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Mis à jour : il y a 3 heures 56 min

Les « ambigüités créatrices » du Board of Peace

il y a 4 heures 22 min
Légitimité onusienne : l’ambigüité originelle

Que le Conseil de paix soit un instrument états-unien pour contourner et dévitaliser le multilatéralisme onusien fait peu de doute[2]. Il est d’ailleurs à noter que le président états-unien a nommé, aux côtés de l’ambassadeur Mike Waltz, au sein de la représentation des États-Unis aux Nations unies, un autre ambassadeur, Jeff Bartos, dont le portefeuille porte spécifiquement sur le « management et la réforme de l’ONU ». Le 30 juin dernier, lors de la Conférence d’annonces de contributions de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), tandis que le secrétaire général de l’ONU appelait à soutenir d’urgence l’agence onusienne, Jeff Bartos appelait, quant à lui, à se détourner de celle-ci, l’accusant notamment de diffuser la haine des Juifs et de glorifier le terrorisme, par l’intermédiaire de ses écoles, et à financer plutôt le Conseil de paix. Outre le fait d’asphyxier une agence onusienne en péril, il est également question ici de renflouer les caisses vides de l’entité trumpienne. Bien que 17 milliards de dons ont été annoncés lors de la réunion du 19 février, et malgré la signature d’une déclaration des États « donateurs-fondateurs » (Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Arabie saoudite, Kazakhstan, Ouzbékistan, Bahreïn, Maroc), ainsi que d’un MoU avec la FIFA, le fonds officiel du Conseil, administré par la Banque mondiale, n’aurait reçu, en réalité, aucune contribution. Selon une enquête du Financial Times, publiée le 27 mai, les rares dons qui se sont matérialisés transitent par un compte de JPMorgan, et à ce jour, seules des sommes du Maroc (3 millions de dollars) et des Émirats arabes unis (20 millions de dollars), auraient été mobilisées : elles serviraient à financer les activités du Haut-Représentant pour Gaza du Conseil de paix, Nickolay Mladenov, ainsi que les salaires des technocrates palestiniens membres du Comité national pour l’administration de Gaza intégré au Conseil de paix, et mentionné dans le « Plan Trump en 20 points », qui, à ce jour, n’ont toujours pas pu entrer à Gaza. La première ambigüité qui consiste à faire dériver la légitimé de ce Conseil de la résolution 2803, qui l’évoque clairement comme une instance ayant pour cadre d’intervention la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza, alors que la Charte qui l’établit ne mentionne ni Gaza, ni la Palestine, mais a vocation a minima à concurrencer l’ONU, n’est plus à établir : il suffit de consulter, d’une part, la résolution en question et le Plan Trump qu’elle adjoint en annexe, et, d’autre part la Charte du Conseil de paix. Cette ambigüité se double d’un paradoxe : faute de parvenir à mobiliser les financements promis, les promoteurs du Conseil de paix cherchent à capter ceux destinés à l’UNRWA, manifestant ainsi une volonté manifeste de se substituer à une agence des Nations unies, alors même que le Conseil revendique sa légitimité d’une résolution onusienne.

Une instance au statut juridique incertain

Outre cette question, une autre dimension remet en question le statut juridique et la légitimité du Conseil trumpien. En effet, le seul fait que la résolution onusienne dont il se prévaut le qualifie d’administration transitoire dotée de la personnalité juridique internationale ne suffit pas, à lui seul, à lui conférer effectivement ce statut.

Plusieurs éléments tendent à étayer qu’il y a là un nœud que l’administration états-unienne a tenté de contourner. D’abord, la Charte du Conseil elle-même, dans son article 11.2 indique que les États-Unis sont les dépositaires de la Charte. Toutes les notifications relatives aux États signataires sont d’ailleurs centralisées par le Département d’État. Ensuite, le logo du Board of Peace, ainsi que sa typographie, ont fait l’objet de demandes de dépôts auprès de l’United States Patent and Trademark Agency (USPTO), agence fédérale états-unienne dirigée par John A. Squires depuis sa nomination par Donald Trump en mars 2025. Fait tout à fait exceptionnel, c’est l’USPTO elle-même qui avait réalisé ces demandes de dépôts auprès de l’USPTO, avant de faire marche arrière et d’en annoncer le retrait tout début juillet. Ces éléments semblent indiquer que le Conseil ne fonctionne pas comme une organisation internationale, mais comme une structure dont la gestion reste largement assurée par les autorités, administrations et agences fédérales états-uniennes.

Capture d’écran réalisée sur le site de l’USPTO le 28 janvier 2026

Selon l’article 11.1 (a) de la Charte du Conseil, le consentement à être lié par la Charte de trois États est nécessaire pour que celle-ci puisse entrer en vigueur. Les premiers États à avoir exprimé leur consentement sont les États-Unis (21 janvier), le Salvador (21 janvier), le Maroc, le Koweït et le Bélarus (22 janvier). La Charte est donc entrée en vigueur le 22 janvier 2026. De plus, dans un rapport adressé au Conseil de sécurité par le représentant états-unien à l’ONU, Mike Waltz, le 15 mai dernier (cf. infra), on peut lire : « la Charte a été lancée lors de la cérémonie de signature à Davos, en Suisse, le 22 janvier 2026, marquant l’établissement du Conseil de paix en tant qu’organisation internationale »[3]. Pourtant, c’est par un décret présidentiel (« Executive Order ») signé le 16 janvier 2026, soit six jours avant son entrée en vigueur et la cérémonie de lancement, que le président Trump désigne le Conseil de paix en tant qu’organisation publique internationale habilitée à bénéficier de certains privilèges, exemptions et immunités[4]:

En vertu des pouvoirs qui me sont conférés, en ma qualité de président, par la Constitution et les lois des États-Unis d’Amérique, notamment l’article 1 de la loi sur les immunités des organisations internationales (International Organizations Immunities Act, 22 U.S.C. § 288), et ayant constaté que le Conseil de paix est une organisation internationale publique à laquelle participent les États-Unis au sens de cette loi, il est ordonné ce qui suit :

Section 1. Désignation. Je désigne, par la présente, le Conseil de paix en tant qu’organisation internationale publique habilitée à bénéficier des privilèges, exonérations et immunités prévus par la loi sur les immunités des organisations internationales (International Organizations Immunities Act). La présente désignation n’a pas pour objet de restreindre, de quelque manière que ce soit, les privilèges, exonérations ou immunités dont le Conseil de paix bénéficie déjà ou qu’il pourrait acquérir en vertu de la loi.

On soulignera ici qu’en tant que président des États-Unis, Donald Trump, « ayant constaté »[5] que le Conseil est une « organisation internationale publique », octroie à celui-ci, qu’il préside au titre d’une fonction séparée de son mandat présidentiel, des privilèges, exonérations et immunités. Or, l’autorité qui accorde privilèges, exonérations et immunités et l’instance qui en bénéficie, sont liées par la même personne : ce chevauchement ne peut qu’interroger. Il reviendra, par ailleurs, aux juristes d’établir si la référence à l’International Organizations Immunities Act, 22 U.S.C. § 288 est juridiquement fondée, et si le Conseil satisfait aux critères permettant sa qualification d’organisation internationale au regard du droit états-unien, alors même que sa création et son fonctionnement demeurent étroitement liés aux États-Unis, dont l’implication institutionnelle apparaît difficilement réductible à celle de simples « participants » (cf. décret présidentiel supra).

Si ce décret présidentiel, est passé largement inaperçu, l’existence d’une résolution du Conseil de paix [N°2026/3], qui repose la question de l’immunité, a, quant à elle, récemment été révélée par un article du Guardian publié le 27 juin 2026. Le statut de cette résolution demeure incertain, et il n’est pour l’heure, pas possible d’affirmer qu’elle a été adoptée ou signée. Selon celle-ci, une immunité serait accordée aux membres du Conseil, au Bureau du Haut-Représentant pour Gaza (Nickolay Mladenov), aux membres du comité national de technocrates palestiniens, ainsi qu’à ceux de la FIS. Cette immunité les soustrairait à toute arrestation, détention ou procédure judiciaire devant les juridictions palestiniennes. Elle prévoirait, en outre, que le Conseil de paix puisse disposer gratuitement des bâtiments et installations publics nécessaires à l’accomplissement de sa mission, ce qui pourrait impliquer la réquisition ou la confiscation de biens publics palestiniens. Enfin, la section 7 de cette résolution intitulée « Responsabilité à l’égard des tiers / Réclamations », établit un mécanisme permettant au Conseil de paix d’examiner et de statuer sur toute réclamation ou demande d’indemnité relative à des « pertes ou dommages matériels ainsi qu’à des préjudices corporels, des maladies ou des décès » résultant de ses activités à Gaza.

On aurait pu penser que la guerre encore en cours dans le Golfe aurait figé le projet trumpien, mais force est de constater qu’il n’en est rien. Le Conseil semble avoir porté une attention particulière à la consolidation de son cadre juridique avant même le déploiement effectif de la FIS, l’entrée du Comité national à Gaza, le retrait israélien et la reconstruction promise. Les ambigüités et le manque de transparence du Conseil semblent constituer une ressource politique : l’opacité initiale relative à son statut, sa composition, son périmètre d’action, paraît lui conférer une capacité d’action et une marge de manœuvre lui permettant de faire évoluer son cadre légal et son architecture institutionnelle.

Une architecture opaque et inachevée

L’architecture du Conseil s’est progressivement étoffée, mais elle demeure toutefois évolutive, dans la mesure où la résolution 2803 du Conseil de sécurité l’autorise à créer toute entité subsidiaire jugée nécessaire pour la mise en œuvre du Plan Trump. Les membres de la branche exécutive, sont nommés au fil de l’eau par Donald Trump, sans canal de communication clairement établi. Les premiers membres du Conseil exécutif ont été annoncés sur le site de la Maison-Blanche, tandis que les premiers États à rejoindre le Conseil l’ont été sur le compte X du Conseil de paix, son site officiel n’étant alors pas encore opérationnel. Au lendemain de la réunion de Washington du 19 février, c’est sur le tout nouveau site Internet du Conseil qu’on apprenait que Suzie Wiles, cheffe de cabinet de la Maison-Blanche, rejoignait le Conseil exécutif, et que le ministre des Affaires étrangères saoudien, ainsi que l’homme d’affaire et conseiller de Benyamin Netanyahou, Michael Eisenberg, intégraient, pour leur part le Conseil exécutif pour Gaza. La nomination, en mars dernier, du porte-parole du Conseil, Brad Klapper, associé-gérant du cabinet spécialisé en communication stratégique Qorvis, n’a pas, quant à elle, fait l’objet d’une annonce officielle du Conseil. Il en va de même pour les départs : c’est dans Times of Israel (qui avait obtenu la primeur de la publication de la Charte) qu’on apprendra en juin, alors qu’une réunion du Conseil se tenait à Chypre, que Jason Olson, directeur chargé de la déradicalisation de Gaza quittait celui-ci : sa nomination n’avait elle-même jamais été officiellement annoncée. Ces nominations et départs annoncés, le plus souvent de manière éparse, sans procédures identifiables ni canaux de communication institutionnels transparents, renforcent l’image d’une gouvernance opaque, improvisée, voire chaotique. Donald Trump, en sa qualité de président du Conseil, semble y imprimer le mode de communication qu’il privilégie par ailleurs : annonces fragmentaires diffusées la plupart du temps en dehors des canaux traditionnels.

L’ambigüité comme instrument de flexibilité ?

Cette apparente désorganisation ne produit pas uniquement un effet d’incertitude sur le fonctionnement du Conseil : elle peut aussi entretenir une ambigüité susceptible d’offrir à ses dirigeants une marge de manœuvre dans la présentation et la conduite du dispositif. La résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU demandait au Conseil de paix de lui adresser un rapport tous les six mois. Aussi, le 15 mai dernier, le représentant permanent des États-Unis à l’ONU, Mike Waltz, a transmis une lettre (S/2026/418) aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies, à laquelle il a joint, en annexe, un rapport présentant les réalisations du Conseil depuis sa création. Si le fonds et les éléments mis en avant posent question, il en est de même pour la forme, à commencer par le titre : « Annexe à la lettre datée du 15 mai 2026 adressée au Président du Conseil de sécurité par le Représentant permanent des États-Unis d’Amérique auprès de l’Organisation des Nations unies. Mise en œuvre de la résolution 2803 (2025) du Conseil de sécurité des Nations unies. Rapport du Conseil de paix par l’intermédiaire du Bureau du Haut-Représentant pour Gaza. »

S’il en était besoin, cette modalité de transmission met en lumière, une fois de plus, le rôle prépondérant de Washington dans le fonctionnement et la représentation du Conseil. Le recours à la formule « Rapport du Conseil de paix par l’intermédiaire du Bureau du Haut-Représentant pour Gaza » tend à atténuer la centralité états-unienne du dispositif, en même temps qu’elle entretient une certaine confusion : il n’en demeure pas moins que c’est bien Mike Waltz, représentant des États-Unis, qui adresse ce premier rapport semestriel du Conseil de paix au Conseil de sécurité de l’ONU.

Autre point qu’il convient d’examiner : l’annexe indique que 28 Chefs d’États sont membres du Conseil de paix[6]. Or, les articles 2.1 et 2.2 de la Charte précisent les conditions d’adhésion : celles-ci concernent les États invités par le président du Conseil, lesquels ne peuvent être représentés que par des Chefs d’États ou de gouvernements. La qualité d’État membre est, quant à elle, effective à compter de la « notification du consentement à être lié par la Charte ». En présentant « 28 Chefs d’États » comme membres du Conseil, le rapport entretient une confusion entre la qualité de membre, qui revient aux États, et la fonction de représentation exercée par leurs dirigeants.

