Les journaux et médias en ligne de la capitale congolaise commentent largement les déclarations de Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat, qui s’insurge contre toute modification de la Constitution visant à ouvrir la voie à un troisième mandat du président Félix Tshisekedi.
Au milieu de l’animation et des couleurs de la foire organisée au stade paralympique de Goma, une silhouette attire l’attention. Installée sur son vélo tricycle, Maombi Saidi surveille attentivement les épis de maïs qu’elle fait braiser devant les visiteurs. Femme vivant avec handicap, elle fait partie de celles qui, malgré les obstacles, refusent de baisser les bras.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) alerte sur la situation de famine qui touche 100 % des ménages du village de Rugarama, au centre du groupement Busanza, dans le territoire de Rutshuru (Nord‑Kivu).
Douze ans après le tragique crash du vol AH5017 Ouagadougou-Alger, survenu le 24 juillet 2014 et ayant fait 116 morts, dont 54 Français et 23 Burkinabè, le procès de la compagnie espagnole Swiftair pour homicides involontaires s'ouvre ce lundi 9 mars 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris. Maître Halidou Ouédraogo, président de l'Association des parents des victimes, revient dans cet entretien sur l'attente des familles et leurs espoirs que la justice établisse enfin les responsabilités de ce drame aérien survenu dans le Sahel.
Lefaso.net : Douze ans après le drame, dans quel état d'esprit les familles des victimes abordent-elles l'ouverture de ce procès ?
Maître Halidou Ouédraogo : Vous savez, c'est comme si c'était hier. Je n'oublie pas cette situation. Bien sûr, les membres de notre association se sont mobilisés avec le soutien et la force de la population, qui nous a accompagnés. Nous nous sommes regroupés, nous nous sommes soutenus et nous avons accompagné nos membres jusqu'à l'indemnisation. Mais en réalité, le drame reste intime et douloureux, parce que nous n'avons pas voulu d'un procès. Nous avons opté pour un règlement à l'amiable, mais celui-ci est resté incomplet. La section française de l'administration était dans ce sens, mais il y a eu beaucoup de difficultés. Ensuite, elle n'a pas voulu de procès et a fait ce qu'elle pouvait, car les tentatives de porter l'affaire devant la justice ont rencontré de nombreux obstacles. Nous sommes même allés jusqu'à saisir l'Union européenne. C'est finalement lorsque l'Union européenne a estimé que Paris pouvait connaître du dossier que le procès s'est ouvert ce matin à Paris. Ce procès doit permettre d'établir la responsabilité de la compagnie et celle des personnes impliquées dans ce drame.
Qu'attendent concrètement les familles de ce procès en termes de clarification des responsabilités ?
Concrètement, les familles attendent de ce procès une clarification des responsabilités. Pour nous, certaines responsabilités sont déjà établies : l'état de l'avion d'abord, mais aussi celui de l'équipage. L'avion n'avait pas été révisé alors qu'il aurait dû l'être. C'était un appareil loué et préparé dans des conditions déplorables, qui avait déjà connu plusieurs problèmes. Le drame nous a profondément surpris, parce que nous, qui étions restés ici, ne savions pas que l'appareil était dans un tel état. Malgré tout, nous nous sommes battus comme nous pouvions et nous avons réussi à obtenir des indemnisations pour les ayants droit. Notre association s'est constituée partie civile dans cette affaire. Nous avons saisi notre avocat, qui était en contact avec l'organisation Agir Ensemble et avec nos partenaires du barreau de Paris. Nous avons également sollicité les autorités burkinabè qui, au départ, s'étaient réellement mobilisées à nos côtés. Nous avons interpellé les plus hautes autorités de l'État, mais nous n'avons pas obtenu de réponse. Nous avons aussi tenté d'établir des contacts avec l'Algérie, mais cela n'a pas abouti. Finalement, nous avons essayé de saisir plusieurs pays, car il y avait aussi des questions de sécurité concernant cet avion. Nous avons contacté la France il y a plus d'un mois, elle nous avait assuré qu'elle viendrait, mais cela ne s'est pas fait.
