Chaque mardi, je reçois un membre de l’équipe de recherche de l’ IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, autour de l’actualité latino-américaine marquée par les actions menées par les États-Unis à l’encontre du Venezuela et par l’élection présidentielle au Chili qui voit le candidat d’extrême droite José Antonio Kast renforcer les relais de Donald Trump dans la région, alors même que l’administration américaine propose un « corollaire » Trump à la doctrine Monroe dans la stratégie de sécurité nationale publiée début décembre.
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Kritische Rohstoffe sind zu einem Schlüsselthema der Trump-Administration geworden. Mit einer Mischung aus Deregulierung, staatlicher Steuerung und Finanzierung will sie die amerikanische Rohstoffindustrie ausbauen. Denn die hohe Abhängigkeit der USA von chinesischen Rohstoffen zwingt Washington bei Verhandlungen mit Peking zu schmerzhaften Zugeständnissen. Trump nutzt die Rohstofffrage nun selbst als geopolitischen Hebel, um seine handels- und sicherheitspolitischen Interessen global geltend zu machen. Während multilaterale Foren wie die Minerals Security Partnership brachliegen, setzt Trump auch im Rohstoffsektor auf bilaterale Deals. Bei der Sicherung kritischer Rohstoffe konkurriert Europa mittlerweile nicht mehr nur mit China, sondern auch mit den USA. Daher sollte die Europäische Union (EU) ihre Rohstoffsouveränität entschlossener stärken, ohne sich bei Fragen der Nachhaltigkeit und regelbasierter Kooperation von Trump in die Defensive drängen zu lassen.
La guerre déclenchée par la Russie en Ukraine en 2022 a profondément bouleversé les équilibres géopolitiques en Europe. Elle a mis fin à l’illusion d’un continent définitivement pacifié, ravivé les logiques de blocs et provoqué un réarmement accéléré des États européens. L’OTAN a retrouvé une centralité stratégique inattendue, tandis que l’Union européenne tente de redéfinir son rôle en matière de sécurité et de défense. Au-delà du champ militaire, ce conflit interroge la souveraineté, les frontières et les rapports de puissance sur le continent. Comment la guerre en Ukraine reconfigure-t-elle durablement l’architecture de sécurité européenne ?
Laurent Griot, enseignant-chercheur à Grenoble École de Management (GEM), a répondu à nos questions à l’occasion de la première édition des Géopolitiques de Grenoble organisées par l’IRIS et Grenoble École de Management.
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Cette année 2025 a été particulièrement marquée par le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, un événement qui bouleverse en profondeur l’ordre international. Son élection constitue une véritable rupture géopolitique : il s’attaque au système international issu de la Seconde Guerre mondiale, remet en cause le concept de monde occidental et l’Alliance transatlantique. Face à ce choc, l’Europe demeure dans le déni et la crainte, tandis que le fossé ne cesse de se creuser entre le « Sud global » et ce qui constituait jusqu’ici le monde occidental. Parmi ceux qui voient dans la victoire de Donald Trump une opportunité figurent Vladimir Poutine, qui voit Washington reprendre quasi au mot près toutes ses exigence dans le cadre des négociations concernant l’Ukraine ; Benyamin Netanyahou, à la tête d’un Israël qui se présente comme vainqueur sur le plan régional mais dont l’image internationale est durablement dégradée ; ainsi que Xi Jinping, qui tire avantage d’une présidence étasunienne dysfonctionnelle et apparaît, par contraste, comme le dirigeant d’un pays stable, respectueux et fiable, notamment en Amérique latine. Quant à l’Inde, la Turquie ou l’Arabie saoudite, ces puissances intermédiaires multiplient les partenariats. Dans le même temps, les conflits persistent sur le continent africain, tandis que l’ASEAN parvient à préserver son dynamisme économique malgré le conflit entre la Thaïlande et le Cambodge.
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Situé sur la partie ouest de l’île d’Hispaniola, Haïti occupe une place centrale dans l’ensemble caraïbéen. Malgré une importante diaspora, de nombreux talents et un territoire regorgeant de ressources naturelles, il souffre de crises multidimensionnelles qui en font l’un des États les plus fragiles au monde.
Cette situation résulte d’une histoire complexe, entre colonisation, esclavage, et endettement imposé par la France et les États-Unis qui débouche sur une succession de régimes et de crises qui n’ont cessé de nourrir l’instabilité.