Une autre ambigüité réside sur le nombre réel d’États ayant effectivement acquis la qualité de membre à part entière (ayant droit de vote), ainsi que sur leur degré d’engagement juridique. Le chapitre XI de la Charte précise les conditions d’application de celle-ci pour les États devant soumettre leur processus d’adhésion à des procédures internes :

Article 11.1 (b) Les États dont les procédures internes exigent la ratification, l’acceptation ou l’approbation de la présente Charte conviennent d’appliquer à titre provisoire les dispositions de celle-ci, sauf si ces États ont informé le Président du Conseil, au moment de leur signature, qu’ils ne sont pas en mesure de le faire. Les États qui n’appliquent pas à titre provisoire la présente Charte peuvent participer aux travaux du Conseil pour la paix en qualité de membres sans droit de vote, dans l’attente de la ratification, de l’acceptation ou de l’approbation de la Charte conformément à leurs exigences juridiques internes, sous réserve de l’approbation du Président du Conseil.

Ainsi, un État n’ayant pas encore accompli les procédures internes nécessaires à l’expression de son consentement à être lié à la Charte peut être malgré tout considéré comme membre du Conseil. Le Département d’État états-unien assure le suivi des notifications transmises par les États invités par le président du Conseil, toutefois, il les communique a posteriori : aucune information consolidée et actualisée ne permet de déterminer clairement quels sont les États ayant, à ce jour, acquis la qualité de membre ayant droit de vote, et ceux disposant d’un statut participatif sans droit de vote. Ainsi, qu’il s’agisse de son périmètre d’action, de son statut juridique, ou même du statut de ses membres, l’ambigüité et le manque de transparence caractérisent les décisions et nominations entourant le Conseil. Celui-ci semble, en outre, se construire selon une logique qui n’est pas sans rappeler certaines méthodes de management dites « agiles » : les structures, nominations et règles étant ajustées au fur et à mesure de l’avancement du projet, par itérations successives. Transposée à une organisation appelée à exercer des fonctions de gouvernance multilatérale, cette méthode spécifique à la gestion des entreprises, contribue à entretenir les ambigüités institutionnelles, dont les effets dépassent la seule souplesse de « management ».

La redéfinition progressive du « mandat » onusien

Depuis la signature du « cessez-le-feu » à Charm-el-Cheikh en octobre 2025, il y a neuf mois désormais, plus de 1 110 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne. En outre, Benjamin Netanyahou a récemment déclaré avoir donné l’ordre à l’armée d’occuper 70 % de la bande de Gaza (celle-ci occupant déjà plus de 60 % du territoire). Le point 16 du Plan Trump indique pourtant qu’« Israël n’occupera ni n’annexera Gaza »… En réalité, seul le point portant sur le retour des otages israéliens aura été mis en œuvre et finalisé en janvier 2026 ; les autres points du Plan n’ont pas fait l’objet d’une attention aussi soutenue. Le 21 mai dernier, lors de son deuxième « briefing » au Conseil de sécurité de l’ONU, Nickolay Mladenov, le diplomate bulgare nommé Haut-Représentant pour Gaza par Donald Trump, présentait une nouvelle feuille de route pour la mise en œuvre du Plan Trump. Il est fondamental de souligner que celle-ci ne dérive pas de la résolution 2803, et n’a donc aucune légitimé onusienne – raison pour laquelle Mladenov a demandé au Conseil de sécurité, dans ce « briefing », de la « soutenir », et qu’Hillary Clinton a récemment publié une tribune en ce sens également. Contrairement au Plan Trump et à la résolution onusienne, cette feuille de route présente le désarmement du Hamas comme préalable au relèvement et la reconstruction de Gaza. La contradiction est ici fondamentale puisque la résolution 2803 octroyait à la FIS, qui, bien qu’annoncée, n’est pour l’heure, toujours pas déployée, la mission notamment d’assur[er] :

 la démilitarisation de la bande de Gaza, y compris en procédant à la destruction des infrastructures militaires, terroristes et offensives et en empêchant qu’elles soient rebâties, ainsi qu’en veillant à la mise hors service définitive des armes des groupes armés non étatiques.[7]  

Or, près de huit mois après l’adoption de la résolution de novembre 2025, la FIS n’est toujours pas déployée, malgré les promesses de participation faites en février dernier par l’Indonésie, l’Albanie, le Kazakhstan, le Maroc et le Kosovo. La feuille de route de Mladenov opère ainsi un glissement discret mais significatif : en faisant du désarmement du Hamas un préalable au relèvement et à la reconstruction de Gaza, elle impose, un séquencement absent de la résolution 2803, tout en se présentant comme nécessaire à sa mise en œuvre. Elle crée, ce faisant, une impasse : la condition préalable qu’elle introduit dépend de l’intervention d’une Force que la résolution prévoit, et qui, outre le fait qu’elle n’est toujours pas déployée, ne devrait pas l’être, selon le Wall Street Journal, avant plusieurs semaines, sinon mois. Aussi, faut-il comprendre l’annonce, par le Hamas, le 6 juillet, de la dissolution de l’ensemble de ses instances politiques comme une conséquence de cette nouvelle feuille de route ?

Après l’épisode de la Charte, qui révèle que le périmètre et l’objet du Conseil de paix excèdent ceux prévus par la résolution onusienne, le Conseil confirme ainsi qu’il ne se contente pas de mettre en œuvre la résolution 2803 (2025) : il en enrichit progressivement le contenu normatif sans nouvelle intervention du Conseil de sécurité de l’ONU. Dès lors, la question n’est plus seulement celle des ambigüités produites par le Conseil de paix, mais aussi celle que le silence du Conseil de sécurité laisse prospérer. Ce silence traduit-il une forme d’impuissance face à ces évolutions, ou doit-il être interprété comme un consentement tacite à la fois à la redéfinition de la nature et du périmètre du Conseil de paix, et aux conditions de mise en œuvre de la résolution qu’il a adoptée ?

[1] Les premiers États à avoir déclarer contribuer à la FIS sont l’Albanie, l’Indonésie, le Kazakhstan, le Kosovo et le Maroc : https://boardofpeace.org/gaza-pledges Selon une publication du compte X du Conseil en date du 16 juillet 2026, le Maroc aurait formellement signé un accord de participation à la FIS.

[2] À ce sujet, se référer également à cet entretien : https://www.iris-france.org/board-of-peace-ou-trump-world/

[3] Voir point 18 du rapport : https://www.un.org/unispal/document/implementation-of-united-nations-security-council-resolution-2803-2025-report-of-the-board-of-peace-through-the-office-of-the-high-representative-for-gaza-s-2026-418/

[4]« Executive Order 14375 of January 16, 2026. Designating the Board of Peace as a Public International Organization Entitled To Enjoy Certain Privileges, Exemptions, and Immunities ».

[5] Dans ce décret exécutif, il n’est pas dit sur quel fondement juridique le Président s’appuie pour « constater » que le Conseil est une organisation publique internationale. Toutefois, on peut supposer qu’il fait référence à la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU : [Le Conseil de sécurité] : « salue la création du Conseil de paix, à savoir une administration transitoire dotée de la personnalité juridique internationale ».

[6] Voir paragraphe 18 du rapport : « Twenty-eight Heads of State are Members of the Board of Peace from the following States: the Republic of Albania, Argentine Republic, Republic of Armenia, Republic of Azerbaijan, Kingdom of Bahrain, Republic of Belarus, Republic of Bulgaria, Kingdom of Cambodia, Arab Republic of Egypt, Republic of El Salvador, Hungary, Republic of Indonesia, State of Israel, Hashemite Kingdom of Jordan, Republic of Kazakhstan, Republic of Kosovo, State of Kuwait, Mongolia, Kingdom of Morocco, Islamic Republic of Pakistan, Republic of Paraguay, State of Qatar, Kingdom of Saudi Arabia, Republic of Türkiye, United Arab Emirates, United States of America, Republic of Uzbekistan, and the Socialist Republic of Viet Nam. »

[7] Notons ici que le point 13 du Plan Trump indique, quant à lui : « Il sera procédé à la démilitarisation de Gaza sous la supervision d’observateurs indépendants ; en particulier, les armes seront définitivement mises hors d’usage, dans le cadre d’une procédure de mise hors service arrêtée d’un commun accord et à la faveur d’un programme de rachat et de réintégration financé par des partenaires internationaux, le tout assujetti à la vérification des observateurs indépendants. »

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Gaza : indignation sélective et crédibilité occidentale. Avec Sophie Bessis

mer, 15/07/2026 - 18:27

L’inaction des démocraties occidentales face aux violations du droit international dans le conflit israélo-palestinien interroge leur influence dans la gestion des crises internationales. Elle remet également en cause la crédibilité des organisations internationales dans leur capacité à faire respecter le droit international et d’appliquer les mêmes exigences à tous les États. Cette situation alimente les débats sur l’existence d’une « indifférence sélective » ou de « doubles standards » dans le traitement des conflits internationaux. Parallèlement, la guerre à Gaza fait naître des fractures inédites au sein des opinions publiques occidentales. Aux États-Unis, une partie importante de la communauté juive critique ouvertement la politique du gouvernement de Benjamin Netanyahou, une évolution qui contraste avec les positions défendues par les communautés juives en Europe qui soutiennent Israël.

Comment expliquer les différences de traitement politique et diplomatique entre les conflits ? L’Europe est-elle encore en mesure de peser sur les crises internationales ? Comment comprendre les divergences d’opinions entre les communautés juives américaine et européenne face au conflit israélo-palestinien ?

Autant d’enjeux abordés avec Sophie Bessis, historienne et essayiste.

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Jusqu’à quand les empires accepteront-ils de perdre ?

mer, 15/07/2026 - 16:19

Il y a quelque chose de vertigineux à observer simultanément deux grandes puissances mondiales enlisées dans des guerres qu’elles ne parviennent pas à gagner. Donald Trump vient de signer à Versailles ce que beaucoup présentent comme une capitulation face à l’Iran. Vladimir Poutine, lui, s’enfonce depuis plus de quatre ans dans un bourbier ukrainien qui devait durer trois jours. Dans un monde où deux hommes, l’Américain et le Russe, disposent chacun d’un arsenal nucléaire capable de réduire leur adversaire en cendres, la question se pose avec une urgence croissante : jusqu’à quand des empires accepteront-ils de perdre des guerres asymétriques ?

Commençons par l’Ukraine, où la situation militaire à la mi-juillet 2026 est singulière. La Russie grignote encore du terrain : quelques kilomètres dans le Donbass, une pression constante sur Kharkiv. Mais l’Ukraine n’est plus en train de perdre la guerre. Elle ne la gagne pas non plus. Elle ne reprendra pas la Crimée par la force, et chacun le sait. Mais elle a réussi quelque chose de bien plus subtil et potentiellement décisif : frapper la Russie en son sein. Les infrastructures énergétiques russes sont visées méthodiquement. Moscou est contrainte d’interdire ses exportations de gazole pour lutter contre les pénuries internes. Zelensky a résumé sa stratégie avec une clarté chirurgicale : « Frapper la Russie au cœur de son territoire pour contraindre Moscou à négocier. Plus les frappes ukrainiennes s’enfoncent en profondeur en Russie, plus la pression sur Poutine devient insupportable. ».

La logique est implacable. Il ne s’agit pas de vaincre militairement la Russie, objectif hors de portée. Il s’agit d’humilier Poutine, de l’acculer, de le contraindre à des négociations où il devra consentir à quelques concessions. Trump, qui n’a jamais caché son tropisme pour le « mâle alpha » du Kremlin, soutient désormais cette stratégie, non par amour de l’Ukraine, mais parce qu’il espère se poser en grand faiseur de paix avant les midterms de novembre. Il vient d’annoncer à Ankara qu’il autoriserait Kiev à fabriquer ses propres missiles Patriot, dont elle manque cruellement.

Mais voilà où le raisonnement achoppe. Vladimir Poutine n’est pas Donald Trump. Trump est un président élu. Il lui reste encore deux ans de mandat, et perdre un conflit ne lui ferait pas perdre le pouvoir. Poutine est un autocrate. Et les autocrates ne peuvent pas perdre leurs guerres, parce que perdre une guerre, c’est perdre le pouvoir. Et perdre le pouvoir, pour Poutine, ce n’est pas finir dans une datcha au bord de la mer Noire à rédiger ses mémoires. C’est finir une balle dans la tête ou, pire, comme Kadhafi, dans un caniveau, lynché par une foule en colère. C’est l’obsession qui gouverne toutes ses décisions depuis plus de vingt ans.

La stratégie de l’humiliation mise en œuvre par Zelensky n’est donc pas sans risques. Elle pourrait certes amener la population russe, fatiguée de ces interminables files d’attente pour quelques gouttes d’essence, à gronder assez fortement pour que des membres de l’entourage de Poutine envisagent de le pousser vers la sortie. Mais un Poutine acculé, qui sent qu’il perd l’opinion et qu’il pourrait être victime d’un coup d’État intérieur, est infiniment plus dangereux qu’un Poutine en position de force.

L’hypothèse d’un recours à une arme nucléaire tactique ne peut plus être écartée d’un revers de main. Nous n’en sommes pas là. Mais la question doit être posée, sans tabou ni naïveté, parce que c’est précisément là que mène la logique de l’humiliation poussée jusqu’à son terme.

