Le Japon opère aujourd’hui un tournant sécuritaire dans un contexte de préoccupations croissantes quant à la fiabilité des garanties de sécurité offertes par Washington. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le Japon avait renoncé à se doter de capacités offensives, au profit d’une doctrine de pacifisme, qui reposait en grande partie sur ces garanties états-uniennes.
Cette politique est peu à peu remise en cause face à ce que Tokyo perçoit comme une intensification des menaces dans sa sphère régionale. Le pays s’inquiète de la montée en puissance de la Chine et de ses velléités sur Taïwan. La guerre en Ukraine conduit également le Japon à considérer la Russie comme une menace potentielle, notamment en raison de son contrôle de plusieurs îles revendiquées par Tokyo. La Corée du Nord constitue par ailleurs toujours une menace latente. Face à ces enjeux et face à un allié états-unien peu fiable aux yeux de Tokyo, le Japon cherche donc à élargir ses partenariats et développer ses propres capacités militaires.
Comment le Japon s’adapte-t-il à l’imprévisibilité des États-Unis depuis le retour de Donald Trump ? Peut-il encore compter sur la protection militaire de Washington ? Comment Tokyo se positionne-t-il dans les tensions sino-taïwanaises ? Le débat sur l’acquisition de l’arme nucléaire est-il relancé ? L’Europe a-t-elle une visibilité auprès le Japon ? Vers quelles régions le Japon cherche-t-il à étendre son influence ?
Autant d’enjeux abordés avec Robert Dujarric, universitaire au Japon et co-directeur de l’Institute of Contemporary Asian Studies (ICAS) de Temple University à Tokyo.
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Une nation, deux États : c’est ainsi que les dirigeants de la Turquie et de l’Azerbaïdjan définissent traditionnellement leur relation. Il faut dire que malgré la faible longueur de leur frontière commune – à peine quelques kilomètres – les deux pays affichent une amitié ouverte, aussi bien au niveau des gouvernements que des populations. Leurs langues sont très similaires, au point d’être mutuellement intelligibles, et l’islam (majoritairement chiite en Azerbaïdjan, sunnite en Turquie) est la religion principale au sein des deux pays. Pourtant, ces derniers jours, des tensions importantes semblent avoir perturbé l’idylle géopolitique qui unissait jusqu’alors le président turc Recep Tayyip Erdoğan et son homologue azerbaïdjanais Ilham Aliyev. Comment est-on arrivé à cette situation, et jusqu’où cette crise diplomatique peut-elle aller ?
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Au mois de septembre, le prix du moyen du Brent de la mer du Nord a atteint le deuxième taux le plus élevé de l’année. Ce prix très élevé s’inscrit dans la flambée des cours provoquée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment la guerre en Iran déclenché par les États-Unis et Israël le 28 février 2026. La stratégie iranienne visant à bloquer le détroit d’Ormuz a fortement réduit l’offre mondiale et a contribué à une reconfiguration des flux pétroliers. Quel est l’état des lieux actuel des marchés pétroliers ? Quels positionnements adoptent l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses pays alliés (OPEP+), les États-Unis et la Chine ? Face à cette crise, quelle a été la réaction de l’Union européenne (UE) et de quels leviers dispose-t-elle ? Le point avec Francis Perrin, directeur de recherche à l’IRIS.
Le prix du pétrole a atteint au mois de septembre son niveau le plus élevé depuis le mois d’avril. Comment expliquer une telle hausse de prix et quel bilan peut-on dresser de l’impact des conflits au Moyen-Orient sur les marchés pétroliers ?
En septembre, le prix moyen du Brent de la mer du Nord était de 114 dollars (USD) par baril, soit un niveau très élevé. C’est le record en 2026 juste après avril (un peu plus de 117 dollars par baril). Et, sur janvier-septembre, la moyenne (un peu plus de 93 dollars par baril ) est la plus élevée depuis 2022 (100,80 dollars par baril sur 12 mois), année marquée par le début de la seconde guerre en Ukraine. Le 27 octobre, le Brent a clôturé à 114 dollars par baril environ.
La flambée des prix du pétrole brut et des produits raffinés est la première conséquence de la guerre d’Iran et de la stratégie iranienne visant à bloquer le détroit d’Ormuz, l’un des détroits les plus stratégiques au monde par lequel passent normalement des navires (tankers) transportant de l’ordre de 20 millions de barils par jour de pétrole brut et de produits raffinés. L’Iran a par ailleurs visé et frappé de nombreuses installations énergétiques dans les pays arabes du Golfe, notamment pétrolières et gazières. Outre la hausse des prix, la stratégie iranienne a généré une baisse de la production et des exportations pétrolières du Moyen-Orient, ce qui a réduit l’offre pétrolière mondiale. Cette baisse a été particulièrement forte pour les produits raffinés, notamment le gazole et les carburants avion, dont les prix ont d’ailleurs augmenté beaucoup plus fortement que les prix du brut. Le prix d’un baril de gazole est ainsi quasiment deux fois plus élevé que celui du pétrole… Elle a aussi provoqué une forte baisse des revenus pétroliers des pays arabes du Golfe, pour lesquels le pétrole est évidemment une ressource essentielle, et met gravement en danger leur modèle économique.