A cela s’ajoute le terrible tremblement de terre de 2010 qui finit d’enfoncer le pays dans le chaos. L’économie est par conséquent particulièrement dégradée : Haïti est le seul État du continent américain à appartenir à la catégorie des pays les moins avancés (PMA). Une situation aggravée par le changement climatique qui pousse de nombreux Haïtiens à fuir le pays.
Désormais, et depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse à l’été 2021, le pays est dans une situation d’État failli : les gangs ont pris le contrôle de la quasi-totalité de la capitale sans que l’État ou les forces onusiennes mises en place ne parviennent pour l’heure à assurer la sécurité et démanteler les groupes armés.
Quels sont les enjeux historiques, politiques et géopolitiques ayant mené à cette situation ? Quels rôles jouent les acteurs internationaux désormais ? Comment le pays peut-il sortir de cette situation ?
Retour dans cette vidéo en cartes, photos et infographies sur Haïti, l’État à l’avenir spolié.
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Dans quelle mesure l’environnement peut-il être utilisé comme arme de guerre par les belligérants ? Comment peut-on mesurer l’impact des conflits sur l’environnement ? Dans ce nouvel épisode, Mathilde Jourde, co-directrice de l’Observatoire Défense et Climat et responsable du programme « Climat, environnement et sécurité » à l’IRIS, s’entretient avec François Grünewald, président et fondateur du groupe URD (Urgence – Réhabilitation – Développement), qui étudie depuis plus de trente ans l’empreinte environnementale des conflits à travers le monde. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, il multiplie les missions sur le terrain afin d’évaluer les impacts directs et indirects des affrontements sur les écosystèmes. Ces effets, variés et profonds, relèvent à la fois de dommages collatéraux liés aux opérations militaires et de l’usage délibéré de l’environnement comme instrument de guerre. François Grünewald revient également sur l’influence des changements climatiques sur les zones de combat et sur les défis environnementaux liés à la future reconstruction du pays. Face à l’ampleur des destructions observées, il s’interroge enfin sur la possibilité de qualifier certains actes de crimes environnementaux constitutifs de crimes de guerre dans le contexte de l’agression russe en Ukraine.
Crédits
« Sur le front climatique » est un podcast de l’Observatoire Défense & Climat produit par l’IRIS pour le compte de la DGRIS du ministère des Armées. Cet entretien a été enregistré à l’IRIS.
Sur le front climatique · Empreinte environnementale des conflits et usage de l'environnement comme arme. Avec F. GrünewaldL’article Empreinte environnementale des conflits et usage de l’environnement comme arme. Avec François Grünewald est apparu en premier sur IRIS.
Die Europäische Kommission erwägt seit 2024, die Zuständigkeiten und Aktivitäten von Europol auszubauen. Das Personal der Agentur soll dabei verdoppelt und ihr Mandat um drei Themen erweitert werden – Sabotage, Desinformation und hybride Bedrohungen. Angepeilt werden eine noch zu definierende Umgestaltung von Europol in eine »schlagkräftige« Polizeibehörde und eine stärkere Kontrolle über die Agentur. Diese Vorhaben, die auf politischen wie bürokratischen Überlegungen beruhen, kamen ohne vorherige Konsultation der EU-Mitgliedstaaten und technische Abschätzung zustande. 2026 will die Kommission den Mitgliedstaaten einen Vorschlag für die Mandatsänderung vorlegen. Der Schwerpunkt einer Weiterentwicklung von Europol sollte jedoch nicht unbedingt auf einem neuen Mandat liegen, sondern sich vorrangig nach dem operativen Bedarf richten, den die nationalen Strafverfolgungsbehörden bei der Bekämpfung von Drogenhandel, Cyberkriminalität und Terrorismus haben. In diesen Kernbereichen sind Personalaufstockung und Innovation erforderlich, jedoch nicht zwingend durch eine Mandatsreform. Generell bedarf es bei der EU einer langfristigen Strategie für die künftige Architektur der inneren Sicherheit, an der sich eine Ausgestaltung von Europol orientieren sollte.
