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Diplomacy & Defense Think Tank News

Aid for trade, political ties, and global value chains: a regime-dependent effect?

This paper investigates the impact of aid for trade (AfT) targeted at trade policies on the participation of recipient countries in global value chains (GVCs), and how this impact varies with their prevailing political regimes. In democratic countries, the need for the authorities to account for the interests of various stakeholders (e.g., lobbies, trade unions) can compromise the allocation, use, and effectiveness of AfT. In contrast, less democratic regimes are typically more insulated from political pressures, which may lead to more effective outcomes of aid. At the same time, integration into some complex GVCs requires efficient and democratic institutions, to which these products are sensitive. Employing a sample of 110 countries and data covering 2002-2018, we control for standard determinants of GVC participation, while examining the effect of AfT and the moderating role of the political regime in place. Our estimation addresses the endogeneity of aid through an appropriate instrumentation strategy. Our results suggest that the effect of AfT is mostly positive in autocratic regimes, indicating more effective trade policy reforms. When we account for regional disparities, we find evidence that AfT for trade policy is also impactful in some democratic regimes. This might suggest that the efficacy of AfT is not strictly regime-dependent, but hinges on the government’s commitment to carry out significant reforms leading to greater participation in the global economy.

Aid for trade, political ties, and global value chains: a regime-dependent effect?

This paper investigates the impact of aid for trade (AfT) targeted at trade policies on the participation of recipient countries in global value chains (GVCs), and how this impact varies with their prevailing political regimes. In democratic countries, the need for the authorities to account for the interests of various stakeholders (e.g., lobbies, trade unions) can compromise the allocation, use, and effectiveness of AfT. In contrast, less democratic regimes are typically more insulated from political pressures, which may lead to more effective outcomes of aid. At the same time, integration into some complex GVCs requires efficient and democratic institutions, to which these products are sensitive. Employing a sample of 110 countries and data covering 2002-2018, we control for standard determinants of GVC participation, while examining the effect of AfT and the moderating role of the political regime in place. Our estimation addresses the endogeneity of aid through an appropriate instrumentation strategy. Our results suggest that the effect of AfT is mostly positive in autocratic regimes, indicating more effective trade policy reforms. When we account for regional disparities, we find evidence that AfT for trade policy is also impactful in some democratic regimes. This might suggest that the efficacy of AfT is not strictly regime-dependent, but hinges on the government’s commitment to carry out significant reforms leading to greater participation in the global economy.

Aid for trade, political ties, and global value chains: a regime-dependent effect?

This paper investigates the impact of aid for trade (AfT) targeted at trade policies on the participation of recipient countries in global value chains (GVCs), and how this impact varies with their prevailing political regimes. In democratic countries, the need for the authorities to account for the interests of various stakeholders (e.g., lobbies, trade unions) can compromise the allocation, use, and effectiveness of AfT. In contrast, less democratic regimes are typically more insulated from political pressures, which may lead to more effective outcomes of aid. At the same time, integration into some complex GVCs requires efficient and democratic institutions, to which these products are sensitive. Employing a sample of 110 countries and data covering 2002-2018, we control for standard determinants of GVC participation, while examining the effect of AfT and the moderating role of the political regime in place. Our estimation addresses the endogeneity of aid through an appropriate instrumentation strategy. Our results suggest that the effect of AfT is mostly positive in autocratic regimes, indicating more effective trade policy reforms. When we account for regional disparities, we find evidence that AfT for trade policy is also impactful in some democratic regimes. This might suggest that the efficacy of AfT is not strictly regime-dependent, but hinges on the government’s commitment to carry out significant reforms leading to greater participation in the global economy.

INTERVIEW: NATO’s plan to absorb US force shift is ‘in place’, military chief says

Euractiv.com - 8 hours 11 min ago
Stronger European capabilities won't undermine NATO role, says admiral Cavo Dragone

Ce que les échecs et le go nous disent du monde… et en quoi l’échiquier de Machiavel dit tout autre chose

IRIS - Wed, 08/07/2026 - 18:19

Presque tout le monde connaît les échecs, les initiés connaissent le go, presque personne ne connaît le Djambi ; voilà une assomption qui nous semble représentative de la popularité de ces trois jeux de stratégie. Mais, il est encore plus probable que le rapport entre ces jeux et des cultures stratégiques soit largement ignoré, ce quel que soit le degré de familiarité du lecteur avec ces jeux[1]. Pourtant, s’asseoir devant un échiquier, ne conduit pas seulement à déplacer des figurines en bois sur des cases noires et blanches, mais aussi à épouser, sans le savoir, toute une manière de penser. Les règles qui paraissent aller de soi sont en réalité les cristallisations d’une vision du monde, en l’occurrence, de celle qui s’est élaborée en Occident au fil des siècles. Passer au jeu de go, poser ses premières pierres sur les intersections d’un goban, c’est basculer dans un autre univers mental. Une autre partie qui commence, une autre philosophie qui se matérialise dans l’espace physique, métaphorique et symbolique. Chaque société développe une manière propre de concevoir l’art d’atteindre ses objectifs, rarement formulée et toujours héritée. Un Français fait spontanément de la stratégie à la française, comme un Japonais à la japonaise, et il faut souvent le détour par une culture étrangère pour prendre conscience de la sienne. Les jeux, précisément, permettent ce détour. Ils sont des condensés, des maquettes voire des mini-mondes où se lisent les principes qui gouvernent nos manières d’agir.

Qui commence, et par où ?

Des différences s’observent dès le premier coup d’une partie (cf. Figure 1). Aux échecs, ce sont les blancs qui commencent, c’est-à-dire, métaphoriquement : la lumière. Au go, ce sont les noirs, c’est-à-dire l’obscurité. Cela s’explique car en Chine, le jour commence à minuit, il naît dans la nuit d’où lumière va croitre jusqu’à midi, début de la nuit, quand l’ombre va commencer à croitre (principe du Yin & du Yang). Ainsi, dans la culture chinoise, la stratégie commence par ce que l’on ne voit pas. Si tout le matériel, toute la puissance, est visible au départ sur l’échiquier, le goban est vide au début, les dispositions initiales sont imperceptibles. D’un côté, une pensée de la manifestation et de l’affirmation ; de l’autre, une pensée du potentiel qui mûrit dans l’ombre.