Face à cette chute de l’offre pétrolière mondiale, les pays importateurs de pétrole, en tout cas ceux qui ont les moyens de détenir des stocks stratégiques de brut et de produits raffinés, ont mis sur le marché une partie importante de ceux-ci pour limiter la flambée des prix et les risques de pénurie. Il s’agit en particulier des pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE, Paris), qui regroupe 32 États, et de la République populaire de Chine. Les compagnies pétrolières ont quant à elles puisé dans leurs stocks commerciaux. Selon l’AIE, les stocks pétroliers mondiaux auraient baissé de 509 millions de barils entre l’avant-guerre d’Iran et la fin septembre 2026 (1 baril = 159 litres). Le 11 mars dernier, l’AIE a décidé de mettre sur le marché 400 millions de barils extraits de ses stocks stratégiques, ce qui constitue un record historique pour cette agence créée en 1974.
Un point positif cependant. Depuis plusieurs semaines, les volumes de brut exportés par les pays arabes du Golfe sont beaucoup plus importants qu’auparavant car de nombreux tankers arrivent à traverser Ormuz sous protection militaire américaine. Et il faut ajouter à cela le brut exporté grâce à trois oléoducs contournant Ormuz (Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Irak-Turquie). Pourtant, comme indiqué ci-dessus, les prix du pétrole restent très élevés car les incertitudes demeurent très grandes, les menaces de l’Iran ne sont pas à prendre à la légère et les rumeurs sur de prochaines frappes américaines et israéliennes contre l’Iran après les élections de mi-mandat aux États-Unis le 3 novembre contribuent à maintenir une forte pression haussière sur les cours de l’or noir.
Face à une reconfiguration des flux pétroliers, quels positionnements adoptent les pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP+), les États-Unis et la Chine ?
L’OPEP+, qui regroupe 21 pays depuis le 1er mai 2026, a décidé d’augmenter son plafond de production à plusieurs reprises entre avril et septembre avant de le geler en octobre et en novembre. Ces hausses ont été plutôt théoriques compte tenu du blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran mais elles montrent la volonté de cette coalition de continuer à alimenter le marché mondial. Mais l’OPEP+ et l’OPEP (11 États membres actuellement) ont perdu le 1er mai un pays important, les Émirats arabes unis (EAU), un grand producteur et exportateur de pétrole. Ce départ, qui est pour partie lié à la guerre d’Iran et à des divergences avec d’autres pays arabes dont l’Arabie saoudite, s’explique aussi par le fait que les EAU étaient mécontents depuis quelque temps du quota de production que l’OPEP+ leur a attribué. Ce pays a investi des sommes considérables pour accroître sa capacité de production et se trouvait limité par un quota devenu trop bas. Les EAU sont aussi un État qui est très avancé sur la route de la diversification économique. Ce retrait de l’OPEP et de l’OPEP+ est également un moyen de se rapprocher encore davantage des États-Unis et de l’administration Trump, qui n’est pas un grand ami de l’OPEP et de l’OPEP+.
Sans surprise, les États-Unis jouent un rôle clé. Ils bloquent les ports iraniens depuis le 13 avril, à l’exception d’une période de trois semaines environ entre le 20 juin et le 10 juillet 2026, et escortent des convois de tankers depuis le mois d’août. Ces actions ont contribué à réduire très fortement les exportations pétrolières de l’Iran et à accroître de façon significative celle des pays arabes, ce qui a inversé le rapport de forces en matière de pétrole. Les États-Unis ont aussi continué à accroître leur production pétrolière nationale, qui devrait atteindre 14 millions de barils par jour à la fin de l’année et, ce, seulement pour le pétrole brut. Si l’on ajoute au brut d’autres liquides, souvent associés au gaz naturel, on arrive à un niveau stratosphérique de 22 millions de barils par jour environ. Ce pays est de loin le premier producteur mondial de pétrole, il exporte du pétrole (mais il en importe un peu plus qu’il n’en exporte) et il est un très gros exportateur net de produits raffinés, ce qui revêt une très grande importance dans le contexte actuel.
Deuxième consommateur mondial et premier importateur mondial de pétrole, la Chine est très préoccupée par la guerre d’Iran et par ses conséquences, notamment pétrolières. Le pays a réduit sa consommation pétrolière et a fortement diminué ses importations pétrolières, ce qui a largement contribué à atténuer l’impact de la crise de 2026 sur le marché pétrolier mondial. La Chine a puisé dans ses stocks, qui sont très abondants. Même si elle soutient l’Iran, elle ne souhaite pas du tout que ce pays bloque Ormuz et elle ne perd pas une occasion de souligner qu’il faut trouver une issue diplomatique à ce conflit. Elle n’a pas joué un rôle très actif, en tout cas publiquement, dans la recherche d’une solution à cette guerre mais elle soutient les efforts de médiation du Pakistan qui ont débouché notamment sur un cessez-le-feu en avril. Un cessez-le-feu très relatif mais qui a cependant permis de réduire fortement l’intensité militaire du conflit. Le 17 juin 2026, Washington et Téhéran ont signé un protocole d’accord (MoU – Memorandum of Understanding) mais celui-ci a rapidement volé en éclats.
Face aux pressions de Washington, les membres du G7, et notamment l’Union européenne (UE) et la France, ont annoncé de la libération de jusqu’à 100 millions de barils de pétrole et de diesel sur quatre mois. Que traduit cette annonce des marges de manœuvre de Bruxelles face aux États-Unis, désormais principal fournisseur de pétrole pour l’Union européenne avec la Norvège et le Kazakhstan ? Quels sont les leviers dont dispose l’UE et la France face à la crise énergétique actuelle ?
