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Diplomacy & Defense Think Tank News

Agree to disagree: why the AU and the EU should engage in pragmatic partnerships

The AU–EU partnership should embrace the plurality within both unions, make interests transparent, and enable pragmatic cooperation between coalitions of willing countries, helping to bring proclaimed ambitions closer to actual practice, explain Benedikt Erforth and Lena Gutheil.

Opération Lance du Sud dans la Caraïbe : où en sont les promesses de Trump un an après ?

IRIS - jeu, 10/09/2026 - 11:59

Un an après le lancement de l’opération Lance du Sud (Operation Southern Spear), la question de son efficacité se pose alors que les États-Unis veulent désormais l’étendre à tout le continent américain. Cette campagne militaire de surveillance, mise en place par l’administration de Trump, a pour but officiel de « détecter, perturber et dégrader les réseaux criminels transnationaux et les réseaux maritimes illicites ». Or, les accusations d’exécutions extrajudiciaires portées par de nombreuses ONG ainsi que les chiffres officiels qui annoncent 227 morts interroge sur son réel impact.

Quel bilan tirer de cette première année ? Au-delà des chiffres officiels, quelles conséquences réelles pour le narcotrafic et pour la région des Caraïbes ? Et alors que le dispositif s’étend désormais à toute l’Amérique latine, assiste-t-on à l’émergence d’une nouvelle doctrine militaire américaine dans la région ?

Nouvelle chronique de l’Amérique latine avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS et responsable du Programme Amérique latine/Caraïbe.

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Political Instability Meets Fiscal Limits: Is France the Euro’s Next Big Stress Test?

SWP - jeu, 10/09/2026 - 10:38

With around half a year remaining before the next presidential election, France is in danger of becoming a stress test for the eurozone: a political crisis, a deteriorating fiscal position and growing market doubts about the country’s ability to finance its mounting debt burden are all converging. France faces a significant structural imbalance in its public finances. The budget deficit exceeds 5 per cent of GDP, while public expenditure stands at around 57 per cent of GDP. At the same time, public debt is rising steadily and could, without sufficient fiscal consolidation measures, exceed 130 per cent of GDP by 2030. The interest burden on public debt is rising rapidly and could rise to more than 120 billion euros, equivalent to 3.5 per cent of GDP by 2030. The central challenge, however, may not lie in the fiscal arithmetic of the budget, but in the political capacity to address it. On the one hand, the costs of social welfare expenditure are no longer sustainable; on the other, the majority of the population continues to demand more state intervention. The situation is compounded by the lack of a parliamentary majority and limited prospects of achieving one in the near future. The global environment is also weighing heavily: Tensions involving Iran are driving up fuel prices and inflation, while US fiscal concerns are putting upward pressure on bond yields.

An election campaign lacking a commitment to fiscal consolidation

With just over six months to go before the first round of the presidential election, the French economic debate is dominated by promises of additional spending, including commitments to lower the retirement age, as well as by diversionary issues such as constitutional referendums and by nationalist and protectionist rhetoric often accompanied by strongly Eurosceptic undertones. Jean-Luc Mélenchon’s call for a partial write-off of French debt held by the Banque de France, a member of the Eurosystem, is adding to market concerns about France. Marine Le Pen’s proposals, too – such as maintaining the low retirement age or escalating conflicts with the EU (over Schengen, migration policy and the EU budget) – could increase pressure on French government bonds and further weaken the economy through capital outflows. The high and rising share of foreign investors in French public debt, which stands at 56 per cent, makes the country even more vulnerable to shifts in market sentiment.

This raises the crucial question: What happens if market pressure on France persists and there is no parliamentary majority in favour of fiscal consolidation? The eurozone has no legal or political mechanisms in place in the event that the political system of a key member state becomes paralysed. The only credible safety net remains the European Central Bank’s (ECB) bond-purchasing programme, the Transmission Protection Instrument (TPI). The problem, however, is that the Eurosystem cannot finance France’s deficit or purchase French government bonds at will, solely in response to rising yields. Should broader intervention become necessary in the absence of a credible fiscal consolidation path from Paris, the ECB Governing Council would face a legally and politically difficult decision. The ECB would then find itself caught in a conflict of objectives between its mandate to protect the stability of the eurozone and its duty to prevent the single monetary policy from replacing the French government’s fiscal policy.

The real test for the eurozone

The previous eurozone crisis was triggered by smaller economies on its periphery, yet it nearly caused the collapse of the monetary union. A growing loss of market confidence in France would be a far more severe test for the eurozone. Bond purchases can mitigate acute liquidity and refinancing risks, but they merely shift the problem into a chronic structural fiscal crisis, which, if it escalates further, could eventually overwhelm the capabilities of monetary policy. The real test for the eurozone will be whether it can maintain stability in the bond market in Europe’s second-largest economy without relieving it of responsibility for its own fiscal policy. Should this balancing act fail, the Eurosystem could, in the short term, use its instruments to limit acute market distortions in the bond markets. However, such measures cannot permanently cushion the consequences of an unsustainable fiscal trajectory. The longer the fiscal problems remain unresolved, the more they will exacerbate political tensions over the limits of European solidarity and the future of the monetary union, thereby undermining confidence in the European institutions and the cohesion of the EU.

Clap de fin pour Netanyahou ?

IRIS - jeu, 10/09/2026 - 10:35

Le journal israélien Haaretz a révélé, ce 8 septembre, que Benyamin Netanyahou avait connaissance de l’avènement d’une opération majeure du Hamas sur le territoire israélien par le leader émirati Mohammed Ben Zayed, dix jours avant le 7 octobre.
Des révélations réfutées, qui mettent à mal Netanyahou dans le cadre des prochaines élections législatives d’octobre.

Au lendemain des sanctions annoncées par la France, la Grande-Bretagne et le Canada contre les produits issus des colonies israéliennes en Cisjordanie, c’est un véritable revers diplomatique et politique pour Benyamin Netanyahou.

Assiste-t-on, à l’aube des élections israéliennes, à la fin de l’ère Netanyahou ?

Mon analyse dans cette vidéo

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Humanoïdes : révolutions agricoles et alimentaires ?

IRIS - jeu, 10/09/2026 - 09:00
Tenir compte du contexte global

Pour comprendre en quoi l’irruption des humanoïdes dans l’univers agricole et alimentaire n’est pas à sous-estimer, prenons le soin de rappeler certaines dynamiques actuellement à l’œuvre, en se limitant à cinq d’entre elles qui nous paraissent déterminantes :

D’abord, un constat. Nourrir la planète constitue le premier secteur d’emploi mondial. Près de 1,4 milliard de personnes travaillent dans les systèmes agricoles et alimentaires, soit environ quatre actifs sur dix. L’agriculture primaire en mobilise à elle seule près de 900 millions, auxquels s’ajoutent les métiers de la pêche et de l’aquaculture, de la transformation, de la logistique, de la distribution ou encore de la restauration. C’est massif en valeur absolue, même si la part de l’agriculture dans l’emploi mondial recule progressivement : supérieure à 40 % au début des années 1990, elle se situe désormais autour du quart. Imaginer l’arrivée de robots humanoïdes dans ces secteurs, c’est donc se pencher sur l’avenir du travail, des compétences et des revenus de centaines de millions d’êtres humains.

