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Comment Xi Jinping se joue de Trump. Avec André Chieng

mer, 02/09/2026 - 18:00

À quelques mois des élections de mi-mandat américaines et alors que Xi Jinping vient d’entamer une série de déplacements diplomatiques en se rendant au Sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), le président chinois sera reçu par Donald Trump à Washington le 24 septembre 2026. Une visite qui intervient dans un contexte tendu entre les deux puissances, marqué par la guerre commerciale, les pressions américaines sur Pékin concernant son soutien à l’Iran et les interrogations croissantes sur la solidité de l’engagement de Washington envers Taïwan.

Ce calendrier n’a rien d’anodin. Alors que l’on pouvait initialement s’attendre à ce que Donald Trump n’accueille son homologue chinois sur le sol américain qu’à l’occasion du G20 de décembre 2026, l’accélération du calendrier diplomatique sino-américain ouvre de nouvelles interrogations.

Comment Xi Jinping se joue-t-il de Donald Trump ? Quels seront les enjeux diplomatiques de cette rencontre entre Pékin et Washington ? En quoi le manque de fermeté de Donald Trump dans son soutien à Taïwan peut-il être favorable à la Chine ? Pékin pourrait-il monnayer un retrait de son soutien à l’Iran contre un désengagement américain sur la question taïwanaise ? Qu’en est-il de la place de la France et de l’Europe au sein de la rivalité sino-américaine ?

Réponses dans ce podcast avec André Chieng, vice-président du Comité France-Chine.

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Vers la réforme de la directive 2009/81/CE sur les marchés publics de défense : défis et perspectives

mer, 02/09/2026 - 16:54
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Entrée en vigueur en 2011, la directive 2009/81/CE sur les marchés publics de défense a été mal acceptée par les parties prenantes chargées de la mettre en œuvre (États membres, industries, Commission). En fait, dans la plupart des cas la directive n’a tout simplement pas été mise en œuvre. Aussi, face à l’évolution du contexte international, la Commission européenne voudrait désormais la réformer.

Certains acteurs sont favorables à cette ambition, d’autres y sont opposés, tandis que d’autres demeurent encore réservés. Comment faire pour que toute nouvelle législation en la matière fasse, cette fois-ci, l’objet d’une véritable appropriation par ceux qui devront ensuite l’appliquer ? Cet article analyse les termes du débat, en identifiant à la fois les objectifs de la Commission et les inquiétudes qu’ils suscitent. Il tente par la suite d’esquisser quelques pistes de solution.

L’article conclut qu’une réforme des règles relatives aux marchés publics de défense n’a de sens que si elle s’inscrit dans le mouvement plus large engagé par l’Union européenne (UE) ces dernières années, en faveur de celle qui, de fait, s’apparente à une véritable politique industrielle stratégique et interventionniste fondée sur le principe de préférence européenne.

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Trump’s Terrible Poll Numbers Are Important

mer, 02/09/2026 - 15:56

Trump’s declining approval ratings will not change him, but might concern the people around him.

A year-and-a-half into his second term, most polls indicate that President Donald Trump is very unpopular. According to the New York Times poll tracking[1], the five polls taken since August 10th show Trump with 40%, 38%, 37%, 35% and 33% job approval, for an average of 37%. Trump has never been popular, but these numbers are bad even for him. It is possible that these numbers will rebound and Trump will find his approval ratings in the low 40s in time for the midterm elections, or even that after the midterm elections Trump will find his political footing again and suddenly become more popular. However, those outcomes are not likely.

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Rentrée géopolitique : Trump sur tous les fronts

mer, 02/09/2026 - 11:02

Les défis géopolitiques sont nombreux en cette rentrée. Donald Trump se trouve au centre de chacun d’entre eux, et a échoué dans la majorité des cas.  

Tout d’abord s’agissant de la situation en Iran : l’excursion rapide que les États-Unis devaient y mener n’est toujours pas terminée plus de six mois après le début du conflit. Donald Trump apparait désormais dans l’impasse. La solution militaire initiale n’a pas fonctionné. Donald Trump a dans un second temps tenté la voie de la négociation. L’Iran qui a subi deux guerres (juin 2025, février 2026) alors que des négociations étaient sur le point d’aboutir, ne s’est pas montré empressé de conclure et a fait monter les enchères. La superpuissance états-unienne au budget militaire démentiel de 1000 milliards de dollars est à court de munitions. Quel aveu d’échec ! Donald Trump utilise désormais une troisième option : déclarer une guerre économique totale contre l’Iran en menaçant tout pays qui entretiendrait des relations commerciales avec Téhéran de subir des sanctions décidées par les États-Unis. 

En réalité, l’Iran a depuis longtemps pris l’habitude de contourner les sanctions qui pèsent sur lui. Mais il y a plus problématique. Si les alliés européens des États-Unis risquent peut-être de suivre Donald Trump pour ne pas le contrarier, un pays va sans aucun doute résister aux pressions de Washington : la Chine. Pékin ne peut pas se permettre de céder à ces pressions à la fois pour des raisons géopolitiques et de politique intérieure. La population chinoise serait furieuse de voir son gouvernement céder à Washington.  

La Chine a également des intérêts géopolitiques. Elle a besoin du pétrole iranien et, surtout, elle doit montrer au reste du Sud global qu’elle ne cède pas à la puissance états-unienne. Par ailleurs, Donald Trump attend Xi Jinping aux États-Unis pour la fin du mois de septembre. Il a besoin que ce dernier fasse des concessions économiques, qu’il achète davantage d’avions Boeing et de produits agricoles américains. Il paraît donc peu crédible qu’il se lance parallèlement dans une guerre commerciale totale avec la Chine à propos de l’Iran. 

En revanche, il l’a fait avec le Canada. Et le Canada n’a pas cédé. Le Premier ministre Marc Carney a assuré qu’il appliquerait à l’encontre des États-Unis les mêmes taxes, au dollar près, qu celles qu’imposeraient Washington.  Il est vrai que le Canada prend le risque d’y laisser des plumes, puisque 75 % de ses exportations sont destinées aux États-Unis, mais ces derniers en subiraient également le coût. Marc Carney a voulu montrer à Donald Trump qu’il ne céderait pas, car il a estimé que c’était la souveraineté canadienne qui était en cause. C’est donc un échec pour Donald Trump. Voilà un exemple que d’autres auraient pu suivre. L’Europe, notamment, qui bien qu’ayant un marché intérieur plus important que celui des États-Unis, et une moindre dépendance que le Canada au marché américain, a accepté un deal inégal et humiliant de taxation à 15% de ses exportations et l’exemption sur les produits américains.  

Donald Trump et son administration ont ouvert un nouveau front, cette fois politique et juridique contre la Cour pénale internationale. Marco Rubio a décidé de « démanteler » la Cour pénale internationale « brique par brique ». Washington ne lui pardonne pas que l’armée américaine ait été mise en cause en Afghanistan et en Irak, et surtout qu’un mandat d’arrêt ait été émis contre son allié le Premier ministre israélien. On verra donc si d’autres pays que le Tchad et le Venezuela vont céder aux menaces de l’administration états-unienne et se retirer du statut de la Cour pénale internationale, ou si, au contraire, ils vont résister à cet assaut. Cela constitue également un nouveau test pour l’Union européenne dont les membres se disent fortement attachés au droit international, mais qui risquent à nouveau de se contenter de critiquer mollement, en déplorant ou regrettant ces attaques, sans rien faire de plus. 