L’échiquier de Machiavel ou Djambi, avec ses quatre camps en lice, échappe à la dualité lumière/ombre, blanc/noir, et ne soutient donc ni l’une, ni l’autre des structures métaphoriques ou des cultures stratégiques. L’autre dualisme auquel le Djambi échappe est le rapport vide/plein, comme aux échecs le matériel est présent et exposé en début de partie, mais chaque pièce éliminée va demeurer sur le plateau. Contrairement aux échecs, qui adoptent une dynamique soustractive, ou au go, qui repose sur un principe additif, le Djambi opère dans un système clos. Au Djambi : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ; l’analogie conceptuelle est celle du principe de conservation des masses du chimiste Lavoisier, ou encore du premier principe de la thermodynamique dit « de conservation ». Cette vision engendre une approche stratégique empreinte de pragmatisme, dans la lignée des réflexions réalistes et naturalistes de Machiavel.

Figure 1 : de gauche à droite les positions de départ sur l’échiquier, le goban et le plateau du Djambi.

Le deuxième coup confirme dans les trois cas ce que le premier laissait présager. Aux échecs, on cherche d’emblée à maîtriser le centre, à y concentrer ses forces pour en exclure l’adversaire. Au go, on commence par les bords, dans une apparente dispersion. Pour un joueur formé à l’école occidentale, ce vide central est une épreuve. L’adversaire s’installe quelque part, et le réflexe est de venir immédiatement le contrer localement. La logique du go est diamétralement opposée avec un contre global et distancé, laissant volontairement le centre ouvert pour de futures opportunités. Ces deux jeux se présentent à nouveau comme radicalement antagonistes quand le Djambi, lui, verra un début de partie consacré des manœuvres de réorganisation, de repositionnement des pièces pour protéger les ressources et créer du potentiel d’action, mais surtout à des discussions entre joueurs pour créer des alliances et co-construire des stratégies. L’orthogonalité du Djambi est radicale : l’enjeu est hors du jeu (plateau). La culture stratégique est ici celle du changement de niveaux logiques (méta-points de vue) et de communication.

Détruire ou construire

L’opposition entre échecs et go s’approfondit quand on observe leurs mécaniques de jeu. Aux échecs, on joue par destruction simplificatrice. Gagner consiste souvent à simplifier le potentiel adverse. En capturant littéralement les pièces, enlevées de l’échiquier, on fait le vide autour du roi pour l’atteindre. La partie est une marche vers l’échec et mat, obtenu par soustraction. Cette approche transposée aux relations internationales résulte dans une stratégie qui consiste à affaiblir un adversaire (par des sanctions économiques, des embargos, ou des campagnes de désinformation) visant à l’isoler et à réduire son influence sur la scène mondiale.

Au go, on joue par construction. On pose des pierres, on tisse des relations, on encercle des territoires. Ces territoires sont faits d’intersections vides, et ce vide est fertile. Cette approche stratégique se remarque dans la politique chinoise en Afrique. Plutôt que de chercher à dominer par la force ou la confrontation directe, la Chine investit massivement dans les infrastructures, établit des partenariats économiques et développe des relations diplomatiques solides avec de nombreux pays africains. En construisant des routes, des chemins de fer et des ports, la Chine crée des réseaux d’influence et de coopération qui lui permettent de sécuriser des ressources stratégiques tout en renforçant sa présence sur le continent. Cette stratégie de tissage de relations et d’encerclement de territoires économiques et politiques reflète la philosophie du go, où la patience et la construction progressive mènent à une domination subtile mais efficace. Pierre Fayard (2000) décrit le go comme reflétant la culture stratégique d’une société rurale où la richesse réside dans le soin et la préservation des terres. Cependant, la stratégie chinoise en Afrique, même si elle adopte l’apparence subtile et non confrontationnelle du go, poursuit néanmoins une logique de captation des ressources, cherchant à maximiser l’influence et le contrôle par des moyens économiques plutôt que militaires.

Le Djambi, quant à lui, propose une dynamique hybride. Au Djambi, dans certaines conditions, un joueur peut récupérer les pions d’un adversaire vaincu, ainsi il n’est pas forcément pertinent d’éliminer trop de matériel adverse. De surcroit, les pièces « tuées » ne sont pas enlevées du plateau. Au contraire, les « cadavres » vont constituer des obstacles, métaphoriquement les traces mémorielles et par analogie les ruines des champs de bataille, avec lesquels il faut continuellement composer. Cette mécanique reflète une réalité stratégique contemporaine : les conflits, loin de clarifier le champ d’action, le saturent de résidus matériels et symboliques. Bombardements massifs, destructions d’infrastructures, déplacements forcés de populations : autant de phénomènes qui réorganisent durablement les espaces stratégiques et les options politiques. La violence, dans ce contexte, ne se limite pas à l’élimination des adversaires. Elle produit des résidus qui encombrent les espaces de décision et compliquent les stratégies futures. Ces résidus incluent non seulement des destructions matérielles (bâtiments en ruines, infrastructures détruites), mais aussi des séquelles immatérielles, telles que les traumatismes psychologiques, les humiliations collectives et les stigmates sociaux. À Gaza, les destructions massives et les restrictions de mobilité ne sont pas de simples actes de guerre : elles instaurent une précarité constante, transformant la vie quotidienne en outil de contrôle et de domination.

