confortent pas cette option. Un nouveau casse-tête pour le Président Mattarella qui devra trouver une solution qui puisse contenter une extrême droite forte, tout en étant accepté par l’aile modérée. Une situation qui ne semble pas avoir d’issue et qui pourrait annoncer cinq nouvelles années d’instabilité pour l’Italie. Nous pouvons nous attendre à une réforme électorale lors de la prochaine législature, afin de ne plus laisser le pays dans l’impasse, à moins qu’une alliance inattendue (et rocambolesque) naisse de cette prochaine élection. Dans tous les cas, les objectifs des partis (et personnels) semblent prévaloir sur les intérêts du pays, quitte à le maintenir dans une crise politique constante, laissant une sensation d’amateurisme pour les Italiens et pour les partenaires politiques et commerciaux.

Difficile de prédire le futur politique italien. Comme l’a dit le journaliste Paolo Mieli : “[…] quand les affaires de l’État sont entre les mains de dilettants, tout est possible”.

Sanctions occidentales : l’impasse ?

Mon, 25/07/2022 - 11:02

Six mois après le début de la guerre, Moscou a échoué à conquérir Kiev et une grande partie de l’Ukraine. La Russie maîtrise tout de même 20% du territoire. À l’heure où les pays occidentaux ont pris des sanctions extrêmement lourdes et sévères contre la Russie, il semble difficile à court terme d’imaginer que Vladimir Poutine puisse plier face à celles-ci et que l’armée russe soit délogée du territoire ukrainien, à tel point que l’on peut se demander si les Occidentaux ne subiraient pas eux-mêmes, par contrecoup, les sanctions qu’ils ont décrétées. Comment expliquer cette réaction ?

Si l’Occident ne souhaite pas recourir à la guerre, il ne peut agir auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies puisque la Russie, en tant que membre permanent, poserait son véto. Face à une très forte demande de riposte de la part de l’opinion, la mise en place de sanctions permet à l’Occident d’afficher un désaccord avec l’action politique de la Russie tout en évitant une déclaration de guerre. Il s’agit d’une sorte de réflexe occidental puisque de nombreuses sanctions ont déjà été établies suite à d’importants désaccords politiques avec un pays.

L’histoire a pourtant démontré que les sanctions n’ont pas toujours été efficaces, voire qu’elles ne l’ont jamais été. Les États-Unis ont pris de très lourdes sanctions à l’égard de Cuba au point de soumettre l’île à un quasi-embargo. Pourtant, le régime fondé par Fidel Castro est toujours en place, même après le décès de ce dernier. Des sanctions extrêmement sévères ont également été prises à l’encontre de Saddam Hussein, elles ont avant tout fait souffrir la population irakienne (500 000 victimes entre 1991 et 2003) sans pour autant empêcher la guerre afin de renverser Saddam Hussein. Les sanctions prises contre le régime syrien suite à la répression de la révolution démocratique n’ont pas fait tomber Bachar Al-Assad. Les sanctions accumulées contre Téhéran depuis 1979 n’ont pas empêché les Ayatollahs de se maintenir fermement au pouvoir. Comment espérer dès lors qu’un pays aussi grand et puissant que la Russie, avec un dirigeant aussi déterminé que Vladimir Poutine, puisse céder ?

Les sanctions semblent parfois prises afin de réagir et de ne pas avouer une certaine impuissance sans pour autant être réellement efficaces et parvenir au but qu’elles sont censées servir, à savoir modifier le comportement politique d’un adversaire. Les seules sanctions qui ont réellement fonctionné sont celles prises à l’égard de l’Afrique du Sud qui ont conduit le pouvoir blanc à démanteler l’apartheid. Cependant, ces sanctions avaient été prises à l’échelle mondiale, les autres sont seulement des sanctions occidentales. Il est donc possible pour Moscou de les contourner et d’y échapper en s’adressant à des partenaires, de façon ouverte ou clandestine, qui n’adhèrent pas à ces sanctions.

Ces sanctions ont posé problème puisqu’elles ont été décrétées entre Occidentaux, sans concertation préalable avec le reste du monde, qui les ont rejetées par refus de suivre docilement aveuglément les pays occidentaux comme ils avaient pu le faire par le passé. De fait, si auparavant les États-Unis décidaient de sanctions contre un pays, les pays latino-américains les suivaient, comme les pays africains suivaient la France. Or, à présent, les pays occidentaux n’ont plus la même mainmise sur les autres pays. Ils ne dominent plus le monde et si nous continuons à agir comme auparavant, nous allons échouer. Les alliés des États-Unis au Proche-Orient suivent leur voie propre.

Les sanctions ne produisent plus le résultat escompté et risquent de faire apparaître non seulement un relatif isolement du monde occidental, mais également une relative impuissance de ce dernier. Il est donc nécessaire d’adapter la politique occidentale à la nouvelle donne géopolitique plutôt que de fixer l’agenda et d’espérer que d’autres pays le suivent aveuglement. Il convient de négocier et de convaincre que les agissements de Moscou sont inacceptables et qu’ils peuvent les mettre en danger eux-mêmes dans le respect de leur propre intégrité territoriale.

En se fixant des objectifs non réalisables, en ne respectant pas ses propres principes et en agissant comme s’il détenait toujours le monopole de la puissance, le monde occidental s’affaiblit. S’il souhaite se défendre, mais également conserver une certaine aura et des capacités de manœuvre, le monde occidental doit faire preuve de cohérence et adopter un leadership par la négociation et l’influence. Adopter un discours critique ne revient pas à tenir un discours anti-occidental, mais au contraire un discours occidental cohérent.

Impact of Congressional Mid-Terms on US Foreign Policy

Mon, 25/07/2022 - 10:50

 

On November 8, American voters will go to the polls in what are termed “mid-term” congressional elections.  The seats of all the members of the House of Representatives and of a third of senators are at stake. While US presidents traditionally play a predominant role in the making of foreign policy, Congress is also an essential actor.  The results of the November elections could therefore have major impacts on President Biden’s foreign policy initiatives in the last two years of his term.

Democrats in Congress face real headwinds this year, and the president’s majority in both the House and Senate is clearly at risk. Some 74% of Americans believe the country is headed in the wrong direction, the worst numbers in years, and approval ratings for Biden are at Trumpian lows.  Inflation, and in particular high gas prices, rising crime, and concerns about the economy are top of mind for US voters. Although current overall generic polling puts republicans only slightly ahead of democrats – 44.3% to 42.5% – the electoral map doesn’t favor democrats in many parts of the country.  The Senate, where the democrats’ majority is already razor-thin, is at risk, and many analysts believe the republicans have a strong chance of winning the House.

The stakes are high. Congress’s most potent tool is the power of the purse. Without congressional appropriations, there is no federal spending on arms for Ukraine, COVID vaccinations in the developing world, or a beefed-up US military presence in the South China Sea. Congress, of course, also has the upper hand on any foreign policy initiatives that might require legislation, for example new types of sanctions on Russian President Putin and his government and military. The Senate must agree to most senior Biden Administration personnel appointments and must give its agreement to formal treaty arrangements. Chairmanship of key committees, especially the Senate Foreign Relations Committee (SFRC), give the majority party an influential bully pulpit.