Il y a, en revanche, une guerre que Donald Trump ne mène pas : celle pour protéger la planète. On annonce que le phénomène océanographique El Niño pourrait provoquer davantage de ravages, alors même que le pourtour méditerranéen a connu de nombreux incendies, et qu’après la sécheresse, les inondations pourraient se multiplier. À ce sujet, le président de la première puissance mondiale continue de mener une politique climatosceptique et de refuser de lutter contre le dérèglement climatique. De même, le virus Ebola se répand d’autant mieux en République démocratique du Congo que les États-Unis ont supprimé l’USAID et de nombreux programme d’aide aux pays africains. 

Enfin, deux conflits auxquels il avait promis de mettre fin se poursuivent toujours. 

D’abord, la guerre entre la Russie et l’Ukraine, où le nombre de morts civils augmente à mesure que les frappes se multiplient. Aucun des deux camps n’est prêt à céder. Les exigences des uns sont complètement incompatibles avec celles des autres. On voit donc mal comment ce conflit pourrait se terminer, alors même que les deux pays, et surtout leurs populations civiles, souffrent énormément. 

Et puis il y a le Proche-Orient, où l’armée israélienne accroît son contrôle sur Gaza et sur la Cisjordanie. Le plan de paix de Donald Trump n’est pas du tout respecté. Benyamin Netanyahou a opposé une fin de non-recevoir à la deuxième phase de celui-ci. La perspective d’une paix véritable, et en tout cas d’une paix juste, paraît donc encore très éloignée. Et la possibilité de la création d’un État palestinien s’éloigne un peu plus chaque jour, face à la passivité coupable de l’ensemble de la communauté internationale. 

Il n’y a qu’un domaine dans lequel Donald Trump a réussi mais de façon aussi immorale qu’illégale – ce qui n’a aucune importance pour lui.  

Il a réussi à mettre la main sur le pétrole du Venezuela en signant un accord avec la présidente Delcy Rodriguez. Cet accord permet aux États-Unis de contrôler la plupart des réserves prouvées de pétrole au Venezuela. Des investissements massifs seront nécessaires, mais permettront de reprendre la production et l’exportation du fait de la levée des sanctions états-uniennes en échange desquelles le Venezuela a renoncé à son indépendance. Certes, dans les dernières années, la gestion du président aujourd’hui incarcéré aux États-Unis Nicolas Maduro était parfaitement catastrophique et a fait fuir 6 millions de Vénézueliens en dehors de leur pays. Mais la capture d’un chef d’État en exercice dans un pays souverain est contraire à toutes les normes internationales. On ouvre la boîte de Pandore en permettant ce type d’action qui s’apparente plus aux méthodes mafieuses qu’aux relations entre États souverains. Delcy Rodriguez a compris qu’elle ne pouvait rester en poste qu’à condition d’obéir aux injonctions de Donald Trump. Il s’agit là de l’affirmation d’un impérialisme débridé qui ne peut conduire qu’à une brutalisation des relations internationales. 

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C’est quoi El Niño ? | Les mardis de l’IRIS

mar, 01/09/2026 - 12:33

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Julia Tasse, directrice du développement de l’IRIS et responsable du programme Océan et fonds marins, autour du phénomène météorologique El Niño, dont les conséquences pourraient être significatives dans les prochains mois notamment à travers une multiplication des épisodes d’inondations et de sécheresses.

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Récentes évolutions de la question kurde en Turquie et en Syrie

lun, 31/08/2026 - 16:32
Significatives avancées en Turquie

En Turquie, un processus est engagé au cours de l’automne 2024 lorsque, à la surprise de la plupart des observateurs, le dirigeant d’un parti d’extrême droite nationaliste, pourtant connu pour son intransigeance à l’égard de la question kurde, ouvre la voie en proposant que le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), emprisonné depuis 1999, puisse venir s’expliquer devant le parlement turc. Les décisions s’enchaînent alors rapidement, et le 25 février 2025, Abdullah Öcalan rédige un appel, rendu public deux jours plus tard, qui fera date dans la longue histoire de la question kurde en Turquie. Intitulée Appel pour la paix et une société démocratique, la déclaration est brève. Évoquant la très ancienne cohabitation entre Turcs et Kurdes, revenant sur les raisons et le moment où le PKK a été créé, insistant ensuite sur l’importance fondamentale des valeurs et des pratiques démocratiques, Öcalan marque une claire rupture avec quelques-unes des revendications qui ont été celles du PKK au cours de son histoire. Ainsi, l’idée d’un État séparé, l’hypothèse d’une solution fédérale ou la perspective d’une autonomie administrative des régions du sud-est de la Turquie sont abandonnées. Il est frappant qu’aucune revendication proprement kurde n’apparaisse dans cette déclaration au profit de références, imprécises, à une vie démocratique et harmonieuse. A contrario, c’est la pierre angulaire de la déclaration, est clairement formulé l’appel au dépôt des armes et à l’autodissolution du PKK, ce qui traduit un bouleversement radical de perspectives.

Le 12 mai suivant, lors de son congrès, le PKK vote en effet son autodissolution, décision d’une importance considérable à propos d’un dossier qui envenime la vie politique en Turquie depuis des décennies, même si depuis une dizaine d’années une significative baisse des activités militaires du PKK sur le sol turc pouvait être constatée. Le 11 juillet 2025, une cérémonie de destruction symbolique d’armes de combattants dans les montagnes du Kurdistan d’Irak est ensuite mise en scène. Parallèlement, une « Commission parlementaire pour la solidarité nationale, la fraternité et la démocratie » est créée dont les propositions sont enfin rendues publiques le 5 août 2026, puis adoptées par le parlement, le 10 août.

Bien que le terme d’amnistie ne soit pas mentionné, il s’agit avant tout de la perspective de libération de milliers de prisonniers politiques – on estime leur nombre de 5000 à 7000 – et du retour en Turquie des cadres et combattants qui se trouvent à l’étranger. Les prisonniers condamnés pour appartenance au PKK bénéficieront d’une suspension de leur peine pour une période de cinq à dix ans, puis de son annulation en cas de non-récidive. Les dirigeants kurdes du PKK considèrent qu’en dépit du flou de certaines mesures, un premier pas, qualifié d’historique, est accompli puisqu’une loi votée donne un cadre juridique au désarmement, au retour et à la réintégration dans la vie civile de ses combattants. Abdullah Öcalan lui-même déclare « Une route de mille kilomètres commence par un premier pas ».

