Au cours des dernières semaines, de significatives évolutions ont modifié les paramètres politiques de la question kurde en Turquie et en Syrie. Ces processus différenciés renvoient, in fine, aux spécificités nationales des pays dans lesquels ces défis se cristallisent et démontrent une nouvelle fois que la séparation du peuple kurde au sein de quatre États du Moyen-Orient – Turquie, Syrie, Irak, Iran – au lendemain de la Première Guerre mondiale a induit des modes de socialisation et de mobilisation politiques différents de ses différentes composantes.
Significatives avancées en TurquieEn Turquie, un processus est engagé au cours de l’automne 2024 lorsque, à la surprise de la plupart des observateurs, le dirigeant d’un parti d’extrême droite nationaliste, pourtant connu pour son intransigeance à l’égard de la question kurde, ouvre la voie en proposant que le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), emprisonné depuis 1999, puisse venir s’expliquer devant le parlement turc. Les décisions s’enchaînent alors rapidement, et le 25 février 2025, Abdullah Öcalan rédige un appel, rendu public deux jours plus tard, qui fera date dans la longue histoire de la question kurde en Turquie. Intitulée Appel pour la paix et une société démocratique, la déclaration est brève. Évoquant la très ancienne cohabitation entre Turcs et Kurdes, revenant sur les raisons et le moment où le PKK a été créé, insistant ensuite sur l’importance fondamentale des valeurs et des pratiques démocratiques, Öcalan marque une claire rupture avec quelques-unes des revendications qui ont été celles du PKK au cours de son histoire. Ainsi, l’idée d’un État séparé, l’hypothèse d’une solution fédérale ou la perspective d’une autonomie administrative des régions du sud-est de la Turquie sont abandonnées. Il est frappant qu’aucune revendication proprement kurde n’apparaisse dans cette déclaration au profit de références, imprécises, à une vie démocratique et harmonieuse. A contrario, c’est la pierre angulaire de la déclaration, est clairement formulé l’appel au dépôt des armes et à l’autodissolution du PKK, ce qui traduit un bouleversement radical de perspectives.
Le 12 mai suivant, lors de son congrès, le PKK vote en effet son autodissolution, décision d’une importance considérable à propos d’un dossier qui envenime la vie politique en Turquie depuis des décennies, même si depuis une dizaine d’années une significative baisse des activités militaires du PKK sur le sol turc pouvait être constatée. Le 11 juillet 2025, une cérémonie de destruction symbolique d’armes de combattants dans les montagnes du Kurdistan d’Irak est ensuite mise en scène. Parallèlement, une « Commission parlementaire pour la solidarité nationale, la fraternité et la démocratie » est créée dont les propositions sont enfin rendues publiques le 5 août 2026, puis adoptées par le parlement, le 10 août.
Bien que le terme d’amnistie ne soit pas mentionné, il s’agit avant tout de la perspective de libération de milliers de prisonniers politiques – on estime leur nombre de 5000 à 7000 – et du retour en Turquie des cadres et combattants qui se trouvent à l’étranger. Les prisonniers condamnés pour appartenance au PKK bénéficieront d’une suspension de leur peine pour une période de cinq à dix ans, puis de son annulation en cas de non-récidive. Les dirigeants kurdes du PKK considèrent qu’en dépit du flou de certaines mesures, un premier pas, qualifié d’historique, est accompli puisqu’une loi votée donne un cadre juridique au désarmement, au retour et à la réintégration dans la vie civile de ses combattants. Abdullah Öcalan lui-même déclare « Une route de mille kilomètres commence par un premier pas ».
Est-ce la fin d’un conflit commencé le 15 août 1984 et qui a fait a minima 45 000 victimes ? Il est trop tôt pour l’affirmer, tant les reculs et les désillusions ont été nombreux ces dernières années. Sont néanmoins réunis les éléments d’avancées politiques qui restent à compléter et surtout à concrétiser. Il s’agira dans les semaines à venir de poursuivre un processus politique en abordant des questions non résolues à ce jour : statut des langues kurdes, de leur enseignement, de l’organisation territoriale de la Turquie, des enjeux de démocratisation de la vie politique, et enfin de l’avenir de prisonniers politiques emblématiques tels Selahettin Demirtas et Figen Yüksekdag – anciens dirigeants du Parti démocratique des peuples (HDP) en prison depuis 2016 – et bien sûr celui d’Abdullah Öcalan.
Nouvelle séquence en SyrieEn Syrie, c’est une tout autre dynamique qui est à l’œuvre. Dans le cours de la guerre civile (2011-2014), une région, communément appelée le Rojava, s’est autonomisée, dirigée par les Forces démocratiques syriennes (FDS) au sein desquelles le PKK joue un rôle politique prépondérant. La chute de Bachar Al-Assad en décembre 2024 rebat les cartes et les nouveaux dirigeants de Damas déclarent rapidement vouloir rétablir l’unité et la souveraineté du pays. Pour eux, il s’agit donc d’en finir avec le statut d’autonomie de facto dont jouit le Rojava.