Et c’est là que nous revenons à la question centrale. Nous vivons désormais dans un monde où le système multilatéral construit après 1945 est à l’agonie. L’administration Trump-Vance l’a méthodiquement déconstruit : bilatéralisme assumé, loi du plus fort érigée en doctrine. Dans ce monde où la justice internationale ne s’applique plus qu’aux vaincus et aux faibles, où les alliances traditionnelles ne valent plus le papier sur lequel elles sont signées, la tentation pour les grandes puissances de franchir les lignes rouges est structurellement plus forte.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Deux empires, américain et russe, qui ont perdu ou sont en train de perdre politiquement des guerres contre des adversaires militairement infiniment inférieurs. L’un contre l’Iran, l’autre contre l’Ukraine. Dans les deux cas, la puissance supérieure disposait de tous les moyens conventionnels pour écraser son adversaire. Dans les deux cas, quelque chose a résisté : la détermination d’un peuple, l’asymétrie des enjeux, la désorganisation de l’empire.

L’Histoire nous a pourtant déjà enseigné cette leçon. Les États-Unis l’ont apprise au Viêtnam, en Afghanistan, en Irak. L’Union soviétique l’a apprise en Afghanistan. Les empires ne gagnent pas les guerres asymétriques, non par manque de puissance de feu, mais parce que la puissance de feu ne suffit pas quand l’adversaire se bat pour sa survie et que vous vous battez pour une abstraction géopolitique.

La vraie question, la question terrifiante, est celle-ci : dans un monde sans arbitre international crédible, sans système multilatéral capable de contenir les frustrations des grandes puissances, que se passe-t-il lorsqu’un empire doté de plusieurs milliers d’armes nucléaires décide qu’il n’accepte plus de perdre ?

Romuald Sciora, essayiste franco-américain, est directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS. Dernière publication : America 250, une histoire graphique des États-Unis, vol. 1, Né dans le sang (éditions Point Nemo).

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Rubio : feu à volonté sur la Cour pénale internationale

mer, 15/07/2026 - 12:37

Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, les divergences entre les États-Unis et les pays européens ne cessent de s’accentuer, au point de remettre en question l’existence d’un monde occidental uni autour de valeurs communes. Le droit international constitue l’un des principaux points de rupture. Les récentes attaques de Marco Rubio contre la Cour pénale internationale marquent, à cet égard, une étape supplémentaire dans la croisade états-unienne à l’encontre de l’institution.

Les désaccords transatlantiques autour de la CPI ne sont pas nouveaux. Dès l’adoption du Statut de Rome, en 1998, les États-Unis de Bill Clinton avaient choisi de rester en dehors de cette juridiction. Mais la confrontation s’est considérablement durcie après la délivrance de mandats d’arrêt contre Benyamin Netanyahou et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant. Washington a alors pris des sanctions contre des responsables de la Cour, traités comme s’ils étaient eux-mêmes des criminels.

Marco Rubio souhaite désormais aller plus loin et ne cache plus sa volonté de voir disparaître la CPI. Il présente la Cour comme la « bête noire » des États-Unis et affirme que « la CPI et ses alliés mènent une guerre contre notre pays à coup de statuts ». En évoquant avec mépris « ce qu’on appelle le droit international », il ne se contente plus de contester certaines décisions de la Cour : il remet en cause le principe même d’une justice internationale.

L’administration américaine entend ainsi pousser les États signataires du Statut de Rome à se retirer de la CPI. Cette offensive traduit une volonté de revenir à un ordre international dominé par les rapports de force et la loi du plus puissant.

Les Européens se retrouvent face à un choix déterminant : défendre les principes et les institutions qu’ils affirment soutenir, au risque de s’opposer frontalement à Washington, ou y renoncer pour préserver la protection et les financements américains. Au-delà de l’avenir de la CPI, c’est la crédibilité internationale de l’Europe qui est en jeu.

Mon analyse dans cette vidéo.

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L’Afrique : entre dynamiques démographiques, intégration économique et affirmation géopolitique

mar, 14/07/2026 - 00:00

En quoi la géographie et la démographie du continent africain constituent-elles des opportunités, mais également des vulnérabilités pour son développement ?

La géographie et la démographie du continent représentent un potentiel important, mais sa valorisation peine à être concrétisée.

L’immensité et la diversité des ressources du continent (cobalt, terres rares, hydroélectricité…) sont de réelles opportunités et donnent à l’Afrique une valeur stratégique importante. Néanmoins, le faible nombre d’infrastructures de transport et d’énergie est une contrainte qui affecte de très nombreux États, et plus particulièrement les États enclavés. L’intégration régionale peut apporter une solution à ces nombreux obstacles, mais elle reste encore peu développée.

Si la démographie est un atout pour certains économistes (en termes de main-d’œuvre ou de jeunesse par exemple) et pourrait être un dividende, elle reste tributaire de systèmes éducatifs peu développés et de structures de santé insuffisantes. 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050 représentent un potentiel important, mais cela devra s’accompagner d’un investissement massif dans l’emploi.

Le développement du continent sera lié à la réduction de l’écart entre le potentiel de la géographie et de la démographie et sa valorisation effective.

Quelle est la place de l’Union africaine sur la scène internationale et quels sont les défis internes auxquels elle fait face ? En quoi les objectifs de l’Agenda 2063 traduisent-ils la volonté des États africains de renforcer leur poids politique et diplomatique ?

La montée en puissance de l’Union africaine comme acteur diplomatique reconnu s’affirme depuis quelques années. Elle est devenue incontournable pour représenter le continent et siège au G20 depuis 2023. Elle enchaîne les sommets avec de très nombreux bailleurs (Union européenne, Chine, États-Unis, Japon, France…). Ses deux « bras armés », la Commission et le Conseil de paix et de sécurité, portent la voix du continent sur des enjeux globaux et sécuritaires.

Les défis restent néanmoins importants. Le financement de son budget est assuré à 60 % par des partenaires extérieurs. Comme toute union, elle est sujette aux intérêts nationaux divergents, mais aussi aux rivalités régionales (communautés économiques régionales (CER)[1]) qui l’affaiblissent. La gestion des crises majeures, qui impliquent 21 États africains, demeure le point faible de l’organisation africaine. Son poids institutionnel reste encore modeste face aux grandes puissances et aux institutions financières internationales.

L’Agenda 2063, est révélateur de la volonté des acteurs africains de penser l’avenir de leur continent. Cette ambition se heurte à plusieurs difficultés :

  • construire une union économique et monétaire à l’échelle de l’Afrique ;
  • la terre africaine reste l’un des hauts lieux crisogènes de la planète. Plus de 78 % des troupes de maintien de la paix des Nations unies sont déployées en Afrique ;
  • la bonne gouvernance tarde à arriver sur le continent.

En résumé, l’Agenda 2063 traduit clairement une ambition de peser davantage. Il revendique une Afrique « influente, unie et forte » et la volonté d’être un acteur des relations internationales.

Quels sont les principaux moteurs de la croissance économique en Afrique ? Dans quelle mesure les communautés économiques régionales (CER) et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) contribuent-elles à renforcer l’intégration économique sur le continent africain ?

Les principaux moteurs de la croissance économique en Afrique sont les ressources naturelles, la démographie, les investissements directs étrangers (IDE) et le potentiel de l’agriculture. S’y ajoutent le potentiel des services et de la consommation intérieure.

L’intégration économique s’est construite par la montée en puissance de huit communautés économiques régionales majeures. Si elles ont permis des avancées réelles, la différence de niveau d’intégration au sein des CER est importante et ne facilite pas l’intégration du continent. De surcroît, la possibilité pour un État d’appartenir à plusieurs CER (fragmentées et inégales) complique l’intégration. En 2019, la Zone de libre-échange continentale africaine est créée. Elle réunit 54 États[2]. Seule l’Érythrée n’a pas adhéré à cette initiative économique majeure. Les objectifs sont l’augmentation du commerce intra-africain et une meilleure attractivité pour les investisseurs. Mais la mise en œuvre de la ZLECA reste lente et a été très ralentie par la pandémie de Covid-19 et les crises internationales qui se succèdent. Le manque d’infrastructures de transport participe à cette difficile mise en œuvre. L’affirmation de résultats positifs de la ZLECA prendra de nombreuses années. La question qui demeure posée pourrait être la suivante : quel sera l’avenir des CER lorsque la ZLECA sera pleinement opérationnelle ? Le mille-feuille des organisations économiques ne gagnerait-il pas à être réduit ?

Quels sont les principaux enjeux sécuritaires auxquels sont confrontés les États africains ? Quel rôle joue l’Union africaine dans la résolution des crises ? Quelles actions pourraient être mises en place pour renforcer la stabilité du continent ?

Ving-et-un États africains sont confrontés à une crise ou un conflit majeur (coups d’État, guerres civiles, terrorisme ou extrémisme violent). La criminalité organisée et les tensions liées aux ressources et au climat sont aussi des enjeux sécuritaires majeurs.

Dès le mois de février 2004, l’Union africaine s’est dotée d’une politique commune de défense et de sécurité. Deux principes fondamentaux sont à mettre en relief : la politique de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État, mais l’UA se réserve le droit d’intervenir en cas de crimes de guerre, de génocide ou de crimes contre l’humanité.

Un des programmes majeurs de l’UA réside dans l’Architecture africaine de paix et de sécurité (AAPS). Elle s’articule principalement autour du Conseil de paix et de sécurité (CPS), appuyé par la Commission de l’Union africaine. Seul le CPS peut autoriser des missions de soutien à la paix, imposer des sanctions, prendre des initiatives et des actions en réponse à des conflits éventuels ou réels. Il est composé de 15 membres, siégeant pour deux ou trois ans. Quatre outils sont importants au sein de l’AAPS : la Force africaine en attente (intervention), le Groupe des sages (médiation), le Système continental d’alerte rapide (information) et le Fonds pour la paix (financement).

L’AAPS demeure ralentie par le manque de moyens financiers et la rivalité décisionnelle entre le niveau continental et celui des CER.

L’Agenda 2063 reste une feuille de route intéressante. L’écart entre les ambitions affichées et la réalité du terrain reste important. L’intégration économique continentale, comme l’unité politique, ne pourront se réaliser qu’avec l’application du principe de base de la renaissance africaine : « Faire taire les armes en 2030 ».

[1] Elles sont au nombre de huit : la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), l’Union du Maghreb arabe (UMA), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), le Marché commun d’Afrique orientale et australe (COMESA), l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), la Communauté des États sahélo-sahariens (CENSAD) et la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC).

[2] Qui représentent un potentiel d’environ 1.5 milliard de consommateurs.

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Géopolitique du football : Argentine – Angleterre

lun, 13/07/2026 - 12:05

Le match de demi-finale de la Coupe du monde 2026, qui opposera l’Argentine à l’Angleterre mercredi 15 juillet, s’inscrit comme un nouveau chapitre d’une rivalité unique, où sport et géopolitique s’entremêlent depuis soixante ans.

De la polémique arbitrale de 1966, où l’Argentine se sent lésée par un arbitrage perçu comme partial, à la guerre des Malouines en 1982, qui creuse un fossé politique entre les deux nations, chaque affrontement a dépassé le cadre sportif. Puis, en 1986 : la « Main de Dieu » et le « But du Siècle » de Maradona transforment un simple quart de finale en acte de résistance symbolique, où le football devient l’arme d’une revanche historique.

Pourquoi cette rivalité, plus qu’une autre, cristallise-t-elle autant de passions et de tensions ? Mon analyse dans cette vidéo.

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SCAF : sortir de l’impasse

lun, 13/07/2026 - 10:17
Les États font de l’industrie et pas de la défense

La première raison est que les États européens font passer les préoccupations de leurs industriels avant celles de leurs forces. Or, l’intérêt premier des armées est de disposer du meilleur avion possible, avec une totale liberté d’action, et non pas d’un avion qui se vend à l’export. Or, le Rafale de Dassault et l’Eurofighter de BAE-Airbus-Léonardo résultent de programmes lancés au début des années 1980 et entrés dans les forces au début des années 2000. Ce sont des avions dits de « quatrième génération » (ils ne sont pas furtifs) alors qu’une « sixième génération » (combat collaboratif avec des drones de combat) pointe déjà son nez. Notre retard technologique va donc s’accroître.

En ne donnant pas les meilleures armes à leurs armées, les États manquent à leur « premier devoir – la défense » pour reprendre les mots du général de Gaulle. Tous les hommes politiques qui, en France, se réclament du gaullisme devraient s’en souvenir. Les intérêts de nos industriels ne sont pas toujours ceux de nos États.

Les Allemands et les Français se racontent des histoires

La deuxième raison de l’échec est que les décideurs politiques, les industriels et les forces armées se mentent entre eux et se mentent à eux-mêmes.

Les décideurs allemands ont menti aux Français en acceptant ab initio des spécifications opérationnelles telles que l’emport d’un missile nucléaire ou la capacité d’apponter, qu’ils font mine de découvrir dix ans après, pour mieux les refuser. Et ils se mentent à eux-mêmes s’ils croient pouvoir développer seuls, dans un délai raisonnable et à un coût maîtrisé, un avion de combat de sixième génération, comme le leur a justement rappelé Tom Enders, l’ancien patron Airbus. À supposer que l’industrie allemande y arrive, elle risque fort de ne pouvoir le vendre que sur son propre marché. En outre, les décideurs allemands sont familiers des promesses de coopération qui n’ont jamais abouties telles que l’avion de patrouille maritime, la modernisation de l’hélicoptère Tigre, l’Eurodrone ou qui ont abouti à des échecs patents comme le missile Trigat LR.

