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La guerre en Iran vue de Russie et d’Ukraine. Avec Hugues Pernet

mer, 11/03/2026 - 17:44
Pascal Boniface · La guerre en Iran vue de Russie et d'Ukraine. Avec Hugues Pernet | Entretiens géopo

La guerre en Iran aura des répercussions à l’échelle internationale, et notamment indirectement sur le conflit russo-ukrainien. En s’engageant dans cette guerre, les États-Unis risquent d’accroître la vulnérabilité de l’Ukraine puisqu’ils ne seront pas en mesure d’assurer un approvisionnement simultané en matière d’armement pour les deux conflits. Or après plus de quatre années de guerre, le bilan de la guerre en Ukraine ne cesse de s’alourdir. D’une part, si l’Ukraine a fait preuve de résistance et de résilience face à une armée russe bénéficiant d’un avantage démographique considérable, les coûts humains et économiques de ce conflit sont conséquents. D’autre part, la Russie a subi des pertes importantes, n’a pas atteint les objectifs qu’elle s’était fixés, et a connu un isolement relatif sur la scène internationale. En ce qui concerne les perspectives de paix, celles-ci semblent aujourd’hui encore lointaines. L’Europe n’a pas su pleinement s’imposer comme médiateur du conflit et la tentative états-unienne de résolution du conflit en 24h n’a pas porté ses fruits. Ainsi, quel bilan peut dresser à propos de la guerre en Ukraine ? La Russie sortira-t-elle affaiblie ou renforcée de ce conflit ? Quel rôle les États-Unis et l’Europe ont-ils réellement joué dans l’évolution de la guerre ? L’Ukraine a-t-elle encore les moyens de restaurer son intégrité territoriale ? À quels enjeux le pays risque-t-il d’être confronté à la fin de la guerre ?

Autant d’enjeux abordés dans ce podcast aux côtés d’Hugues Pernet, ancien ambassadeur de France en Ukraine.

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À l’image du monde, un Moyen-Orient de plus en plus sombre

mer, 11/03/2026 - 10:53

La séquence ouverte le 28 février 2026 restera dans les livres d’histoire comme une nouvelle rupture de ce qui subsistait des règles régissant le rapport entre les États.

Outre l’illégalité que constitue cette agression caractérisée au regard du droit international qui ne reconnait pas le « concept » de guerre préventive, il est de plus impossible de connaitre précisément les buts de guerre supposés du tandem Trump-Netanyahou tant ils apparaissent contradictoires, et finalement jamais véritablement revendiqués.

Prétendre affirmer que des tirs balistiques iraniens de longue portée auraient pu atteindre le sol étatsunien ? Aucun spécialiste militaire digne de ce nom ne prête ne serait qu’une once de crédibilité à cette affirmation. Nous sommes ici de plain-pied dans le monde des vérités alternatives désormais endossées par nombre de responsables politiques de premier plan.

Stopper le programme nucléaire iranien ? Cela avait déjà été le prétexte avancé lors de la guerre des douze jours au mois de juin 2025, avec les résultats que l’on connait… puisque ce sont environ 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % qui ont été cachés et sur lesquels l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a plus désormais aucun moyen de contrôle.

Abattre le régime iranien ? C’est sous-estimer la résilience et la complexité de l’organisation de la République islamique d’Iran ainsi que l’interférence multiscalaire des réseaux d’influence qui la structurent. Le pouvoir des Pasdaran sera affaibli, mais pas éradiqué, car il se trouve dans une logique de survie existentielle.

Couper la société iranienne de ses dirigeants et la pousser à la révolte contre ces derniers ? C’est méconnaitre le patriotisme iranien qui dans les périodes d’agression a maintes fois prouvé qu’il resserrait les rangs en défense du pays. En outre, la société civile iranienne est, malheureusement, habituée à souffrir et a déjà souvent vécu des périodes d’économie de guerre en serrant les dents.

Apporter la démocratie au peuple iranien ? Que le régime de Téhéran soit rejeté par une grande partie de la population est une certitude, la brutalité inouïe de la répression contre les manifestants au mois de janvier 2026 le rappelle. Pour autant jamais la démocratie n’a été amenée dans les soutes des bombardiers ou à cheval sur les missiles. Certes, des infrastructures militaires sont prises pour cibles, mais c’est avant tout la population civile qui est visée jour après jour et qui est donc considérablement affaiblie. Comment imaginer dans ces conditions un mouvement de révolte qui mettrait le régime à bas ?

Il est donc raisonnablement impossible de prêter crédit à ces fumeuses tentatives de justifications. Pour autant, les résultats catastrophiques des décisions israélo-étatsuniennes sont déjà à l’œuvre :

  • Milliers de civils tués, blessés, amputés, traumatisés,
  • 700 000 déplacés au Liban, on ne sait pas combien en Iran,
  • Prémices d’un embrasement militaire régional,
  • Risques d’une onde de choc se transformant en une crise économique, financière et énergétique mondiale.

La liste n’est pas exhaustive… pour des buts de guerre qui ne sont pas explicités ou qui changent au gré des déclarations erratiques de Donald Trump. Benyamin Netanyahou semble pour sa part plus cohérent, car ce n’est pas tant le régime iranien qu’il veut abattre que la volonté de ramener l’Iran au niveau le plus faible qu’il le peut.

L’État d’Israël se comporte tel un forcené ivre de violences se déchaînant sur les populations civiles sans distinction ni retenue comme il l’a déjà fait durant des mois dans son entreprise génocidaire contre la bande de Gaza. Nous avons la confirmation d’une fuite en avant dont nul ne sait où elle s’arrêtera à l’heure ou des membres du gouvernement de Tel-Aviv évoquent de plus en plus fréquemment la perspective d’un grand Israël. Rêve halluciné de suprémacistes juifs pour lesquels seule la force militaire brute semble devoir s’imposer.

Jouissant depuis des années d’une impunité complète dans leurs multiples exactions, les dirigeants israéliens se sentent légitimes à poursuivre leur œuvre mortifère. Si les États-Unis peuvent concevoir d’éventuelles divergences avec ce projet, il n’en demeure pas moins qu’ils agissent à ce stade pleinement aux côtés d’Israël sans exprimer la moindre critique.

Ce sont peu à peu les quelques règles du droit international prétendant réguler les relations entre les États qui sont méthodiquement battus en brèche sans que finalement les « maîtres du monde » s’en émeuvent véritablement. Le droit international n’a certes en aucun temps été parfait et n’est en réalité jamais parvenu à s’affranchir de la dure réalité des rapports de force, mais nous sommes désormais dans une autre séquence. Plus rien ne paraît juguler ou ralentir les politiques promus par les États expansionnistes et leurs soutiens.

En ce sens, la diplomatie du « en même temps » est non seulement inefficiente, mais apporte de facto une caution aux entreprises impérialistes. On ne peut affirmer du bout des lèvres que l’attaque du 28 février est une entorse au droit international, mais ne prendre aucune initiative tangible pour tenter d’en juguler les effets. Il est certes loisible de condamner la décision du Hezbollah de lancer missiles et drones sur Israël le 2 mars, mais alors pourquoi n’avoir pas fait de même à propos des bombardements israéliens quasi quotidiens sur le Liban et l’occupation d’une partie du territoire national en contravention absolue des dispositions du cessez-le-feu de novembre 2024 ? Deux poids – deux mesures.

De manière plus générale, l’Union européenne est une nouvelle fois spectatrice et complice devant l’indicible. Elle a visiblement abandonné pour longtemps toute velléité de tenter d’influer sur les désordres du monde pour contribuer à réactiver quelques principes structurants de la vie internationale. Seul l’État espagnol sauve l’honneur et ne baisse pas la tête.

Nous sommes dans un moment de bascule et la situation apparait pour le moins préoccupante. Un sursaut s’avère nécessaire avant qu’il ne soit trop tard. La France s’honorerait en multipliant les initiatives diplomatiques, notamment en direction des États du Sud qui comprennent mieux que quiconque les dangers de la désagrégation du droit international et de la généralisation de la loi du plus fort. La partie est infiniment complexe, mais il n’y a que les batailles non engagées qui sont sûres d’être perdues.

On peut malheureusement craindre que ce souhait ne soit qu’un vœu pieux.

