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Updated: 14 hours 32 min ago

Palestine : maintenir l’espoir. Avec Hala Abou Hassira

Wed, 17/06/2026 - 18:36

Alors que la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie est aujourd’hui dramatique, le bilan humain continue de s’alourdir. Malgré le cessez-le-feu à Gaza déclaré en octobre 2025, plus de mille Palestiniens ont trouvé la mort, témoignant de la poursuite des violences. Face à cette crise, la communauté internationale peine à apporter des réponses concrètes. C’est particulièrement le cas des puissances occidentales qui essuient de nombreuses critiques au regard du « deux poids, deux mesures » qu’elles appliquent dans le cadre des conflits. Si de nombreuses sanctions ont été adoptées contre la Russie depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, aucune n’a été prise à l’encontre d’Israël et cela malgré les conclusions d’une commission d’enquête des Nations unies faisant état d’actes de génocide commis à l’encontre de la population palestinienne. Au-delà de l’urgence humanitaire, le conflit soulève une question politique fondamentale : celle de la reconnaissance de l’État de Palestine. À ce jour, 80 % des membres des Nations unies reconnaissent officiellement l’État de Palestine, sans que cette reconnaissance ne permettent un règlement politique du conflit.

Quelle est aujourd’hui la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie ? La population palestinienne est-elle abandonnée par la communauté internationale ? La reconnaissance de l’État de Palestine par certains États constitue-t-elle une avancée concrète ? L’après-Netanyahou pourrait-il ouvrir la voie à une relance de la solution à deux États ? Enfin, quels sont les défis politiques et institutionnels auxquels est aujourd’hui confrontée la représentation palestinienne ?

Autant d’enjeux abordés avec Hala Abou Hassira, ambassadeur de Palestine en France depuis 2021.

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La désinformation climatique au service des stratégies d’ingérence : les cas de la Russie et des États-Unis

Tue, 16/06/2026 - 16:59

La désinformation climatique est devenue un outil mobilisé par certains États pour servir leurs stratégies d’influence. La Russie et les États-Unis illustrent comment les enjeux liés au climat peuvent être utiliser dans le cadre d’une guerre informationnelle, ciblant particulièrement l’Europe. La remise en cause de consensus scientifique et des scientifiques, le ciblage des politiques énergétiques et climatiques ainsi que l’instrumentalisation des événements climatiques extrêmes sont autant de leviers permettant à ces acteurs d’influencer les opinions publiques et de servir des intérêts économiques, géopolitiques et stratégiques.

Tour d’horizon des usages stratégiques de la désinformation climatique à travers les cas de la Russie et des États-Unis avec Mathilde Jourde, chercheuse à l’IRIS, co-directrice de l’Observatoire Défense et Climat et responsable du Programme Climat, environnement, sécurité.

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Chine : superpuissance agricole en devenir

Tue, 16/06/2026 - 15:56
Produire avant tout

Grand pays, très peuplé, la Chine n’a jamais sous-estimé l’importance du secteur agricole pour aller de l’avant. Après les grandes famines de l’ère Mao, qui ont fait des millions de victimes dans la décennie 1960, les réformes mises en place pour le décollage économique ont conféré aux productions agricoles nationales un rôle déterminant pour le progrès social et le désenclavement territorial. Il fallait nourrir un milliard de personnes en 1980, marché qui s’est complexifié au début du siècle avec une population plus exigeante en matière de sécurité sanitaire et de qualité, et qui atteint désormais 1,4 milliard d’individus. Les résultats agricoles domestiques ont été probants : la Chine est devenue le premier producteur mondial dans un nombre impressionnant de filières. Quelques chiffres emblématiques : 65 % des poissons aquacoles de la planète, 50 % de la viande porcine, 35 % des œufs et des captures de pêche, 25 % du riz, 18 % du blé, premier producteur mondial en fruits et en légumes, de thé, d’ails, d’algues, de pommes de terre…

N’en jetez plus ! Cela n’est pas toujours commenté, mais oui, la Chine est une superpuissance productive agricole, aquacole et halieutique. Elle importe massivement, nous allons y venir, mais récolte des quantités colossales sur ses propres terres, ses littoraux ou les océans du globe. Son objectif n’est pas l’autarcie, mais une formule plus subtile : produire le maximum à domicile, importer ce qui manque et sécuriser l’ensemble des chaînes d’approvisionnement mondiales. Mais la Chine ne cherche pas seulement à nourrir sa population imposante, elle construit progressivement une véritable architecture de puissance en matière agricole et alimentaire, en conjuguant innovations, industries et influences. Ces trois « i » sont structurants dans la stratégie de Pékin.

Innover toujours plus

Les documents officiels les plus récents sont explicites. Chaque année, le pouvoir chinois publie ce que l’on appelle le « document central n°1 ». Celui rendu public au début de l’année 2026 confirme que, pour Pékin, l’agriculture reste un enjeu fondamental de sécurité nationale[1]. Mais il révèle aussi une évolution significative dans la manière dont la Chine pense désormais sa politique alimentaire. Depuis plusieurs décennies, l’objectif premier des autorités chinoises a été d’assurer l’autosuffisance en céréales. Dans un pays qui ne dispose que d’environ 9 % des terres arables mondiales pour près d’un cinquième de la population de la planète, la question agricole est intrinsèquement stratégique. Cette contrainte majeure explique l’attention constante portée par Pékin à la protection du foncier agricole, à la stabilité de la production de riz, de blé et de maïs, ainsi qu’à la gestion rigoureuse des stocks de ces grains.Mais la stratégie chinoise évolue. Le document publié pour 2026 met moins l’accent sur la seule augmentation des volumes agricoles et davantage sur la qualité, l’efficacité et la modernisation du système productif. Le gouvernement insiste aussi sur la nécessité de soutenir les revenus agricoles, d’améliorer les infrastructures rurales et de renforcer l’attractivité économique des filières agricoles. Cette dimension est cruciale pour maintenir la stabilité sociale dans un pays où les écarts entre villes et campagnes restent marqués. À ce titre, il est important de suivre les débats en cours sur la réforme du Hukou[2], ce système orchestrant les flux de ruraux vers les métropoles du pays.

Ainsi la Chine cherche désormais à construire une agriculture plus technologique, capable de répondre à une demande alimentaire en mutation et à une compétition internationale de plus en plus intense.Cette transformation repose en grande partie sur l’innovation. Les autorités mettent en avant ce qu’elles qualifient de « nouvelles forces productives » agricoles : développement des biotechnologies, amélioration des semences et édition génétique, mécanisation intelligente, recours accru aux drones et aux capteurs, efficience logistique par les données numériques et la robotique. L’agriculture, portée par une vision d’ingénieurs[3], est appelée à devenir hautement technologique, capable d’augmenter la productivité tout en faisant face aux raretés foncières et hydriques, mais aussi de vieillissement de la population rurale.Pour innover en agriculture, la Chine investit massivement dans la science, la recherche agronomique et l’intelligence artificielle, comme aucune autre nation n’est capable de le faire. L’un des axes sur lequel nous devrions porter une attention accrue concerne ces humanoïdes que la Chine invente, déploie et entend mobiliser, des champs ruraux aux logistiques urbaines en passant par les usines et les industries agro-alimentaires. Ces humanoïdes, dont les capacités augmentent rapidement[4], pourraient probablement devenir des produits d’exportation vers des pays où la main-d’œuvre agricole et industrielle fait défaut, à commencer en Europe.

Ces dynamiques reposent désormais sur le 15ème plan quinquennal chinois pour la période 2026-2030, qui révèle l’objectif de Pékin à être pleinement souverain sur le plan économique et à s’imposer désormais comme puissance productive dans une multitude de domaines, entre ceux où elle l’est déjà et ceux où elle entend le devenir[5]. Ainsi de l’agriculture, pour se transformer en force agro-alimentaire, capable d’exporter. Ce 15ème plan maintient l’alimentation comme un enjeu de sécurité nationale et la propulse comme pilier d’innovation industrielle et technologique, mais aussi d’ambition de rayonnement international.

Exporter davantage

Les communications officielles chinoises les plus récentes confirment la volonté de mieux coordonner les importations agricoles avec la production domestique. Pékin reconnaît implicitement que certaines dépendances structurelles demeurent, notamment pour le soja, certaines viandes ou les produits laitiers. Mais elle souhaite désormais gérer plus stratégiquement ces flux afin d’éviter toute vulnérabilité excessive. C’est aussi dans cette perspective qu’il faille replacer le dialogue équilibré avec Washington dans le domaine spécifique agricole, car les besoins chinois restent parfois réels et servent de négociation concrète avec le compétiteur états-unien[6].

Le sommet Trump-Xi du 18 mai 2026 s’avère d’ailleurs explicite à ce sujet. Les exportations agricoles des États-Unis vers la Chine avaient chuté de 66 % en 2025, conséquence des tensions commerciales, des surtaxes réciproques et de la volonté chinoise de réduire les achats. Lors de cette rencontre, la Chine s’est engagée à accroître ses importations de produits agricoles états-uniens, à travailler à la réduction de certaines barrières tarifaires et non tarifaires, sachant que plusieurs dossiers bloqués (bœuf, volaille) ont été relancés. La Maison-Blanche affirme que la Chine s’est engagée à acheter au moins 17 milliards de dollars de produits agricoles américains par an de 2026 à 2028, en plus des engagements sur le soja, mais Pékin s’est montrée bien moins loquace à ce sujet. Une probabilité : ce commerce agricole sino-états-unien va être davantage administré si la relation tend à l’apaisement durable, à moins qu’il soit davantage conflictuel si les tensions bilatérales progressent à nouveau. La Chine le sait et mise donc sur l’Amérique latine (Brésil, Argentine), l’Afrique (Éthiopie, Kenya, Afrique du Sud), la Russie et l’UE pour dérisquer ses approvisionnements et moins dépendre des États-Unis.

Pour autant, nous devons regarder un autre volet encore trop peu commenté : la Chine exporte de plus en plus. Sur le plan agricole, agro-alimentaire et halioalimentaire, la tendance est très nette : 12 milliards de dollars en 2000, trois fois plus en 2010, 60 milliards en 2020 et 90 milliards en 2025[7]. Cela place la Chine au 6ème rang mondial des exportateurs en la matière, juste après la France (95 milliards), pays qu’elle dépassera sous peu, sachant que les États-Unis dominent encore les débats avec 175 milliards, suivis par les Pays-Bas et le Brésil (150 milliards chacun) et l’Allemagne (120 milliards). Si l’on ajoutait l’agroéquipement avec les drones agricoles ou des technologies et robotiques entrant dans les chaînes de production agro-industrielle, nous aurions un chiffre commercial chinois à l’export encore plus significatif.