Ensuite, une tendance. La population mondiale vieillit et les secteurs agricoles et alimentaires, dans toutes leurs composantes, n’échappent pas à la tendance. Complétons par l’érosion de l’attractivité, depuis de nombreuses années, pour les métiers productifs agricoles et ceux de l’industrie. Nous avons encore beaucoup de monde dans l’agriculture et l’agroalimentaire, comme indiqué au point précédent, mais ces personnes prennent de l’âge, ne sont pas souvent valorisées sur le plan sociétal et des salaires alors qu’elles exercent des métiers indispensables et difficiles, et leurs compétences ou savoir-faire peinent de plus en plus à être transmis ou renouvelés. Parler des humanoïdes en agriculture et dans l’agro-industrie, c’est inévitablement évoquer le défi du rapport au travail, dans des secteurs exigeants et pour lesquels peu de jeunes gens se tournent désormais…

En outre, un rappel. La technologie, le numérique et l’intelligence artificielle sont depuis longtemps très présents dans les secteurs agricoles et alimentaires. Pour entrer en détail dans ce jeu relationnel et en saisir à la fois l’amplitude et l’intérêt, il suffit de se pencher sur quelques travaux globaux récents[2] ou même certaines publications pédagogiques à l’échelle de la France[3]. Se projeter avec les humanoïdes, c’est anticiper le passage d’une intelligence artificielle (IA) qui assiste l’agriculteur ou le salarié d’une usine à une IA qui potentiellement agira seule, de manière autonome et pourrait même décider des tâches à accomplir. C’est aussi une IA qui oriente et structure les comportements alimentaires, avec pourquoi pas des robots en cuisine qui combinent recommandations nutritionnelles et capacités à préparer la juste ration pour servir les personnes…

Par ailleurs, une demande. Les attentes envers l’agriculture et l’alimentation sont immenses à l’heure des grandes transitions écologiques à mener. Préservation et régénération des écosystèmes, optimisation et résilience des rendements, décarbonation des activités, économie circulaire, réduction des pertes et des gaspillages sont autant de cadres stratégiques avec lesquels les acteurs agricoles et alimentaires doivent composer. Introduire la perspective d’humanoïdes dans ce registre, c’est se demander s’ils seraient plus à même que les humains à conduire ces transitions, accepter les changements et savoir s’y adapter. Ils pourraient travailler lorsque les températures deviennent difficiles, modifier instantanément leurs pratiques, optimiser l’usage de l’eau et de l’énergie ou appliquer sans résistance des protocoles nouveaux. Dit autrement, faire parfois mieux, plus vite et plus systématiquement ce que les humains, attachés à leurs habitudes, leurs intérêts et leurs contraintes économiques ou sociales, peinent à accomplir.

Enfin, la compétition géopolitique constitue la cinquième dynamique qui conditionne notre réflexion générale sur le sujet. Derrière les humanoïdes se cachent des jeux de puissance entre la Chine et les États-Unis notamment, mais pas uniquement. Le Japon, confronté à des virages sociodémographiques et agricoles considérables, ou encore l’Arabie saoudite, soucieuse d’investir le futur avec de l’IA et d’avoir une armée de travailleurs à domicile, participent d’ores et déjà, et à leur manière, à cette grande aventure technologique en cours. Pékin semble augmenter la cadence pour industrialiser sa production d’humanoïdes[4]. Tesla effectue un mouvement important pour passer de l’automobile aux robots. L’IA physique, avec des humanoïdes déployés, sera à la fois un bouleversement dans le monde du travail mais également un terrain majeur de compétition entre puissances, États comme entreprises. D’ailleurs, Bill Gates vient de souligner combien l’essor fulgurant de l’IA bouleversera les sociétés en profondeur, au point de plaider pour que certains emplois demeurent réservés aux humains. Il liste néanmoins le potentiel incroyable de l’IA dans certains secteurs stratégiques, dont l’agriculture[5].

De la curiosité à l’anticipation

Démographie, emploi, climat, technologie et rapports de force suffisent pour cadrer l’essentiel des enjeux qui gravitent autour de l’arrivée d’humanoïdes dans nos existences, à court et à moyen terme. Il serait conseillé de s’y préparer. Pour l’agriculture et l’alimentation, cinq domaines balisent potentiellement le champ des réflexions : la recherche, la production, la transformation, la distribution et la consommation.

L’IA dope les capacités scientifiques. Pour la recherche agronomique et végétale, pour la performance des biotechnologies, pour la santé du Vivant et le bien-être animal, pour la fertilisation raisonnée des sols, les progrès pourraient s’avérer significatifs. Réduire le temps de l’expérimentation, accélérer l’analyse des résultats, favoriser le développement de solutions plus rapidement applicables sur le terrain : autant d’avancées concrètes d’ores et déjà constatées. L’arrivée des humanoïdes pourrait ouvrir une étape supplémentaire. Capables de manipuler, tester, observer, mesurer et répéter des expérimentations, éventuellement en continu, ils pourraient contribuer à rapprocher davantage l’IA du travail physique de laboratoire ou de terrain. Que deviendront les stratégies de recherche et développement (R&D) lorsque l’IA ne se contentera plus d’analyser les résultats des expériences, mais pourra aussi participer physiquement à leur réalisation ? Entreprises, instituts techniques et organismes scientifiques seraient alors concernés. Après l’automatisation du calcul scientifique pourrait ainsi venir celle d’une partie du geste scientifique. Si les humanoïdes permettent aux laboratoires de fonctionner plus longtemps, de multiplier les expérimentations et de raccourcir les cycles de R&D, alors la compétition géopolitique sur la robotique devient aussi une compétition sur la vitesse de production de l’innovation. Celui qui possède les meilleurs modèles d’IA et les meilleures capacités physiques d’expérimentation pourrait apprendre plus vite que ses concurrents.

En matière de production, le secteur agricole affiche déjà de fortes connexions avec les machines et les robots. Ne revenons pas sur la mécanisation (dont le tracteur est le symbole) qui sur le temps long aura été l’un des moteurs des révolutions agricoles passées, et qui reste encore attendue dans de nombreux pays, où la précarité technique prive de nombreux agriculteurs de meilleurs rendements et de solutions à même de réduire la pénibilité du travail. D’ailleurs, à ce sujet, soyons attentifs au développement des exosquelettes, qui permettent de soulager des douleurs, de faciliter des tâches et de prolonger l’effort dans l’agriculture. Il s’agit d’innovations regardées de près dans des sociétés où le vieillissement des producteurs s’accroît. Au Japon, leur moyenne d’âge frôle désormais les 70 ans ! Pas étonnant que le conglomérat Panasonic, via sa filiale Atoun, s’était activé sur ce registre dès la décennie 2010, comme le font désormais des universités et des start-ups nipponnes. Si le Japon semble vouloir habiller l’homme en robot avant d’envisager de mettre le robot à sa place, ce modèle questionne l’efficacité d’un tel dispositif et son coût. Car in fine, pour effectuer des activités difficiles, potentiellement dangereuses et surtout répétitives, le robot l’emportera. Au Japon, comme ailleurs. À noter aussi que si les grandes cultures (céréales, oléagineux, etc.) sont déjà très équipées en machines et robots, d’autres filières misent sur ces dynamiques pour aller de l’avant. Ainsi notamment du secteur des fruits et légumes, où beaucoup de choses restent à faire. La fragilité de ces productions, en plein champ ou sous serres, explique en partie cette situation. Mais la concentration des récoltes sur de courtes périodes, où des mois de culture se jouent, exige de pouvoir compter sur une main d’œuvre disponible, compétente et capable d’efforts fournis sur quelques jours. Nul doute que des innovations robotiques y seront déployées, surtout si le recours à des travailleurs étrangers s’estompe et qu’il faille maintenir des volumes sur les étals de consommateurs avides de végétal. Nul doute que l’entreprise Unitree Robotics sera aux aguets à ce sujet, à moins qu’elle ne le soit déjà.

Au niveau de la transformation, la robotisation progressera certainement plus nettement dans les dédales des usines agroalimentaires ou agro-industrielles. Reste à déterminer quelle place spécifique y prendront les humanoïdes. Leur avantage ne résidera probablement pas dans la répétition d’un geste standardisé, où le robot industriel classique excelle déjà, mais dans leur polyvalence et leur capacité à évoluer dans des espaces conçus pour les humains. Mais à la différence de ces derniers, ils auront sans doute l’avantage de ne jamais devoir s’arrêter, sauf pour changer de batteries ou les recharger…Vaste question donc quant à l’automatisation accrue demain dans ces usines, quand bien même les femmes et les hommes n’y disparaitront pas, mais seront davantage dans la supervision, le contrôle et la gestion. Nous aurons une coexistence, robots et humains, où chacun devra trouver sa place, son rôle et sa valeur ajoutée. C’est là aussi le défi : savoir identifier les moments, les lieux et les actions où la décision humaine restera primordiale, ou décisive, alors que l’IA physique et des humanoïdes seront à la manœuvre. Mais comme l’ont bien expliqué deux spécialistes de ces enjeux[6], l’essentiel du débat devrait surtout se polariser sur la faisabilité d’une part, et l’acceptabilité d’autre part. Dans le cas d’industries agroalimentaires, où les produits transformés proviennent du Vivant et dans lesquelles les problématiques de sécurité et traçabilité sanitaire sont immenses, serons-nous tous à l’aise si ce qui deviendra nourritures ne passe plus du tout dans les mains des êtres humains ? Certains y verront peut-être une rassurance, là où d’autres seront à l’inverse contrariés. Comme dans la santé et la médecine, les puissances de calcul, l’IA et les robots améliorent des diagnostics, des cadences et des rapidités d’exécution dans l’univers de l’agroalimentaire. Mais l’imbrication avec l’espèce humaine s’avère nécessaire, encore, sauf à concevoir que tout est remplaçable progressivement, y compris la responsabilité. Or dans le champ alimentaire, le consommateur est-il prêt à ne plus pouvoir connaître les origines, les processus et les interlocuteurs si les machines brouillent les cartes, rendent peu de comptes et ne répondent pas aux services après-ventes ?