Assuming the republicans manage to take one or both houses of Congress, what are the prospects for coherent, effective foreign policy for the rest of Biden’s mandate?  In short, a republican Congress will make things difficult for Biden, but there are areas of possible bipartisan collaboration. The prospects for such collaboration, however, will likely dim as presidential elections in 2024 approach.

There is some good news for the President, at least in the short term. Viewpoints on the most urgent national security matter facing the United States – the war in Ukraine and Russian aggression more globally – have generally been consistent across party lines in the months since the latest Russian invasion of Ukraine. Biden’s approach has been simple: strongly support Ukraine diplomatically, use sanctions and boycotts to make life as difficult as possible for Putin, give Ukraine enough weapons to keep it in the fight, and avoid provoking the Russians into World War III.  There has been carping from congressional republicans, but few have called the overall strategy into question.  Unfortunately for Biden, there is no guarantee the republicans will continue to support, tacitly, this position.  “America First,” far right republicans opposed to an interventionist foreign policy generally or republican presidential candidates seeking to undermine Biden on issues like inflation resulting from the war may become increasingly vocal as the United States nears presidential elections in November of 2024. As an example of the dangers Biden faces in the new Congress, only ten House republicans voted recently for a bill to facilitate military assistance to Ukraine; a republican majority might be enough to sink such legislation in the future. Biden will have to work hard to convince mainstream republican members of Congress, and the American people, that continued support for Ukraine is worth the costs.

Republican support for NATO is another potential bright spot, although that support is increasingly soft.  The Biden Administration clearly sees the Transatlantic Alliance as a key bulwark against Russian expansionism in Ukraine and beyond, and a major objective for Biden even before Putin’s move into Ukraine was revitalization of America’s alliance structures.  Donald Trump was tepid, to say the least, about NATO when he was president, but many old school members of the GOP remain committed to the organization and its objectives. In April, for example, most House republicans voted for a resolution in favor of NATO (although notably a third did not).  Again, there are strains here as the Trump wing of the party reasserts itself in the lead-up to ’22 and ’24 elections. Republican Senator Rand Paul, for example, suggested in a SFRC hearing that eastward NATO expansion could explain Russian aggression. This is hardly a traditional American position. In any event, Biden will need continued republican support.

While there is likely to be differences on specific policy formulations, Biden and congressional republicans share deep concern about China. This includes China’s geo-strategic moves in the South China Sea and beyond, “Belt and Road” attempts to forge a Chinese-led global trading and investment system, the country’s protectionist economic policies, and China’s increasingly authoritarian bent at home. According to the Pew Research Center, a large majority of Americans – 89% in fact – consider the People’s Republic a competitor or an enemy rather than a partner.[1] The sense that something needs to be done about China is clearly bipartisan. What, exactly, that might be is less clear. Generally speaking, republicans are perceived to be “tougher” on the PRC than democrats.  For now, the Biden Administration sees Russia as “destabilizing” and China as “assertive,” not quite as dangerous in the immediate but a much bigger problem long term.[2]  There is certainly overlap between republicans and democrats, and there are possibilities for bipartisan approaches on China.

In other areas, the Biden Administration’s room for maneuver in the international space will be constricted ab initio should the republicans win a majority in either or both houses.

The most notable example is climate change. When Biden took office, he had ambitious plans for major energy transformation at home and reinvigorated American leadership on this existential issue abroad. After months of negotiation, Biden’s domestic climate change plan appears all but dead, at least that substantial part of it that required legislation. In fact, it didn’t even require a republican majority in either house to kill it. West Virginia Senator Joe Manchin, whose state is heavily dependent on coal mining, announced in mid-July that he would not support the bill. Manchin is a democrat, and, with a 50-50 split in the Senate, all it takes is one defection. Should the majority shift to the republicans, groundbreaking climate change legislation is almost unthinkable. A conservative majority in the Supreme Court also recently handed down a judgment limiting the US Government’s ability to force power producers to move to green sources of energy, which further complicates Biden’s path forward on climate. In international discussions on the issue, Biden will have little to bring to the table should republicans control Congress.

If the republicans win in November, Biden should be thankful for any collaboration he can get on issues where there is still any consensus, like Ukraine or China. As presidential elections in 2024 near, republicans in Congress will be less and less interested in governing in conjunction with a democratic president and more and more interested in undermining his administration to set the stage for a GOP presidential victory. A key objective for congressional republicans will be making the Biden Administration look weak and ineffective, and passing bipartisan legislation in support of the President’s agenda is unlikely to figure prominently in the republican playbook. The only exceptions will be those policies that have strong public approval or that continue to enjoy some legacy support by traditionalist republicans, such as NATO. Should Trump, or someone similarly disruptive, win the republican nomination in 2024, most congressional republicans will fall in line behind the candidate’s policy positions, no matter how extreme. That could cost Biden congressional support for even his most important foreign policy objectives.

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[1] https://www.pewresearch.org/global/2021/03/04/most-americans-support-tough-stance-toward-china-on-human-rights-economic-issues/

[2] https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2021/03/NSC-1v2.pdf

« Figure de l’autre. Perception du migrant en France 1870 – 2022 » – 4 questions à Catherine Wihtol De Wenden

Fri, 22/07/2022 - 11:13

Directrice de recherche émérite au CNRS, chercheuse au CERI et spécialiste des migrations internationales, Catherine Wihtol de Wenden répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son ouvrage « Figure de l’autre. Perception du migrant en France 1870 – 2022 » chez CNRS Éditions.

Vous écrivez que selon la guerre que l’on fuit on n’est pas accueillis de la même manière. Il convenait de se protéger des flux migratoires des Afghans et des Syriens alors que l’on accueille de façon inconditionnelle les Ukrainiens. Pourquoi ?

Malgré le respect de la Convention de Genève dans la délivrance du droit d’asile par les quelque 150 pays qui l’ont signée, la notion de persécution ou de crainte fondée de persécution y est diversement interprétée par chaque Etat, notamment entre pays européens. En effet, chaque État a un pouvoir discrétionnaire sur la délivrance ou non du droit d’asile et la diplomatie peut y avoir une place. Ainsi, du temps de la guerre froide, la Convention de Genève écrite en cette période semblait très adaptée au profil des dissidents du bloc communiste, souvent accueillis à bras ouverts en Occident pour donner l’image de la liberté du monde occidental. Les Boat people du Vietnam ont presque tous, dans plus de 95% des cas, obtenu le droit d’asile sans examiner individuellement le profil de chacun d’entre eux, de même d’ailleurs que les Chiliens après l’arrivée au pouvoir du général Pinochet, car le symbole était celui de la préservation de la démocratie. À partir des années 1990, le droit d’asile se durcit en Europe, instrumentalisé par la version répressive du contrôle des flux migratoires, mais comme chaque pays a sa diplomatie, les réponses aux demandes d’asile ont continué à différer d’un pays à l’autre. Aujourd’hui, tandis que Syriens et Afghans ont obtenu pour la moitié d’entre eux le droit d’asile selon les pays d’Europe de l’ouest, les Africains subsahariens sont examinés au cas par cas et souvent rejetés dans 90% des cas lorsqu’ils viennent de pays considérés comme n’étant pas en guerre, voire sûrs. Si l’on y ajoute le cas ukrainien, où tous, sauf les étudiants et travailleurs non européens, ont obtenu une protection temporaire, on mesure combien le droit d’asile ou la protection évoluent. De plus, malgré le vœu d’harmoniser le droit d’asile inscrit à l’agenda européen depuis près de trente ans, chaque pays veut conserver sa souveraineté, ses relations privilégiées avec tel pays du sud dont il a besoin du vote à l’Assemblée générale des Nations Unies, ou avec lequel il commerce ou construit des alliances. Dans ces cas, les ressortissants de ce pays auront peu de chances d’obtenir l’asile pour ne pas obscurcir ces relations privilégiées.

