Les journaux et tabloïds parus à Kinshasa consacrent l'essentiel de leurs éditions de ce mardi 4 août à deux principaux sujets : la commémoration, le 2 août, de la Journée nationale du GENOCOST à travers le pays, et la poursuite de la riposte contre la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola dans la province du Nord-Kivu.
L’épidémie d’Ebola poursuit sa progression inquiétante dans la province de l’Ituri. Dans la zone de santé de Tchomia, l’une des plus affectées depuis la déclaration de l’épidémie par le gouvernement le 15 mai dernier, les autorités sanitaires ont déjà enregistré 25 décès sur 41 cas confirmés, soit un taux de létalité de 61 %.
Le gouvernement congolais procède, depuis vendredi 31 juillet, au processus de recrutement des mandataires publics. Annoncée par la ministre du Portefeuille, Julie Shiku, cette opération vise à promouvoir la méritocratie, la transparence et la performance dans la gestion des entreprises de l'État.
The United States has accused China of conducting secret nuclear weapons tests in violation of international norms and testing moratoria. Because of its comparatively limited historical testing record, China has strong incentives to obtain additional test data for the modernization of its nuclear weapons programme. Thus, it would be disadvantageous for Washington to respond by resuming underground nuclear testing, as Russia and China would benefit more from the erosion of international testing norms. For their part, Germany and Europe can take only limited action by promoting greater transparency and confidence-building measures.
Réunis en séance plénière, les 71 députés présents à l'Assemblée législative du peuple (ALP) ont adopté à l'unanimité, ce lundi 3 août 2026, le projet de loi organique portant dénomination, attributions, composition, organisation et fonctionnement de l'organe de régulation de la communication et de la protection des données à caractère personnel. Il s'agit de l'Autorité de régulation de la communication et du traitement des données à caractère personnel (ARCOD).
Dénommée Autorité de régulation de la communication et du traitement des données à caractère personnel (ARCOD), cette nouvelle institution est issue de la fusion du Conseil supérieur de la communication (CSC) et de la Commission de l'informatique et des libertés (CIL). Elle reprend les compétences de ces deux organes, conformément aux dispositions de la constitution révisée du 20 janvier 2026.
Selon le ministre de la justice, Edasso Rodrigue Bayala, l'adoption de cette loi organique marque une étape décisive dans la mise en œuvre de la réforme institutionnelle engagée à travers la révision constitutionnelle. La nouvelle constitution prévoit en effet la création d'une autorité unique chargée d'assurer à la fois la régulation de la communication et la protection des données à caractère personnel.
À travers cette réforme, le gouvernement entend doter le pays d'un cadre institutionnel mieux adapté aux défis de la transformation numérique, à l'essor des technologies de l'information et de la communication ainsi qu'aux nouveaux enjeux liés à la protection des données personnelles.
Le ministre en charge de la justice, Me Edasso Rodrigue Bayala, a salué l'adoption de cette loi organique par les députésDes innovations majeures
La loi organique fixe les attributions de l'ARCOD, sa composition, son organisation administrative ainsi que les modalités de son fonctionnement.
Parmi les principales innovations figure l'instauration d'un pouvoir réglementaire propre, assorti d'un pouvoir de sanction dont les modalités d'exercice seront précisées par décret pris en conseil des ministres. Le texte renforce également les prérogatives des agents chargés des enquêtes, des vérifications et des contrôles. Il confère en outre au président de l'ARCOD le pouvoir de prendre des mesures conservatoires immédiates lorsque les circonstances l'exigent.
Sur le plan de la gouvernance, l'institution sera dirigée par un collège de onze conseillers désignés par l'exécutif, le parlement, le conseil constitutionnel, les professionnels des médias ainsi que ceux des technologies de l'information et de la communication (TIC). Ces conseillers exerceront un mandat de cinq ans, non renouvelable, et bénéficieront d'une immunité fonctionnelle.
Le projet de loi renforce également le dispositif de protection des données à caractère personnel en habilitant les agents de contrôle à mener leurs missions en toute autonomie. Il prévoit aussi la création éventuelle de services déconcentrés afin de rapprocher l'institution des citoyens.
Autre innovation, l'ARCOD pourra recourir au règlement non juridictionnel des différends, s'autosaisir de certaines affaires, publier ses décisions, recommandations et avis au Journal officiel, et transmettre chaque année un rapport public au président du Faso.
Le président de l'ALP, Dr Ousmane BougoumaLe texte adopté comprend huit chapitres répartis en 74 articles. Ceux-ci définissent notamment les missions de l'institution, sa composition, son organisation, ses ressources, les procédures de contrôle, les sanctions applicables ainsi que les dispositions transitoires et finales.