Autant de défis que les acteurs de la logistique et de la distribution alimentaire auront aussi à préparer, vu la vitesse avec laquelle pour eux aussi les dynamiques d’IA embarquée se déploient. Forçons la fiction : des humanoïdes demain partout en magasin ? Après tout, les caisses sont devenues de plus en plus automatiques, scannant seules et efficacement les produits du client, tout heureux parfois de ne pas devoir échanger un mot avec l’interface machine qui froidement identifie les achats, présente l’addition et propose plusieurs modes de paiement. Nous avons encore néanmoins des personnes dans les rayons…même si en Chine ou ailleurs, des géants du numérique ont déjà mis en place des supermarchés sans présence humaine. Est-ce le souhait de tous les consommateurs ? Jusqu’où cette tendance peut-elle aller ? Allons-nous voir des humanoïdes s’installer en caisse, pour redonner un peu d’âme à ce passage obligé ? Ou allons-nous surtout les voir aller faire les courses, pour celles et ceux qui n’aiment pas cela, n’ont pas le temps et cherchent à diversifier leurs canaux d’approvisionnement à la maison ? Les livraisons à domicile explosent depuis quelques années, notamment pour les jeunes générations, mais aussi pour des personnes ou des couples qui veulent optimiser leur quotidien sans devoir cuisiner ou sans devoir aller acheter à manger. Osons même renverser le raisonnement : remplacer l’humain par la machine est-il toujours synonyme de déshumanisation ? Les conditions de travail parfois très précaires des livreurs des plateformes numériques invitent à nuancer cette évidence[7]. Un robot effectuant une tâche pénible, dangereuse ou socialement dévalorisée ne détruit pas nécessairement de l’humanité. Tout dépend de ce que la société fait des femmes et des hommes ainsi libérés de cette tâche. En tout cas, il sera assurément intéressant de voir comment les entreprises de la distribution comme celles de la restauration se comporteront avec la révolution humanoïde. Imaginons la plus grande enseigne mondiale de repas rapide, d’origine états-unienne, présente sur tous les continents, employant 2,5 millions de personnes actuellement, dont 75 000 en France, faire le choix de tout numérique, du tout robotique et d’un Ronald humanoïdisé à l’accueil du restaurant ou à la fenêtre du passage en drive…

Quant à la maison…faut-il encore des espaces pour cuisiner ou manger diront certains ? Si tout est livré et si plus personne ne partage de repas en même temps, dans une pièce dédiée, les architectes ont de belles conceptions inédites à envisager. Avant cela, constatons avec lucidité que les appareils électroménagers ont envahi nos cuisines bien avant l’invention du smartphone, mais que des robots sans cesse plus performants y prennent une place grandissante depuis quelques années ! Ne citons que le Thermomix pour ne pas y aller par quatre chemins, dont chaque nouvelle édition est augmentée de fonctions numériques. Qui sait, les prochaines versions proposeront peut-être un Thermomix à deux pattes, deux bras, à la fois capables de cuisiner, servir, ranger, nettoyer et commander en ligne tous les produits alimentaires qui commencent à manquer au domicile du propriétaire. À moins que cela soit cela le projet de Tesla avec Optimus, son humanoïde censé apporter une aide inédite à la maison. Que dira-t-il de nos sociétés, de nos relations sociales qui souvent s’animent autour d’un repas et qu’enregistra-t-il de nos vies les plus intimes, si tant est qu’il en existe encore. D’ailleurs, publier la photographie de son assiette constitue déjà l’une des images les plus abondantes sur Instagram. Alimentation, santé et assistance vont alors converger. Le robot connaîtrait nos goûts, nos allergies, nos objectifs nutritionnels et éventuellement certaines données médicales. Il pourrait adapter les portions, réduire le sel, surveiller le sucre, limiter le gaspillage ou ajuster un menu à l’activité physique de chacun. Nous passerions alors de l’alimentation personnalisée à l’alimentation personnellement administrée. Sinon des frais supplémentaires pour se soigner ou s’assurer, faute de comportements appropriés !

Ouvertures en conscience

Jusqu’à présent, nous avons surtout adapté l’environnement aux machines : chaînes de production, entrepôts automatisés, robots de traite, tracteurs autonomes ou bras robotisés. Avec l’humanoïde, la logique peut s’inverser. Nous cherchons désormais à fabriquer une machine capable de s’adapter à un monde conçu pour le corps humain. Peu de secteurs permettent d’observer cette révolution aussi bien que l’agriculture et l’alimentation. Pour nous nourrir, il faut semer, observer, récolter, traire, soigner, pêcher, porter, trier, découper, transformer, transporter, stocker, cuisiner et servir. Bref, mobiliser presque toute la palette des gestes humains.

La robotisation agricole est déjà une réalité. C’est également vrai dans l’élevage. Ces technologies répondent à plusieurs défis simultanés : productivité, manque de main-d’œuvre, pénibilité, réduction des intrants ou adaptation au changement climatique. À ce titre, et si les robots s’adaptaient plus vite que nous ? Les systèmes agricoles et alimentaires doivent simultanément réduire leurs émissions, économiser l’eau, protéger les sols, limiter certains intrants, préserver la biodiversité et maintenir une production suffisante. Or le paradoxe des transitions est connu : nous savons souvent ce qu’il faudrait modifier, mais les choses changent… lentement. La machine, le robot et l’humanoïde ne craindront pas de modifier des habitudes. Cela ne signifie évidemment pas qu’ils résoudront la crise climatique, d’autant que leur fabrication et leur utilisation seront énergivores… Mais ils pourraient devenir de puissants accélérateurs d’adaptation. La question écologique rejoindrait alors celle de la délégation : sommes-nous prêts à laisser les machines effectuer plus rapidement certaines transformations que nous n’arrivons pas collectivement à accomplir ?

Alors oui, le futur de l’agriculture robotisée ne sera pas nécessairement humanoïde. Pourquoi donner deux jambes à une machine lorsqu’un système roulant est plus stable ? Pourquoi reproduire une main humaine lorsqu’un outil spécialisé est plus efficace ? Dans une parcelle céréalière de plusieurs centaines d’hectares, le tracteur autonome conservera probablement longtemps l’avantage. Mais dans une serre, un élevage, une cave, un laboratoire, un atelier ou une exploitation horticole conçus autour des déplacements humains, la polyvalence de l’humanoïde pourrait faire sens, plus rapidement sans doute que ce que l’on pense. Et pourquoi s’arrêter à la terre ? Pêche et aquaculture connaissent elles aussi une automatisation croissante : surveillance des poissons, alimentation automatisée, inspection des cages, robots sous-marins, tri, manutention ou transformation. Dans une ferme aquacole ou un port, les environnements difficiles et parfois dangereux constituent un puissant moteur de robotisation. L’expérience en mer, sur un navire, peut s’avérer en revanche moins favorable, sauf si les humanoïdes font preuve d’un pied marin inattendu…

Après l’agriculture de précision pourrait ainsi venir l’agriculture de délégation. Dans l’industrie agroalimentaire, l’IA incarnée devrait également s’exprimer. Les robots servent déjà des plats et des boissons dans certains restaurants et l’humanoïde se prépare à entrer dans le domicile. Préparons tout cela, si nous voulons trouver le bon équilibre, car il ne s’agit pas de refuser l’évolution technique, mais bien d’anticiper au mieux ces ruptures potentielles et de définir les contours de la responsabilité future. C’est d’ailleurs le message principal de l’Encyclique du Pape Léon publiée cette année[8], à lire sans hésiter même si l’on n’est pas croyant. Le Pape y rappelle que les systèmes d’IA, aussi performants soient-ils, ne possèdent pas de conscience morale et ne peuvent « assumer le poids des conséquences » (paragraphe 99). Les humanoïdes ne vont pas envahir demain matin nos champs, nos usines, nos magasins et nos cuisines. Mais ils nous obligent dès aujourd’hui à poser une question essentielle : non pas seulement ce que nous accepterons de leur faire faire, mais ce que nous accepterons de leur laisser décider. Car produire, transformer, transporter ou préparer notre alimentation engage toujours une responsabilité. À mesure que les machines deviendront plus autonomes, il faudra donc déterminer où s’arrête la délégation et où doit demeurer la décision humaine.