Cette mécanique du « cadavre qui reste sur le plateau » trouve un écho théorique dans la notion de nécropolitique développée par le philosophe Achille Mbembe. Dans son essai fondateur de 2003, il définit la souveraineté contemporaine non plus seulement comme le pouvoir de faire vivre, mais comme « le pouvoir et la capacité de dire qui pourra vivre et qui doit mourir ». La nécropolitique désigne ainsi la manière dont certains régimes de pouvoir organisent la mort ou son exposition, comme instrument de gouvernement. Ce n’est pas la destruction totale qui est recherchée, mais la production d’un état intermédiaire : des populations maintenues dans ce qu’Achille Mbembe appelle des « mondes de mort » (death-worlds), ni tout à fait vivantes, ni tout à fait mortes, soumises à une précarité permanente qui les rend gouvernables. Le plateau du Djambi illustre précisément cette logique : les pièces « tuées » ne disparaissent pas, elles demeurent, encombrent, contraignent. De même, à Gaza, les destructions d’infrastructures ne visent pas seulement à neutraliser une capacité militaire ; elles fabriquent un espace où la vie ordinaire devient impossible, où chaque déplacement, chaque geste quotidien, est soumis à une permission ou à une interdiction. Achille Mbembe avait d’ailleurs pris la Palestine occupée comme cas paradigmatique de sa réflexion, y voyant la matérialisation d’une souveraineté exercée par la fragmentation territoriale, le contrôle des mobilités et la gestion différentielle de la mort. Ce que le Djambi rend visible sur le plateau, la nécropolitique le rend visible dans l’espace géopolitique : la violence n’efface pas, elle sédimente.

La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine offre une autre illustration de la logique nécropolitique. Les frappes répétées sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes ne visent pas uniquement à affaiblir la capacité de résistance militaire. Elles organisent une dégradation des conditions de vie, exposant des millions de civils à des hivers sans chauffage, à des déplacements forcés, à une précarité qui s’installe dans la durée. Les populations ne sont pas éliminées, mais leur existence est rendue si précaire qu’elles perdent toute capacité d’agir librement. Sur le plateau du Djambi, comme dans ces conflits, les cadavres s’accumulent et reconfigurent durablement les options stratégiques des joueurs. On pourrait convoquer une nouvelle métaphore physique, avec le deuxième principe de la thermodynamique, dit d’entropie, qui établit l’irréversibilité des phénomènes physiques et l’augmentation de l’entropie. Observer ces trois jeux dévoile ainsi des stratégies mais aussi des visions du monde différentes : annihiler pour triompher, construire pour prospérer ou cohabiter avec le chaos pour s’imposer.

Figure 2 : de gauche à droite, des positions de fin de partie aux échecs (moins de pièces), au go (plus de pierres) et au Djambi (même nombre d’agents).

Le rapport à la construction, la destruction ou la transformation renvoie à la notion de valeur. Aux échecs, chaque pièce a sa valeur propre. La reine vaut davantage qu’un fou, un fou davantage qu’un pion. La hiérarchie est inscrite dans les pièces elles-mêmes et cela n’est ni subjectif, ni poétique : les valeurs sont quantifiées[2]. La valeur des pièces n’est que très peu contingente[3], elle est considérée stable au cours du jeu. Au go, toutes les pierres sont égales. Ce qui fait leur force, ce ne sont pas leurs propriétés intrinsèques mais la manière dont elles sont disposées et connectées. La force est relationnelle, jamais essentielle. On n’est pas fort parce qu’on est fort, on est fort parce que la situation nous rend fort. Le Djambi échappe encore à cette distinction, les pièces ne sont pas égales (ni en apparence, ni en puissance) cependant leur valeur varie au gré du contexte et des pièces inutiles et fragiles au début du jeu gagnent en puissance et en utilité a mesure la partie avance et inversement pour d’autres[4]. Ainsi, le Djambi met en évidence un rapport dynamique et contingent à la valeur, elle est fluide et dépendante des événements[5].

Contre l’autre, avec l’autre

Aux échecs, on joue contre l’adversaire. Ses pièces sont à éliminer, son roi à abattre. Au go, on joue avec l’adversaire. Cela ne signifie pas que l’on renonce à gagner, bien au contraire. Mais on ne l’empêche pas de se constituer des territoires, on peut même l’y inciter, pourvu que cette constitution lui coûte énormément de pierres et le concentre localement, libérant d’autant le champ global. L’autre n’est pas un obstacle à détruire, il est un potentiel à utiliser. En suivant Sun Tzu, on reconnaît que ce n’est pas parce que l’autre est un ennemi qu’il ne peut pas me servir. Encore faut-il comprendre comment il fonctionne, ce qui le motive, ce qui le fait bouger. D’où le primat accordé, dans la tradition chinoise, à la connaissance sur les moyens, à l’information, au renseignement.

Le Djambi, lui, dépasse cette opposition entre duel et cohabitation. Il repose sur une logique d’alliance et de trahison, où l’autre peut être simultanément allié, rival, tremplin ou obstacle. Cette complexité stratégique reflète les dynamiques contemporaines des relations internationales, où les acteurs doivent jongler entre coopération et compétition. Les signaux envoyés par les États, qu’il s’agisse d’alliances ou de menaces, sont souvent ambigus et nécessitent une interprétation constante, comme dans les manœuvres du Djambi.

La crise en mer Rouge depuis la fin de l’année 2023 offre une illustration saisissante de cette logique d’alliance instable et de trahison potentielle. Les attaques des Houthis yéménites contre des navires commerciaux dans le détroit de Bab-el-Mandeb ont contraint des dizaines de compagnies maritimes à contourner l’Afrique, allongeant les trajets de plusieurs semaines et renchérissant considérablement les coûts logistiques mondiaux. Dans cette configuration, les Houthis ne jouent pas contre un adversaire unique mais simultanément avec et contre plusieurs acteurs. L’Iran qui les soutient, les États-Unis qui les bombardent, les États du Golfe qui les surveillent, les puissances commerciales mondiales qui subissent les perturbations. Aucun de ces acteurs n’est un ennemi pur ni un allié fiable ; chacun est, selon le moment et l’enjeu, un partenaire de circonstance ou un obstacle à contourner. C’est précisément la logique du Djambi : sur un plateau à quatre camps, l’alliance du moment peut devenir la trahison future, et la neutralité calculée peut valoir mieux que l’engagement franc. La mer Rouge illustre aussi comment un acteur faible peut saturer l’espace stratégique d’un acteur fort, non pas en le détruisant, mais en rendant son terrain d’action plus coûteux et plus incertain, ce que la mécanique des « cadavres » du Djambi traduit avec une précision remarquable.