Est-ce la fin d’un conflit commencé le 15 août 1984 et qui a fait a minima 45 000 victimes ? Il est trop tôt pour l’affirmer, tant les reculs et les désillusions ont été nombreux ces dernières années. Sont néanmoins réunis les éléments d’avancées politiques qui restent à compléter et surtout à concrétiser. Il s’agira dans les semaines à venir de poursuivre un processus politique en abordant des questions non résolues à ce jour : statut des langues kurdes, de leur enseignement, de l’organisation territoriale de la Turquie, des enjeux de démocratisation de la vie politique, et enfin de l’avenir de prisonniers politiques emblématiques tels Selahettin Demirtas et Figen Yüksekdag – anciens dirigeants du Parti démocratique des peuples (HDP) en prison depuis 2016 – et bien sûr celui d’Abdullah Öcalan.

Nouvelle séquence en Syrie

En Syrie, c’est une tout autre dynamique qui est à l’œuvre. Dans le cours de la guerre civile (2011-2014), une région, communément appelée le Rojava, s’est autonomisée, dirigée par les Forces démocratiques syriennes (FDS) au sein desquelles le PKK joue un rôle politique prépondérant. La chute de Bachar Al-Assad en décembre 2024 rebat les cartes et les nouveaux dirigeants de Damas déclarent rapidement vouloir rétablir l’unité et la souveraineté du pays. Pour eux, il s’agit donc d’en finir avec le statut d’autonomie de facto dont jouit le Rojava.

Constatant l’échec des négociations entreprises, une offensive militaire éclair est lancée au début de l’année par les troupes d’Ahmed Al-Charaa, le président de transition en Syrie, au cours de laquelle les FDS, de façon surprenante, se débandent rapidement. Un protocole d’accord est alors signé le 30 janvier 2026, très favorable au gouvernement de Damas puisqu’il enterre la perspective de la pérennisation d’une autonomie kurde au Rojava et consacre la recomposition territoriale de la Syrie. Les autorités intérimaires de Damas prennent ainsi le contrôle des institutions locales, des postes-frontières, des champs gaziers et pétroliers ainsi que des camps d’internement dans lesquels se trouvent des prisonniers de l’organisation État islamique. Il est alors prévu que les institutions de l’’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) seront intégrées à l’appareil d’État syrien et les combattants des FDS incorporés selon un protocole strict dans la nouvelle armée syrienne. Aucune mention n’est faite quant à l’avenir des unités de femmes combattantes des FDS et des combattants étrangers du PKK. Principales concessions, elles sont importantes, le kurde est reconnu comme langue nationale et pourra être enseigné librement, le Nouvel An kurde, le Newroz, sera quant à lui férié, et la nationalité syrienne enfin accordée à la totalité des citoyens d’origine kurde. Nulle reconnaissance à l’autogouvernement ou à l’autodétermination donc, mais bien plutôt celle de quelques droits dus à une minorité. On le voit, l’accord sanctionne un rapport de force peu favorable aux forces kurdes.

C’est au mois d’août 2026 que le processus de négociations semble finalisé et les institutions politiques, administratives, militaires et sécuritaires kurdes intégrées à l’appareil d’État syrien. Le 25 août, la dissolution des FDS est annoncée par son chef, Mazloum Abdi, ancien cadre du PKK. Ce dernier est en outre nommé conseiller auprès d’Ahmed Al-Charaa, le 28 août. C’est la première fois dans l’histoire de la Syrie contemporaine que les Kurdes sont ainsi représentés au sommet de l’appareil d’État.

Quelques enseignements de ces évolutions

Au-delà des différences structurelles et conjoncturelles, il est possible de formuler plusieurs remarques sur la question kurde telle qu’elle se pose aujourd’hui en Turquie et en Syrie. Pour leur part, les cas irakien et iranien sont très différents.

Nous constatons tout d’abord l’échec et l’impasse du choix de la lutte armée initié par le PKK il y a de nombreuses années et la possibilité d’une intégration potentielle de la dimension kurde dans les combats plus strictement politiques au sein des deux pays concernés. Nous en sommes néanmoins aux prémices d’une nouvelle séquence qui restent à confirmer pour que les décisions prises s’inscrivent réellement dans les faits et dans la durée. L’histoire du peuple kurde est parsemée par les multiples trahisons à son encontre et il convient de rester prudent sur la pérennité des dispositions prises récemment, elles n’en sont pas moins porteuses d’espoirs.

Le corollaire de cette situation est l’abandon de la perspective de création d’un État kurde dont il faut souligner que le PKK l’avait déjà théorisé il y a de nombreuses années. Pour certaines des composantes du mouvement national kurde la question territoriale, et donc de l’État, est centrale – c’est le cas des organisations kurdes en Irak – alors que d’autres affirment refuser désormais de se situer dans une perspective étatique et s’inscrivent dans une démarche de revendications présentées avant tout comme sociales et autogestionnaires. Ce paramètre est central, car il exprime de profondes divergences sur le type de société à construire. Doit-il l’être sur des bases ethniques ou a contrario sur les bases d’une citoyenneté politique transcendant les appartenances communautaires et identitaires ? La question n’est pas tranchée, et les rivalités souvent aiguës persistent entre les différentes branches du mouvement national kurde.

Se pose aussi la question centrale des droits démocratiques. Si la question kurde, potentiellement porteuse de nouvelles dynamiques étatiques régionales, ne suppose pas, à ce stade, celle d’un État indépendant unifié, elle soulève a contrario celle de l’ouverture du champ politique et de l’instauration de systèmes pluralistes. Les échecs des mouvements de contestation récents qui se sont cristallisés dans les mondes arabes, en Iran, en Turquie, démontrent à l’envi que les obstacles sont nombreux et que les régimes en place sont prêts à utiliser tous les moyens, y compris les plus violents, pour préserver leurs privilèges. En outre, l’altération parfois la nécrose, de nombreux appareils étatiques parviennent, dans certains cas, à transformer des liens d’appartenance nationaux en liens d’allégeances communautaires exclusives, contradictoires avec un processus d’ouverture démocratique. C’est pourquoi les processus de transitions sont infiniment complexes. La seule garantie effective réside dans la capacité offerte à tous les peuples et à tous les citoyens, sans exception, de s’exprimer librement, de s’organiser au sein d’associations, de partis ou de syndicats, d’accéder sans entraves à la presse, à Internet et aux réseaux sociaux, ainsi que dans le droit, pour les femmes, de porter ou non le voile selon leur libre choix. Ces droits ne sont pas optionnels : ils constituent le socle irréductible de tout exercice démocratique. Loin d’être abstrait ou utopique, ce principe représente une condition sinon suffisante, du moins indispensable, pour mieux réguler l’évolution des sociétés comme les relations internationales.

Le peuple kurde ne fait pas exception à ces défis. Son droit à l’autodétermination doit donc être un principe lui permettant de s’approprier son propre avenir. D’autant que les dirigeants kurdes intègrent désormais la nécessité de s’emparer du champ politique, la lutte armée n’étant plus l’unique moyen promu pour faire valoir leurs revendications. Si la perspective de la création d’un État kurde unifié n’est guère envisageable, c’est alors la question des droits démocratiques culturels et politiques qui est principalement posée pour les Kurdes et s’avère stratégique dans tout projet politique émancipateur. C’est certainement l’un des enjeux essentiels auxquels seront confrontées les différentes composantes du mouvement national kurde au cours des années futures. Il ne pourra faire l’économie des alliances avec les autres composantes politiques, syndicales, associatives qui se situent dans une perspective d’émancipation citoyenne progressiste dans la région et à l’international.