Le thème de l’immigré qui vient voler le travail des nationaux est très ancien et selon vous ne correspond pas à la réalité…

En effet, car le marché du travail est très segmenté et les migrants cherchent à prendre le travail qui se présente à eux, car ils veulent rembourser leur voyage et envoyer de l’argent à leur famille. Ils accepteront donc une certaine déqualification, surtout s’ils sont en situation irrégulière, alors que les nationaux ne postuleront pas à ce travail. Déjà, Émile Zola dans Germinal parlait des Belges, accusés par les ouvriers français de voler leur travail dans les mines. La concurrence italienne dans les salines du Midi a été si mal vécue qu’elle a conduit au massacre d’Aigues-Mortes en 1893. Les années 1930, marquées par la crise économique, voient refleurir ce vieux thème, tandis qu’au début des années 1980, Jean-Marie Le Pen revient sur celui-ci en déclarant qu’il y a un million d’immigrés et un million de chômeurs français, une équation facile en apparence, mais qui ne correspond pas à la situation du marché de l’emploi. Les immigrés prennent souvent les métiers non pourvus malgré le chômage, appelés les « 3D » aux États-Unis : « dirty, dangerous, difficult », irréguliers dans l’année, souvent mal payés et mobiles. Il s’agit des secteurs du bâtiment et des travaux publics, de l’hôtellerie et de la restauration, de la voirie, de l’aide aux personnes âgées ou de certains métiers qualifiés, mais manquants de candidats comme les médecins de campagne, professeurs de mathématiques ou dentistes…

Vous évoquez une période, avant la Seconde Guerre mondiale, où la religion musulmane des immigrés était considérée comme rassurante…

Oui, pour plusieurs raisons. Les migrants ruraux et soumis à l’Islam étaient considérés par le patronat comme plus faciles à gérer dans les usines que les ouvriers français, laïcs et syndiqués. Jusqu’aux années 1980, ils pratiquaient leur religion de façon discrète, voire cachée, ce qui ne gênait en rien leur insertion au travail. De plus, certains métiers étaient exposés aux accidents du travail comme le bâtiment ou les presses dans l’industrie automobile et certains employeurs préféraient employer des musulmans qui ne buvaient pas pour éviter ces accidents. La dimension rassurante de l’islam était communément partagée durant les années 1930, même au temps de l’Étoile nord-africaine où son potentiel militant contre la colonisation n’est apparu que plus tard. Durant la Seconde Guerre mondiale, les Nord-africains ont participé à de nombreuses batailles contre l’ennemi nazi ou fasciste (dont la bataille de Monte Cassino), mais la frontière se situait davantage entre alliés d’un côté et ennemis de l’autre qu’entre chrétiens et musulmans. La césure est apparue plus tard, quand l’effondrement du communisme a fait émerger la figure d’un autre ennemi, l’islam, du fait à la fois de la crise pétrolière de 1973 – où la hausse du prix du pétrole a enrichi le Golfe qui s’est mis à financer les mosquées en leur donnant une inflexion très conservatrice, voire intégriste en Europe et ailleurs – et de la théorie du « clash des civilisations » développée par Samuel Huntington.

Vous estimez que sur les questions de migrations, les scientifiques sont beaucoup plus réalistes que les politiques. Pourquoi ? 

Les politiques se croient dépendants des sondages et de l’opinion pour définir leurs politiques migratoires, surtout depuis la banalisation de l’extrême droite et des thèmes populistes en Europe. Ils ont peur de ceux qui ont peur de l’Autre. Ils font donc une politique d’opinion, qui ne correspond en rien à une approche rationnelle de la question migratoire. Il en va ainsi aux États-Unis, en Europe ou en Australie, pris dans une frénésie sécuritaire porteuse d’effets pervers comme les morts le long des frontières (50 000 environ en Méditerranée), les camps, les trafiquants, les enfermements et la multiplication du nombre de sans-papiers auxquels le permis de séjour est discrétionnairement refusé.

De plus, ils se méfient des travaux des chercheurs, qu’ils qualifient parfois d’idéologues ou de gauchistes sur un thème encore peu légitimé comme scientifique malgré la masse des travaux réalisés par les institutions de recherche les plus prestigieuses, nationales et internationales. Les politiques ignorent le monde des chercheurs comme source de savoir et réciproquement, ce qui ne facilite pas le dialogue.

Enfin, les chercheurs et autres universitaires travaillant sur l’immigration font des enquêtes sur des sujets très pointus, étudient les chiffres (et les discutent) et les catégorisations, proposent parfois des alternatives aux politiques menées. Leurs étudiants font aussi un travail de terrain conséquent dans tous les coins et recoins du monde. Ils connaissent donc la réalité, et ne sont liés ni aux résultats des sondages, ni aux déclarations partisanes, ni aux mouvements d’opinion, car ils ne vivent pas au rythme des élections. Ce sont donc les chercheurs qui sont rationnels et les politiques qui sont des idéologues, contrairement aux idées reçues.

 

Navigating Melting Ice and Eroding Exceptionalism: Theory-Driven Policy Pathways for NATO’s High North Commitment

Fri, 22/07/2022 - 10:55

The warming Arctic has emerged as a great power politics front again, with climate change acting as a catalyst of interests in the region. The shift in focus from soft security to harder security threats has been challenging the “Arctic exceptionalism” narrative and posing a new challenge for a recently revived NATO – of which five members are Arctic countries – as to the role the Alliance should play in the region. The discussion has become even more timely considering the major strategic shift operating in the wake of Russia’s renewed war on Ukraine, which has been impacting a globalised and vulnerable Arctic. As NATO’s new Strategic Concept mentions the High North for the first time, and in light of the Alliance’s recent Climate and Security Action Plan, this policy paper aims at defining a grid for analysing NATO’s Arctic role and considers policy pathways and priorities.

After recalling the components of a changing Arctic as a ground for strategic competition and exploring the extent of NATO’s High North challenges, this paper reflects on the paradigms that could guide the Alliance’s regional approach in light of three main International Relations theories. Recognising the increased importance of deterrence and reassurance, it explores what a neo-realist approach may mean for the Alliance in terms of potential for escalation, and examines NATO’s operational assets and capacity gaps for its northern flank. Through a constructivist lens, it assesses the relative subjectivity of threat perception and explores pathways to address the Arctic security dilemma via transparency measures and prospects for renewed hard-security dialogue. Lastly, it analyses NATO’s role under a neoliberal institutionalist approach by assessing the impacts of the invasion of Ukraine on Arctic multilateralism and highlighting the need to focus on regional sustainability.

Building on the above, the author considers these paradigms as complementary to each other and argues that a carefully calibrated approach should lie in expanded presence and dialogue to increase regional predictability and stability. This should include coordinated deterrence-oriented efforts to fill existing operational gaps with a focus on enhancing Arctic domain awareness, while avoiding the spread of confrontational narratives and addressing the risks of unintended escalation. The High North can also be a climate security test bed for NATO to serve as a standard-setting tool and provide guidance for allies to operate sustainably and reduce their military footprint.