Annoncée le 2 octobre, cette décision du G7 a effectivement été adoptée sous forte pression américaine. Le président Trump avait évoqué un possible arrêt des exportations américaines de gazole, ce qui aurait encore aggravé une situation très tendue pour ce produit clé du fait de la situation au Moyen-Orient et de la guerre entre l’Ukraine et la Russie. L’une des contreparties de ces 100 millions de barils de brut et de gazole est que Washington s’est engagé à ne pas limiter ses exportations énergétiques vers les autres pays du G7. L’Union européenne (UE) a alors poussé un « ouf » de soulagement. Mais l’accord du 2 octobre prévoyait également que le G7 maintiendrait ses sanctions contre la Russie, ce qui n’a pas empêché Donald Trump de conclure sept jours plus tard un accord avec Vladimir Poutine pour que la Russie exporte du gazole sur le marché mondial et vers les États-Unis… Ce coup de poignard dans le dos de l’Ukraine et de l’UE prouve, s’il en était besoin, à quel point le président des États-Unis nous tient en haute estime.
Pour l’UE et ses États membres, il faut un mélange de solutions à court terme, à moyen terme et à long terme. Le récent voyage du président français au Moyen-Orient, à la recherche d’approvisionnements supplémentaires de gazole notamment, s’inscrit dans la première catégorie, de même que la mobilisation des stocks stratégiques au sein de l’AIE et l’assouplissement de certaines réglementations environnementales. L’UE semble par ailleurs redécouvrir le caractère stratégique de l’industrie du raffinage, ce qui confirme qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. À plus long terme, l’accélération de la transition énergétique a beaucoup de sens pour un ensemble de pays pauvres en énergies fossiles et subissant de plein fouet les perturbations du marché pétrolier mondial.
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Qu’est-ce que la « géopolitique » ? Dans un contexte mondial où les enjeux internationaux occupent une place de plus en plus importante, l’usage du terme « géopolitique » s’est de plus en plus répandu dans le débat public au cours des dernières décennies.
Pour comprendre les contours de cette discipline et pourquoi elle a longtemps fait l’objet de débat, Victor Pelpel, directeur adjoint de l’IRIS, revient sur son histoire et son évolution.
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Psychiatre, psychanalyste, auteur, essayiste, et lauréat 2026 du prix Ibn Khaldoun pour la science et la paix de l’UNESCO, Gérard Haddad répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son essai Pour une nouvelle psychanalyse aux éditions Desclée de Brouwer.
Qu’est-ce qui vous a amené à vouloir écrire ce livre ?
C’est le résultat d’une vie de réflexion dont la psychanalyse fut le déclencheur après une longue analyse faite avec Jacques Lacan.
La psychanalyse est une vieille dame de près d’un siècle et demi qui appelait un rafraichissement de ses concepts. C’est ce que je tente dans ce livre.
La psychanalyse a un double aspect, celui de sa clinique, dans l’intimité d’un cabinet avec la visée d’alléger la souffrance psychique de ceux qui consultent. Son second aspect est celui d’apporter son éclairage sur le monde, sur ses tragédies, c’est-à-dire sur la politique. Lacan disait « L’inconscient c’est la politique » sans qu’on sache trop quoi faire de ce jugement. Cet aphorisme trouve tout son sens dans mon livre.
Sigmund Freud écrivit plusieurs textes en ce sens comme « Pourquoi la guerre ? » avec Albert Einstein ou « Malaise dans la civilisation ». Mais ces analyses datent. Il y a comme un arrêt dans la réflexion psychanalytique avec régression sur des institutions sectaires bureaucratiques.
Mon interprétation de cet arrêt est la suivante : Freud avait fait de son complexe d’Œdipe la pièce maîtresse de sa théorie. Généraliser ce concept sur le plan politique, comme il tenta de le faire, est une impasse. Quelle aide ce complexe nous fournit-il pour interpréter la guerre russo-ukrainienne ou le génocide de Gaza. Je pense que mon complexe de Caïn, lui, est sur ces questions plus efficace. Ce que je développe dans ces pages, établir un lien entre la théorie psychanalytique et la pensée politique, en particulier celle de Thomas Hobbes.
Vous militez dans des organisations comme l’Union juive française pour la paix (UJFP) et la coordination médicale pour la Palestine. Cette position est-elle en rapport avec vos recherches ?
Je crois que oui. Pour moi, c’est évident. Quand la tragédie de Gaza commença après le massacre du 7 octobre 2023, le génocide avec ses destructions inouïes, disproportionnées, inhumaines, j’en ai été bouleversé et quelque chose de radical dans ma vie a été changé à cause de l’effondrement des valeurs juives qui étaient mon idéal. J’ai rompu avec le sionisme. D’où mon adhésion à l’UJFP et ma participation à des organisations, en particulier médicales, cherchant à manifester leur solidarité avec le peuple palestinien. À ma surprise, je me suis retrouvé très seul sur cette position. La très grande majorité des psychanalystes, quelle que soit leur orientation, étaient soit silencieux au nom de je ne sais quelle neutralité, soit surtout engagés aux côtés de la politique israélienne. Citons en particulier l’association Schibbolet qui se dit freudienne, franco-israélienne organisant des conférences avec participation de Michel Onfray, Bernard-Henri Lévy etc. Ceux qui ne partagent pas cette position sont, comme d’habitude, traités d’antisémites ou on leur prête une haine de soi.