La nature duale des technologies provenant des écosystèmes chinois et américain
conduit les deux pays à entrer en rivalité selon le modèle de la course aux armes avec peu de
leviers pour réduire l’intensité de cette compétition. Cette note propose d’examiner les
caractéristiques de cette structure sociale de rivalité technologique selon ce modèle de course
aux armes et d’identifier les facteurs structurant de cette situation.
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United Nations (UN) peacekeeping missions are under political and financial pressure. In his letter dated 10 October 2025, UN Secretary-General António Guterres called on nine missions to prepare contingency plans for spending cuts of up to 25 per cent. The peacekeeping mission in Cyprus (UNFICYP), established in 1964, shows why Europe has a fundamental interest in the UN remaining engaged.
The conflict between the Republic of Cyprus in the Greek-speaking south and the Turkish Republic of Northern Cyprus, the Turkish-speaking region recognised only by Ankara, has been largely frozen since the de facto division of the island. This certainly has also been due to UNFICYP’s presence. Since the 1974 ceasefire, the mission has controlled the “Green Line”, a 180-kilometre strip separating the two parts that is intended to prevent direct confrontation.
Nevertheless, the mission continues to record numerous military and civilian violations in and along the buffer zone By doing so, it still prevents “those sparks from bursting into flames”, as Colin Stewart, head of UNFICYP until August 2025, put it. To this day, there still is no direct military contact mechanism between the parties. In fact, the threat perception has increased again on both sides recently.
New impetus for peace effortsFor this reason alone, the European Union and its member states cannot be interested in any further reduction or even a potential withdrawal of the mission. The political process is just beginning to tentatively gain momentum. María Angela Holguín Cuéllar was reappointed as the Secretary-General’s Personal Envoy in May 2025 and is tasked with exploring possibilities for a new round of formal negotiations and breaking the deadlock.
This is a difficult undertaking. While the UN Security Council continues to pursue a federal solution, Northern Cyprus and Turkey have been promoting a two-state solution for years. However, the election of Turkish Cypriot President Tufan Erhürman in October has raised hopes that the door could open for new negotiations under UN auspices. The first trilateral meeting between him, the President of the Republic of Cyprus, and Holguín has just taken place. But a rapprochement is likely to take time. Confidence-building measures and the safeguarding of peace by the UN therefore remain essential.
The essential role of the UNAs the Republic of Cyprus is a member of the EU, the Union itself can hardly act as an impartial mediator. It therefore primarily supports the UN-led political process. The EU’s options in the security domain are also constrained. A separate EU mission – as is currently being considered for Lebanon following the withdrawal of UNIFIL – would be unrealistic, if only because of the tense relationship between Greece and Turkey, both of which, alongside the United Kingdom, are the guarantor powers for Cyprus.
Therefore, the stabilising function of the UN mission remains essential for the foreseeable future. It also creates the framework for practical rapprochement, for example through the projects of the Technical Committees. Under joint Greek Cypriot and Turkish Cypriot leadership and facilitated by the UN, these initiatives promote understanding between the two communities, and the EU provides a large portion of the funding.
UNFICYP is in a better financial position than many larger UN missions, as Greece and the Republic of Cyprus cover about half of the budget. However, staffing and operational cuts will be necessary. At the same time, the raison d'être of a mission that has been running for decades is repeatedly being called into question. At the end of January 2026, the mandate is up for renewal again. Despite all the criticisms from the Turkish government and former leaders in Northern Cyprus, the UN Security Council's position has remained unchanged so far.
In order to break the deadlock in negotiations, there is a need for more economic engagement from the European side to improve the situation in the north. In the short term, however, EU member states should make it clear that UNFICYP – and UN peacekeeping as a whole – is indispensable.
Peacekeeping-intelligence (PKI) plays a central role in enhancing the safety and security of UN personnel and in supporting mandate implementation, particularly the protection of civilians. Yet despite growing recognition that gender dynamics shape conflict behavior, threat patterns, and community engagement, gender perspectives remain unevenly integrated across PKI institutions, analytical processes, and training systems. This limits missions’ situational awareness, weakens their early-warning capacity, and constrains their operational effectiveness.
This issue brief examines how gender can be more systematically integrated into PKI across three interrelated dimensions: the representation of women within PKI institutions, the integration of gender perspectives across the PKI cycle, and the design and delivery of PKI training. Drawing on UN policies and more than 100 interviews with personnel across five peacekeeping missions, the brief highlights persistent structural, analytical, and institutional gaps that undermine gender-responsive intelligence.