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Ukraine, front agricole disputé

mar, 10/03/2026 - 16:26

Malgré la guerre, l’Ukraine a préservé une capacité de production agricole remarquable, réinventé ses routes logistiques et maintenu son rôle clé dans la sécurité alimentaire internationale. À la croisée des dynamiques géopolitiques, agricoles et énergétiques, le pays incarne bien plus qu’un simple fournisseur de matières premières. À l’heure où l’UE repense son autonomie, où les États-Unis réévaluent leurs priorités et où la Russie mobilise son influence via le blé et les engrais, l’Ukraine s’affirme comme un espace décisif pour les équilibres agricoles, diplomatiques et économiques du XXIᵉ siècle.

À l’occasion de la sortie du Déméter 2026, Arthur Portier, consultant senior chez Agritel – Argus Media France, agriculteur, répond à nos différentes questions :

  • Quelle est la place actuelle de l’agriculture en Ukraine et en Europe, et quelles transformations majeures ont affecté leurs marchés agricoles depuis le 22 février 2024 ?
  • Quels scénarios concrets de productivité et d’échanges agricoles en Europe de l’Est et en UE peut-on envisager ?
  • Comment la Russie a-t-elle fait usage de sa puissance agricole pendant la guerre ?

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What Are the Main Drivers of Member States’ Defence Procurement Practices? The Hungarian Case

mar, 10/03/2026 - 15:51

According to the Hungarian approach, defence procurement and domestic defence industry development are closely linked. Defence acquisition serves not only the goal of modernising the country’s army and military capabilities, long overdue, but also of launching domestic weapons manufacturing and development, which contributes to industrial growth and economic progress. Defence equipment is mostly procured from European partners, nevertheless, the country pays attention to obtaining material from other countries in order to diversify its sources. As defence procurement and comprehensive capability development had been ongoing for years, the outbreak of the war in Ukraine in 2022 has not caused any major change in procurement practices, it has rather reinforced some of Hungary’s already declared commitments.

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Quand la violence trumpiste gangrène l’Occident

lun, 09/03/2026 - 18:05

Comme je l’écrivais récemment dans une tribune pour La Croix, Donald Trump s’est piégé lui-même en Iran. Affaibli par l’humiliation que lui a infligée la Cour suprême le 20 février en déclarant illégaux ses tarifs douaniers, le président a eu besoin de prouver qu’il restait le boss. Résultat : une guerre sans but stratégique clair, qui pourrait s’enliser pendant des semaines, chaque mort de soldat américain se payant dans les urnes en novembre. Trump cherche désormais désespérément sa sortie de secours, possiblement une pirouette à la vénézuélienne où il déclarera avoir obtenu toutes ses exigences auprès de nouveaux dirigeants iraniens « modérés ».

Mais le plus inquiétant dans cette affaire ne se trouve pas dans les calculs électoraux d’un président en difficulté. Le véritable danger réside ailleurs : dans la contamination idéologique que cette administration d’ultra-droite américaine propage à travers l’Occident. Et contrairement à l’année dernière, Elon Musk n’a même plus besoin d’intervenir ouvertement dans les élections britanniques ou allemandes. L’idéologie trumpiste se diffuse désormais d’elle-même, trouvant un terreau fertile dans les opinions publiques comme dans certaines élites politiques européennes.

Le cas français est particulièrement édifiant. Selon un sondage du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) publié la semaine dernière, 49 % des Français approuvent l’intervention militaire américaine en Iran. Près d’un Français sur deux soutient donc une guerre qui bafoue le droit international, menée sans mandat de l’ONU et sans consultation des instances internationales.

Qu’il n’y ait aucun malentendu ici : je ne pleurerai évidemment pas la chute de Khamenei et j’espère que la démocratie finira par s’imposer en Iran. Mais là n’est pas la question.

Ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’a rien à voir avec le devoir d’ingérence (responsabilité de protéger) auquel j’ai toujours été assez favorable. Lorsqu’un gouvernement met en péril la sécurité de sa population ou commet un massacre ou un génocide, la communauté internationale peut et doit agir. Mais cela se décide via les instances internationales — l’ONU au premier chef — ou, si elles sont paralysées comme c’est souvent le cas, via une concertation entre grandes puissances et États concernés. Pas de manière unilatérale comme c’est ici le cas, où deux pays décident seuls d’attaquer un troisième.

Et ce qui est véritablement alarmant, c’est d’entendre Gabriel Attal, qui se présente pourtant comme l’un des chantres de l’humanisme et des valeurs de l’ordre international post-1945, déclarer tranquillement qu’il faut « assumer de parler le langage de la force » et que « le droit international ne peut pas être un totem d’immunité pour ceux qui ne le respectent pas ». Autrement dit : faire fi du droit international lorsqu’il s’agit de faire tomber des dictateurs. L’ancien Premier ministre va même jusqu’à estimer qu’il est temps pour sa génération de « réformer le droit international » et d’« inventer une nouvelle gouvernance internationale ».

Traduisons : si une grande puissance juge qu’un régime doit tomber, elle peut l’attaquer militairement sans mandat international. C’est la porte ouverte à tous les excès. Si l’on accepte ce principe pour l’Iran, comment reprocher à Vladimir Poutine son invasion de l’Ukraine ? Ou à Trump une très possible annexion du Groenland sous prétexte du danger chinois ? Sur quel fondement moral et juridique condamner une intervention qui bafoue la souveraineté d’un État ? Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a bien tenté de nuancer en regrettant que l’intervention n’ait pas « été débattue dans les instances collectives prévues à cet effet », mais sa déclaration n’a guère eu d’impact.

Il y a ici une confusion : beaucoup de ceux qui espèrent la chute du régime iranien en viennent aussi à cautionner les frappes américaines et israéliennes sans en mesurer pleinement l’illégalité, ni surtout la boîte de Pandore qu’elles ouvrent. Mais cette confusion elle-même est révélatrice : elle montre à quel point la violence intrinsèque à l’administration Trump — qui se déploie aussi bien à l’intérieur avec la mise en place d’un régime autoritaire qu’à l’extérieur avec ces guerres unilatérales — trouve aujourd’hui un écho dans les populations occidentales.

Pendant ce temps, à Rome, c’est l’extrême droite qui dit regretter l’illégalité de cette guerre. Le paradoxe est total : ceux qui devraient défendre l’ordre international vacillent, tandis que d’autres, pour des raisons qui leur sont propres, rappellent les principes du droit.

Le constat s’impose : la doctrine Trump, qui consacre le rapport de force brut comme seule loi des relations internationales, est en train de gagner l’Occident. 
Et le plus triste dans tout cela, c’est de voir des responsables politiques que l’on croyait progressistes soutenir ces actions au nom d’un prétendu pragmatisme, pendant que c’est à Rome qu’on dénonce leur illégalité.

Le monde à l’envers.

Romuald Sciora dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Essayiste et politologue franco-américain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient régulièrement dans les médias internationaux afin de commenter l’actualité. Il vit à New York.

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Iran : 10 jours de guerre, où en est-on ?

lun, 09/03/2026 - 16:36

Dix jours après la mort de l’ayatollah Khamenei lors des frappes israélo-américaines du 28 février, l’Iran a déjà organisé sa succession en nommant un nouveau guide suprême, le fils de l’ancien dirigeant. L’hypothèse d’un effondrement rapide ou d’un changement de régime à court terme semble écartée. Par ailleurs, l’argument central de la prolifération nucléaire, invoqué pour justifier l’opération israélo-américaine, apparaît de plus en plus contesté.

La situation soulève plusieurs questions majeures : quelle place reste-t-il au droit international et qui est encore en mesure de le défendre ? Sommes-nous entrés dans un engrenage de guerre susceptible d’élargir le conflit ? Les Européens, divisés entre leurs alliances et leurs principes, peuvent-ils encore peser sur la situation ou préserver leur crédibilité diplomatique ? Plus largement, assiste-t-on à un affaiblissement durable des principes fondamentaux de l’ordre international au profit d’une logique de rapports de force ? Mon analyse dans cette vidéo.