Didier Billion est auteur de l’ouvrage Comprendre la question kurde, à paraître le 9 septembre 2026 aux éditions Armand Colin.

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Mercato des médias : à droite toute !

ven, 28/08/2026 - 15:09

À chaque rentrée, le mercato des journalistes et éditorialistes redessine le paysage médiatique, et cette année encore, on observe un glissement continu vers la droite et l’extrême droite tant sur les chaînes et stations privées que sur le service public.

Que peut-on dire de ce nouveau paysage médiatique à l’approche des élections présidentielles et sur l’état du service public ? Pour servir quel projet politique ?

Analyse et plaidoyer pour continuer à exercer un regard critique sur les médias.

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Palestine, Liban, Syrie : Netanyahou fait le choix électoraliste de l’escalade

jeu, 27/08/2026 - 19:29

Pourtant englué depuis son élection en 2022 dans des affaires de corruption et une tentative de réforme judiciaire très contestée, Benjamin Netanyahou aura su mener à son terme le mandat de son gouvernement, le plus à droite de l’histoire du pays, une première depuis 1973. En contribuant à maintenir le pays dans une logique de confrontation permanente, la persistance des conflits depuis près de trois ans dans la région a sans conteste contribué à cette longévité.

Cette séquence doit être replacée dans le contexte de sa guerre menée contre l’Iran. Déclenchée par les États-Unis le 28 février dernier, celle-ci doit aussi beaucoup à la pression exercée par le gouvernement Netanyahou sur la Maison-Blanche[1]. Depuis son entrée en politique, le Premier ministre présente la menace iranienne comme existentielle pour la sécurité d’Israël. Sur ce théâtre, Washington conserve cependant la main sur la conduite de la guerre, malgré les appels répétés du gouvernement Netanyahou à prolonger la campagne jusqu’à l’effondrement du régime iranien.

Il en va autrement dans le reste de la région, où Tel-Aviv entretient plusieurs conflits ouverts, tout en disposant d’une marge de manœuvre considérable. De la Palestine au Liban, en passant par la Syrie, ces trois autres fronts participent d’une même logique. En durcissant les conditions des processus de sortie de crise, quitte à les rendre irréalisables, le gouvernement Netanyahou semble faire de la confrontation régionale un instrument de survie politique à l’approche du scrutin.

En Palestine, l’impasse se poursuit du fait des positions israéliennes

Tout d’abord, l’annexion de la Cisjordanie connait un essor sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir de l’exécutif israélien. Son mandat a en effet été marqué par une multiplication de lois en faveur de la colonisation, une politique de déplacement forcé des populations locales, ainsi que par un soutien à la fois économique, administratif et militaire aux colonies. Selon l’ONG Amnesty International, au cours des trois premières années au pouvoir du cabinet Netanyahou, le budget annuel alloué au ministère des Colonies a connu une augmentation de 122 %. Le 18 août, le gouvernement israélien a lancé un appel d’offres pour le projet « E1 », qui prévoit la construction de plus de 3 000 logements à l’est de Jérusalem. Porté par son ministre d’extrême droite Bezalel Smotrich, ce plan menace de couper la Cisjordanie en deux, oblitérant ainsi tout espoir d’ériger un État palestinien viable, déjà mité par la colonisation.

À Gaza, l’initiative de paix menée par le président étasunien Donald Trump et son « Conseil de la paix » (« Board of Peace »), bute toujours devant les positions maximalistes de Tel-Aviv. Le cessez-le-feu et le rétablissement de l’aide humanitaire au sein de l’enclave, décidés à Charm El-Cheick en octobre 2025, n’ont pas été respectés par la partie israélienne. Depuis cette date, plus de 1 260 personnes ont été tuées et 4 100 personnes ont été blessées selon un rapport de l’ONU, alors que l’acheminement de l’aide continue d’y être entravé avec un taux de déchargement passé de 90 % à 77 % selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).

À présent, c’est au tour de la question du désarmement du Hamas et du retrait de Tsahal, respectivement 8e et 13e points de la feuille de route établie par le Conseil de la paix, de se heurter au blocage israélien. Le mouvement gazaoui continue d’affirmer sa volonté de respecter le processus progressif et parallèle convenu (« step-for-step »), qui veut qu’à chaque étape constatée du démantèlement de l’arsenal du Hamas, Israël se retire d’une partie du territoire. Tel-Aviv refuse ce séquençage qui lui est pourtant favorable puisqu’Israël y conserve un droit de regard à chaque étape. Ses dirigeants excluent tout retrait avant un désarmement total du Hamas et ajoutent, à présent, que sa supervision doit être effectuée par un général étatsunien.

Le deuxième point de la feuille de route prévoit par ailleurs la création d’un Comité international de vérification, chargé de certifier la mise en œuvre des différentes étapes de l’accord. Il doit être composé de représentants du « Board of Peace », d’une Force internationale de stabilisation (FIS) et d’États garants, à savoir les États-Unis, l’Égypte, le Qatar et la Turquie. Or, les autorités israéliennes contestent la présence de représentants de Doha et d’Ankara au sein de ce comité. Ainsi, la sortie de crise mise sur la table par Washington, déjà largement conforme aux intérêts israéliens, reste une nouvelle fois suspendue aux exigences maximalistes de l’actuel gouvernement.

Au Liban, enrayer le processus pour favoriser l’escalade

Cette même logique s’applique au théâtre libanais, où les pourparlers bilatéraux mis en place par l’administration Trump ont débouché, le 26 juin, sur un accord-cadre visant à « instaurer une paix et une sécurité durables ». Celui-ci prévoit notamment le retour des Forces armées libanaises (FAL) sur l’ensemble du territoire, à travers le désarmement vérifié du Hezbollah et le redéploiement progressif des forces israéliennes hors du territoire libanais. Pour ce faire, l’initiative étatsunienne comprend la mise en place de « zones pilotes », appelées à être progressivement étendues.

Cependant, tout porte à croire qu’il existe une volonté manifeste de la part de Tel-Aviv d’inscrire ce processus – déjà asymétrique dans ses demandes formulées à l’intention de Beyrouth – dans un rapport de force toujours plus défavorable à l’État libanais, quitte à l’enrayer totalement. En dépit des multiples cessez-le-feu annoncés dans le cadre des négociations, Israël poursuit son agression dans le Sud-Liban et a déclaré que son armée ne s’en retirerait « en aucun cas ». L’argument avancé par les autorités israéliennes est l’incapacité des FAL à désarmer le Hezbollah et la nécessité d’avoir, par conséquent, la main sur le mécanisme de vérification des « zones pilotes ». Argument discutable dans la mesure où les frappes israéliennes sont elles-mêmes en grande partie responsables de l’entrave au déploiement de l’armée libanaise et que la logique d’occupation d’Israël n’incite guère le mouvement de résistance Hezbollah aux compromis. 

