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Quelle place pour les salariés dans les associations et fondations, notamment humanitaires ou de défense de l’environnement ?

Wed, 23/09/2026 - 17:29
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La place des salariés dans les associations et fondations, notamment humanitaires ou de défense de l’environnement, est un sujet protéiforme et complexe qui renvoie au dialogue social, bien entendu, mais aussi aux notions d’engagement et de bénévolat au profit d’une cause, au professionnalisme, à la nature de l’organisation (association, fondation…), à l’intérêt général et à la fiscalité (désintéressement, mécénat), à la gouvernance, à la gestion et de la prévention des conflits d’intérêt, à la démocratie, et à bien d’autres sujets encore.

Pour illustrer notre court propos, nous avons pris le parti de nous saisir de la tribune, signée le 16 juin 2026, par 89 salariés du Fonds mondial pour la nature France (WWF France), tribune qui « vise à rappeler ce qui fonde [leur] engagement et les valeurs qui [les] animent ». Cette tribune fait suite à la démission de la présidente du WWF France, une fondation reconnue d’utilité publique (RUP), dont la mission est d’ « arrêter la dégradation de l’environnement dans le monde et construire un avenir où les êtres humains pourront vivre en harmonie avec la nature. ».

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Trump à l’assaut de l’Europe. Avec Melissa Bell 

Wed, 23/09/2026 - 17:25

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les ingérences états-uniennes s’intensifient sur la scène internationale, y compris en Europe. Les récentes élections en Hongrie, en Allemagne ou encore en Roumanie ont été marquées par de nombreuses tentatives d’influencer l’opinion publique par Washington. Ces manœuvres visent à élargir la fenêtre d’Overton afin de favoriser la progression électorale de candidats d’extrême droite, idéologiquement proches du mouvement MAGA. Jusque-là ignorées ou sous-estimées par les Européens, ces ingérences, dont la fréquence et l’ampleur se sont accrues, soulèvent de profondes interrogations.

À quel point les ingérences états-uniennes sont-elles ancrées au sein des démocraties européennes ? Quel rapport les partis d’extrême droite européens entretiennent-ils avec le trumpisme ? Quels sont les moyens déployés par Washington pour déplacer la fenêtre d’Overton en Europe ? Qu’en est-il des réactions d’Emmanuel Macron et de l’Union européenne ?

Autant d’enjeux abordés avec Melissa Bell, correspondante de CNN en France et autrice de « Sous influence américaine : enquête sur les ingérences américaines en France et en Europe » (First Éditions, 2026).

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Géo-économie des peurs existentielles de l’IA

Wed, 23/09/2026 - 12:22
La nature du risque lié à l’IA : de la science-fiction aux politiques publiques La capture réglementaire comme réponse au problème économique de l’IA américaine

Les acteurs dominants peuvent utiliser les mises en garde existentielles pour promouvoir un type de réglementation qu’ils pourraient eux-mêmes influencer, créant ainsi une situation de capture réglementaire. Les entreprises qui disposent déjà des ressources matérielles, des chercheurs et des capitaux nécessaires pour développer des modèles de pointe sont aussi les mieux placées pour se conformer à de nouvelles réglementations coûteuses et mettre en œuvre une pause dans le développement de modèles. Des contraintes qui semblent destinées à protéger la société peuvent donc rendre plus difficile l’entrée de nouveaux acteurs, capables de remettre en cause le statu quo et de développer des modèles plus fiables et plus sûrs.

Cette question est d’autant plus cruciale que le modèle économique des principales entreprises américaines de l’IA semble incertain. OpenAI et Anthropic consacrent des montants gigantesques à l’entraînement, à l’inférence et aux infrastructures de calcul. Elles doivent transformer ces dépenses en un modèle économique durable, d’autant plus que les deux entreprises ont déclaré leur intention d’entrer en bourse. Cependant, les modèles se standardisent de plus en plus et le prix des tokens s’effondre.

L’IA agentique génère une demande d’inférence beaucoup plus importante, car les agents peuvent effectuer de longues séries d’actions. Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’OpenAI ou Anthropic capteront la valeur créée par cette demande. Les mêmes capacités de calcul peuvent servir à faire fonctionner des modèles moins chers, ouverts, voire adaptés directement par les entreprises, qui peuvent ensuite les faire tourner sur des serveurs dédiés. Le modèle n’a pas besoin d’être loué auprès de son développeur.

L’essor de l’IA a créé une distinction entre les entreprises qui développent les modèles et celles qui fournissent les infrastructures. Nvidia se trouve au centre de ce système, à la fois du point de vue industriel et financier. Les unités de traitement graphique (Graphics Processing Unit – GPU) qu’elle conçoit sont nécessaires pour entraîner et faire fonctionner les modèles d’IA, au sein d’un écosystème plus large comprenant les data centers, l’électricité, la mémoire et la fabrication de semi-conducteurs.

Les intérêts des fabricants de puces et des fournisseurs de grands modèles de langage (Large Language Model – LLM) sont donc différents. Nvidia bénéficie de l’expansion continue des capacités de calcul. La position relativement favorable de Jensen Huang à l’égard de l’open source peut être comprise dans ce contexte. Les modèles ouverts peuvent créer une demande supplémentaire pour des serveurs dédiés et des infrastructures de calcul. Un ralentissement peut être présenté comme une réponse au risque existentiel, mais il peut également réduire les dépenses d’investissement. Une réduction temporaire du rythme de développement pourrait servir à rééquilibrer les revenus entre les fournisseurs de modèles et les fabricants de puces.

Le défi de l’open source chinois bouleverse la dynamique de la bulle américaine

La Chine évolue dans la direction opposée. Les entreprises chinoises se sont de plus en plus concentrées sur les modèles ouverts pour rattraper les États-Unis. DeepSeek est devenu l’exemple le plus évident, mais il s’inscrit dans un écosystème plus large comprenant Qwen d’Alibaba, Kimi de Moonshot AI et les modèles GLM de Zhipu AI. Les modèles chinois bon marché modifient l’économie de l’IA. Ils peuvent être téléchargés, adaptés et déployés localement, permettant aux entreprises de construire leurs propres systèmes. Cela est particulièrement important pour de nombreux utilisateurs des pays du sud global et jusqu’aux multinationales américaines soucieuses de la facture de l’IA. La Chine peut ainsi développer sa propre sphère d’influence technologique.