Côté français, si Dassault se déclare capable de construire un avion de combat de sixième génération « tout seul », il est chimérique de penser que la France peut le financer. Le programme Rafale a coûté plus de 50 milliards d’euros aux conditions financières de 2026, pour un total de 178 appareils. Le programme Eurofigther a coûté plus de 90 milliards d’euros pour près de 500 avions. Quant au F-22 raptor américain il aurait coûté 62 milliards d’euros pour 195 appareils. Dans ces conditions, un programme strictement national coûterait au bas mot une petite centaine de milliards d’euros pour une centaine d’avions disponibles, à la fin des années 2040. Un milliard d’euros par avion : ouvrons les yeux ! Dans le contexte budgétaire qui est le sien, la France ne pourra pas financer un nouveau porte-avions, moderniser sa force de dissuasion nucléaire, remonter en volume et en qualité sur les équipements et les munitions et de surcroit développer seule un nouveau système de combat aérien, alors même que la dotation de l’armée de l’Air n’a toujours pas atteint la cible capacitaire initiale de 286 Rafale ! Prétendre le contraire, c’est se mentir.

Les décideurs politiques et militaires continuent de préparer la guerre d’avant

La troisième raison de l’échec, la plus importante, est que les forces armées des deux pays n’ont pas tiré les enseignements de la guerre en Ukraine ni de celle d’Iran et n’ont pas modifié en conséquence le besoin opérationnel.

Les spécifications du SCAF datent de 2017, voire 2014 si on remonte au projet franco-britannique du FCAS, un échec lui aussi. Or, ces guerres ont montré la difficulté pour des avions de combat de quatrième génération de percer les systèmes de défense anti-aérienne intégrés aussi bien du côté ukrainien que du côté russe. Elles ont rappelé au contraire l’importance de la guerre industrielle.

La masse, le coût et la vitesse de production et d’adaptation sont désormais les paramètres essentiels de la guerre. Est-ce que cela fait encore sens de disposer d’un nombre restreint d’avions de combat extrêmement coûteux alors que des drones bon marché peuvent frapper dans la profondeur du territoire ennemi avec des charges militaires beaucoup plus lourdes que les meilleurs de nos missiles ?

Le SCAF est mort, vive le SCAF !

Les responsables de la défense nationale ont continué de penser « dans la boite », en voulant refaire ce qui existe déjà : un avion omnirôle capable d’effectuer toutes les opérations de supériorité aérienne, d’attaque au sol, d’emporter le missile nucléaire et en prime d’apponter sur le porte-avions… On refait du même, en mieux, mais en plus cher et en moindre quantité… Dans ces conditions, pourquoi changer ? Et du reste, la conclusion vient de tomber : on ne changera pas. Pour la France ce sera du Rafale pour seul horizon.

Or, cela pose un problème pour l’innovation de défense, appelée à stagner, et plus encore pour la composante aérienne de la dissuasion nucléaire française. Aujourd’hui un raid des forces aériennes stratégiques a encore de très bonnes chances de percer la défense russe. Mais demain ? Si l’on veut en être certain, il faudra un missile capable d’aller beaucoup plus loin et d’aller beaucoup plus vite que l’actuel missile ASMPA-NG. Et pour ce faire il sera nécessairement plus long et plus lourd. Il aurait donc fallu déterminer l’architecture du futur avion d’armes français en fonction du missile et non pas l’architecture du missile en fonction de l’avion qui le porte. Pour cela, il aurait mieux valu envisager de construire plusieurs avions : un bombardier (les Européens n’en ont aucun) et un chasseur. Cela eût permis de donner du travail à tout le monde. Hélas…

L’Allemagne, la France et l’Espagne ont eu raison de vouloir faire un programme commun de système de combat aérien, car le problème majeur de la défense européenne ne tient pas dans le trop grand nombre d’industriels de défense – ce qui est une chance – mais dans la trop grande fragmentation de la demande du fait de l’incapacité des États à s’entendre. Mais ils ont eu tort de décider d’une coopération en partant du partage industriel – le mortifère « juste retour » – et plus encore de ne pas faire évoluer leur besoin opérationnel. Alors que faire ?

Il sera difficile de préserver l’acquis du programme …

Le plus important dans l’immédiat serait de préserver les enfants du divorce : sauver le « système » à défaut de sauver « l’avion », à savoir le cloud, le moteur à flux variable, les drones de combat et les systèmes d’armes, dont le système de mission embarqué. Car pour la France, la fin du SCAF n’impacte pas seulement Dassault, mais aussi Safran, Thales et MBDA et tous leurs sous-traitants. Malheureusement la décision du gouvernement allemand d’attribuer – sans appel d’offres – un contrat de 500 millions d’euros à la société Helsing pour l’architecture d’un cloud de combat augure mal de la suite. Quant à la coopération sur le futur moteur qui semblerait se dérouler au mieux, elle aura besoin de déboucher sur un avion… Néanmoins, trois voies de sortie nous semblent pouvoir être empruntées.  

… mais beaucoup plus facile de développer des drones longue portée …

La première est de concentrer, à court terme, les efforts sur les drones de très longue portée et la défense anti-aérienne et anti-missiles. Dans ce domaine il conviendrait de miser sur des start-up innovantes plutôt que sur les grands « prime ». Certaines de ces entreprises existent déjà en France et des coopérations avec d’autres entreprises européennes et surtout ukrainiennes devraient être favorisées. Cela pourrait déboucher sur des familles de drones meilleur marché, du type des « Valkyrie XQ-58 A » de la société américaine Kratos qui coûtent moins de 2 millions d’euros par unité, à l’inverse du drone NEUROn plus cher qu’un Rafale. Cela suppose de contourner les procédures bureaucratiques de certification dont la France a le secret.

… de coopérer autour de Saab…

La seconde piste serait de favoriser une coopération avec le troisième avionneur européen, SAAB, pour un futur avion de combat qui pourrait être équipé du moteur franco-allemand de SAFRAN-MTU, des radars et de l’avionique de Thales et des effecteurs de MBDA. Il s’agirait en quelque sorte d’européaniser le Gripen qui est un bon chasseur, mais dont les parties essentielles (moteur, radar) sont américaines. S’il est bien une leçon qu’il faut retenir des évolutions technologiques récentes c’est que le futur de l’aviation de combat passe davantage par le système de mission et sa capacité à communiquer que par les caractéristiques du porteur qui emporte ce système.

… et de repenser la composante aérienne, voire terrestre de la dissuasion nucléaire française

Enfin, il faudrait avoir le courage de repenser les forces stratégiques aériennes stratégiques en partant du missile et de sa tête, qui sont les véritables instruments de la « souveraineté », et non pas du porteur qui peut être interchangeable et pourrait même être un avion de transport tels qu’un A330 MRTT ou un A400M.

Au demeurant, une réflexion sur un missile balistique sol-sol, du type de l’Orechnik doit être poursuivie. Des solutions existent déjà, à l’instar du programme de planeur hypersonique V-MAX d’Ariane group et de l’Onera ou le programme Sylex, ou encore un missile balistique de théâtre (MBT) sol-sol, tel que cela est envisagé dans la loi de programmation militaire. L’Ukraine comme l’Iran ont montré que rien ne protège à 100 % une attaque saturante de missiles balistiques, par nature hypersoniques et, dans la plupart des cas, inarrêtables. Nous ferions mieux d’y réfléchir.

L’échec du SCAF doit conduire les responsables politiques et militaires européens à penser « hors de la boite » et à tenir à la juste distance les intérêts de leurs propres industriels. Les États européens étaient « souverains » avant Airbus et Dassault. Ils le seront encore après eux.

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Le monde vu par Pékin – juillet 2026

ven, 10/07/2026 - 17:06

La semaine dernière, je me suis rendu à Pékin pour participer au 14ᵉ World Peace Forum organisé par la Tsinghua University, un grand rendez-vous géopolitique ouvert par le vice-président chinois, Han Zheng. Pendant deux jours et demi, une soixantaine d’experts étrangers ont pu débattre des enjeux mondiaux.

Dans son discours d’ouverture, le vice-président chinois a insisté sur quatre priorités : le soutien aux Nations unies, la défense du multilatéralisme, la gouvernance économique mondiale et la régulation de l’intelligence artificielle. Des positions qui s’inscrivent systématiquement en contrepoint de celles des États-Unis, notamment sous l’ère Trump.

Les débats ont également porté sur le rôle de l’ordre international, souvent perçu comme un outil du monde occidental pour imposer ses règles. La question de Gaza et de la Cisjordanie a été soulevée comme exemple de double standard, tout comme la guerre en Ukraine, où la Chine, sans abandonner Poutine, appelle à un cessez-le-feu immédiat et à des négociations.

En toile de fond, une question centrale a émergé : la Chine sera-t-elle le nouveau centre du monde ? Entre triomphalisme modéré et critique des erreurs américaines, Pékin semble convaincu que le temps joue en sa faveur.

Mon analyse dans cette vidéo.

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Le schisme de la Fraternité Saint-Pie X et les fractures contemporaines du catholicisme

ven, 10/07/2026 - 16:37
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Le premier anniversaire d’un pontificat constitue rarement un moment charnière dans l’histoire de l’Église catholique. Les premiers mois d’un nouveau pape sont généralement consacrés à la mise en place des équipes, à l’affirmation d’un style de gouvernement et à la définition des grandes orientations pastorales. L’élection de Robert Francis Prevost, devenu Léon XIV le 8 mai 2025, semblait s’inscrire dans cette logique. Dès ses premières interventions, le nouveau souverain pontife a placé son ministère sous le signe de l’unité, de la paix et du dialogue. Dans un contexte international marqué par le retour des conflits armés, la montée des nationalismes, la polarisation des sociétés démocratiques et la crise des institutions multilatérales, il a multiplié les appels à reconstruire les liens sociaux, à dépasser les logiques d’affrontement et à promouvoir une culture de la rencontre. À peine un an plus tard, ce discours sur la réconciliation se trouve confronté à une première crise au sein même de l’institution qu’il préside. Le 1er juillet 2026, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) a procédé à la consécration de plusieurs évêques sans mandat pontifical. Malgré les avertissements répétés du Saint-Siège, les démarches entreprises par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi et une intervention personnelle du pape quelques jours avant les consécrations, la Fraternité a maintenu sa décision. Le Saint-Siège a alors constaté les excommunications prévues par le droit canonique et qualifié la rupture de schisme. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, un pontificat débute par une crise ouverte de communion interne qui touche directement la question de l’autorité pontificale. En réalité, l’événement dépasse largement le cadre d’un différend disciplinaire ou liturgique. Il constitue un révélateur des profondes recompositions qui traversent aujourd’hui le catholicisme. Derrière les débats sur la célébration de la messe, l’interprétation du concile Vatican II ou les modalités d’exercice de la primauté du souverain pontife, se dessinent des interrogations beaucoup plus fondamentales sur la manière dont une institution religieuse mondiale gouverne ses diversités, régule ses dissidences et construit son unité dans un contexte de mondialisation, de pluralisation culturelle et de fragmentation idéologique.

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La France moissonne, entre canicule et coup de froid

ven, 10/07/2026 - 15:22

Nous sommes en pleine période de récoltes du blé en France. Pourquoi autant d’inquiétudes cette année sur la moisson ?

Parce que plusieurs facteurs de production sont défavorables… Le climat d’abord, avec une météo qui aura été très contrastée depuis le printemps, absence de pluies en avril, des pics de chaleur précoce fin mai et bien entendu cette canicule historique sur l’hexagone fin juin qui ont provoqué une accélération du cycle végétatif. Dans de nombreuses zones, le remplissage des grains s’est retrouvé à l’arrêt. Cette phase est en effet déterminante pour que les grains de blé grossissent et accumulent des réserves, la plante transférant alors de l’amidon et des protéines vers le grain. Tout cela sera potentiellement nuisible aux rendements. Précisons que la grande hétérogénéité des situations, déjà observable ces dernières années, risque de s’amplifier selon les territoires, avec bien entendu des problématiques accrues pour ceux où les réserves hydriques dans les sols s’avèrent très faibles. Ce contexte climatique explique aussi la précocité de la moisson 2026 en blé, démarrée dès juin dans certaines régions. Là encore, il s’agit d’une tendance qui s’intensifie depuis plus d’une décennie : le blé en France est fauché de plus en plus tôt durant l’été. Et ne sous-estimons pas le danger des incendies, quand les chaleurs extrêmes et les sécheresses rendent périlleuses les moissons. Plusieurs départements ont encadré les horaires pour le travail des machines, afin de limiter les départs de feu. C’est inévitable, mais cela complique l’organisation des récoltes avec toute la logistique nécessaire à mobiliser sur une fenêtre de temps si courte (transport, réception dans les silos…). Il est trop tôt pour estimer la moisson 2026 et en faire une lecture précise, complète et juste. Attendons la fin de l’été. Mais ces conditions climatiques esquissent d’ores et déjà un tableau national très variable, avec des retombées socioéconomiques à surveiller.

La très grande majorité des céréaliers en France est en effet déjà fragilisée par la hausse des coûts de production, rendue encore plus nette avec le renchérissement des engrais ces derniers mois, conséquence notamment du conflit dans le golfe Persique et des sanctions européennes envers les fertilisants russes. Nous avons également des enjeux de fiscalité et de surtransposition normative en France, par rapport à ce qui se pratique par ailleurs dans l’Union européenne, qui grèvent la compétitivité des producteurs dans le pays. Et puis il y a un contexte international qui explique aussi la morosité des céréaliers français : un prix mondial du blé moins élevé qu’au début de cette décennie et des exportations qui s’avèrent difficiles en raison de la concurrence, sans oublier la perte des exports vers l’Algérie. La France n’y vend plus rien depuis plus de deux ans, alors que ce fut le premier acheteur de blé français pendant les décennies 2000 et 2010, devançant même durant cette période les volumes destinés à la meunerie française !

Le blé pourrait-il ne plus être un atout majeur de l’agriculture française ?