À l'issue du vote, le président de l'Assemblée législative du peuple, Dr Ousmane Bougouma, a rappelé que la loi organique devra être soumise au contrôle de conformité du Conseil constitutionnel avant sa promulgation et son entrée en vigueur.
Pour rappel, le Conseil supérieur de la communication, créé en 1995, est l'organe de régulation des médias et de la communication publique. La Commission de l'informatique et des libertés (CIL) est une autorité administrative indépendante créée le 20 avril 2004 portant protection des données à caractère personnel.
Serge Ika Ki
Lefaso.net
Les révolutions numériques les plus durables naissent dans les laboratoires de recherche, les amphithéâtres universitaires et les centres de formation. Elles prennent forme grâce à des enseignants-chercheurs qui, bien avant que les technologies ne deviennent des réalités économiques, forment les compétences, développent les connaissances et ouvrent de nouveaux champs d'innovation. Au Burkina Faso, Dr Borlli Michel Jonas Somé appartient à cette catégorie de bâtisseurs.
Enseignant-chercheur, Maître de conférences en informatique, spécialiste des bases de données, des systèmes d'information et, plus récemment, de l'intelligence artificielle appliquée aux langues africaines et à la santé numérique, il consacre depuis plus de vingt ans son expertise à la formation des ingénieurs et à la production de connaissances scientifiques. Son parcours, qui conjugue excellence académique et responsabilités administratives, fait aujourd'hui de lui l'une des figures majeures de la recherche informatique au Burkina Faso. Depuis avril 2025, il occupe les fonctions de Secrétaire général du Ministère de la Transition Digitale, des Postes et des Communications Électroniques, où il met son expérience universitaire au service des politiques publiques du numérique.
Une vocation construite autour de l'informatique
Le parcours de Borlli Michel Jonas Somé débute avec une passion précoce pour les sciences exactes. Après un baccalauréat série E au Lycée technique de Ouagadougou, il poursuit ses études au Maroc, où il obtient successivement une licence en informatique, un Diplôme d'Études Supérieures Approfondies en réseaux informatiques, puis un doctorat en sciences appliquées, spécialité informatique, à l'École Mohammadia d'Ingénieurs de l'Université Mohammed V de Rabat.
Cette solide formation scientifique lui permet d'acquérir une maîtrise approfondie des systèmes d'information, des bases de données et des architectures informatiques, à une période où les technologies numériques commencent à transformer profondément les administrations et les entreprises africaines.
Former plusieurs générations d'informaticiens
Depuis octobre 2005, Dr Somé est enseignant-chercheur permanent à l'École Supérieure d'Informatique (ESI) de l'Université Nazi BONI. Affilié au Laboratoire d'Algèbre, de Mathématiques Discrètes et d'Informatique (LAMDI), il dispense des enseignements couvrant l'algorithmique, la programmation, les systèmes d'information, les bases de données, les technologies web et XML, ainsi que l'administration et la sécurité des bases de données.
Au fil des années, il contribue à former plusieurs générations d'ingénieurs, de développeurs et de chercheurs qui occupent aujourd'hui des responsabilités importantes dans les administrations, les universités, les entreprises technologiques et les startups du Burkina Faso. Pour lui, la souveraineté numérique commence par la maîtrise des compétences.
Bâtir une école de référence
Au-delà de son activité d'enseignant, Borlli Michel Jonas Somé joue un rôle majeur dans le développement institutionnel de l'École Supérieure d'Informatique. Après avoir exercé les fonctions de Directeur adjoint entre 2009 et 2013, il devient Directeur de l'ESI de septembre 2023 à avril 2025.
À la tête de cette école, il accompagne le renforcement de la qualité des formations, le développement de la recherche scientifique et l'ouverture de l'établissement vers les nouveaux domaines du numérique, notamment l'intelligence artificielle et les sciences des données. Cette responsabilité prolonge un engagement ancien en faveur de l'excellence académique.
Quand l'intelligence artificielle parle les langues africaines
L'un des aspects les plus remarquables du parcours de Dr Somé réside dans son orientation vers des recherches qui répondent directement aux réalités africaines. Ses travaux portent aujourd'hui sur les bases de données, les ontologies et le Web sémantique, les plateformes d'e-learning, l'intelligence artificielle, le traitement automatique des langues naturelles (Natural Language Processing – NLP).
