You are here

Afrique

Pourquoi certaines administrations fiscales collectent-elles mieux avec moins de moyens ?

Lefaso.net (Burkina Faso) - Wed, 15/07/2026 - 15:56

Joëlle Traoré est docteure en droit public de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle est spécialisée en fiscalité internationale et africaine, avec une expertise en matière de flux financiers illicites, de réformes fiscales mondiales et de mobilisation des ressources nationales. Elle a collaboré avec des institutions africaines et internationales sur les questions de gouvernance fiscale en Afrique.

Selon une étude publiée en 2022 par Mackenzie, Jansen et Siebrits de l'Université de Stellenbosch, fondée sur les données de 27 administrations fiscales africaines compilées par l'ATAF, certaines administrations pourraient améliorer leurs performances de 3 % à 79 % à cadre législatif inchangé. Ce constat invite à reconsidérer les déterminants réels de la performance fiscale : au-delà du droit applicable, c'est la qualité de l'organisation et de la gouvernance de l'administration qui s'avère déterminante.

Des facteurs institutionnels au cœur des écarts de performance

L'étude identifie quatre facteurs explicatifs des disparités observées entre administrations : le degré d'autonomie accordé à l'agence de collecte, la segmentation des contribuables, la qualité des systèmes d'information et l'importance du secteur informel. Ces facteurs ne procèdent pas du seul niveau des ressources financières allouées à l'administration. Ils traduisent des choix de gouvernance que chaque État opère dans la conception et l'organisation de son appareil fiscal.

Le cas du Togo : une reconfiguration institutionnelle aux effets mesurables

Institué par la loi du 10 décembre 2012 et rendu opérationnel en 2014, l'Office Togolais des Recettes est issu de la fusion de la direction générale des impôts et de la direction générale des douanes au sein d'une entité unique, dotée d'une autonomie de gestion administrative et financière. Cette recomposition institutionnelle s'est articulée autour d'un mandat unifié, d'une gouvernance rénovée, d'une accélération de la digitalisation des procédures et d'une segmentation des contribuables fondée sur la taille et le secteur d'activité.

Les résultats enregistrés sont significatifs. Entre 2013 et 2022, les recettes fiscales collectées sont passées de 403 milliards de FCFA à 865 milliards, soit une progression de 114 % en une décennie. En 2023, l'OTR a collecté 990 milliards de FCFA, contre un objectif de 912 milliards, soit un taux de réalisation de 108 %. En 2024, les recettes budgétaires s'élèvent à 1 098 milliards de FCFA, contre 560 milliards en 2018. Sur la période 2019-2024, le taux moyen de réalisation des objectifs de recettes s'établit à 104 %.

Ces résultats procèdent notamment de la dématérialisation des procédures fiscales et douanières, du renforcement des mécanismes de lutte contre la fraude et de l'élargissement progressif de l'assiette fiscale. Ils attestent de ce qu'une administration dotée d'un mandat clair et d'une autonomie institutionnelle effective est en mesure de produire des gains substantiels de mobilisation, indépendamment de toute modification du cadre législatif.

Le cas de l'Ouganda : une progression inscrite dans la durée

L'Uganda Revenue Authority, créée en 1991, affichait, à son lancement, un ratio des recettes fiscales au PIB de 6,83 %. En 2015, ce ratio atteignait 13 %, témoignant d'une amélioration réelle, quoique progressive et étalée sur plusieurs décennies. En 2024/25, l'effort fiscal s'établissait à 14,3 % du PIB, avec un taux de réalisation des objectifs de recettes de 100,84 %. Les autorités attribuent cette dynamique à la montée en puissance des outils numériques, notamment la facturation électronique et les systèmes de traçabilité des transactions.
La Banque mondiale relève néanmoins que ce ratio de 14 % demeure inférieur au seuil de 15 % considéré comme essentiel au financement du développement, et nettement en dessous de la moyenne d'Afrique subsaharienne de 18,6 %.

Si les réformes engagées ont produit des effets tangibles, la base fiscale reste étroite, le secteur informel demeure largement en dehors du champ de l'imposition effective, et la confiance des contribuables envers l'administration fiscale demeure fragile. La trajectoire ougandaise illustre ainsi qu'une institution peut progresser de manière soutenue à long terme, tout en restant en deçà de son potentiel réel de mobilisation des recettes fiscales.