Il existe également une différence importante dans la structure du secteur de l’IA chinoise et américaine. Les deux pays disposent de géants numériques capables de financer le développement de l’IA dans le cadre d’activités plus larges liées au cloud, aux infrastructures de calcul et, dans le cas chinois, au développement d’alternatives nationales aux puces de Nvidia. Les deux pays disposent également de laboratoires spécialisés dans l’IA. Cependant, en Chine, les laboratoires spécialisés comme DeepSeek et Kimi, bien qu’importants, ne constituent pas le centre systémique d’une bulle financière comme aux États-Unis.

Par ailleurs, la Chine a peu de raisons de croire qu’une pause serait respectée, dans le contexte géopolitique actuel. La stratégie adoptée par OpenAI et Anthropic compromet les efforts visant à trouver un terrain d’entente, sur la réglementation de l’IA, qui devait être au cœur des prochaines discussions entre les deux gouvernements.

La sécurité passe par une innovation ouverte

Les fondements technologiques de l’IA moderne sont issus de recherches ouvertes et d’un écosystème dans lequel des entreprises comme OpenAI et Anthropic pouvaient utiliser des travaux de recherche et des données accessibles. Elles ont désormais construit des systèmes fermés et ont intérêt à protéger leur position. Leurs affirmations selon lesquelles elles s’approchent de l’intelligence artificielle générale (AGI) et résolvent les problèmes mathématiques les plus avancés, tout en s’appuyant encore largement sur l’expertise humaine, cherchent à démontrer que leurs systèmes ont atteint un niveau technologique unique. Les investisseurs doivent ainsi continuer de penser que les dépenses actuelles déboucheront sur un oligopole rentable.

Cependant, le progrès ne doit pas s’arrêter, précisément parce que les LLM sont très imparfaits et présentent d’important risques. Une recherche et une ingénierie rigoureuses peuvent les rendre à la fois plus efficaces et plus sûrs, avec une réglementation rationnelle. Les progrès futurs ne viendront pas nécessairement de l’explosion de la taille des modèles actuels. Différentes approches des données ou encore l’IA physique peuvent produire d’autres avancées cruciales.

L’impasse réglementaire européenne

L’Europe avait elle aussi la possibilité de s’appuyer sur l’open source pour rattraper les États-Unis, sans reproduire leur modèle financier. Mistral était relativement bien positionné, ses fondateurs étant issus de géants numériques et ayant investi le secteur tôt. Mais l’AI Act de l’UE a relevé les barrières réglementaires au moment où l’Europe avait plutôt besoin de davantage d’innovation ouverte. Un mélange de contraintes bureaucratiques et de jargon détaché de la réalité technique peuvent être bénéfiques aux administrations qui en ont la charge et aux concurrents puissants dans d’autres partie du monde. Plusieurs gouvernements nationaux, notamment en France et en Allemagne, avaient tenté de convaincre Ursula von der Leyen de revoir la copie de l’AI Act avant sa mise en œuvre, sans succès. En comparaison, à l’été 2025, Donald Trump a rencontré peu de résistance lorsqu’il a détaillé les amendements souhaités par le secteur numérique américain, dans le cadre d’instructions commerciales plus larges.

Par ailleurs, l’Europe dispose d’une position stratégique majeure dans les semi-conducteurs grâce à ASML, qui produit des machines de lithographie vendues aux fabricants de semi-conducteurs comme TSMC, à Taïwan. L’Europe aurait pu développer une stratégie plus ambitieuse et intégrée dans les semi-conducteurs, les infrastructures d’IA et les modèles. Alors que la Chine poursuivait avec détermination les opportunités liées à l’open source, l’Europe a une nouvelle fois approfondi sa dépendance à l’égard des technologies américaines.

Conclusion : La réglementation doit promouvoir la sécurité, pas les oligopoles

La réglementation devrait s’attaquer aux risques réels plutôt que de développer de nouvelles prérogatives fondées sur des scénarios de science-fiction. Elle devrait éviter de donner aux principaux fournisseurs d’IA le pouvoir de définir le cadre réglementaire de manière à préserver leur propre domination du marché. Les controverses actuelles doivent donc être comprises dans leur contexte géo-économique. La question est de savoir si la demande de calcul pour l’IA se traduira par des profits pour les fournisseurs de modèles, leur permettant de survivre à l’éclatement de la bulle, ou principalement pour les fabricants de puces, et si les modèles ouverts redistribueront la valeur économique de l’IA.

La stratégie chinoise combine les modèles ouverts et le développement de puces nationales. Elle n’a pas besoin de reproduire le système américain, mais de construire une alternative capable de produire une IA suffisamment puissante à moindre coût et de la diffuser largement. La réaction politique aux risques liés à l’IA s’inscrit donc également dans une course beaucoup plus large pour la puissance technologique et économique.

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Integration of the European Capability Process in Member States’ Administration : The Czech Case

Tue, 22/09/2026 - 15:21
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This paper assesses how Czechia has integrated the European Union’s capability-development instruments into its national defence policy. It finds high substantive alignment but weaker internalisation. Czech plans overlap extensively with the Capability Development Plan because the armed forces are replacing Soviet-era equipment, replenishing stocks donated to Ukraine and remedying broad capability gaps. This overlap does not establish that EU priorities determine the order of acquisition: sequencing remains anchored in national requirements, inherited force structure, domestic interests and NATO targets. PESCO has generated access, interoperability progress, and one clear Czech leadership role, yet it has not consistently converted participation into procurement or industrial leadership. Integration is strongest where EU instruments provide tangible finance: the European Defence Fund, ASAP and SAFE have begun to alter incentives and administrative practice. Even there, very limited staffing, late consortium entry and a risk-averse industrial structure constrain outcomes. Czechia integration into the European capability process is therefore selective and predominantly downstream.

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Quel message du pape pour la France ? | Les mardis de l’IRIS

Tue, 22/09/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec François Mabille, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux, autour des enjeux de la visite du pape en France prévue du 25 au 28 septembre.

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Sommet Trump-Xi : quel vainqueur ?