The brief argues that integrating gender into PKI is not merely a normative obligation but a core operational requirement. Advancing this agenda requires sustained investment in workforce diversity, analytical methodologies, data systems, training design, and institutional collaboration to strengthen predictive capacity, enhance civilian protection, and improve mission performance.
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On se félicitait il y a dix ans la signature de l’Accord de Paris, qui avait rassemblé les États autour de l’idée d’une action commune face aux enjeux globaux. Loin de faire consensus aujourd’hui, la protection de l’environnement et l’usage durable des ressources communes font davantage l’objet de remise en cause et d’instrumentalisation politique. Changement climatique, matières premières, gestion de l’océan sont tout autant de thèmes qui fracturent le paysage international. Le retour du recours à la force et à l’appropriation représente-t-il un pivot stratégique définitif quant il s’agit de ressources communes et d’enjeux globaux ? Quels impacts cela peut-il avoir sur les cadres de gouvernance existants ?
Étienne Espagne, économiste senior à l’Agence française de développement (AFD), chercheur associé au Centre d’études et de recherches en développement international (CERDI), a répondu à nos questions à l’occasion de la première édition des Géopolitiques de Grenoble organisées par l’IRIS et Grenoble École de Management
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L’administration américaine brocarde l’Union européenne pour des maux souvent réels. Cependant, la soumission économique vis-à-vis des États-Unis et l’importation de leur crise culturelle jouent elles-mêmes un rôle déterminant dans le décrochage de l’UE. Au vu de ce paradoxe, ces attaques sont d’autant plus déstabilisantes que les exigences de l’administration Trump (acceptées par Ursula Von der Leyen) entravent simultanément l’éventualité d’un retour de l’Europe dans la course technologique. Au-delà des invectives transatlantiques, cette impasse historique rend effectivement la perspective d’un éclatement de l’UE tangible. Il convient d’en anticiper les éventuels effets, par un travail de résilience productive et intellectuelle.
Les conditions commerciales dictées par Washington illustrent, en premier lieu, l’impasse technologique liée au clivage transatlantique. La Commission Von der Leyen, en échange d’un niveau général de droits de douane unilatéraux limité à 15%, met en place une politique d’accommodement vis-à-vis du secteur technologique américain sur la plupart des dossiers, à l’exception de ceux liés au contenu des réseaux sociaux. Le fait que ces concessions soient ensuite présentées sous le jour d’une politique de compétitivité n’enlève, malheureusement, pas à leurs effets de long terme.
L’abandon de l’ambition d’autonomie technologique vient aggraver une série de paris malheureux dans ce domaine. Plus encore que le manque de débat, ces choix ont révélé une faille en matière de compétences scientifiques et industrielles. On citera comme exemples le pari démesuré sur l’hydrogène ; la transition généralisée vers l’électrique dans l’automobile, sans étude d’impact face à la concurrence, avant de devoir rétropédaler ; le raté dans les semi-conducteurs (avec le cher pari sur les transferts de la part d’Intel, en perte de vitesse). On pourrait y ajouter l’exportation du choc de la transition énergétique allemande, amplifiée par l’abandon, au cours de la décennie passée, des projets de diversification des importations gazières, au profit de Nord Stream I & II. Les compétences concrètes ont été supplantées par l’administratif, l’événementiel et le réglementaire.
Nous avons imité les dérives du modèle américain, mais en omettant l’ampleur de son système de recherche, des financements pour les programmes technologiques et l’émergence des géants numériques dans ce cadre. La facette qui inspire les Européens est davantage centrée sur le type d’hypertrophie managériale qui a conduit au déclin d’une entreprise comme Boeing.
La crise de l’industrie européenne illustre l’essoufflement d’une logique d’optimisation logistique poussée à l’extrême, aux dépens de l’innovation et du positionnement sur les nouveaux secteurs. Cela nous a permis de bénéficier de coûts très bas en Asie et en Europe centrale, tout en capitalisant sur le prestige de marques historiques. La crise énergétique et le bond technologique de la Chine, longtemps présentée comme eldorado pour les exportations européennes, ont fait dérailler ce modèle.