Mais retenons donc que Pékin devient l’un des grands leaders mondiaux à l’export, quand bien même la balance commerciale agricole et alimentaire demeure largement déficitaire : environ 100 milliards de dollars en 2025 ! C’est la différence avec le commerce global du pays, excédentaire de 1200 milliards l’an dernier ! De quoi acheter ce qu’il faut sur le marché mondial pour nourrir les populations et les animaux, ou nourrir peu à peu l’autonomie stratégique industrielle et technologique d’une Chine soucieuse d’être forte et influente dans les secteurs d’activité à même de perdurer dans le temps sur la planète.

Cela fait longtemps que Pékin ne dévie pas de trajectoire avec l’agriculture : vitale pour le pays, incontournable dans le monde, stratégique pour influencer les relations internationales. Notons au passage que la Chine industrialise sa décarbonation et marque également de plus en plus de points sur le terrain de l’engagement climatique, là où d’autres États rechignent ou peinent à garder le rythme en matière d’investissements à consentir. Avec comme corolaires, une influence croissante au niveau normatif, autre segment clef dans lequel Pékin joue pleinement la carte de la puissance, y compris en ce qui concerne la géoingéniérie appelée à dompter l’adversité météorologique… Depuis 2020 et la pandémie de Covid-19, l’Empire du Milieu contre-attaque donc bien sûr tous les fronts ! Et projetons cette ambition agricole avec le déclin démographique chinois, qui pourrait rééquilibrer peu à peu cette balance alimentaire à l’horizon 2050, avec davantage de surplus productifs domestiques à même de répondre aux besoins des autres. Aurons-nous dès lors inévitablement davantage de biens agro-alimentaires chinois sur nos marchés mondiaux et européens de demain ?

[1] Pour une analyse fouillée, se reporter à USDA Foreign Agricultural Service (2026), China’s Priorities in Agriculture and Rural Development in 2026, GAIN Report CH2026-0022.

[2] « A passport to prosperity : China is quietly making life easier for rural migrants », in The Economist, 30 mai 2026.

[3] À ce sujet, lire l’excellente analyse suivante : Dan Wang, « Breakneck: China’s Quest to Engineer the Future », Penguin, 2025.

[4] Se reporter à Wendy Chang, Rebecca Arcesati et Altynay Junusova, « Embodied AI: China’s Ambitious Path to Transform Its Robotics Industry », Merics Report, April 2026.

[5] Matteo Torres et Thomas Grjebine, « Le 15ème plan quinquennal chinois : Pékin accélère, et nous ? », Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP), 28 mai 2026.

[6] Afin de comprendre cet arrière-plan géoéconomique, lire Jean-François Di Meglio, « Chine et États-Unis : divorce impossible », in Le Déméter 2026 : Appétits stratégiques et pivots agricoles, IRIS Éditions, Club DÉMÉTER, pp 79-99.

[7] Les chiffres avancés dans ce paragraphe relèvent de l’International Trade Centre (ITC TradeMap).

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La guerre en Iran et ses conséquences pour la région

Mon, 15/06/2026 - 14:23

Plus de trois mois après le déclenchement du conflit qui a opposé Israël, les États-Unis et l’Iran nul ne peut en prédire l’issue définitive, en dépit de l’annonce d’un accord dont les contours restent flous et les interprétations à géométrie variable. L’Iran a démontré une capacité de résilience et de riposte qui avait été sous-estimée par ses adversaires. L’Iran sort vainqueur de cette confrontation. Ses adversaires n’ayant rejoint aucun des objectifs qu’ils s’étaient fixés. Le régime est en place et son emprise est plus forte que jamais. Téhéran ne cèdera pas son uranium enrichi en dépit des déclarations triomphantes de Donald Trump. Sa capacité balistique qui semé la terreur dans toute la région n’est que très faiblement entamée. Ses avoirs à l’étranger, notamment dans le Golfe, sont partiellement débloqués et le sort du détroit d’Ormuz n’est pas scellé. 

Quelles conséquences pour les alliances conclues ?

Cet épisode guerrier qui a embrasé toute la région du Golfe a déjà eu des conséquences importantes. Il n’est plus sûr que les pays de la région qui ont déjà essuyé plusieurs milliers de tirs (7 500) de la part des Iraniens sur leurs infrastructures aient conservé leur confiance dans les capacités de leur allié (protecteur) américain à assurer leur sécurité. Au contraire, un ressentiment est palpable envers ceux qui les ont entrainés malgré eux dans un conflit qui met en péril la stabilité de la région et tout ce qui s’y rattache. Les contacts officiels entre Riyad et Washington se sont nettement ralentis depuis quelques mois. C’est le signe d’un refroidissement des relations.

Un conflit révélateur de l’impuissance des pays de la région face aux menaces

Ce qui étonne le plus c’est la paralysie dont semblent frappés les pays de la région. L’embarras dans lequel ils se trouvent est le signe d’une impuissance révélée au grand jour. La protection américaine n’a pas suffi à préserver les pays de la région. Pire, ils ont été entrainés malgré eux dans un conflit qu’ils n’avaient pas souhaité.

À la recherche d’alliances régionales

Riyad qui avait commencé à construire avant le conflit un nouvel axe régional (Turquie, Pakistan, Égypte et Qatar) se voit conforté dans cette voie. Le rapprochement de Mohamed Ben Salman avec la Turquie revêt ici une importance capitale. Riyad et Ankara ont le projet de créer (ou de faire revivre) un couloir terrestre pour l’acheminement des marchandises entre les pays du Golfe et l’Europe. Il s’agit de faire revivre la fameuse ligne du chemin de fer du Hedjaz qui reliait Istanbul à la Mecque. Ligne qui avait été inaugurée en 1908 au temps de l’Empire ottoman. Cette ligne qui passe par la Turquie, la Syrie, la Jordanie et l’Arabie saoudite serait connectée à d’autres lignes ferroviaires dans la péninsule arabique. Le Qatar étudie pour sa part l’idée de remettre en fonction un gazoduc qui le relierait au port de Banyas en Syrie.

Le projet saoudo-turc vise aussi à contourner la fermeture du détroit d’Ormuz et d’échapper aux tarifs d’assurance qui ont augmenté de 300 %.

La Syrie bénéficiaire de la situation régionale

Autre particularité, tous ces projets mettent en relief l’importance de la Syrie de l’après-Assad. Les deux principaux alliés du président syrien Ahmed al-Charaa (Turquie et Arabie saoudite) permettront ainsi à ce pays exsangue de tirer de substantiels bénéfices des droits de passage sur son territoire. Damas passe ainsi de paria du Moyen-Orient à un rôle central.

L’incapacité de riposter met en relief le désarroi des pays de la région

L’absence de riposte des pays du Golfe aux attaques qu’ils subissent de la part des Iraniens est le signe d’un désarroi. Ces pays tentent malgré tout de préserver l’avenir. Ils savent que l’Iran sera toujours leur voisin immédiat et qu’il faudra faire avec. L’absence de riposte (à part un raid de l’aviation émiratie en avril dernier) s’explique aussi par la faiblesse structurelle des armées du Golfe. Les Monarchies de la péninsule ne souhaitent pas s’engager dans un conflit dont l’issue est plus qu’incertaine. Le formidable arsenal accumulé ces dernières années ne leur sert à rien et leur dissuasion est réduite à la plus simple expression.

Oman en situation d’échec diplomatique

Dans cet ensemble le cas d’Oman est assez emblématique. Le Sultanat a toujours affiché une neutralité de bon aloi et a cherché à privilégier les voies du dialogue. Jusqu’au déclenchement des hostilités, Oman jouait le rôle d’intermédiaire entre l’Iran son voisin et les États-Unis. La contribution d’Oman à la conclusion de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) avait été cruciale au début des négociations.

Après le début du conflit en février dernier, le Sultanat qui avait œuvré jusqu’au bout pour un accord s’est senti trahi par son allié américain et a été brutalement écarté de son rôle de facilitateur entre les deux parties au profit du Pakistan et plus tard du Qatar. C’est un camouflet de plus pour la diplomatie omanaise.

Saïd Badr al-Busaïdi, le ministre omanais des Affaires étrangères, ex-médiateur dans les discussions entre l’Iran et les États-Unis, dans une interview à The Economist avait accusé l’administration américaine de « s’être laissée entrainer » par Israël dans cette guerre alors qu’un accord semblait à portée de main. L’assassinat de Ali Larijani, ancien secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien (2025-2026), a privé le Sultanat de son principal interlocuteur iranien.

Pourtant, Oman est un acteur régional majeur. Il partage avec l’Iran le détroit d’Ormuz dont la circulation s’effectuait principalement sur le rail omanais dans ses eaux territoriales. Le Sultanat n’a pas réagi à la fermeture d’Ormuz de la part de l’Iran, de même que les attaques iraniennes n’ont pas épargné les terminaux de Doqum et de Fahl près de Mascate. À part des protestations de pure forme, les Omanais n’ont pas réagi. Il est vrai qu’Oman tire profit de sa position en dehors des eaux du détroit. Bon nombre des denrées qui transitaient par le détroit pour approvisionner les pays du Golfe sont déchargées dans les ports omanais situés sur la mer d’Arabie et sont ensuite acheminées par voie terrestre vers leur destination.

Quelles incidences à Bahreïn et au Koweït ?

La situation à Bahreïn, qui abrite le Commandement central des États-Unis (Centcom), et au Koweït est plus délicate. Ces deux pays sont les cibles d’attaques iraniennes des Iraniens, même si les défenses antiaériennes réussissent pour l’instant à contenir l’impact des frappes de rétorsion après les attaques américaines contre des cibles iraniennes. Le prix à payer semble assez élevé pour ces deux pays dont la situation intérieure est fragile : ils comptent tous deux de fortes minorités chiites et des cellules accusées d’être liées aux Gardiens de la Révolution iraniens ont été démantelées dans les deux pays.

Accord de paix : quelles perspectives pour les monarchies du Golfe ?

La volonté de Donald Trump de vouloir parvenir à tout prix à un accord avec l’Iran aura des conséquences lourdes pour la région. L’Iran aura prouvé sa capacité à résister à deux puissances majeures. Si la situation dans le détroit d’Ormuz ne revient pas au statu quo ante et si l’Iran conservait sa capacité de poursuivre son programme nucléaire, les monarchies du Golfe devront revoir leur stratégie diplomatique. Elles devront, soit composer avec le régime iranien, soit se tourner vers de nouvelles alliances, aussi fragiles soient-elles.

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Tenu en échec, Trump triomphe

Mon, 15/06/2026 - 12:53

Donald Trump a annoncé qu’un accord a été trouvé avec l’Iran et doit être signé le 19 juin en Suisse. Donald Trump le présente déjà comme un triomphe diplomatique. Pourtant, les principaux objectifs qu’il affichait au début de la crise semblent loin d’être atteints : pas de changement de régime à Téhéran, pas de transfert du stock d’uranium enrichi hors d’Iran, pas de fin du programme nucléaire iranien.

L’accord prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, la levée des sanctions américaines et l’ouverture de négociations sur le stock d’uranium enrichi, qui resterait en Iran après dilution. En revanche, rien n’est prévu concernant les missiles iraniens ou les alliances régionales de Téhéran.