Nous voulions assister au procès, mais c'est une question de moyens. Paris est loin, les gens sont mobilisés ici et nous n'avons pas été suffisamment informés de la tenue de ce procès. Jusqu'à présent, nous n'avons pas eu de réponse.
Selon vous, quels sont les points essentiels que la justice devra éclaircir durant les audiences ?
La justice devrait en réalité établir clairement la responsabilité des affréteurs de l'avion, en l'occurrence l'Algérie, ainsi que celle des locataires de l'appareil. Ce sont des aspects qui ont été éludés jusqu'à présent. Lorsqu'on parle du mauvais état ou du manque de maintenance d'un avion, on sait que cela peut conduire à des situations dramatiques. Ce drame nous a profondément surpris. Ce matin encore, nous étions dans la stupeur. La justice doit donc déterminer les responsabilités des affréteurs et des locataires de l'avion.
Les familles espèrent-elles avant tout établir les responsabilités, obtenir réparation ou simplement connaître toute la vérité sur les circonstances du crash ?
D'abord, connaître toute la vérité sur les responsables du crash. Ensuite, voir ce qui doit en découler et quelles mesures doivent être prises. Nous verrons, au fil du procès, comment la justice va aborder cette affaire. Mais une chose est certaine : nos victimes ont été oubliées, que ce soit de notre côté, du côté de la France ou de la part de ceux qui étaient impliqués dans cette affaire. Mais cela ne suffit pas. Il faut que toute la responsabilité soit clairement établie pour ceux qui ont embarqué nos enfants, nos femmes et nos parents dans cet avion. Mourir ainsi, dans de telles conditions, est à la fois absurde et impossible à oublier.
Comment les familles ont-elles vécu ces douze années d'attente avant l'ouverture du procès ?
Nous sommes restés soudés. Chaque année, nous avons suivi l'évolution du dossier et nous avons toujours été présents. L'année dernière encore, nous avons commémoré l'anniversaire du drame et nous avons pu rester en contact avec les familles ainsi qu'avec nos partenaires, notamment les associations en France. Ces associations ont d'ailleurs réussi à obtenir que l'État français aménage un lieu de mémoire, comme nous l'avons fait ici avec le mémorial situé à la cité An II, grâce au soutien des associations internationales et à l'appui des services de sécurité à l'époque. Ainsi, dans certains lieux liés à l'aviation, des espaces ont également été dédiés à la mémoire des victimes de ce crash.
Selon vous, pourquoi cette procédure judiciaire a-t-elle pris autant de temps ?
D'un côté, il y a des personnes qui défendent leurs intérêts, et de l'autre, il y a les victimes. Nous avons fait ce que nous pouvions, mais cela ne suffit pas. Rien ne peut remplacer un être cher qui disparaît sous nos yeux. C'est toujours une épreuve très pénible et très difficile à vivre.
Les familles burkinabè se sentent-elles suffisamment informées et accompagnées dans cette procédure judiciaire ?
D'abord, nous avons été accompagnés par la population. Nous avons également bénéficié du soutien de la presse et il faut le souligner. Nos autorités nous ont aussi accompagnés, notamment en nous attribuant un site où nous avons pu construire un mémorial à la cité An II. Elles nous ont soutenus durant tout ce temps. Aujourd'hui, nous dépendons de la présidence, qui nous a orientés vers le ministère d'État en charge des transports et de la mobilité. Ce ministère nous a ensuite mis en relation avec l'administration des aéroports. Nous continuons donc de suivre la situation. Cependant, la stèle du mémorial a aujourd'hui besoin d'être réparée. Il y a des fissures et quelques dégradations. Les ayants droit ne peuvent pas intervenir directement, mais nous remercions les autorités de notre pays pour les efforts déjà consentis. En effet, tout l'environnement autour de la stèle, notamment les ruelles qui y mènent dans la cité, a été aménagé. Cela représente un investissement important. Aujourd'hui, nous travaillons à renforcer l'implication de l'État et à encourager également la participation des autres pays dont les ressortissants ont été victimes de ce drame. Il ne faut pas oublier que ce crash a concerné plusieurs nationalités. La France, par exemple, a contribué à certaines initiatives mémorielles, et au total 19 pays étaient concernés par cette tragédie. Il y avait 116 victimes, ce qui est considérable.