L’annexe sécuritaire de l’accord-cadre de Washington précise que le mécanisme de vérification du désarmement des groupes armés non étatiques devra être opéré par une « entité tierce convenue d’un commun accord ». Les dernières négociations, tenues à Rome début août, ont achoppé sur la désignation de ce tiers, Tel-Aviv opposant notamment son veto à la participation de la France. De même, la délégation israélienne a insisté pour que les inspections incluent les habitations privées, ce que l’armée libanaise refuse catégoriquement. Finalement, la situation a entrainé une paralysie des négociations, reportées à la fin du mois de septembre sans qu’aucune date ne soit fixée.

Tout en instaurant le blocage par ses positions maximalistes, Tel-Aviv semble progressivement s’orienter vers le choix de l’escalade. Le 15 août, un raid israélien a fait 11 morts et 19 blessés, soit le bilan le plus lourd depuis le cessez-le-feu. À cela s’ajoutent les opérations quotidiennes de dynamitage et l’utilisation de phosphore blanc[2], qui semblent renvoyer aux calendes grecques toute perspective de retour de ses habitants dans la région.

En Syrie, la compétition pour l’hégémonie régionale

Au sein de ce Proche-Orient à feu et à sang, la Syrie n’est elle aussi pas en reste. Ce 18 août, l’aviation israélienne a bombardé l’aéroport militaire d’Abu Dhouhour, situé dans la province d’Idlib, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière turque. Si, depuis la chute du régime Assad, Israël occupe une partie du territoire syrien, multiplie les frappes le long de sa frontière septentrionale jusqu’à Damas et opère une stratégie de cooptation de la minorité druze dans la province de Soueïda, la localisation de cette frappe témoigne d’un élargissement de ses opérations. Surtout, selon le bureau du Premier ministre israélien, elles visaient à y empêcher le déploiement de forces turques. Ankara, qui a démenti une telle volonté, s’est abstenue de toute réponse militaire.

Sur le dossier syrien, la diplomatie étatsunienne est également aux avant-postes pour établir un mécanisme de désescalade. Son émissaire Tom Barrack, également ambassadeur des États-Unis en Turquie, avait obtenu en début d’année la création d’une « cellule de fusion » tripartie afin de superviser la situation sécuritaire et d’accueillir de nouvelles discussions sur le retrait des forces israéliennes. Mais le dispositif est resté lettre morte devant les réticences israéliennes, justifiées par des arguments d’ordre sécuritaire – contestables au vu des faibles capacités militaires du nouveau régime syrien – et des craintes invoquées vis-à-vis de la présence militaire turque sur le sol syrien.

Cette séquence s’inscrit également dans le cadre plus large de la rivalité croissante entre Ankara et Tel-Aviv afin de projeter leur influence dans la région, dans un contexte d’affaiblissement régional de l’Iran. La Turquie et la Syrie demeurent étroitement liées du fait de la géographie et d’enjeux politico-sécuritaires communs, notamment celui de la « question kurde ». Dans le même temps, le nouveau pouvoir en place à Damas est dépendant des monarchies pétrolières du Golfe, au premier rang desquels l’Arabie saoudite, pour attirer des investissements vitaux à la reconstruction de son économie. Ce 7 août, la Turquie a d’ailleurs conclu un accord tripartite de « défense et d’assistance mutuelle en cas d’agression » avec l’Arabie saoudite et le Pakistan.

Dans ce contexte, le chef de la diplomatie syrienne s’est rendu à Islamabad dès le lendemain des frappes israéliennes pour discuter de coopération en matière de défense. Une configuration qui offre à Netanyahou un terrain de confrontation supplémentaire à l’approche du scrutin, ce dernier ayant déclaré vouloir combattre « l’axe émergent sunnite radical ».

L’escalade au service du calendrier électoral

Si ces trois fronts répondent chacun à des logiques propres, l’escalade qui s’y déploie simultanément n’est toutefois pas sans rapport avec le calendrier politique israélien. Fait révélateur, le parti politique de Netanyahou, le Likoud, a récemment déployé une affiche électorale associant les visages du guide suprême iranien Khamenei, du président turc Erdogan, du chef du Hezbollah et même du maire démocrate de New York Zohran Mamdani. Elle était accompagnée du message : « Ils veulent que Netanyahou perde. Ne les laissez pas gagner ».

Dans un scrutin qui s’annonce particulièrement disputé, cette stratégie électorale constitue un atout important pour le Premier ministre sortant qui veut ainsi se présenter comme un rempart face à des ennemis désignés comme autant de menaces pour Israël. Elle trouve également un écho dans les positions de l’aile la plus radicale de son gouvernement, avec laquelle Netanyahou s’est allié pour obtenir une majorité de sièges lors du dernier scrutin. L’influent ministre Itamar Ben Gvir, dirigeant du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, s’est dit favorable à « bombarder Beyrouth » et « écraser » le Liban, ou encore à assassiner « 30 à 40 » Gazaouis par nuit

Il convient toutefois de souligner que le soutien à cette politique dépasse largement les seuls rangs de la coalition gouvernementale. De larges pans de la classe politique israélienne – et par extension de sa société – ne remettent pas fondamentalement en cause le recours à la force comme instrument de sa politique régionale. L’un de ses principaux adversaires, Gadi Eizenkot, a ainsi siégé au sein du cabinet de guerre de Netanyahou durant les premiers mois de l’offensive à Gaza et est l’un des artisans de la « doctrine Dahiyye[3] », déployée au Liban au début des années 2000 et qui prône l’utilisation disproportionnée de la violence sur
les installations civiles.

Les positions de l’ancien chef d’état-major au sujet de la politique régionale israélienne sont à cet égard particulièrement éclairantes. Gadi Eizenkot dénonce ainsi le cadre proposé par le « Board of Peace » à Gaza, accusant l’actuel gouvernement de vouloir « laisser le Hamas au pouvoir ». Au Liban, il prône une liberté d’action de l’armée israélienne qui ne se limiterait pas au Sud, mais qui comprendrait Beyrouth et sa banlieue. Par conséquent, du fait des positions maximalistes de l’establishment politico-militaire, la campagne électorale israélienne tend plutôt à favoriser une logique de surenchère.

Washington laisse Israël poursuivre son escalade

L’apparition du maire de New York sur l’affiche du Likoud peut enfin être lue comme le signe d’une préoccupation croissante autour de l’évolution du soutien américain à Israël. Mais les divergences récemment apparues entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou sur la conduite de la guerre en Iran ne doivent toutefois pas être assimilées à une rupture quant à la latitude laissée par Washington à l’hubris israélienne dans le reste de la région.

Au Liban, les récentes frappes meurtrières ont été indirectement justifiées par l’ambassadeur étatsunien, Michel Issa. À Gaza, l’émissaire Jared Kushner s’est contenté de demander à Netanyahou des « petites mesures » sur le dossier du désarmement du Hamas. En Cisjordanie, si l’ambassadeur des États-Unis Mike Huckabee a récemment qualifié les colons israéliens de « terroristes », Washington ne s’est pas ouvertement opposé au projet d’annexion « E1 ».
En Syrie, enfin, les réserves exprimées par Tom Barrack après les récentes frappes semblent surtout traduire la crainte d’un élargissement de la confrontation avec la Turquie, plutôt qu’un désaccord de fond sur la présence et les opérations militaires israéliennes en Syrie.