De la performance fiscale à la question institutionnelle

Le Togo et l'Ouganda n'offrent pas le même bilan, mais leur rapprochement soulève une question commune : quels sont les véritables déterminants de la capacité d'une administration fiscale à mobiliser les ressources à la hauteur de son potentiel de collecte ?

La réponse ne réside pas dans le seul volume des moyens engagés. Elle tient à la capacité de l'administration à identifier les contribuables, à différencier le traitement des assiettes selon leur nature et leur taille, à alléger les coûts de conformité fiscale, et à rendre le contrôle fiscal suffisamment crédible pour dissuader les comportements d'évitement. Ces capacités procèdent autant de choix institutionnels que d'investissements financiers.

Le degré d'autonomie accordé à l'administration fiscale dans sa gestion figure parmi les facteurs les plus déterminants identifiés par la recherche. Une administration dotée d'une autonomie renforcée tend à afficher de meilleures performances de collecte que celle d'une institution dont la marge de manœuvre opérationnelle est limitée.

La mobilisation des ressources fiscales est ainsi tributaire, au même titre que du niveau de développement économique, des choix opérés dans la conception, l'organisation et la gouvernance de l'administration chargée de les recouvrer. Les cas du Togo et de l'Ouganda en offrent une illustration concrète et contrastée.

Handball/42ᵉ édition CACVC : Petro Athletic de Luanda et Etoile du Congo sacrés champions

Radio Okapi / RD Congo - Wed, 15/07/2026 - 15:56


Petro Atlético de Luanda, chez les dames, et Étoile du Congo de Brazzaville, chez les messieurs, ont été sacrés champions d’Afrique de handball, mardi 14 juillet à Kinshasa (RDC). C’est à l’issu de la 42e édition du Championnat d’Afrique des clubs vainqueurs de coupe (CACVC) et de la Super coupe de handball, disputée au gymnase jumelé du Stade des Martyrs. 

Categories: Afrique

DWANIGNON Services condamné pour un prêt impayé

24 Heures au Bénin - Wed, 15/07/2026 - 15:45

L'établissement DWANIGNON SERVICES et son représentant ont été condamnés, le 25 juin 2026, au paiement de 2.108.105 FCFA, correspondant au solde d'un crédit impayé.

La Caisse du Mouvement Mutualiste Béninois (CMMB) a saisi, le 11 mai 2026, le tribunal de commerce de Cotonou, à l'encontre de l'Etablissement DWANIGNON SERVICES.

L'Etablissement, avait contracté auprès de la CMMB un prêt de 3.000.000 FCFA, assorti d'un taux d'intérêt dégressif de 1,8% par mois, remboursable en douze mensualités de 366.055 FCFA.

Pour garantir ce financement, Armistice Carole IKO s'était portée caution personnelle et solidaire. Mais après plusieurs échéances impayées, la CMMB a indiqué que le crédit présentait un solde débiteur de 2.108.105 FCFA.

Une sommation de payer adressée au débiteur principal ainsi qu'une dénonciation de la défaillance à la caution, en novembre 2024, sont restées sans effet.

Assignés, DWANIGNON SERVICES et son représentant S. H. D. S. n'ont pas comparu devant le tribunal.

Dans son jugement rendu le 25 juin 2026, le tribunal a rappelé que « les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites et doivent être exécutées de bonne foi ».

Les juges ont relevé également que la CMMB a produit au dossier la situation du crédit ainsi que la lettre de dénonciation adressée à la caution, tandis qu'aucune preuve de paiement n'est parvenue au dossier.

Le Tribunal a condamné solidairement l'Etablissement DWANIGNON SERVICES, représenté par S. H. D. S, et A. C . I, la cautionArmistice Carole IKO à verser 2.108.105 FCFA à la Caisse du Mouvement Mutualiste Béninois (CMMB), représentant le capital restant dû.
M. M.

Categories: Afrique

Bonne nouvelle pour les voyageurs : Saudia Airlines s’offre une nouvelle ligne vers l’Algérie

Algérie 360 - Wed, 15/07/2026 - 15:44

Le voyage s’accélère au départ d’Oran ! Depuis lundi 13 juillet, El Bahia est directement connectée à Médine. Une toute nouvelle liaison aérienne sans escale […]

L’article Bonne nouvelle pour les voyageurs : Saudia Airlines s’offre une nouvelle ligne vers l’Algérie est apparu en premier sur .