Constatant l’échec des négociations entreprises, une offensive militaire éclair est lancée au début de l’année par les troupes d’Ahmed Al-Charaa, le président de transition en Syrie, au cours de laquelle les FDS, de façon surprenante, se débandent rapidement. Un protocole d’accord est alors signé le 30 janvier 2026, très favorable au gouvernement de Damas puisqu’il enterre la perspective de la pérennisation d’une autonomie kurde au Rojava et consacre la recomposition territoriale de la Syrie. Les autorités intérimaires de Damas prennent ainsi le contrôle des institutions locales, des postes-frontières, des champs gaziers et pétroliers ainsi que des camps d’internement dans lesquels se trouvent des prisonniers de l’organisation État islamique. Il est alors prévu que les institutions de l’’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) seront intégrées à l’appareil d’État syrien et les combattants des FDS incorporés selon un protocole strict dans la nouvelle armée syrienne. Aucune mention n’est faite quant à l’avenir des unités de femmes combattantes des FDS et des combattants étrangers du PKK. Principales concessions, elles sont importantes, le kurde est reconnu comme langue nationale et pourra être enseigné librement, le Nouvel An kurde, le Newroz, sera quant à lui férié, et la nationalité syrienne enfin accordée à la totalité des citoyens d’origine kurde. Nulle reconnaissance à l’autogouvernement ou à l’autodétermination donc, mais bien plutôt celle de quelques droits dus à une minorité. On le voit, l’accord sanctionne un rapport de force peu favorable aux forces kurdes.
C’est au mois d’août 2026 que le processus de négociations semble finalisé et les institutions politiques, administratives, militaires et sécuritaires kurdes intégrées à l’appareil d’État syrien. Le 25 août, la dissolution des FDS est annoncée par son chef, Mazloum Abdi, ancien cadre du PKK. Ce dernier est en outre nommé conseiller auprès d’Ahmed Al-Charaa, le 28 août. C’est la première fois dans l’histoire de la Syrie contemporaine que les Kurdes sont ainsi représentés au sommet de l’appareil d’État.
Quelques enseignements de ces évolutionsAu-delà des différences structurelles et conjoncturelles, il est possible de formuler plusieurs remarques sur la question kurde telle qu’elle se pose aujourd’hui en Turquie et en Syrie. Pour leur part, les cas irakien et iranien sont très différents.
Nous constatons tout d’abord l’échec et l’impasse du choix de la lutte armée initié par le PKK il y a de nombreuses années et la possibilité d’une intégration potentielle de la dimension kurde dans les combats plus strictement politiques au sein des deux pays concernés. Nous en sommes néanmoins aux prémices d’une nouvelle séquence qui restent à confirmer pour que les décisions prises s’inscrivent réellement dans les faits et dans la durée. L’histoire du peuple kurde est parsemée par les multiples trahisons à son encontre et il convient de rester prudent sur la pérennité des dispositions prises récemment, elles n’en sont pas moins porteuses d’espoirs.
Le corollaire de cette situation est l’abandon de la perspective de création d’un État kurde dont il faut souligner que le PKK l’avait déjà théorisé il y a de nombreuses années. Pour certaines des composantes du mouvement national kurde la question territoriale, et donc de l’État, est centrale – c’est le cas des organisations kurdes en Irak – alors que d’autres affirment refuser désormais de se situer dans une perspective étatique et s’inscrivent dans une démarche de revendications présentées avant tout comme sociales et autogestionnaires. Ce paramètre est central, car il exprime de profondes divergences sur le type de société à construire. Doit-il l’être sur des bases ethniques ou a contrario sur les bases d’une citoyenneté politique transcendant les appartenances communautaires et identitaires ? La question n’est pas tranchée, et les rivalités souvent aiguës persistent entre les différentes branches du mouvement national kurde.