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Le « Sud global » : une « couverture informationnelle » au service de l’influence médiatique de Pékin en Afrique de l’Ouest francophone

lun, 09/03/2026 - 15:53

D’un point de vue de géopolitique des médias, la République populaire de Chine (RPC) utilise ainsi son agence de presse comme un acteur géopolitique, un levier de puissance informationnelle en Afrique, participant à la visibilité des récits pro-Pékin promouvant le développement d’un Sud global. En effet, les médias ont un rôle géopolitique dans la mesure où ils peuvent influer sur les relations et rivalités entre États ou autres acteurs non-étatiques, et être instrumentalisés par ces acteurs à des fins géopolitiques. Ils sont également des reflets, puisqu’ils traitent des événements géopolitiques et en proposent des représentations, à travers les contenus qu’ils véhiculent. Ces représentations géopolitiques reflètent le point de vue des acteurs étudiés, et le récit qu’ils se font des événements ou qu’ils veulent présenter au monde.

Pourquoi et comment la Chine a-t-elle utilisé le concept de Sud global pour soutenir sa stratégie d’influence informationnelle en Afrique de l’Ouest francophone ? Et quelles sont les limites de cette stratégie ? L’étude géopolitique des récits médiatiques développés par la Chine dans cette région met en évidence une manipulation des représentations liées au Sud global, visant à couvrir les caractéristiques impérialistes de la présence chinoise dans le champ informationnel ouest-africain.

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Frappes sur l’Iran : un premier bilan géopolitique

ven, 06/03/2026 - 12:43

Les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran ont profondément bouleversé l’équilibre géopolitique au Moyen-Orient et au-delà. Si l’opération apparaît, sur le plan militaire, comme un succès incontestable, la véritable question concerne désormais ses conséquences politiques et stratégiques.

Quel premier bilan géopolitique de la guerre déclenchée le 28 février 2026 peut-on dresser ? Quelles dynamiques cette intervention a-t-elle déclenchées et quelles pourraient être ses répercussions à plus long terme ? De multiples dynamiques sont simultanément à l’œuvre : Washington et Tel-Aviv, qui mènent la guerre de concert, pourraient en réalité avoir des objectifs divergents à moyen et long terme. Les pays du Golfe, ciblés par l’Iran, sont hostiles à une instabilité prolongé, quel rôle pourront-ils jouer ? Les Européens de leur côté font à nouveaux preuve de division à propos du conflit. Qu’en est-il pour les autres acteurs majeurs de la scène internationale, en particulier la Russie et la Chine, partenaires de l’Iran ?

Retrouvez mon premier bilan de la situation géopolitique en Iran dans cette vidéo.

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Ormuz : petit détroit, grandes secousses

jeu, 05/03/2026 - 17:30

Une trentaine de kilomètres sépare l’Iran d’Oman. Un passage maritime étroit, quand on place le curseur sur Ormuz. Un détroit qui connecte l’immense océan Indien avec l’exigüe golfe Persique. La guerre qui embrase l’Iran et le Moyen-Orient, derrière les bombes, les drames et les communications politiques, nous propose une formation accélérée de géoéconomie contemporaine.

Le golfe Persique d’abord, parlons-en. Un espace de 250 000 km2, dix fois moindre que la Méditerranée, représentant à peine 1 % de l’espace océanique mondial. Mais 50 % des réserves prouvées en pétrole et 40 % dans le cas du gaz[1]. Une taille énergétique et économique colossale, concentrée dans une piscine aux dimensions restreintes, à la profondeur maximale d’une centaine de mètres et à la largeur de 300 kilomètres environ dans son étirement le plus prononcé. Dans ce golfe Persique, huit États riverains, peuplés de 200 millions d’habitants dans leur ensemble, dont 60 à 70 millions de personnes vivant au bord de la mer, sur ces littoraux convoités, où l’eau rassure quand on a un vaste désert dans le dos. Même les champs énergétiques dominants, exploités ou en devenir, sont off-shore, au fond de la mer. La conquête du maritime, pour ces pays riverains, c’est donc avant tout de l’économique. On dessale l’océan pour disposer d’eau potable ou irriguer les quelques cultures agricoles qui peuvent composer avec l’aridité du milieu. On fore les profondeurs pour pomper ces hydrocarbures dont la planète raffole, et qui enrichissent mécaniquement les nations riveraines. Et puis on aspire au maritime car c’est l’accès au grand large, pour exporter ou pour importer. À condition que le robinet du détroit d’Ormuz soit ouvert.

Le détroit d’Ormuz est une artère vitale pour ces pays du Golfe persique et un poumon énergétique d’une bonne partie du globe. Quand les flux s’organisent sans anicroches, ce qui est généralement le cas, car il est rarement intéressant de se priver d’oxygène économique, ce détroit s’exprime avec amplitude : un tiers du commerce mondial en pétrole (avec 12 à 13 millions de barils par jour !), 20 % en gaz naturel liquéfié (GNL), 30 % en gaz de pétrole liquéfié, 15 % en produits pétroliers raffinés ou encore 30 % en engrais azotés[2], pour prendre la moyenne annuelle sur la période 2023-2025. Pour ces matières premières, le déplacement se fait par tankers, méthaniers ou vraquiers. Chaque navire de commerce présente une valeur qui se chiffre vite en plusieurs millions de dollars. La majorité d’entre eux font route vers l’Asie. La Chine capte près de 40 % du pétrole qui sort du Golfe persique, 80 % même de l’or noir iranien depuis quelques années[3]. Ne sous-estimons pas les volumes de pétrole qui transitent par Ormuz et vont en Inde (15 %), en Corée du Sud et au Japon (10 % chacun)[4]. Dans le cas du gaz et des engrais azotés, les destinations sont moins polarisées sur l’Asie, prennent la route de l’Afrique ou de la mer Rouge, pour remonter vers les marchés européens. L’Union européenne importe 8 % de son GNL grâce aux ressources qataries[5], à titre d’exemple. L’importance stratégique de ce passage maritime est considérable pour les économies des nations riveraines du Golfe persique. Les exportations d’hydrocarbures du Koweït et du Qatar dépendent entièrement du détroit d’Ormuz, tandis que celles de l’Irak et de l’Iran y transitent à près de 95 %[6]. L’Arabie saoudite, dont l’essentiel des champs pétroliers est situé sur sa façade orientale, dépend également de cette voie maritime pour environ 90 % de ses exportations[7]. Les Émirats arabes unis sont légèrement moins exposés grâce à leur accès direct à l’océan Indien et leur port commercial de Khor Fakkan, d’où partent 25 % environ des flux émiratis[8]. La géographie dicte sa loi à la logistique, tout comme l’économique, car ces matières premières ne circulent ni par le ciel ni par voies terrestres ferroviaires ou routières, sauf sur les derniers kilomètres à parcourir afin d’éclater en de multiples points les volumes. Mais sinon, c’est bien l’océan qui connecte l’offre et la demande.

Les événements en cours transforment Ormuz en goulet d’étranglement pour l’économie locale, régionale et potentiellement mondiale. L’Iran prétend pouvoir fermer le détroit. En tout cas, les risques s’y démultiplient suffisamment pour que l’on observe un arrêt brutal des échanges. Le ballet de navires se croisant laisse place à des ronds dans l’eau de la part de bateaux coincés dans le golfe Persique, chargés et loin des quais (près de 500), ou stationnaires dans le golfe d’Oman, car le danger est tel qu’il n’est plus sage de traverser le détroit. Les États-Unis annoncent de potentielles actions sur site pour débloquer le détroit d’Ormuz. D’autres pays y songent, les retombées économiques pouvant cascader à mesure que cette situation perdure. D’ores et déjà, les primes d’assurance explosent. Il est vivement conseillé d’éviter le détroit d’Ormuz, où des navires ont été touchés par des tirs militaires ou des drones sous-marins kamikazes. Après Maersk et MSC, le géant chinois du transport maritime Cosco a suspendu ses services à destination et en provenance de pays du Golfe. La donne géostratégique pourrait s’aggraver si des mines flottantes sont posées pour rendre le détroit d’Ormuz encore moins praticable. Par ailleurs, une marée noire, en cas de tanker coulé, serait une catastrophe écologique dans cette mer quasi-fermée.