Categories: Afrique

RDC: deux mois après l’annonce d’une 17e épidémie d’Ebola, un virus qui progresse plus vite que la riposte

RFI /Afrique - Wed, 15/07/2026 - 15:44
Le 15 mai 2026, la République démocratique du Congo (RDC) annonçait qu’une 17ᵉ épidémie d’Ebola avait été détectée dans l’est de son territoire, avec la province de l’Ituri comme épicentre. Deux mois plus tard, la progression du virus Bundibugyo est plus rapide que la riposte mise en place. Explications.
Categories: Afrique

Au Sénégal, les supporters réclament la démission du président de la FSF

France24 / Afrique - Wed, 15/07/2026 - 15:39
Au Sénégal, la colère monte. Des supporters réclament la démission du président de la FSF après l'échec du Mondial 2026. Ils dénoncent aussi les dysfonctionnements extra-sportifs qui ont marqué la campagne des Lions aux USA. 
Categories: Afrique

Un couple interpellé pour présumé vol d'un bébé

24 Heures au Bénin - Wed, 15/07/2026 - 15:32

Un couple a été interpellé à Adjarra, dans le département de l'Ouémé, à la suite de soupçons portant sur l'origine d'un nouveau-né présenté dans un centre de santé pour une séance de vaccination. L'affaire, qui remonte au vendredi 10 juillet 2026, fait désormais l'objet d'une enquête menée par l'Office central de protection des mineurs (OCPM).

Les faits se sont déroulés au Centre de santé d'Adjarra 1, où une femme de 37 ans s'y est rendue avec un bébé de sexe féminin selon Libre Express. La sage-femme a remarqué que la nourrice ne présente aucun signe physique d'un accouchement récent.

Elle n'a pas été en mesure non plus de présenter les documents relatifs à la naissance de l'enfant. Selon ses dires, elle a accouché dans une clinique située à Lagos, au Nigeria.

Les policiers ont mené une enquête, notamment auprès du Centre hospitalier départemental de l'Ouémé (CHD-O).

Le conjoint de la suspecte, un enseignant d'anglais âgé de 43 ans en poste dans un établissement scolaire du nord du Bénin, a également été interpellé.

Présenté aux autorités judiciaires, le dossier a été confié, sur instruction du président du Tribunal de première instance de Porto-Novo, à l'Office central de protection des mineurs. Les investigations se poursuivent pour faire la lumière sur cette affaire.

Categories: Afrique

Le corps sans vie d'un homme retrouvé dans la lagune à Dantokpa

24 Heures au Bénin - Wed, 15/07/2026 - 15:32

Le corps sans vie d'un jeune homme a été découvert, mardi 14 juillet 2026, dans la lagune aux abords du marché de Dantokpa.

Découverte macabre dans la lagune de Cotonou. Un corps sans vie a été retrouvé par les usagers du marché Dantokpa. Il s'agit d'un individu de sexe masculin.
Les agents du Commissariat de Dantokpa ont procédé au constat. Le corps a été repêché par les services compétents.
Une enquête devrait permettre de déterminer l'identité de la victime ainsi que les causes exactes de son décès.

Categories: Afrique

Algérie Poste disjoncte à son tour : Panne géante des DAB dans plusieurs wilayas

Algérie 360 - Wed, 15/07/2026 - 15:27

L’établissement public Algérie Poste a apporté, ce mercredi, des éclaircissements concernant les perturbations techniques qui affectent actuellement certains de ses services monétiques à travers plusieurs […]

L’article Algérie Poste disjoncte à son tour : Panne géante des DAB dans plusieurs wilayas est apparu en premier sur .

Categories: Afrique

Ghana : deux Nigérians arrêtés alors qu’ils tentaient de fuir vers le Togo après le meurtre présumé de leur compatriote

Togo Actualités - Wed, 15/07/2026 - 15:22

Les autorités ghanéennes ont interpellé deux ressortissants nigérians soupçonnés d’avoir assassiné l’un de leurs compatriotes avant de tenter de prendre la fuite vers le Togo.