D’après le média Axios, l’administration Trump aurait d’ailleurs indiqué à Damas et Ankara qu’un règlement de la question serait plus facile à obtenir après les élections israéliennes. Ce qui laisse entendre que même Washington compose avec le calendrier politique de Netanyahou, quitte à lui laisser, de fait, le choix de l’escalade.

[1] Voir à cet égard l’ouvrage de deux journalistes du New York Times,Maggie Haberman et Jonathan Swan, Regime change: Inside the imperial presidency of Donald Trump. (Simon & Schuster, 2026)

[2] Le phosphore blanc est une substance chimique hautement inflammable. Classé comme arme conventionnelle, mais strictement encadré, il peut entraîner des conséquences désastreuses à long terme sur les sols agricoles.

[3] Du nom donné à la banlieue-sud de Beyrouth, dévastée par les bombardements israéliens lors du conflit de 2006 puis, de nouveau, fin 2024. 

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« Prospective géopolitique française en Afrique Noire francophone postindépendance » – 4 questions à Aboubakar Ouattara

mer, 26/08/2026 - 18:01

Pour vous, la période de De Gaulle à Chirac, donc de 1958 à 2007, a été l’âge d’or de la France-Afrique…

Oui. La triade terminologique âge d’or, âge d’argent et âge de plomb usitée dans le livre est inspirée d’Hésiode.[1] Elle nous a paru juste pour caractériser le continuum géopolitique de la France-Afrique, de De Gaulle à Chirac, puis de Sarkozy à Hollande, et enfin à Macron. La force de prestige sémantique de chacun des trois métaux est métaphoriquement associée à la période géopolitique qui lui correspond sur le continuum. Il suit de là que, du point de vue des intérêts de la France, de De Gaulle à Macron, l’histoire de la France-Afrique est celle d’une dégradation progressive en termes de tendance lourde. Que cette histoire soit dénommée France-Afrique, Françafrique, Afrique-France, Africa-France ou Africa Forward, le trait de sens fédérateur involué dans ces appellations est la relation de puissance qu’elles instituent entre les acteurs concernés : la France et les pays d’Afrique.

En termes de géopolitique, l’âge d’or de la France-Afrique signifie, pour la France, avoir le contrôle ; avoir la capacité effective d’exercer sur l’autre acteur les leviers du soft et/ou du hard power à disposition afin d’aligner ce dernier dans le sens des intérêts de la France, prioritairement. Il n’est pas déplacé de dire que, structurellement, ce contrôle a fonctionné à son rendement maximal de De Gaulle à Chirac « le dernier des gaullistes »[2], c’est-à-dire du deal de l’indépendance-association avec ses accords dits spéciaux au postulat et code de conduite géopolitiques énoncés par Chirac à l’endroit des dirigeants d’Afrique noire francophone : « Si vous voulez l’appui de la France, sachez respecter docilement les règles que vous savez »[3].

Peut-on parler de dégradation ou de renouvellement pour les quinquennats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ?

Les quinquennats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande accusent un renouvellement de surface sur fond de fidélité à l’esprit de l’âge d’or ; ce qui les a empêchés de favoriser une relation partenariale avec les pays d’Afrique noire francophone. Sinon, comment expliquer les écarts de comportements grossiers de la politique étrangère de la France sous chacun des deux quinquennats à l’endroit de ces pays — écarts qui sont des marqueurs et accélérateurs de la dégradation de la relation France-Afrique ? Les exemples sont légion. Du côté du quinquennat de Nicolas Sarkozy, on peut citer le non-respect de sa promesse de rupture, son discours à l’Université de Dakar, les interventions militaires au Tchad, en Côte d’Ivoire (et même en Libye étant donné les effets induits de cette dernière intervention sur l’espace africain francophone). Du côté du quinquennat de François Hollande, on peut citer son injonction aux dirigeants africains « à opérer l’inéluctable changement » ; ce qui a été vécu par certains d’entre eux comme « une greffe, un acte imposé ».[4]

Pour ces deux quinquennats, on ne peut pas parler de dégradation ou de renouvellement. Je parlerai de dégradation et de renouvellement. J’observe que le renouvellement est superficiel par rapport à la logique de l’âge d’or qui répond d’une tendance structurelle. Les marqueurs de dégradation sont réels. Ils nourrissent le dévissement de la France dans la relation. Et cela, dans un environnement stratégique global favorable aux pays africains quant à une refondation de la relation France-Afrique.

Qu’est-ce qui change avec Emmanuel Macron ?

Ce sont trois choses : 1. l’accélération de la dégradation de la relation en défaveur de la France ; 2. l’ampleur et l’intensité du rejet de la France par des dirigeants africains, par des élites africaines (intellectuelles, médiatiques, politiques), par des entrepreneurs africains face à la concurrence déloyale avec les grands groupes français, par une certaine classe moyenne africaine qui s’informe quotidiennement sur les relations entre la France et les pays africains et sur l’évolution des relations internationales et géopolitiques dans le monde, par une certaine classe populaire africaine connectée sur les réseaux sociaux et sur les chaînes de télévision satellitaires françaises ; 3. ce qui change c’est aussi l’itération des outrances verbales et non-verbales. Elles sont liées à la psychologie transgressive de Macron et sont légion. Elles incluent la convocation des présidents du G5 Sahel à Pau (16 décembre 2019 / 11 janvier 2020), l’accusation d’« ingratitude » portée contre les gouvernants africains lors de son discours aux ambassadeurs de France à l’Élysée (6 janvier 2025). Mais ne soyons pas dupes de ses outrances. Emmanuel Macron choisit ses victimes. Ses dérapages confirment son alliance avec le principe de l’âge d’or.

Pensez-vous que les 13 propositions d’Achille Mbembe donnent la possibilité d’une « conversion des regards » ?

Je pense que les 13 propositions ne donnent que la possibilité superficielle sans plus. L’état des regards, avant les 13 propositions, offre le constat d’un déséquilibre essentiel dans la relation, une inégalité structurelle. L’exégèse des 13 propositions censées favoriser la « conversion des regards » nous a conduit au statu quo ante. Ce constat confère au corpus des 13 propositions un rôle cosmétique :

  • Le corpus reflète un projet de réformes pour faire évoluer certaines propriétés de la relation, en témoignage de changement, mais pas la relation elle-même qui reste irremplacée dans son existence même, c’est-à-dire dans sa raison d’être géopolitique, prédatrice, inégale, fidèle au souffle vital de l’âge d’or. Le projet de refondation cristallisé dans les propositions n’est pas un projet de rupture.
  • Le corpus est verrouillé pour ne rester que dans l’axe de la continuation de la relation inégalitaire, mais il est vendu comme un événement géopolitique refondateur.
  • Le corpus reste un adjuvant de géopolitique prospective pour la consolidation de la présence de la France comme puissance en Afrique noire francophone afin d’y préserver durablement ses intérêts. Plus largement, afin de satisfaire sa volonté de puissance, de rang et d’influence à l’échelle globale.