Mon, 21/09/2026 - 16:55

Le président chinois Xi Jinping s’apprête à retrouver son homologue états-unien Donald Trump à Washington dans les prochains jours. L’agenda de cette rencontre, à quelques mois du prochain G20, et alors que la dernière entrevue date seulement du mois de mai interroge : pourquoi maintenant, et qui en sortira véritablement renforcé ?

Trump aborde ce sommet dans un contexte politique particulièrement délicat. Désavoué au sein de son propre camp pour son soutien inconditionnel à Israël, et confronté aux répercussions de la guerre en Iran, le président états-unien entend tirer profit de cette rencontre pour reprendre l’initiative, afficher des résultats et consolider son soutien électoral. De son côté, Xi Jinping pourrait tendre la main à son adversaire à travers des contrats commerciaux fructueux afin qu’il poursuive sa politique de distanciation avec Taïwan.

Mon analyse dans cette vidéo.

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Criminalité organisée et jeux d’argent. Des liens multiformes et une réponse institutionnelle limitée

Mon, 21/09/2026 - 16:31
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Depuis l’infiltration des casinos de Las Vegas par les mafias italo-américaines, et de ceux de Macao par les triades chinoises, en passant par l’implication de mafias italiennes et de réseaux criminels post-soviétiques dans le jeu en ligne, la criminalité organisée internationale entretient des liens historiques et multiformes avec le secteur des jeux d’argent.

Pour l’année 2026, les projections de revenus issus du secteur des jeux d’argent (produit brut des jeux), s’élèvent à plus de 650 milliards de dollars, un ordre de grandeur comparable au Produit intérieur brut (PIB) de la Norvège ou de l’Autriche. Ces chiffres ne tiennent pas compte des revenus issus du jeu illégal, dont il n’existe pas d’estimation globale précise.

Les liens entre jeux d’argent et criminalité organisée dépassent l’offre clandestine de jeux par des groupes criminels. Le chercheur Antonius Spapens identifie trois formes principales d’interactions :  la pénétration du secteur légal des jeux (par exemple, jusqu’au début des années 1980, l’infiltration du milieu des casinos de Las Vegas par les organisations mafieuses italo-américaines), le détournement des formes de jeu légal (par exemple, à des fins de blanchiment d’argent) et l’offre illégale de jeux d’argent par les acteurs issus de la criminalité internationale.

Les jeux d’argent sont généralement intégrés à une économie polycriminelle, au sein de laquelle se combinent génération de profits, blanchiment de capitaux et diversification des activités illicites. Au cours de la dernière décennie, la numérisation du secteur des jeux a changé l’échelle du phénomène avec une multiplication des plateformes, une circulation transfrontalière des services et le développement de solutions de paiement anonymisantes. Les acteurs criminels sont agiles et savent tirer profit de ces changements et faire évoluer leurs activités, qui s’insèrent elles-mêmes dans des systèmes sophistiqués mêlant activités criminelles et légales diverses, en face la réponse institutionnelle est lente et complexe.

Quelles sont les formes d’implication de la criminalité internationale dans les jeux d’argent et quels sont les défis auxquels est confrontée la réponse institutionnelle ?

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Nouvelle séquence de la guerre au Yémen

Mon, 21/09/2026 - 12:48

Quelles sont les conséquences de la prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb par les houthistes ? En quoi le blocage de ce second détroit entame-t-il la crédibilité étatsunienne au Moyen-Orient, notamment à l’approche des midterms ?

À court terme, les conséquences peuvent s’avérer d’une importance considérable pour l’économie internationale. Rappelons qu’environ 20 % du fret maritime commercial passe par ce détroit, tant sont nombreux les navires qui l’empruntent pour remonter la mer Rouge puis passer le canal de Suez. Les flux du trafic maritime sont en outre aussi orientés du nord vers le sud puisqu’à la suite du blocage partiel du détroit d’Ormuz, les autorités saoudiennes avaient décidé d’exporter un maximum de leur pétrole en passant par les ports orientaux du royaume en direction de l’océan Indien et de l’Asie. La prise de contrôle de Bab-el-Mandeb par les houthistes compromet cette possibilité, ce qui ne manquera pas d’accroître encore le prix du baril de pétrole sur les marchés internationaux.

Précisons que l’interdiction de passage des navires par les houthistes ne s’applique à ce jour qu’aux navires battant pavillon saoudien ou israélien – ou liés à des intérêts de ces deux États. En outre, un accord particulier a été passé entre les États-Unis et les houthistes garantissant la liberté de passage aux navires étatsuniens. On comprend aisément que l’administration Trump tente de parer par tous les moyens les effets négatifs de l’envolée des prix du pétrole sur la façon dont les citoyens voteront lors des midterms, organisés le 3 novembre prochain.

Au-delà du blocage des ports saoudiens, les houthistes ont été accusés par Riyad d’avoir lancé une attaque de drones sur La Mecque. Quelles sont les racines historiques de cette opposition entre l’Arabie saoudite et les milices houthistes et comment les rapports de force ont-ils évolué entre les deux parties ?

Cette information a catégoriquement été démentie par les houthistes. Ces versions contradictoires relèvent de la propagande de temps de guerre et il est difficile de recueillir la vérité des faits. Néanmoins, considérant qu’une partie de leur référent identitaire est clairement lié à la religion islamique, il semble peu crédible que les houthistes aient délibérément visé les Lieux Saints de l’islam. A contrario ils ont bombardé la capitale Riyad au cours des dernières heures.

Avant même d’aborder la relation conflictuelle de l’Arabie saoudite avec les houthistes, il convient de rappeler la prévention des Saoudiens à l’égard du Yémen. Celui-ci, pays de longue histoire, État arabe le plus peuplé de la péninsule arabique, composé de tribus et de clans turbulents, rétifs à toute autorité centrale, est depuis longtemps considéré avec défiance par les Saoudiens. On prétend qu’Ibn Saoud – premier roi de l’Arabie saoudite moderne mort en 1953 – aurait déclaré sur son lit de mort que « le bonheur du royaume réside dans la misère du Yémen » … Si des doutes subsistent sur l’authenticité et l’exactitude de la citation, elle fournit néanmoins une indication assez claire quant à la nature de la relation entre les deux pays.