Se pose aussi la question centrale des droits démocratiques. Si la question kurde, potentiellement porteuse de nouvelles dynamiques étatiques régionales, ne suppose pas, à ce stade, celle d’un État indépendant unifié, elle soulève a contrario celle de l’ouverture du champ politique et de l’instauration de systèmes pluralistes. Les échecs des mouvements de contestation récents qui se sont cristallisés dans les mondes arabes, en Iran, en Turquie, démontrent à l’envi que les obstacles sont nombreux et que les régimes en place sont prêts à utiliser tous les moyens, y compris les plus violents, pour préserver leurs privilèges. En outre, l’altération parfois la nécrose, de nombreux appareils étatiques parviennent, dans certains cas, à transformer des liens d’appartenance nationaux en liens d’allégeances communautaires exclusives, contradictoires avec un processus d’ouverture démocratique. C’est pourquoi les processus de transitions sont infiniment complexes. La seule garantie effective réside dans la capacité offerte à tous les peuples et à tous les citoyens, sans exception, de s’exprimer librement, de s’organiser au sein d’associations, de partis ou de syndicats, d’accéder sans entraves à la presse, à Internet et aux réseaux sociaux, ainsi que dans le droit, pour les femmes, de porter ou non le voile selon leur libre choix. Ces droits ne sont pas optionnels : ils constituent le socle irréductible de tout exercice démocratique. Loin d’être abstrait ou utopique, ce principe représente une condition sinon suffisante, du moins indispensable, pour mieux réguler l’évolution des sociétés comme les relations internationales.
Le peuple kurde ne fait pas exception à ces défis. Son droit à l’autodétermination doit donc être un principe lui permettant de s’approprier son propre avenir. D’autant que les dirigeants kurdes intègrent désormais la nécessité de s’emparer du champ politique, la lutte armée n’étant plus l’unique moyen promu pour faire valoir leurs revendications. Si la perspective de la création d’un État kurde unifié n’est guère envisageable, c’est alors la question des droits démocratiques culturels et politiques qui est principalement posée pour les Kurdes et s’avère stratégique dans tout projet politique émancipateur. C’est certainement l’un des enjeux essentiels auxquels seront confrontées les différentes composantes du mouvement national kurde au cours des années futures. Il ne pourra faire l’économie des alliances avec les autres composantes politiques, syndicales, associatives qui se situent dans une perspective d’émancipation citoyenne progressiste dans la région et à l’international.
Didier Billion est auteur de l’ouvrage Comprendre la question kurde, à paraître le 9 septembre 2026 aux éditions Armand Colin.
L’article Récentes évolutions de la question kurde en Turquie et en Syrie est apparu en premier sur IRIS.
The signing on 7 August of the so-called Mecca Pact by Saudi Arabia, Türkiye and Pakistan again raises the question of whether the Gulf monarchies might seek to reduce their security dependence on the United States. The Gulf monarchies’ experience of the Iran war makes such a realignment appear plausible. Despite their decades-long partnership with Washington, they became targets of Iranian drone and missile attacks that caused considerable damage to the region’s energy infrastructure and severely disrupted energy exports, as the Strait of Hormuz was effectively closed. The Trump administration appears to have taken little account of their security interests. Nevertheless, three factors make an end to their close ties with Washington unlikely.
Limits of realignmentFirst, the Gulf monarchies have no viable alternative to the United States as a security guarantor. For all their differences in foreign and security policy, they share a common predicament: None of their other partners is willing or able to take Washington’s place. China has remained neutral during the war, Russia has maintained its close ties with Tehran, and Türkiye and Pakistan have provided no meaningful military assistance. Regional alliances such as the Mecca Pact are unlikely to alter this situation, as promises of assistance alone do not amount to reliable protection. Even the expansion of Emirati–Israeli military cooperation cannot replace the US security presence.
Second, the Gulf monarchies’ military dependence on the United States goes far beyond the presence of US troops. US air-defence systems such as Patriot and THAAD have proved indispensable in countering Iranian attacks, while many of the Gulf states’ core military capabilities rely on US technology, spare parts, maintenance and training. These deep-rooted technical and institutional dependencies could only be reduced over decades and at considerable cost.
Third, close economic ties also create path dependencies. China has become the Gulf states’ largest trading partner. Yet there is no evidence of a systematic move away from the US dollar in energy exports. Their sovereign wealth funds are estimated to have invested US$2 trillion in the United States alone. These economic interests provide the Gulf monarchies with an additional incentive to preserve stable relations with Washington, making any broader strategic realignment both costly and risky.
Expanding channels of influenceAgainst this backdrop, the war is unlikely to lead the Gulf monarchies to break with the US-led security order. Instead, they are more likely to seek greater influence within it. Saudi Arabia, the United Arab Emirates and Qatar, in particular, have cultivated close ties with policy-makers in Washington for decades and possess ample resources to expand them further.
Alongside cultivating ties with President Donald Trump – whose businesses received around US$300 million from Gulf entities in 2025 alone – the Gulf monarchies could step up their lobbying efforts and draw more extensively on their contacts in Congress and across the US political and media landscape, including contacts on both sides of the political aisle. Above all, however, they are likely to deepen their economic ties with the United States.
So far, the investment patterns of Gulf sovereign wealth funds show no sign of a fundamental shift away from the US market. In the first half of 2026, nearly half of their committed capital was allocated to deals in the United States. Partnerships with technology and financial companies such as Microsoft, Nvidia, Oracle and BlackRock offer more than commercial benefits: They also give influential US corporations an economic stake in stable relations with the Gulf states and may lend greater weight to Gulf interests in Washington.