Combien de familles burkinabè seront représentées ou suivront ce procès ?
Nous avions prévu d'être représentés d'abord par notre avocat, ainsi que par quelques membres du bureau de l'association. Mais cela n'a finalement pas été possible, notamment parce que le procès a déjà commencé et que les moyens manquent. Le procès devrait durer environ deux semaines. Lors de la construction du mémorial, nous avions sollicité le soutien de l'État et de la justice. Certaines promesses avaient été faites, mais nous avons aujourd'hui l'impression que les choses ont évolué plus lentement que prévu. Pour l'instant, nous allons suivre le déroulement du procès à travers la presse et attendre les résultats pour voir quelles décisions seront prises.
Il n'y a donc pas d'avocat chargé de représenter les familles burkinabè ?
Si, il y en avait un qui devait nous représenter. Mais il fallait disposer des moyens nécessaires pour assurer son déplacement et son séjour à Paris afin qu'il puisse suivre le procès et représenter notre association. Malheureusement, nous n'avons pas pu réunir ces moyens. Nous avons posé le problème, mais chacun fait ce qu'il peut dans une telle situation. Nous vivons une situation particulière, très difficile, et nous faisons face avec les moyens dont nous disposons.
Mais est-ce que vous avez le sentiment que les préoccupations des familles burkinabè sont pleinement prises en compte dans la procédure ?
Nos préoccupations ont toujours été de préserver la mémoire de nos disparus. Nous avons maintenu ce souvenir vivant. Nous avons été présents dans les différentes démarches et nous avons bénéficié d'un certain accompagnement. L'État nous a notamment aidés en mettant à disposition un site où nous avons pu ériger le mémorial. Ce n'est pas un geste négligeable. Comme l'État est une continuité, nous ne pouvons qu'exprimer notre reconnaissance aux autorités pour les efforts déjà consentis. Nous espérons simplement qu'il n'y aura pas de recul et que, tous ensemble, nous continuerons à honorer la mémoire de nos disparus et à effacer les larmes que nous versons chaque fois, aujourd'hui, dans nos ventres.
Est-ce que vous avez un message à lancer ?
Le message est simple : que la justice soit faite. Elle doit être rendue, car jusqu'à présent, nous avons le sentiment que cela n'a pas été pleinement le cas. Il y avait pourtant des éléments préoccupants : un commandant de bord qui ne devait plus piloter, des manquements dans la gestion de l'appareil et un avion qui n'était pas dans les conditions requises pour voler. Nous ne voulons pas que l'Afrique devienne un dépotoir où l'on envoie des avions en mauvais état. C'est aussi pour cela que nous avons construit ce mémorial à la cité An II : pour que ce drame serve de leçon et pour éviter que de telles catastrophes se reproduisent. Les accidents d'avion sont rares, mais lorsqu'ils se produisent, ils emportent des vies précieuses. Tout doit être fait pour que cela n'arrive plus. Je voudrais également remercier la presse pour son accompagnement et son rôle dans la diffusion de l'information. Nous remercions aussi la population et toutes les personnes qui nous ont soutenus et accompagnés dans cette épreuve. Nous saluons la résilience des familles des victimes. Malgré la douleur, elles continuent d'avancer et de porter la mémoire de leurs proches disparus.
Entretien réalisé par Anita Mireille Zongo et Muriel Dominique Ouédraogo
Lefaso.net