Sous sa direction, plusieurs thèses explorent des problématiques inédites, comme la reconnaissance des émotions et le traitement automatique de la parole en mooré, la traduction vocale entre le mooré et l'anglais, ou encore le développement de jeux sérieux pour la transmission des savoirs endogènes. Ces recherches démontrent que l'intelligence artificielle peut être mise au service de la valorisation des langues nationales et des connaissances locales, un enjeu essentiel pour un développement numérique inclusif.
L'intelligence artificielle au service de la santé
Dr Somé s'intéresse également aux applications de l'intelligence artificielle dans le domaine de la santé. Il dirige actuellement plusieurs travaux doctoraux portant sur l'automatisation du diagnostic de la malaria grâce à l'apprentissage automatique, l'utilisation des grands modèles de langage (LLMs) pour intégrer les terminologies biomédicales locales aux standards internationaux, les technologies mobiles destinées à améliorer la littératie en santé dans les zones défavorisées. À travers ces recherches, il contribue à faire émerger une intelligence artificielle adaptée aux réalités africaines, capable d'améliorer concrètement les services de santé.
Une recherche reconnue à l'international
Les travaux de Dr Borlli Michel Jonas Somé sont publiés dans plusieurs revues et conférences scientifiques internationales. En 2025, il codirige notamment les actes de la première conférence internationale AFRI² – Africa Data, Artificial Intelligence and Innovations, consacrée aux données, à l'intelligence artificielle et aux innovations africaines, publiés chez Springer.
Ses publications récentes portent notamment sur la traduction vocale des langues africaines par Deep Learning, les jeux de données pour les langues à faibles ressources, les outils d'annotation audio et vidéo en langues africaines, l'e-santé, la littératie numérique en santé, les technologies mobiles destinées aux populations vulnérables. Ces travaux contribuent à renforcer la visibilité internationale de la recherche burkinabè en intelligence artificielle.
De l'université à la gouvernance du numérique
Le parcours de Dr Somé ne se limite pas à la recherche. Entre 2014 et 2016, il occupe les fonctions de Secrétaire général de l'Agence nationale de promotion des TIC (ANPTIC), où il participe à la mise en œuvre de plusieurs programmes de développement numérique. Depuis avril 2025, il est Secrétaire général du Ministère de la Transition Digitale, des Postes et des Communications Électroniques. À ce poste, il contribue à la coordination administrative et stratégique des politiques publiques relatives à la transformation digitale, aux infrastructures numériques et à l'innovation. Cette double expérience, académique et institutionnelle, lui permet de rapprocher le monde de la recherche des besoins concrets de l'administration.
Former les chercheurs de demain
Au-delà de ses propres travaux, Dr Somé est un bâtisseur d'équipes de recherche. Il dirige ou codirige plusieurs thèses de doctorat dans des domaines aussi variés que l'intelligence artificielle, le Deep Learning, le traitement automatique de la parole, la santé numérique, les systèmes d'information, les jeux sérieux appliqués aux savoirs endogènes. À travers cet encadrement, il contribue à faire émerger une nouvelle génération de chercheurs capables d'apporter des réponses africaines aux défis numériques contemporains.
Une vision du numérique fondée sur la recherche et l'innovation
Chez Dr Borlli Michel Jonas Somé, le numérique ne peut être durable que s'il s'appuie sur une recherche scientifique de qualité. Former des ingénieurs, produire des connaissances, développer des solutions adaptées aux réalités locales et rapprocher l'université des politiques publiques : telle est la ligne directrice de son parcours. Cette vision rejoint pleinement les ambitions de Le Faso Digital 2026, qui place l'intelligence artificielle, la recherche et l'innovation au cœur de la souveraineté numérique du Burkina Faso.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce qu'il est l'un des principaux artisans de la formation des compétences informatiques au Burkina Faso.
Parce qu'il contribue, depuis plus de vingt ans, à développer une recherche de haut niveau dans les domaines des systèmes d'information, des bases de données et de l'intelligence artificielle.
Parce qu'il œuvre à faire des langues africaines, de la santé numérique et des connaissances endogènes de nouveaux champs d'application de l'intelligence artificielle.
Et parce qu'il incarne cette génération d'universitaires qui mettent la science, la recherche et l'innovation au service de la transformation numérique du Burkina Faso.
L'Université Nazi Boni (UNB) a officiellement tourné une page importante de son histoire. À l'occasion de la clôture de l'année académique 2025-2026, les autorités universitaires, gouvernementales et régionales ont célébré, ce lundi 3 août, la normalisation complète des années académiques, mettant ainsi fin aux retards et chevauchements qui affectaient l'institution depuis plusieurs années. La cérémonie, placée sous la présidence du ministre en charge de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, le Pr Adjima Thiombiano, a eu lieu sur le site de l'INSSA, à Bobo-Dioulasso.