La question, certes encore un peu excessive, mérite d’être posée. Le blé est un incontournable dans la puissance agricole de la France. C’est la culture la plus présente sur le plan spatial métropolitain et c’est encore une exploitation sur deux en France qui fait du blé. Cette céréale, récoltée en moyenne autour de 35 millions de tonnes par an, contribue aussi au commerce du pays, puisqu’une tonne sur deux est exportée, avec si l’on schématise, une moitié de ces ventes vers les États membres de l’Union européenne, et l’autre vers le monde, notamment l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest et la Chine. J’avais eu à cœur d’expliquer dans mon ouvrage pourquoi le blé était le pétrole doré de la France depuis les années 1970 et en quoi cette production joue un rôle stratégique pour notre pays dépassant de très loin le seul champ agricole. Mais si je devais mettre à jour la réflexion, ou du moins la projeter davantage dans l’avenir, je serais tenté de changer le titre de mon chapitre sur la France. Pour sans doute alerter sur un scénario après 2030 jusqu’ici impensable, dans lequel la récolte annuelle serait bien moindre. J’intitulerais ce chapitre « La France sans blé ? », laissant un point interrogatif à dessein.

Pourquoi cette lecture prospective ? Les surfaces semées en blé ont perdu 20 % au cours de la dernière décennie, passant de 5 à 4 millions d’hectares. Depuis 2023, la plupart des producteurs de blé en France ont des revenus négatifs. C’est intenable dans la durée. La future politique agricole commune (PAC), dont les contours financiers et orientatifs restent encore flous pour l’après 2027, pourrait accentuer les difficultés pour les grandes cultures dans certains territoires et les exploitations, petites ou grandes. Le vieillissement des agriculteurs en France, à l’image du pays, va mettre la moitié d’entre eux à la retraite après 2030. Sans profitabilité des entreprises et sans visibilité stratégique à moyen terme, des agriculteurs se détourneront du blé et feront d’autres cultures, peut-être plus rémunératrices et disposant d’un cadre politico-réglementaire moins instable. Pour ceux proche de la retraite, la tentation est forte de minimiser les coûts, de ne pas semer et de laisser les parcelles en jachère. Et puis ce climat, qui rend plus difficile la production, surtout dans ces zones où les sols sont moins généreux et où l’eau fait plus souvent défaut, pourrait devenir une arme de dissuasion massive pour cultiver du blé dans certaines régions. Le blé résisterait dans les Hauts de France et l’Est du pays, mais serait moins présent et surtout moins rentable dans d’autres régions, notamment de la moitié Sud de l’Hexagone. Ajoutons une controverse : d’aucuns estimeront qu’une récolte divisée par deux ne serait pas très préjudiciable, puisque la France garderait un volume de blé suffisant pour ses besoins domestiques. Ne plus exporter ne serait pas un problème. C’est aller vite en besogne, car l’export permet aussi de maintenir de la compétitivité à domicile… L’équation est souvent plus complexe sur ces terrains de jeu croisant chiffres et géographies. Si la France n’exporte plus, c’est aussi ajouter une variable d’incertitude supplémentaire sur les équilibres mondiaux.

La France est-elle encore un acteur de premier plan justement ? Et plus globalement, comment se porte la planète blé ? Est-elle toujours aussi dépendante des productions de la mer Noire ?

La France fait toujours partie des rares nations dans le monde qui produise et exporte du blé, un club d’une dizaine de membres, là où la planète entière consomme cette céréale sous toutes ses formes possibles. Si l’on se réfère aux chiffres d’AMIS, nous avons une récolte mondiale en blé record pour 2025-2026, estimée à 840 millions de tonnes (Mt), là où oscillait en moyenne à 750 Mt à la fin de la décennie 2010. Mais ce record ne sera pas battu l’an prochain, les conditions climatiques s’annonçant très difficiles avec un épisode El Niño vigoureux et donc des récoltes en blé qui reculeront dans plusieurs régions du globe. La moisson planétaire 2026-2027 pourrait retomber à 800 Mt, voire moins. La consommation mondiale de blé dépasse désormais cette barre des 800 Mt, tirée par la croissance démographique et l’urbanisation, notamment en Asie et en Afrique. D’ailleurs, mentionnons que la moitié du blé produit et consommé dans le monde se concentre aujourd’hui en Asie. Du côté des exportateurs, en effet, la Russie et l’Ukraine restent des pourvoyeurs massifs sur le marché mondial, 45 et 15 Mt respectivement, soit 30 % de l’offre mondiale à eux deux. Notons au passage que ce sont eux qui désormais fournissent le marché algérien, avec même l’Ukraine en fournisseur leader cette année sur cette destination ! Les États-Unis réalisent 12 %, soit deux fois moins qu’il y a trente ans, avec des superficies en blé ayant chuté à un niveau très bas, jamais atteint depuis la fin du 19ème siècle. Ce pays abandonne le blé, mise sur le maïs et le soja. De son côté, l’Union européenne fait 30 Mt, soit 15 % du total de blé exporté dans le monde actuellement. D’ailleurs, en 2025-2026, avec 210 Mt, nous avons là aussi un record historique du volume échangé à l’international.

En résumé, la mer Noire constitue un centre géopolitique de gravité pour le blé (non sans comporter une sacrée dose d’imprévisibilités en devenir), on produit globalement ce que la planète consomme, on tape dans les stocks si les récoltes sont moins bonnes et on espère chaque année que les aléas du climat et de la géopolitique ne se combinent pas trop sévèrement. La logistique s’avère toujours plus capitale tant pour déplacer sur courtes et longues distances, que pour ne pas perdre ou gaspiller ce qui est récolté, stocké et transformé. Chaque investissement dans la logistique est un gage de compétitivité durable, surtout si cela se couple avec des solutions digitales optimisant tous les maillons de la chaîne céréalière. Pour autant, un mot sur le prix mondial du blé, qui ne fait pas toujours écho à ces dynamiques structurelles. Après une inflation considérable en 2022, a connu une longue décrue de 2023 à 2025, se stabilisant autour de 200 d’euros la tonne environ. Depuis le début 2026, il est parfois remonté légèrement, mais reste sur ce niveau moyen. C’est un peu paradoxal, car la demande continue à augmenter et les chocs géopolitiques se sont multipliés. Mais les stocks mondiaux sont confortables et il n’y a pas eu de gros accidents de récoltes chez les grands producteurs de blé de la planète. Tout se passe comme si les marchés s’habituent à la nervosité du monde : on ne craint plus les risques, on vit avec, mais l’on redoute les pénuries, donc on cherche à les éviter. Peut-être que le monde n’a pas besoin de plus de céréales ou de blé… Mais ce qui est certain, c’est qu’il a davantage besoin de stabilité productive dans cette époque d’incertitudes généralisées. C’est pour cette raison que je souligne depuis des mois que pour le monde, comme pour la France, du blé et plus largement agricole, le véritable défi est de pouvoir savoir avec quelle constance allons-nous être capables de produire. Produire chaque année, avec constance, tant en quantité qu’en qualité, pourrait être le principal enjeu stratégique. Et comme les doutes s’épaississent sur les horizons possibles, d’autant plus avec cette grammaire imparfaite des relations internationales contemporaines, où les égoïsmes nationaux prolifèrent, nous voyons ressurgir les notions de souveraineté et de stocks stratégiques agricoles.

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Ce que les échecs et le go nous disent du monde… et en quoi l’échiquier de Machiavel dit tout autre chose

mer, 08/07/2026 - 18:19

Presque tout le monde connaît les échecs, les initiés connaissent le go, presque personne ne connaît le Djambi ; voilà une assomption qui nous semble représentative de la popularité de ces trois jeux de stratégie. Mais, il est encore plus probable que le rapport entre ces jeux et des cultures stratégiques soit largement ignoré, ce quel que soit le degré de familiarité du lecteur avec ces jeux[1]. Pourtant, s’asseoir devant un échiquier, ne conduit pas seulement à déplacer des figurines en bois sur des cases noires et blanches, mais aussi à épouser, sans le savoir, toute une manière de penser. Les règles qui paraissent aller de soi sont en réalité les cristallisations d’une vision du monde, en l’occurrence, de celle qui s’est élaborée en Occident au fil des siècles. Passer au jeu de go, poser ses premières pierres sur les intersections d’un goban, c’est basculer dans un autre univers mental. Une autre partie qui commence, une autre philosophie qui se matérialise dans l’espace physique, métaphorique et symbolique. Chaque société développe une manière propre de concevoir l’art d’atteindre ses objectifs, rarement formulée et toujours héritée. Un Français fait spontanément de la stratégie à la française, comme un Japonais à la japonaise, et il faut souvent le détour par une culture étrangère pour prendre conscience de la sienne. Les jeux, précisément, permettent ce détour. Ils sont des condensés, des maquettes voire des mini-mondes où se lisent les principes qui gouvernent nos manières d’agir.

Qui commence, et par où ?

Des différences s’observent dès le premier coup d’une partie (cf. Figure 1). Aux échecs, ce sont les blancs qui commencent, c’est-à-dire, métaphoriquement : la lumière. Au go, ce sont les noirs, c’est-à-dire l’obscurité. Cela s’explique car en Chine, le jour commence à minuit, il naît dans la nuit d’où lumière va croitre jusqu’à midi, début de la nuit, quand l’ombre va commencer à croitre (principe du Yin & du Yang). Ainsi, dans la culture chinoise, la stratégie commence par ce que l’on ne voit pas. Si tout le matériel, toute la puissance, est visible au départ sur l’échiquier, le goban est vide au début, les dispositions initiales sont imperceptibles. D’un côté, une pensée de la manifestation et de l’affirmation ; de l’autre, une pensée du potentiel qui mûrit dans l’ombre.

L’échiquier de Machiavel ou Djambi, avec ses quatre camps en lice, échappe à la dualité lumière/ombre, blanc/noir, et ne soutient donc ni l’une, ni l’autre des structures métaphoriques ou des cultures stratégiques. L’autre dualisme auquel le Djambi échappe est le rapport vide/plein, comme aux échecs le matériel est présent et exposé en début de partie, mais chaque pièce éliminée va demeurer sur le plateau. Contrairement aux échecs, qui adoptent une dynamique soustractive, ou au go, qui repose sur un principe additif, le Djambi opère dans un système clos. Au Djambi : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ; l’analogie conceptuelle est celle du principe de conservation des masses du chimiste Lavoisier, ou encore du premier principe de la thermodynamique dit « de conservation ». Cette vision engendre une approche stratégique empreinte de pragmatisme, dans la lignée des réflexions réalistes et naturalistes de Machiavel.

Figure 1 : de gauche à droite les positions de départ sur l’échiquier, le goban et le plateau du Djambi.

Le deuxième coup confirme dans les trois cas ce que le premier laissait présager. Aux échecs, on cherche d’emblée à maîtriser le centre, à y concentrer ses forces pour en exclure l’adversaire. Au go, on commence par les bords, dans une apparente dispersion. Pour un joueur formé à l’école occidentale, ce vide central est une épreuve. L’adversaire s’installe quelque part, et le réflexe est de venir immédiatement le contrer localement. La logique du go est diamétralement opposée avec un contre global et distancé, laissant volontairement le centre ouvert pour de futures opportunités. Ces deux jeux se présentent à nouveau comme radicalement antagonistes quand le Djambi, lui, verra un début de partie consacré des manœuvres de réorganisation, de repositionnement des pièces pour protéger les ressources et créer du potentiel d’action, mais surtout à des discussions entre joueurs pour créer des alliances et co-construire des stratégies. L’orthogonalité du Djambi est radicale : l’enjeu est hors du jeu (plateau). La culture stratégique est ici celle du changement de niveaux logiques (méta-points de vue) et de communication.

Détruire ou construire

L’opposition entre échecs et go s’approfondit quand on observe leurs mécaniques de jeu. Aux échecs, on joue par destruction simplificatrice. Gagner consiste souvent à simplifier le potentiel adverse. En capturant littéralement les pièces, enlevées de l’échiquier, on fait le vide autour du roi pour l’atteindre. La partie est une marche vers l’échec et mat, obtenu par soustraction. Cette approche transposée aux relations internationales résulte dans une stratégie qui consiste à affaiblir un adversaire (par des sanctions économiques, des embargos, ou des campagnes de désinformation) visant à l’isoler et à réduire son influence sur la scène mondiale.

Au go, on joue par construction. On pose des pierres, on tisse des relations, on encercle des territoires. Ces territoires sont faits d’intersections vides, et ce vide est fertile. Cette approche stratégique se remarque dans la politique chinoise en Afrique. Plutôt que de chercher à dominer par la force ou la confrontation directe, la Chine investit massivement dans les infrastructures, établit des partenariats économiques et développe des relations diplomatiques solides avec de nombreux pays africains. En construisant des routes, des chemins de fer et des ports, la Chine crée des réseaux d’influence et de coopération qui lui permettent de sécuriser des ressources stratégiques tout en renforçant sa présence sur le continent. Cette stratégie de tissage de relations et d’encerclement de territoires économiques et politiques reflète la philosophie du go, où la patience et la construction progressive mènent à une domination subtile mais efficace. Pierre Fayard (2000) décrit le go comme reflétant la culture stratégique d’une société rurale où la richesse réside dans le soin et la préservation des terres. Cependant, la stratégie chinoise en Afrique, même si elle adopte l’apparence subtile et non confrontationnelle du go, poursuit néanmoins une logique de captation des ressources, cherchant à maximiser l’influence et le contrôle par des moyens économiques plutôt que militaires.