Avec les houthistes, le conflit actuel s’inscrit plus précisément dans l’histoire récente et renvoie à la séquence des révoltes arabes de 2011-2012. Le Yémen connait alors une véritable transition démocratique, avec notamment l’élection d’un nouveau président Abdrabbo Mansour Hadi en 2012. Les houthistes se percevant marginalisés dans la nouvelle architecture du pouvoir organisent une énième révolte contre les autorités yéménites fraichement élues, avancent sur une partie du pays et conquièrent la capitale, Sanaa, en septembre 2014. Le président élu et son gouvernement se réfugient alors en Arabie saoudite, puis dans des régions yéménites « sécurisées » par l’Arabie saoudite. C’est à la suite de ces événements que le jeune et inexpérimenté Mohamed ben Salmane, qui vient à l’époque tout juste de gagner ses galons de ministre de la Défense, en l’occurrence bien mal conseillé par Mohamed ben Zayed prince héritier d’Abou Dabi, constitue une coalition d’une dizaine de pays arabes et attaque les positions houthistes. Guerre exclusivement aérienne du côté saoudien qui s’enlise rapidement, mais induit de considérables dégâts. Le bilan à ce jour est terrible : 400 000 morts, 2,5 millions déplacés, deux-tiers de la population qui dépendent d’une aide humanitaire ne parvenant que très difficilement.

Une trêve entre les belligérants est conclue en avril 2022, mais les négociations qui s’ensuivent piétinent. Le gouvernement internationalement reconnu – incarné par le Conseil de direction présidentiel – est très divisé devant un bloc houthiste uni et exigeant. C’est en juillet 2026 que la trêve est officiellement rompue, ce qui aboutit deux mois plus tard à la prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb. Les houthistes initialement animés à la fois par des revendications anti-impérialistes et par une identité confessionnelle zaïdite – branche de l’islam chiite qui trouve ses origines au VIIIe siècle de notre ère – expriment aussi une réaction patriotique devant ce qui est perçue par une partie de la population comme une agression étrangère.

Quelles sont les répercussions de cette offensive à l’échelle régionale ? Face à un Moyen-Orient fragmenté, cette nouvelle escalade pourrait-elle ouvrir un nouveau front dans la région ?

En dépit d’une totale asymétrie des forces militaires, les événements prouvent tout d’abord une nouvelle fois que des organisations paraétatiques sont en situation de résister et de remporter des victoires contre des forces théoriquement infiniment plus puissantes qu’elles. Cela n’élude pas le fait que les houthistes pâtissent d’une autorité fragile à l’intérieur du Yémen, non seulement en raison de paramètres confessionnels, mais aussi en raison de la réalité sociologique infiniment morcelée du pays. Ali Abdallah Saleh qui a présidé aux destinées du pays durant 33 années (1978-2012) expliquait que « gouverner le Yémen c’est comme danser sur un nid de serpents ».

Ensuite, contrairement à de nombreux commentaires trop pressés, la dernière séquence politique montre que les forces de l’ « axe de la résistance » – c’est-à-dire l’ensemble des forces proches de l’Iran – sont certes affaiblies mais loin d’être annihilées. Le fait par exemple que l’oléoduc saoudien est-ouest ait été bombardé par des milices chiites irakiennes en soutien aux houthistes, constitue un indicateur assez net de la situation qui prévaut et de la coordination qui existe entre ces groupes.

Si les paramètres confessionnels ne peuvent être niés dans ce conflit, la principale racine des conflits renvoie avant tout aux rivalités de puissance politiques et géopolitiques. L’opposition sunnisme-chiisme comme grille d’explication principale des conflits au Moyen-Orient ne fonctionne décidément pas.

Si nous pouvons considérer qu’une nouvelle étape de la guerre entre les houthistes et l’Arabie saoudite vient de s’ouvrir, les événements de ces derniers jours s’inscrivent toujours dans le cours de la guerre initiée en 2015 qui ne trouvera pas d’issue proprement militaire. Cela souligne l’urgence d’une solution politique et la mise en œuvre d’un cessez-le-feu dans les meilleurs délais. Le refus de Donald Trump d’aider militairement l’Arabie saoudite, en dépit des demandes de Mohamed ben Salmane, va certainement contraindre cette dernière à reprendre des négociations avec les houthistes qui, pour leur part, vont hausser le niveau de leurs exigences.

Enfin, outre les enjeux proprement nationaux et l’agenda politique propre des houthistes, leur avancée s’inscrit aussi dans la politique régionale de la République islamique. En ce sens, la prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb est une aubaine stratégique pour l’Iran et constitue un moyen de pression supplémentaire pour réactiver de véritables négociations avec les États-Unis. Décidément la guerre déclenchée par ces derniers et Israël le 28 février 2026 est un fiasco absolu.

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Trump n’est pas rancunier avec Netanyahou

Fri, 18/09/2026 - 14:34

Alors que Mahmoud Abbas devait intervenir dans le cadre de l’Assemblee générale des Nations unies, les États-Unis ont interdit l’entrée sur leur territoire à la délégation de la Palestine. Toutefois, ce 17 septembre, l’Assemblée générale a adopté une résolution autorisant le président palestinien à intervenir en visioconférence, comme l’année précédente.

Embarqué par Israël dans une guerre qui semble désormais interminable, contre l’avis de son propre cabinet, Donald Trump ne semble pourtant pas être rancunier. Pour preuve, la livraison à venir de 40 000 bombes pour un montant de 2,8 milliards de dollars à Israël.

Mon analyse dans cette vidéo.

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Midterms 2026 : entre état d’urgence et contestation

Thu, 17/09/2026 - 15:37

Nous voici à sept semaines du 3 novembre. Et jamais, dans l’histoire récente des États-Unis, des élections législatives n’avaient revêtu une telle importance — ni un président sortant fait preuve d’une telle agressivité pour tenter d’en infléchir le cours.

La convention républicaine de Dallas des 9 et 10 septembre aura donné le ton. Surnommée “Trumpapalooza” par une presse médusée, cette grand-messe inédite — les républicains n’avaient jamais organisé de convention à mi-mandat — a été imposée par Donald Trump lui-même. Lorsque le speaker de la Chambre Mike Johnson lui a objecté que “ça ne se fait pas”, Trump aurait répondu : « Make it a thing. » On ne saurait mieux résumer sa conception des institutions.  