La journée a débuté par la cérémonie solennelle de montée des couleurs nationales, présidée par le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, le Pr Adjima Thiombiano, en présence du ministre de la Construction de la patrie, Mikaïlou Sidibé, et de la gouverneure de la région du Guiriko, Mariama Konaté/Gnanou. Responsables administratifs, forces de défense et de sécurité, étudiants, enseignants et personnels de l'université ont honoré les couleurs nationales au son du Ditanyè interprété en langue dioula.
Prenant la parole lors de la cérémonie de clôture, le président de l'université Nazi Boni, le Pr Hassane Nacro, a salué « un tournant décisif dans l'histoire de l'université ». Il a annoncé avec satisfaction que toutes les offres de formation sont désormais revenues à un calendrier académique normalisé. « Ce résultat est le fruit d'un engagement collectif exceptionnel des enseignants-chercheurs, des chercheurs, du personnel administratif, technique et de soutien, des organisations estudiantines ainsi que des étudiants, qui ont accepté de travailler durant les week-ends, les congés et les vacances pour rattraper les retards accumulés », a reconnu le premier responsable de l'université Nazi Boni.
Des participants lors de la cérémonieLe président de l'UNB a également rendu hommage aux partenaires institutionnels, aux autorités régionales et aux structures ayant accompagné l'université en mettant des infrastructures, des moyens logistiques et divers appuis à sa disposition. Il a eu une pensée particulière pour les professionnels des médias, dont l'accompagnement a permis de valoriser les efforts entrepris par l'institution tout au long du processus de normalisation.
Pour le ministre en charge de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, le Pr Adjima Thiombiano, cette réussite constitue l'un des principaux défis relevés par son département. Il a félicité les enseignants, les chercheurs, le personnel ATOS et surtout les étudiants, qu'il a qualifiés de « héros », pour les sacrifices consentis afin de mettre définitivement fin aux chevauchements des années académiques. Il a toutefois insisté sur la nécessité de préserver cet acquis à travers la discipline, le travail et la responsabilité, en cohérence avec les ambitions de la Révolution progressiste populaire (RPP) pour bâtir un enseignement supérieur performant.
Le ministre de l'enseignement superieur invite l'ensemble des acteurs a consolidé ces acquisLa gouverneure du Guiriko, Mariama Konaté/Gnanou, marraine de la cérémonie, a pour sa part salué une victoire collective rendue possible grâce à l'engagement des plus hautes autorités, de la communauté universitaire et des partenaires. Elle a invité les étudiants à faire preuve de patriotisme, de discipline et d'engagement afin de contribuer activement au développement du Burkina Faso.
La gouverneure au micro des journalistesAu-delà de la célébration, cette normalisation marque le début d'une nouvelle étape pour l'université Nazi Boni, désormais appelée à consolider ses acquis et à renforcer son ambition d'excellence en matière de formation, de recherche et d'innovation.
Djaryigo Diarra
Lefaso.net
Au cours du IVᵉ Salon international des professionnels de l'économie numérique de l'UEMOA (SIPEN-UEMOA) 2026, tenu les 14 et 15 juillet à Ouagadougou, et dans la volonté d'une souveraineté africaine en la matière, il a également été question de domestication des noms de domaine. Dans cet esprit, des participants, spécialistes du numérique, ont jeté les bases d'une alliance ouest-africaine. L'un des principaux artisans de la dynamique, Wilfried Quenum, CEO IT-NUM, président du FGI Bénin, situe sur les enjeux et contours du sujet.
Lefaso.net : En tant que professionnel du domaine du numérique, comment appréciez-vous ce cadre, le SIPEN-UEMOA ?
Wilfried Quenum : C'est justement ce genre de cadres que nous recherchons, pour pouvoir exporter nos voix dans plusieurs pays. C'est aussi l'occasion de rencontrer différents pairs. Cela n'a pas de prix.
Il est également question de la perspective d'Alliance ouest-africaine des noms de domaines (AOAN), sur laquelle vous venez de livrer une communication. De quoi s'agit-il, concrètement ?
Effectivement, nous sommes à l'origine de l'initiative sur l'Alliance ouest-africaine des noms de domaine. C'est une initiative qui permettra aux pays de s'intéresser davantage à la question, de pouvoir s'unir pour mener le même combat de développement des noms de domaine. De façon concrète, elle va permettre de renforcer les capacités et de mutualiser les expertises, de promouvoir les CCTLD nationaux dans l'espace régional, d'avoir une représentation régionale dans les fora internationaux, etc. C'est ce que j'ai présenté et à la fin, ça a fait l'unanimité. Maintenant, il faut passer à la phase opérationnelle et j'espère que cela va se poursuivre.