Whether the Gulf monarchies will become more effective at advancing their interests in Washington remains to be seen. Economic ties and privileged access do not guarantee that US policy will reflect their priorities. Moreover, differences among the Gulf states and regional rivalries have so far prevented them from presenting a united front in Washington. Processes such as Congress’s review of the proposed US–Saudi nuclear agreement, reached in late July, and its subsequent implementation could provide an early indication of how effective such influence can be. Yet even if their efforts yield only limited results, the lack of viable alternatives makes a fundamental break with the United States unlikely. Germany and its European partners should therefore not mistake the Gulf monarchies’ loss of confidence in Washington for a broader strategic realignment. For the Gulf monarchies, closer cooperation with Europe will remain a complement to their partnership with the United States rather than a substitute for it.
The full-screen view of the visualization can be found here.
L’article Du programme impérial à l’âge post-JCPoA : une chronologie du nucléaire iranien est apparu en premier sur IRIS.
À chaque rentrée, le mercato des journalistes et éditorialistes redessine le paysage médiatique, et cette année encore, on observe un glissement continu vers la droite et l’extrême droite tant sur les chaînes et stations privées que sur le service public.
Que peut-on dire de ce nouveau paysage médiatique à l’approche des élections présidentielles et sur l’état du service public ? Pour servir quel projet politique ?
Analyse et plaidoyer pour continuer à exercer un regard critique sur les médias.
L’article Mercato des médias : à droite toute ! est apparu en premier sur IRIS.
Etwa die Hälfte der einkommensschwachen Länder ist derzeit zahlungsunfähig oder hat ein großes Risiko, zahlungsunfähig zu werden. Was die Weltgemeinschaft dagegen tun muss, erläutert eine IDOS-Wissenschaftlerin.
Etwa die Hälfte der einkommensschwachen Länder ist derzeit zahlungsunfähig oder hat ein großes Risiko, zahlungsunfähig zu werden. Was die Weltgemeinschaft dagegen tun muss, erläutert eine IDOS-Wissenschaftlerin.
Etwa die Hälfte der einkommensschwachen Länder ist derzeit zahlungsunfähig oder hat ein großes Risiko, zahlungsunfähig zu werden. Was die Weltgemeinschaft dagegen tun muss, erläutert eine IDOS-Wissenschaftlerin.
The EU Return Regulation creates a legal basis for transferring individuals subject to enforceable return decisions to third countries willing to accept them, even where they have no prior connection to that country. This makes so-called return hubs an increasingly likely prospect. The political appeal is clear: return hubs offer governments a visible way to demonstrate enforcement at a moment when the EU Pact on Migration and Asylum depends on credible implementation. But political salience should not be mistaken for operational effectiveness. European precedents and recent US experience suggest that transfers to remote third countries are likely to remain marginal, expensive and dependent on tenuous bargains. Return hubs may play a limited role for a small group of people who are otherwise difficult or impossible to remove, but they are not a general solution to low return rates. Their value should be judged by their ability to produce sustainable outcomes that cannot be achieved through the core return system. Without strict tests of additionality, proportionality and rights protection, they may make the wider return system harder, not easier, to fix.
À l’approche des élections législatives le 27 octobre prochain en Israël, l’intensification des agressions israéliennes en Palestine, au Liban et en Syrie ne peut être dissociée de ses enjeux de politique intérieure. Alors que le scrutin déterminera ou non le maintien de Benjamin Netanyahou au pouvoir, le Premier ministre fait le choix de la poursuite de la violence malgré différentes initiatives de désescalade, menées notamment sous l’égide de Washington.
Pourtant englué depuis son élection en 2022 dans des affaires de corruption et une tentative de réforme judiciaire très contestée, Benjamin Netanyahou aura su mener à son terme le mandat de son gouvernement, le plus à droite de l’histoire du pays, une première depuis 1973. En contribuant à maintenir le pays dans une logique de confrontation permanente, la persistance des conflits depuis près de trois ans dans la région a sans conteste contribué à cette longévité.
Cette séquence doit être replacée dans le contexte de sa guerre menée contre l’Iran. Déclenchée par les États-Unis le 28 février dernier, celle-ci doit aussi beaucoup à la pression exercée par le gouvernement Netanyahou sur la Maison-Blanche[1]. Depuis son entrée en politique, le Premier ministre présente la menace iranienne comme existentielle pour la sécurité d’Israël. Sur ce théâtre, Washington conserve cependant la main sur la conduite de la guerre, malgré les appels répétés du gouvernement Netanyahou à prolonger la campagne jusqu’à l’effondrement du régime iranien.