Le Djambi, quant à lui, propose une dynamique hybride. Au Djambi, dans certaines conditions, un joueur peut récupérer les pions d’un adversaire vaincu, ainsi il n’est pas forcément pertinent d’éliminer trop de matériel adverse. De surcroit, les pièces « tuées » ne sont pas enlevées du plateau. Au contraire, les « cadavres » vont constituer des obstacles, métaphoriquement les traces mémorielles et par analogie les ruines des champs de bataille, avec lesquels il faut continuellement composer. Cette mécanique reflète une réalité stratégique contemporaine : les conflits, loin de clarifier le champ d’action, le saturent de résidus matériels et symboliques. Bombardements massifs, destructions d’infrastructures, déplacements forcés de populations : autant de phénomènes qui réorganisent durablement les espaces stratégiques et les options politiques. La violence, dans ce contexte, ne se limite pas à l’élimination des adversaires. Elle produit des résidus qui encombrent les espaces de décision et compliquent les stratégies futures. Ces résidus incluent non seulement des destructions matérielles (bâtiments en ruines, infrastructures détruites), mais aussi des séquelles immatérielles, telles que les traumatismes psychologiques, les humiliations collectives et les stigmates sociaux. À Gaza, les destructions massives et les restrictions de mobilité ne sont pas de simples actes de guerre : elles instaurent une précarité constante, transformant la vie quotidienne en outil de contrôle et de domination.

Cette mécanique du « cadavre qui reste sur le plateau » trouve un écho théorique dans la notion de nécropolitique développée par le philosophe Achille Mbembe. Dans son essai fondateur de 2003, il définit la souveraineté contemporaine non plus seulement comme le pouvoir de faire vivre, mais comme « le pouvoir et la capacité de dire qui pourra vivre et qui doit mourir ». La nécropolitique désigne ainsi la manière dont certains régimes de pouvoir organisent la mort ou son exposition, comme instrument de gouvernement. Ce n’est pas la destruction totale qui est recherchée, mais la production d’un état intermédiaire : des populations maintenues dans ce qu’Achille Mbembe appelle des « mondes de mort » (death-worlds), ni tout à fait vivantes, ni tout à fait mortes, soumises à une précarité permanente qui les rend gouvernables. Le plateau du Djambi illustre précisément cette logique : les pièces « tuées » ne disparaissent pas, elles demeurent, encombrent, contraignent. De même, à Gaza, les destructions d’infrastructures ne visent pas seulement à neutraliser une capacité militaire ; elles fabriquent un espace où la vie ordinaire devient impossible, où chaque déplacement, chaque geste quotidien, est soumis à une permission ou à une interdiction. Achille Mbembe avait d’ailleurs pris la Palestine occupée comme cas paradigmatique de sa réflexion, y voyant la matérialisation d’une souveraineté exercée par la fragmentation territoriale, le contrôle des mobilités et la gestion différentielle de la mort. Ce que le Djambi rend visible sur le plateau, la nécropolitique le rend visible dans l’espace géopolitique : la violence n’efface pas, elle sédimente.

La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine offre une autre illustration de la logique nécropolitique. Les frappes répétées sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes ne visent pas uniquement à affaiblir la capacité de résistance militaire. Elles organisent une dégradation des conditions de vie, exposant des millions de civils à des hivers sans chauffage, à des déplacements forcés, à une précarité qui s’installe dans la durée. Les populations ne sont pas éliminées, mais leur existence est rendue si précaire qu’elles perdent toute capacité d’agir librement. Sur le plateau du Djambi, comme dans ces conflits, les cadavres s’accumulent et reconfigurent durablement les options stratégiques des joueurs. On pourrait convoquer une nouvelle métaphore physique, avec le deuxième principe de la thermodynamique, dit d’entropie, qui établit l’irréversibilité des phénomènes physiques et l’augmentation de l’entropie. Observer ces trois jeux dévoile ainsi des stratégies mais aussi des visions du monde différentes : annihiler pour triompher, construire pour prospérer ou cohabiter avec le chaos pour s’imposer.

Figure 2 : de gauche à droite, des positions de fin de partie aux échecs (moins de pièces), au go (plus de pierres) et au Djambi (même nombre d’agents).

Le rapport à la construction, la destruction ou la transformation renvoie à la notion de valeur. Aux échecs, chaque pièce a sa valeur propre. La reine vaut davantage qu’un fou, un fou davantage qu’un pion. La hiérarchie est inscrite dans les pièces elles-mêmes et cela n’est ni subjectif, ni poétique : les valeurs sont quantifiées[2]. La valeur des pièces n’est que très peu contingente[3], elle est considérée stable au cours du jeu. Au go, toutes les pierres sont égales. Ce qui fait leur force, ce ne sont pas leurs propriétés intrinsèques mais la manière dont elles sont disposées et connectées. La force est relationnelle, jamais essentielle. On n’est pas fort parce qu’on est fort, on est fort parce que la situation nous rend fort. Le Djambi échappe encore à cette distinction, les pièces ne sont pas égales (ni en apparence, ni en puissance) cependant leur valeur varie au gré du contexte et des pièces inutiles et fragiles au début du jeu gagnent en puissance et en utilité a mesure la partie avance et inversement pour d’autres[4]. Ainsi, le Djambi met en évidence un rapport dynamique et contingent à la valeur, elle est fluide et dépendante des événements[5].

Contre l’autre, avec l’autre

Aux échecs, on joue contre l’adversaire. Ses pièces sont à éliminer, son roi à abattre. Au go, on joue avec l’adversaire. Cela ne signifie pas que l’on renonce à gagner, bien au contraire. Mais on ne l’empêche pas de se constituer des territoires, on peut même l’y inciter, pourvu que cette constitution lui coûte énormément de pierres et le concentre localement, libérant d’autant le champ global. L’autre n’est pas un obstacle à détruire, il est un potentiel à utiliser. En suivant Sun Tzu, on reconnaît que ce n’est pas parce que l’autre est un ennemi qu’il ne peut pas me servir. Encore faut-il comprendre comment il fonctionne, ce qui le motive, ce qui le fait bouger. D’où le primat accordé, dans la tradition chinoise, à la connaissance sur les moyens, à l’information, au renseignement.

Le Djambi, lui, dépasse cette opposition entre duel et cohabitation. Il repose sur une logique d’alliance et de trahison, où l’autre peut être simultanément allié, rival, tremplin ou obstacle. Cette complexité stratégique reflète les dynamiques contemporaines des relations internationales, où les acteurs doivent jongler entre coopération et compétition. Les signaux envoyés par les États, qu’il s’agisse d’alliances ou de menaces, sont souvent ambigus et nécessitent une interprétation constante, comme dans les manœuvres du Djambi.

La crise en mer Rouge depuis la fin de l’année 2023 offre une illustration saisissante de cette logique d’alliance instable et de trahison potentielle. Les attaques des Houthis yéménites contre des navires commerciaux dans le détroit de Bab-el-Mandeb ont contraint des dizaines de compagnies maritimes à contourner l’Afrique, allongeant les trajets de plusieurs semaines et renchérissant considérablement les coûts logistiques mondiaux. Dans cette configuration, les Houthis ne jouent pas contre un adversaire unique mais simultanément avec et contre plusieurs acteurs. L’Iran qui les soutient, les États-Unis qui les bombardent, les États du Golfe qui les surveillent, les puissances commerciales mondiales qui subissent les perturbations. Aucun de ces acteurs n’est un ennemi pur ni un allié fiable ; chacun est, selon le moment et l’enjeu, un partenaire de circonstance ou un obstacle à contourner. C’est précisément la logique du Djambi : sur un plateau à quatre camps, l’alliance du moment peut devenir la trahison future, et la neutralité calculée peut valoir mieux que l’engagement franc. La mer Rouge illustre aussi comment un acteur faible peut saturer l’espace stratégique d’un acteur fort, non pas en le détruisant, mais en rendant son terrain d’action plus coûteux et plus incertain, ce que la mécanique des « cadavres » du Djambi traduit avec une précision remarquable.

Dans un registre différent, les relations entre les États-Unis et la Chine autour de Taïwan et de l’Indo-Pacifique incarnent l’opposition entre la logique des échecs et celle du go. Washington tend à raisonner en termes d’alliances formelles, de lignes rouges et de dissuasion directe – une pensée de l’affirmation et de la confrontation frontale, héritée de la culture stratégique occidentale. Pékin, de son côté, avance par encerclements progressifs : construction d’îles artificielles, développement de la Route de la Soie, investissements dans les ports et les infrastructures de pays tiers. Ce n’est pas le centre que la Chine cherche à contrôler en premier, mais les bords, exactement comme au go. La tension entre ces deux cultures stratégiques, l’une cherchant la décision rapide et l’autre le potentiel qui mûrit dans l’ombre, constitue l’un des ressorts profonds de la compétition sino-américaine.

Le guerrier, le sage… et le diplomate

Le sinologue François Jullien (2016) propose deux figures archétypales pour illustrer les orientations stratégiques matérialisées respectivement par les jeux d’échecs et de go. Celle du guerrier pour le joueur d’échecs : armé, engagé dans la bataille, il se tient face à la situation qu’il entend transformer. Il a un plan, il l’applique, il réduit les obstacles. Il maîtrise le monde, il calcule, il optimise. Ce qui compte, c’est l’énergie, la volonté. Pierre Fayard y retrouve la trame narrative hollywoodienne du héros qui triomphe à force de volonté dans un monde où le bien et le mal sont clairement distribués ; et plus profondément, l’héritage monothéiste qui sépare le créateur de sa création, le stratège de son terrain, la fin de ses moyens. Pour le go, c’est la figure du sage qui est proposée. Il ne se différencie pas du milieu dans lequel il agit, il en fait partie. Il est invisible parce qu’il est à l’intérieur. Il n’a pas de plan à imposer, il a une intention. Il cherche à comprendre, à se fondre, à identifier les forces actives et les mouvements qu’il pourrait utiliser. Sa volonté disparaît dans le processus. Comme dans l’aïkido, il ne donne pas de point d’appui à l’adversaire, qui ne sait donc pas contre quoi s’opposer. Il progresse, par petites touches, de l’invisible à l’inexorable. Nous proposons d’associer au joueur de Djambi la figure archétypale du diplomate. Dans un monde fluctuant, il alterne entre la figure du renard et du lion[6]. Il est ambivalent, cultive la virtù et la métisse, autrement dit l’intelligence situationnelle. Il sait vociférer et montrer la force mais aussi rassurer et offrir. On doute tout le temps de sa parole, mais il est impossible de s’en affranchir. Il sait que la politique a sa morale propre et que, comme l’écrit Machiavel, « une guerre est juste quand elle est nécessaire ».

La figure du diplomate Machiavel prend une dimension supplémentaire lorsqu’on la lit à travers le prisme de la nécropolitique. Le diplomate ne se contente pas de négocier la paix ou la guerre : il gère aussi, délibérément, la distribution de la mort et de la vie. Achille Mbembe rappelle que la souveraineté moderne ne s’exerce pas seulement par la force brute, mais par la capacité à décider qui sera protégé et qui sera exposé, qui bénéficiera de garanties juridiques et qui sera laissé dans un état d’exception permanent. Le diplomate du Djambi incarne cette ambivalence : il peut, selon les circonstances, offrir une alliance salvatrice ou retirer sa protection, laissant un allié d’hier à la merci des autres joueurs (Larouzée & Guittet, 2026). Cette logique se retrouve dans les pratiques diplomatiques contemporaines les plus âpres. Lorsque des États puissants conditionnent leur aide humanitaire ou militaire à des concessions politiques, lorsqu’ils utilisent l’accès aux médicaments, à la nourriture ou aux infrastructures comme levier de négociation, ils exercent précisément ce pouvoir nécropolitique que Achille Mbembe décrit : non pas tuer directement, mais décider qui aura les moyens de survivre. La figure du diplomate Machiavel, dans le Djambi comme dans la réalité internationale, est ainsi indissociable de cette gestion stratégique de la vie et de la mort.

Une leçon pour notre temps ?

Pourquoi ce détour par deux jeux antiques et leur comparaison avec un jeu confidentiel et largement oublié ? Parce que le monde dans lequel nous vivons semble résister de plus en plus à des approches manichéennes ou réductrices. Il est interdépendant, une crise localisée entraîne des répercussions mondiales. Il est changeant, les technologies et les usages se transforment à une vitesse record dans l’histoire de notre espèce. Dans les termes d’Olivier Hamant (2023)le monde est devenu fluctuant (dynamique et incertain).D’autant plus incertain, comme le soulignent Bertrand Badré et Saurabh Mishra que « les infrastructures, de plus en plus guidées par des systèmes algorithmiques, tendent à rendre certains futurs inévitables tout en rendant d’autres impossibles à envisager ». Ils poursuivent leur argument ainsi « ce phénomène illustre un danger majeur des dynamiques contemporaines : la perte progressive de la capacité des sociétés à choisir entre des voies concurrentes. Ce nouvel ordre mondial est en train d’être solidifié dans le béton et codé dans le silicium ». La nécropolitique d’Achille Mbembe offre un dernier éclairage. Dans un monde où les conflits ne se terminent plus par des victoires nettes mais par des états de saturation, la question stratégique fondamentale n’est plus « comment gagner ? » mais « comment gouverner les résidus de la violence ? ». Les sociétés qui savent gérer les traumatismes collectifs, les ruines matérielles, les mémoires conflictuelles et les populations déplacées sont celles qui conservent une capacité d’action à long terme. Celles qui cherchent à les nier ou à les effacer par une nouvelle vague de violence s’enfoncent dans une spirale entropique dont le Djambi, avec son plateau qui ne se nettoie jamais, offre la métaphore la plus juste.

Pour Sun Tzu, dans L’Art de la guerre, les armes sont des instruments de mauvais augure dont il ne faut se servir qu’en dernier recours, si tous les autres moyens ont échoué. Toujours en suivant sa pensée, il y a trois grandes voies stratégiques : la ruse, la diplomatie et les armes. On retrouve l’essence de ces trois registres dans le go, le Djambi et les échecs. Ces orientations sont complémentaires, l’enjeu n’est pas de choisir son camp, mais d’élargir son répertoire. Car la culture stratégique, pour reprendre la belle formule de Pierre Fayard, est comme l’agriculture : elle se cultive, s’inspire, s’améliore.