Le cessez-le-feu doit également s’étendre au Liban, plaçant Benyamin Netanyahou dans une position délicate : obéir à Donald Trump au risque de fragiliser sa majorité en interne, ou s’y opposer au risque d’une rupture avec Washington.

Cet accord est-il une victoire des États-Unis ou la reconnaissance d’un rapport de force favorable à l’Iran ? Qui sont les véritables gagnants de ces 106 jours de guerre ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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Sommet sino-nord-coréen : pourquoi la Chine cherche-t-elle à renforcer son partenariat avec la Corée du Nord ?

Sat, 13/06/2026 - 15:57

Quel état des lieux peut-on dresser de la relation sino-nord-coréenne et quels étaient les principaux enjeux (politiques, économiques, diplomatiques et sécuritaires) de cette rencontre entre Xi Jinping et Kim Jong-un ?

Cette rencontre a eu lieu les 8 et 9 juin à Pyongyang. Elle a été préparée, côté chinois, par le département des Affaires du Parti, une branche particulière des Affaires étrangères, en grande partie gérée par les services de renseignement. C’est le premier déplacement du dirigeant chinois à l’étranger depuis le début de l’année. Xi Jinping et Kim Jong-un s’étaient déjà rencontrés en présence de Vladimir Poutine le 3 septembre dernier dans une démonstration de force déployée sur la place Tiananmen, officiellement pour commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale et la victoire contre le Japon, et pour rappeler que Pyongyang ne devait pas échapper au giron chinois, au seul profit de la Russie. Les déboires de Moscou sur le front ukrainien ont scellé un rapprochement inédit entre Pyongyang et la capitale russe et, au risque d’être marginalisé, Pékin a bien compris qu’il pouvait y avoir un risque pour la Chine de se voir écarté du grand jeu en Asie du Nord-Est tandis que ses relations avec le Japon se détériorent, chaque mois davantage. Quoi qu’il en soit, Pyongyang se retrouve au centre des attentions russes et chinoises. Ce triumvirat profite des difficultés des États-Unis au Moyen-Orient pour renforcer une coopération qui porte sur la livraison d’armes nord-coréennes à la Russie en échange, vraisemblablement, d’une aide russe dans la construction de sous-marins nucléaires. Pour ce qui concerne les relations sino-coréennes, ces dernières sont désormais plus transactionnelles que hiérarchiques. Xi Jinping cherche à rééquilibrer ces relations, alors que Kim Jong-un a gagné en autonomie diplomatique et en importance sur la scène internationale. Cette visite d’État est aussi l’occasion pour Pékin de promouvoir la Corée du Nord comme destination touristique, renforçant ainsi la dépendance économique de Pyongyang envers la Chine. En somme, ce voyage est à la fois une opération de séduction envers Kim Jong-un, une tentative de réaffirmer la prééminence chinoise face à la Russie, et un moyen pour Pékin de maintenir son influence dans une région en pleine recomposition géopolitique. Signes intéressants : Xi Jinping, alors accompagné de son épouse Peng Liyuan, tout ébaudis par les chorégraphies réaliste-socialistes qui étaient offertes en l’honneur du couple présidentiel chinois, s’est montré pour la première fois avec des cheveux grisonnants et devisait avec Kim Jong-un en arborant en public une paire de lunettes. Protocolairement parlant, il s’agissait sans doute de rappeler, sur un mode à la fois paternaliste et confucéen que le dirigeant chinois gardait un ascendant sur son jeune interlocuteur nord-coréen.

Dans un contexte de rapprochement entre Moscou et Pyongyang, quels sont les objectifs poursuivis par la Chine à travers le renforcement de sa relation avec la Corée du Nord ?

La Corée du Nord a réaffirmé à plusieurs reprises que son statut de puissance nucléaire était « irréversible ». Xi Jinping, tout en louant l’amitié « invincible » entre les deux pays, acquise durant la lutte opposant le Nord au Sud de la péninsule de 1950 à 1953, a insisté sur la nécessité de la stabilité régionale. La Chine, bien que soutenant traditionnellement la dénucléarisation, semble désormais accepter le fait accompli du programme nucléaire nord-coréen, tout en cherchant à éviter une escalade des tensions. Pour Pyongyang, la réunification avec le Sud n’est plus évoquée. C’est un signe inquiétant adressé à l’encontre de Séoul. Toute tentative de réconciliation avec le « frère ennemi » semble vouée désormais à l’échec. Les relations entre la Chine et la Corée du Nord sont par ailleurs liées à des enjeux économiques d’importance, avec l’intensification des échanges aériens commerciaux et le développement des zones portuaires frontalières, celle de Dandong-Sinŭiju en particulier. Il s’agit d’un hub logistique majeur pour la Corée du Nord, utilisé pour l’importation de pétrole (et d’autres marchandises). La raffinerie de pétrole de Ponghwa, située à Sinŭiju même, traite une partie du pétrole brut importé de Chine. Le développement des infrastructures touristiques de la ville de Samjiyon a certainement été abordé. Dans cette même optique, la station de ski du Mont Masik devrait accueillir à terme un flux important de touristes chinois. Ces projets s’inscrivent dans la doctrine économique du « Byungjin » (développement parallèle de l’économie et de l’arme nucléaire) de Kim Jong-un. Rappelons que les échanges avec la Chine représentent à ce jour une part très majoritaire du commerce total de la Corée du Nord avec l’étranger. À l’inverse, la Chine aura besoin de sécuriser à terme ses points de passage autour du littoral nord-coréen afin d’emprunter la voie du pôle des Nouvelles Routes de la Soie empruntant la voie de la Sibérie.

Dans quelle mesure un renforcement de l’alliance sino-nord-coréenne pourrait-il impacter les équilibres stratégiques sur le continent asiatique ?

Il s’agit bel et bien d’une alliance en vigueur depuis la signature en 1961 d’un Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle. En cas d’agression, la Chine se doit d’apporter une assistance militaire à la Corée du Nord, et réciproquement. Xi Jinping s’est dit, auprès de son hôte prêt à « maintenir une communication stratégique étroite et continuer à guider les relations entre la Chine et la Corée du Nord vers de nouveaux sommets », a rapporté l’agence de presse officielle chinoise Chine nouvelle. Il a ajouté que « les deux parties devraient renforcer leurs échanges diplomatiques, policiers et militaires ». Cela signifie que Pékin prend du champ vis-à-vis de Washington dans le souhait américain d’opter pour une dénucléarisation de la péninsule. Cette position s’explique par la volonté de la Chine de maintenir un État-tampon stable face aux forces américaines en Corée du Sud, et de consolider son alliance avec Pyongyang. En somme, la Chine reconnaît implicitement la Corée du Nord comme puissance nucléaire, tout en cherchant à éviter tout conflit régional qui pourrait menacer ses intérêts. Et contrairement à 2019, où Kim Jong-un espérait encore négocier avec les États-Unis via la Chine, la situation a évolué : la Corée du Nord mise désormais sur le renforcement de son arsenal nucléaire et ne cherche plus à normaliser ses relations avec Washington. Cette posture réduit les marges de manœuvre diplomatiques pour les Américains, qui doivent composer avec un bloc sino-russe plus soudé. Le Japon craint que cette alliance renforcée entre la Chine et la Corée du Nord n’encourage Pyongyang à poursuivre ses essais de missiles (dont certains ont déjà survolé le territoire japonais) et à ignorer les sanctions internationales, avec le soutien tacite de la Chine. La reprise des liaisons ferroviaires et aériennes entre les deux pays en 2026 est aussi vue comme un contournement des pressions économiques exercées par l’ONU. Enfin, la visite de Xi Jinping s’inscrit dans une dynamique où Pékin, Moscou et Pyongyang cherchent à afficher un front commun face à l’Occident, ce qui isole davantage le Japon et la Corée du Sud dans leur politique de fermeté envers la Corée du Nord qui a rappelé, dans ce contexte, que son statut de puissance nucléaire était « absolument non-négociable ». En d’autres mots, à Tokyo, la rencontre de Pyongyang est perçue comme un signal alarmant de consolidation d’un bloc sino-nord-coréen (voire sino-russo-nord-coréen), qui déstabilise l’équilibre régional et menace directement la sécurité du Japon. La question nucléaire reste le point de crispation majeur, avec un sentiment d’impuissance face à l’inaction chinoise sur ce dossier.

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Un G7 pour quoi faire ?

Fri, 12/06/2026 - 12:32

Le G7 s’ouvre le 15 juin prochain à Evian. La France en assure la présidence dans un contexte marqué par les divisions et les incertitudes. Créé en 1975 à l’initiative de Valéry Giscard d’Estaing en réponse à la crise économique, ce groupe des sept pays les plus industrialisés était à l’origine conçu comme un espace de dialogue informel entre alliés. Aujourd’hui, il est souvent perçu comme un club occidental en perte d’influence, où les désaccords l’emportent sur les consensus.

Cette édition est largement dominée par une question : quel sera le comportement de Donald Trump ? Entre ses désaccords avec les Européens sur l’Ukraine, son hostilité envers les institutions internationales et ses divergences sur les questions climatiques, commerciales ou technologiques, sa présence pourrait une nouvelle fois transformer le sommet en exercice d’équilibriste diplomatique.

Les dirigeants des États membres du G7 devraient notamment évoquer la guerre en Ukraine, alors que les Européens souhaitent maintenir la pression sur la Russie et poursuivre leur soutien à Kiev. Mais les divergences apparaissent également sur l’intelligence artificielle, sujet de confrontation croissante entre une Europe attachée à la régulation et une administration américaine qui défend une approche libérale sous l’influence des géants du numérique.

Les conflits au Proche-Orient et la situation en Iran figurent également parmi les dossiers susceptibles d’être abordés. Pourtant, derrière ces discussions se pose une question : le G7 est-il encore capable d’influencer le cours des événements mondiaux ou n’est-il plus qu’un symbole d’un Occident dont le poids relatif ne cesse de diminuer ?

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Points de passage stratégique en mer : quels scénarios et quels risques pour 2026 ?

Fri, 12/06/2026 - 12:32

La fermeture du détroit d’Ormuz a mis en lumière l’importance stratégique des points de passages maritimes et a montré que leur blocage peut avoir des répercussions sur les marchés mondiaux. Cependant, ce détroit n’est pas un cas isolé : d’autres détroits et canaux jouent également un rôle déterminant dans la fluidité des échanges internationaux. Toutefois, ces passages stratégiques sont exposés à divers risques, qu’ils soient géopolitiques, tels que des tensions, des conflits et des rivalités entre États, ou climatiques, susceptibles d’interrompre la circulation maritime.

Quelles sont les normes juridiques auxquelles sont soumis ces détroits et canaux ? En quoi leur fermeture peut-elle perturber les échanges mondiaux ? Quelles sont les vulnérabilités de ces points de passages stratégiques ? Au-delà du détroit d’Ormuz, quelles pourraient être les conséquences d’un blocage d’un autre point de passage sur l’économie mondiale ?