Selon un communiqué de la police régionale du Nord, relayé par le site d’information Koaci, Daniel Victor Eze et David Oko Ewa ont été arrêtés le samedi 11 juillet sur la route de Tatalé, alors qu’ils tentaient de rejoindre le Togo voisin.

La victime, identifiée comme Nkemujika Uzorchuku Eze, 36 ans, a été retrouvée sans vie dans sa chambre à Sanzirigu, dans la périphérie de Tamalé. Son corps a ensuite été transporté à la morgue du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Tamalé, où une autopsie doit être pratiquée.

Les premières constatations des enquêteurs font état d’une profonde entaille au front de la victime ainsi que d’une serviette introduite dans sa bouche. La chambre présentait également des signes évidents de saccage.

Les investigations ont révélé que la victime vivait dans un appartement de trois pièces avec son épouse, Peace Uzorchuku, les deux suspects et un autre ressortissant nigérian, Godwin Nwafor. Au cours de la perquisition, les policiers ont saisi un pilon en bois, considéré comme une possible arme du crime, ainsi que plusieurs autres éléments qui feront l’objet d’analyses médico-légales.

D’après la police, les deux suspects ont reconnu, lors de leur interrogatoire, avoir planifié le meurtre. Ils auraient expliqué avoir agi parce qu’ils accusaient la victime de s’être approprié une somme d’argent obtenue, selon eux, à travers une fraude sur internet.

Les deux hommes ont été placés à la disposition du Département des enquêtes criminelles de Tamalé et doivent être présentés devant la justice. Les enquêteurs poursuivent leurs investigations, notamment à travers l’exploitation des preuves scientifiques et la collecte des images de vidéosurveillance disponibles dans le secteur.

Togoactualité

The post Ghana : deux Nigérians arrêtés alors qu’ils tentaient de fuir vers le Togo après le meurtre présumé de leur compatriote appeared first on Togo Actualite - Premier site d'information du Togo.

Categories: Afrique

Ebola : en RDC, l’épidémie progresse à un « rythme sans précédent » selon MSF, plus de 2 000 cas recensés

LeMonde / Afrique - Wed, 15/07/2026 - 15:22
L’épidémie pourrait être au moins deux à quatre fois plus importante que ne le laissent penser les chiffres officiels, d’après l’OMS.
Categories: Afrique

Zimbabwe : 80 000 rapatriés après les violences en Afrique du Sud

France24 / Afrique - Wed, 15/07/2026 - 15:12
Près de 80 000 Zimbabwéens ont regagné leur pays après les violences xénophobes en Afrique du Sud. La majorité est revenue par ses propres moyens, malgré un dispositif de rapatriement mis en place par les autorités. De retour chez eux, ils racontent les épreuves et les traumatismes qu'ils ont vécus.
Categories: Afrique

Tunisie : Haythem El Mekki, célèbre chroniqueur et critique virulent du président Kaïs Saïed, condamné à un an de prison

LeMonde / Afrique - Wed, 15/07/2026 - 15:10
Une enquête avait été ouverte contre Haythem El Mekki en vertu d’un décret-loi présidentiel contre les « fausses informations », après une publication sur l’état de la morgue de l’hôpital de la ville de Sfax.
Categories: Afrique

Togo : Le Pouvoir du Pouvoir qui Pourvoit tout

Togo Actualités - Wed, 15/07/2026 - 15:08

« C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. » Montesquieu écrivait cela en 1748, dans De l’esprit des lois, sans savoir qu’il décrivait par anticipation un problème de plomberie institutionnelle togolaise : que faire lorsque les limites, précisément, approchent ? La réponse est venue de Lomé, le 25 mars 2024, et elle est d’une élégance que le baron de La Brède n’avait pas prévue : on déplace les limites. Ou mieux : on déménage avant qu’elles n’arrivent.

Il fallait oser. Prendre un Parlement dont le mandat avait expiré le 31 décembre 2023 — un Parlement périmé, donc, comme un yaourt oublié au fond du frigo institutionnel — et lui faire voter rien de moins qu’une nouvelle Constitution. La Cinquième République togolaise est née ainsi : d’une assemblée hors délai, sans référendum, sans consultation nationale, à quelques semaines d’élections législatives. Un exploit de gestion des stocks : on écoule la marchandise avant l’inventaire. Les commerçants du Grand Marché de Lomé, qui savent qu’« on ne vend pas le poisson d’hier au prix de celui du matin », apprécieront la leçon inverse : au sommet de l’État, le poisson d’avant-hier a rédigé le menu des vingt prochaines années.