Dans un registre différent, les relations entre les États-Unis et la Chine autour de Taïwan et de l’Indo-Pacifique incarnent l’opposition entre la logique des échecs et celle du go. Washington tend à raisonner en termes d’alliances formelles, de lignes rouges et de dissuasion directe – une pensée de l’affirmation et de la confrontation frontale, héritée de la culture stratégique occidentale. Pékin, de son côté, avance par encerclements progressifs : construction d’îles artificielles, développement de la Route de la Soie, investissements dans les ports et les infrastructures de pays tiers. Ce n’est pas le centre que la Chine cherche à contrôler en premier, mais les bords, exactement comme au go. La tension entre ces deux cultures stratégiques, l’une cherchant la décision rapide et l’autre le potentiel qui mûrit dans l’ombre, constitue l’un des ressorts profonds de la compétition sino-américaine.

Le guerrier, le sage… et le diplomate

Le sinologue François Jullien (2016) propose deux figures archétypales pour illustrer les orientations stratégiques matérialisées respectivement par les jeux d’échecs et de go. Celle du guerrier pour le joueur d’échecs : armé, engagé dans la bataille, il se tient face à la situation qu’il entend transformer. Il a un plan, il l’applique, il réduit les obstacles. Il maîtrise le monde, il calcule, il optimise. Ce qui compte, c’est l’énergie, la volonté. Pierre Fayard y retrouve la trame narrative hollywoodienne du héros qui triomphe à force de volonté dans un monde où le bien et le mal sont clairement distribués ; et plus profondément, l’héritage monothéiste qui sépare le créateur de sa création, le stratège de son terrain, la fin de ses moyens. Pour le go, c’est la figure du sage qui est proposée. Il ne se différencie pas du milieu dans lequel il agit, il en fait partie. Il est invisible parce qu’il est à l’intérieur. Il n’a pas de plan à imposer, il a une intention. Il cherche à comprendre, à se fondre, à identifier les forces actives et les mouvements qu’il pourrait utiliser. Sa volonté disparaît dans le processus. Comme dans l’aïkido, il ne donne pas de point d’appui à l’adversaire, qui ne sait donc pas contre quoi s’opposer. Il progresse, par petites touches, de l’invisible à l’inexorable. Nous proposons d’associer au joueur de Djambi la figure archétypale du diplomate. Dans un monde fluctuant, il alterne entre la figure du renard et du lion[6]. Il est ambivalent, cultive la virtù et la métisse, autrement dit l’intelligence situationnelle. Il sait vociférer et montrer la force mais aussi rassurer et offrir. On doute tout le temps de sa parole, mais il est impossible de s’en affranchir. Il sait que la politique a sa morale propre et que, comme l’écrit Machiavel, « une guerre est juste quand elle est nécessaire ».

La figure du diplomate Machiavel prend une dimension supplémentaire lorsqu’on la lit à travers le prisme de la nécropolitique. Le diplomate ne se contente pas de négocier la paix ou la guerre : il gère aussi, délibérément, la distribution de la mort et de la vie. Achille Mbembe rappelle que la souveraineté moderne ne s’exerce pas seulement par la force brute, mais par la capacité à décider qui sera protégé et qui sera exposé, qui bénéficiera de garanties juridiques et qui sera laissé dans un état d’exception permanent. Le diplomate du Djambi incarne cette ambivalence : il peut, selon les circonstances, offrir une alliance salvatrice ou retirer sa protection, laissant un allié d’hier à la merci des autres joueurs (Larouzée & Guittet, 2026). Cette logique se retrouve dans les pratiques diplomatiques contemporaines les plus âpres. Lorsque des États puissants conditionnent leur aide humanitaire ou militaire à des concessions politiques, lorsqu’ils utilisent l’accès aux médicaments, à la nourriture ou aux infrastructures comme levier de négociation, ils exercent précisément ce pouvoir nécropolitique que Achille Mbembe décrit : non pas tuer directement, mais décider qui aura les moyens de survivre. La figure du diplomate Machiavel, dans le Djambi comme dans la réalité internationale, est ainsi indissociable de cette gestion stratégique de la vie et de la mort.

Une leçon pour notre temps ?

Pourquoi ce détour par deux jeux antiques et leur comparaison avec un jeu confidentiel et largement oublié ? Parce que le monde dans lequel nous vivons semble résister de plus en plus à des approches manichéennes ou réductrices. Il est interdépendant, une crise localisée entraîne des répercussions mondiales. Il est changeant, les technologies et les usages se transforment à une vitesse record dans l’histoire de notre espèce. Dans les termes d’Olivier Hamant (2023)le monde est devenu fluctuant (dynamique et incertain).D’autant plus incertain, comme le soulignent Bertrand Badré et Saurabh Mishra que « les infrastructures, de plus en plus guidées par des systèmes algorithmiques, tendent à rendre certains futurs inévitables tout en rendant d’autres impossibles à envisager ». Ils poursuivent leur argument ainsi « ce phénomène illustre un danger majeur des dynamiques contemporaines : la perte progressive de la capacité des sociétés à choisir entre des voies concurrentes. Ce nouvel ordre mondial est en train d’être solidifié dans le béton et codé dans le silicium ». La nécropolitique d’Achille Mbembe offre un dernier éclairage. Dans un monde où les conflits ne se terminent plus par des victoires nettes mais par des états de saturation, la question stratégique fondamentale n’est plus « comment gagner ? » mais « comment gouverner les résidus de la violence ? ». Les sociétés qui savent gérer les traumatismes collectifs, les ruines matérielles, les mémoires conflictuelles et les populations déplacées sont celles qui conservent une capacité d’action à long terme. Celles qui cherchent à les nier ou à les effacer par une nouvelle vague de violence s’enfoncent dans une spirale entropique dont le Djambi, avec son plateau qui ne se nettoie jamais, offre la métaphore la plus juste.

Pour Sun Tzu, dans L’Art de la guerre, les armes sont des instruments de mauvais augure dont il ne faut se servir qu’en dernier recours, si tous les autres moyens ont échoué. Toujours en suivant sa pensée, il y a trois grandes voies stratégiques : la ruse, la diplomatie et les armes. On retrouve l’essence de ces trois registres dans le go, le Djambi et les échecs. Ces orientations sont complémentaires, l’enjeu n’est pas de choisir son camp, mais d’élargir son répertoire. Car la culture stratégique, pour reprendre la belle formule de Pierre Fayard, est comme l’agriculture : elle se cultive, s’inspire, s’améliore.