Il en va autrement dans le reste de la région, où Tel-Aviv entretient plusieurs conflits ouverts, tout en disposant d’une marge de manœuvre considérable. De la Palestine au Liban, en passant par la Syrie, ces trois autres fronts participent d’une même logique. En durcissant les conditions des processus de sortie de crise, quitte à les rendre irréalisables, le gouvernement Netanyahou semble faire de la confrontation régionale un instrument de survie politique à l’approche du scrutin.
En Palestine, l’impasse se poursuit du fait des positions israéliennes
Tout d’abord, l’annexion de la Cisjordanie connait un essor sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir de l’exécutif israélien. Son mandat a en effet été marqué par une multiplication de lois en faveur de la colonisation, une politique de déplacement forcé des populations locales, ainsi que par un soutien à la fois économique, administratif et militaire aux colonies. Selon l’ONG Amnesty International, au cours des trois premières années au pouvoir du cabinet Netanyahou, le budget annuel alloué au ministère des Colonies a connu une augmentation de 122 %. Le 18 août, le gouvernement israélien a lancé un appel d’offres pour le projet « E1 », qui prévoit la construction de plus de 3 000 logements à l’est de Jérusalem. Porté par son ministre d’extrême droite Bezalel Smotrich, ce plan menace de couper la Cisjordanie en deux, oblitérant ainsi tout espoir d’ériger un État palestinien viable, déjà mité par la colonisation.
À Gaza, l’initiative de paix menée par le président étasunien Donald Trump et son « Conseil de la paix » (« Board of Peace »), bute toujours devant les positions maximalistes de Tel-Aviv. Le cessez-le-feu et le rétablissement de l’aide humanitaire au sein de l’enclave, décidés à Charm El-Cheick en octobre 2025, n’ont pas été respectés par la partie israélienne. Depuis cette date, plus de 1 260 personnes ont été tuées et 4 100 personnes ont été blessées selon un rapport de l’ONU, alors que l’acheminement de l’aide continue d’y être entravé avec un taux de déchargement passé de 90 % à 77 % selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).
À présent, c’est au tour de la question du désarmement du Hamas et du retrait de Tsahal, respectivement 8e et 13e points de la feuille de route établie par le Conseil de la paix, de se heurter au blocage israélien. Le mouvement gazaoui continue d’affirmer sa volonté de respecter le processus progressif et parallèle convenu (« step-for-step »), qui veut qu’à chaque étape constatée du démantèlement de l’arsenal du Hamas, Israël se retire d’une partie du territoire. Tel-Aviv refuse ce séquençage qui lui est pourtant favorable puisqu’Israël y conserve un droit de regard à chaque étape. Ses dirigeants excluent tout retrait avant un désarmement total du Hamas et ajoutent, à présent, que sa supervision doit être effectuée par un général étatsunien.
Le deuxième point de la feuille de route prévoit par ailleurs la création d’un Comité international de vérification, chargé de certifier la mise en œuvre des différentes étapes de l’accord. Il doit être composé de représentants du « Board of Peace », d’une Force internationale de stabilisation (FIS) et d’États garants, à savoir les États-Unis, l’Égypte, le Qatar et la Turquie. Or, les autorités israéliennes contestent la présence de représentants de Doha et d’Ankara au sein de ce comité. Ainsi, la sortie de crise mise sur la table par Washington, déjà largement conforme aux intérêts israéliens, reste une nouvelle fois suspendue aux exigences maximalistes de l’actuel gouvernement.
Au Liban, enrayer le processus pour favoriser l’escalade
Cette même logique s’applique au théâtre libanais, où les pourparlers bilatéraux mis en place par l’administration Trump ont débouché, le 26 juin, sur un accord-cadre visant à « instaurer une paix et une sécurité durables ». Celui-ci prévoit notamment le retour des Forces armées libanaises (FAL) sur l’ensemble du territoire, à travers le désarmement vérifié du Hezbollah et le redéploiement progressif des forces israéliennes hors du territoire libanais. Pour ce faire, l’initiative étatsunienne comprend la mise en place de « zones pilotes », appelées à être progressivement étendues.
Cependant, tout porte à croire qu’il existe une volonté manifeste de la part de Tel-Aviv d’inscrire ce processus – déjà asymétrique dans ses demandes formulées à l’intention de Beyrouth – dans un rapport de force toujours plus défavorable à l’État libanais, quitte à l’enrayer totalement. En dépit des multiples cessez-le-feu annoncés dans le cadre des négociations, Israël poursuit son agression dans le Sud-Liban et a déclaré que son armée ne s’en retirerait « en aucun cas ». L’argument avancé par les autorités israéliennes est l’incapacité des FAL à désarmer le Hezbollah et la nécessité d’avoir, par conséquent, la main sur le mécanisme de vérification des « zones pilotes ». Argument discutable dans la mesure où les frappes israéliennes sont elles-mêmes en grande partie responsables de l’entrave au déploiement de l’armée libanaise et que la logique d’occupation d’Israël n’incite guère le mouvement de résistance Hezbollah aux compromis.