Sur le terrain géopolitique, la course est lancée entre une Chine qui se veut championne mondiale de la robotique industrielle et entend distancer les États-Unis sur la gamme d’humanoïdes performants et peu coûteux. Quid de l’Europe, qui voudra assurément moraliser ces sujets tout en explorant les avantages de ces innovations technologiques pour les secteurs qu’elle jugera stratégiques. Sans doute sera-t-elle tentée de vouloir mettre en œuvre une robotique humaniste et tracer des frontières hermétiques pour limiter le champ d’action des humanoïdes. Une question de souveraineté se posera également. Qui maîtrisera les données captées par ces machines, les modèles d’IA qui les pilotent, leurs composants, leurs mises à jour et éventuellement leur contrôle à distance ? La souveraineté alimentaire pourrait donc demain intégrer la maîtrise des machines intelligentes qui concourent à nous nourrir. Quant à l’Afrique, allons-nous robotiser un continent jeune, où l’agriculture reste le premier employeur et où des millions d’emplois seront à créer dans les prochaines années au regard de la dynamique socio-démographique ? Les robots et les humanoïdes n’y seront pas une réponse à la raréfaction de la main-d’œuvre. S’ils se déploient là-bas, préparons-nous en Europe à devenir plus humanistes.

[1] L’édition 2028 du Déméter, ouvrage annuel de prospective sur les questions agricoles et alimentaires, réalisé et édité conjointement par le Club DEMETER et IRIS Éditions, portera précisément sur la dialectique humanités / humanoïdes. Cet ouvrage paraîtra en février 2028.

[2] FAO, The State of Food and Agriculture, Leveraging automation in agriculture for transforming agrifood systems, SOFA Report, 2022 ; Drew Ashton, AI-Powered Agriculture : the next green revolution, eBookklt, 2024 ; Alka Arora, Rajender Parsad, Rajni Jain, Sudeep Marwaha, Harvesting Intelligence: The AI Revolution in Agriculture. From Fields to Algorithms, Cultivating Future Harvests, Springer, 2026.

[3] Manon Longvixay, François Brun, Christian Germain, Nouha Jeema, Guy Waksman, Intelligence Artificielle Générative en agriculture Enjeux, principes et applications, Rapport conjoint de l’Académie d’Agriculture de France, ACTA et Chaire AgroTic, 2026 ; Karine Cailleaux-Breton, David Joulin et Hervé Pillaud, L’IA des champs. Les graines d’un futur possible, La France Agricole Editions, 2026.

[4] The Economist, « China is training up thousands of humanoid robots », 23 August 2026.

[5]  Bill Gates, « The turbulent AI era is here. The choices we make now are critical », Blog, Gates Notes, 26 August 2026.

[6] Eric Hazan et Olivier Sibony, Faut-il encore décider ? La décision humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, Flammarion, 2026.

[7] Marwân-Al-Qays Bousmah, Kevin Poperl, Anne Gosselin, Katy Fenech, Ana Rivadeneyra, et al., Santé et conditions de vie et de travail des livreurs des plateformes numériques en France : rapport de l’enquête Santé-Course, Ined, CoopCycle-Association, Maison des Coursiers, Maison des Livreurs, Médecins du Monde, Ville de Paris, 2026.

[8] Pape Léon XIV, Magnifica Humanitas, Lettre encyclique sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle (Édition française, Artège, 2026).

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Regard géopolitique sur le monde global. Avec Hubert Védrine

IRIS - mer, 09/09/2026 - 17:37

Le 7 septembre, Donald Trump a publié sur son compte Truth Social une carte des États-Unis redessinée y intégrant le Canada, le Groenland, le Mexique, l’Islande, mais aussi les Antilles françaises et Saint-Pierre-et-Miquelon. Quelques semaines plus tôt, le président américain avait également signé un décret renommant le lac Ontario en « Lac d’Amérique », tout comme en janvier 2025 où le « Golfe du Mexique » était devenu le « Golfe d’Amérique » sur l’ensemble des cartes et documents fédéraux américains.

Au-delà de cet exemple de modification stratégique et arbitraire de cartes, la politique étrangère de l’administration Trump participe plus largement à un bouleversement des relations internationales. Une politique étrangère unilatérale qui contribue aujourd’hui à une remise en question l’ordre mondial et la domination occidentale.

Alors que Donald Trump tente de les redessiner, quel rôle peuvent jouer les cartes en géopolitique ? Quel bilan peut-on tirer des conflits menés par Donald Trump ? Y-a-t-il un contre-poids à la domination américaine sur la scène internationale ? Que reste-t-il du bloc Occidental ? Au sein de ce bloc, que peut-on dire de la perte d’influence d’Israël aux États-Unis ? Face à la rivalité sino-américaine, quel positionnement adoptent la France et l’Europe ?

À l’occasion de la sortie de la 6e édition de notre Atlas géopolitique du monde global avec Hubert Védrine, ancien Secrétaire général de l’Élysée et ancien ministre des Affaires étrangères, revient sur les grands enjeux géopolitiques contemporains.

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Visite d’État de Lee Jae Myung en France : où en est la coopération franco-coréenne ?

IRIS - mer, 09/09/2026 - 17:21
France-Corée du Sud : un partenariat prometteur mais soumis à l’épreuve du réel et des crises internationales

La visite d’État du président Lee Jae-myung en France et la célébration des 140 ans des relations diplomatiques franco-coréennes illustrent une évolution qualitative indéniable de la relation bilatérale. Les convergences sont nombreuses : volonté de sécuriser les chaînes de valeur, recherche d’une plus grande autonomie stratégique, ambitions technologiques, préoccupations communes face aux tensions géopolitiques et attachement à un ordre international multilatéral. Dans un contexte de rivalité sino-américaine croissante, la France et la Corée du Sud se doivent d’afficher leur statut de « puissances moyennes développées » et de démocraties industrielles partageant un même besoin de diversification de leurs partenariats.

Cependant, il serait excessif de parler aujourd’hui d’un véritable « couple stratégique franco-coréen ». Malgré le discours politique sur les « partenariats de confiance » et la « sécurité économique », la relation reste caractérisée par une certaine ambiguïté. Les deux pays coopèrent dans les mêmes domaines où ils se concurrencent le plus fortement : nucléaire civil, défense, semi-conducteurs, automobile, aéronautique ou encore intelligence artificielle. Cette compétition structurelle limite la portée de certains rapprochements. Chaque État cherche à sécuriser ses intérêts nationaux, à préserver ses champions industriels et à renforcer sa souveraineté technologique.

Par ailleurs, les contraintes géopolitiques des deux partenaires ne sont pas les mêmes. La France dispose d’une autonomie diplomatique relativement importante grâce à sa dissuasion nucléaire, son siège permanent au Conseil de sécurité et sa capacité de projection militaire jusque dans l’ Indo-Pacifique où elle pèse également en raison de ses territoires et de ses forces armées déployées en permanence. La Corée du Sud, en revanche, demeure confrontée à une menace existentielle immédiate représentée par la Corée du Nord et reste fortement dépendante de l’alliance américaine pour sa sécurité. Une asymétrie qui réduit la possibilité d’une convergence stratégique complète. Séoul peut souhaiter diversifier ses partenariats, mais il lui est difficile de prendre des positions susceptibles de fragiliser sa relation avec Washington. Une dépendance illustrée par la décision unilatérale de Donald Trump en août dernier de réduire l’exercice d’entrainement annuel majeur américano-sud-coréen Ulchi Freedom Shield en riposte à l’absence de soutien de Séoul à la guerre des États-Unis contre l’Iran.