[1] Les origines historiques et les règles des échecs, du go et du djambi sont aisément consultables en ligne, par exemple sur Wikipedia : échecs ; go ; djambi.

[2] La reine vaut 9 points, la tour 5, cavaliers et fou 3, le pion n’en vaut qu’1. Le roi, dont la perte signe la fin de la partie n’a pas de valeur : elle est inestimable.

[3] À bon niveau, on note que dans des positions ouvertes le fou a plus de valeur que le cavalier qui lui s’illustre dans des positions fermées.

[4] Le nécromobile gagne en intérêt à mesure que la partie avance, le diplomate tend, lui, à en perdre.

[5] Comme l’est un Prince de la qualità dei tempi selon Machivael.

[6] Nicolas Machiavel, « Comment les princes doivent tenir leur parole », Chapitre 18 dans Le Prince (1532) : pp.74-77.

Bibliographie

Pierre Fayard, La maîtrise de l’interaction, L’information et la communication dans la stratégie (Paris : Zéro Heure Éditions, 2000).

Olivier Hamant, Antidote au culte de la performance : la robustesse du vivant (Paris : Gallimard, 2023) : pp. 1-63.

François Jullien, La propension des choses. Pour une histoire de l’efficacité en Chine, (Paris : Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 2016).

Justin Larouzée et Emmanuel-Pierre Guittet, « Gestion de crise, prise de décision et engagement : réflexions croisées sur l’utilisation du Djambi comme dispositif ludopédagogique », Revue (In) Disciplines 5, (2026).

Nicolas Machiavel, Le Prince, Traduction par Jean Vincent Périès. Dans Œuvres politiques de Machiavel. Texte établi par Ch. Louandre (Paris : Charpentier, 1855. Première édition, 1532).

Achille Mbembe, « Necropolitics », Public Culture 15, no 1 (2003)‎ : p. 11–40.

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La liberté de la presse en danger. Avec Thibaut Bruttin

mer, 08/07/2026 - 17:47

La liberté de la presse n’a jamais été aussi menacée. Selon le classement annuel publié par Reporters sans frontières (RSF), plus de la moitié des pays du monde se trouvent aujourd’hui dans une situation jugée « difficile » ou « très grave » en matière de liberté de la presse. La montée des régimes autoritaires, la multiplication des conflits armés et les difficultés économiques des médias contribuent à fragiliser les métiers du journalisme. Dans de nombreux États, les autorités renforcent leur contrôle sur l’information en adoptant des législations restrictives envers la presse, en réduisant leurs financements, en exerçant des pressions sur les rédactions ou encore en limitant le pluralisme de l’information. Plus encore, dans certains pays, des journalistes sont emprisonnés ou tués en raison de leur travail. Néanmoins, ce recul ne concerne plus seulement les régimes autoritaires : plusieurs démocraties, à l’image des États-Unis, connaissent-elles aussi une dégradation du paysage médiatique. Face à ces évolutions, la population développe une défiance grandissante à leur égard. Par ailleurs, dans les zones de guerre, le fait de porter la mention « Presse » ne protège plus les reporters, qui deviennent eux-mêmes des cibles d’attaques, comme en témoignent les guerres en Ukraine et à Gaza.

Comment expliquer le recul de la liberté de la presse à l’échelle mondiale ? Pourquoi les démocraties sont-elles elles aussi confrontées à une dégradation de la liberté d’expression ? Comment comprendre la défiance croissante d’une partie de la population envers les médias ? Pourquoi les journalistes sont-ils devenus des cibles lors des conflits ? Comment distinguer une information journalistique de la propagande ou de la désinformation dans un environnement médiatique profondément bouleversé ?

Autant d’enjeux abordés avec Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières (RSF).

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Eurosatory 2026 – “Towards a More Efficient Defence Market”

mer, 08/07/2026 - 11:22

A proposal to revise EU Directive 2009-81 on the defence and security market is currently being prepared. What are the ongoing debates on the future of the EU defence procurement regime? Simplification of procurement rules, European preference, incentives to develop joint procurement, establishment of a single defence market are the topics that were discussed during a round table that ARES Group organised during the Eurosatory exhibition, a panel dedicated to the defence internal market. Find enclosed the main exchange of this debate between European commission and representatives of the defence industry.

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En Colombie et au Pérou, la victoire des droites et ses limites

mer, 08/07/2026 - 10:56
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Deux nouvelles élections présidentielles, en Colombie et au Pérou, confirment l’essor des droites radicales en Amérique latine.

Dimanche 21 juin 2026,Abelardo de la Espriella (Défenseurs de la patrie) est devenu le 44e président de la Colombie au terme d’une élection marquée par deux records : un taux de participation de 63 % des électeurs, le plus élevé lors d’un scrutin présidentiel depuis 1998, et l’étroitesse de l’écart final ayant départagé les deux candidats du second tour. En effet, une différence de moins de 1 % des voix (un peu plus de 251 000 suffrages sur plus de 26 millions de votes au total) a permis à l’avocat de 47 ans, novice en politique, de l’emporter sur son concurrent Iván Cepeda. Ce dernier était le candidat du Pacte historique, le parti de centre-gauche au pouvoir depuis 2022 sous la présidence de Gustavo Petro.

Au Pérou, Keiko Fujimori, fille de l’autocrate Alberto Fujimori (1990-2000), a vu sa victoire confirmée par les autorités électorales le 29 juin, après trois semaines de vérification des résultats du second tour de l’élection présidentielle, organisé le 7 juin. Elle affrontait le candidat de gauche Roberto Sanchez, héritier politique de l’ancien président Pedro Castillo (2021-2022), destitué par le Congrès puis condamné, le 27 novembre 2025, à onze ans de prison pour « conspiration en vue d’une rébellion » après avoir dissous le Congrès – alors dominé par le parti Force populaire de KeikoFujimori – en décembre 2022. Après trois tentatives infructueuses (2011, 2016, 2021), dans un pays qui a connu huit présidences depuis 2016, Keiko Fujimori a remporté le scrutin avec 50,13 % des voix (9 223 396 suffrages) contre 49,86 % (9 173 755) pour son rival. Tandis que le vote est obligatoire au Pérou (contrairement à la Colombie), moins de 50 000 voix sur plus de 18 millions de suffrages séparent les deux adversaires, soit un écart final de 0,13 % entre eux.

Si la trajectoire personnelle des deux vainqueurs de droite et leur positionnement au sein du système politique local diffèrent, leurs orientations générales convergent.

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Derrière la défaite des États-Unis face à l’Iran, une crise du système productif

mar, 07/07/2026 - 17:06
Capacité industrielle et densité d’ingénieurs

Les pays émergents, dans leur diversité, reposent de plus en plus sur les compétences classiques d’ingénieurs et de techniciens, polyvalents et formés en grand nombre. De nombreux pays, à l’instar de la Chine, poursuivent une montée en puissance industrielle sur cette base, qui se reflète dans les politiques économiques. Cette évolution se traduit sur le plan militaire, autant en Iran que sur le front russo-ukrainien.

Ces conflits récents montrent une inflexion cruciale. Les drones de types très divers, les missiles balistiques, et les systèmes de guerre électronique modifient l’économie de la guerre. La capacité à produire une grande quantité de dispositifs relativement simples devient plus déterminante que la possession d’un nombre limité de systèmes extrêmement sophistiqués.

L’intérêt des drones Chahed iraniens réside moins dans une rupture technologique que dans leur architecture industrielle. Les choix de conception privilégient des composants disponibles, une électronique standardisée, une fabrication simple, des coûts réduits et une adaptation permanente aux contraintes opérationnelles. Les missiles balistiques répondent à la même logique d’amélioration incrémentale. Cette approche évoque celle qui a émergé dans le conflit russo-ukrainien. Les innovations ne proviennent pas uniquement des bureaux d’études, mais aussi des chaînes de production, du terrain et de la capacité à modifier rapidement un système. Ce défi force déjà les États-Unis à tenter une nouvelle approche de production de drones et missiles, massive et moins onéreuse.

Derrière la fantaisie d’un remplacement des ingénieurs et informaticiens par l’IA, cette évolution place les compétences des jeunes générations au centre de la course. L’innovation repose sur un nombre très important d’ingénieurs, de techniciens et de geeks en tous genres, capables de résoudre des problèmes nouveaux. Les pays émergents, notamment la Chine, mais aussi la Russie et l’Iran, forment aujourd’hui proportionnellement davantage de profils scientifiques que la plupart des pays occidentaux. Alors que l’attention reste concentrée sur les entreprises les plus (sur)valorisées, la différence se joue davantage dans la profondeur du tissu technique.

Cela influence également les processus de décision. Lorsqu’une organisation est largement composée d’individus dotés d’une compréhension scientifique, les arbitrages reposent plus naturellement sur les réalités technologiques que sur le politico-administratif. C’est le paradoxe de la montée en puissance de pays centralisés, mais efficaces, comme ce fut le cas de la France sous l’ère gaullienne.

L’Iran présente de nombreuses faiblesses structurelles. Avant même leur l’accroissement de leur poids pendant la guerre, les Gardiens de la révolution exerçaient une influence économique considérable, avec une captation des ressources et, naturellement, une focalisation militaire, souvent au détriment du développement civil. En revanche, son industrie militaire est adaptée aux exigences d’une économie de guerre où la planification industrielle, la décentralisation d’une partie des capacités de production et la résilience des organisations constituent des priorités.

La modularité redéfinit la souveraineté industrielle

L’organisation des chaînes de valeur a évolué. Les systèmes reposent sur des architectures de plus en plus modulaires, composées de sous-ensembles électroniques, de logiciels embarqués, de capteurs, de batteries ou de composants radiofréquences qui circulent au sein de chaînes d’approvisionnement internationales. Dans plusieurs de ces segments, l’industrie chinoise occupe désormais une position centrale, abaissant les barrières d’entrée pour de très nombreux pays. Développer un système suppose moins qu’auparavant de maîtriser l’ensemble des procédés industriels nécessaires dès le départ. L’avantage réside souvent dans la capacité à intégrer des composants, à organiser une production capable d’évoluer au rythme des besoins et de poursuivre une stratégie de substitution à des fins d’autonomie.

L’Iran a largement construit son appareil industriel militaire sur cette logique. L’intégration aux chaînes d’approvisionnement chinoises lui a permis d’accéder à une électronique abondante et peu coûteuse, tandis que la modularité des systèmes facilite leur amélioration continue. Les sanctions ont forcé cette capacité d’adaptation à modifier une architecture ou à développer localement certains composants.

Cette ouverture ne réduit pas l’importance de la souveraineté industrielle. Au contraire, la compétition porte désormais sur la maîtrise des dépendances critiques. Il s’agit d’identifier les maillons dont la perte suffirait à interrompre sa capacité de production et concentrer ses efforts sur ceux-ci. La résilience industrielle repose moins sur une autonomie absolue que sur la capacité à continuer de produire malgré les sanctions, les ruptures logistiques ou les destructions d’infrastructures. De plus, la notion de guerre économique développée par les États-Unis est désormais reprise en miroir autant par l’Iran, avec le détroit d’Ormuz, que la Chine, avec les terres rares.

L’avance industrielle chinoise résulte d’une intégration progressive de chaînes de valeur. Les batteries, l’automobile électrique, l’électronique, les terres rares, ou la robotique illustrent cette stratégie. Les restrictions américaines sur les semi-conducteurs illustrent la dynamique. Elles ralentissent temporairement certains développements chinois, mais elles créent également une forte incitation à investir dans des capacités nationales autour de Huawei.

La montée en puissance de l’industrie de défense turque est un autre exemple de cette tendance de développement industriel, en premier lieu dans les drones, où elle s’est positionnée tôt, mais aussi dans les véhicules blindés, armes et munitions, jusqu’à susciter de l’intérêt pour son programme d’avion de chasse. Alors qu’il est resté cantonné à un statut de sous-traitant dans l’automobile, le pays développe désormais ses exportations militaires vers l’UE, répondant aux importants besoins après des décennies de désinvestissement.

Affaiblissement de la culture productive occidentale et potentiel de la « Gen Z »

Les États-Unis conservent des atouts exceptionnels, avec leur appareil universitaire ou encore leur indépendance énergétique. Pour autant, une part croissante du capital est orientée vers des activités dont la valorisation dépend principalement de marchés financiers hypertrophiés. Les investissements passifs, les grands indices boursiers et l’abondance de liquidités créent des mécanismes auto-entretenus, où les entreprises les mieux valorisées captent les nouveaux flux.

Le potentiel technologique de l’IA est incontestable. Pourtant, une partie importante des investissements reste concentrée sur des usages destinés au grand public, à la perspective de revenus publicitaires ou à la croissance des plateformes numériques. Les applications susceptibles de transformer durablement l’appareil productif, dont la robotique, occupent encore une place secondaire.

Ces failles influencent également l’allocation des compétences. Les États-Unis continuent d’attirer certains des meilleurs ingénieurs. Cependant, les jeux de connivence l’emportent souvent comme on le voit même dans l’industrie nucléaire civile, avec les « nuclear bros », ces entrepreneurs dont les connaissances en physique nucléaire ne sont souvent pas beaucoup plus poussées que celles des deux négociateurs en chef diplomatiques.