La question des raisons de ces positions se pose évidemment et elles sont sûrement multiples. Mais l’une d’entre elles, et non la moindre, est la position théorique sous-jacente. Celle de ces gens est conforme à la théorie classique avec Œdipe et parricide originaire, position patriarcale pourrait-on dire. Avec mon complexe de Caïn je me situe sur le plan fraternel.
Le génie de Freud ne l’a pas empêché de commettre quelques erreurs, en particulier concernant l’islam. Dans L’homme Moïse et la religion monothéiste (1939), il affirme que la faiblesse de l’islam proviendrait de ce que les musulmans n’ont pas tué le fondateur, conformément à sa théorie développée dans « L’homme Moïse ». Or il semble pourtant que la fin de vie de Mahomet n’a pas été simple. A-t-il été empoisonné ? En tout cas son cadavre attendit, 7 jours durant, une sépulture dans la canicule arabique. Les fondateurs sont aussi les premiers califes, tous assassinés à l’exception du premier Aboubakar. Sans parler du chiisme dont le fondateur Hussein fut tué. Ces analystes prosionistes reprennent scolairement la thèse freudienne sur l’islam, thèse qui alimente leur islamophobie.
Cette analyse confirme que ma position politique et mes travaux théoriques sont en étroite cohérence comme cela devrait être le cas dans toute véritable recherche en ce domaine.
Quelle était, dans le passé, la position des psychanalystes à l’égard des régimes tyranniques ?
Cette une question importante et compliquée. Elle touche à quelques-unes des pages les plus noires de l’histoire de la psychanalyse. En principe, dans la tradition libérale qui est la sienne la discipline est incompatible avec les régimes tyranniques. Il en a été ainsi dans les pays communistes.
Mais tel n’a pas été le cas avec les pays fascistes. Déjà Freud envoya un exemplaire d’un de ses livres dédicacés à Benito Mussolini. Mais les pages de son histoire concernant son rapport au nazisme sont des plus sombres. Curieusement Hermann Göring aimait la psychanalyse et il y aurait eu recours. Aussi un accord fut-il signé avec le président de l’institut international de psychanalyse Ernest Jones pour que l’institut de Berlin fut maintenu en changeant de nom et en excluant tous les juifs qui eurent néanmoins la vie sauve. Freud, déjà très malade, protesta contre cet accord sans s’y opposer. Après la guerre, les « psychanalystes » de cet institut nazi se réfugièrent au Brésil en particulier un certain Werner Kemper qui en fut le président. Au cours des années suivantes où le Brésil connut une dictature militaire, de scabreuses histoires entre psychanalystes et tortionnaires se déroulèrent. Elles firent du bruit dans le milieu feutré de la psychanalyse mais eurent des répercussions en France où le président de l’Institut de psychanalyse, découvrant ces faits, démissionna après un violent affrontement avec son collègue Serge Lebovici. Une importante psychanalyste argentine, Liliane Besserman Vianna a publié un livre N’en parlez à personne (L’Harmattan). Elle paya très cher pour avoir dévoilé ce scandale, elle fut chassée de l’institution psychanalytique, menacée de mort avant d’être réhabilitée. Épuisée elle mourut prématurément. Ce sont ces écuries d’Augias que mon livre, je l’espère, contribuera à nettoyer.
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Dans les gorges de Kyrchyn, les antennes téléphoniques se dressent au pied des montagnes. Plus loin, des yourtes. Plus loin encore, des constructions évoquant une forteresse ancienne mais un rapide coup d’oeil permet de comprendre que les bâtiments ont été construits récemment. Enfin, des installations sportives apparaissent. Ici, le moderne et le traditionnel cohabitent au service d’un but : composer le paysage des Jeux mondiaux nomades pour se montrer au monde entier. C’est peut-être la première fois que la 5G est aussi bonne dans la région. Et pour cause, du 31 août au 6 septembre 2026, le Kirghizstan accueille la sixième édition de ces Jeux, douze ans après leur création. L’ouverture à Bichkek, puis les compétitions et les manifestations culturelles autour du lac Issyk-Koul, ont pour but de révéler un pays désireux de raconter lui-même son histoire, nomade, soviétique, et capitaliste. Sur le papier, le bilan est positif. Plus de 3 000 sportifs venus de 109 pays ont participé à 42 disciplines. Une géographie qui déborde largement de l’Asie centrale. Si cela ne suffit pas à faire des Jeux un événement comparable aux méga-événements sportifs comme les Jeux olympiques et paralympiques (JOP), cela indique une ambition dont il faut comprendre la portée. Pour le Kirghizistan, l’objectif est de transformer un héritage régional en proposition universelle. En d’autres termes, se réapproprier son passé, reconstruire son roman national, et le diffuser. Le tout dans un contexte plus général de désoccidentalisation et de régionalisation du sport mondial, dont la portée tient autant à ce qu’elle invente qu’à ce qu’elle reproduit. Dès lors, de quoi les Jeux nomades 2026 sont-ils le nom ?
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, autour de la réélection du président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva à la tête du Brésil pour un quatrième mandat dans un contexte marqué par la progression des gouvernements d’extrême droite en Amérique du Sud.
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Le 12 septembre 2026, Dario Amodei, cofondateur et directeur général d’Anthropic, a appelé à ralentir le développement des modèles les plus avancés, après des incidents au cours desquels des essaims d’agents autonomes ont mené des cyberattaques contre des cibles étrangères à leur tâche. Sam Altman (OpenAI) et Elon Musk (xAI) ont aussitôt soutenu la démarche, OpenAI s’engageant à son tour à accueillir des évaluateurs indépendants. Réseaux sociaux et médias ont alors diffusé des scénarios dystopiques d’une IA échappant au contrôle humain et prenant, à brève échéance, le contrôle de la planète. Les incidents rapportés relèvent plus prosaïquement de la difficulté à évaluer et à superviser des agents capables d’agir de manière autonome dans des environnements numériques.