* This policy paper derives from a thesis submitted in September 2021, before Russia’s invasion of Ukraine. While the analysis has been updated to factor in the subsequent shift in Arctic relations, this paper does not intend to be exhaustive on the whole diversity of regional implications. In addition, given the fluidity of the current global strategic relations at the time of writing, further regional developments may arise by the time this paper gets published.

 

A changing Arctic challenging NATO’s High North strategy void

The melting Arctic, an opening arena for geo-strategic competition and resuming military build-up

“Climate change is a crisis multiplier, it has direct consequences for our security…[It] can fuel conflicts everywhere, but in different ways.”[1] […] “The paradox of the Arctic is that you have this tradition of cooperation, trying to work together, lower tensions, but you also know that under the ice in the Arctic, you have some of the most dangerous weapons in the world.”[2]

Since 2010, climate change has explicitly been recognised by NATO as one of the major challenges the Alliance is facing, shaping its strategic environment with potential to affect its planning and operations.[3] In addition to climate-shaped geopolitical risks and instability, NATO’s Allied Command Transformation (ACT)[4] is expecting climate to impact allied forces’ equipment, people, operating procedures and infrastructure, thereby increasingly affecting NATO’s ability to deliver its three core tasks of collective defence, crisis management and cooperative security. Factoring these challenges into its agenda, NATO adopted last year its Climate Change and Security Action Plan, the first pillar of which being enhancing Allied awareness by integrating climate considerations into regional risk assessments.[5] NATO’s new 2022 Strategic Concept further states that “NATO should become the leading international organisation when it comes to understanding and adapting to the impact of climate change on security ».

The Arctic is one of the most climate-vulnerable regions, warming four times faster than the rest of the globe. As mentioned by NATO in its recently released Climate Change and Security Impact Assessment, the region is a concrete example of how climate shapes geopolitical risks and the Alliance’s strategic environment. As such, it serves as a regional case study for NATO’s efforts towards awareness of and adaptation to new climate security realities. In 2021, a strategic foresight report on the Arctic[6] released by NATO’s ACT acknowledged climate change as being a “threat multiplier”[7] able to “influence drivers for future conflict” in the circumpolar region. Indeed, climate change acts as a catalyst of interests in the Arctic. As a consequence, while climate risks primarily affect the Arctic’s interconnected human, environmental and social security, these risks also intersect with harder-security considerations.

Among the physical impacts from anthropogenic greenhouse gas emissions, such as new temperature extremes and biodiversity changes (including shifts in fish distribution patterns), the Arctic is experiencing dramatic permafrost thaw and decline in Arctic sea ice. These changes have been leading to significant geo-economic implications. First, combined with recent technological advances, sea-ice melting allows for easier access to natural resources for commercial exploitation -including hydrocarbons[8], minerals crucial to the green energy transition[9] and abundant fisheries. This, however, has not been significantly impacting regional tensions since most resources are located on Arctic coastal states’ territories or existing EEZs, and overlapping territorial claims are so far being dealt with via legal means. Second, the current trend of sea ice melting is expected to open up shorter sea lanes for international transportation networks. The most rapidly accessible is expected to be the Northern Sea Route (NSR), along the Russian shore, which has been subject to Moscow’s grand development plans. Although annual transit shipping still remains low due to not being safe enough nor economically viable yet, the NSR has been registering growing cargo volume[10] –dominated by destination shipping of hydrocarbons[11]– as well as increased Russian control and military build-up.

Beyond economic ambitions – which reality is not expected to be meeting expectations anytime soon due to Russia’s extreme climate exposure threatening its oil and gas infrastructure, and to international sanctions hindering the country’s capacity to secure capital investments and markets[12] -, Russia also has strategic interests to project power in an increasingly globalised Arctic. This predominantly lies in its willingness to protect its key energy and military infrastructure – including its Kola-based second-strike nuclear capabilities, rendered vulnerable by the thawing of Russia’s natural northern border- and to ensure its ability to operate in the North Atlantic and European Arctic.[13] In recent years, Russia has been extensively reopening and modernising its military facilities, naval capabilities, airbases and monitoring systems, all the while using an assertive and often provocative rhetoric over the region.[14]

In the Arctic actor mapping, another stakeholder that has been attracting the West’s attention, and somewhat raising suspicion, is China. Beijing’s ambitions in the Arctic mostly focus on a) infrastructure and energy projects (although further investments in Russia’s projects have recently been deterred by exposure to secondary sanctions), b) regional governance – related to China’s self-proclaimed identity as a “near-Arctic state” – and c) scientific research and diplomacy[15], with the broader ambition to be accepted as a full-fledged polar stakeholder.[16] From a strategic perspective, it has also come to the West’s attention that China has completed joint exercises with Russia, has contracted the construction of a nuclear icebreaker, and that most of its scientific facilities are dual use and can collect strategic data.[17]

Overall, climate-driven economic perspectives and great powers’ influence ambitions, combined with the preexisting strategic significance of the Arctic[18] and with the global geopolitical shift occurring since February 2022, have been fuelling the resuming securitisation of the region. The growing regional tensions and recent pause in Arctic-8 cooperation are challenging the low-tension narrative, which was already seriously undermined since Russia’s annexation of Crimea in 2014.[19] This year’s ongoing invasion of Ukraine has been a turning point in reshuffling Arctic dynamics. This may challenge Russia’s cost/benefit calculus over a stable Arctic and adds further uncertainty and complexity to an already vulnerable region, with security consequences for the five NATO Arctic nations.[20] As Russia still needs a stable operating environment[21] and sees its military forces being outsized by NATO’s, the risk of direct Arctic confrontation may remain low. However, there is a growing consensus that the risk for kinetic warfare to break out in the Arctic cannot be overlooked, especially as Russia’s feeling of vulnerability may drive the country towards even more aggressive endeavours.[22]

The need for a unified Allied approach

NATO’s deterrence and defence missions have recently been bolstered. In this context, and in NATO’s 360-degree thinking, the High North represents the Alliance’s northern flank, where Allies’ sovereignty and security also need to be safeguarded and where Article 5 naturally applies. Although NATO does not have a clear Arctic strategy and had, until now, been displaying a rather cautious approach when it came to formal wording or engagement, there has been a growing pressure to reconsider this stance since 2014, especially as the Arctic has become an increasing component of allied training exercises – including the recent Cold Response 2022 as well as Trident Juncture 2018 designed under Article 5 scenario. In 2019, NATO further established its Joint Force Command Norfolk, which area of operations includes the High North, including the strategic GIUK Gap.[23] Although the High North made its first formal appearance in NATO’s 2021 Brussels Summit Communiqué, the latest and most significant milestone was for the region to be mentioned for the first time in the Alliance’s new Strategic Concept adopted in June 2022. The document features the High North as the prime example of the threat posed by Russia to the Alliance’s security and labels Russia’s “capability to disrupt Allied reinforcements and freedom of navigation” in the region as “a strategic challenge to the Alliance”.[24] Broader considerations emphasised in the new document also apply to the Arctic – in particular NATO’s attachment to freedom of navigation, as well as the mention of China’s use of economic and political tools to project power.