La question de la mise en œuvre constitue également un défi majeur. Les déclarations d’intention sont nombreuses, mais les réalisations concrètes limitées. Le succès du partenariat dépendra moins de la multiplication des sommets et des rencontres présidentielles que de la capacité des entreprises, des universités, des centres de recherche et des administrations des deux pays à construire des coopérations durables et mutuellement profitables.

En outre, le contexte international pourrait aussi fragiliser ce rapprochement. Les tensions commerciales américaines, les restrictions technologiques, l’incertitude énergétique liée au Moyen-Orient et au blocage du détroit d’Ormuz, ou le rapprochement entre la Chine, la Russie et la Corée du Nord et son impact sur la situation régionale en Europe et en Asie du Nord-Est peuvent influer sur les priorités des deux pays. Face à ces chocs extérieurs, chacun pourrait être tenté de privilégier ses alliances traditionnelles plutôt que des partenariats émergents.

La France et la Corée du Sud : renforcer l’autonomie stratégique face aux États-Unis et à la Chine ?

La visite d’État de Lee Jae-myung intervient dans un contexte où les deux pays partagent un même dilemme stratégique : comment préserver leur souveraineté de décision alors que la compétition entre Washington et Pékin structure de plus en plus les relations internationales ?

Pour la Corée du Sud, l’enjeu est particulièrement sensible. Son alliance avec les États-Unis demeure indispensable face à la menace nord-coréenne, mais les pressions américaines sur les questions commerciales, technologiques et sécuritaires limitent sa marge de manœuvre. Dans le même temps, la Chine reste un partenaire économique majeur, ce qui rend difficile toute politique de confrontation directe. La France se trouve dans une situation différente. Membre de l’Union européenne (UE) et alliée des États-Unis, elle défend depuis plusieurs années le concept d’« autonomie stratégique » afin de réduire les dépendances dans les domaines critiques comme l’énergie, la défense, les technologies ou les matières premières.

Dans ce contexte, Paris et Séoul apparaissent comme des partenaires naturels. Ils ne cherchent pas à s’opposer frontalement aux grandes puissances mais à créer un espace de coopération entre pays partageant des valeurs démocratiques, une économie ouverte et une volonté d’indépendance stratégique. Des perspectives renforcées de coopération apparaissent ainsi possibles avec la création de mécanismes de coordination diplomatique sur les grandes crises internationales, comme la participation de la Corée du Sud à la « Coalition des volontaires » pour la sécurisation du détroit d’Ormuz pourrait en fournir l’exemple. On peut aussi s’attendre à davantage de coordination dans les enceintes multilatérales (G20, Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Organisation des Nations unies (ONU)) et un arrimage plus fort de la Corée du Sud au G7. Plus spécifiquement, le développement d’une diplomatie commune autour de la sécurité économique avec la construction de partenariats technologiques réduisant les dépendances aux fournisseurs américains ou chinois serait un indicateur intéressant quant à l’évolution de la relation bilatérale. L’objectif est moins la création d’un bloc géopolitique que la constitution d’un réseau de partenaires capables de défendre leurs intérêts sans subir les choix des grandes puissances.

Quels secteurs technologiques offrent le plus fort potentiel de coopération stratégique ?

Le domaine technologique est généralement présenté comme l’un des piliers le plus prometteur de la relation franco-coréenne dans lequel les deux pays investissent massivement. Leurs deux économies disposent d’atouts très complémentaires. La France excelle dans la recherche fondamentale, les mathématiques appliquées, le spatial, le nucléaire civil, l’intelligence artificielle ou les biotechnologies. La Corée du Sud dispose quant à elle d’une capacité d’industrialisation à grande échelle, d’exportation mondiale et de transformation rapide des innovations en produits industriels.

Cette complémentarité est particulièrement visible dans les semi-conducteurs. La Corée est aujourd’hui l’un des leaders mondiaux grâce à Samsung Electronics et SK Hynix, tandis que les groupes français tels qu’Air Liquide ou Schneider Electric occupent des positions stratégiques dans les équipements, les matériaux et les procédés industriels. L’intelligence artificielle représente également un champ de coopération majeur. Les deux pays cherchent à éviter une dépendance excessive vis-à-vis des grandes plateformes américaines et des technologies chinoises. Une coopération ciblée pourrait permettre de développer des solutions souveraines applicables à l’industrie, à la santé, à la défense ou à l’énergie.

On peut également citer des domaines comme le spatial et l’aéronautique (avec des coopérationsentre le CNES, Airbus, Thales Alenia Space et les acteurs coréens). Le nucléaire civil, qu’il s’agisse de l’approvisionnement en combustible nucléaire ou de la gestion du cycle complet du combustible, a débouché sur un certain nombre de contrats, notamment entre l’opérateur sud-coréen Korea Hydro and Nuclear Power (KHNP) et Orano, acteur français majeur du secteur.

Cette coopération technologique pourrait devenir le cœur d’un véritable partenariat de sécurité économique entre les deux pays. Mais dans plusieurs des secteurs cités, les entreprises françaises et sud-coréennes sont directement concurrentes et chaque État s’emploie assez naturellement à protéger ses technologies critiques. Les entreprises coréennes sont profondément intégrées aux écosystèmes technologiques américains. De plus, les règlementations américaines sur les exportations de technologies avancées peuvent limiter certaines coopérations, dont celle évoquée un temps d’une participation française à la construction du système de propulsion du futur sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) sud-coréen.

De véritables partenaires en matière de défense malgré leur concurrence ?

À première vue et pour beaucoup d’observateurs, la défense semble être un domaine de rivalité entre les deux pays. Les deux pays se disputent des contrats dans le nucléaire, l’aéronautique et l’armement. Le pays est devenu le quatrième exportateur mondial d’armement. Les industriels coréens connaissent une expansion spectaculaire sur les marchés internationaux, notamment le segment des ventes d’armes en Europe orientale où ils concurrencent directement les groupes français. On peut toutefois espérer que l’accroissement du soutien nord-coréen en hommes et en équipements militaires à la Russie peut amener la Corée du Sud à soutenir davantage l’effort de défense européen en aide à l’Ukraine et plus largement l’effort de réarmement de l’Europe.

La concurrence ne constitue pas nécessairement un obstacle à la coopération. La Corée du Sud possède aujourd’hui des champions industriels mondiaux tels que Hanwha Aerospace, Hyundai Rotem ou Korea Aerospace Industries (KAI). La France dispose pour sa part d’une longue expérience opérationnelle, d’un savoir-faire reconnu dans les systèmes complexes et d’une forte présence diplomatique et militaire à l’échelle mondiale. Toutefois, si la France assume un engagement militaire direct sur plusieurs théâtres extérieurs, la Corée reste généralement plus prudente et privilégie une implication indirecte.

Au-delà des questions industrielles, les deux pays partagent également une même préoccupation concernant l’évolution de l’environnement sécuritaire mondial : guerre en Ukraine, tensions en Indo-Pacifique, instabilité au Moyen-Orient et multiplication des menaces hybrides. Toutefois, sur la question de la relation à l’Ukraine, on peut observer queSéoul s’efforce de ménager ses relations avec Moscou tout en soutenant indirectement l’effort occidental par ses ventes d’armements et d’équipements lourds vers la Pologne (avions de chasse FA-50, chars K2, obusiers) et les États-Unis. Séoul est ainsi le deuxième exportateur d’armement sur le marché européen derrière les États-Unis.

Un dialogue stratégique régulier entre les responsables diplomatiques et militaires des deux pays permet d’entretenir une diplomatie de défense active et de nombreuses coopérations militaires, notamment en matière de formation militaire et échanges d’expérience opérationnelle. La cybersécurité et protection des infrastructures critiques constituent un autre domaine d’échange fructueux.

Jusqu’où la crise énergétique et les tensions au Moyen-Orient rapprochent-elles Paris et Séoul ?