Reste à savoir de quoi cet appel est le nom. S’agit-il d’une mesure de précaution face aux risques des agents autonomes, d’un instrument de régulation pour reprendre la main sur une course devenue difficile à gouverner, ou d’une stratégie concurrentielle dans la conquête des marchés, des talents et des capacités de calcul ?
La controverse révèle un problème plus général de coordination dans le temps. Les partisans d’un ralentissement estiment que le développement technologique et l’investissement industriel vont désormais plus vite que les mécanismes d’évaluation, de contrôle et de régulation. Leurs opposants jugent qu’un ralentissement aurait un coût stratégique et compromettrait l’avance des États-Unis. Le débat porte donc autant sur le niveau de risque acceptable que sur le rythme auquel une société peut absorber une innovation dont les investissements, les usages, les effets économiques et l’encadrement réglementaire ne progressent pas au même pas. Dans quelle mesure la controverse sur le moratoire révèle-t-elle les fragilités du pari économique américain sur l’IA, et quels effets de concentration ce décalage, ou sa régulation, peut-il produire ?
Dans quelle mesure la controverse sur le moratoire révèle-t-elle les fragilités du pari économique américain sur l’IA, et quels effets de concentration ce décalage, ou sa régulation, peut-il produire ?
Cette note défend trois hypothèses :
L’objet n’est pas de trancher l’existence d’une bulle technologique. Quels que soient l’issue des controverses réglementaires et le rythme de diffusion de l’IA, les mécanismes à l’œuvre favorisent les acteurs les mieux dotés en ressources financières, énergétiques, réglementaires et infrastructurelles. La dynamique observée est, en ce sens, structurellement concentratrice, quel que soit le scénario retenu.
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Depuis son deuxième mandat, Donald Trump rêve de faire du Canada le 51e État des États-Unis. En qualifiant le Premier ministre canadien, Mark Carney, de simple « gouverneur », il fragilise profondément les relations Canado-États-Unien. Pour obtenir gain de cause, Trump a lancé une guerre commerciale agressive contre Ottawa. Cette offensive économique s’est particulièrement intensifiée depuis septembre, forçant les Canadiens à se chercher de nouveaux alliés et partenaires auprès de l’Union européenne. Cette nouvelle dynamique entre les États-Unis et le Canada, jusque-là alliés historiques de longue date, soulève de nouvelles interrogations.
Les États-Unis sont-ils devenus une « super puissance prédatrice » ? Quelles sont les réelles motivations de Donald Trump derrière cette guerre économique ? Quelles sont les marges de manœuvre de Mark Carney ? L’Union européenne est-elle une alternative viable ?
Le point avec Frédérick Gagnon, directeur de la Chaire Raoul-Dandurand à l’Université du Québec à Montréal.
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Le présent texte est une version partiellement révisée et complétée de l’article publié dans Sejong Focus le 4 septembre 2026.
L’un des principaux facteurs susceptibles de déterminer l’évolution de la péninsule coréenne au second semestre 2026 est la volonté de plus en plus ouvertement affichée par le président américain Donald Trump de renouer avec la diplomatie des sommets avec Kim Jong-un, président de la Commission des affaires d’État de la Corée du Nord. Le 16 août, en ordonnant une réduction substantielle des exercices militaires conjoints entre la Corée du Sud et les États-Unis, Donald Trump a directement évoqué sa « très bonne relation » avec Kim Jong-un ; trois jours plus tard, il a publiquement déclaré vouloir le rencontrer avant la fin de l’année. Ces déclarations dépassent le registre de la simple rhétorique : elles montrent que la Maison-Blanche a inscrit la possibilité d’un sommet à son agenda diplomatique concret.
L’article Le sommet Corée du Nord–États-Unis de 2026 : que négocier et que préserver ? est apparu en premier sur IRIS.
Depuis trois ans, les Émirats arabes unis occupent le premier rang des récits consacrés à l’essor de l’intelligence artificielle (IA) hors des deux grandes puissances technologiques que sont les États-Unis et la Chine. L’ampleur des sommes engagées, la mise en scène des annonces et la présence répétée d’Abou Dabi aux côtés des géants américains ont installé une lecture désormais convenue, celle d’un pétro-État qui achète, à force d’investissements souverains, son autonomie et sa place dans la révolution algorithmique. Toutefois, cette lecture est incomplète, à deux titres.
Elle confond d’abord des documents d’ordre distinct, souvent invoqués indistinctement. L’Abu Dhabi Economic Vision 2030, adoptée par l’émirat dès 2008, est un plan de diversification économique antérieur au tournant de l’IA. « We the UAE 2031 », vision fédérale lancée en novembre 2022, fixe un cap national général articulé autour de la prospérité, de l’influence et de l’économie de la connaissance. La substance proprement algorithmique se loge, elle, dans la National Strategy for Artificial Intelligence 2031, annoncée en octobre 2017, qui vise à faire des Émirats l’un des leaders mondiaux du secteur et fait de la fédération le premier État au monde à nommer un ministre chargé de l’intelligence artificielle. Cet empilement révèle une continuité ; l’IA y est pensée comme le dernier avatar d’un projet de diversification engagé de longue date.