Quel est l'intérêt d'avoir un tel cadre, y a-t-il nécessité d'avoir des noms de domaine locaux ?
L'idée de fond de ce cadre commun, c'est que tous ont le même problème en matière de noms de domaine, très peu l'utilisent, et face aux difficultés techniques, économiques, aucun n'arrive, seul, à se développer convenablement. Donc, unir les forces pour faire face au même problème que chacun subit, je crois que c'est une bonne initiative. C'est comme à l'époque du COVID, chacun n'est pas resté seul dans son pays pour lutter contre l'épidémie, il y a eu une alliance de tous les pays du monde. C'est ainsi qu'on est parvenu à trouver la solution. C'est pareil dans ce domaine également.
Est-ce vraiment un enjeu pour les pays ?
Tout à fait ! Ce d'autant qu'on parle de souveraineté, d'identification. Je pourrais reconstituer la question en disant : est-ce que le passeport est un enjeu pour un État ? Est-ce que la nationalité est un enjeu pour un État ? Si oui, alors le nom de domaine l'est également, car il est l'équivalent du passeport sur internet. Quand quelqu'un a un site web.bf, on sait systématiquement qu'il a un lien direct avec le Burkina. Quand par exemple on a un site web.sn, on sait qu'il a un lien avec le Sénégal. Donc, c'est une identification forte. Aussi, il permet de savoir qui fait quoi et comment, pour qu'il y ait un environnement sécurisé, sain et de confiance.
La question de fiabilité et de qualité n'est-elle pas un préalable à la domestication des noms de domaine ?
Oui et non ! Prenons la chose autrement, la nourriture locale, par exemple. On a une bonne dame qui fait du riz dans une rue, et il y a un hôtel cinq étoiles qui fait également du riz. Est-ce pour cela que l'activité de la bonne dame va disparaître parce qu'on ne mangera que le riz préparé dans un cinq étoiles ? Non, le riz local, la cuisine locale a toute sa force. C'est l'identification. J'ai découvert aujourd'hui le « gonré », un plat local qui fait la fierté nationale. Le poulet flambé, c'est l'identité du Burkina ! Mais vous n'allez pas effacer ces identités pour dire qu'il y a un risque dans la cuisine, est-ce qu'il n'y a pas de microbes, etc. ? Là n'est pas la question. La question, c'est de valoriser. S'il y a des points faibles, on va les corriger. Mais on ne va pas rejeter le poulet flambé, qui est la particularité du Burkina. On ne va pas rejeter le « gonré », qui est l'identité nationale. Ce n'est pas parce que c'est fait par la bonne dame que ce n'est pas sain. Ce n'est pas parce que c'est fait par quelqu'un qui n'est pas riche que ce n'est pas mangeable. Donc, essayons de valoriser cela et que chacun s'y retrouve. C'est cela l'identification. L'idée, c'est qu'internet soit un monde et surtout que chacun sache s'y reconnaître.
Internet offre certes beaucoup de possibilités, mais il y a aussi le revers de la médaille, surtout quand on établit le lien avec la jeunesse africaine. Quel conseil donneriez-vous pour qu'il soit davantage un outil d'opportunités ?
Justement, c'est pour cela qu'on parle de cadre de gouvernance de l'internet ; c'est savoir comment façonner internet pour qu'il soit un espace sécurisé pour tout le monde. Donc, je dis à tout le monde de contribuer sur la manière de façonner internet. Aujourd'hui, on a l'impression que tout le monde pense qu'internet est fait pour construire, personne ne se dit qu'elle peut modifier la manière de faire fonctionner internet. Et c'est cela le cadre juridique. On peut décider de définir comment Internet sera exploité dans un pays, comment il sera mieux orienté. Et cela fait partie des lots de réflexions de l'alliance que nous sommes en train de mettre en place, pour faire passer le message aux dirigeants, aux intéressés, pour dire qu'on peut faire les choses de telle manière plutôt que de subir comme si on ne peut rien modifier. À titre illustratif, aujourd'hui, beaucoup de pays se plaignent de TikTok, en indexant la prolifération des comportements qui choquent les mœurs, c'est devenu un réseau problématique. Justement, quand on sait contrôler, on peut être en train de réguler ces contenus, la manière dont cela sera. Ça se discute autour d'une table, dont le sujet sera « gouvernance de l'Internet ». Et la gouvernance de l'internet inclut les noms de domaine, l'utilisation, le fonctionnement, etc. Donc, ce n'est pas mauvais ; en toute chose, il y a un bon et un mauvais côté, il faut savoir corriger le mauvais côté.