Le président américain a donc transformé ce scrutin en référendum sur sa propre personne, interpellant les électeurs depuis la scène de l’American Airlines Center : « Faites comme si j’étais sur le bulletin de vote. » Pour s’assurer que le message passe, il a promis un chèque de 5 000 dollars à chaque citoyen états-unien adulte si les républicains conservent le Congrès. Rien de moins.

Le hic, c’est que tous les indicateurs lui sont défavorables. Sa cote d’approbation est au plus bas — même au Texas, État hôte de la convention. La guerre en Iran, vécue aux États-Unis comme un véritable fiasco, a fracturé sa base MAGA. Le pouvoir d’achat s’érode chaque jour davantage. Et les sondages donnent aux démocrates une nette avance pour reprendre la majorité à la Chambre des représentants avec le Sénat en ligne de mire.

Mais Trump n’est pas homme à accepter une défaite. Et la contestation des résultats a déjà commencé — bien avant que les bureaux de vote n’aient ouvert.

Elle a débuté le 3 juillet au pied du mont Rushmore, la veille du 250e anniversaire des États-Unis, lorsque le milliardaire new-yorkais a prononcé un discours proprement lunaire dans lequel il agitait le spectre d’un « danger communiste » prêt à « submerger l’Amérique de l’intérieur. » Puis est venue, quelques jours plus tard, une allocution à la nation dans laquelle il affirmait, preuves à l’appui selon lui, que la Chine avait massivement truqué en faveur des démocrates les données électorales américaines depuis 2020. On se demandera naturellement comment, si tel était le cas, il a pu être brillamment réélu en 2024. Mais Donald Trump n’a jamais été embarrassé par ses propres contradictions.

L’objectif de ces déclarations est transparent : préparer le terrain et légitimer une contestation des résultats de novembre. Le scénario se dessine depuis des mois. Si les républicains perdent la Chambre, Trump n’acceptera pas le verdict. Il invoquera des fraudes, des ingérences étrangères, un complot « radical-gauchiste. » Il a déjà pratiqué l’exercice en 2020. Il recommencera.

Mais cette fois, il pourrait aller plus loin. Des rumeurs persistantes circulent à Washington selon lesquelles il envisagerait de proclamer l’état d’urgence en octobre — avant même la tenue du scrutin — pour en retarder l’organisation. 

Constitutionnellement, un président ne peut interférer sur le processus électoral : la date des élections est fixée par la loi, pas par décret. Mais plus de vingt gouverneurs républicains — qui contrôlent l’organisation des élections dans leurs États — ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils suivraient les directives de Trump, y compris inconstitutionnelles. Ce seul fait devrait faire froid dans le dos.

Proclamation d’état d’urgence avant les élections, ou contestation après — dans les deux cas, le pays plongerait dans une crise institutionnelle sans précédent. Et même si Donald Trump décidait, in fine, de s’asseoir sur des résultats défavorables et de gouverner par décrets en ignorant une nouvelle majorité démocrate à la Chambre, voire au Sénat, le bras de fer institutionnel qui s’ensuivrait serait d’une violence que les États-Unis n’ont jamais connue. Des procédures d’impeachment en cascade. Des blocages budgétaires. Des batailles judiciaires portées devant une Cour suprême trumpisée. Le tout se concluant potentiellement par un remake du 6 janvier 2021, version XXL, qui cette fois-ci pourrait même inclure les parlements locaux. Bref, une Amérique en état de guerre civile plus tout à fait froide.

Tout pointe donc, d’une manière ou d’une autre, vers une nouvelle fuite en avant autoritaire. Quelle que soit l’issue du scrutin.

Celles et ceux qui affirment avec certitude que tout se passera bien, que les institutions feront digue, que les Américains voteront sereinement le 3 novembre et que la droite crypto fasciste au pouvoir acceptera sagement le résultat, sont les mêmes qui juraient en 2015 que Trump ne serait jamais élu. Les mêmes qui, après l’assaut sur le Capitole, nous assuraient qu’il finirait ses jours en prison. Les mêmes, encore, qui, en 2024, criaient à qui voulait les entendre qu’il ne pourrait jamais revenir au pouvoir —les électeurs ayant soi-disant compris la leçon.

Dans quelques semaines, l’Amérique votera —ou du moins devrait voter. Ce qui se passera ensuite, personne ne le sait vraiment. Et c’est précisément ce qui doit nous inquiéter.

Romuald Sciora, essayiste franco-américain, est directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS. Dernières publications: « America 250, une histoire graphique des États-Unis, vol. 1, Né dans le sang » et « Lettre ouverte à Trump d’un Américain de papier » (éditions Point Nemo).

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Gaza : y a-t-il un génocide ? Avec Johann Soufi

Wed, 16/09/2026 - 17:32

Le débat sur la qualification des crimes commis par l’armée israélienne à Gaza alimente toujours le débat public français : est-ce un génocide ? D’un point de vue juridique, le terme paraît approprié. Le concept de « génocide » est en effet défini comme un ensemble d’actes – meurtres, viols, déplacement de populations… – guidés par l’intention de détruire en tout ou en partie un groupe en fonction de son ethnie, sa nationalité, sa religion ou « sa race ». De nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) indépendantes et experts estiment que cette définition s’applique à la situation à Gaza. La persistance des débats sur l’existence d’un génocide à Gaza interroge donc sur les raisons réelles de la contestation de ce terme.

Pourquoi le débat autour de la qualification de génocide à Gaza persiste-t-il ? Quels sont les États et ONG en avant-garde du combat juridique pour sa reconnaissance ? Combien de temps la Cour pénale internationale (CPI) prendra-t-elle à rendre un jugement définitif ? Les débats sur la qualification des crimes commis sont-ils propres au conflit à Gaza ? Quelles sont les conséquences de ces crimes sur l’avenir de la population palestinienne ?

Autant d’enjeux abordés avec Johann Soufi, avocat spécialisé en droit international pénal.