Deuxièmement, ce que la trajectoire émirienne donne à voir n’est pas une simple diversification, mais la conversion d’une rente pétrolière en une rente du calcul, et cette conversion, présentée comme une conquête de souveraineté, opère en réalité un réalignement stratégique sur l’écosystème américain. La souveraineté algorithmique d’Abou Dabi se paie d’une dépendance négociée et assumée à l’égard des puces, du cloud et des protocoles de sécurité des États-Unis. Le calcul devient, pour l’émirat, ce que le pétrole fut au vingtième siècle, une ressource stratégique dont la maîtrise définit son rang international. Dans quelle mesure la souveraineté que revendique Abou Dabi relève-t-elle d’une émancipation ou d’une dépendance reconfigurée ? Éprouver cette dernière hypothèse suppose d’examiner successivement la logique du pari émirien, l’appareil qui le met en œuvre, puis le prix et la portée géopolitique de ce basculement.
L’article La rente du calcul. L’intelligence artificielle émirienne entre diversification post-pétrole et réalignement stratégique est apparu en premier sur IRIS.
La rivalité entre les États-Unis et la Chine a franchi un cap historique lors de la visite d’État de Xi Jinping à Washington à la fin du mois de septembre. Pour la première fois, Washington a semblé se comporter d’égal à égal vis-à-vis de Pékin. Une reconnaissance symbolique qui intervient au moment où les errements de la politique étrangère de Donald Trump, en Iran et en Ukraine, interrogent sur la capacité des États-Unis à tenir tête à la Chine, notamment concernant Taïwan. La multiplication des ingérences de Washington sur l’Amérique latine, où la Chine a grandement développé son influence au cours des dernières années, représente cependant un défi de taille pour cette dernière. L’Europe, peine quant à elle à tirer son épingle du jeu, prise en tenaille entre les deux grandes puissances mondiales.
La Chine ressort-elle vainqueur de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping ? Comment Taïwan peut-il être impacté par les évolutions de la politique étrangère de Trump ? Pékin a-t-elle un pouvoir d’influence sur la guerre en Iran et en Ukraine ? Enfin, face à ces deux grandes puissances, qu’en est-il de la place de la France et de l’Europe ?
Autant d’enjeux abordés avec Sylvie Bermann, ambassadeur de France en Chine (2011), au Royaume-Uni (2014) et en Russie (2017) et autrice de « Madame l’ambassadeur : de Pékin à Moscou, une vie de diplomate » (Éditions Tallandier, 2022).
L’article La Chine a-t-elle plié le match ? Avec Sylvie Bermann est apparu en premier sur IRIS.
Je n’ai guère été surpris par les déclarations de Donald Trump ces derniers jours sur l’Ukraine. Pas davantage par le deal sur le diesel russe annoncé vendredi, ni par ses appels à remplacer Volodymyr Zelensky. « Je suggère qu’ils se trouvent un nouveau dirigeant capable de négocier », a-t-il lâché samedi. Ni même par sa proclamation dominicale d’un « cessez-le-feu énergétique » dont ni Moscou ni Kiev n’avaient été informés. Zelensky a répondu, sidéré : « Si Trump l’a négocié avec Poutine, qu’il nous dise quand ça commence. » La Russie continuait de frapper les infrastructures énergétiques ukrainiennes quelques heures après l’annonce.
Tout cela était prévisible. Pour plusieurs raisons.
La première : Trump n’a jamais pu sentir Zelensky. Nous avons tous en mémoire la rencontre désastreuse de février 2025 à la Maison-Blanche, ce face-à-face tendu qui avait tourné au pugilat diplomatique sous les caméras. Depuis, quelques inflexions, quelques compliments de façade, « vos soldats sont courageux », « vous avez une belle veste », mais les faveurs du président américain ont toujours été pour Vladimir Poutine.
La deuxième raison est circonstancielle. Donald Trump est à trois semaines des élections de mi-mandat. Sa base MAGA, celle qui l’avait élu en 2024 notamment parce qu’il avait promis de ne pas entraîner l’Amérique dans une nouvelle guerre à l’irakienne ou à l’afghane, ne lui a pas pardonné l’Iran. Les prix à la pompe explosent. En levant les sanctions sur le diesel russe, Trump joue les médecins après avoir lui-même contribué à rendre le patient malade. Bonus : il se trouve désormais un méchant commode. Ce n’est plus à cause de la guerre en Iran si les Américains souffrent à la caisse. C’est à cause de Zelensky, ce président ukrainien obtus qui s’obstine à harceler les raffineries russes au lieu d’accepter la paix que Washington lui tend sur un plateau.
La troisième raison est idéologique. Les connexions entre la Maison-Blanche et le Kremlin ne sont plus un secret pour personne. Elles sont assumées, presque revendiquées. Mais au-delà de ces rapprochements politiques, il existe une véritable communauté de vues. JD Vance, Susie Wiles et les idéologues de l’extrême droite américaine au pouvoir depuis janvier 2025 partagent avec Poutine une même détestation du système multilatéral libéral de l’après-1945, une même fascination pour la loi du plus fort et une même vision du monde où les grandes puissances se partagent des zones d’influence sans se soucier des petits États souverains coincés entre elles.