La crise au Moyen-Orient a rappelé la vulnérabilité énergétique de nombreux pays industrialisés. La Corée du Sud est particulièrement exposée car elle dépend massivement des importations de pétrole et de gaz transportés par voie maritime. Le détroit d’Ormuz constitue l’un des points névralgiques de cette dépendance. Une perturbation durable du trafic maritime entraînerait des conséquences immédiates sur l’économie coréenne, notamment sur son industrie manufacturière fortement énergivore. Dans ce contexte, la coopération nucléaire entre les deux pays prend une importance nouvelle. Face aux incertitudes géopolitiques, le nucléaire apparaît comme un outil de souveraineté énergétique permettant de réduire la dépendance aux hydrocarbures importés.

La France partage une préoccupation similaire concernant la sécurité énergétique mondiale et dispose d’une présence navale importante dans l’océan Indien et le Golfe. Toutefois, si pour la Corée, le Moyen-Orient est principalement une question énergétique, pour la France, il s’agit également d’un enjeu diplomatique et sécuritaire régional non négligeable.

C’est pourquoi les discussions actuelles entre Emmanuel Macron et Lee Jae-myung sur la situation maritime régionale et le détroit d’Ormuz dépassent le simple cadre diplomatique. Elles portent assez concrètement sur la sécurisation des flux commerciaux mondiaux via les routes maritimes majeures (Sea Lanes of Communication (SLOC)) et la stabilité des approvisionnements stratégiques avec une possible participation coréenne à la « Coalition des volontaires » qu’Emmanuel Macron s’efforce de rassembler pour aider à la sécurisation du trafic marchand international dans la région. Une situation délicate pour le président Lee Jae-myung qui est fortement sollicité par Donald Trump. Sans prendre encore d’engagement formel, Lee Jae-myung a indiqué qu’il pourrait éventuellement envisager l’envoi de bâtiments et de troupes dans la région, quand les combats auront cessé, rejoignant ainsi un effort initié par la France et le Royaume-Uni. Séoul n’est cependant pas prêt à prendre part à un déploiement opérationnel et à d’éventuels combats. Sa contribution devrait se situer hors du champ des opérations combattantes (déminage, recueil de renseignements). Pour concrétiser sa participation éventuelle, Séoul devra organiser une consultation formelle et obtenir le consentement de l’Assemblée nationale sud-coréenne.

Conclusion

La relation entre la France et la Corée du Sud se trouve aujourd’hui à un moment charnière. Elle dispose d’un potentiel considérable, nourri par la complémentarité de leurs économies et la convergence de certaines préoccupations géopolitiques. Mais son avenir dépendra de la capacité des deux pays à transformer une relation de circonstance en un partenariat stratégique durable, capable de résister aux pressions des grandes puissances comme aux rivalités économiques qui les opposent. Malgré sa volonté d’autonomie, Séoul reste militairement et technologiquement très liée à Washington, ce qui limite sa liberté de manœuvre. Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir si la France et la Corée peuvent coopérer davantage, mais si elles sauront construire une relation suffisamment solide pour gérer simultanément la coopération, le risque de concurrence industrielle et les incertitudes d’un monde devenu plus fragmenté et plus conflictuel.

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Digitalization and innovation in Egyptian firms: does female ownership and management matter?

This paper examines how leadership gender configurations shape digitalisation and innovation in Egyptian manufacturing. Using the 2020/21 Egyptian Industrial Firm Behavior Survey (EIFBS) covering 2,338 firms, we construct a four-category gender variable (female owners and male managers (FOMM), male owners and female managers (MOFM), female owners and female managers (FOFM) and all-male baseline) and analyse how these owner–manager gender mixes relate to the adoption of digital technologies (DT) and to innovation outputs, and how these relationships vary by firm size and DT use. Our analysis suggests that firms with male owners and female managers (MOFM) are most likely to adopt DT across specifications. The cross-sectional data suggests that mixed-gender firms are associated with a higher probability of spending on R&D, but not with higher innovation outputs in firms with female owners (i.e. FOMM and FOFM) – pointing toward an innovation conversion gap in those firms. Heterogeneity results show that the MOFM adoption premium of DT and a negative association between FOMM and innovation are strongest in small firms. DT use moderates gender gaps: female-owned firms not using DT are significantly less likely than all-male firms to generate innovation outputs, but this penalty disappears when female-owned firms use DT. A combined size–sector analysis suggests that the divergence between MOFM and FOMM/FOFM is driven mainly by small food manufacturers, with average marginal effects elsewhere broadly comparable. The results highlight leadership composition as a correlate of technology adoption and the role of DT in converting innovation inputs into outputs.

Digitalization and innovation in Egyptian firms: does female ownership and management matter?

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Digitalization and innovation in Egyptian firms: does female ownership and management matter?

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Qui a gagné la « guerre mondiale contre le terrorisme » ?

IRIS - mer, 09/09/2026 - 12:24

Il y a quelques années, j’enseignais un cours de politique étrangère américaine à Sciences Po. Nous étions arrivés à la séance consacrée à l’expérience américaine en Afghanistan, et j’expliquais comment l’événement de sécurité nationale le plus marquant de mes trente années de carrière diplomatique nous avait conduits sur ce lointain champ de bataille. Pour une génération précédente, l’assassinat de Kennedy avait été un événement dont chacun se souvenait précisément. Pour ma génération, c’était le 11 septembre : chacun pouvait se souvenir de l’endroit où il se trouvait lorsqu’il avait vu ces images terrifiantes d’avions s’écrasant contre les tours du World Trade Center. Je me tournai vers un étudiant et lui demandai : « Où étiez-vous lors des attentats du 11 septembre ? » Un moment de confusion suivit. Une autre étudiante leva la main. « Professeur, expliqua-t-elle, aucun d’entre nous n’était né à l’époque. »

J’ai alors été frappé de constater qu’autant de temps et de distance nous séparaient de l’attentat terroriste le plus meurtrier de l’histoire. Le traumatisme avait été si profond pour la plupart des Américains, les répercussions sur notre politique avaient été si considérables, que le 11 septembre m’avait toujours semblé appartenir à l’actualité la plus immédiate. Et pourtant, pour mes étudiants, c’était de l’histoire ancienne, un événement qui appartenait désormais à une autre époque.

C’est vrai, dans une certaine mesure, pour les décideurs politiques à Washington aujourd’hui également. Je serais bien incapable de vous dire si nous avons gagné ce que nous appelions autrefois la « guerre mondiale contre le terrorisme » — ou même si elle s’est réellement terminée un jour. Mais elle n’est plus la grande campagne nationale — ou, diraient peut-être nos ennemis d’al-Qaïda, la « croisade » — qui a dominé la politique étrangère américaine pendant deux décennies. Et c’est peut-être mieux ainsi.

Ma propre carrière au sein du gouvernement a couvert cette « guerre » dans sa quasi-totalité. Jeune diplomate américain fraîchement entré dans le métier au milieu des années 1990, j’ai connu quelques années de cette époque heureuse où l’Amérique avait gagné la guerre froide et affichait une assurance quelque peu suffisante, confortée par une puissance mondiale pratiquement incontestée. Le terrorisme, y compris celui d’inspiration djihadiste incarné par al-Qaïda, était déjà une réalité pour nous. L’organisation terroriste d’Oussama ben Laden avait déjà perpétré plusieurs attaques particulièrement meurtrières contre des ambassades américaines en Afrique ainsi que contre un navire américain ancré au large du Yémen. Mais à l’époque, le terrorisme était surtout une préoccupation pour les services de renseignement et les forces de l’ordre. Nous, diplomates, étions occupés à bâtir un nouvel ordre mondial.