Depuis le 28 février 2026, ces tensions géopolitiques extrêmes ont déjà entraîné une hausse significative du prix du pétrole et du gaz. Si le détroit d’Ormuz devait être bloqué pendant un mois, ou plus, un choc énergétique et donc économique mondial est à redouter, sachant qu’il s’inscrit dans un contexte de marchés déjà particulièrement volatiles, nerveux et de plus en plus opaques. Du Covid-19 à l’Ukraine, en passant par d’autres secousses depuis 2020, l’inflation s’est réinvitée dans le vocabulaire du quotidien. Une hausse de plusieurs centimes à la pompe est attendue en Europe d’ici quelques jours. Avec un gaz plus cher, les factures d’électricité pour des pays très dépendant comme l’Allemagne devraient se renchérir. Ormuz est aussi ce détroit vital pour nourrir les populations du golfe Persique, hyper-dépendantes d’approvisionnements extérieurs, venant de loin, pour répondre aux besoins alimentaires d’une zone dépourvue d’agricultures consistantes. Ce sont 15 à 20 millions de tonnes de grains (céréales, soja) qui entrent dans le Golfe persique chaque année[9], avec des fournisseurs principaux nommés Brésil, Russie, Australie, Turquie ou encore Ukraine. Pour plusieurs États membres de l’UE, là aussi, une présence essentielle dans une zone aux consommations croissantes. L’Italie, la France et les Pays-Bas, pour ne citer qu’eux, vendent des biens agro-alimentaires sur ces marchés structurellement importateurs. Les flux en grains, en janvier et février 2026, entrant dans le golfe Persique, ont été deux fois supérieurs aux moyennes. Chaque pays a visiblement anticipé la crise et accru ses stocks, mais ces derniers ne couvrent a priori pas plus d’un semestre.

Le détroit d’Ormuz nous rappelle à la fragilité de ces chaines longues pour des ressources à utilisation mondiale mais extrêmement localisées à la source. Ce qui se joue en ce moment avec l’Iran, le golfe Persique et ce détroit, c’est donc aussi une guerre géoéconomique qui de loin déborde du périmètre régional. Le passage en mer Rouge, déjà complexe depuis deux ans, en raison de tirs Houthis sur les navires de commerce qui passent par Bab el-Mandeb, va de nouveau être sous tensions, puisque le régime iranien réactive les dernières forces de ses proxys. Le commerce maritime se redéploie donc vers le sud de l’Afrique et ce cap de Bonne-Espérance. Le temps est rallongé, le coût du transport est augmenté. Comme souvent, nous devons intégrer ces variables géoéconomiques dans nos grilles de lecture globale sur les conflits ou les rivalités entre puissances. Si la stratégie des Mollahs iraniens est d’aller dans une logique jusqu’au-boutiste, c’est-à-dire de jouer un va-tout dans ce grand soir d’affrontements avec l’ennemi israélien et états-unien, il n’est pas exclu de provoquer le plus de dégâts possibles sur ce terrain économique, quand bien même le blocage ou le saccage du détroit d’Ormuz pénalise l’Iran directement.

Que vont faire les nations voisines, notamment ces monarchies du Golfe, Arabie saoudite en tête, qui semblaient plaider pour une non-intervention ces dernières semaines, sans doute par crainte d’une boite de Pandore aux instabilités multiples ? N’oublions pas que le rabibochage entre Téhéran et Riyad est tout frais, qu’il fut réalisé sous l’égide d’une Chine qui pourrait sur cette guerre s’activer en raison de facteurs géoéconomiques, et que par ailleurs peu de nations du golfe Persique ont un appétit coopératif avec leurs voisines. On dialogue, on se compare mais on crée peu de solidarités durables, par primauté d’intérêts souverains et par sécurité… Donc n’oublions pas que le Moyen-Orient est l’un des plus grands magasins d’armements de la planète et que si des journées portes ouvertes sont annoncées, nous pourrions aussi voir l’embrasement s’intensifier et changer de registre. Les vacances à Dubaï, bye-bye

[1] US – Energy Information Administration

[2] Argus-Media

[3] World Energy Council

[4] Eurostat

[5] US – Energy Information Administration

[6] US – Energy Information Administration

[7] US – Energy Information Administration

[8] US – Energy Information Administration

[9] International Grain Council

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Myanmar : quand les groupes armés non-étatiques deviennent des acteurs stratégiques de la transition énergétique

jeu, 05/03/2026 - 12:50

Depuis le coup d’État militaire de 2021 au Myanmar, l’Armée d’indépendance kachin (KIA) a consolidé son emprise sur les principaux sites d’extraction de dysprosium et de terbium dans les régions de Chipwi et Pangwa, générant plus de 200 millions de dollars de revenus annuels en imposant taxes et redevances aux entreprises chinoises opérant sur son territoire. Ainsi, les terres rares birmanes, indispensables aux moteurs électriques et aux éoliennes, sont désormais contrôlées par une entité proto-étatique en guerre ouverte avec son gouvernement central. De ce fait, le contrôle des gisements de terres rares au Myanmar par des groupes armés non étatiques devient une question stratégique majeure pour la sécurité d’approvisionnement en minerais critiques.

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Crime et blanchiment : un enjeu stratégique dans la lutte contre le crime organisé

mer, 04/03/2026 - 20:30

En l’espace d’une quarantaine d’années, l’économie mondiale a été le théâtre d’un certain nombre de bouleversements liés à l’explosion des flux financiers internationaux accompagnant la croissance du commerce international de marchandises et celle des investissements directs à l’étranger.

Dans son ouvrage, Julien Briot-Hadar rappelle notamment que 3 % des flux financiers internationaux relèvent du monde de l’illicite. Si 62 à 67 % d’entre eux sont liés à la fraude fiscale, 30 à 35 % seraient liés au blanchiment d’argent dans un contexte où les montages mis en place par les criminels sont de plus en plus sophistiqués et difficiles à détecter. Aujourd’hui, selon l’Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le chiffre d’affaires engendré par les diverses activités liées au crime organisé — trafic de migrants, d’armes, de drogues, contrefaçons de médicaments — s’élève à plusieurs centaines de milliards de dollars par an. En France, un rapport récent sur l’économie du trafic de drogues illégales faisait état de l’explosion du chiffre d’affaires de cette économie. Entre 2010 et 2023, celui-ci aurait triplé pour atteindre les 7 milliards d’euros. Des montants considérables qu’il faut blanchir et qui contribuent à l’irrigation de certains secteurs de l’économie nationale et au développement de la corruption de toutes les strates de la société.

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Discours du président sur la dissuasion nucléaire : une évolution logique plus qu’une révolution

mer, 04/03/2026 - 11:11

La dissuasion avancée exposée par Emmanuel Macron signifie-t-elle que la France a perdu sa souveraineté sur l’usage de l’arme nucléaire ?

Des commentateurs ou personnalités politiques se sont inquiétés avant le discours du président de la République sur le risque que la France apporte la garantie de sécurité nucléaire à nos partenaires européens, en partageant la décision d’emploi de cette arme. Il n’en a rien été et la surprise vient davantage du fait que ce risque ait été évoqué. Une telle évolution était inenvisageable et ce pour deux raisons :

  • En premier lieu le rappel de l’unicité de décision d’emploi de l’arme nucléaire figurait dans la Revue nationale stratégique publiée en juillet 2025 : on voit mal pourquoi le président de la République serait revenu sur un principe qu’il avait approuvé neuf mois plus tôt ;
  • Le principe de l’unicité d’emploi dépend de l’arme en elle-même qui est, du fait de sa puissance exceptionnelle, radicalement différente de toute arme conventionnelle. On ne peut partager la décision ultime d’employer une telle arme et tous les dirigeants des pays qui possèdent l’arme nucléaire appliquent le même raisonnement. C’est donc un principe intangible. Il n’y a aucun risque que ce principe soit abandonné un jour et cela est vrai pour toutes les puissances nucléaires.

La dissuasion avancée ce n’est pas la dissuasion élargie. Ce n’est pas une révolution, ce n’est qu’une évolution tendancielle qui a commencé dès les années 1990. Notre responsabilité mais aussi nos intérêts en matière de défense ne se limitent pas à la défense des frontières de la France : Emmanuel Macron l’a rappelé lors de son discours, François Mitterrand l’avait déjà dit de manière très imagée en citant une anecdote lors de son discours sur la dissuasion de 1994. Répondant en 1987 à une question de Margaret Thatcher sur l’utilisation de l’arme nucléaire française, il indiquait que « si les Russes étaient à Bonn la guerre était perdue », et précisait que la dissuasion nucléaire française devait jouer dès le stade de déclenchement d’un conflit avec l’URSS et non quand il était trop tard[1].  On peut ajouter que dès la déclaration de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) d’Ottawa en 1974, les pays membres de l’OTAN, dont la France, avaient souligné que les forces nucléaires du Royaume-Uni et de la France étaient « en mesure de jouer un rôle dissuasif propre contribuant au renforcement global de la dissuasion de l’Alliance ».