Et c’est là que se dessinerait la véritable stratégie. Car le Trump d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui de 2017, Ubu isolé et improvisateur. Il est désormais entouré d’hommes et de femmes qui savent parfaitement ce qu’ils veulent. Le calcul pourrait être le suivant : resserrer les liens avec Moscou, faire suffisamment de concessions au Kremlin pour qu’il accepte un accord, mais en s’assurant que l’Ukraine résiste encore un minimum, afin que les ambitions de Poutine ne reviennent pas à ce qu’elles étaient en 2022 : l’absorption totale du pays. Zelensky serait poussé vers la sortie. Un président ukrainien plus « accommodant » le remplacerait. Un deal serait signé. Et Donald Trump se présenterait en garant d’une Ukraine libre, du moins de ce qu’il en resterait, en échange d’un accès illimité aux matières premières ukrainiennes. En gros, le même coup qu’avec le Venezuela : une forme de néocolonisation habillée en victoire pour la paix.
Nous assisterions donc à un partage de l’Ukraine. Malgré ce qu’en disent les optimistes qui croient encore à une victoire militaire ukrainienne et se réfugient dans le déni, c’est malheureusement, à mes yeux, le scénario vers lequel nous nous dirigeons. Sept sénateurs américains, républicains et démocrates, ont demandé dimanche à Trump de « revenir immédiatement en arrière » sur le deal diesel. Des dirigeants européens ont réaffirmé leur soutien à Zelensky. Mais personne, à ce stade, ne semble avoir les moyens de faire plier Washington.
La guerre en Ukraine aura duré près de cinq ans. Elle se terminerait non pas par une victoire claire et nette de la Russie, mais par un partage. Comme en 1945, lorsque les grandes puissances redessinaient la carte de l’Europe, comme en 1956, lorsque les Hongrois découvraient que leur liberté pesait bien peu face aux équilibres entre Washington et Moscou. Comme chaque fois que les grandes puissances décident du sort des « petits » pays. L’Histoire est cruelle. Et elle bégaie.
Romuald Sciora, essayiste franco-américain, est directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS. Dernières publications: « America 250, une histoire graphique des États-Unis, vol. 1, Né dans le sang » et « Lettre ouverte à Trump d’un Américain de papier » (éditions Point Nemo).
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Les États souverains dominent nos représentations du monde. Pourtant, une part croissante des fonctions traditionnellement attachées à la souveraineté se déploie hors du seul cadre étatique. Multinationales, plateformes numériques, diasporas, organisations non gouvernementales (ONG), organisations sportives, groupes armés ou entités en quête de reconnaissance investissent des domaines que l’État leur concède, qui échappent à sa maîtrise ou dont le contrôle lui est disputé. Ces formes de pouvoir ne sont pas nouvelles, mais l’échelle de leurs moyens, leur transnationalité et leurs capacités à exercer des formes d’autorité modifient les rapports de force internationaux.
À l’occasion de la parution de la Revue internationale et stratégique (RIS) N°143 sur le thème « Le monde au-delà des États, une géopolitique des acteurs non étatiques », Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS, responsable du Programme Sport et géopolitique et de l’Observatoire géopolitique de l’espace post-soviétique, et Fatou Élise Ba, chercheuse à l’IRIS, responsable du Programme Sécurité humaine répondent à nos questions :
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À l’occasion de la parution de « Le Triangle du pouvoir » (éditions Tallandier), Pascal Boniface revient sur la vision géopolitique du président finlandais Alexander Stubb, qui distingue trois grands pôles de puissance : l’Occident, la Chine et le Sud global.
Il analyse en particulier les erreurs stratégiques des États-Unis, de la « guerre contre le terrorisme » aux échecs en Irak et en Afghanistan, ainsi que les conséquences de l’invasion russe de l’Ukraine. Selon lui, face à un Sud global qui conteste les incohérences occidentales, notamment à propos des sanctions contre la Russie et de la question israélienne, l’Occident doit repenser son approche s’il veut préserver son influence.
Pour Stubb, défendre un ordre international fondé sur des règles suppose de les appliquer avec cohérence, d’écouter le reste du monde et de montrer l’exemple plutôt que d’imposer ses valeurs.
C’est donc une réflexion lucide, portée par un dirigeant occidental conscient des limites de la puissance de son propre camp et du rôle déterminant que le Sud global sera appelé à jouer dans la définition du nouvel ordre mondial.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’IRIS, autour des élections de mi-mandat du 3 novembre aux États-Unis. Alors que Donald Trump et les républicains sont en baisse dans les sondages notamment à la suite de la guerre en Iran et ses conséquences sur le coût de la vie, les élections à la Chambre des représentants et au Sénat pourraient rebattre les cartes au Congrès.
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Since the European Commission announced its intention to revive the project of an internal market for defence, Member States have been on alert. The issue is particularly sensitive. Using the EU budget to strengthen the European Defence Technological and Industrial Base (EDTIB) is one thing, regulating defence markets — and public procurement in particular — is quite another. Some countries are supportive, others remain sceptical, while others are still weighing up what position to take.
The idea of an internal market for defence does, after all, raise major issues. This is no longer simply a matter of supporting industry: it touches on the very exercise of national sovereignty, as governments decide which weapons and military equipment their security will ultimately depend on.
These questions have therefore been the subject of intense debate within the EU institutions for several months. In Brussels, even the terminology remains contested: a Defence Single Market? An Internal Market for Defence? A Defence Equipment Market?
But what is the view from European capitals? How are these issues perceived at national level? And what positions do the main Member States intend to defend in Brussels? To answer these questions, the ARES Group asked nine of its researchers, based in nine EU capitals, to examine the debate from their respective national perspectives. The picture that emerges is a nuanced one. National positions certainly diverge, but they are far from set in stone, and several areas of convergence are beginning to emerge. More importantly, some of these disagreements appear to stem from misunderstandings that could be clarified, potentially opening the way to compromise.