Julia Tasse, directrice de recherche à l’IRIS et responsable du programme Océan, décrypte ces enjeux dans cette nouvelle Chronique Océan.

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Iran/États-Unis : des négociations sont-elles vraiment possibles ?

Fri, 12/06/2026 - 10:23

Après deux mois de négociations entre l’Iran et les États-Unis, marquées par de nombreux blocages, quel bilan d’étape peut-on tirer ? Au vu des pertes subies parmi les dirigeants iraniens et des remaniements erratiques au sein du département d’État depuis le retour de Donald Trump, pensez-vous qu’il y a suffisamment de compétences des deux côtés pour parvenir à un compromis efficient ? 

Le premier constat est qu’il n’y a malheureusement pas réellement de bilan d’étape, parce que la course n’a pas vraiment commencé. Les véritables négociations ne semblent pas encore engagées. Après deux mois, aucun progrès tangible n’est observable. Il y a eu des phases d’apaisement, des phases d’échanges plus positives, puis des phases de montée des tensions, comme actuellement, avec des échanges de tirs susceptibles de s’intensifier. Cette dynamique devrait toutefois se poursuivre sous la forme d’un conflit d’intensité moyenne : des moments d’apaisement devraient alterner avec des moments de tension, y compris avec des épisodes de frappes comme aujourd’hui. L’essentiel étant que des négociations s’ouvrent et se poursuivent. Or rien ne l’indique aujourd’hui.

Quant aux capacités des parties à négocier, tant du côté iranien qu’américain, il s’agit d’un des problèmes majeurs actuels. Si les deux parties ont intérêt à avancer vers une négociation et qu’aucune ne semble la rejeter totalement, aucun progrès n’est enregistré.

Côté iranien, les dirigeants ont été décimés. Plusieurs factions doivent se coordonner pour élaborer une position commune. Cela suppose des échanges internes et des négociations entre acteurs iraniens, ce qui paraît difficile sous la menace de frappes potentiellement mortelles menées par les États-Unis ou Israël. Les autorités iraniennes sont donc désorganisées et confrontées à leurs propres modes de fonctionnement institutionnels, qui rendent difficile l’adoption d’une position unifiée. Le Guide, les Gardiens de la révolution, le gouvernement et le Majlis n’ont pas nécessairement les mêmes approches.

Côté américain, il existe davantage d’unité de position, mais celle-ci est dictée par un président dont la capacité diplomatique de négociation semble limitée. Sa grammaire est celle qui a fonctionné dans la politique intérieure américaine : invectives, positions unilatérales pouvant aller jusqu’à l’injure, revirements ou affirmations éloignées de la réalité. Ces méthodes ne fonctionnent pas dans une négociation internationale. Par ailleurs, les outils de négociation mobilisés par Washington ne semblent pas suffisamment élaborés. Les interlocuteurs apparaissent surtout comme chargés de répéter rapidement les positions présidentielles. Rien ne laisse penser qu’une véritable équipe de négociation comparable à celle qui avait travaillé à l’obtention de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) du 14 juillet 2015 soit aujourd’hui constituée.

Des deux côtés, les capacités de négociation apparaissent donc faibles. Cela explique l’absence de progrès, sur fond de conflit d’intensité moyenne alternant phases de tension et d’accalmie. La période actuelle correspond plutôt à une phase d’intensification.

L’imposition d’un cessez-le-feu au Liban comme condition à un accord par l’Iran et la pression, assez vaine à ce jour, mise par Donald Trump sur Netanyahou pour stopper l’escalade, ne révèlent-elles pas une perte de contrôle des États-Unis sur les négociations au profit de l’Iran et des orientations désormais différentes entre Washington et Tel Aviv. 

Les orientations de Washington et de Tel-Aviv semblent effectivement en train de diverger. Au moment de l’attaque de fin février, les États-Unis ont été convaincus par Israël qu’une frappe très forte visant à décapiter l’exécutif iranien conduirait à un succès rapide. Les résultats observés montrent que cela n’a pas produit les effets attendus. Depuis, les positions tendent à s’éloigner. Benyamin Netanyahou souhaite poursuivre le combat contre l’Iran et utilise pour cela la poursuite de l’affrontement avec le principal proxy iranien au Liban, le Hezbollah. Les frappes dans le sud du Liban se poursuivent donc. Les conséquences éventuelles sur les négociations ne semblent pas constituer une préoccupation majeure pour Israël, et il est même possible que le fait que cela ait un effet négatif sur les négociations lui convienne, puisqu’il continue de poursuivre l’idée d’éradiquer le pouvoir iranien et la capacité iranienne à combattre, ce qui ne paraît pas réaliste.

Pour autant, il ne semble pas que les États-Unis aient perdu le contrôle des négociations au profit de l’Iran. Les deux parties apparaissent surtout incapables de négocier efficacement. Aucune ne prend réellement l’avantage sur l’autre. Les deux auraient intérêt à parvenir à un accord, mais les exigences restent actuellement trop élevées de part et d’autre. Cette situation est classique au début d’un processus de négociation. Il faut ensuite commencer à construire des compromis, parfois sous forme chronologique : distinguer les problèmes selon leur degré d’urgence, traiter certains sujets immédiatement, d’autres à moyen terme et d’autres encore à plus long terme.

Dans ce conflit, la réouverture du détroit et la fin du blocus des ports iraniens constituent des intérêts communs. La question devient alors celle des contreparties possibles et, surtout, de l’ouverture immédiate de négociations crédibles sur le nucléaire. Aujourd’hui, les Iraniens ne semblent pas prêts à avancer sur ce sujet, mais une position affichée aujourd’hui peut évoluer demain. C’est précisément le principe d’une négociation : faire évoluer les lignes jusqu’à identifier une ouverture possible. Pour l’instant, cela ne semble pas se produire.

Face à ces négociations qui semblent s’enliser, comment la situation pourrait-elle se débloquer selon vous ? Compte tenu des capacités d’enrichissement acquises par l’Iran, un accord pourrait-il réellement empêcher ce pays d’avancer sur l’acquisition de l’arme nucléaire ?

Un déblocage relativement rapide pourrait intervenir si un compromis était trouvé sur un séquençage des problèmes.

Dans un premier temps, les sujets considérés comme urgents devraient être traités : pérennisation du cessez-le-feu, rétablissement de la circulation dans le détroit d’Ormuz, probablement en échange d’une levée partielle des sanctions ou d’un dégel des avoirs iraniens.

En parallèle, il faudrait engager immédiatement des négociations sur le sujet central : le nucléaire. Une solution sur ce dossier ne pourra pas être trouvée rapidement. Lors des précédentes négociations, cinq années avaient été nécessaires. Trouver un compromis sur le nucléaire est indispensable, mais cela demande du temps. Le sujet comprend plusieurs dimensions, notamment la vérification des engagements des différentes parties, en particulier ceux de l’Iran. Ces mécanismes sont extrêmement techniques et nécessitent de longs mois de travail. Il faudrait donc commencer immédiatement ce travail, avec un engagement des Iraniens à geler leurs activités. Rien ne garantit toutefois qu’un tel engagement puisse être obtenu.

L’ensemble se déroule dans un contexte marqué par une certaine irrationalité. Après l’opération américaine menée avec Israël en juin 2025, il avait été affirmé que l’ensemble du dispositif nucléaire iranien avait été « obliterated », c’est-à-dire totalement annihilé. Ce n’est manifestement pas le cas. Aujourd’hui, le résultat réel des frappes sur les capacités nucléaires iraniennes reste inconnu. Il n’est pas possible de savoir quelles installations dissimulées subsistent, ce qu’il est advenu du stock d’uranium enrichi — notamment les fameux quatre cents kilos — ni dans quelle mesure les capacités iraniennes de production et d’utilisation de centrifugeuses ont progressé. Pendant les années qui ont suivi le retrait américain de l’accord en 2018, les Iraniens n’étaient plus soumis aux obligations prévues par celui-ci et ont ainsi pu poursuivre leurs activités de recherche et de progression des capacités sans les mêmes contraintes.

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Victoire électorale des forces pro-occidentales en Arménie : et maintenant ?

Thu, 11/06/2026 - 14:37

Quel est le contexte dans lequel se sont tenues les élections législatives en Arménie ?

L’Arménie sort de plusieurs années de fortes tensions qui ont traumatisé une grande partie de la population. Cela s’explique tout d’abord par la lourde défaite militaire face à l’Azerbaïdjan en 2020, puis la reprise du Haut-Karabagh par celui-ci en 2023 qui entraina le départ de 100 000 à 120 000 Karabakhiens dont une majorité se réfugie en Arménie.

 Plus récemment, la guerre israélo-étatsunienne contre l’Iran voisine aggrave les inquiétudes, même si l’Arménie n’a pas été touchée par les combats. Les relations économiques avec la République islamique ne sont certes pas significatives – moins de 4 % des échanges –, mais c’est en l’occurrence la frontière commune qui constitue une véritable ouverture et donc un enjeu stratégique vital pour un pays enclavé dont les frontières avec la Turquie et l’Azerbaïdjan sont fermées depuis de nombreuses années.

Enfin, si un texte traçant la perspective de la signature d’un accord de paix a été validé avec l’Azerbaïdjan en août 2025 à Washington sous l’égide de Donald Trump, il n’est pour l’instant pas ratifié par les parlements arménien et azerbaïdjanais.

Dans quelle mesure la réélection de Nikol Pachinian traduit-elle la volonté de la société arménienne de se détacher de l’influence russe ? Quelles pourraient être les conséquences sur les relations bilatérales entre Erevan et Moscou ? En quoi le résultat de ce scrutin pourrait-il renforcer les perspectives de rapprochement de l’Arménie avec l’Union européenne et les États-Unis ?

Le score obtenu par le Premier ministre sortant, Nikol Pachinian, affleurant les 50 % des suffrages exprimés, traduit un indéniable soutien à la politique qu’il mène, notamment au niveau régional. Une forte défiance à l’égard de la Russie est manifeste, notamment depuis les guerres de 2020 et 2023 au cours desquelles beaucoup d’Arméniens se sont sentis trahis en raison de la non-intervention de Moscou, en dépit du rôle de protecteur qu’il prétendait incarner depuis la proclamation de l’indépendance. Cette situation a abouti au gel de la participation de l’Arménie à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), organisation politico-militaire dominée par la Russie dont font partie plusieurs États anciennement membres de l’URSS. C’est aussi pourquoi Nikol Pachinian oriente avec précaution son pays vers les puissances occidentales.

Dans ce contexte Moscou n’a pas hésité pour sa part à proférer des menaces en termes assez peu voilés, au cours des dernières semaines. Vladimir Poutine a ainsi déclaré durant la campagne électorale en Arménie que les ventes de gaz à tarif préférentiel pourraient passer au prix européen, soit environ quatre fois plus cher, si le processus de rapprochement avec l’Union européenne (UE) se poursuivait, alors qu’une loi enclenchant la procédure d’adhésion à l’UE a été votée par le parlement arménien en mars 2025. Le tropisme pro-européen existe donc à Erevan, mais c’est aussi sa relation avec les États-Unis qui inquiète la Russie.