Et voilà que la Cour de justice de la CEDEAO, dans un arrêt du 29 janvier 2026 discrètement rendu public fin juin — la discrétion, cette politesse des institutions —, vient gâcher la fête. Les juges communautaires, ces rabat-joie diplômés, ont osé qualifier l’opération de « changement inconstitutionnel de gouvernement » au sens de l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Ils sont allés jusqu’à écrire que le moment choisi, le contenu et l’effet escompté de la réforme trahissaient son objectif premier : contourner les limites de mandat présidentiel prévues par l’ancienne Constitution.

Contourner ? Quel vilain mot. Nous, à Lomé, on préfère dire « innover ». Le caméléon, dit le proverbe, change de couleur, jamais de peau. Nos juristes de cour ont fait mieux : ils ont changé la peau de la République pour que le caméléon n’ait même plus à se donner la peine de changer de couleur.

Reconnaissons l’ingénierie, le génie de la manœuvre, et rendons à César ce qui appartient à César — d’autant que César, ici, a rédigé lui-même l’acte de donation. Le problème était simple : la limitation des mandats présidentiels. Deux solutions s’offraient au juriste ordinaire : quitter le pouvoir (grotesque, ne perdons pas de temps là-dessus), ou violer frontalement la Constitution (vulgaire, et surtout démodé depuis que les coups d’État se font en toge plutôt qu’en treillis). Le Togo a choisi la troisième voie, la plus raffinée : garder le pouvoir mais changer l’étiquette sur la porte du bureau.

Machiavel conseillait au Prince de paraître avoir toutes les qualités sans s’embarrasser de les posséder. Nos modernes ont perfectionné le précepte : il suffit désormais de paraître avoir changé de régime sans s’embarrasser de changer de dirigeant. Exit le président élu au suffrage universel — ce rituel encombrant, coûteux, où le peuple s’imagine avoir son mot à dire, cette superstition du XXᵉ siècle. Place au « Président du Conseil des ministres », chef du parti majoritaire, concentrant l’essentiel du pouvoir exécutif, sans limite sérieuse à l’horizon, et — pure coïncidence cosmique, alignement des planètes que les astronomes étudieront longtemps — taillé aux mesures exactes de l’homme qui dirige le pays depuis 2005, lui-même héritier d’un père installé aux affaires depuis 1967.

Faisons le compte, puisque l’arithmétique est la seule science que le pouvoir ne parvient jamais tout à fait à réformer : bientôt soixante ans de continuité familiale. Dans n’importe quelle autre organisation humaine, on appellerait cela une PME dynastique, avec transmission du fonds de commerce et clientèle captive. Au Togo, on appelle cela une République. La cinquième, pour être précis — ce qui laisse penser qu’on garde les quatre premières en pièces détachées, au cas où celle-ci tomberait en panne avant l’échéance. Héraclite enseignait qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ; le constituant togolais a démontré qu’on peut se baigner cinq fois dans la même eau, pourvu qu’on repeigne la baignoire entre chaque bain.

La Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire, s’étonnait que des millions d’hommes servent « un seul tyranneau » qui n’a « que deux yeux, que deux mains, qu’un corps ». Il n’avait pas envisagé le cas où le tyranneau dispose, en sus, d’un bureau d’études constitutionnelles. Le génie moderne n’est plus de faire obéir le peuple : c’est de réécrire le contrat pendant que le peuple dort, et de lui présenter au réveil la nouvelle édition, reliée cuir, comme un cadeau.

Le plus beau, dans cette affaire, tient pourtant en un détail de procédure que les manuels de droit devraient enseigner au chapitre de la rhétorique. Devant la Cour, saisie par la Ligue togolaise des droits de l’homme et douze autres requérants, l’État togolais n’a tout simplement pas présenté de défense. Aucune conclusion, aucun acte de procédure, malgré les notifications régulières. Jugement par défaut. On imagine la réunion stratégique au sommet : « Si nous ne répondons pas, peut-être que la CEDEAO croira que nous avons déménagé. » Après tout, la méthode avait fonctionné avec la Constitution.