Alors qu’est-ce qui a changé en ce 2 mars 2026 ?

En premier lieu, il y a un contexte stratégique bien plus menaçant qu’il y a 30 ans avec un pays, la Russie, qui menace clairement l’Europe. Parallèlement les États-Unis souhaitent que les Européens fassent plus pour leur défense, ce qui est légitime, mais on se demande jour après jour si ce pays est toujours prêt à se mobiliser pour défendre l’Europe si nous sommes attaqués : l’effet Trump, avec sa relation au minimum ambigüe avec Vladimir Poutine est indéniable. Il y a donc une demande de la part de nos partenaires européens pour que la France s’engage plus dans la défense de l’Europe alors que la France de son côté souhaite que l’Europe de la défense devienne une réalité et que le rôle de Paris soit affirmé et reconnu dans cette défense de l’Europe. Il y avait donc un intérêt commun à agir afin de reconnaitre plus nettement le rôle de la dissuasion nucléaire française dans la défense de l’Europe, et ce sans que la souveraineté de la France sur sa force de dissuasion ne soit remise en cause par cet accord.

Qu’est-ce que la dissuasion avancée ?

En premier lieu, la dénomination de dissuasion avancée ne peut se comprendre que pour la distinguer de la dissuasion élargie des États-Unis dans le cadre de l’OTAN. C’est aussi un moyen d’éviter toute ambiguïté sur une éventuelle automaticité de l’emploi de notre force de dissuasion si l’un de nos partenaires européens était attaqué.

Il y a deux composantes dans la dissuasion avancée.

Le premier est celui d’exercice mettant en œuvre la dissuasion nucléaire en la couplant avec les forces conventionnelles des pays.  L’intérêt de ces exercices est de permettre à ces pays d’assimiler en quelque sorte la grammaire de la dissuasion nucléaire. Les exercices sont basés sur des scénarios, ce qui signifie qu’il y aura un apprentissage à la dissuasion nucléaire et donc une meilleure compréhension de celle-ci et notamment de son articulation avec les forces conventionnelles. Cela conduit également à mettre en place une forme de coopération renforcée dans le domaine de la défense avec les pays intégrant la dissuasion avancée avec « un travail commun sur la menace et le renseignement et des moyens de communication spécifiques ». Le mécanisme mis en place ressemble fortement à ce qui avait déjà été initié avec l’initiative européenne d’intervention (IEI) lancée en 2018 : c’est-à-dire créer une culture stratégique commune qui s’applique dans ce cas à la dissuasion nucléaire et non aux opérations extérieures : le Royaume-Uni qui n’est pas membre de l’Union européenne est d’ailleurs intégré dans la dissuasion nucléaire avancée comme il l’était dans l’initiative européenne d’intervention.

La deuxième composante est la possibilité de déployer des capacités nucléaires sur les pays ayant rejoint la dissuasion avancée. Mais il est précisé que ce sera « le déploiement de circonstances d’éléments de forces stratégiques chez nos alliés. », « les forces aériennes stratégiques pouvant se disséminer dans la profondeur du continent européen ». Comme dans tout discours sur la dissuasion, les mots ont été choisis soigneusement et cela signifie sans doute que ces déploiements ne seront pas permanents, à l’instar des armes nucléaires des États-Unis dans le cadre de l’OTAN, mais uniquement en cas de crise ou de menace faisant craindre une action militaire majeure et imminente de la Russie. On est bien dans une configuration complémentaire de la dissuasion qui est complémentaire de celle dans le cadre de l’OTAN avec les moyens nucléaires états-uniens.

Aspects conventionnels et relation avec les États-Unis : les autres points majeurs du discours du président

La dissuasion avancée implique aussi des initiatives relatives aux forces conventionnelles : c’est un des aspects novateurs de la proposition française.

Un des risques qui pèse en effet sur les Européens est celui du contournement par le bas de la dissuasion en raison de l’insuffisance des capacités conventionnelles. C’est d’ailleurs ce qui est demandé par les États-Unis et ce qu’a formalisé le sous-secrétaire d’État à la politique de défense du ministère de la Guerre des États-Unis Edridge Colby lors de la réunion ministérielle de l’OTAN le 9 février 2026. Emmanuel Macron cite trois domaines conventionnels prioritaires en lien avec la dissuasion qui doivent faire l’objet d’un effort particulier :  l’alerte avancée, la défense aérienne élargie et les protections antimissiles et antidrones ainsi que les capacités de frappe dans la profondeur. Il faut noter que le deuxième domaine, celui de la défense aérienne élargie, concerne les moyens que l’Allemagne avait décidé de développer dans le cadre de l’initiative European Sky Shield Initiative (ESSI) lancée en octobre 2022. À cette époque la France avait critiqué l’initiative allemande pour trois raisons :

  • Les Français n’avaient pas été associés à l’initiative ;
  • Les équipements militaires proposés dans le cadre d’ESSI étaient principalement états-uniens et israéliens ;
  • La France considérait qu’il était nécessaire d’inscrire une telle initiative dans un cadre doctrinal plus large ne se limitant pas à l’acquisition d’équipements et qu’il fallait notamment y inclure la dissuasion nucléaire. 

De ce fait le projet de dissuasion avancée semble, pour partie tout au moins, répondre aux attentes et critiques que la France avait formulées en 2022 en réintroduisant l’initiative allemande dans un cadre plus large. Mais il faut attendre bien entendu les développements à venir dans les semaines à venir pour savoir si Français et Allemands partagent maintenant une analyse commune ou tout au moins compatible sur ce sujet.

L’autre point concerne la relation avec les États-Unis et l’articulation de la dissuasion avancée avec la dissuasion élargie dans le cadre de l’OTAN. Emmanuel Macron a bien insisté sur le fait que la dissuasion nucléaire française était indépendante de celle de l’OTAN, que l’initiative était complémentaire de ce qui existait dans l’OTAN et que la démarche entamée s’était déroulée « en toute transparence avec les États-Unis ». La déclaration Macron-Merz publiée le même jour semble aller plus loin en parlant de « coordination avec les États-Unis ». Sur ce sujet quelques interrogations subsistent néanmoins. En premier lieu, si Edridge Colby lors de la réunion ministérielle de l’OTAN le 9 février 2026 avait indiqué que les Européens étaient en première ligne avec leurs moyens conventionnels pour défendre l’Europe au sein de l’OTAN c’était aussitôt pour rappeler que les États-Unis continueraient à fournir les moyens de la dissuasion nucléaire élargie. Une question va donc se poser nécessairement en cas de crise majeure : quelle coordination y aura-t-il entre la dissuasion avancée de la France, qui suppose le cas échéant le déploiement de Rafale équipés d’armes nucléaires dans les pays européens participants à la dissuasion avancée, et la dissuasion états-unienne élargie dans le cadre de l’OTAN avec les bombes B61 déployées en Italie, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, et en Turquie. Il faudra nécessairement qu’une coordination existe entre les deux ou à défaut que soit la composante otanienne avec les moyens états-uniens s’efface, ce qui signifierait que la garantie de sécurité nucléaire états-unienne n’existe pas, soit la composante française s’efface ce qui signifierait que le déploiement des armes nucléaires françaises dans ces pays européens serait impossible. La dernière explication possible est une démarche délibérée des États-Unis et de la France pour rester dans l’ambiguïté afin de rendre le calcul de la Russie encore plus difficile face à ces deux dissuasions complémentaires. Comme on le voit, il reste beaucoup d’inconnus à lever à ce niveau.

[1] Intervention de M. François Mitterrand, président de la République, sur la politique de défense de la France et la dissuasion nucléaire, le 5 mai 1994 à Paris.