L’angle mort du rapport d’Achille Mbembe réside dans son évitement à penser la question de la souveraineté des pays d’Afrique noire francophone hors d’un couplage inféodant avec la France. Achille Mbembe préfère intégrer la souveraineté de ces pays dans celle de la France et, au-delà, dans celle de l’Europe. Il croit au mariage du pot de fer avec le pot de terre et fait mine d’ignorer la mémoire de leur histoire partagée, historien de son état.

Les 13 propositions d’Achille Mbembe donnent la possibilité d’une « conversion des regards » qui est une conversion de surface du type des conversions où tout doit changer pour que rien ne change. Et à ce jeu de ruse géopolitique, la France (ses alliés avec) possède une expertise avérée. L’histoire de ses relations avec les États d’Afrique francophone regorge d’exemples. À titre d’illustration, pensons à la geste qui part du tournant vers les indépendances en juin 1943 (avec la Constitution du Comité français de Libération nationale à Alger sous l’autorité du Général de Gaulle) jusqu’au sommet Africa Forward en mai 2026. Passons-y la tenue de la Conférence africaine française de Brazzaville en janvier 1944, la Création de l’Union française en octobre 1946, le Vote de la loi-cadre, dite Defferre, en juin 1956, la Communauté franco-africaine créée dans le cadre de la nouvelle Constitution française en 1958 et l’accession massive aux indépendances en 1960. La liste intérieure à l’intervalle de temps choisi est plus longue… Rien que de la ruse géopolitique.

[1] In Les Travaux et les Jours, VIIIe siècle av. J.-C.

[2] Nous tenons cette périphrase de Dominique de Villepin, Mémoire de paix pour temps de guerre, Grasset, Paris, 2016, p. 18 : « La foi inébranlable dans la vocation de la France et l’esprit de combat ont fait de lui, sur la scène internationale, le dernier des Gaullistes ».

On retrouve la même idée chez Francis Laloupo, France – Afrique. La rupture maintenant ?, Acoria éditions, Paris, 2013, p. 24 : « Après François Mitterrand, Jacques Chirac sera l’homme qui déploiera, jusqu’à la caricature, toutes les traditions et pratiques de la Françafrique. L’Histoire conférera à Chirac un statut particulier : celui du « dernier homme ». Le dernier chef d’État français à avoir placé l’Afrique au centre de ses œuvres présidentielles. » ; « Chirac sera donc le « dernier homme », le dernier de la génération des chefs d’État français à avoir mis au cœur de la gestion du pouvoir l’équation africaine » (ibid., p. 26) ; « Après le règne du dernier homme, Nicolas Sarkozy disposait des atouts nécessaires pour opérer la rupture générationnelle » (ibid., p. 27-28). 

[3] Cité par Francis Laloupo, ibid., p. 24-25.

[4] Les segments guillemetés sont empruntés à Francis Laloupo, ibid., p.137.

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Référendum sur l’Europe : un poisson nommé Islande

mer, 26/08/2026 - 11:40
Points de repère spatio-temporels

Sur une carte, l’Islande semble périphérique, avec à peine moins d’un demi-million d’habitants sur cette île volcanique de l’Atlantique Nord. Mais sur une carte océanique, elle trouve davantage de centralité, avec une position charnière entre Europe, Amérique du Nord et Arctique. Tout le paradoxe géopolitique islandais est là : petite puissance terrestre et démographique, mais grande puissance maritime et halieutique. La Chine ne s’y trompe d’ailleurs pas, souhaitant placer des pions en Islande dans le cadre de sa stratégie des routes polaires de la soie.

L’Islande est déjà profondément imbriquée dans l’espace européen. Membre fondateur de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en 1949, elle appartient à l’Association européenne de libre-échange depuis 1970, à l’Espace économique européen (EEE) depuis 1994 et à l’espace Schengen depuis 2001. Elle applique ainsi une partie considérable des règles du marché intérieur européen et participe à de nombreux programmes sans être membre de l’UE. Son économie est également très connectée au continent. Cette proximité économique et institutionnelle rend parfois difficile à percevoir ce qui sépare encore véritablement Reykjavik de Bruxelles.

Or, deux secteurs essentiels restent précisément à l’écart du fonctionnement ordinaire de l’EEE : l’agriculture et la pêche. Ce n’est évidemment pas anodin. L’une des singularités de l’Islande réside dans la place occupée par ses ressources naturelles et surtout marines. Sa prospérité, son histoire et une partie de son identité se sont construites autour de cette mer nourricière. L’Islande avait officiellement déposé sa candidature à l’UE en 2009, dans le contexte de la grave crise financière internationale, qui n’avait pas épargné le pays. Les négociations furent suspendues en 2013, avant que le processus ne soit abandonné en 2015. Parmi les principaux points de friction figurait déjà la pêche.

Plus d’une décennie après, le contexte global a changé, avec notamment ces velléités trumpiennes sur le Groenland qui perturbent les raisonnements islandais et modifient les enjeux dans l’Arctique pour l’UE. Or, si l’Islande et l’UE peuvent trouver de nouvelles raisons géopolitiques à se rapprocher, la pêche reste l’épine dorsale des divisions.

La singularité halieutique islandaise

La pêche et l’aquaculture représentent environ 7 % du PIB, 5 % de l’emploi et près de 40 % des exportations islandaises de marchandises. Les captures atteignent en moyenne 1,4 million de tonnes par an, dont environ 710 000 tonnes d’espèces démersales – parmi lesquelles quelque 220 000 tonnes de morue – et 550 000 tonnes de poissons pélagiques comme le capelan, le maquereau ou le hareng. L’aquaculture progresse, notamment en saumon. Il faut dire que de nombreux pays de l’UE en raffolent (à commencer par la France) sans en produire sur leurs littoraux ou leurs sols.

Parler d’une éventuelle adhésion de l’Islande à l’Union européenne sans parler de poisson reviendrait presque à parler de l’Arabie saoudite sans évoquer le pétrole. Car la pêche islandaise n’est pas une activité économique périphérique qu’il faudrait maintenir artificiellement en vie. Au contraire, les Islandais en sont fiers et misent sur ce secteur. Ce dernier s’avère créateur de richesses, exportateur, performant et fortement intégré aux circuits mondiaux. Sa ressource sauvage – cabillaud, églefin, espèces pélagiques notamment – comme sa production aquacole sont très recherchées sur des marchés où la concurrence est mondiale. Les produits islandais sont largement présents sur le marché européen. Les opérateurs se sont adaptés au Brexit, avec notamment un redéploiement d’une partie des flux vers les Pays-Bas avant redistribution vers d’autres États membres. L’Islande dispose donc déjà du débouché européen sans appartenir à l’UE.