Pascal l’avait pressenti : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. » L’État togolais, lui, sait demeurer en repos. Il a fait du silence un système de gouvernement et de l’absence une plaidoirie. Il faut dire que répondre aurait exigé d’expliquer, arguments à l’appui, pourquoi un Parlement en fin de vie était habilité à réécrire le contrat social de tout un peuple — exercice périlleux, car Rousseau veille au grain depuis 1762 : une loi que le peuple en personne n’a point ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. Plutôt que d’affronter le Genevois, on a préféré la politique de la chaise vide. Qui ne dit mot consent, prétend l’adage ; le régime en a inventé la variante souveraine : qui ne dit mot espère que le dossier se perdra.

Le silence était, au fond, la plaidoirie la plus honnête jamais produite par ce pouvoir. Car que dire ? Que le calendrier était fortuit ? Que la suppression de l’élection présidentielle au suffrage direct, votée à quelques encablures d’une échéance électorale, relevait du pur amour de la doctrine parlementaire, d’une passion soudaine pour Westminster contractée un soir de lecture ? Il y a des mensonges que même un mémoire en défense ne sait pas porter. La parole est d’argent, le silence est d’or : à Lomé, on connaît le cours des métaux.

Rassurons maintenant les inquiets du Palais : l’arrêt n’a aucune force coercitive. La Cour n’a ni annulé la Constitution de 2024, ni prononcé de sanctions. Elle a simplement invité les autorités à veiller, à l’avenir, à conformer leurs réformes à leurs engagements internationaux — formule exquise, qui revient à demander au renard, après l’inventaire du poulailler, de bien vouloir tenir compte du règlement intérieur lors de ses prochaines visites. C’est une victoire « morale » pour l’opposition, c’est-à-dire, en langage réaliste, une victoire qu’on peut encadrer et accrocher au mur pendant que rien ne change. Le mur, lui au moins, est décoré.

Mais méfiance. Les victoires morales ont une fâcheuse habitude : elles s’accumulent, comme l’eau derrière un barrage dont on ne surveille plus les fissures parce qu’on a réformé le service de surveillance. Un jour, c’est un arrêt de cour régionale ; le lendemain, une déclaration d’opposition parlant de « coup d’État constitutionnel » et de « sévère désaveu » ; bientôt, tout un continent qui prend des notes. Car si le tour de passe-passe togolais devient jurisprudence de l’impunité, chaque président en fin de mandat sait désormais que la sortie de secours ne passe plus par l’aéroport, mais par une réécriture express de la loi fondamentale. Il suffit d’un Parlement docile, d’une imprimerie nationale et d’un chiffre romain disponible. Camus l’écrivait sans rire, lui : « La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. » Ici, on a inventé la démocratie inverse : la protection d’une minorité d’un seul, par la loi d’une majorité expirée.

La CEDEAO, elle, aura au moins mis les mots sur la chose, et nommer, disaient les Anciens, c’est déjà juger. Il ne s’agissait pas d’une réforme. Il s’agissait d’un déménagement : le pouvoir a changé d’adresse constitutionnelle en gardant le même occupant, les mêmes meubles et le même portrait au mur. Et comme tout déménagement effectué à la sauvette, il s’est fait de nuit institutionnelle, sans prévenir les voisins — pardon, les citoyens, ces colocataires qu’on avait oubliés d’inscrire sur le bail.

Le proverbe éwé enseigne que « le mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour ». L’arrêt du 29 janvier 2026 aura mis vingt-deux mois : la vérité, elle aussi, subit les lenteurs de greffe. Mais elle est arrivée, et elle est écrite, et les écrits restent — verba volant, scripta manent — quand les mandats, eux, étaient censés passer.

On attend maintenant, avec la gourmandise du chroniqueur, la Sixième République. Les paris sont ouverts sur l’intitulé du prochain poste : « Gardien perpétuel de la stabilité » a une certaine allure ; « Curateur à vie de l’héritage » ne manque pas de panache. Montesquieu, décidément prophète, avait prévenu que « pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». À Lomé, on a préféré une disposition plus simple : que le pouvoir hérite du pouvoir. C’est plus court, et cela tient sur une plaque de bureau.