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Les droits de l’enfant : comment en faire une priorité de l’aide internationale dans un contexte de baisse des financements ?

mar, 03/03/2026 - 16:52

Dans un contexte de recomposition des équilibres géopolitiques et de priorisation accrue des dépenses sécuritaires et militaires, comment l’UNICEF analyse-t-il la marginalisation progressive des droits de l’enfant dans les stratégies d’aide internationale des États donateurs ? Face à l’émergence de nouveaux acteurs influents de l’aide (pays du Sud, puissances régionales, financements conditionnés), comment l’UNICEF préserve-t-il l’universalité et l’indivisibilité des droits de l’enfant, sans les subordonner à des intérêts géopolitiques ou diplomatiques ? Un an après les coupes de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et la baisse significative des financements européens, comment l’UNICEF adapte-t-il sa stratégie pour continuer à défendre les droits de l’enfant sans sacrifier les programmes essentiels ? Face à la concurrence accrue entre crises humanitaires, comment l’UNICEF hiérarchise-t-il ses interventions tout en garantissant le respect des droits fondamentaux des enfants, notamment dans les pays les plus fragiles ? Enfin, quel rôle peuvent jouer la société civile, le secteur privé et les citoyens pour compenser la baisse des financements publics et contribuer à remettre les droits de l’enfant au cœur de l’agenda international ?

Entretien avec Aïda Ndiaye, chargée plaidoyer et programmes internationaux à UNICEF France.

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Macron annonce la dissuasion avancée

mar, 03/03/2026 - 10:52

Lors de son déplacement à l’île Longue en Bretagne, le 2 mars 2026, le président de la République Emmanuel Macron a délivré un discours consacré à l’avenir de la dissuasion nucléaire française, qui a lieu une fois par mandat présidentiel.

Entre guerre en Ukraine, incertitudes sur la garantie américaine et montée des tensions internationales, le président a présenté le concept inédit de « dissuasion avancée ». Que signifie cette évolution ? S’agit-il d’une européanisation de la force nucléaire française ? Cette nouvelle orientation signifie-t-elle que la France partage sa doctrine ou conserve-t-elle le contrôle exclusif de la décision ?

Mon analyse des enjeux stratégiques que soulève ce discours.

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L’autre « État de l’union »

mar, 03/03/2026 - 10:30

Le 24 février, le président Donald Trump a prononcé son discours annuel sur « l’État de l’Union » devant les deux chambres du Congrès, un an après le début de son second mandat. Le discours était long et décousu, rempli d’autosatisfaction euphorique et d’attaques hyperboliques contre son opposition, dans un style qui lui est propre. Les thèmes abordés n’ont surpris personne parmi ceux qui suivent cette administration : les droits de douane, l’immigration, la possibilité d’une « fraude électorale » perpétrée par les démocrates, les succès économiques du président, la criminalité dans les villes dirigées par des démocrates, les risques posés par le régime iranien, les guerres que Trump aurait « terminées », la puissance militaire américaine sous son mandat, etc., etc. Comme à son habitude, le président s’est vanté de toutes les « victoires » remportées par le peuple américain sous sa direction.

Le même soir, les démocrates ont prononcé leur propre discours en réponse. Contrairement au discours présidentiel sur l’« état de l’Union », qui répond à une exigence constitutionnelle obligeant le président à faire « de temps à autre » un rapport au Congrès, la réplique de l’opposition relève d’une tradition relativement récente. Depuis 1966, alors que la télévision devenait un média politique de plus en plus puissant, le parti qui n’occupe pas la Maison-Blanche présente une réponse au discours officiel du président. Cette année, la porte-parole des démocrates, la gouverneure de Virginie Abigail Spanberger, a été chargée de cette tâche par la direction du parti au Congrès. Le discours de Trump, d’une durée de près de deux heures, fut le plus long de l’histoire de la République. La réponse de Spanberger — d’environ douze minutes — fut directe et concise.

L’intervention de la gouverneure dans l’enceinte de la chambre basse de la législature de Virginie en dit long sur la manière dont les démocrates comptent se positionner dans les mois à venir. Qu’avons-nous appris ?

Premièrement, la direction démocrate au Congrès ne semble pas vouloir faire de vagues. Spanberger représentait un choix relativement sûr et modéré pour s’exprimer au nom du parti. Ancienne agente de la CIA, la gouverneure de Virginie est une centriste issue d’un État du Sud devenu progressivement plus favorable aux démocrates ces dernières années, et elle a remporté l’élection haut la main l’an dernier. Le Parti démocrate traverse une période difficile, et ses dirigeants hésitent à prendre des risques à l’ère des bouleversements trumpiens. Or, de nombreux dirigeants plus jeunes, déçus par les résultats mitigés de leur parti lors des élections de 2024, ont plaidé pour une approche plus dynamique et populiste. Des progressistes combatifs et sans concession, comme la députée new-yorkaise Alexandra Ocasio-Cortez et le maire de New York Zohran Mamdani, incarnent l’avant-garde de cette orientation. Le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, et le chef de la minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, ont toutefois décidé de ne pas s’engager dans cette voie pour l’instant.

Pourquoi ? En partie parce que l’attention se porte clairement sur les élections de mi-mandat en novembre prochain. La majorité républicaine à la Chambre ne tient plus qu’à une voix, et les démocrates espèrent reprendre le contrôle de cette assemblée. Ils entrevoient même une voie étroite, quoique difficile, pour reconquérir le Sénat. Trump obtient de mauvais résultats dans les sondages, y compris sur des thèmes qui lui ont souvent été favorables comme l’immigration et l’économie, et traditionnellement le parti du président en exercice perd des sièges lors des élections de mi-mandat. Les démocrates ont récemment remporté plusieurs succès électoraux, notamment l’élection de Spanberger et celle de son homologue gouverneur dans le New Jersey. Ce n’est pas le moment, semble-t-il avoir été décidé par les dirigeants du Congrès, de mettre en péril ce qui s’annonce comme une performance prometteuse. Cela ne signifie pas pour autant que le débat soit clos à l’approche de l’élection présidentielle de 2028.

Le discours de Spanberger a également mis en évidence le plan d’attaque des démocrates. La gouverneure a posé trois questions fondamentales à son auditoire : « Le président travaille-t-il à rendre la vie plus abordable pour vous et votre famille ? Le président œuvre-t-il à assurer la sécurité des Américains, ici et à l’étranger ? Le président travaille-t-il pour vous ? » Il n’est pas surprenant qu’elle ait commencé par la question du « coût de la vie », talon d’Achille de Biden et qui promet de l’être aussi pour Trump. Le président était manifestement sur la défensive sur ce point et s’est longuement étendu sur la baisse des prix sous son administration, affirmant que les démocrates étaient responsables du problème. Elle a soutenu que les droits de douane imposés par Trump constituaient en réalité une taxe massive sur les Américains, renchérissant le coût des biens pour les consommateurs. Spanberger a également insisté sur les risques liés au déploiement d’agents de l’immigration dans les villes américaines et mis en garde contre les dangers des politiques de Trump à l’égard de l’Iran ou de la Chine. Elle a en outre dénoncé la corruption personnelle du président. Autant de thèmes que l’on entendra probablement tout au long de la campagne.

Retrouvez régulièrement les éditos de Jeff Hawkins, ancien diplomate américain, chercheur associé à l’IRIS, pour ses Carnets d’un vétéran du State Department.

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Le conflit en Iran fait ressurgir la peur des conséquences d’un blocage du détroit d’Ormuz sur l’économie mondiale

lun, 02/03/2026 - 17:58

Quelle est la place de l’Iran sur les marchés pétroliers et gaziers mondiaux ?

En 2025, l’Iran a produit environ 3,3 millions de barils par jour (mb/j) de pétrole brut et autour de 1,3 mb/j de distillats. Le pays représente ainsi environ 4,5 % de l’offre pétrolière mondiale et est, en janvier 2026, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le quatrième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), derrière l’Arabie saoudite (10,28 mb/j), l’Irak (4,34 mb/j) et les Émirats arabes unis (3,6 mb/j). Malgré son poids dans l’Organisation, l’Iran n’exporte qu’environ 1,5 mb/j de pétrole brut et de distillats. Certes les exportations iraniennes ont largement augmenté depuis 2020, période durant laquelle elles étaient tombées à leur plus bas niveaux des dernières années (0,4 mb/j), toutefois la structure des exportations s’est progressivement resserrée autour de la seule Chine. Pékin est en effet aujourd’hui la destination de plus de 90 % des exportations iraniennes contre moins de 25 % en 2017 ! Sur les marchés gaziers mondiaux, le constat est similaire. L’Iran est certes un acteur important avec les deuxièmes réserves mondiales (17,5 %) derrière la Russie (19,9 %) et environ 6,5 % de la production mondiale. Toutefois ses exportations ne représentent que 6,5 % des quantités produites et plus de 93 % du gaz iranien est consommé sur place. Les bombardements observés depuis samedi n’ont pour l’instant pas touchés d’infrastructures pétrolières et gazières (excepté des navires) qui se trouvent dans leur grande majorité dans le sud et le sud-ouest du pays. Pour le pétrole, l’île de Kharg représente à elle seule 90 % des exportations de pétrole brut. Dès lors les risques de déstabilisation des marchés énergétiques mondiaux par la seule coupure des exportations iraniennes restent faibles. Les marchés pétroliers sont sous-pressions non pas en raison des seuls bombardements sur l’Iran mais face au risque global de déstabilisation de la région et de leurs flux pétroliers dans le détroit d’Ormuz.