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Léon XIV en France : la bataille pour le sens d’une visite pontificale, entre enjeux nationaux et géopolitiques

Wed, 16/09/2026 - 14:31
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La visite de Léon XIV en France n’a pas encore commencé que sa signification fait déjà l’objet d’une compétition entre acteurs. Conférence des évêques de France (CEF), diocèses, mouvements catholiques et médias confessionnels ne contestent pas tant la figure du nouveau pape qu’ils ne sélectionnent, dans son pontificat et dans le programme de sa visite, les éléments susceptibles de conforter leurs propres représentations des priorités de l’Église. Mission, jeunesse et catéchuménat pour les uns ; défense de la vie et héritage chrétien pour d’autres ; migrants, synodalité et vulnérabilités pour d’autres encore ; paix, Europe et réconciliation enfin. Derrière ces lectures se joue une question plus large : celle de la capacité des acteurs à imposer une interprétation dominante de l’événement. Car un voyage pontifical ne constitue pas seulement un déplacement pastoral ou diplomatique. Par le choix des lieux, des interlocuteurs, des symboles et des thèmes, il constitue également un dispositif de production de sens et d’influence. La venue de Léon XIV offre ainsi un observatoire privilégié des recompositions du catholicisme français, mais aussi des formes contemporaines
d’exercice de l’influence pontificale.

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Les politiques industrielles de défense et d’acquisition de l’UE et de l’OTAN : complémentarité ou concurrence ?

Tue, 15/09/2026 - 16:27
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En une décennie, l’Union européenne (UE) a considérablement renforcé ses compétences en matière d’industrie de défense. Plus récemment encore, elle s’est dotée de nouveaux instruments, tout aussi importants, dans le domaine des acquisitions militaires. L’UE semble ainsi appelée à devenir un acteur à part entière dans deux secteurs stratégiques majeurs : la politique industrielle de défense et l’armement.

La présente note analyse la manière dont ces nouvelles compétences s’articulent — ou se heurtent — à celles de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), à l’heure où l’Alliance atlantique traverse une période de transformations profondes, impulsées par l’administration de Trump. Trois axes structurent cette réflexion. Il s’agira d’abord de comprendre ce que les États-Unis réservent réellement à l’OTAN et aux Européens : un désengagement total, une délégation contrôlée ou une nouvelle forme de tutelle stratégique ?

La note examinera ensuite les effets de cette recomposition sur la relation UE-OTAN dans les domaines militaro-industriels et des acquisitions, en interrogeant notamment la capacité de l’Union à promouvoir l’autonomie stratégique de ses États membres.
Enfin, l’article abordera les enjeux de planification et de gouvernance à l’échelle européenne. Il cherchera notamment à répondre à la question suivante : quel rôle l’OTAN doit-elle jouer dans la définition des priorités destinées à orienter les politiques industrielles et d’armement de l’UE ?

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Algérie : vers un changement de paradigme en matière de politique étrangère

Tue, 15/09/2026 - 14:53

Le 30 août 2026, Alger a décidé l’envoi de quatre chasseurs Sukhoï Su-30, un avion ravitailleur Il-78 et un appareil de transport Il-76, sur la base aérienne de Niamey au Niger, à la suite d’une tentative de coup d’État et d’une mutinerie survenue à Niamey. Cela est précédé par une première livraison, intervenue le 9 août 2026, de quatre hélicoptères militaires offerts par l’Algérie aux forces armées nigériennes. Le déploiement militaire au Niger s’inscrit dans une double dynamique sécuritaire et diplomatique. Cette opération survient plus largement dans un contexte régional profondément déstabilisé, marqué par une recomposition géopolitique rapide au Sahel. La succession de coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger a entraîné l’effondrement des dispositifs de sécurité régionaux et favorisé l’expansion des groupes jihadistes, en particulier le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Le retrait accéléré des forces françaises, sur fond de tensions avec Bamako, a paralysé le G5 Sahel et laissé un vide sécuritaire que l’Alliance des États du Sahel n’a pas été en mesure de combler. Pour Alger, cette dégradation représente un enjeu direct de sécurité nationale. L’Algérie partage environ 2 500 km de frontières avec le Sahel, dont près de 1000 km avec le Niger qui constitue aussi un axe majeur des routes migratoires subsahariennes vers l’Afrique du Nord.

À cette dimension sécuritaire s’ajoute une série de crises diplomatiques qui ont fragilisé l’influence algérienne dans la région, en grande partie liée à l’arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants souvent en conflictualité avec Alger, soutenue par les Russes ou d’autres États. Avec Bamako, les relations se sont détériorées autour de la gestion de la crise du Nord-Mali, jusqu’à la dénonciation par Assimi Goïta de l’accord de paix signé à Alger en 2015. Avec Niamey, des tensions ont éclaté en 2023 à la suite du refoulement de migrants subsahariens par les autorités algériennes vers les frontières nigériennes. La tension a été exacerbée en avril 2025, lorsque l’armée algérienne a abattu un drone malien à proximité de ses frontières, provoquant une réaction coordonnée des trois États membres de l’alliance des États du Sahel (AES) qui ont rappelé leurs ambassadeurs. La visite à Alger du général Abdourahmane Tiani, en février 2026 avait permis un dégel progressif et le rétablissement des relations que signalait le retour des ambassadeurs à leurs postes en juillet.

Dans quelle mesure cet interventionnisme militaire au-delà des frontières algériennes invoque-t-il un changement de paradigme dans le cadre de la politique étrangère de l’Algérie ? Que traduit-il ?

Cette intervention marque en effet un tournant historique dans la politique étrangère de l’Algérie. Le déploiement de son arsenal militaire hors frontières algériennes – longtemps impensable dans la doctrine algérienne – invoque effectivement un changement de paradigme dans sa politique étrangère. Historiquement, l’Algérie s’est définie par une posture de non-intervention, héritée de son expérience coloniale et de son attachement au principe de souveraineté nationale qui ont nourri son refus doctrinal à toute intervention militaire en dehors de ses frontières, excepté la participation de l’armée algérienne lors de la guerre des Six Jours, en soutien à l’Égypte.

Cela traduit une démonstration de force avec une nouvelle posture clairement assumée par laquelle Alger envoie un signal fort destiné surtout aux puissances et acteurs régionaux qu’Alger qualifie d’« hostiles » et accuse de jouer un rôle qui contribue à l’instabilité dans son environnement régional. Les dirigeants algériens veulent rompre avec une politique étrangère fondée seulement sur une politique défensive et une diplomatie de médiation neutre rendues peu efficace par des interventions parfois musclées de puissances extérieures et dont l’influence ne cesse de croître dans la région. C’est le cas en Libye et au Sahel. Le soft power algérien longtemps fondé essentiellement sur l’héritage révolutionnaire et tiers-mondiste a fait preuve de ses limites, comme le démontre les évolutions récentes liées soit au revirement de certains pays africains sur le dossier du Sahara occidental ou dans leur relation directe avec Alger.