[1] Les origines historiques et les règles des échecs, du go et du djambi sont aisément consultables en ligne, par exemple sur Wikipedia : échecs ; go ; djambi.

[2] La reine vaut 9 points, la tour 5, cavaliers et fou 3, le pion n’en vaut qu’1. Le roi, dont la perte signe la fin de la partie n’a pas de valeur : elle est inestimable.

[3] À bon niveau, on note que dans des positions ouvertes le fou a plus de valeur que le cavalier qui lui s’illustre dans des positions fermées.

[4] Le nécromobile gagne en intérêt à mesure que la partie avance, le diplomate tend, lui, à en perdre.

[5] Comme l’est un Prince de la qualità dei tempi selon Machivael.

[6] Nicolas Machiavel, « Comment les princes doivent tenir leur parole », Chapitre 18 dans Le Prince (1532) : pp.74-77.

Bibliographie

Pierre Fayard, La maîtrise de l’interaction, L’information et la communication dans la stratégie (Paris : Zéro Heure Éditions, 2000).

Olivier Hamant, Antidote au culte de la performance : la robustesse du vivant (Paris : Gallimard, 2023) : pp. 1-63.

François Jullien, La propension des choses. Pour une histoire de l’efficacité en Chine, (Paris : Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 2016).

Justin Larouzée et Emmanuel-Pierre Guittet, « Gestion de crise, prise de décision et engagement : réflexions croisées sur l’utilisation du Djambi comme dispositif ludopédagogique », Revue (In) Disciplines 5, (2026).

Nicolas Machiavel, Le Prince, Traduction par Jean Vincent Périès. Dans Œuvres politiques de Machiavel. Texte établi par Ch. Louandre (Paris : Charpentier, 1855. Première édition, 1532).

Achille Mbembe, « Necropolitics », Public Culture 15, no 1 (2003)‎ : p. 11–40.

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La liberté de la presse en danger. Avec Thibaut Bruttin

IRIS - Wed, 08/07/2026 - 17:47

La liberté de la presse n’a jamais été aussi menacée. Selon le classement annuel publié par Reporters sans frontières (RSF), plus de la moitié des pays du monde se trouvent aujourd’hui dans une situation jugée « difficile » ou « très grave » en matière de liberté de la presse. La montée des régimes autoritaires, la multiplication des conflits armés et les difficultés économiques des médias contribuent à fragiliser les métiers du journalisme. Dans de nombreux États, les autorités renforcent leur contrôle sur l’information en adoptant des législations restrictives envers la presse, en réduisant leurs financements, en exerçant des pressions sur les rédactions ou encore en limitant le pluralisme de l’information. Plus encore, dans certains pays, des journalistes sont emprisonnés ou tués en raison de leur travail. Néanmoins, ce recul ne concerne plus seulement les régimes autoritaires : plusieurs démocraties, à l’image des États-Unis, connaissent-elles aussi une dégradation du paysage médiatique. Face à ces évolutions, la population développe une défiance grandissante à leur égard. Par ailleurs, dans les zones de guerre, le fait de porter la mention « Presse » ne protège plus les reporters, qui deviennent eux-mêmes des cibles d’attaques, comme en témoignent les guerres en Ukraine et à Gaza.

Comment expliquer le recul de la liberté de la presse à l’échelle mondiale ? Pourquoi les démocraties sont-elles elles aussi confrontées à une dégradation de la liberté d’expression ? Comment comprendre la défiance croissante d’une partie de la population envers les médias ? Pourquoi les journalistes sont-ils devenus des cibles lors des conflits ? Comment distinguer une information journalistique de la propagande ou de la désinformation dans un environnement médiatique profondément bouleversé ?

Autant d’enjeux abordés avec Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières (RSF).

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Eurosatory 2026 – “Towards a More Efficient Defence Market”

IRIS - Wed, 08/07/2026 - 11:22

A proposal to revise EU Directive 2009-81 on the defence and security market is currently being prepared. What are the ongoing debates on the future of the EU defence procurement regime? Simplification of procurement rules, European preference, incentives to develop joint procurement, establishment of a single defence market are the topics that were discussed during a round table that ARES Group organised during the Eurosatory exhibition, a panel dedicated to the defence internal market. Find enclosed the main exchange of this debate between European commission and representatives of the defence industry.

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En Colombie et au Pérou, la victoire des droites et ses limites

IRIS - Wed, 08/07/2026 - 10:56
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Deux nouvelles élections présidentielles, en Colombie et au Pérou, confirment l’essor des droites radicales en Amérique latine.

Dimanche 21 juin 2026,Abelardo de la Espriella (Défenseurs de la patrie) est devenu le 44e président de la Colombie au terme d’une élection marquée par deux records : un taux de participation de 63 % des électeurs, le plus élevé lors d’un scrutin présidentiel depuis 1998, et l’étroitesse de l’écart final ayant départagé les deux candidats du second tour. En effet, une différence de moins de 1 % des voix (un peu plus de 251 000 suffrages sur plus de 26 millions de votes au total) a permis à l’avocat de 47 ans, novice en politique, de l’emporter sur son concurrent Iván Cepeda. Ce dernier était le candidat du Pacte historique, le parti de centre-gauche au pouvoir depuis 2022 sous la présidence de Gustavo Petro.

Au Pérou, Keiko Fujimori, fille de l’autocrate Alberto Fujimori (1990-2000), a vu sa victoire confirmée par les autorités électorales le 29 juin, après trois semaines de vérification des résultats du second tour de l’élection présidentielle, organisé le 7 juin. Elle affrontait le candidat de gauche Roberto Sanchez, héritier politique de l’ancien président Pedro Castillo (2021-2022), destitué par le Congrès puis condamné, le 27 novembre 2025, à onze ans de prison pour « conspiration en vue d’une rébellion » après avoir dissous le Congrès – alors dominé par le parti Force populaire de KeikoFujimori – en décembre 2022. Après trois tentatives infructueuses (2011, 2016, 2021), dans un pays qui a connu huit présidences depuis 2016, Keiko Fujimori a remporté le scrutin avec 50,13 % des voix (9 223 396 suffrages) contre 49,86 % (9 173 755) pour son rival. Tandis que le vote est obligatoire au Pérou (contrairement à la Colombie), moins de 50 000 voix sur plus de 18 millions de suffrages séparent les deux adversaires, soit un écart final de 0,13 % entre eux.