Les accords conclus avec l’Azerbaïdjan déjà évoqués sont en effet significatifs. Non seulement ils ont fait apparaître Donald Trump comme un faiseur de réconciliation entre deux peuples depuis longtemps en guerre, ce dont il s’est largement vanté, mais surtout il a considérablement fait avancer le projet, modestement intitulé « Route Trump pour la paix internationale et la prospérité ». Si cela se concrétise, ce corridor – comportant routes, voies ferroviaires, oléoducs et gazoducs – reliera l’Azerbaïdjan à son exclave le Nakhitchevan facilitant ainsi considérablement le transit entre l’Asie centrale et l’Europe, singulièrement la Turquie, tout en contournant la Russie et l’Iran. L’influence étatsunienne s’est encore renforcée à l’occasion de la visite du vice-président J. D. Vance – une première de ce niveau en Arménie – au mois de février 2026. Plusieurs contrats ont alors été signés portant notamment sur les drones, le nucléaire civil, les puces informatiques. Cette visite se poursuivit par une étape à Bakou au cours de laquelle a été signé un accord de coopération stratégique avec l’Azerbaïdjan.

On le comprend, Moscou a quelque raison de s’inquiéter en constatant sa perte d’importance graduelle. Le résultat des élections encourage clairement Nikol Pachinian à poursuivre dans la même voie et approfondir son rapprochement avec l’Union européenne d’une part et les États-Unis d’autre part.

Nikol Pachinian a déclaré vouloir « institutionnaliser un accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ». À l’issue de cette élection et en l’absence d’une majorité au Parlement pour adopter des amendements constitutionnels, quelles sont ses marges de manœuvre quant au dossier du conflit au Haut-Karabagh ?  Doit-on s’attendre à une stabilisation des tensions dans le Caucase ou au contraire à une intensification des rivalités régionales ?

La question qui se pose désormais ne concerne plus à proprement parlé le Haut-Karabagh, puisque la quasi-totalité de ses habitants a été obligée d’en fuir en 2023 et que le territoire a désormais rejoint l’Azerbaïdjan. Ce fait a été reconnu par Nikol Pachinian lui-même – ce qui lui vaut des accusations récurrentes de trahison – mais le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, en position de force, exige des amendements dans la constitution arménienne pour retirer toute référence au Haut-Karabakh.

En tout état de cause, c’est désormais la relation directe et la normalisation entre les deux États du Caucase du Sud qui est centrale. Les cicatrices ne sont pas refermées et les défis nombreux tant les trois décennies de conflit ont engendré des haines réciproques. L’Arménie accuse par exemple l’Azerbaïdjan d’occuper illégalement 200 km2 de son territoire et le processus de délimitation des frontières n’est pas terminé. Par sa politique atlantiste et de rapprochement avec l’Union européenne Nikol Pachinian cherche à renforcer ses soutiens et continuera dans cette voie confirmant la perte d’influence russe dans la région.

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Un État palestinien est-il encore possible ? Avec Rima Hassan

Wed, 10/06/2026 - 17:20

Malgré l’annonce du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas le 10 octobre 2025, les violences n’ont pas cessé. Les frappes continuent de toucher des populations civiles palestiniennes, aggravant une situation humanitaire déjà dramatique. La bande de Gaza reste largement isolée de l’aide extérieure, rendant l’acheminement de denrées alimentaires, de médicaments et de matériel médical extrêmement difficile. À cela s’ajoutent les déplacements massifs de populations gazaouies, contraintes de fuir les zones de combat sur un territoire profondément dévasté par près de deux années de guerre. Face à cette crise, la réponse de la communauté internationale tarde à se faire entendre, soulevant des interrogations sur la capacité réelle des institutions internationales à protéger les populations civiles, à faire respecter le droit international et à créer les conditions d’une paix durable. La question palestinienne fait également débat au Parlement européen, où les positions des différents groupes politiques restent profondément divisées, dans un hémicycle où l’extrême droite est désormais fortement représentée. Dans ce contexte et en l’absence d’une réelle légitimité de l’autorité palestinienne auprès des Palestiniens, la perspective de la création d’un État palestinien semble s’éloigner davantage.

Quelle est l’évolution de la situation humanitaire dans la bande de Gaza ? La solution à deux États est-elle envisageable ? Quelle autorité peut légitimement représenter le peuple palestinien dans un contexte marqué par la fragmentation politique et territoriale ? Comment la question palestinienne est-elle traitée au Parlement européen ? Comment le conflit israélo-palestinien est-il traité dans les médias français ?

Autant d’enjeux abordés avec Rima Hassan députée européenne et juriste franco-palestinienne spécialisée en droit international.

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Defence supply chain monitoring: Leveraging geopolitical challenges for sustainability gains

Wed, 10/06/2026 - 12:14

Geopolitical challenges have intensified the need to strengthen monitoring across defence supply chains. Rising military tensions, trade conflicts, and the shifting global power dynamics have increased exposure to disruptions, ranging from raw material shortages to exports of strategic components being restricted. This essay argues that the growing momentum for monitoring supply chains for security reasons should be strategically used to strengthen sustainability reporting. While enhanced supply chain oversight does not automatically generate more comprehensive data on environmental or other sustainability objectives, establishing structured monitoring systems lowers the administrative and practical barriers to integrating additional indicators. It is essential that monitoring should enhance defence readiness rather than weaken it. A phased integration over time can support supply chain security, but also environmental goals.

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La fabrique d’un cessez-le-feu asymétrique entre Israël et le Liban

Wed, 10/06/2026 - 09:57

Le 3 juin, le département d’État étatsunien a publié une déclaration conjointe, dans le cadre des pourparlers directs engagés entre le Liban et Israël sous parrainage des États-Unis, convenant de la mise en œuvre d’un cessez-le-feu entre les deux pays. Pour autant, dès le lendemain de l’annonce, le sud du Liban et la région de la Bekaa ont de nouveau connu les tirs nourris de l’armée israélienne, faisant 8 morts et 15 blessés. Un bilan qui s’élève depuis le 2 mars dernier à 3 613 tués, 11 072 blessés et plus de 1,2 million de déplacés selon le bilan ministère de la Santé libanais en date du 7 juin.  

Un cessez-le-feu conditionné et progressif

Car, dans les faits, l’annonce parvenue depuis Washington n’a rien d’une trêve, elle relève plutôt d’un accord-cadre, assorti de conditions, visant à « progresser vers un accord global de paix et de sécurité ». Sa mise en œuvre demeure ainsi subordonnée à « l’arrêt complet des tirs du Hezbollah » et à l’évacuation de tous ses membres du sud du fleuve Litani. En revanche, aucune mention n’y est faite d’arrêt des frappes israéliennes, ni des modalités d’un éventuel retrait de son armée.

En sus, la déclaration précise la volonté des deux parties de progresser vers la création de « zones pilotes » dans lesquelles l’armée libanaise exercera le contrôle « à l’exclusion de tous les acteurs non étatiques ». En plus d’éluder l’occupation israélienne en mettant exclusivement l’accent sur le Hezbollah, cette mention laisse suggérer une dimension progressive et fragmentée de l’accord, dont les contours demeurent encore à définir.

Enfin, le document paraphé par Beyrouth se montre particulièrement vindicatif à l’égard du parti chiite, qu’il accuse de tenter de « prendre en otage le pays ». Il reprend également les propos du secrétaire d’État américain Marco Rubio, chargé de superviser les négociations, selon lesquels « le Hezbollah n’est pas seulement un ennemi d’Israël et des États-Unis, mais aussi un ennemi du Liban ».

Ainsi, le ton adopté dans la déclaration, son contenu déséquilibré ainsi que sa logique partielle et progressive ont suscité les critiques du Hezbollah qui, par la voix de son secrétaire général Naïm Qassem, l’a immédiatement fustigé. L’organisation, qui continue de mener une guérilla face à Israël au Sud, réclame quant à elle un cessez-le-feu global et rejette ce qu’elle considère être une « distinction entre le Sud et le reste du Liban » qui accorde à Israël la « liberté pour tuer ».

Assurer la sécurité d’Israël et extraire le Liban des autres canaux de médiation

Au-delà de ces réactions, cette séquence met en lumière une évolution plus large du rôle joué par la diplomatie étatsunienne dans le dossier israélo-libanais. En novembre 2024, l’administration Biden avait parrainé un accord de cessez-le-feu entre les deux pays, prenant en charge la supervision de son mécanisme de surveillance. Par la suite, le mandat Trump a lui aussi été marqué par une forte et très intrusive implication diplomatique au Pays du Cèdre. Depuis, les émissaires se sont succédés, mais l’objectif est resté le même : capitaliser sur le revers militaire du Hezbollah pour obtenir son désarmement, voire son démantèlement, en misant à la fois sur la nouvelle équipe à la tête de l’exécutif libanais et sur la marge de manœuvre laissée à la force de feu israélienne.

La diplomatie américaine au Liban – et plus largement dans la région – reste largement orientée par une même boussole : la préservation des intérêts et de la sécurité d’Israël. Dès les premiers pourparlers directs tenus à Washington en avril dernier, le texte adopté faisait référence au droit d’Israël à « prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires à sa légitime défense contre toute attaque planifiée, imminente ou en cours », ajoutant que ce droit ne serait pas remis en cause par la cessation des hostilités. Cette formulation, déjà présente dans l’accord de novembre 2024 et sa lettre annexe, accorde à Israël une liberté qui s’apparente à une forme de guerre préventive, pourtant prescrite par le droit international.

Résultat ? En seize mois de « trêve », Israël a commis plus de 10 000 violations selon l’ONU, dans un rapport datant de novembre 2025. Le Hezbollah, pour sa part, n’en avait commis aucune jusqu’au lancement de six missiles et huit drones à l’aube du 2 mars, précipitant une réponse dévastatrice de la part de Tel-Aviv, sous couvert de « légitime défense ». Aujourd’hui encore, les dirigeants israéliens revendiquent la même interprétation du cadre négocié, son ministre de la Défense affirmant que l’armée israélienne continuerait « d’opérer dans la zone de sécurité au sud du Liban et conservera sa liberté d’action militaire ».

Mais cette série de pourparlers révèle une évolution absente de l’accord de 2024. Elle traduit de la part de Washington une volonté d’isoler l’exécutif libanais des autres canaux de médiations, afin de l’inscrire dans un rapport de force nettement défavorable face à Israël. Le document affirme ainsi que tout accord doit être conclu directement entre les deux gouvernements, sous l’égide des États-Unis « et non par une voie parallèle ». Alors que le mandat de la FINUL arrive à son terme d’ici la fin d’année, les leviers de négociation du Liban pour préserver sa sécurité et son intégrité territoriale apparaissent de plus en plus limités.