Alger veut assumer pleinement son rôle de pivot de stabilité régionale et de réinvestir son influence régionale en accompagnant sa diplomatie par le développement de la coopération économique, principalement dans le secteur énergétique, accompagné désormais par sa force militaire. Le soutien algérien à Niamey devient aussi vital pour la poursuite de la réalisation du projet gazoduc transsaharien (TSGP), un projet gigantesque de plus de 4000 km destiner à relier le Nigeria à l’Algérie via le Niger visant l’acheminement du gaz vers l’Europe.

Ce tournant dans la politique non-interventionniste historique d’Alger sous-tend certaines interrogations quant au positionnement stratégique du pays dans la région, notamment au Sahel. Quel est-il et comment celui-ci serait-il susceptible d’évoluer ?

Cette intervention inédite interroge et suscite des questions, à savoir sur la durée, l’étendue géographique et dans quel cadre … Elle est née des années de frustrations nourries par l’incapacité d’agir dans son propre environnement géostratégique qui se transforme en arène de lutte d’influence et de concurrence de puissances mondiales et régionales.

Bien que surprenante et décidée dans l’urgence pour éviter un coup d’État – sans passer, d’ailleurs, par un vote parlementaire – cette opération n’est pas fortuite : elle s’inscrit dans une évolution profonde qui converge vers une redéfinition structurelle de la stratégie régionale algérienne. La révision constitutionnelle de 2020 a, pour la première fois, autorisé l’envoi de troupes à l’étranger, sous mandat multilatéral et avec l’approbation du Parlement. Cette inflexion doctrinale s’est accompagnée d’une hausse spectaculaire du budget de la défense, passé d’environ 10 milliards de dollars en 2022 à près de 25 milliards en 2026. Elle s’appuie également sur un cadre de coopération militaire déjà existant, notamment le Comité d’état‑major opérationnel conjoint (CEMOC), créé en 2010 entre l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger.

Ce déploiement ponctuel de moyens militaires au Niger en 2026, ciblé et justifié selon Alger par la protection des frontières et de partenaires régionaux, illustre ainsi cette évolution vers un interventionnisme qui pourrait durer et potentiellement s’étendre à d’autres pays, si l’opération atteint ses objectifs sans effets pervers. Alger franchit de ce fait une nouvelle étape dans une transformation graduelle mais profonde de sa posture stratégique, visant un rééquilibrage diplomatique destiné à restaurer son influence dans un environnement où les Émirats arabes unis, le Maroc, la Russie ou la Turquie ont accru leur présence. Compte tenu de l’instabilité chronique et de la fragilité sécuritaire au Sahel, et de la présence active d’acteurs qui soutiennent des agendas concurrents, ou contraires aux intérêts géostratégiques vitaux de l’Algérie, il est fort probable que l’intervention militaire algérienne au Niger s’inscrive dans la durée, d’autant que le cadre juridique, les moyens financiers et militaires le permettent.

Toutefois, ce genre d’opérations même limitées et de courte durée ne sont pas sans risques, notamment dans une zone géographique très instable caractérisée par des alliances fluctuantes.

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Houthis : qui sont-ils ? Que veulent-ils ? | Les mardis de l’IRIS

Tue, 15/09/2026 - 12:33

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪IRIS‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Didier Billion, conseiller scientifique de l’IRIS, autour des Houthis du Yémen qui ont pris le contrôle du stratégique détroit de Bab el-Mandeb vendredi 11 septembre et des conséquences de cette prise de contrôle sur les équilibres régionaux et le commerce maritime international.

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Le splendide isolement de l’Arabie saoudite

Mon, 14/09/2026 - 19:09
Une succession de déconvenues

Cette série de revers cuisants en l’espace de peu de jours démontre qu’en dépit des annonces très médiatisées, d’alliances, de pactes de défense mutuelle (accords de la Mecque) et de la protection désormais très théorique des États-Unis, le Royaume se retrouve seul à devoir affronter un environnement qui lui est de plus en plus hostile.

Une guerre mal engagée qui n’en finit pas

En se lançant en 2015 dans une guerre contre les Houthis, les Saoudiens ne pensaient pas s’engager dans un conflit qui durerait aussi longtemps. Dans cette guerre l’Arabie saoudite s’était alors alliée avec les Émirats arabes unis, néanmoins des divergences sur les objectifs qu’ils s’étaient fixés sont vite apparues. Pour les Saoudiens, il s’agissait avant tout de neutraliser une menace à leur frontière tandis que les Émiriens de leur côté poursuivaient des ambitions stratégiques et économiques dans le sud du Yémen. Cela s’est terminé par le bombardement le 30 décembre 2025 du port de Mukalla par les Riyad et par la destruction d’une cargaison d’armes émiriennes destinée aux hommes du Général Aïdarous Al-Zoubaïdi du Conseil de transition du sud Yémen. De plus, l’Arabie saoudite a exigé le retrait de la présence militaire au Yémen et dans le Hadramaout en particulier, ce qui a été fait. Le général Aïdarous  a depuis trouvé refuge aux Émirats arabes unis.

De la rupture de la trêve de 2022 à la percée éclair dans le sud

Ce qui interroge, c’est l’avancée éclair des Houthis dans une région qui est assez loin de leurs bases et de leur capacité à mobiliser plusieurs milliers de combattants et des moyens militaires considérables. Ce qui est par ailleurs le plus étonnant, c’est le peu de résistance offert par les troupes du gouvernement légitime à Mokha et de leur retrait de l’île névralgique de Perim permettant ainsi aux rebelles Houthis de prendre le contrôle de Bab el-Mandeb.