Si la trajectoire personnelle des deux vainqueurs de droite et leur positionnement au sein du système politique local diffèrent, leurs orientations générales convergent.

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USA wollen Chinas Dominanz im Seehandel brechen – und treffen sich selbst

USA schwächt mit Hafengebühren für in China gebaute Schiffe eigene Im- und Exporte – Auch viele Schwellenländer und EU-Länder betroffen – Deutschland könnte hingegen Ausfuhren in USA ausbauen – EU reagiert auf Chinas Dominanz mit neuer maritimer Industriestrategie Mit den ab November geplanten ...

Wissenschaftsrat stuft Erweiterungsvorhaben des SOEP als exzellent ein

Es ist ein bemerkenswerter Erfolg für das Sozio-oekonomische Panel: Der Wissenschaftsrat bewertet das beantragte große strategische Erweiterungsvorhaben als „exzellent“. In der Gesamtbewertung aller Anträge von Leibniz-Instituten liegt das SOEP auf Platz 1. In seiner Stellungnahme vom 3. Juli 2026 ...

Derrière la défaite des États-Unis face à l’Iran, une crise du système productif

IRIS - Tue, 07/07/2026 - 17:06
Capacité industrielle et densité d’ingénieurs

Les pays émergents, dans leur diversité, reposent de plus en plus sur les compétences classiques d’ingénieurs et de techniciens, polyvalents et formés en grand nombre. De nombreux pays, à l’instar de la Chine, poursuivent une montée en puissance industrielle sur cette base, qui se reflète dans les politiques économiques. Cette évolution se traduit sur le plan militaire, autant en Iran que sur le front russo-ukrainien.

Ces conflits récents montrent une inflexion cruciale. Les drones de types très divers, les missiles balistiques, et les systèmes de guerre électronique modifient l’économie de la guerre. La capacité à produire une grande quantité de dispositifs relativement simples devient plus déterminante que la possession d’un nombre limité de systèmes extrêmement sophistiqués.

L’intérêt des drones Chahed iraniens réside moins dans une rupture technologique que dans leur architecture industrielle. Les choix de conception privilégient des composants disponibles, une électronique standardisée, une fabrication simple, des coûts réduits et une adaptation permanente aux contraintes opérationnelles. Les missiles balistiques répondent à la même logique d’amélioration incrémentale. Cette approche évoque celle qui a émergé dans le conflit russo-ukrainien. Les innovations ne proviennent pas uniquement des bureaux d’études, mais aussi des chaînes de production, du terrain et de la capacité à modifier rapidement un système. Ce défi force déjà les États-Unis à tenter une nouvelle approche de production de drones et missiles, massive et moins onéreuse.

Derrière la fantaisie d’un remplacement des ingénieurs et informaticiens par l’IA, cette évolution place les compétences des jeunes générations au centre de la course. L’innovation repose sur un nombre très important d’ingénieurs, de techniciens et de geeks en tous genres, capables de résoudre des problèmes nouveaux. Les pays émergents, notamment la Chine, mais aussi la Russie et l’Iran, forment aujourd’hui proportionnellement davantage de profils scientifiques que la plupart des pays occidentaux. Alors que l’attention reste concentrée sur les entreprises les plus (sur)valorisées, la différence se joue davantage dans la profondeur du tissu technique.

Cela influence également les processus de décision. Lorsqu’une organisation est largement composée d’individus dotés d’une compréhension scientifique, les arbitrages reposent plus naturellement sur les réalités technologiques que sur le politico-administratif. C’est le paradoxe de la montée en puissance de pays centralisés, mais efficaces, comme ce fut le cas de la France sous l’ère gaullienne.

L’Iran présente de nombreuses faiblesses structurelles. Avant même leur l’accroissement de leur poids pendant la guerre, les Gardiens de la révolution exerçaient une influence économique considérable, avec une captation des ressources et, naturellement, une focalisation militaire, souvent au détriment du développement civil. En revanche, son industrie militaire est adaptée aux exigences d’une économie de guerre où la planification industrielle, la décentralisation d’une partie des capacités de production et la résilience des organisations constituent des priorités.

La modularité redéfinit la souveraineté industrielle

L’organisation des chaînes de valeur a évolué. Les systèmes reposent sur des architectures de plus en plus modulaires, composées de sous-ensembles électroniques, de logiciels embarqués, de capteurs, de batteries ou de composants radiofréquences qui circulent au sein de chaînes d’approvisionnement internationales. Dans plusieurs de ces segments, l’industrie chinoise occupe désormais une position centrale, abaissant les barrières d’entrée pour de très nombreux pays. Développer un système suppose moins qu’auparavant de maîtriser l’ensemble des procédés industriels nécessaires dès le départ. L’avantage réside souvent dans la capacité à intégrer des composants, à organiser une production capable d’évoluer au rythme des besoins et de poursuivre une stratégie de substitution à des fins d’autonomie.

L’Iran a largement construit son appareil industriel militaire sur cette logique. L’intégration aux chaînes d’approvisionnement chinoises lui a permis d’accéder à une électronique abondante et peu coûteuse, tandis que la modularité des systèmes facilite leur amélioration continue. Les sanctions ont forcé cette capacité d’adaptation à modifier une architecture ou à développer localement certains composants.

Cette ouverture ne réduit pas l’importance de la souveraineté industrielle. Au contraire, la compétition porte désormais sur la maîtrise des dépendances critiques. Il s’agit d’identifier les maillons dont la perte suffirait à interrompre sa capacité de production et concentrer ses efforts sur ceux-ci. La résilience industrielle repose moins sur une autonomie absolue que sur la capacité à continuer de produire malgré les sanctions, les ruptures logistiques ou les destructions d’infrastructures. De plus, la notion de guerre économique développée par les États-Unis est désormais reprise en miroir autant par l’Iran, avec le détroit d’Ormuz, que la Chine, avec les terres rares.