Despite this recent conceptual turning point and NATO’s revived unity, the form and level of a potential High North engagement is still being debated. Even amongst Arctic NATO allies, security perceptions vary based on geographical contexts, subsequent Russian security variable[25] and degree of climate affectedness[26]. Canada and Norway, two of the most actively engaged in Arctic affairs, are described as having opposite approaches to Arctic security, with Norway being a long-time vocal advocate for increased NATO engagement while Canada’s approach focuses on national sovereignty. There is also a renewed U.S. interest in Arctic security and presence, with a new or refined Arctic strategy for each branch of the military and the creation of the Department of Defense’s regional Center for Arctic Security Studies in late 2021.[27] The Danish approach, informed by the erosion of its sovereignty on Greenland, recently shifted to support stronger NATO involvement and now conceptualises the Arctic as a “geopolitical battlefield”.[28] As for Iceland, it has no standing army and relies on its NATO membership and on its bilateral defence agreement with the U.S.

Finally, while the Arctic is a natural environment for some of the Allies, it is not the case for the Alliance as a whole. Consequently, there are further concerns that a stronger NATO involvement may draw in outside states with different interests and may further challenge Arctic stability and decision-making.[29]

The notable mention of the High North in NATO’s 2022 Strategic Concept as well as the recent shifts in national strategic orientations from Arctic allies and partners, culminating with Sweden and Finland’s membership application submissions, provide a momentum for NATO to unify its approach to its northern flank. Setting clear priorities could benefit both defence collaboration and military diplomacy towards conflict prevention. The following provides a set of pathways that could guide NATO’s High North approach in light of the three main international relations theories.

 

Three guiding paradigms for NATO’s High North approach

A neo-realist perspective: Finding the right balance between deterrence and defence

This approach may be the first that comes to mind given current circumstances. In the Arctic and generally, renewed mistrust of Russia has urged the need for strengthened deterrence. Growing tensions in the region are seen as resulting from deliberate actions, with Russia strengthening its northern presence and capabilities to continue projecting power in an area where it is still dominant militarily. Russia’s invasion of Ukraine risks Arctic spillover and has placed Russia’s Nordic neighbours on high alert[30]. Indeed, potential for miscalculation and misinterpretation in the European Arctic has increased, with an unpredictable Russia prepared to take greater risks, using the region as its test area and multiplying provocations and airspace incursions (especially in Swedish airspace) on a level not seen since the Cold War.[31] As Russia has been testing Western resolve to counter its ambitions, NATO needs to maintain the credibility of its commitment to mutual defence.[32]

NATO forces have already been strengthening their ability to operate in Arctic land, air, sea and underwater domains through increased large-scale exercises placing a strong focus on interoperability. JFC Norfolk also provides operational level coordination between NATO and national military commands and allows for cross-learning and sharing of national efforts and capabilities.[33] In addition, side initiatives such as the Joint Expeditionary Force (JEF) are a spearhead for Arctic tactical operations,[34] benefit from greater operational and decision-making flexibility and can integrate into NATO operations.[35] As for US-Euro coordination, the US Second Fleet, back to full-combat status since 2020, operates in the Arctic and has established a Maritime Operations Centre in Keflavik, which also hosts NATO’s air defence system. U.S. nuclear submarines can operate from Norwegian naval bases, and Greenland is home to the US Thule airbase. Finally, Finland and Sweden joining NATO, in addition to bolstering deterrence in the Baltic Sea, would significantly enhance mutual defence by bringing first-rate capabilities (including in air combat, undersea warfare, intelligence, cyber, AI and massive Finnish artillery) and tactical know-how on conducting operations in sub-zero temperatures, with already high levels of interoperability with NATO forces due to long-standing cooperation.[36]

Although Finland and Sweden’s integration now seems to be on the right track, it is still prospective and will not be effective tomorrow. In addition, the reactivation of the Arctic dimension of the West’s military plans is recent and still at an early stage. In particular, NATO has been suffering from a lack of in-depth understanding of its Arctic environment and follows a catching-up logic in terms of power projection, with limited proactive thinking.[37] Experts’ recommendations mention the pressing need for Allies to keep upgrading their Arctic surveillance and situational awareness capabilities in all domains, including space, cyber and maritime domain awareness.[38] In particular, anti-submarine warfare capabilities were left sleeping after the Cold War and need to be further regenerated, especially as the GIUK gap returns to importance. In this regard, it has been suggested that an Arctic surveillance and domain awareness Center of Excellence could be created.[39] In addition, although the Canada-US NORAD partnership has unmatched expertise in Arctic aerospace management and maintains a crucial role in maritime domain awareness,[40] its defensive capabilities need massive modernisation efforts in the Canadian Arctic to catch up with Russian technological developments,[41] and space intelligence sharing should be expanded and facilitated. Overall capability recapitalisation needs for NATO in the Arctic also include aerial patrols and counter-mining operations.[42] NATO forces also need to prepare more proactively for asymmetric tactics and hybrid threats by clearly identifying Russian actions through the lens of full-spectrum warfare and by incorporating these elements into Arctic military exercises.[43]

With this in mind, any strengthening of deterrence policy and capabilities needs to be carefully calibrated to avoid feeding the “arms race” narrative (one example of which being the “icebreaker gap” rhetoric, which recalls the 1950’s “missile gap” argument).[44]

A constructivist approach: Questioning confrontational narratives

Constructivists argue that Arctic security policies are closely connected to the notions of identity, status and recognition, that threat perception in the region is shaped by the general relationship between Allies and Russia –and by their differing assessments of their current and desired state of relations[45] – and that, in a classic case of the security dilemma, [46] defensive policies may be mistaken for offensive policies, which risks leading to an arms race.[47] In particular, Russia’s reopening of military installations is put forward to justify the strengthening of Western capabilities, whereas Russia presents this move as necessary to protect its economic assets and monitor civilian sea traffic.[48] Consequently, the West sees Russia as the “wild card” of the Arctic and a potential factor of instability.[49] According to constructivists, Russian interests in the region should not solely be viewed as a military outpost, and its military presence could be considered as serving a symbolic purpose of recognition as a major regional power.[50] Conversely, Russia’s Arctic stance is informed by its certainty about NATO’s hostile intentions and its long-standing perception that it is already in conflict with the West.[51] More specifically, Russia’s fear of “encirclement” by NATO has become even more topical, both because it has been emphasised and instrumentalised by Moscow to justify its invasion in Eastern Europe and because it has been amplified by the prospect of Finland and Sweden joining NATO.[52]

The crucial role of threat perception and the growing Arctic confrontational narratives should also be analysed in light of the lack of inclusive hard-security governance in the region, as the few existing for a dealing with Arctic military-security affairs either do not convene (e.g. the Arctic Chiefs of Defense forum) or have been excluding Russia (e.g. the Arctic Security Forces Roundtable) since 2014. Moving towards effective conflict prevention would require creating a normative framework allowing for hard-security discussions to set clear Arctic military rules. Because NATO is dual-hatted as both an operational military alliance and a political dialogue structure, previous recommendations have mentioned the possibility for the Alliance to fill the dialogue gap with Russia on Arctic security through currently sleeping mechanisms such as the NATO-Russia Council.