Le détroit d’Ormuz reste toujours ainsi stratégique dans la géopolitique mondiale de l’énergie ?

Oui le détroit d’Ormuz est encore aujourd’hui l’un des points névralgiques les plus importants de la géopolitique énergétique mondiale. Et le conflit en Iran fait ressurgir la peur des conséquences d’un blocage du détroit d’Ormuz sur l’économie mondiale. Le détroit d’Ormuz, qui relie le golfe Persique et le golfe d’Oman, est situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman. Il mesure environ 63 km de long pour environ 40 km de large à l’endroit le plus resserré et ses couloirs de navigation ne dépassent pas 3,7 km. Ormuz a une triple importance stratégique. En 2025, sur les 102 millions de barils de pétrole (mb/j) consommés par jour au niveau mondial, près de 76 mb/j ont été transportés par voie maritime. La majeure partie d’entre eux a emprunté le détroit de Malacca (23,7 mb/j) et le détroit d’Ormuz (20,1 mb/j). Ainsi le seul détroit d’Ormuz voit passer près de 20 % du pétrole consommé au niveau mondial. Une grande partie des exportations des principaux pays producteurs de la région (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Iran, Irak, Koweït et Qatar) passe par ce dernier, dont plus de 75 % ont pour destination l’Asie. C’est donc ce goulot d’étranglement spécifique qui inquiète les marchés. Il faut également rajouter que les approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL), notamment en provenance du Qatar utilisent le même trajet et 20 % des flux mondiaux de GNL y transitent. Il est également le point de passage final de l’ensemble des échanges commerciaux dans le golfe Persique, lieu d’affrontement durant la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988, et avec les États-Unis en 1987 et 1988 durant la guerre des tankers. Enfin, le détroit d’Ormuz est le principal objet de chantage et un véritable outil de pression de l’Iran envers ses voisins et les États-Unis. Mais, même au plus fort du conflit Iran-Irak durant les années 1980 ou durant les guerres du Golfe, il n’avait jamais été fermé, remettant en question la volonté et la capacité de l’Iran à le bloquer. Cependant la volonté des gardiens de la révolution de fermer le détroit et d’entrer dans une logique du pire est aujourd’hui affirmée et, avec les bombardements iraniens observés dans les pays du golfe Persique ce week-end, la situation se complique sensiblement.

Les bombardements en Iran interviennent dans une conjoncture particulière sur les marchés pétroliers qui pourraient limiter une hausse durable des prix ?

Les principales incertitudes aujourd’hui tournent autour de deux questions : la durée du conflit et son impact sur les flux pétroliers dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz. Ce dimanche, deux navires ont ainsi été touchés, ce qui pourrait augurer le pire en matière de conséquences économiques et environnementales. De manière générale ce sont les évènements géopolitiques observés depuis janvier 2026 notamment au Venezuela et dans une moindre mesure les diminutions de la production au Kazakhstan et en Russie qui ont permis aux cours du pétrole de se maintenir autour de 60 dollars le baril. En février 2026, les cours du pétrole brut Brent se sont hissés à environ 70 dollars en raison des tensions observées entre les États-Unis et l’Iran et l’absence d’avancée concrète dans les négociations. Qui peut dire à combien peut monter le pétrole dans un contexte de blocage total du détroit ? En juin 2025, lors de bombardements américains sur les installations nucléaires iraniennes (guerre des 12 jours), les prix avaient augmenté de près de 15 % pour atteindre plus de 80 dollars, avant de retourner vers leur niveau d’équilibre à moins de 70 dollars. Lundi 2 mars à l’ouverture des marchés ils ont atteint environ 80 dollars mais les incertitudes demeurent. Les prix risquent d’évoluer au gré des développements observés dans la zone et la crainte reste une hausse continue à plus de 100 dollars, impactant une croissance mondiale déjà affaiblie par les questions douanières et les aléas géopolitiques depuis début 2026. Certains acteurs semblent avoir pris leurs précautions puisque les exportations de pétrole brut avaient accéléré depuis près d’une semaine dans le Golfe. En outre, les principaux pays de l’OCDE disposent de stocks stratégiques (environ 90 jours d’importations nettes pour les pays membres de l’AIE) qui peuvent limiter la hausse des prix en rassurant les marchés. Et certains pays du golfe Persique peuvent également détourner une partie des flux vers la mer Rouge à travers leur réseau d’oléoduc. L’Arabie saoudite a ainsi une possibilité de détourner 60 % de ses exportations de pétrole brut (8,2 mb/j en 2024), tout comme les Émirats arabes unis ou le Qatar pour le gaz via le port de Fujairah dans le golfe d’Oman[1]. L’OPEP qui s’est réunie le 1er mars, a décidé de son côté d’augmenter ses quotas de production de 206 000 barils par jour, ce qui reste faible au regard des évènements survenus ce week-end. Les alternatives restent ainsi limitées puisque le contournement maximum de cargaisons du détroit laisserait tout de même une perte estimée entre 8 et 10 millions de barils pour les marchés. Plus globalement dans un contexte de crise, c’est la peur qui imprègne les marchés. Elle fait ressurgir le spectre d’une crise comparable aux chocs pétroliers de 1973-1974 et de 1979 qui avaient précipité l’économie mondiale dans la récession. Elle révèle notamment l’importance toujours prégnante du pétrole pour les économies et la nécessité d’accélérer les politiques de décarbonation du secteur du transport. La décarbonation est le meilleur levier pour limiter les conséquences des risques géopolitiques sur les marchés pétroliers.

Les bombardements interviennent pourtant dans une période plutôt particulière sur les marchés pétroliers. Ces derniers étaient, début 2026, en fort déséquilibre en raison d’une demande plus faible qu’attendue et que l’AIE a encore révisé à la baisse dans son dernier Oil Market Report de février 2026 (de + 0,93 mb/j à 0,85 mb/j) et d’une croissance importante de l’offre pétrolière. L’AIE estimait ainsi une situation d’excédent d’offre pétrolière à environ 3,7 mb/j en 2026 quand le département américain à l’énergie l’estimait de son côté à 3,1 mb/j contre 2,7 mb/j en 2025. Les fondamentaux de marchés avant le conflit invitaient plutôt à considérer des prix bas (autour de 60 dollars) pour 2026 et 2027. Les marchés pétroliers étaient ainsi en importante transformation. D’une part en raison des politiques de décarbonation, la croissance de la demande pétrolière ralentit et se trouve tirée exclusivement par les pays non-OCDE. D’autre part si la Chine a tiré la croissance mondiale de pétrole sur la dernière décennie, la croissance de sa demande a fortement ralenti et l’Inde pourrait devenir rapidement le principal moteur. Enfin du côté de l’offre, les politiques de l’OPEP et des autres producteurs restent fondamentales. En 2026, l’ensemble des Amériques (Argentine, Brésil, Canada, États-Unis et Guyana) pourrait à eux seuls ajouter 1,3 mb/j à l’offre mondiale Un choc pétrolier n’est donc pas inenvisageable à court terme au vu des développements observés dans le golfe Persique, mais 2026 ne sera pas 1974 en raison d’une intensité pétrolière moindre pour l’économie mondiale et avec des fondamentaux de marchés qui invitent plutôt à envisager des prix bas pour les années à venir.

[1] Passages stratégiques maritimes et sécurité énergétique européenne : bouleversements géopolitiques et stratégies de mitigation, rapport de l’Observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques, n°22, juillet 2025.

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Iran : le régime décapité, et après ?

lun, 02/03/2026 - 12:23

Une opération israélo-américaine lancée le 28 février a éliminé l’ayatollah Khamenei et plusieurs hauts responsables iraniens. Malgré ce coup porté au sommet de l’État, le régime se maintient. Déjà contesté à l’intérieur, entouré d’ennemis, sans soutien de la part de ses partenaires des BRICS, sera-t-il capable de durer ? Par quel degré de répression ?