REMINDER: THE CHALLENGE FACING THE INTERNAL DEFENCE MARKET Analysing national perspectives DENMARK FRANCE GERMANY ITALY LITHUANIA POLAND SPAIN SWEDEN THE NETHERLANDS Conclusion CONCLUSION: DIVERGENCES ET CONVERGENCESL’article The EU and the Internal Defence Market: What Are the National Perspectives? est apparu en premier sur IRIS.
Donald Trump a annoncé vendredi avoir conclu un accord avec Vladimir Poutine concernant l’importation de pétrole russe. Une décision qui met fin à des années de sanctions occidentales contre la Russie après son invasion de l’Ukraine.
À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, la flambée des prix de l’essence, aggravée par la guerre en Iran, met à mal l’une de ses principales promesses de campagne. En cherchant à soulager son électorat à court terme, Trump est prêt à financer la machine de guerre russe et à sacrifier la sécurité ukrainienne et européenne. Après les sanctions contre la CPI et les attaques contre le droit international, ce nouvel accord menace désormais directement la souveraineté de ses alliés.
Ne serait-il pas temps que les Européens réagissent ? Mon analyse dans cette vidéo.
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Les liens entre l’establishment militaire, la défense nationale et l’Université au Japon sont à la fois emblématiques et contrastés. La modernisation de l’archipel depuis 1868 a été soutenue par la création d’un appareil militaire puissant et performant ayant trois objectifs : la protection de l’indépendance nationale contre la menace occidentale sur les marches de l’empire ; la constitution d’un glacis colonial à Taiwan et sur le continent ; la construction en Asie orientale d’un « espace vital » dit de « coprospérité » par substitution au colonisateur occidental. Pour cela, il lui a fallu utiliser des ressources de plus en plus nombreuses, en hommes, en matériels grâce à la montée en puissance des arsenaux militaires et de l’industrie lourde, en moyens financiers et en connaissances, grâce à un système de formation des élites universitaires au service de l’État.
On considère que les rapports entre l’Université et les militaires se resserrent au sortir de la Première Guerre mondiale lorsque se créent, de façon informelle et éphémère, les premiers cercles d’études militaires à l’intérieur de quelques établissements d’enseignement supérieur, dont Waseda.
Au début des années 1930, les manœuvres d’intimidation des forces armées minent le gouvernement des partis. L’isolement du Japon sur la scène internationale après son départ de la Société des Nations (SDN) en mars 1933, l’enlisement en Chine, la perspective d’un
élargissement du conflit aux puissances occidentales ‒ sans exclure l’URSS ‒ pousse les autorités sur la voie d’une économie de guerre planifiée et autarcique, à une accélération de l’intégration idéologique des sujets, en bref à une galvanisation des énergies nationales autour de la satisfaction des buts de guerre. L’enseignement supérieur y apporte son concours par le développement important des filières technologiques, soit au sein des établissements existants soit en en créant de nouveaux, et dont les étudiants bénéficient de reports d’incorporation.
La défaite de 1945 a opéré dans le monde universitaire une rupture singulière par rapport à l’institution militaire. Cependant, cette rupture ne signifie pas que les intellectuels japonais ‒ juristes et politistes notamment ‒ ne se sont pas intéressés aux changements de la politique de défense de l’archipel. Bien au contraire, et le plus souvent dans un sens critique. Mais on a longtemps observé dans les milieux académiques trois angles morts : faiblesse de la recherche stratégique ; désintérêt pour l’étude de la condition des Forces d’autodéfense (FAD) et surtout mise à distance par rapport à l’industrie de défense. Ces angles morts s’expliquent par la prégnance du pacifisme constitutionnel et l’occultation du militaire dans l’espace public.
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Au cours du 21e siècle, le Liban est resté l’un des principaux pays d’accueil des réfugiés de la région : Palestiniens depuis 1948, Irakiens après 2003, puis Syriens à partir de 2011. Cette pression s’est conjuguée à une succession de chocs : guerre de 2006, effondrement économique de 2019, explosion du port de Beyrouth en 2020 et escalades répétées avec Israël. Le pays semble ainsi pris dans une crise qui ne cesse de resurgir. Depuis trente ans, Première Urgence internationale (PUI) apporte une assistance indispensable aux populations les plus vulnérables et les plus touchées par le conflit au Moyen-Orient. Aujourd’hui, la multiplication des crises dans un même environnement sous haute tension invite à s’interroger sur les conditions des travailleurs humanitaires.
Comment décririez-vous la situation humanitaire actuelle au Liban ? Peut-on parler d’une crise systémique, et quelles impasses de la réponse humanitaire cette récurrence révèle-t-elle ? Comment les équipes humanitaires travaillent-elles sur le terrain alors que la situation ne cesse de se dégrader ? Comment préservez-vous la capacité d’action de vos équipes locales, souvent elles-mêmes touchées par la crise ? L’action humanitaire au Liban est-elle affectée par la contraction des financements du secteur ? La « priorisation des crises » adoptée par l’ONU vous paraît-elle une adaptation nécessaire ou une tendance dangereuse, risquant de reléguer des crises comme celle du Liban au rang de crises oubliées ?
Le point avec Olivier Routeau, directeur des opérations de PUI et responsable pédagogique de la formation Humanitaire et Développement d’IRIS Sup’.
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