Resuming hard-security cooperation with Russia seems even more remote now than pre-February 2022 –and not necessarily relevant. As for confidence-building measures, they are unlikely to be pertinent again anytime soon given Russia’s general behaviour and instrumentalization of its own alleged threat perception. However, preparing for an eventual return of diplomatic dialogue, even in a distant future, is a necessary step toward Arctic deconfliction. Besides, although there have previously been concerns that discussing hard-security matters could politicise, and thereby jeopardise, Arctic cooperation, recent events leading to the Arctic 7’s decision to pause their Arctic Council work have proven that the region is far from being immune from geopolitical tensions anyway.

Ultimately, a revived military-to-military dialogue could be leveraged to promote transparency and accountability in an effort to decrease the risk of miscalculations from dangerous military practices and to mitigate adverse reactions. In this regard, it has previously been suggested that an Arctic Military Code of Conduct could be agreed upon to define clear peacetime rules specifying which military behaviour should be considered (un)intentional, (il)legitimate or (un)acceptable.[53] Such document would further provide NATO allies with a better understanding of the “tipping points” likely to spark escalation.[54]

A neoliberal institutionalist approach: Enhancing Allied cooperation on Arctic sustainability and climate security

In this approach, Arctic security is considered in its broadest sense and through a multilateral lens. It is interpreted less as a vector of conflict and more as a shared concern. Therefore, governance institutions and cooperation play a major role in highlighting regional challenges and opportunities. Security concerns mostly focus on soft security, e.g. sustainability, human and environmental security.[55]

However, the Arctic Council, the last forum in which Russia and the other Arctic nations — all of whom are NATO members or partners — cooperated effectively, has now been paused for the major part of its work. Other forms of cooperative engagement with Russia have also been adjourned, leaving less room for tension mitigation. Paused diplomatic and scientific cooperation also has devastating consequences on Arctic soft-security concerns. It means higher environmental risks due to gaps in data on the extent and impact of Siberian permafrost thaw. It leaves the Arctic with unmonitored Russian shipping and drilling projects risking transboundary contamination incidents. It also affects Arctic nations’ ability to respond to emergencies. Moreover, as anticipated by analysts[56], Arctic climate security and environmental research agendas risk becoming hyperpoliticized and assessed through the sole lens of national security, strategic competition and implications on power-projection capabilities.

To counter this state-centred trend, the Allies and like-minded need to be creative on sustainable cooperation formats to jointly address shared concerns – namely the reality of a changing Arctic, and climate change as a transnational threat. While enhancing bilateralism and the use of tracks 2 and 1.5 is a good short-term option, a reunified NATO can also offer a more formal platform. Indeed, climate impacts on critical infrastructure, communications network (due to altered space weather)[57],  fisheries and the security of maritime routes are an integral part of NATO’s High North security interests.[58] NATO’s High North agenda should therefore include emissions reduction, environmental protection, scientific research and climate adaptation.

The new NATO Climate Change and Security Centre of Excellence (CASCOE), which will be hosted by an Arctic nation –Canada-, is an excellent proactive and flexible framework to implement NATO’s climate action plan in the Arctic. By coordinating with NATO’s Centre for Maritime Research and Experimentation[59] and by enhancing and amplifying existing strategic foresight efforts from academic and military circles, it can improve allies and partners’ awareness of how climate is reshaping the Arctic security landscape in which their military forces operate. It is also a fantastic platform for allied forces to work together and advance toward climate adaptation and mitigation in the region.

Since bolstering NATO’s High North presence means expanding military activity in a hostile and increasingly unstable natural environment, climate adaptation and resilience at the operational level will be key to improved readiness and should be a central consideration in operations planning, procurement practices, assets and installations management as well as training. Indeed, beyond normalising NATO’s presence in the region, Arctic exercises improve the ability of allied forces to safely operate in extreme conditions. Building on teachings from past Arctic exercises and on inter-agency climate modelling efforts, CASCOE can help set standards to adapt air and maritime operations and search and rescue procedures, as well as anticipate adaptation needs for weapon systems via simulation.[60]

Another flip side of the Arctic military build-up is its growing footprint, which risks further damaging an already vulnerable region due to increased GHG emissions and other forms of disruption such as underwater noise pollution. Defence buildings and assets in the High North, for instance, use higher levels of fuel for electricity and heating due to their remote locations and extreme-cold conditions. CASCOE can leverage expertise and provide guidance for allies to mitigate the impact of their Arctic military presence by coordinating emissions reporting, informing investment decisions, and driving innovation towards energy efficient and carbon-neutral technologies.[61] Best practices allies can build on include Canada’s Advanced Microgrids towards Arctic Zero Emissions.[62] Should Sweden and Finland join NATO, their excellent renewable energy sectors and green innovation capacities could also be used to develop more energy-efficient autonomous naval and aerial assets.[63] Importantly, by acting as a standard-setting body in the new technology used (e.g. batteries and charging stations), CASCOE would ensure that interoperability remains at the forefront of NATO’s green engagement.

 

Conclusion: Policy guidelines towards a strengthened and sustainable Northern commitment

The Arctic has been dealing with a rapidly changing strategic context, due to global tensions spilling over into the region and to climate change acting as a catalyst of interests. Recent regional developments have been challenging NATO’s traditionally cautious approach to the Arctic.

NATO’s High North may be considered as a potential conflict theatre, but remains a very unique one due to the region’s high vulnerability, Arctic states’ interdependencies, the nature of their shared interests and the historical prominence –and persistence- of cooperation efforts. Although Arctic exceptionalism does no longer exist as described in Mikhail Gorbachev’s Murmansk speech (i.e. as a zone of peace and dialogue, immune from geopolitical developments), the region does remain exceptional in its unique way of being affected by conflicts raging elsewhere: less dialogue, less cooperation, less economic engagement. What still remains to be seen is whether current circumstances will further accelerate the ongoing military build-up.

The Arctic presents a classic case study of the security dilemma. However, focusing on not triggering Russia cannot rule out any regional presence for NATO, especially as the aggression of Ukraine is yet another example of Russia instrumentalising its own threat perception. NATO in fact needs to adopt a carefully calibrated approach through expanded presence and dialogue.

With the now crucial importance of deterrence and reassurance, NATO’s efforts should focus on filling existing operational gaps to reinforce its northern flank and increase regional predictability and stability. This includes enhancing its Arctic domain awareness and strengthening its exercising capabilities and interoperability[64] – as the key to deterrence is to coordinate. While being clear-sighted on existing (especially hybrid) threats and on great powers’ regional ambitions, policy-makers should avoid spreading alarmist discourses and confrontational narratives. Extra efforts should also be considered to address coincidence of misunderstandings and unintended escalation risks. This involves transparency and risk-reduction mechanisms as well as innovative hard-security dialogue frameworks between the like-minded, until an eventual return to a more favourable political environment allows for a more inclusive approach.

Ultimately, NATO’s High North security commitment should be a holistic one, with acute awareness of Arctic climate risks and with increased efforts toward adaptation and emissions reduction. The High North can be a test bed for NATO to advance its climate engagement. The new CASCOE can serve as a standard-setting tool and coordination platform and can provide guidance for allies and partners to operate sustainably in the region. This means adapting their weapons systems and operations to changing extreme conditions and mitigating their Arctic military footprint.