Le 11 septembre a tout changé. La lutte contre le terrorisme, jusque-là considérée comme un dossier important mais secondaire, est devenue la priorité de notre politique étrangère. Toutes les composantes de l’appareil de politique étrangère — armée, renseignement, diplomatie, aide extérieure — ont été mobilisées, à des degrés divers, dans une lutte à l’échelle mondiale. Comme l’énonçait la Stratégie de sécurité nationale de l’administration Bush en 2002 : « La lutte contre le terrorisme mondial est différente de toute autre guerre de notre histoire. Elle sera menée sur de nombreux fronts contre un ennemi particulièrement insaisissable et sur une longue période. Les progrès viendront de l’accumulation persévérante de succès — certains visibles, d’autres invisibles. »

Certains aspects de cette lutte ont été ouvertement militaires — la guerre en Afghanistan et en Irak, bien sûr — mais aussi des opérations plus discrètes au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique. La communauté du renseignement a évidemment consacré d’énormes ressources à la traque et à la neutralisation des réseaux terroristes. Nous, diplomates, étions nous aussi pleinement engagés dans le combat. Au cours des années 2000, peut-être 20 % de l’ensemble des agents du Foreign Service américain, moi compris, ont servi en Afghanistan ou en Irak, et la proportion a été encore plus élevée parmi les agents de l’USAID. Presque toutes les relations diplomatiques américaines comportaient un volet de coopération ou de pression en matière de lutte contre le terrorisme. Obtenir le soutien de nos alliés à nos guerres, favoriser la coopération dans le domaine du renseignement, tarir les sources de financement du terrorisme, soutenir les luttes locales contre les groupes islamistes, fournir une aide au développement destinée à « lutter contre l’extrémisme violent » : nous étions constamment engagés sur tous ces fronts. On peut soutenir que, pendant un temps, l’attention portée à la lutte contre le terrorisme a été tout aussi intense que celle que nous avions consacrée à la lutte contre le communisme pendant la guerre froide.

La lutte s’est révélée étonnamment durable et a survécu à l’administration Bush. Le président Obama était sceptique à l’égard du concept même de « guerre mondiale contre le terrorisme » – qu’on appelait à l’époque par l’acronyme « GWOT » – et il voyait certainement l’intérêt de se retirer de certains conflits dont le lien avec cette guerre était plus ténu. Après l’élimination d’Oussama ben Laden en 2011 et avec la montée en puissance de l’État islamique, les priorités de cette lutte ont également évolué. Et pourtant, même sous Obama, la guerre s’est étendue géographiquement : au Yémen, en Somalie, en Libye, en Syrie, au Sahel. D’autres priorités ont occupé le devant de la scène durant les années Obama, mais le terrorisme est demeuré une préoccupation majeure des États-Unis.

Puis ce n’a plus été le cas.

Au début du premier mandat de Trump, la lutte contre l’extrémisme islamiste demeurait encore une priorité. La première Stratégie de sécurité nationale de Trump, publiée en 2017, parlait encore des « terroristes djihadistes » comme de l’une des principales menaces transnationales pesant sur le territoire américain. En 2025, cependant, la nouvelle Stratégie de sécurité nationale de Trump ne mentionnait même plus le mot « terrorisme ».

Un tournant majeur a été notre retrait d’Afghanistan en 2020-2021. Dix ans auparavant, Obama avait établi un lien direct entre un échec en Afghanistan et les menaces pesant sur la sécurité américaine. « …Si le gouvernement afghan tombe aux mains des talibans — ou permet à al-Qaïda d’agir en toute impunité — ce pays redeviendra une base pour des terroristes qui veulent tuer autant de nos concitoyens qu’ils le pourront », déclarait-il dans un discours en 2009. Durant son premier mandat, Trump a réévalué le conflit et conclu qu’une prise de pouvoir par les talibans ne semblait finalement pas constituer une menace majeure. L’accord qu’il a négocié avec le mouvement islamiste en 2020 — un accord qui garantissait de fait la reprise du pouvoir par les talibans en Afghanistan — prévoyait, en termes généraux, que ceux-ci ne permettraient pas à des groupes ou à des individus de « menacer la sécurité des États-Unis », sans toutefois offrir de garantie ferme quant au respect de cet engagement par les talibans. Étonnamment, son successeur, Joe Biden, a semblé partager cette analyse et a achevé le retrait.

Deux ans après le début du second mandat de Trump, le concept de « guerre mondiale contre le terrorisme » semble pratiquement avoir disparu. Les États-Unis continuent de mener des opérations contre des groupes terroristes, comme Boko Haram au Nigeria ou al-Shabaab en Somalie. Les groupes islamistes qui ont un impact sur les objectifs plus larges de l’administration — notamment les supplétifs de l’Iran tels que le Hamas et le Hezbollah, ainsi que les Houthis — sont tous désignés comme organisations terroristes.  Ils sont parfois pris pour cibles par l’armée américaine, même si l’administration Trump adopte à leur égard des approches différentes en fonction de la nature de leur implication dans les conflits régionaux concernés.

Pour le reste, toutefois, Trump ne semble guère s’intéresser à une lutte globale contre le « terrorisme », et son administration n’est pas mobilisée de cette manière. Un exemple particulièrement frappant est notre relation désormais amicale avec le président syrien Ahmed al-Sharaa — que le président Trump a qualifié d’« homme fort… respecté de tous » — alors même que celui-ci avait, à une époque, été associé à la branche syrienne d’al-Qaïda.

Abandonner le concept de GWOT est probablement une bonne chose. Je comprends parfaitement la nécessité désespérée de réagir dans la période qui a immédiatement suivi le 11 septembre. Une attaque d’une telle ampleur appelait une réponse décisive et mondiale. Mais le terrorisme, qu’il soit islamiste ou autre, n’est guère un phénomène monolithique et indifférencié, et notre mobilisation contre celui-ci a entraîné de nombreux excès, dans des lieux comme Guantanamo, à Cuba, ou à Abu Ghraib, en Irak.

Mieux vaut donc traiter chaque menace individuellement, dans son contexte propre et avec une juste appréciation de sa nature et de son ampleur.

Retrouvez régulièrement les éditos de Jeff Hawkins, ancien diplomate américain, chercheur associé à l’IRIS, pour ses Carnets d’un vétéran du State Department.

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Formal and informal labour demand in Egyptian manufacturing firms

This paper investigates the determinants and dynamics of labour demand and specifically informal labour in Egypt’s manufacturing sector, using nationally representative firm-level data from the 2020/21 Egyptian Industrial Firm Behavior Survey. Applying ordinary least squares and fractional logit models, we analyse total employment, the share of informal labour, and its average annual change over the firm life cycle. Three key findings emerge. First, employment is positively associated with capital, exporting, technology adoption, innovation, industrial zones, worker training, and managerial education, and negatively associated with sole proprietorships, wages, and total factor productivity. Second, informal employment is more common among private sector firms, sole proprietorships, and firms using more part-time workers, and less prevalent among firms adopting technology or led by more educated managers. Third, changes in informality over time are modest: most formal firms exhibit no change in the share of informal workers. Notably, formal firms that did not initially employ informal labour tend to increase their informal share, while firms that formalised continue to rely heavily on informal employment. Together, these findings underscore the persistence of informality and limited transitions towards full formalisation within Egypt’s formal manufacturing sector.

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This paper investigates the determinants and dynamics of labour demand and specifically informal labour in Egypt’s manufacturing sector, using nationally representative firm-level data from the 2020/21 Egyptian Industrial Firm Behavior Survey. Applying ordinary least squares and fractional logit models, we analyse total employment, the share of informal labour, and its average annual change over the firm life cycle. Three key findings emerge. First, employment is positively associated with capital, exporting, technology adoption, innovation, industrial zones, worker training, and managerial education, and negatively associated with sole proprietorships, wages, and total factor productivity. Second, informal employment is more common among private sector firms, sole proprietorships, and firms using more part-time workers, and less prevalent among firms adopting technology or led by more educated managers. Third, changes in informality over time are modest: most formal firms exhibit no change in the share of informal workers. Notably, formal firms that did not initially employ informal labour tend to increase their informal share, while firms that formalised continue to rely heavily on informal employment. Together, these findings underscore the persistence of informality and limited transitions towards full formalisation within Egypt’s formal manufacturing sector.

Förderung regionaler Innovationsnetzwerke stärkt vor allem kleine und mittlere Unternehmen

DIW-Studie beleuchtet Effekte von Clusterförderung in Deutschland – Besonders kleine und mittlere Unternehmen werden unterstützt, betriebliche Kapazitäten und Innovationsaktivitäten auszuweiten – Forschende empfehlen stärkeren Fokus auf diese Unternehmen bei künftigen Clusterprogrammen Kleine und ...