De même, la déclaration conjointe vise à établir un processus libano-israélien autonome, distinct du dossier iranien. Téhéran, qui poursuit des discussions parallèles avec Washington au Pakistan, maintient qu’aucun accord ne pourrait être conclu sans un arrêt de l’offensive israélienne au Liban. Son attaque, le 7 juin, sur Israël en réponse aux frappes de Tel-Aviv sur la banlieue sud de Beyrouth, s’inscrit dans cette logique. Pour l’exécutif libanais, elle constitue une forme d’ingérence, le président libanais ayant récemment accusé l’Iran d’utiliser le Liban comme « une monnaie d’échange ». Pour le Hezbollah, les moyens coercitifs de l’Iran demeurent un avantage stratégique devant être mobilisé dans les négociations.

Un dispositif de gestion risquant d’alimenter les tensions internes

Enfin, cet accord-cadre ne se limite pas à la seule question de la cessation des hostilités, mais esquisse les modalités de gestion de l’épineuse question des armes du Hezbollah, tout en maintenant des zones d’ombres autour de cette dernière. La référence à des « zones pilotes » dans lesquelles l’armée libanaise exercerait un contrôle exclusif, y reste dépourvue de calendrier et de mécanismes de supervision.

Le texte précise néanmoins que les États-Unis rappellent leur « intention de soutenir les Forces armées libanaises, afin de renforcer leurs capacités ». Il ajoute que cet engagement s’appuie sur des discussions entre les délégations militaires libanaise et israélienne autour d’un « cadre de sécurité » prévoyant « le démantèlement des groupes armés non étatiques et la prévention de leur réapparition ». Washington entend certainement jouer un rôle central dans ce dispositif encore non défini. En avril dernier, Marco Rubio déclarait à Fox News que son administration préparait un cadre pour soutenir « certaines » unités de l’armée libanaise en leur fournissant la formation, l’équipement et les capacités nécessaires pour « agir contre le Hezbollah ».

Une idée qui circule depuis quelque temps dans les cercles de réflexion étatsuniens, partant du principe que les difficultés de l’armée libanaise à désarmer le Hezbollah résultent davantage d’un manque de volonté que d’un manque de moyens, voire d’une inféodation de certains de ses hauts gradés au parti chiite. Cette vision occulte cependant le fait que tout processus coercitif de désarmement du Hezbollah par l’armée libanaise comporte des risques de guerre civile, comme ne cesse de l’avertir son commandant en chef Rodolphe Haykal. A fortiori, établir des distinctions entre les unités des Forces armées libanaises introduirait un facteur de discorde au sein de l’une des rares institutions du pays qui dépasse les clivages communautaires et dont le rôle est de garantir la paix civile. Toujours est-il qu’il existe à Washington une volonté manifeste d’accentuer la pression sur l’armée libanaise. Le 21 mai, le Trésor américain a annoncé des sanctions contre deux officiers libanais accusés d’avoir transmis des informations au Hezbollah.

Ainsi, loin d’avoir fait cesser le bruit du canon, la déclaration conjointe du 3 juin, par ses exigences asymétriques et les zones d’ombre qu’elle maintient sur la gestion de l’issue du conflit, tend plutôt à exacerber les divisions libanaises. Portée par l’exécutif et rejetée par le Hezbollah, elle cristallise la ligne de fracture entre les autorités officielles et le parti chiite. Naïm Qassem a qualifié le texte de « capitulation » et tenu les dirigeants libanais pour « responsables (…) des divisions internes ». Le président Joseph Aoun a quant à lui rétorqué que « le peuple libanais n’est pas votre peuple ». Une polarisation croissante dont il faudra observer l’évolution et qui, loin de renforcer l’État libanais, semble surtout consolider les positions israéliennes.

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Pour Trump, la Coupe du monde, « c’est bien plus que du sport »

Tue, 09/06/2026 - 16:42

C’est à Pascal Boniface, fondateur de l’IRIS et pionnier de la géopolitique du sport, que l’on doit cette formule devenue presque une évidence : « Le sport, c’est bien plus que du sport. »

La référence tutélaire reste les Jeux olympiques de 1936, organisés par l’Allemagne nazie pour offrir au monde entier la vitrine d’un Reich triomphant. Tout au long du XXe siècle et du premier quart du XXIe, les Coupes du monde, les Jeux olympiques et autres compétitions sportives ont servi de caisse de résonance à des régimes cherchant à projeter une image, à galvaniser un peuple, ou à envoyer un message.

La Coupe du monde 2026, qui s’ouvre le 11 juin aux États-Unis, au Canada et au Mexique, est sans conteste une édition unique dans l’histoire du football mondial. Unique par son format – 48 équipes pour la première fois, 104 matchs, une finale au MetLife Stadium dans la banlieue de New York le 19 juillet. Mais surtout unique par son contexte politique.

Car contrairement aux Coupes du monde précédentes organisées par des puissances désireuses de soigner leur image internationale – Russie en 2018, Qatar en 2022 – celle-ci ne sert pas de vitrine à l’Amérique de Trump. L’Amérique de Trump se moque bien de ce que le monde pense d’elle, tant qu’elle pense encore le dominer.

Non, c’est sur le plan de la politique intérieure que ce Mondial revêt une importance capitale pour le président américain.

Première raison : Donald Trump a besoin de victoires. Un Trump fragilisé comme il ne l’a jamais été sur la scène nationale – humilié par une guerre en Iran qu’il a déclenchée contre l’avis de son vice-président, de ses généraux et de sa propre base MAGA – voudrait bien surfer sur quelques succès sportifs pour regonfler les sondages avant les midterms de novembre.

Si l’équipe américaine enchaîne les victoires, il ne manquera pas de se gargariser de ces champions représentatifs de « la nouvelle Amérique qui gagne ». Mais si elle se fait éliminer dès le premier tour, Donald Trump le prendra comme une insulte personnelle. Les footballeurs ne seront pas sacrifiés aux dieux comme dans l’Antiquité, mais nul doute qu’ils seront insultés sur Truth Social.

Seconde raison, plus subtile : la question iranienne. Depuis le début, Donald Trump a transformé la participation de l’Iran au Mondial en feuilleton politico-diplomatique. En mars, il déclarait que les joueurs iraniens ne seraient pas « en sécurité » sur le sol américain. L’Iran menaçait de ne pas venir. La FIFA s’affolait. Infantino courait à la Maison-Blanche. Finalement, les joueurs ont obtenu leurs visas – mais une quinzaine d’accompagnants se les sont vus refuser, dont le président de la fédération iranienne Mehdi Taj, ancien commandant des Gardiens de la Révolution, considérés comme organisation terroriste par Washington. L’Iran va s’entraîner à Tijuana, au Mexique, avant de disputer ses matchs à Los Angeles et Seattle.

Le calcul de Trump est transparent : en laissant les joueurs venir tout en barrant la route aux « Gardiens de la Révolution », il se pose en chef magnanime, mais aussi inflexible, vis-à-vis de ses propres partisans et de la population étatsunienne qui lui reprochent la guerre. Et il nourrit secrètement l’espoir que certains joueurs, libérés de leur encadrement politique habituel, demandent l’asile politique aux États-Unis.

Ce serait pour lui un moment de triomphe absolu – des Iraniens fuyant le régime qu’il combat, en direct sur les pelouses américaines. Peu importe que cela risque de faire capoter un éventuel accord de paix qu’il cherche désespérément à conclure. Trump n’a jamais été embarrassé par ses propres contradictions.

Il est même possible sur le papier que les États-Unis et l’Iran se retrouvent en phase éliminatoire à Dallas le 3 juillet. Un match qui, dans ce contexte, aurait une portée politique sans précédent dans l’histoire des Coupes du monde.

Pascal Boniface avait raison. Le sport est bien plus que du sport. Et dans l’Amérique de Trump, la Coupe du monde 2026 est bien plus qu’une compétition de football. C’est un terrain de jeu politique, un instrument de propagande intérieure, un feuilleton diplomatique, et peut-être, si les astres s’alignent pour le 47e président américain, une machine à produire des réfugiés iraniens en direct sur les écrans américains.

Le coup d’envoi est dans quelques jours. Le spectacle, lui, a déjà commencé.

Romuald Sciora, essayiste franco-américain, est directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS. Dernière publication : America 250, une histoire graphique des États-Unis, vol. 1, Né dans le sang (éditions Point Nemo).

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SCAF : un échec dommageable pour la coopération industrielle de défense et pour l’Europe

Tue, 09/06/2026 - 16:13
L’échec de la coopération sur un programme d’armement : les deux péchés originels

Les causes de cet échec résident d’abord dans le fait que la France et l’Allemagne ont pris le 13 juillet 2017 une décision politique de lancer le programme sur la base d’un accord de partage des tâches 50/50 avec une direction française, sans se poser la question de la faisabilité d’un tel schéma. Coopérer sur un programme d’armement n’est pas une chose aisée. Cela nécessite de connaître les compétences des différents industriels, afin de procéder à une répartition rationnelle des tâches des uns et des autres. Le schéma de répartition 50/50 devait donc, sans doute, être aménagé sur le volet avion de combat, qui n’était qu’un des sept piliers du SCAF, afin de rééquilibrer ce partage au profit de Dassault, qui détenait le plus de compétences dans ce domaine. Or, cette éventualité se heurtait à l’accord politique qui avait été passé initialement. La première erreur commise était donc d’avoir fait une annonce politique sur cette coopération avant d’envisager les conditions nécessaires pour que cette coopération puisse fonctionner.

Mais au-delà de cette question du partage, une coopération d’une telle ampleur nécessite surtout que les maîtres d’œuvre industriels, en l’occurrence Dassault et Airbus, partagent des intérêts stratégiques communs dans le futur. Cela aurait été le cas si ces deux entreprises avaient envisagé dès l’origine de créer une société commune pour gérer ce programme, voire une entreprise d’aéronautique militaire commune. Ce projet n’existait pas et Dassault s’y serait opposé, alors qu’Airbus aurait envisagé sans doute une absorption de Dassault. Si le désaccord est donc bien de nature industrielle, les gouvernements allemands et français auraient dû dès l’origine identifier cette menace qui planait sur le SCAF et tenter d’y remédier. Le communiqué allemand annonçant la mort du SCAF parlant « de constat partagé que les entreprises ne parviennent pas à s’entendre sur la construction d’un avion de combat commun. Ils reconnaissent cette réalité ». Cela traduit également l’incapacité des deux gouvernements à vouloir ou pouvoir remédier à cette menace qui planait dès l’origine sur le SCAF. En cela, ils sont autant fautifs que les industriels.

L’échec lié à la conception même du SCAF

Dès l’origine, une coopération portant sur un système de combat aérien futur intégré est envisagée, et non sur un simple avion de combat. En soit l’approche était bonne, car il est nécessaire aujourd’hui d’intégrer tous les composants du combat aérien qui vont comprendre un avion piloté, mais aussi des engins non pilotés, un cloud combat et de l’intelligence artificielle, et cela pour assurer la défense du continent européen. Le problème est qu’en procédant ainsi on complexifiait davantage la coopération qui avait été construite selon un schéma rigide. Il était de plus nécessaire de prendre en compte les spécificités des politiques de défense des États coopérants, en l’occurrence le fait que la France est une puissance nucléaire, et que l’avion devait se poser sur un porte-avions. Des solutions étaient sans doute possibles en changeant la structure même de la coopération mais aucune solution ne semble avoir été trouvée. À cela, il faut ajouter le fait que la guerre en Ukraine a sans doute fait évoluer les besoins.