 

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[1] Jens Stoltenberg quoted by Larisa Brown, « Climate change risks new cold war in Arctic, warns NATO chief Jens Stoltenberg, The Times, 19 March 2021, >https://www.thetimes.co.uk/article/climate-change-risks-new-cold-war-in-arctic-warns-nato-chief-jens-stoltenberg-382qrnxhr>

[2] Stoltenberg, Jens. Interview by Paul Taylor, “Interview with NATO Secretary General Jens Stoltenberg”, Friends of Europe, 13 may 2020, <https://www.friendsofeurope.org/wp/wp-content/uploads/2020/09/Interview-with-NATO-Secretary-General-Jens-Stoltenberg.pdf>

[3] “Strategic Concept for the Defence and Security of the Members of the North Atlantic Treaty Organization”, NATO, 19-20 November 2010, https://www.nato.int/nato_static_fl2014/assets/pdf/pdf_publications/20120214_strategic-concept-2010-eng.pdf

[4] One of two Strategic Commands at the head of NATO’s military command structure, “responsible for ensuring NATO’s military structure and capabilities remain relevant, capable and credible in a rapidly changing world”. See “Allied Command Transformation”, NATO, https://www.nato.int/cps/en/natohq/topics_52092.htm, last updated 23 Sept. 2021

[5] “NATO Climate Change and Security Action Plan”, NATO, 14 June 2021, https://www.nato.int/cps/en/natohq/official_texts_185174.htm

[6] “Regional perspectives report on the Arctic”, NATO Allied Command Transformation, April 2021, https://www.act.nato.int/application/files/8516/3236/7596/regional-perspectives-2021-04.pdf

[7] A term first coined by the U.S. Center for Naval Analyses’ Military Advisory Board (“National Security and the Threat of Climate Change,” Sherri Goodman et al., 2007) to describe the intersection between climate change and other intervening security factors.

[8] In 2008, the United Stated Geological Survey assessed the circumpolar area and concluded that it may contain approximately 13% of the world’s undiscovered oil resources and 30% of the world’s undiscovered natural gas resources. See  “Assessment of undiscovered oil and gas in the arctic” in Science, vol. 324 no. 5931 pp 1175-1179, American Association for the Advancement of Science, 29 May 2009, <https://doi.org/10.1126/science.1169467>

[9]  Particularly in Greenland and Russia

[10] Humpert, Malte, “Cargo Volume on Northern Sea Route Reaches 35m Tons, Record Number of Transits”, High North News, 26 Jan 2022:

https://www.highnorthnews.com/en/cargo-volume-northern-sea-route-reaches-35m-tons-record-number-transits

[11] Gunnarsson, Björn. “Ten Years of International Shipping on the Northern Sea Route: Trends and Challenges”, Arctic Review on Law and Politics, Vol. 12, 2021, pp. 4–30, 8 Feb 2021: https://arcticreview.no/index.php/arctic/article/view/2614/5113

[12] Remarks made during a workshop held under the Chatham House Rule in June 2022

[13] Andreas Østhagen, « The Nuances of Geopolitics in the Arctic”, The Arctic Institute, 7 January 2020, <https://www.thearcticinstitute.org/nuances-geopolitics-arctic/>

[14] Boulègue, Mathieu, “The militarization of Russian polar politics”, Chatham House, 6 June 2022, DOI: 10.55317/9781784135256

[15] Marc Lanteigne (speaker), « Competition and Cooperation: The Interests of China and Russia in the Arctic Region”, Conference, International Centre for Defense and Security – EESTI Estonia, 10 November 2020

[16] Marc Lanteigne. Personal interview. 20 August 2021.

[17] Jason Li, “A Shifting Focus of U.S. Arctic Policy: China and Security, Front and Center”, The Arctic Institute, 21 August 2020, < ttps://www.thearcticinstitute.org/shifting-focus-us-arctic-policy-china-security/>

[18] A buffer zone between the US and Russia, the Arctic was at the epicenter of the confrontation -and heavily militarized- during the Cold War.

[19] Elana Wilson Rowe, « Analyzing frenemies: An Arctic repertoire of cooperation and rivalry”, Political Geography, Volume 76, January 2020, 102072, ISSN 0962-6298, https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0962629818305158 & Maxime Ditters (superv. Lill Rastad Bjørst), « Russian Foreign Policy-Making in the Arctic: a Critical Analysis of the Influence of the Ukraine Crisis”, Aalborg Universitet, 2018

[20] Namely Canada, the U.S. (via Alaska), Denmark (via Greenland), Iceland and Norway.

[21] Andreas Østhagen, “The Arctic security region: misconceptions and contradictions”, Polar Geography, 44:1, 55-74, 2021

[22] Remarks made during a workshop held under the Chatham House Rule in June 2022

[23] “NATO’s new Atlantic command declared operational”, NATO, 17 September 2020, <https://www.nato.int/cps/en/natohq/news_178031.htm>

[24] “NATO 2022 Strategic Concept”, NATO, adopted on 29 June 2022

[25] Andreas Østhagen. Personal interview. 27 August 2021 & Andreas Østhagen, Gregory Levi Sharp & Paal Sigurd Hilde “At Opposite Poles: Canada’s and Norway’s approaches to security in the Arctic”, The Polar Journal, 8:1, 163-181, 31 July 2018

[26] Rene Heise. Personal interview. 1 September 2021

[27] Sfraga, Mike, “The New North”, The Wilson Quarterly, Winter 2022.

[28] Jacobsen, Marc, “Arctic Aspects in Denmark’s New Foreign and Security Policy Strategy”, The Arctic Institute, 8 Feb 2022: https://www.thearcticinstitute.org/arctic-aspects-denmark-new-foreign-security-policy-strategy/

[29] Pincus, Rebecca, “NATO North? Building a role for NATO in the Arctic”, War on the Rocks, 6 Nov 2019: https://warontherocks.com/2019/11/nato-north-building-a-role-for-nato-in-the-arctic/

[30] Quil, Lawrence, “NATO troops conducted a routine war exercise in the Arctic. This year felt different », NPR, 15 April 2022 : https://www.npr.org/2022/04/15/1091492248/nato-arctic-war-game-had-a-cold-war-feel

[31] Maddox, Marisol, quoted by Shreiber, Melody and DeGeorge, Krestia, “Russia’s invasion of Ukraine will have spillover effects in the Arctic”, ArcticToday, 24 Feb 2022: https://www.arctictoday.com/russias-invasion-of-ukraine-will-have-spillover-effects-in-the-arctic/

[32] Eugene Rumer, Richard Sokolsky, Paul Stronski, « Russia in the Arctic—A Critical Examination”, Carnegie Endowment for International Peace, 29 March 2021, <https://carnegieendowment.org/2021/03/29/russia-in-arctic-critical-examination-pub-84181>

[33] Laird, Robin and Timperlake, Ed, “Re-shaping North Atlantic Defense: JFC Norfolk as a Startup Command”, 4 July 2021, Second Line of Defense: https://sldinfo.com/2021/04/re-shaping-north-atlantic-defense-jfc-norfolk-as-a-startup-command/

[34] Mathieu Boulègue. Personal interview. 16 August 2021

[35] Conrad Beckett, “Ready to Respond: What is the JEF?”, Strategic Command – UK Ministry of Defence, 11 May 2021, https://stratcommand.blog.gov.uk/2021/05/11/ready-to-respond-what-is-the-jef/ & Levon Sevunts, “UK-led Joint Expeditionary Force will have ramifications for Arctic security: experts”, Radio Canada International, 13 February 2017