L’avance industrielle chinoise résulte d’une intégration progressive de chaînes de valeur. Les batteries, l’automobile électrique, l’électronique, les terres rares, ou la robotique illustrent cette stratégie. Les restrictions américaines sur les semi-conducteurs illustrent la dynamique. Elles ralentissent temporairement certains développements chinois, mais elles créent également une forte incitation à investir dans des capacités nationales autour de Huawei.

La montée en puissance de l’industrie de défense turque est un autre exemple de cette tendance de développement industriel, en premier lieu dans les drones, où elle s’est positionnée tôt, mais aussi dans les véhicules blindés, armes et munitions, jusqu’à susciter de l’intérêt pour son programme d’avion de chasse. Alors qu’il est resté cantonné à un statut de sous-traitant dans l’automobile, le pays développe désormais ses exportations militaires vers l’UE, répondant aux importants besoins après des décennies de désinvestissement.

Affaiblissement de la culture productive occidentale et potentiel de la « Gen Z »

Les États-Unis conservent des atouts exceptionnels, avec leur appareil universitaire ou encore leur indépendance énergétique. Pour autant, une part croissante du capital est orientée vers des activités dont la valorisation dépend principalement de marchés financiers hypertrophiés. Les investissements passifs, les grands indices boursiers et l’abondance de liquidités créent des mécanismes auto-entretenus, où les entreprises les mieux valorisées captent les nouveaux flux.

Le potentiel technologique de l’IA est incontestable. Pourtant, une partie importante des investissements reste concentrée sur des usages destinés au grand public, à la perspective de revenus publicitaires ou à la croissance des plateformes numériques. Les applications susceptibles de transformer durablement l’appareil productif, dont la robotique, occupent encore une place secondaire.

Ces failles influencent également l’allocation des compétences. Les États-Unis continuent d’attirer certains des meilleurs ingénieurs. Cependant, les jeux de connivence l’emportent souvent comme on le voit même dans l’industrie nucléaire civile, avec les « nuclear bros », ces entrepreneurs dont les connaissances en physique nucléaire ne sont souvent pas beaucoup plus poussées que celles des deux négociateurs en chef diplomatiques.

La situation européenne apparaît plus préoccupante. Malgré la persistance de filières scientifiques de pointe, les arbitrages stratégiques relèvent de plus en plus d’une logique administrative ou politique. Le programme Système de combat aérien du futur (SCAF) en est un exemple, avec ses failles indépassables, visibles dès son lancement politique. Les « Chips Acts » font l’impasse sur des chaînes de valeur associant électronique, matériaux, équipements industriels, logiciels et débouchés manufacturiers. On traite un aspect sans vision intégrée ni connaissance scientifique suffisante. Les analyses s’organisent souvent autour d’un appel à un bond en avant dans la construction européenne, de préférence de nature financière, à l’instar du rapport Draghi, davantage que sur la prospective technologique. Les déconvenues dans des secteurs clés comme les batteries, avec la faillite de Northvolt, invitent désormais une approche plus progressive de substitution.

Comme le montrent divers pays émergents, le redressement reste possible. Jamais une génération n’a eu un accès aussi large aux connaissances scientifiques et culturelles, aux communautés ouvertes ou aux contenus de formation voire de rattrapage. Malgré la crise éducative, une grande partie de la « génération Z » développe aujourd’hui, souvent en dehors des institutions, une culture technique qui la familiarise avec la conception de systèmes complexes.

Une économie ne retrouve pas sa dynamique industrielle par l’accumulation d’initiatives politiques de dépense à vue, mais en redonnant un pouvoir de décision à ceux qui comprennent les technologies, maîtrisent les chaînes de production et savent transformer une innovation en capacité productive. C’est sur ce terrain, beaucoup plus que sur celui des seules dépenses, notamment militaires, que se joue la hiérarchie des puissances mondiales et de la prospérité.

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US stands with PH amid 'provocative' China Pacific missile test -envoy

Globalsecurity.org - Tue, 07/07/2026 - 14:00
The United States joined the Philippines in raising alarm over the ballistic missile launch of China in the Pacific, describing the act as "provocative."

PH to get 5 'Abukuma' destroyer escorts from Japan

Globalsecurity.org - Tue, 07/07/2026 - 14:00
The Philippines will be getting five newly-retired "Abukuma"-class destroyers from the Japan Maritime Self-Defense Force (JMSDF), boosting its naval capabilities, Department of National Defense (DND) Secretary Gilberto Teodoro Jr. said on Tuesday.

Recomposition géopolitique du Golfe après la guerre d’Iran | Les mardis de l’IRIS

IRIS - Tue, 07/07/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS‪‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Jean-Paul Ghoneim, chercheur associé à l’IRIS, autour des enjeux pour les pays du Golfe dans le contexte des négociations autour de l’Iran après le protocole d’accord permettant un cessez-le-feu dans la région.

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Ukraine set to gain new status as NATO allies unveil military pledge in Ankara

Euractiv.com - Tue, 07/07/2026 - 04:00
Kyiv will be recognised as a 'contributor' to the alliance's security

Géopolitique des ports de l’Indo-Pacifique : le Quad et son évolution vers les ports et les minéraux critiques dans un Indo-Pacifique sans « indo »

IRIS - Mon, 06/07/2026 - 18:48

L’actualité stratégique de l’Indo-Pacifique vient de connaître deux épisodes marquants et d’apparence relativement contradictoire. Le premier se réfère à une réunion des quatre ministres des Affaires étrangères membres du Dialogue quadripartite sur la sécurité ou QUAD (à savoir l’Inde, le Japon, l’Australie et les États-Unis) à New Delhi le 29 mai 2026. Le deuxième tient au changement de nom du commandement américain pour l’Indo-Pacifique (USINDOPACOM), redevenu Commandement américain pour le Pacifique (USPACOM) le 16 juin 2026. Un pivot américain vers le Pacifique qui interroge alors que le QUAD semble prendre un nouvel élan.