L’échec du SCAF est un échec politique majeur pour l’Europe

En 1985, François Mitterrand s’était adressé à Helmut Kohl en ces termes à la suite de l’échec du projet d’avion de combat européen : « Je tiens à rappeler qu’à mes yeux la construction d’une aéronautique militaire commune est un projet fondamental pour la sécurité et la défense, comme d’ailleurs pour l’avenir technologique et industriel de l’Europe. Je ne puis que regretter l’échec récent du projet unique d’avion de combat européen ».

Quarante ans plus tard, nos dirigeants n’ont pu avancer en ce sens, et ils doivent prendre conscience de la gravité de la décision prise qui restera comme un échec majeur de la construction d’une Europe de la défense, au moment où nous en avons le plus besoin. Il est inutile de dire que nous devons être plus autonome vis-à-vis des États-Unis parce qu’ils nous le demandent : Français comme Allemands doivent être conscients qu’en agissant séparément, il est illusoire d’atteindre un tel objectif.

On peut penser à ce niveau qu’un certain manque de flexibilité de la France, souvent interprété comme de l’arrogance en Allemagne, couplé avec le sentiment allemand qu’avec de l’argent on peut tout faire[1], et surtout ne plus dépendre des Français, a conduit à cet échec. Signe de l’ampleur du divorce, l’arrêt du SCAF n’a même pas fait l’objet d’un communiqué commun, le chancelier allemand Merz prenant l’initiative d’annoncer seul la rupture. Dans un article sur la coopération industrielle de défense franco-allemande publié il y a six ans avec Christian Mölling, nous listions tous ses écueils et les moyens d’y remédier. Depuis rien n’a été fait et nous avons même régressé. L’histoire jugera les conséquences d’un tel échec.

[1] Le budget de défense de l’Allemagne sera le double du budget français en 2029

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La Coupe du monde 2026 sera-t-elle celle de Donald Trump ?

Tue, 09/06/2026 - 14:20

Dans cette série consacrée à la Coupe du monde 2026, Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS et responsable du Programme Sport et géopolitique, analyse les enjeux géopolitiques qui entourent l’organisation du tournoi ainsi que la stratégie politique de Donald Trump pour faire du Mondial 2026 un levier de puissance pour les États-Unis.

La Coupe du monde de football masculine, à la dimension continentale, se déroulera du 11 juin au 19 juillet 2026, et pour la première fois de son histoire, sera organisée par trois pays : les États-Unis, le Canada et le Mexique. Au-delà de sa dimension sportive, un événement de cette ampleur participe au rayonnement international des États qui l’accueillent. Dès lors, Donald Trump entend faire du Mondial 2026 une vitrine de la puissance américaine et de son leadership sur la scène internationale. Le soutien de la FIFA, dont le président américain bénéficie, interroge sur la place accordée aux États-Unis au sein d’une compétition pourtant organisée par trois pays hôtes. De même, cette compétition intervient dans un contexte marqué par le durcissement des politiques migratoires américaines, le renforcement des contrôles aux frontières et les restrictions de visas. Des politiques qui entrent en contradiction avec les valeurs d’ouverture, de coopération et d’universalité que la Coupe du monde prétend incarner en rassemblant des peuples, des cultures et des supporters venus du monde entier.

La Coupe du monde 2026 peut-elle devenir un instrument de puissance au service de l’administration Trump ? Dans quelle mesure le rapprochement entre la FIFA et la Maison-Blanche participe-t-il à la politisation de l’événement ? Comment concilier les valeurs d’ouverture et d’universalité portées par le football avec les restrictions migratoires mises en place par les États-Unis ? Et que révèle le Mondial 2026 des relations entre sport, pouvoir et géopolitique ?

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Liban : la descente aux enfers | Les mardis de l’IRIS

Tue, 09/06/2026 - 12:54

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Karim Émile Bitar, chercheur associé à l’IRIS, autour de la situation au Liban alors qu’Israël continue à frapper le Sud du pays malgré le cessez-le-feu conclu le 4 juin dernier.

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Infantino passif face au racisme de Trump

Tue, 09/06/2026 - 12:39

À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, un nouveau scandale entache l’organisation de l’événement. Omar Abdulkadir Artan, 34 ans, nommé meilleur arbitre de l’année par la Confédération africaine de football (CAF) en 2025, s’apprêtait à devenir le premier Somalien à officier lors d’une phase finale.

Sélectionné après un processus rigoureux, il incarnait l’espoir d’une Somalie, 198ᵉ au classement FIFA, de briller indirectement sur la scène mondiale. Pourtant, malgré un visa en règle et un passeport diplomatique, il a été refoulé à son arrivée aux États-Unis, expédié vers Istanbul sans explication valable.

Cette décision s’inscrit dans la ligne radicale de Donald Trump contre les migrants et les pays qu’il méprise ouvertement. La Somalie, qu’il a qualifiée de « pays pourri » et de « pire pays du monde », est dans son viseur. Omar Abdulkadir Artan n’est pas rejeté pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’il est : un Somalien. Un acte raciste assumé, qui humilie non seulement un homme, mais également la FIFA, l’Afrique, et les valeurs mêmes du sport.

La FIFA, sous la direction de Gianni Infantino, a cédé sans protester. Une passivité qui interroge : jusqu’où iront les concessions de la FIFA pour ne pas froisser le pays hôte ? Cette soumission contraste avec des précédents où des instances sportives, comme l’UEFA sous Michel Platini, ont su imposer le respect de leurs principes.

Mon analyse dans cette vidéo.

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Tensions entre Trump et Netanyahou

Mon, 08/06/2026 - 14:57

Alors qu’un retour au calme semblait se dessiner au Proche-Orient, les tensions repartent à la hausse. Après des tirs de missiles iraniens interceptés par Israël, l’État hébreu a répliqué malgré les appels à la retenue de Donald Trump. Une séquence qui met en lumière des divergences de plus en plus visibles entre Washington et Tel-Aviv.

D’un côté, Trump cherche à obtenir une désescalade, alors que le conflit pèse sur sa popularité et sur l’économie américaine. De l’autre, Benyamin Netanyahou estime qu’aucune sortie de crise n’est possible sans garanties sur la menace iranienne et la neutralisation durable du Hezbollah au Liban. Donald Trump est allé jusqu’à qualifier le Premier ministre israélien de « complètement fou », affirmant que sans lui ce dernier « serait en prison ».

Cette situation révèle-t-elle une véritable fracture entre les États-Unis et Israël ou seulement des désaccords tactiques ? Jusqu’où Trump est-il prêt à aller pour imposer sa ligne à son principal allié au Moyen-Orient ? Et si Israël décidait de poursuivre sa stratégie en allant à l’encontre de la position des États-Unis, cela pourrait-il remettre en cause l’autorité du président américain ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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RDC : la riposte Ebola face à l’instabilité politique et sécuritaire

Mon, 08/06/2026 - 11:01

Dans un contexte marqué par les conflits armés, l’instabilité politique ainsi qu’une forte fragilité économique et sociale, notamment dans l’est de la République démocratique du Congo, comment l’épidémie d’Ebola affecte-t-elle la stabilité interne des zones touchées et complique-t-elle la mise en place de dispositifs sanitaires garantissant l’accès des populations aux soins ?

Cette nouvelle vague d’Ebola arrive dans une zone de crise multiple et structurelle. Touchant principalement la République démocratique du Congo, il s’agit de la 17ᵉ épidémie depuis 1976 (première identification du virus, à Yambuku), et cette fois de la souche Ebola Bundibugyo. À l’heure actuelle, même si des traitements font l’objet de tests, il n’existe ni vaccin ni traitement homologué contre cette souche, qui peut tuer une personne sur deux infectées. Les régions de l’est de la RDC, le Nord et le Sud-Kivu ainsi que l’Ituri, sont particulièrement vulnérables à la propagation des épidémies. L’année dernière, l’ONU a signalé l’une des plus graves épidémies de choléra depuis 25 ans. Par ailleurs, depuis 2020, la propagation du Mpox y est particulièrement massive depuis septembre 2023. L’Ituri, épicentre de l’épidémie, est l’une des provinces les plus troublées de la RDC, mal desservie par les routes, en proie aux violences de groupes armés, et où près d’un million de déplacés s’entassent dans des camps. La crise sanitaire se superpose donc à une crise humanitaire et sécuritaire préexistante. Cela s’explique par un contexte d’instabilité et de conflit endémique, particulièrement intense depuis l’offensive du M23 en 2023. Les populations locales sont plongées dans un climat d’instabilité au quotidien, marqué par des déplacements internes réguliers et des conditions de promiscuité dans des camps totalement surpeuplés. Réunies, ces conditions favorisent la résurgence d’agents pathogènes et leur propagation rapide. Par ailleurs, la situation de crise complexe que traverse l’est de la RDC, avec quelques rares périodes d’accalmie, a fortement fragilisé le tissu social et les services de santé, qui ne peuvent à l’heure actuelle répondre aux besoins vitaux des populations locales, ce qui induit une logique de dépendance structurelle à l’aide étrangère occidentale. À noter que la violence systémique impulsée par les vagues de conflits qu’a connues la zone Est de la RDC a participé à déprioriser la santé et à systématiser la violence, particulièrement envers les femmes et les enfants. Un contexte précaire dans lequel une épidémie de grande envergure vient se superposer et aggraver la crise, dans un climat d’effondrement sécuritaire.

Le ministre de la Santé congolais, Samuel-Roger Kamba Mulamba, a déclaré qu’« Ebola était une urgence absolue ». Selon les données nationales, au 31 mai 2026, on dénombrait 282 cas confirmés dont 42 décès, après l’enregistrement de 19 nouveaux tests positifs. De son côté, l’OMS indiquait au 1ᵉʳ juin que 349 cas suspects étaient sous surveillance, en attente de résultats, principalement dans la province de l’Ituri, et plus précisément dans les zones sanitaires de Bunia, Rwampara et Mongbwalu. L’hôpital de Bunia s’est rapidement trouvé en situation de débordement, contraignant à monter des centres d’accueil en périphérie et en zone rurale. Néanmoins, le rétablissement de quatre soignants infectés offre une lueur d’espoir. Au 5 juin 2026, la pression sur le système de soins s’est encore accentuée, selon certaines sources locales, environ six centres de santé de Bunia ont été temporairement fermés pour désinfection. Une mesure qui réduit d’autant la capacité d’accueil de la ville et inquiète notamment les femmes enceintes venues consulter, certains malades souffrant d’autres pathologies n’ayant reçu que des soins minimaux avant d’être réorientés ou renvoyés chez eux. De surcroît, face à la propagation d’Ebola, les services de santé, devant s’adapter rapidement, se voit désorganisé et restreignant aussi l’accès aux soins courants.