En un mot, l'Afrique doit donc paramétrer internet pour convenir à ses réalités et besoins ?
Exactement ! On doit réguler internet qui fonctionne suivant nos besoins et non qu'on l'utilise tel qu'on le connaît pendant les années, fait par les autres. Aujourd'hui, internet peut être construit suivant nos réalités et suivant nos besoins et urgences.
Une volonté politique, donc ?
La volonté de tout le monde : politique, privé, simples utilisateurs, etc. Tout le monde peut faire modifier le fonctionnement de l'internet.
Entretien réalisé par O. L.
Lefaso.net
Pour beaucoup de lecteurs, il est Clément Zongo, chroniqueur dont les analyses paraissent chaque vendredi dans Sidwaya. Les auditeurs de Radio Pulsar 94.8 FM, eux, reconnaissent sa voix avant même son nom. À l'état civil, pourtant, il s'appelle Alexis Yaméogo. Journaliste, écrivain et communicateur, son parcours est celui d'un homme qui a su transformer une passion d'enfant en une carrière riche, couronnée par de nombreuses distinctions littéraires.
Bien avant les studios de radio et les salles de rédaction, tout commence dans la cour familiale. Chaque jour, à l'heure du journal de 13 heures de Radio Burkina, le silence était imposé.
« Mon père n'avait pas eu la chance d'aller à l'école, mais lorsqu'arrivait l'heure du journal, personne ne devait faire du bruit. Il suivait attentivement les informations. Moi, j'étais assis à côté de lui et ce qui me fascinait, c'était le jingle, puis la voix du journaliste qui disait : “Mesdames et Messieurs, bonjour…”. Un jour, j'ai regardé mon père et je lui ai dit : “Moi aussi, je serai journaliste. Je vais parler à la radio comme ce monsieur.” Il m'a simplement répondu : “Travaille bien à l'école et tu pourras le devenir.” Cette phrase ne m'a jamais quitté. »
Ce rêve d'enfant grandit avec lui. Au moment de choisir son orientation après le baccalauréat, il prépare avec détermination le concours d'entrée en arts et communication, qu'il réussit.
À l'université, une autre rencontre vient renforcer sa conviction. Lors d'un exercice de radio-école, le professeur Baba Hama remarque immédiatement son timbre de voix.
« Après ma lecture, il s'est arrêté et a demandé : “C'est la voix de qui ?” Il m'a ensuite dit que j'avais déjà un atout, ma voix, mais qu'il fallait continuer à la travailler. Ce jour-là, j'ai compris que je n'avais peut-être pas fait fausse route. »
Une double carrière entre communication et journalisme
S'il choisit finalement la spécialisation en communication d'entreprise et relations publiques, Alexis Yaméogo ne tourne jamais le dos au journalisme. Son stage à Radio Pulsar devient rapidement une opportunité professionnelle. Il apprend à rédiger des brèves, présenter les flashs d'information, réaliser des reportages, monter des éléments sonores et même assurer la technique en direct.
« Nous quittions parfois les cours pour aller présenter les journaux. Nous découvrions le vrai terrain. Petit à petit, on m'a confié davantage de responsabilités et, aujourd'hui encore, je suis le seul de cette promotion à être resté à Radio Pulsar. »
En 2013, sa plume attire l'attention du quotidien Sidwaya, qui lui propose une chronique hebdomadaire.
« On m'a simplement demandé de mettre ma plume au service du journal. C'est ainsi qu'est née “La chronique de Clément Zongo”. Aujourd'hui, j'ai plus de 400 chroniques à mon actif. »
L'écrivain est né d'un défi
Si le journalisme est un rêve d'enfance, l'écriture littéraire arrive presque par hasard. Longtemps, Alexis Yaméogo ne se croyait pas capable d'écrire un livre. Ce sont ses amis qui le poussent à participer au Grand Prix national des arts et des lettres de la Semaine nationale de la culture (SNC) en 2014. Dans la précipitation, il rassemble des poèmes sans même prévoir un titre. Au moment de l'impression, il improvise. « Juste un coup de plume ! » Quelques semaines plus tard, Alexis Yaméogo apprend qu'il vient de décrocher le premier prix.