L’annexe sécuritaire de l’accord-cadre de Washington précise que le mécanisme de vérification du désarmement des groupes armés non étatiques devra être opéré par une « entité tierce convenue d’un commun accord ». Les dernières négociations, tenues à Rome début août, ont achoppé sur la désignation de ce tiers, Tel-Aviv opposant notamment son veto à la participation de la France. De même, la délégation israélienne a insisté pour que les inspections incluent les habitations privées, ce que l’armée libanaise refuse catégoriquement. Finalement, la situation a entrainé une paralysie des négociations, reportées à la fin du mois de septembre sans qu’aucune date ne soit fixée.
Tout en instaurant le blocage par ses positions maximalistes, Tel-Aviv semble progressivement s’orienter vers le choix de l’escalade. Le 15 août, un raid israélien a fait 11 morts et 19 blessés, soit le bilan le plus lourd depuis le cessez-le-feu. À cela s’ajoutent les opérations quotidiennes de dynamitage et l’utilisation de phosphore blanc[2], qui semblent renvoyer aux calendes grecques toute perspective de retour de ses habitants dans la région.
En Syrie, la compétition pour l’hégémonie régionale
Au sein de ce Proche-Orient à feu et à sang, la Syrie n’est elle aussi pas en reste. Ce 18 août, l’aviation israélienne a bombardé l’aéroport militaire d’Abu Dhouhour, situé dans la province d’Idlib, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière turque. Si, depuis la chute du régime Assad, Israël occupe une partie du territoire syrien, multiplie les frappes le long de sa frontière septentrionale jusqu’à Damas et opère une stratégie de cooptation de la minorité druze dans la province de Soueïda, la localisation de cette frappe témoigne d’un élargissement de ses opérations. Surtout, selon le bureau du Premier ministre israélien, elles visaient à y empêcher le déploiement de forces turques. Ankara, qui a démenti une telle volonté, s’est abstenue de toute réponse militaire.
Sur le dossier syrien, la diplomatie étatsunienne est également aux avant-postes pour établir un mécanisme de désescalade. Son émissaire Tom Barrack, également ambassadeur des États-Unis en Turquie, avait obtenu en début d’année la création d’une « cellule de fusion » tripartie afin de superviser la situation sécuritaire et d’accueillir de nouvelles discussions sur le retrait des forces israéliennes. Mais le dispositif est resté lettre morte devant les réticences israéliennes, justifiées par des arguments d’ordre sécuritaire – contestables au vu des faibles capacités militaires du nouveau régime syrien – et des craintes invoquées vis-à-vis de la présence militaire turque sur le sol syrien.
Cette séquence s’inscrit également dans le cadre plus large de la rivalité croissante entre Ankara et Tel-Aviv afin de projeter leur influence dans la région, dans un contexte d’affaiblissement régional de l’Iran. La Turquie et la Syrie demeurent étroitement liées du fait de la géographie et d’enjeux politico-sécuritaires communs, notamment celui de la « question kurde ». Dans le même temps, le nouveau pouvoir en place à Damas est dépendant des monarchies pétrolières du Golfe, au premier rang desquels l’Arabie saoudite, pour attirer des investissements vitaux à la reconstruction de son économie. Ce 7 août, la Turquie a d’ailleurs conclu un accord tripartite de « défense et d’assistance mutuelle en cas d’agression » avec l’Arabie saoudite et le Pakistan.
Dans ce contexte, le chef de la diplomatie syrienne s’est rendu à Islamabad dès le lendemain des frappes israéliennes pour discuter de coopération en matière de défense. Une configuration qui offre à Netanyahou un terrain de confrontation supplémentaire à l’approche du scrutin, ce dernier ayant déclaré vouloir combattre « l’axe émergent sunnite radical ».
L’escalade au service du calendrier électoral
Si ces trois fronts répondent chacun à des logiques propres, l’escalade qui s’y déploie simultanément n’est toutefois pas sans rapport avec le calendrier politique israélien. Fait révélateur, le parti politique de Netanyahou, le Likoud, a récemment déployé une affiche électorale associant les visages du guide suprême iranien Khamenei, du président turc Erdogan, du chef du Hezbollah et même du maire démocrate de New York Zohran Mamdani. Elle était accompagnée du message : « Ils veulent que Netanyahou perde. Ne les laissez pas gagner ».