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Défense européenne : le cadre du Traité de l’Atlantique Nord et son interaction avec l’Union européenne

IRIS - Mon, 06/07/2026 - 15:54

À titre exceptionnel, l’IRIS a décidé de publier cet article collectif. Indépendamment du degré d’accord ou de désaccord avec ce texte émanant de personnes membres d’une structure organisée autour d’objectifs précis, nous considérons qu’il constitue une utile contribution aux nécessaires débats sur les enjeux et les défis de l’édification d’une défense européenne.

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L’instabilité croissante du système international, les conflits en cours dans les voisinages oriental et méridional de l’Europe et l’incertitude grandissante quant aux priorités stratégiques des États-Unis ont intensifié le débat sur les responsabilités de l’Europe en matière de défense.

Bien que l’Union européenne soit une puissance économique et régulatrice majeure, elle reste militairement dépendante de garanties de sécurité extérieures. Pour devenir un acteur stratégique plus autonome, l’Europe doit développer des capacités militaires plus solides, renforcer sa base industrielle de défense et améliorer la coordination des politiques entre ses États membres.

Les traités de l’UE prévoient déjà des mécanismes qui pourraient à terme mener à une défense commune, mais la règle de l’unanimité rend les progrès lents et politiquement difficiles. Par conséquent, certains États pourraient rechercher des accords flexibles ou développer des initiatives intergouvernementales pour faire progresser l’intégration de la défense et y inclure des pays partageant les mêmes idées, tels que le Royaume-Uni, la Norvège, l’Ukraine et la Turquie. Parallèlement, le développement d’un pilier européen au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) représente un effort complémentaire visant à rééquilibrer les responsabilités au sein de l’Alliance. Finalement, une coordination étroite entre l’UE et l’OTAN restera essentielle pour éviter les doublons, maximiser les synergies et assurer la sécurité à long terme de l’Europe.

L’ambiguïté de la dissuasion nucléaire américaine en Europe suscite des doutes quant à ses engagements futurs ; les forces françaises et britanniques offrent une dissuasion alternative limitée, mais potentiellement dévastatrice contre la Russie, et leur rôle dans la dissuasion et la défense européennes devrait s’accroître.

L’évolution de la dynamique transatlantique exige que les nations européennes assument la responsabilité principale de la défense continentale. S’en remettre au parapluie de sécurité américain offre une stabilité temporaire, mais engendre des risques stratégiques à long terme. Alors que 60 % du public et du Congrès américain soutiennent pleinement l’OTAN, il existe une demande croissante et légitime pour un partage plus équitable de la charge. Pour garantir sa stabilité à long terme, l’Europe doit passer du statut d’allié dépendant à celui de fournisseur de sécurité autonome.

Pour y parvenir, l’Europe doit résolument bâtir les capacités et les structures nécessaires pour ancrer sa propre défense. Cet effort devrait être mené sur trois axes complémentaires :

  • Au sein de l’UE : développer les capacités militaires, l’industrie de défense et les institutions de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) requises pour une véritable autonomie stratégique.
  • Au sein de l’OTAN : renforcer le pilier européen de l’Alliance par un transfert volontariste de capacités et de responsabilités de commandement des États-Unis vers l’Europe.
  • Promouvoir le développement d’une Union européenne de défense : en tant que processus politique et opérationnel progressif dont l’objectif est de construire, sur la base des structures existantes, une Europe plus cohérente, réactive et efficace, capable d’assurer sa propre sécurité.

Le document original a été publié en anglais sur les sites d’EuroDéfense et d’EuroDéfense- France. Ce rapport ne reflète que les opinions de ses auteurs et ne représente pas nécessairement la position collective du réseau EuroDéfense.

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Trump, absent des stades, omniprésent dans la Coupe du monde

IRIS - Mon, 06/07/2026 - 11:56

La Coupe du monde 2026 a débuté le 11 juin dernier aux États-Unis. Alors que Donald Trump avait fait de cet événement un symbole du retour de la puissance américaine, le président ne s’est encore affiché dans aucun stade, pas même lors du premier match de la sélection américaine.

Cette absence peut s’expliquer : Donald Trump cultive l’image de la victoire et maîtrise habituellement le décor de ses apparitions publiques. Or, un match de football est, par définition, imprévisible. Une défaite des États-Unis, des tribunes hostiles ou des huées retransmises dans le monde entier constitueraient un risque politique difficilement contrôlable.

Mais si Donald Trump reste loin des gradins, il ne semble pas rester à l’écart de la compétition. Lors du match entre les États-Unis et la Bosnie-Herzégovine, l’attaquant Folarin Balogun est expulsé et suspendu pour la rencontre suivante. Contre toute attente, la FIFA décide finalement de lever cette suspension à la veille des huitièmes de finale. Donald Trump remercie publiquement l’organisation, tandis que plusieurs révélations évoquent depuis d’éventuelles pressions exercées en coulisses.

L’intervention du pouvoir politique dans le déroulement d’une Coupe du Monde rappelle de rares précédents historiques, notamment l’édition de 1934 organisée par l’Italie fasciste de Mussolini. Faut-il y voir un simple concours de circonstances ou le signe d’une politisation croissante du football mondial ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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Nato muss eine Botschaft nach innen und nach außen aussenden

SWP - Mon, 06/07/2026 - 11:07
Vor Beginn des Nato-Gipfels in Ankara glaubt der Politikwissenschaftler Marco Overhaus nicht an einen vollständigen Rückzug der USA. Die Europäer müssten dennoch mehr Verantwortung übernehmen - und täten das auch.

Das getarnte Freiheitsversprechen der Tech-Milliardäre

Der Paläolibertarismus der amerikanischen Tech-Elite macht sich auch in Europa breit. Er schwächt den Staat und nur ein scheinbares Ideal: Freiheit für alle., Es gibt Jahrestage, die mehr sind als Erinnerung. Sie mahnen zur Bilanz. Der 250. Geburtstag der Vereinigten Staaten am 4. Juli ist ein solcher Moment. Wenn sich für viele Menschen in Europa und dem Rest der Welt der Blick auf die USA in den vergangenen Jahren grundlegend verändert hat, so bleiben ...

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