« Je n'avais jamais imaginé écrire un livre. Je lisais les auteurs avec admiration, mais je me demandais toujours comment on pouvait remplir plus de deux cents pages. Cela me paraissait impossible. Cette récompense a complètement changé ma façon de me voir. Je me suis dit que je possédais quelque chose en moi, mais que je manquais simplement de confiance. »
“Moah, le fils de la folle”, le roman de la consécration
En 2016, une scène observée pendant quelques minutes dans un marché de Ouagadougou bouleverse profondément l'écrivain. Un enfant qui refusait d'aller dans les bras de sa mère souffrant de troubles mentaux. De cette émotion naît Moah, le fils de la folle, un roman qui lui vaut le premier prix de la SNC en 2018.
« Je n'ai jamais oublié cette scène. Pendant deux semaines, j'y ai pensé sans arrêt. Puis je me suis dit : cette histoire mérite d'être racontée. Et c'est le livre qui me touche le plus. En le relisant, il m'est arrivé de pleurer sur mes propres phrases. Parfois, je me demande encore comment j'ai réussi à écrire certaines scènes. »
L'œuvre dépasse rapidement les frontières du simple succès littéraire. Elle est étudiée dans plusieurs universités, inspire des mémoires et attire même l'attention d'une productrice américaine.
« Une dame installée aux États-Unis m'avait contacté parce qu'elle souhaitait adapter le roman au cinéma. Le projet n'a finalement pas abouti, mais cela m'a montré que nos histoires peuvent voyager très loin. »
Depuis ses premiers succès, Alexis Yaméogo accumule les distinctions en poésie, en roman, en nouvelles et en journalisme. Parmi elles figurent le Premier prix en poésie au concours de créativité sur les droits humains organisé par la coopération allemande, le Premier prix du concours journalistique sur l'amitié Chine-Burkina, plusieurs récompenses au Grand Prix national des arts et des lettres ainsi que des distinctions en nouvelles et en poésie.
Son œuvre comprend aujourd'hui plusieurs livres édités, notamment Moah, le fils de la folle, La fille aux cheveux châtains, Les Chroniques de Clément Zongo et Juste un coup de plume !, auxquels s'ajoutent plusieurs manuscrits encore inédits.
Paradoxalement, celui qui multiplie aujourd'hui les distinctions affirme que son principal obstacle n'a jamais été le manque de talent, mais le manque de confiance en lui.
Il cite sa première participation à la SNC comme preuve que beaucoup renoncent avant même d'avoir essayé. Pour lui, l'audace précède souvent la réussite.
Mais l'écriture présente aussi ses défis dont le syndrome de la page blanche, les coûts élevés de l'édition, la nécessité d'être relu par des lecteurs exigeants ou encore la difficulté de trouver des financements. Grâce au soutien du Bureau burkinabè du droit d'auteur (BBDA), de la SNC et de plusieurs proches, il parvient néanmoins à faire publier ses ouvrages.
Clément Zongo, un nom pour honorer ses parents
« Clément est le prénom de mon père. Zongo est le nom de jeune fille de ma mère. Associer leurs deux noms est ma manière de leur rendre hommage. Sans eux, je ne serais jamais devenu celui que je suis aujourd'hui. »
Le souvenir le plus marquant reste celui de son échec au BEPC. Alors que son père venait lui-même de perdre son emploi, celui-ci lui offre pourtant un vélo.
« Je n'avais jamais vu quelqu'un offrir un cadeau à un enfant qui venait d'échouer. Ce jour-là, mon père ne m'a pas offert un simple vélo. Il m'a offert sa confiance. Il m'a donné tout son cœur. C'est certainement le plus grand cadeau de ma vie. »
Un message à la jeunesse
Aujourd'hui encore, Alexis Yaméogo continue de partager son temps entre le journalisme, la littérature et la communication. Plusieurs manuscrits attendent d'être publiés, dont Papa, mon cœur, un roman inspiré de l'amour inconditionnel de son père.
Mais au-delà des livres, il souhaite surtout transmettre une conviction.
« Pendant longtemps, mon plus grand ennemi a été le manque de confiance en moi. Si je peux dire quelque chose aux jeunes aujourd'hui, c'est de croire en leurs capacités. Beaucoup abandonnent avant même d'avoir essayé. Il faut oser. On est souvent plus capable qu'on ne le pense. »
Hanifa Koussoubé
Dominique Ouédraogo
Lefaso.net
Depuis le 1er août 2026, les automobilistes de Ouagadougou savent désormais qu'ils ne sont plus seulement observés par les agents de police postés aux carrefours. Les caméras de vidéo-verbalisation sont entrées en service et enregistrent automatiquement les infractions au code de la route. En quelques heures seulement, plus d'un millier de contraventions ont été relevées, selon le ministre de la sécurité, Mahamadou Sana.