Dans un scrutin qui s’annonce particulièrement disputé, cette stratégie électorale constitue un atout important pour le Premier ministre sortant qui veut ainsi se présenter comme un rempart face à des ennemis désignés comme autant de menaces pour Israël. Elle trouve également un écho dans les positions de l’aile la plus radicale de son gouvernement, avec laquelle Netanyahou s’est allié pour obtenir une majorité de sièges lors du dernier scrutin. L’influent ministre Itamar Ben Gvir, dirigeant du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, s’est dit favorable à « bombarder Beyrouth » et « écraser » le Liban, ou encore à assassiner « 30 à 40 » Gazaouis par nuit…
Il convient toutefois de souligner que le soutien à cette politique dépasse largement les seuls rangs de la coalition gouvernementale. De larges pans de la classe politique israélienne – et par extension de sa société – ne remettent pas fondamentalement en cause le recours à la force comme instrument de sa politique régionale. L’un de ses principaux adversaires, Gadi Eizenkot, a ainsi siégé au sein du cabinet de guerre de Netanyahou durant les premiers mois de l’offensive à Gaza et est l’un des artisans de la « doctrine Dahiyye[3] », déployée au Liban au début des années 2000 et qui prône l’utilisation disproportionnée de la violence sur
les installations civiles.
Les positions de l’ancien chef d’état-major au sujet de la politique régionale israélienne sont à cet égard particulièrement éclairantes. Gadi Eizenkot dénonce ainsi le cadre proposé par le « Board of Peace » à Gaza, accusant l’actuel gouvernement de vouloir « laisser le Hamas au pouvoir ». Au Liban, il prône une liberté d’action de l’armée israélienne qui ne se limiterait pas au Sud, mais qui comprendrait Beyrouth et sa banlieue. Par conséquent, du fait des positions maximalistes de l’establishment politico-militaire, la campagne électorale israélienne tend plutôt à favoriser une logique de surenchère.
Washington laisse Israël poursuivre son escalade
L’apparition du maire de New York sur l’affiche du Likoud peut enfin être lue comme le signe d’une préoccupation croissante autour de l’évolution du soutien américain à Israël. Mais les divergences récemment apparues entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou sur la conduite de la guerre en Iran ne doivent toutefois pas être assimilées à une rupture quant à la latitude laissée par Washington à l’hubris israélienne dans le reste de la région.
Au Liban, les récentes frappes meurtrières ont été indirectement justifiées par l’ambassadeur étatsunien, Michel Issa. À Gaza, l’émissaire Jared Kushner s’est contenté de demander à Netanyahou des « petites mesures » sur le dossier du désarmement du Hamas. En Cisjordanie, si l’ambassadeur des États-Unis Mike Huckabee a récemment qualifié les colons israéliens de « terroristes », Washington ne s’est pas ouvertement opposé au projet d’annexion « E1 ».
En Syrie, enfin, les réserves exprimées par Tom Barrack après les récentes frappes semblent surtout traduire la crainte d’un élargissement de la confrontation avec la Turquie, plutôt qu’un désaccord de fond sur la présence et les opérations militaires israéliennes en Syrie.
D’après le média Axios, l’administration Trump aurait d’ailleurs indiqué à Damas et Ankara qu’un règlement de la question serait plus facile à obtenir après les élections israéliennes. Ce qui laisse entendre que même Washington compose avec le calendrier politique de Netanyahou, quitte à lui laisser, de fait, le choix de l’escalade.
[1] Voir à cet égard l’ouvrage de deux journalistes du New York Times,Maggie Haberman et Jonathan Swan, Regime change: Inside the imperial presidency of Donald Trump. (Simon & Schuster, 2026)
[2] Le phosphore blanc est une substance chimique hautement inflammable. Classé comme arme conventionnelle, mais strictement encadré, il peut entraîner des conséquences désastreuses à long terme sur les sols agricoles.
[3] Du nom donné à la banlieue-sud de Beyrouth, dévastée par les bombardements israéliens lors du conflit de 2006 puis, de nouveau, fin 2024.
L’article Palestine, Liban, Syrie : Netanyahou fait le choix électoraliste de l’escalade est apparu en premier sur IRIS.
Am 7. August unterzeichneten Saudi-Arabien, die Türkei und Pakistan in Mekka ein neues Verteidigungsabkommen. Dieser sogenannte Mekka-Pakt wirft die Frage auf, ob sich die Golfmonarchien sicherheitspolitisch von den USA lösen könnten. Die Erfahrungen des Irankriegs machen eine solche Neuorientierung plausibel: Trotz ihrer jahrzehntelangen Partnerschaft mit Washington sind die Golfmonarchien Ziel iranischer Drohnen- und Raketenangriffe geworden – mit erheblichen Schäden an der regionalen Energieinfrastruktur und massiven Einschränkungen der Energieexporte durch die weitgehende Schließung der Straße von Hormus. Ihre Sicherheitsinteressen, so scheint es, werden beim Vorgehen der Trump-Regierung kaum berücksichtigt. Dennoch sprechen drei Gründe gegen ein Ende ihrer engen Bindung an Washington.