[36] Germanovichn Gene, “Complex—but Promising—Prospects as Finland and Sweden Mull NATO Membership”, RAND, 3 March 2022 & Hackett, James, “Finland, Sweden and NATO: the capability dimension”, IISS, May 2022: https://www.iiss.org/blogs/military-balance/2022/05/finland-sweden-and-nato-the-capability-dimension & Khorrami, Nima, “By Merely Entertaining NATO Membership, Sweden Has Changed”, Wilson Center, 3 May 2022, https://www.wilsoncenter.org/article/merely-entertaining-nato-membership-sweden-has-changed

[37] Mathieu Boulègue. Personal interview. 16 August 2021

[38] Boulègue, Mathieu, “Voices from the North” podcast, Atlantic Council

[39] Mathieu Boulègue, “Russia’s Military Posture in the Arctic Managing Hard Power in a ‘Low Tension’ Environment”, Chatham House, June 2019

[40] Troy Bouffard and Elizabeth Buchanan, « Establishing an Arctic Security Institution: Essentials from NORAD and NATO”, Strategy Bridge, 3 March 2020

[41] Bastien Alex, Hervé Baudu, Jean-Paul Vanderlinden, et al., “Bulletin mensuel N°10”, Observatoire de l’Arctique, March 2020, p3-4 & Rob Huebert interviewed in “War in Ukraine has implications for Arctic co-operation, climate change research”, CBC News, 24 Feb 2022

[42] Boulègue, Mathieu, “Voices from the North” podcast, Atlantic Council

[43] Heather A. Conley, Colin Wall, “Hybrid threats in the Arctic: Scenarios and policy options in a vulnerable region”, Hybrid CoE, August 2021

[44] Paul Taylor, “After the ice: the Arctic and European security”, Friends of Europe, Autumn 2020, https://www.friendsofeurope.org/wp/wp-content/uploads/2020/09/2020_FoE_PSD_PUB_Arctic_final.pdf

[45] Giles, Keir, “What deters Russia”, Chatham House, 23 Sept 2021, ISBN: 978 1 78413 489 1

[46] i.e. “a situation in which states’ actions taken to ensure their own security tend to threaten the security of other states”, which in turn causes conflicts to arise. See Goldstein & Pevehouse, quoted by Miriam Dornan, “Realist and Constructivist Approaches to Anarchy”, 29 August 2011

[47] Isabelle Facon, « La menace militaire russe : une évaluation », Les Champs de Mars N° 29, no 1 (2017): 31‑57, https://www.cairn.info/revue-les-champs-de-mars-2017-1-page-31.htm.

[48] Marc Lanteigne, « Great Powers in the Arctic: Changing Perspectives > Articles | », décembre 2020, consulté le 11 mars 2021, https://www.globalasia.org/v15no4/cover/great-powers-in-the-arctic-changing-perspectives_marc-lanteigne.

[49] Pauline Pic, Frédéric Lasserre, « Un paradigme arctique de sécurité ? Pour une lecture géopolitique du complexe régional de sécurité. », L’Espace Politique [En ligne], 33 | 2017-3, 8 march 2018, URL : http://journals.openedition.org/espacepolitique/4475 ; DOI : https://doi.org/10.4000/espacepolitique.4475

[50] Jakub Godzimirski & Alexander Sergunin. “Russian Expert and Official Geopolitical Narratives on the Arctic: Decoding Topical and Paradigmatic DNA » Arctic Review on Law and Politics, Vol. 11, 2020, pp. 22–46. http://dx.doi.org/10.23865/arctic.v11.1350

[51] Julie Wilhelmsen and Anni Roth Hjermann, “Russian Certainty of NATO Hostility: Repercussions in the Arctic”, Arctic Review on Law and Politics Vol. 13, 2022, pp. 114–142, March 2022

[52] Boulègue, Mathieu, “The militarization of Russian polar politics”, Chatham House, 6 June 2022, DOI: 10.55317/9781784135256

[53] Mathieu Boulègue and Duncan Depledge, “It Is Time to Negotiate a New Military Security Architecture for the Arctic”, 16 April 2021, Wilson Center – Polar Institute, https://www.wilsoncenter.org/blog-post/no-5-it-time-negotiate-new-military-security-architecture-arctic

[54] Simona R. Soare, « ARCTIC STRESS TEST: Great power competition and Euro-Atlantic defence in the High North » (European Union Institute for Security Studies (EUISS), 2020), https://www.jstor.org/stable/resrep25028.

[55] Pauline Pic et Frédéric Lasserre, « Un paradigme arctique de sécurité ? Pour une lecture géopolitique du complexe régional de sécurité. », in L’Espace Politique, 33 | 2017-3,  8 March 2018, accessed on 27 January 2021, <http://journals.openedition.org/espacepolitique/4475>

[56] Raspotnik, Andreas and Khorrami, Nima, “Great Power Competition Is Coming for the Arctic. NATO Should Prepare. », World Politics Review, 29 March 2022

[57] Rene Heise. Personal interview. 1 September 2021

[58] Buchanan, Elizabeth, “Cool Change ahead? NATO’s Strategic Concept and the High North”, NATO Defense College Research Division, 14 April 2022

[59]“NATO research on Arctic regions obtains a significant dataset”, NATO STO, 1 August 2021

[60] Rene Heise, “NATO is responding to new challenges posed by climate change”, NATO Review, 1 April 2021

[61] Sherri Goodman and Katarina Kertysova, “NATO: An unexpected driver of climate action?”, NATO Review, 1 Feb 2022

[62] “DRDC sets AMAZE-ing goal to reduce Greenhouse Gas Emissions in Arctic facilities”, Government of Canada, 17 Dec 2020

[63] Khorrami, Nima, “By Merely Entertaining NATO Membership, Sweden Has Changed”, Wilson Center, 3 May 2022, https://www.wilsoncenter.org/article/merely-entertaining-nato-membership-sweden-has-changed

[64] Mathieu Boulègue, interview by Cyrille Bret, “Arctique : les ambitions russes », EurAsia Prospective, 4 July 2019, https://eurasiaprospective.net/2019/07/04/arctique-les-ambitions-russes-boulegue-sur-eap/

Sanctions occidentales : l’impasse ?

Thu, 21/07/2022 - 17:09

 

La guerre en Ukraine entre dans son 6ème mois. Malgré son échec à conquérir Kiev, la Russie occupe aujourd’hui environ 20% du territoire ukrainien. Il apparait donc que les sanctions prises par les Occidentaux envers Moscou n’ont pas eu l’effet escompté, celui de faire plier la Russie. Cuba, l’Irak, l’Iran, la Syrie… L’histoire le montre, ce n’est pas la première fois que des sanctions occidentales échouent à faire plier un adversaire. Le Occidentaux doivent s’interroger sur la méthode, puisque l’entrée en guerre est inenvisageable. Le caractère purement occidentale de ces sanctions n’est-il pas la raison leur échec ? Ne faudrait-il pas au contraire chercher à rassembler face à la Russie en réfléchissant à des solutions avec d’autres puissances hors du simple cadre occidental ?

Réflexions et Analyse.

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