Chaque jour à Ouagadougou, le spectacle est le même. Des conducteurs brûlent les feux tricolores, utilisent leur téléphone en circulation, roulent à vive allure dans les zones urbaines ou effectuent des manœuvres dangereuses sans craindre des sanctions. Dans un tel contexte, la vidéo-verbalisation apparaît moins comme une mesure répressive que comme une nécessité. Elle introduit un contrôle permanent là où la présence humaine ne peut être assurée en continu. Contrairement aux contrôles classiques, les caméras ne se fatiguent pas, ne détournent pas le regard.
Les statistiques des accidents de la route justifient également cette évolution. Plus de 11 000 accidents, près de 650 décès et environ 9 000 blessés en seulement six mois constituent un bilan suffisamment lourd pour convaincre même les plus sceptiques de la nécessité d'agir.
Une technologie qui peut changer les comportements
L'expérience de plusieurs pays montre que la certitude d'être sanctionné est souvent plus efficace que la sévérité de la sanction elle-même. Lorsque les usagers savent qu'ils peuvent être identifiés à tout moment, ils modifient progressivement leurs habitudes.
La vidéo-verbalisation pourrait ainsi contribuer à instaurer une nouvelle culture routière au Burkina Faso. Une culture fondée sur le respect des règles plutôt que sur la peur d'un contrôle ponctuel.
Toutefois, l'efficacité du système dépendra de sa crédibilité. Les citoyens doivent avoir l'assurance que les infractions sont constatées de manière objective et que les procédures de contestation sont transparentes en cas d'erreur.
Ne pas s'arrêter aux feux rouges et aux excès de vitesse
Si le dispositif cible actuellement certaines infractions majeures, son potentiel est beaucoup plus vaste. Les autorités gagneraient à intégrer progressivement d'autres comportements dangereux qui empoisonnent quotidiennement la circulation.
Parmi eux les stationnements anarchiques sur les voies publiques, l'occupation illégale des trottoirs, les dépassements dangereux, la circulation en sens interdit, le non-respect des passages piétons, les chargements dangereux. Dans plusieurs quartiers, ces infractions sont devenues tellement courantes qu'elles semblent parfois tolérées. Pourtant, elles contribuent fortement aux accidents, et aux embouteillages.
Le défi des vitres teintées
L'un des défis majeurs du système concerne les véhicules dotés de vitres fortement teintées. Si les plaques d'immatriculation permettent d'identifier le propriétaire du véhicule, certaines infractions nécessitent parfois une identification visuelle du conducteur. C'est notamment le cas de l'utilisation du téléphone au volant ou du non-port de la ceinture de sécurité.
Les autorités devront donc veiller à l'application stricte de la réglementation relative aux vitres teintées. Les dérogations éventuelles devraient être clairement encadrées et réservées aux situations légalement justifiées.
À défaut, certains usagers pourraient être tentés de considérer les vitres opaques comme un moyen de contourner le dispositif.
Le risque du retrait des plaques d'immatriculation
L'autre menace prévisible concerne les motocyclistes qui pourraient être tentés d'enlever leurs plaques d'immatriculation afin d'échapper à l'identification automatique. Une moto sans plaque ou portant une plaque volontairement masquée devient pratiquement impossible à identifier à distance.
Face à ce risque, les contrôles physiques sur le terrain devront accompagner la vidéo-verbalisation. Une sanction particulièrement dissuasive pourrait être appliquée aux conducteurs circulant sans plaque ou avec une plaque volontairement dissimulée. Car retirer sa plaque pour éviter une amende constitue une infraction encore plus grave que celle que l'on cherche à cacher.
La vidéo-verbalisation ne résoudra pas à elle seule les problèmes de sécurité routière. Cependant, elle marque un tournant important dans la gestion de la circulation au Burkina Faso. Elle devra s'étendre progressivement à l'ensemble des comportements dangereux qui menacent quotidiennement la vie des usagers.
Pour l'instant, beaucoup de motocyclistes observent la vidéo-verbalisation de loin, comme si elle concernait uniquement les automobilistes. Mais bientôt, les caméras élargiront leur champ de vision. Et ce jour-là, les slaloms entre les véhicules ou entre la chaussée et la piste cyclable. Après tout, la route est la même pour tous ; il n'y avait aucune raison que les caméras choisissent un camp.
Fredo Bassolé
Lefaso.net
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