Grenzen einer NeuorientierungErstens fehlt den Golfmonarchien eine Alternative zu den USA als Schutzmacht. Die Staaten verfolgen durchaus unterschiedliche außen- und sicherheitspolitische Strategien. Gemeinsam ist ihnen jedoch, dass keiner ihrer übrigen Partner bereit oder in der Lage ist, die Rolle der USA zu übernehmen: China wahrte im Krieg Neutralität, Russland hielt an seinen engen Beziehungen zu Teheran fest und die Türkei und Pakistan boten keine nennenswerte militärische Unterstützung. Der Mekka-Pakt dürfte daran wenig ändern: Beistandsversprechen allein schaffen keinen verlässlichen Schutz. Auch der Ausbau der emiratisch-israelischen Militärkooperation ersetzt die amerikanische Sicherheitspräsenz nicht.
Zweitens reicht die militärische Abhängigkeit von den USA weit über deren Truppenpräsenz hinaus. US-amerikanische Abwehrsysteme wie Patriot und THAAD waren für die Abwehr iranischer Angriffe unverzichtbar. Zentrale militärische Fähigkeiten der Golfstaaten hängen von US-Technologie, Ersatzteilen, Wartung und Ausbildung ab. Diese gewachsene technische und institutionelle Abhängigkeit ließe sich nur über Jahrzehnte und mit erheblichem Aufwand auflösen.
Drittens schaffen auch enge wirtschaftliche Verflechtungen Pfadabhängigkeiten. China ist inzwischen zwar der größte Handelspartner der Golfstaaten. Eine systematische Abkehr vom US-Dollar bei Energieexporten ist jedoch nicht erkennbar. Allein ihre Staatsfonds haben schätzungsweise zwei Billionen US-Dollar in den USA angelegt. Auch wirtschaftlich wäre eine Entkopplung daher langwierig und kostspielig.
Ausbau der EinflusskanäleVor diesem Hintergrund dürften die Kriegserfahrungen weniger zu einer Abkehr von der amerikanisch geprägten Sicherheitsordnung als vielmehr zum Versuch führen, den eigenen Einfluss innerhalb dieser Ordnung zu stärken. Insbesondere Saudi-Arabien, die Vereinigten Arabischen Emirate und Katar verfügen seit Jahrzehnten über hervorragende Zugänge nach Washington und die Ressourcen, diese auszubauen.
Neben der Pflege ihrer Beziehungen zu Präsident Trump, dessen Familienunternehmen allein 2025 Zahlungen von rund 300 Millionen US-Dollar aus den Golfstaaten erhielten, könnten sie ihre Lobbyarbeit intensivieren und ihre Kontakte im Kongress sowie im politischen und medialen Ökosystem der USA verstärkt nutzen – auch über Parteigrenzen hinweg. Vor allem aber dürften die wirtschaftlichen Verflechtungen weiter ausgebaut werden.
Im Investitionsverhalten der Staatsfonds zeichnet sich jedenfalls bislang keine grundlegende Abkehr vom US-Markt ab: Im ersten Halbjahr 2026 entfiel knapp die Hälfte des zugesagten Kapitals auf Geschäfte in den USA. Partnerschaften mit Technologie- und Finanzunternehmen wie Microsoft, Nvidia, Oracle und BlackRock schaffen nicht nur wirtschaftlichen Nutzen. Sie begründen zugleich bei einflussreichen US-Unternehmen ein wirtschaftliches Interesse an stabilen Beziehungen zu den Golfstaaten und können so deren politischen Anliegen in Washington mehr Gewicht verleihen.
Ob die Golfmonarchien ihre Interessen in Washington künftig besser durchsetzen können, bleibt abzuwarten.Wirtschaftliche Verflechtungen und persönliche Zugänge garantieren nicht, dass amerikanische Entscheidungen ihren Interessen entsprechen. Hinzu kommt, dass zwischenstaatliche Differenzen und regionale Rivalitäten ein gemeinsames Auftreten der Monarchien in Washington bislang verhindern. Hinweise auf die Reichweite ihres Einflusses könnten Prozesse wie die Umsetzung des Ende Juli vereinbarten US-saudischen Atomabkommens liefern. Doch selbst begrenzte Erfolge dürften angesichts fehlender Alternativen kaum zur grundsätzlichen Abkehr von den USA führen. Deutschland und seine europäischen Partner sollten aus dem Vertrauensverlust der Golfmonarchien gegenüber Washington daher nicht auf eine solche Abkehr schließen. Eine engere Zusammenarbeit mit Europa dürfte für die Golfmonarchien weiterhin vor allem eine Ergänzung ihrer amerikanischen Partnerschaft sein, nicht deren Ersatz.