Le 18e sommet des BRICS : ce qui se joue vraiment à New Delhi

IRIS - mer, 09/09/2026 - 09:00
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Moins de deux semaines après l’Organisation de coopération de Shanghai (OSC), ce sont les membres des BRICS élargies qui se réunissent à New Delhi les 12 et 13 septembre pour le 18e sommet du groupement de pays émergents créé en 2006. Après 2012, 2016 et 2021, c’est le quatrième que préside l’Inde et vraisemblablement le dernier avant au moins une dizaine d’années, compte tenu de l’élargissement du groupe décidé en 2023 qui compte désormais onze membres à part entière et dix membres associés.

Comme c’est généralement le cas dans les sommets internationaux, il y a l’ordre du jour officiel et ce qui se passe réellement dans les réunions plénières ainsi que lors des rencontres bilatérales en marge du sommet proprement dit. La présidence indienne a concocté un agenda qui se veut à la fois pratique et inclusif, comme cela avait été le cas pour le sommet du G20 en 2023 ou celui sur l’intelligence artificielle en février dernier.

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Guerre en Ukraine : entre relance diplomatique et enlisement du conflit

IRIS - mar, 08/09/2026 - 18:09

Les émissaires américains Jared Kushner et Steve Witkoff ont successivement rencontré Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky les 5 et 6 septembre derniers. Alors que Washington avait annoncé un plan visant à « mettre fin à la guerre », que peut-on retenir de ces échanges ? Les États-Unis apparaissent-ils toujours comme un médiateur crédible aux yeux des deux parties ?

On se souvient que Donald Trump avait dit qu’il reprendrait la négociation en Ukraine après la guerre dans le golfe qu’il avait déclenchée et qu’il pensait terminer très vite. Bien que rien ne soit réglé avec l’Iran, on assiste à une relance de la négociation avec : la venue du chef de la CIA, John Ratcliffe, fin août ; les contacts entre les ministres des finances en marge du G20 à Asheville (États-Unis) le 2 septembre, et la visite des envoyés spéciaux Steve Witkoff et Jared Kouchner reçus par Vladimir Poutine le 5 septembre, avant de partir pour la première fois pour Kiev où ils ont été reçus le lendemain par le président Zelensky. Les deux belligérants se sont dits satisfaits des entretiens, qualifiés aussi de « francs » du côté russe. Les envoyés de Donald Trump étaient supposés apporter des idées nouvelles mais rien n’a filtré. Le cœur du problème reste le sort des quatre provinces annexées par les Russes, mais occupées en partie seulement, et auxquelles Poutine ne veut, ni sans doute politiquement ne peut renoncer. Le président russe a annoncé que les verrous de Kramatorsk et de Sloviansk dans le Donetsk seraient pris avant la fin de l’année, ce qui laisse supposer qu’il ne mise pas sur un accord rapide. La Russie, les États-Unis et l’Ukraine ont dit qu’il ne fallait pas s’attendre à une paix avant l’hiver. Mais Washington reste actuellement le seul médiateur capable de parler et de faire des propositions aux deux parties. Les Européens, qui ont été associés aux travaux du 6 septembre à Kiev par Volodymyr Zelensky, se sont positionnés comme les soutiens inconditionnels des Ukrainiens. Sauf proposition nouvelle et acceptable par les deux parties, ce qui est peu probable actuellement, c’est donc le sort des armes (résistance victorieuse des Ukrainiens ou chute de l’ensemble du Donbass, voire des oblasts de Zaporijjia et de Kherson actuellement à la suite de la négociation). Mais le dialogue a repris avec la perspective d’une prochaine réunion à trois (Ukraine, Russie, États-Unis) ou même entre Ukrainiens, Américains et Européens.

Quel bilan peut-on dresser de la guerre en Ukraine, sur les plans diplomatique, économique et militaire ?

En dehors des pertes humaines colossales des deux côtés, la tentative d’invasion de l’Ukraine par la Russie a été une catastrophe : pour l’Ukraine dévastée ; pour la Russie accablée de sanctions et dont l’économie civile patine depuis plus d’un an ; et pour l’Europe qui paye son énergie plus chère que ses principaux concurrents, perd des parts de marché dans le monde, se voit évincée durablement sur le marché russe et souffre de taux de croissance anémiques. Après la paix, il faudra des années pour reconstruire l’Ukraine, pour reconvertir l’économie de guerre russe et pour relancer l’économie européenne face au raz de marée chinois et aux diktats américains. L’Union européenne ne s’est pas donné les moyens de jouer un autre rôle diplomatique que le soutien à l’Ukraine comme en témoigne son incapacité à nommer un négociateur. Elle est marginalisée dans le processus de règlement même si le prochain tour, c’est-à-dire la définition d’une architecture de paix en Europe, verra nécessairement son rôle revenir au centre. Mais on en est loin. Actuellement seuls les États-Unis parlent à tout le monde et peuvent négocier la paix.  Il faut noter la multiplicité des plans de paix proposés ces dernières années par la Chine, le Brésil, l’Afrique, le Vatican qui se penchent tous avec sollicitude sur la crise d’un continent malade. Ce conflit enfin a modifié la façon de faire la guerre en introduisant l’utilisation à vaste échelle des drones et des missiles non nucléaires permettant de neutraliser de vastes étendues terrestres (zones grises) ou maritimes (mer Noire), interdisant les concentrations de forces offensives et mettant le plus faible en mesure de frapper en profondeur les infrastructures de l’adversaire. La guerre a suscité aussi un vaste mouvement de réarmement des pays européens, dernier soutien de la croissance, mais qui a joué aussi et surtout en faveur des exportations d’armes américaines.

À quelques jours des élections parlementaires russes, et alors que l’armée russe peine à enregistrer des avancées significatives sur le front, quelle place la guerre en Ukraine occupe-t-elle dans les débats de politique intérieure ?

La guerre occupe une place minime dans la campagne des législatives russes, ne serait-ce que parce que le seul parti opposé à la guerre, Iabloko n’a pas été autorisé à présenter des candidats. De plus, l’intensification des bombardements ukrainiens en Russie, les destructions des raffineries et des infrastructures de distribution et les queues devant les stations d’essence, ont suscité comme il est habituel (exemples de Londres en 1940 ou de l’Iran en 2026), un resserrement de la solidarité autour du pouvoir. Selon Centre Levada :

  • le taux d’approbation de Vladimir Poutine est passé de 74 % en juillet à 76% en août ;
  • la part des Russes favorables aux négociations a atteint son niveau le plus bas en 18 mois (58 %) ;
  • le pourcentage des Russes estimant que la Russie est sur la bonne voie est passé de 52 % en juin à 56 % en août.

Mais la population est lasse de la guerre, les entreprises sont exténuées, l’économie patine et les économistes s’inquiètent : les mises en garde de l’économiste en chef de la deuxième banque russe (VEB) Klepach ont suscité son renvoi et l’ancien représentant des PME et des ETI , Boris Titov, a dit que l’économie russe risquait de « devenir folle ». À terme ce mouvement et les difficultés de l’industrie hors la défense, pourraient être une incitation à négocier vraiment voire à compromettre…. Du côté ukrainien, le cercle des scandales de corruption mis au jour par le Bureau anticorruption  NABU ( « Midas » pour l’énergie, « Forrest Gump » pour les énormes cautions versées par la présidence afin de libérer les inculpés pour corruption, « Carthage » pour le blanchiment d’argent via de pseudo-centres d’appels) se resserre autour du président Zelensky qui a dû se séparer de la cheffe adjointe de l’administration présidentielle, alors même que le renvoi de son ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, populaire et dynamique, a suscité un cycle durable de manifestations. Un nouvel opposant politique (après l’ancien chef d’état-major Valeri Zaloujny) qui demande des élections et va demander un adoubement à Washington. Le Fonds monétaire international (FMI) a retardé le versement de sa prochaine tranche de plus de 5 milliards de dollars faute de mise en œuvre de 44 conditions en matière d’assainissement de la gestion des finances, bloquant du même coup une partie de l’aide européenne, alors même que le financement du budget 2027 n’est pas financé pour plus de la moitié. Mais malgré toutes ces difficultés, des deux côtés la volonté de se battre pour les buts de guerre initiaux (notamment le retour de tous les territoires occupés pour Kiev, et la reconnaissance de l’annexion des 5 oblasts pour Poutine) reste intacte et n’est pas ouvertement contestée par l’opinion.

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