La situation européenne apparaît plus préoccupante. Malgré la persistance de filières scientifiques de pointe, les arbitrages stratégiques relèvent de plus en plus d’une logique administrative ou politique. Le programme Système de combat aérien du futur (SCAF) en est un exemple, avec ses failles indépassables, visibles dès son lancement politique. Les « Chips Acts » font l’impasse sur des chaînes de valeur associant électronique, matériaux, équipements industriels, logiciels et débouchés manufacturiers. On traite un aspect sans vision intégrée ni connaissance scientifique suffisante. Les analyses s’organisent souvent autour d’un appel à un bond en avant dans la construction européenne, de préférence de nature financière, à l’instar du rapport Draghi, davantage que sur la prospective technologique. Les déconvenues dans des secteurs clés comme les batteries, avec la faillite de Northvolt, invitent désormais une approche plus progressive de substitution.

Comme le montrent divers pays émergents, le redressement reste possible. Jamais une génération n’a eu un accès aussi large aux connaissances scientifiques et culturelles, aux communautés ouvertes ou aux contenus de formation voire de rattrapage. Malgré la crise éducative, une grande partie de la « génération Z » développe aujourd’hui, souvent en dehors des institutions, une culture technique qui la familiarise avec la conception de systèmes complexes.

Une économie ne retrouve pas sa dynamique industrielle par l’accumulation d’initiatives politiques de dépense à vue, mais en redonnant un pouvoir de décision à ceux qui comprennent les technologies, maîtrisent les chaînes de production et savent transformer une innovation en capacité productive. C’est sur ce terrain, beaucoup plus que sur celui des seules dépenses, notamment militaires, que se joue la hiérarchie des puissances mondiales et de la prospérité.

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Recomposition géopolitique du Golfe après la guerre d’Iran | Les mardis de l’IRIS

mar, 07/07/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS‪‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Jean-Paul Ghoneim, chercheur associé à l’IRIS, autour des enjeux pour les pays du Golfe dans le contexte des négociations autour de l’Iran après le protocole d’accord permettant un cessez-le-feu dans la région.

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Géopolitique des ports de l’Indo-Pacifique : le Quad et son évolution vers les ports et les minéraux critiques dans un Indo-Pacifique sans « indo »

lun, 06/07/2026 - 18:48

L’actualité stratégique de l’Indo-Pacifique vient de connaître deux épisodes marquants et d’apparence relativement contradictoire. Le premier se réfère à une réunion des quatre ministres des Affaires étrangères membres du Dialogue quadripartite sur la sécurité ou QUAD (à savoir l’Inde, le Japon, l’Australie et les États-Unis) à New Delhi le 29 mai 2026. Le deuxième tient au changement de nom du commandement américain pour l’Indo-Pacifique (USINDOPACOM), redevenu Commandement américain pour le Pacifique (USPACOM) le 16 juin 2026. Un pivot américain vers le Pacifique qui interroge alors que le QUAD semble prendre un nouvel élan.

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Défense européenne : le cadre du Traité de l’Atlantique Nord et son interaction avec l’Union européenne

lun, 06/07/2026 - 15:54

À titre exceptionnel, l’IRIS a décidé de publier cet article collectif. Indépendamment du degré d’accord ou de désaccord avec ce texte émanant de personnes membres d’une structure organisée autour d’objectifs précis, nous considérons qu’il constitue une utile contribution aux nécessaires débats sur les enjeux et les défis de l’édification d’une défense européenne.

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L’instabilité croissante du système international, les conflits en cours dans les voisinages oriental et méridional de l’Europe et l’incertitude grandissante quant aux priorités stratégiques des États-Unis ont intensifié le débat sur les responsabilités de l’Europe en matière de défense.

Bien que l’Union européenne soit une puissance économique et régulatrice majeure, elle reste militairement dépendante de garanties de sécurité extérieures. Pour devenir un acteur stratégique plus autonome, l’Europe doit développer des capacités militaires plus solides, renforcer sa base industrielle de défense et améliorer la coordination des politiques entre ses États membres.

Les traités de l’UE prévoient déjà des mécanismes qui pourraient à terme mener à une défense commune, mais la règle de l’unanimité rend les progrès lents et politiquement difficiles. Par conséquent, certains États pourraient rechercher des accords flexibles ou développer des initiatives intergouvernementales pour faire progresser l’intégration de la défense et y inclure des pays partageant les mêmes idées, tels que le Royaume-Uni, la Norvège, l’Ukraine et la Turquie. Parallèlement, le développement d’un pilier européen au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) représente un effort complémentaire visant à rééquilibrer les responsabilités au sein de l’Alliance. Finalement, une coordination étroite entre l’UE et l’OTAN restera essentielle pour éviter les doublons, maximiser les synergies et assurer la sécurité à long terme de l’Europe.

L’ambiguïté de la dissuasion nucléaire américaine en Europe suscite des doutes quant à ses engagements futurs ; les forces françaises et britanniques offrent une dissuasion alternative limitée, mais potentiellement dévastatrice contre la Russie, et leur rôle dans la dissuasion et la défense européennes devrait s’accroître.

L’évolution de la dynamique transatlantique exige que les nations européennes assument la responsabilité principale de la défense continentale. S’en remettre au parapluie de sécurité américain offre une stabilité temporaire, mais engendre des risques stratégiques à long terme. Alors que 60 % du public et du Congrès américain soutiennent pleinement l’OTAN, il existe une demande croissante et légitime pour un partage plus équitable de la charge. Pour garantir sa stabilité à long terme, l’Europe doit passer du statut d’allié dépendant à celui de fournisseur de sécurité autonome.

Pour y parvenir, l’Europe doit résolument bâtir les capacités et les structures nécessaires pour ancrer sa propre défense. Cet effort devrait être mené sur trois axes complémentaires :

  • Au sein de l’UE : développer les capacités militaires, l’industrie de défense et les institutions de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) requises pour une véritable autonomie stratégique.
  • Au sein de l’OTAN : renforcer le pilier européen de l’Alliance par un transfert volontariste de capacités et de responsabilités de commandement des États-Unis vers l’Europe.
  • Promouvoir le développement d’une Union européenne de défense : en tant que processus politique et opérationnel progressif dont l’objectif est de construire, sur la base des structures existantes, une Europe plus cohérente, réactive et efficace, capable d’assurer sa propre sécurité.

Le document original a été publié en anglais sur les sites d’EuroDéfense et d’EuroDéfense- France. Ce rapport ne reflète que les opinions de ses auteurs et ne représente pas nécessairement la position collective du réseau EuroDéfense.

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Trump, absent des stades, omniprésent dans la Coupe du monde

lun, 06/07/2026 - 11:56

La Coupe du monde 2026 a débuté le 11 juin dernier aux États-Unis. Alors que Donald Trump avait fait de cet événement un symbole du retour de la puissance américaine, le président ne s’est encore affiché dans aucun stade, pas même lors du premier match de la sélection américaine.

Cette absence peut s’expliquer : Donald Trump cultive l’image de la victoire et maîtrise habituellement le décor de ses apparitions publiques. Or, un match de football est, par définition, imprévisible. Une défaite des États-Unis, des tribunes hostiles ou des huées retransmises dans le monde entier constitueraient un risque politique difficilement contrôlable.

Mais si Donald Trump reste loin des gradins, il ne semble pas rester à l’écart de la compétition. Lors du match entre les États-Unis et la Bosnie-Herzégovine, l’attaquant Folarin Balogun est expulsé et suspendu pour la rencontre suivante. Contre toute attente, la FIFA décide finalement de lever cette suspension à la veille des huitièmes de finale. Donald Trump remercie publiquement l’organisation, tandis que plusieurs révélations évoquent depuis d’éventuelles pressions exercées en coulisses.

L’intervention du pouvoir politique dans le déroulement d’une Coupe du Monde rappelle de rares précédents historiques, notamment l’édition de 1934 organisée par l’Italie fasciste de Mussolini. Faut-il y voir un simple concours de circonstances ou le signe d’une politisation croissante du football mondial ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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Soudan : urgence humanitaire et risque de fragmentation

lun, 06/07/2026 - 09:24

Quelles sont les origines du déclenchement de la guerre au Soudan ? En quoi le début de l’année 2026 marque-t-il un tournant dans le conflit ? 

La guerre civile soudanaise, déclenchée en avril 2023, est le résultat d’un enchevêtrement de facteurs historiques, militaires et politiques. Elle oppose l’armée régulière (SAF) aux Forces de soutien rapide (RSF), issues des milices janjawid du Darfour. Après la révolution de 2019 et le coup d’État de 2021, les deux forces ont co‑gouverné le pays, mais leur rivalité s’est accentuée lorsque le cadre politique de 2022 a prévu l’intégration des RSF dans l’armée. Les désaccords sur le calendrier de cette intégration ont cristallisé une lutte pour le contrôle de l’État, de ses ressources et de ses réseaux économiques. Le 15 avril 2023, les tensions ont explosé à Khartoum, entraînant une guerre totale qui s’est rapidement étendue à l’ensemble du territoire.

Le début de l’année 2026 marque un tournant majeur dans le conflit. D’abord parce que les drones deviennent l’arme centrale des deux camps, provoquant une hausse spectaculaire des pertes civiles et rendant les villes assiégées encore plus vulnérables. Ensuite parce que la géographie du conflit se stabilise en deux blocs : les SAF contrôlent l’est du pays autour de Port‑Soudan, tandis que les RSF dominent le Darfour, le Kordofan du Sud et une partie du Kordofan du Nord. Cette partition de facto transforme la guerre en affrontement territorial durable. Enfin, l’internationalisation du conflit s’accentue : sanctions américaines contre les réseaux d’armement, accusations de soutien étranger aux RSF, effondrement humanitaire total. En 2026, le Soudan devient la pire crise humanitaire du monde selon l’ONU, avec plus de trente millions de personnes ayant besoin d’aide et des zones entières privées d’accès humanitaire.

Dans quelle mesure ce conflit constitue-t-il l’une des plus graves crises humanitaires au monde ? Comment la crise des réfugiés affecte-t-elle les pays voisins et la stabilité régionale ?

La crise soudanaise a des répercussions régionales majeures. Plus de deux millions et demi de réfugiés ont fui vers les pays voisins depuis le début du conflit en 2023 (UNHCR), en particulier le Tchad, le Soudan du Sud, l’Éthiopie et l’Égypte. Le Tchad, déjà fragile, accueille plus d’un million de réfugiés dans des camps saturés, ce qui crée des tensions ethniques et des risques de débordements transfrontaliers. Le Soudan du Sud, lui‑même en crise, subit une pression énorme sur ses ressources. L’Éthiopie, encore marquée par la guerre du Tigré, voit ses régions frontalières déstabilisées. L’Égypte doit gérer un afflux massif dans un contexte économique difficile. Cette crise des réfugiés transforme la guerre soudanaise en menace régionale, avec un risque d’extension du conflit, de circulation accrue d’armes et de mercenaires, et de fragilisation des États voisins.

Pourquoi la ville d’El-Obeid est-elle devenue un enjeu stratégique dans le conflit actuel ? Peut-on s’attendre à un risque de fragmentation du territoire soudanais, notamment dans les régions du Darfour et du Kordofan ? Quel rôle les puissances régionales et internationales peuvent-elles jouer dans une perspective de paix dans le pays ?

La ville d’El‑Obeid acquiert une importance stratégique décisive. Située au cœur du Kordofan du Nord, elle constitue le principal nœud logistique reliant l’est du pays (Port‑Soudan, Khartoum) à l’ouest (Darfour). Pour les SAF, El‑Obeid est indispensable pour maintenir une continuité territoriale et acheminer carburant, nourriture, munitions et aide humanitaire. Pour les RSF, qui assiègent la ville depuis 2025, sa prise permettrait de relier leurs positions du Darfour à celles du Kordofan du Sud, d’isoler totalement les SAF dans l’est et de contrôler les routes menant vers Khartoum et Wad Madani. C’est pourquoi les ONG et l’ONU alertent sur un risque d’atrocités imminentes : la chute d’El‑Obeid pourrait sceller une victoire territoriale des RSF et modifier durablement l’équilibre du conflit.

Cette dynamique nourrit un risque réel de fragmentation du territoire soudanais. Le pays est déjà divisé de facto en deux administrations rivales. Le Darfour, entièrement contrôlé par les RSF, fonctionne comme une entité quasi autonome, dotée de ses propres réseaux économiques et alliances tribales. Le Kordofan du Nord est devenu la zone charnière : si les RSF s’en emparent, les SAF seraient confinées à l’est, créant une partition durable entre un bloc occidental dominé par les RSF et un bloc oriental tenu par les SAF. Certains analystes évoquent même un scénario en trois blocs : un territoire RSF à l’ouest, un territoire SAF à l’est, et des zones centrales contestées autour de Khartoum, du Nil Blanc et du Nil Bleu. Ce serait la plus grande reconfiguration territoriale depuis la sécession du Sud‑Soudan en 2011.

Dans une perspective de paix, les puissances régionales et internationales jouent un rôle déterminant. Les Émirats arabes unis, accusés de soutenir les RSF, pourraient influencer l’arrêt des flux d’armes. L’Égypte, alliée des SAF, peut peser sur les choix du président Burhan, leader des forces loyalistes. Les États‑Unis ont déjà sanctionné des réseaux d’approvisionnement et peuvent renforcer la pression diplomatique. L’Union européenne peut financer une réponse humanitaire massive. L’ONU pourrait imposer un embargo sur les drones, devenus l’arme principale du conflit. La Chine, acteur économique majeur, peut agir via la dette et les infrastructures. Mais aucune paix durable ne sera possible sans trois conditions : couper les flux d’armes, garantir un accès humanitaire aux villes assiégées, et forcer les deux camps à accepter une transition politique inclusive. Sans cela, le Soudan risque une fragmentation durable et une crise régionale prolongée.

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