Par : Ben Djagba, L’Encre Saignante de Kpédomé, Notsé

13 juillet 2026

The post Togo : Le Pouvoir du Pouvoir qui Pourvoit tout appeared first on Togo Actualite - Premier site d'information du Togo.

Categories: Afrique

Génocide des Tutsis au Rwanda: trente ans de prison requis en appel contre le médecin Eugène Rwamucyo

RFI /Afrique - Wed, 15/07/2026 - 14:47
Après six semaines de débats, l'avocate générale a requis, ce 15 juillet 2026 à Paris, 30 années de réclusion criminelle contre Eugène Rwamucyo, durant le procès de ce médecin rwandais condamné en première instance à 27 ans de prison pour complicité de génocide contre les Tutsis en 1994 au Rwanda. Le verdict est attendu le 17 juillet.
Categories: Afrique

‎Burkina/15e édition des Universités Africaines de la Communication : Le Comité scientifique installé ‎

Lefaso.net (Burkina Faso) - Wed, 15/07/2026 - 14:45

‎Le Ministre de la communication, de la culture, des arts et du tourisme (MCCAT) Pingdwendé Gilbert Ouédraogo a officiellement installé le comité scientifique de la 15e édition des Universités Africaines de la Communication de Ouagadougou, (UACO) le mardi 14 juillet 2026, rapporte la direction de la communication du MCCAT.

Le comité scientifique installé comprend dix membres parmi lesquels des hommes de lettres et de culture, des enseignants-chercheurs et des professionnels du domaine de l'information et de la communication. Il aura pour mission de définir les orientations scientifiques de cette 15e édition à travers la formulation du thème général et des axes de réflexion.

‎Dans son discours, le ministre a rappelé les fondements de cet évènement majeur du secteur de la communication et de l'information en Afrique : " les UACO, depuis leurs institutions en 2004, constituent un espace majeur de réflexions, d'échanges et de production d'idées sur les enjeux et les défis de la communication en Afrique. Elles réunissent des experts, des chercheurs, des journalistes et communicants autour des grandes problématiques liées à l'évolution des médias, des technologies de l'information et des pratiques communicationelles ", a-t-il indiqué.


‎Pour la 15e édition des UACO, prévue du 7 au 9 octobre 2026 à Ouagadougou, le chef du département de la Communication a annoncé deux grandes innovations : le forum des acteurs des médias de l'AES et la " Nuit du Communicateur" qui est l'apothéose du concours "Zama d'or". Il a donc invité les membres du Comité à inscrire les travaux dans une dynamique de réflexion exigeante, capable d'éclairer les choix futurs et de nourrir une pensée africaine sur les questions d'information et de communication.

‎Organisées tous les deux ans, les UACO se tiendront désormais chaque année sur une période de cinq ans.



www.lefaso.net

‎Source : DCRP/MCCAT

Maroc : le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet remis en liberté, l’enquête se poursuit

LeMonde / Afrique - Wed, 15/07/2026 - 14:38
Connu pour ses positions critiques à l’égard des autorités marocaines, il a été interpellé dimanche 12 juillet à son arrivée au Maroc en provenance d’Espagne pour « diffusion de fausses informations ».
Categories: Afrique

Affaire Hanoune – ministre Saâdaoui : le tribunal clos le dossier

Algérie 360 - Wed, 15/07/2026 - 14:22

L’affaire Louisa Hanoune-Mohamed-Seghir Saâdaoui est close. Ce mercredi, le tribunal correctionnel de Sidi M’hamed a prononcé l’extinction de l’action publique dans la procédure engagée contre […]

L’article Affaire Hanoune – ministre Saâdaoui : le tribunal clos le dossier est apparu en premier sur .

Categories: Afrique

Ebola en RDC : les soignants dénoncent leurs conditions de travail

France24 / Afrique - Wed, 15/07/2026 - 14:14
L’ampleur de l'épidémie actuelle d'Ebola pourrait représenter deux à quatre fois les estimations officielles annonces faites par l'OMS. Le dernier bilan officiel des autorités congolaises publié mardi fait état de 719 morts et 1963 personnes contaminées. Dans l’Ituri, des soignants ont protesté ce mardi pour dénoncer leurs conditions de travail.
Categories: Afrique

Pages