Le fait que les États-Unis cherchent à asseoir leur effort de réindustrialisation sur la soumission commerciale de leurs vassaux s’ajoute à ces difficultés. Les pénuries d’équipements militaires sur le front ukrainien n’ont pas seulement révélé l’ampleur de l’attrition industrielle de l’UE et des USA, derrière l’enthousiasme suscité par la bulle de l’IA, au même moment. Elle a également précipité la fracture du bloc occidental, conduisant les Européens à redévelopper leurs propres capacités militaires. Pour autant, ce moment d’ébranlement politique semble peu propice à l’ancrage stratégique de long terme et à la conjuration du risque nucléaire, qui avait animé les générations précédentes. De plus, la remilitarisation se fait, en grande partie, au profit de l’industrie américaine, comme en témoignent aux yeux du grand public les commandes de F-35.
En réalité, le niveau de désindustrialisation interroge notre interprétation de la notion même de PIB, au vu des activités qui sont désormais au cœur de l’activité des économies développées, soutenue au moyen de bulles, jusqu’à ce qu’elles éclatent. À l’heure où de nombreux pays se développent, forment des ingénieurs en nombre et les mobilisent pour leur déploiement industriel, s’impose une réflexion lucide sur la valeur de nos économies désindustrialisées, à l’ère du Powerpoint et des montagnes de financements circulaires.
La crise de l’euro n’avait pas donné lieu à une remise en question véritable. Au contraire, lui ont succédé une politique de bulle monétaire et, autour de 2017, la croyance en un bond en avant imminent des mécanismes fédéraux. On a alors même annoncé une dynamique de réindustrialisation, alors qu’une analyse plus ancrée ne pouvait qu’indiquer une tendance inverse. C’est dans cette optique que la situation française a continuellement dérapé sur le plan financier et industriel. L’adage selon laquelle chaque crise est l’occasion de parachever une étape dans l’édification de l’UE a accompagné l’éloignement de l’horizon d’une société stable, créative et prospère.
La perspective d’un nouveau départ pour l’Union européenne est entravée par la nature même de son décrochage, ancré dans des évolutions culturelles, dont la dérive bureaucratique et la crise éducative sont des éléments centraux. En lieu de remède, on voit de nombreux partis et mouvements en tous genres se positionner dans un jeu de guerre culturelle, dont les termes et la théâtralité sont directement importés des médias, plateformes et organismes outre-atlantiques. Les concessions actuelles de la Commission retarderaient, dans le meilleur des cas, un virage de redressement productif de plusieurs années.
Au-delà des invectives trumpiennes, la survie de l’UE à long terme ne peut plus être la seule hypothèse de travail, face aux chocs financiers qui s’annoncent, au décrochage productif et éducatif, ainsi qu’à l’issue de la guerre russo-ukrainienne. Les États et acteurs économiques doivent se préparer à la possibilité d’un bouleversement du système de coopération européen à l’horizon d’une décennie.
Il ne s’agit pas, à ce stade, d’un jeu de prophéties sur ce qui constituerait le facteur déclenchant parmi les diverses options : de l’élection de l’Alternative für Deutschland (AfD) à la sortie de certains pays d’Europe centrale, perdant éventuellement leur statut de bénéficiaires nets du budget européen, au gré de l’intégration de l’Ukraine ; ce qui pourrait expliquer que Moscou ne s’y oppose pas.
Il s’agit, avant tout, d’engager un travail de préparation pour éviter un éclatement désordonné. Car celui-ci aurait des conséquences redoutables pour les pays ne disposant plus, à ce moment, d’un modèle productif ni des ressources requises. Dans un scénario combinant éclatement et impréparation, la tendance qu’illustre l’accord avec le Mercosur pourrait, à l’horizon en question, entraîner des difficultés d’approvisionnement alimentaire. Une stratégie de résilience doit aborder ces risques tangibles.
Anticiper la perspective du retour de responsabilités nationales, dans un cadre qui serait plus proche d’une union douanière intégrée et d’un mécanisme de coordination monétaire, pourrait, dans tous les cas, servir d’aiguillon à un travail de stratégie productive et de sursaut éducatif. Alors que la méconnaissance réciproque entre Européens a atteint un degré préoccupant, un tel effort pourrait même nous rassembler, suivant des objectifs plus concrets de bonne entente et de stabilité.
Plus d’analyses et d’interventions de Rémi Bourgeot sur EPISTELEM.
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