Ce qui pose véritablement problème, c’est le manque de riposte coordonnée de la part de Kinshasa, dans une zone partiellement occupée par le proxy rwandais qu’est le M23 et où de nombreux groupes armés prolifèrent pour des raisons extractives. On retrouve ici un même problème récurrent, celui du contrôle de l’unité nationale dans un pays de près de 100 millions d’habitants et de l’efficacité des services sociaux et sanitaires de base. Dans les zones contrôlées par le M23, plusieurs cas ont également été décomptés. Dans la mesure où le gouvernement congolais n’a pas coordonné la riposte sanitaire avec les groupes armés occupant illégalement le territoire, le risque de propagation épidémique reste entier. Si des négociations sont possiblement en cours selon certaines informations, elles n’ont pas encore permis d’instaurer le cadre de coordination sanitaire nécessaire à une riposte efficace sur la zone. La fragmentation territoriale à l’Est empêche une réponse unifiée. Deux centres de traitement Ebola seraient en cours d’installation à Goma, chef-lieu tenu par le M23/AFC, avec des capacités d’accueil limitées, et le groupe armé affirme avoir pris la mesure de la situation et mis en place des plans de contingence sanitaire. L’épidémie progresse donc aussi dans des zones tenues par la rébellion. Alorsqui pilote la santé publique quand l’État n’a plus le monopole territorial ?

À cela s’ajoutent les résistances communautaires, comme lors des épisodes de 2018-2020, l’acceptation de la riposte est loin d’être acquise. Une manifestation anti-riposte à Rwampara a dégénéré jusqu’à l’incinération du corps d’un cas suspect. Méfiance et hostilité envers les équipes médicales sont des variables de stabilité à part entière. Les résistances communautaires s’inscrivent dans une logique culturelle. Le refus des autorités sanitaires de restituer les corps des personnes décédées d’Ebola à leurs familles est vécu comme une violence symbolique insupportable. Dans les sociétés de l’est de la RDC, les rituels funéraires, notamment la toilette mortuaire et le contact physique avec le défunt, constituent un impératif spirituel. Or ce sont précisément ces pratiques qui représentent l’un des principaux vecteurs de transmission du virus Ebola.

Le ressentiment des populations de l’Ituri et du Kivu s’enracine dans une suspicion structurelle, héritée de décennies de violence, d’abandon étatique et d’interventions extérieures perçues comme prédatrices. Ainsi, la riposte sanitaire est facilement assimilée à une nouvelle forme de contrôle imposé, alimentant rumeurs et conspirationnisme.

L’épidémie d’Ebola peut-elle avoir des conséquences durables sur les relations entre la RDC et ses pays voisins ? Dans quelle mesure cette crise risque-t-elle de fragiliser la stabilité régionale en Afrique centrale ?

D’emblée, on se situe dans une situation de forte tension et de concurrence extractiviste entre la RDC et ses pays limitrophes à l’est, notamment le Rwanda, mais pas uniquement, avec des relations parfois en dents de scie avec l’Ouganda. Aussi, lorsqu’une épidémie de ce type se propage dans un État dont une partie du territoire échappe au contrôle central, rendant difficile une riposte coordonnée à l’échelle nationale, la réponse doit être transrégionale, voire continentale. À l’heure actuelle, l’Africa CDC (Center for Disease Control and Prevention), bras opérationnel sanitaire de l’UA en matière d’identification des foyers épidémiologiques, a indiqué qu’une dizaine de pays vulnérables pourraient être touchés par l’épidémie, à savoir le Soudan du Sud, le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie, l’Éthiopie, le Congo-Brazzaville, le Burundi, l’Angola, la Centrafrique et la Zambie, en plus de la République démocratique du Congo et de l’Ouganda, déjà touchés avec sept cas. Il faut toutefois noter que la capacité de riposte est très hétérogène d’un pays à l’autre. Le Kenya et l’Éthiopie disposent de systèmes de santé et de surveillance relativement plus solides, le Kenya ayant d’ailleurs commencé à installer des structures de quarantaine dédiées, tandis que la Centrafrique reste l’un des États les plus fragiles du continent et largement dépendante de l’aide extérieure. Quant au Soudan du Sud, il cumule une grave crise interne et les répercussions de la guerre au Soudan voisin.

Par définition, une épidémie ne connaît pas les frontières artificielles, elle touche les êtres vivants, quel que soit leur statut. Certains sont plus vulnérables que d’autres, notamment les plus pauvres, et tout particulièrement dans des conditions où les frontières sont extrêmement poreuses. Selon l’OMS, des cas importés de l’Ituri ont gagné le Nord-Kivu ainsi que Kampala, en Ouganda, où deux voyageurs revenant de RDC ont été confirmés positifs, dont l’un est décédé. Un cas a par ailleurs été signalé au Sud-Kivu, d’après le porte-parole du M23, le malade venait de Kisangani, dans la province de la Tshopo. Cette dynamique s’accompagne de fermetures de frontières et de tensions diplomatiques, sans parler des conséquences économiques qui risquent d’être majeures. Face au risque, l’Ouganda a suspendu les vols et le transport de passagers avec la RDC le 21 mai 2026. Le Rwanda a fermé sa frontière avec Goma. Ces mesures, prises unilatéralement, viennent percuter des relations bilatérales avec la RDC déjà extrêmement tendues.

S’y ajoute l’enchevêtrement avec le conflit à l’Est, qui participe directement à la diffusion de l’épidémie. Celle-ci progresse dans des zones comme Goma, prise fin janvier 2025, et Bukavu, tombée en février 2025, fait redouter un embrasement régional. La santé devient ainsi un terrain supplémentaire de la rivalité Kinshasa-Kigali, le M23 s’imposant comme acteur de santé publique de facto dans les territoires qu’il contrôle. Face à ce risque transfrontalier, la Communauté d’Afrique de l’Est a appelé ses États membres à activer leurs réseaux de laboratoires et à renforcer la surveillance aux frontières, et a tenu une réunion ministérielle extraordinaire de ses ministres de la Santé les 1er et 2 juin 2026. Selon les sources officielles, à l’issue de cette réunion, les ministres se sont engagés à harmoniser les contrôles sanitaires aux points d’entrée, sans fermer les frontières, de créer un groupe de travail technique régional pour coordonner la surveillance, et de renforcer les capacités de diagnostic et la protection des soignants.

Les crises sanitaires comme Ebola révèlent-elles les limites actuelles du système international d’aide humanitaire, notamment à la suite de la suppression des financements de l’USAID ? Quel rôle jouent aujourd’hui les organisations internationales, comme l’OMS et les ONG, dans la gestion de cette crise ?

Ajouté à un contexte d’instabilité régionale, il s’agit d’une épidémie qui intervient dans un contexte où la riposte risque d’être affaiblie en amont par la recomposition de l’architecture de l’aide étatsunienne. Les coupes spécifiquement sur l’aide sanitaire, ont été « quadripartites » à partir de janvier 2025 : retrait de l’OMS, dissolution de l’USAID, réductions au CDC, et baisse de l’aide sanitaire à la RDC et à l’Ouganda, affaiblissant les systèmes vitaux pour répondre à de telles flambées épidémiques. Des experts estiment même que ces coupes ont pu retarder la détection de l’épidémie.

Aujourd’hui, la RDC a conclu un accord bilatéral avec les États-Unis (tout comme le Rwanda et l’Ouganda), dans une logique « America First » assumée. Une partie des financements santé a été transférée au Département d’État via ce nouvel accord, qui promet 900 millions de dollars sur cinq ans, dans une dynamique de conditionnalité extractive et une bascule du multilatéralisme vers le bilatéralisme transactionnel entre les États-Unis et la RDC. Plus précisément, cette recomposition, portée par le nouveau positionnement américain, n’est pas pleinement maîtrisée, puisque face à cette résurgence d’Ebola, la réponse américaine s’avère tardive et hors cadre onusien. Par ailleurs, on observe une dépriorisation des principes humanistes et solidaires dans la manière d’appréhender la riposte à cette épidémie. L’objectif est d’abord de protéger les Américains. Le Département d’État a mobilisé 23 millions de dollars d’urgence et annoncé le financement de jusqu’à 50 cliniques, mais, du fait du retrait de l’OMS, il n’a pas indiqué vouloir soutenir une riposte pilotée par l’OMS, en rupture avec les pratiques passées. Les États-Unis s’étant retirés de l’OMS, le fonds d’urgence de l’Organisation (CFE) est donc fragile opérationnellement, les autres donateurs ne parvenant pas à combler le vide laissé par le retrait américain.

Dans ce contexte, la riposte doit être activée par les institutions nationales des pays les plus touchés, avec un appui de l’OMS et des organisations non gouvernementales, vu le niveau de propagation du virus, alors même que leurs moyens ont été réduits par le retrait américain et qu’elles opèrent dans un environnement sécuritaire hostile. L’OMS, dont c’est le mandat, a déclaré l’épidémie urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) et coordonne la réponse ; le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), l’agence sanitaire de l’Union européenne, a publié une évaluation des risques, pour appuyer la coordination de la riposte, notamment auprès de l’Africa CDC. Sur le terrain, les ONG médicales telles que Médecins sans frontières ou encore ALIMA (The Alliance for International Medical Action) ont déployé des équipes de soins. Enfin, la Croix-Rouge de la RDC mobilise ses volontaires pour les enterrements dignes et sécurisés, la communication sur les risques et l’engagement communautaire. Néanmoins, la réponse humanitaire demeure bien trop limitée pour endiguer l’épidémie.

Du côté de la réponse continentale, l’Africa CDC et l’OMS ont annoncé le 5 juin 2026 un plan conjoint de riposte de six mois, couvrant la période de juin à novembre 2026, et lancé un appel à mobiliser 518 millions de dollars pour soutenir les pays africains dans la détection précoce, la prévention et la lutte contre la maladie. Articulé autour du principe opérationnel « un plan, un budget, une équipe » défendu par le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, ce plan se veut une réponse coordonnée, placée sous la direction des pays touchés. Il s’agit d’un appel de fonds reposant sur l’OMS, l’Africa CDC et leurs partenaires (UNICEF, HCR, PAM, IFRC, FIND), les agences onusiennes, les gouvernements africains et les bailleurs internationaux. Pour l’instant, seuls 315,8 millions ont été promis, en deçà même de l’objectif de mettre un seul plan coordonné.

De plus, si ce plan co-coordonné montre que des premiers éléments de réponse semblent pilotés à l’échelle continentale, elle met aussi structurellement en évidence une stratégie hybride de plusieurs États africains. D’un côté, les pays signent des accords bilatéraux, notamment avec les États-Unis, sous forme d’aide conditionnée par les bailleurs, pour soutenir leurs systèmes de santé et lutter contre les maladies infectieuses ; de l’autre, ils démontrent leur capacité à se coordonner face à une crise majeure à travers des mécanismes multilatéraux. L’avenir dira si cette articulation portera ses fruits sur la durée.

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