La riposte iranienne contre les pays arabes voisins ouvre la voie à un conflit régional élargi, aux conséquences potentiellement bien plus vaste. Du côté des États-Unis, c’est la division qui prévaut : seule une minorité soutient l’action militaire, y compris au sein de la base MAGA.

Au-delà des dilemmes stratégiques pour Washington et Tel-Aviv sur qui pèsent des risques d’enlisement, se pose la question des violations du droit international d’une telle opération. Mon analyse.

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Attaques israélo-états-uniennes contre l’Iran : quelles conséquences sur les monarchies du Golfe ?

lun, 02/03/2026 - 12:18
Les pays du Golfe face à un voisinage contraint

Devant cette menace, les monarchies du Golfe se sont rapprochées de l’Occident honni par Téhéran. Elles ont construit leur prospérité sous le parapluie de la protection états-unienne et des pétrodollars alors que l’Iran subissait les conséquences des rêves d’expansion de leurs dirigeants par des sanctions de plus en plus sévères et un isolement progressif.

Pendant ces quatre décennies les monarchies du Golfe, à des degrés divers, ont essayé de contenir l’influence de leur remuant voisin. Une grande partie du commerce sous embargo vers l’Iran passait par Dubaï tandis qu’Oman, fort de sa neutralité affichée, essayait de jouer les facilitateurs ou « de boîte aux lettres » entre les Téhéran et Washington. La première partie des négociations sur l’accord sur le nucléaire iranien a débuté à Mascate en Oman en 2011. Depuis lors, le sultanat entretient de bonnes relations avec la République islamique d’Iran mais n’a jamais été très proche. Les Omanais se sont toujours méfiés de leur voisin avec lequel ils partagent le contrôle du détroit d’Ormuz.

Le Qatar quant à lui a essayé de son côté de maintenir des relations de bon voisinage avec Téhéran.

Bahreïn a toujours eu des relations compliquées avec la République islamique d’Iran. La famille Al-Khalifa, au pouvoir et de confession sunnite, soupçonne Téhéran de soutenir la composante chiite (représentant environ 50 % de la population) et de fomenter des troubles dans le pays. À ce titre, les évènements de 2011 qui ont fait vaciller le trône sont très vivaces dans la mémoire des Bahreïnis.

Autre grande puissance du Golfe, l’Arabie saoudite possède également une composante chiite, bien que minoritaire et sur sa façade orientale. La monarchie saoudienne gardienne des lieux saints de l’Islam se méfie également de son voisin iranien. À plusieurs reprises des troubles ont été provoqués par Téhéran lors du pèlerinage à la Mecque. La monarchie saoudienne gardienne des lieux saints de l’Islam se méfie de son voisin iranien. Par ailleurs, Riyad voyait avec inquiétude se constituer un « axe de la résistance » dominé par Téhéran autour du Royaume (Hezbollah au Liban, régime d’Assad en Syrie, chiites en Irak et Houthis au Yémen). Un croissant chiite qui avaient des allures d’encerclement quasi-total. Cependant, l’affaiblissement du Hezbollah avec l’élimination par les Tel-Aviv du charismatique Hassan Nasrallah en septembre 2024, la chute du régime d’Assad en décembre de la même année  et les frappes israélo-américaines en juin 2025 ont desserré cet étau.

L’Arabie saoudite qui, contrairement aux Émirats arabes unis et Bahreïn, a fait le choix de ne pas rejoindre les accords d’Abraham, a profité de sa stature de leader régional pour emprunter une autre voie tout en rééquilibrant son alliance avec les États-Unis .

S’il fût un temps il avait été envisagé d’inclure l’Iran (affaibli) dans une architecture de sécurité au Moyen-Orient, un nouvel axe sunnite est en cours de constitution marqué par le rapprochement entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan (seul État musulman à posséder l’arme atomique). Cette nouvelle donne permet aux saoudiens de ne pas dépendre exclusivement des États-Unis pour leur sécurité.

Quelles réactions les attaques iraniennes risquent-elles de susciter auprès des pays du Golfe ?

En s’attaquant à ses voisins du Golfe l’Iran a pris le risque de rompre l’équilibre fragile qui s’était instauré au fil des ans. Pour l’instant, les pays attaqués sur leur sol n’ont pas répliqué mais qu’en sera-t-il si ces pays décidaient de le faire ? La plupart de ces pays sont liés par des accords de défense avec les États-Unis mais également avec la France et le Royaume-Uni. La France sera-t-elle contrainte de participer à la défense des Émirats arabes unis en vertu des accords de défense qui les lient ? L’attaque contre la base d’Al Dhaffra restera-t-elle sans conséquence ?

Même le Sultanat d’Oman n’a pas été épargné par les missiles iraniens qui ont visé le port de Doqum (où Britanniques et États-Uniens bénéficient de facilités portuaires). En n’épargnant pas le Sultanat, l’Iran se prive d’un précieux soutien et notamment du seul pays « ami » de la région qui s’est beaucoup dépensé pour aboutir à un accord qui aurait évité l’attaque américaine. Il est peu probable que les Omanais ne réagissent pas à la fermeture du détroit d’Ormuz dont ils partagent le contrôle avec l’Iran.

Les attaques du 28 février 2026 plongent la région dans l’inconnu et risquent d’avoir des retombées imprévisibles. Il est encore trop tôt pour prévoir les conséquences des attaques en cours sur l’Iran. Le régime des Mollahs et des Gardiens de la révolution va-t-il s’effondrer ou vaciller après l’élimination de Ali Khamenei le Guide suprême. Qui sera envisagé pour remplacer la théocratie et les Pasdarans ? Nul ne le sait encore. Le pouvoir iranien a-t-il les ressources pour survivre et sous quelle forme ? En cas de chaos comment gérer le voisinage d’un pays qui compte 85 millions d’habitants ? Toutes ces questions demeurent pour l’instant sans réponse.

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Value Chains and Security of Supply for Environmental and Energy Transitions-Enabling Technologies in the Defence Sector

lun, 02/03/2026 - 12:00

The increase in defence spending in the last years has prompted new equipment acquisitions of defence equipment that European countries have primary focused to replenish inventories. In view of the European Union’s 2030 Green Deal goals, what is the impact of the acquisitions on the environmental and energy transition in defence and what are the required critical raw materials (CRM)? This commentary investigates the geopolitical importance of critical raw materials (CRM) for defence and green transition and assesses how disruptions of the related supply chain can affect defence in Europe. After delineating the major European measures and activities implemented to ensure security of supply, the commentary concludes by arguing that steps taken for a wider use of alternative materials, sources, international partnerships and increased recycling of materials might not be enough to ensure both conventional defence production and environment and energy transition in defence.

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Les Lazes de Turquie, une minorité oubliée ?

ven, 27/02/2026 - 16:59

Le processus de paix amorcé depuis fin 2024 entre l’État turc et le PKK replace au cœur des débats la question de l’inclusion des minorités ethno-culturelles au sein de la République de Turquie. Tuncer Bakırhan, co-dirigeant du parti de gauche multiculturaliste DEM et intermédiaire clef entre le leader emprisonné du PKK Abdullah Öcalan et l’État, a ainsi déclaré en janvier 2026 qu’était venu le temps « de reconnaître la réalité kurde ». Résumer la question de l’inclusion des minorités à cette seule cause serait pourtant une erreur. La mosaïque culturelle du pays se compose également de groupes plus discrets, à l’image des Lazes qui peuplent les côtes de la mer Noire proches de la Géorgie. Cette population apparaît
comme relativement bien intégrée à l’État-nation turc et peu revendicatrice de sa différence. Au contraire, les Lazes sont même souvent considérés comme plus conservateurs et nationalistes que le moyenne. Le président Recep Tayyip Erdoğan n’hésite d’ailleurs pas à instrumentaliser cette communauté pour mieux critiquer l’activisme politique kurde. Pourtant, les Lazes sont eux aussi porteurs de certaines revendications concernant la préservation de leur culture et en particulier leur langue, considérée comme « en voie de
disparition » par l’UNESCO.

Se pencher sur leur situation, au moment où s’écrit un nouveau chapitre de la question des minorités en Turquie, permet une compréhension plus fine des enjeux liés à cet enjeu capital pour le pays.

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