L’insoutenable isolement

Dans ce nouvel épisode, l’Arabie saoudite se retrouve seule. Le président Donald Trump ayant, selon Axios, refusé d’intervenir malgré les sollicitations de Mohamed Ben Salmane. Côté  Pacte de la Mecque, les forces turques basées en Somalie ne se sont pas impliquées et l’Égypte qui est concernée au premier chef par la navigation en mer Rouge et par le canal de Suez est restée comme à son habitude sans réaction. Sans compter sur les Émiriens et les Israéliens, implantés dans la corne de l’Afrique et en particulier dans le Somaliland, qui n’ont pas réagi.

L’attitude des Émiriens est compréhensible. Ils soldent le compte de l’attaque de Mukalla et font alors payer à l’Arabie saoudite leur éviction du sud-Yémen. De plus, certaines informations indiquent que le commandement de la force yéménite qui tenait cette région se serait retiré à la suite du revirement de leur chef militaire qui se serait rapproché, selon la tradition yéménite de changement d’alliances au gré des intérêts du moment, des Émirats arabes unis.

Ce revers important pour le prince héritier saoudien met en relief la fragilité de son royaume et de son impuissance à se défendre dans un environnement qui lui est hostile. Les attaques sur le pipeline et la prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthis peuvent s’interpréter comme une réponse au « Pacte de la Mecque » dont l’encre n’est pas encore sèche et un pied de nez iranien à cet accord. Les Iraniens voulant signifier qu’ils sont présents et ont la maîtrise de la situation.

L’attaque de drones contre l’oléoduc venait d’Irak où s’est rendu il y a peu de temps le général Qaani des Gardiens de la révolution. Elle démontre aussi l’incapacité du pouvoir central à Bagdad à contrôler son propre territoire. Les Irakiens soucieux de préserver leurs relations avec les Saoudiens ont limogé plusieurs hauts gradés militaires de la région et ont fermé trois points de passage avec l’Iran.

La situation rappelle l’attaque du 14 septembre 2019, quand des drones avaient visé les installations pétrolières saoudiennes d’Abqaïq et de Khurais, dont les Houthis avaient revendiqué la paternité mais qui selon un rapport de l’ONU avaient été déclenchée à partir de l’Irak. À cette époque comme maintenant Donald Trump était au pouvoir et n’avait pas réagi pour voler au secours de son allié.

Riyad fait aujourd’hui l’amère expérience de se retrouver dans un milieu hostile sans réelle capacité de se défendre malgré la multiplication des alliances qui s’avèrent stériles. Aujourd’hui les Saoudiens ont le choix de faire profil bas mais si les Houthis empêchent la traversée de leurs navires dans le détroit, la situation deviendra vite intenable. Ils devront alors s’engager militairement pour dégager cet espace et le libérer seul ou avec des alliés de circonstance mais en ont-ils la capacité.

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Golfe : l’extension de la guerre

Mon, 14/09/2026 - 18:43

Le vendredi 11 septembre, les Houthis du Yémen ont pris le contrôle de l’île de Perim, après s’être emparés de la ville portuaire de Mokha. Le groupe armé renforce ainsi son emprise sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, passage clé pour le commerce international, notamment entre la mer Rouge, l’océan Indien et le canal de Suez.

Alors que les Houthis assurent que le trafic maritime sera préservé, à l’exception des navires liés à l’Arabie saoudite, la menace qui pèse simultanément sur Bab el-Mandeb et le détroit d’Ormuz accroît la pression sur les prix du pétrole.
Dans la guerre engagée par Trump contre l’Iran, les alliés de Téhéran ouvrent donc un nouveau front dans une conflit qui semble interminable.

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Le 11 septembre a-t-il changé le monde ?

Fri, 11/09/2026 - 15:50

Il y a 25 ans aujourd’hui, les États-Unis étaient frappés par une attaque terroriste qui allait durablement marquer les esprits : les attentats du World Trade Center et du Pentagone, organisés par l’organisation Al-Qaida, qui ont fait environ 3 000 morts. Cet événement a poussé Washington à multiplier les interventions à l’étranger dans le cadre d’une « guerre contre le terrorisme ».

Peut-on pour autant affirmer que cet évènement a changé l’ordre du monde ?

Aussi marquants et tragiques qu’ils aient été, les attentats du 11 septembre 2001 n’ont pas fondamentalement bouleversé les rapports de force ni les grandes tendances géopolitiques. Ils ont plutôt amplifié et accéléré des phénomènes qui étaient déjà à l’œuvre. L’année 2001 reste néanmoins une année charnière, marquée par un choc structurel, moins médiatisé : l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce.

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Opération Lance du Sud dans la Caraïbe : où en sont les promesses de Trump un an après ?

Thu, 10/09/2026 - 11:59

Un an après le lancement de l’opération Lance du Sud (Operation Southern Spear), la question de son efficacité se pose alors que les États-Unis veulent désormais l’étendre à tout le continent américain. Cette campagne militaire de surveillance, mise en place par l’administration de Trump, a pour but officiel de « détecter, perturber et dégrader les réseaux criminels transnationaux et les réseaux maritimes illicites ». Or, les accusations d’exécutions extrajudiciaires portées par de nombreuses ONG ainsi que les chiffres officiels qui annoncent 227 morts interroge sur son réel impact.

Quel bilan tirer de cette première année ? Au-delà des chiffres officiels, quelles conséquences réelles pour le narcotrafic et pour la région des Caraïbes ? Et alors que le dispositif s’étend désormais à toute l’Amérique latine, assiste-t-on à l’émergence d’une nouvelle doctrine militaire américaine dans la région ?

Nouvelle chronique de l’Amérique latine avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS et responsable du Programme Amérique latine/Caraïbe.

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Clap de fin pour Netanyahou ?

Thu, 10/09/2026 - 10:35

Le journal israélien Haaretz a révélé, ce 8 septembre, que Benyamin Netanyahou avait connaissance de l’avènement d’une opération majeure du Hamas sur le territoire israélien par le leader émirati Mohammed Ben Zayed, dix jours avant le 7 octobre.
Des révélations réfutées, qui mettent à mal Netanyahou dans le cadre des prochaines élections législatives d’octobre.

Au lendemain des sanctions annoncées par la France, la Grande-Bretagne et le Canada contre les produits issus des colonies israéliennes en Cisjordanie, c’est un véritable revers diplomatique et politique pour Benyamin Netanyahou.

Assiste-t-on, à l’aube des élections israéliennes, à la fin de l’ère Netanyahou ?

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