La pêche en Islande, attribut de souveraineté

Entre les années 1950 et 1970, les fameuses « guerres de la morue » opposèrent l’Islande au Royaume-Uni autour de l’extension des zones de pêche islandaises. Reykjavik parvint progressivement à imposer son contrôle jusqu’à 200 milles nautiques de ses côtes. Pour cette micro-nation insulaire, la maîtrise de la mer et de ses ressources est ainsi devenue une manifestation particulièrement concrète de l’indépendance nationale. Cette mémoire demeure présente. Là où d’autres États pensent leur souveraineté d’abord à travers leurs frontières terrestres, l’Islande la pense aussi à travers ses poissons, ses quotas, ses navires et son espace maritime. Et c’est ici la tension majeure d’une éventuelle adhésion à l’UE : pour la pêche islandaise, l’intérêt à y entrer reste faible. 

Pour Reykjavik, la question est d’abord celle de la souveraineté. L’Islande détermine largement ses règles de gestion des ressources halieutiques et défend jalousement le contrôle de ses stocks, de ses quotas et de l’accès à ses eaux. Une éventuelle adhésion obligerait pourtant l’Islande à négocier son intégration à la politique commune de la pêche (PCP). Les modalités feraient évidemment l’objet de discussions, mais le principe est politiquement explosif : pourquoi transférer une partie de sa capacité de décision à Bruxelles sur une ressource considérée comme nationale, stratégique et particulièrement bien valorisée ? Pourquoi modifier un modèle qui fonctionne, accepter davantage de règles communes et renoncer à une partie d’autonomie alors que l’accès au marché européen existe déjà ? Si pour Bruxelles, la pêche pourrait constituer l’une des raisons de vouloir l’Islande dans l’Union, pour une partie du secteur halieutique islandais, elle constitue précisément l’une des meilleures raisons de rester dehors.

Entrer dans l’UE en rejetant le poisson ?

Soyons réalistes : la PCP ne fait pas rêver Reykjavik. Cette évaluation est d’autant plus légitime que la pêche européenne traverse elle-même de fortes tensions et que l’UE peine à définir un cap clair en matière de stratégie halieutique. Rappelons ici que les produits de la mer font partie des plus grandes dépendances alimentaires dans la majorité des pays de l’UE. Cela vaut pour la France, grande puissance bleue, sauf dans l’assiette. Depuis plusieurs décennies, la PCP cherche à concilier trois impératifs : exploiter économiquement les ressources, assurer le renouvellement des stocks et protéger les écosystèmes marins. Quotas, limitations de l’effort de pêche, contraintes pesant sur les capacités des flottes (coût de l’énergie, vieillissement des professionnels, etc.), développement des aires marines protégées et multiplication des normes environnementales alimentent chez une partie des pêcheurs européens le sentiment d’un espace halieutique qui se rétrécit. La flotte européenne diminue et sa vétuste inquiète. Certains armateurs connaissent de sérieuses difficultés économiques, d’autant que la compétition internationale s’est intensifiée.

L’UE veut protéger ses zones maritimes, mais elle importe donc massivement les produits de la mer qu’elle consomme. Réduire la pression de pêche dans les eaux européennes peut produire un bénéfice environnemental local. Mais si la consommation demeure et si elle est satisfaite par davantage d’importations, la pression productive ne disparaît pas nécessairement. Elle peut aussi être déplacée vers d’autres mers. La question ne serait-elle pas de déterminer comment l’Europe peut simultanément préserver ses ressources et préserver sa capacité à produire ? Cela pourrait être le narratif islandais, d’autant que l’on voit mal ce pays ne pas rester une puissance halieutique quand bien même l’adhésion à l’UE se profilerait. Dit autrement, Reykjavik pourrait-elle faire évoluer la PCP et la vision halieutique de l’UE ?

Se tourner vers l’avenir

Le Brexit a rétréci l’Europe maritime, l’Islande pourrait l’agrandir. La sortie du Royaume-Uni en 2020 a accéléré les problématiques pour les pêcheries européennes. L’hypothèse d’une intégration de l’Islande dans l’UE pourrait rebattre les cartes, une décennie plus tard. La zone économique exclusive islandaise représente environ 758 000 km². Son adhésion accroîtrait donc considérablement l’espace maritime relevant d’un État membre de l’UE. Les captures islandaises représentent à elles seules l’équivalent d’environ 30 % des volumes actuellement pêchés par l’UE27. Avec l’Islande, l’UE réaliserait 5 % des captures mondiales.

Aujourd’hui, l’Islande est simultanément partenaire et redoutable concurrent halieutique de l’Union européenne. Sa flotte est productive, son expertise scientifique reconnue, son industrie de transformation performante et son système de gestion des ressources fortement structuré. Avec la Norvège, elle illustre une forme de puissance halieutique nordique fondée sur l’association entre ressources, technologie, efficacité des flottes et gestion des stocks. Tant qu’elle reste extérieure à l’UE, cette puissance s’exerce en partie face à elle : compétition commerciale, négociations sur les stocks partagés, accès aux marchés, quotas et rapports de force autour des espèces migratoires. Mais l’adhésion changerait la perspective. L’Islande intégrée pourrait devenir une contributrice majeure à la capacité halieutique et alimentaire européenne. À une condition cependant : que l’UE souhaite redevenir une puissance halieutique et s’assume comme protagoniste sur les affaires maritimes de l’Arctique.

C’est là que le référendum islandais devient un débat européen si le oui l’emporte le 28 août et si le processus d’adhésion s’en trouve relancé.  L’UE transformera l’Islande, mais l’Islande pourrait aussi faire évoluer l’Europe halieutique. Il ne s’agirait évidemment pas de revenir sur la nécessité d’une gestion durable des ressources. Une puissance halieutique ne peut l’être durablement qu’en préservant le capital biologique sur lequel elle repose. Mais soutenabilité et puissance ne sont pas nécessairement contradictoires.

Sous cet angle, un parallèle peut être esquissé avec l’Ukraine agricole, qui apporterait des forces considérables à l’UE dans ce secteur en cas d’adhésion de Kiev demain, si et seulement si une vision géopolitique et géoéconomique s’exprime. Sans cela, l’agriculture constituera le dossier le plus explosif et le plus fracturant du dialogue euro-ukrainien. Les situations sont évidemment très différentes par leur taille, leur histoire et leur contexte géopolitique. Mais elles interrogent toutes deux la manière dont l’Union envisage ses futurs élargissements Ukraine et Islande posent ainsi, chacune dans leur domaine, une même question à Bruxelles : l’élargissement consiste-t-il seulement à étendre un espace juridique et réglementaire, ou peut-il aussi servir à agréger de nouvelles capacités de puissance ?

Quand les poissons déplacent la géopolitique

Ajoutons une brique aux réflexions précédentes. La question euro-islandaise devient encore plus stratégique avec le changement climatique. Le réchauffement des eaux modifie progressivement la répartition géographique de certaines espèces. Les stocks évoluent, migrent ou deviennent plus variables. Certaines espèces apparaissent davantage dans certaines zones tandis qu’elles en délaissent d’autres. La géographie de la pêche n’est donc pas immuable. Les tensions observées autour du maquereau entre l’Islande, les îles Féroé, la Norvège et l’UE en fournissent une illustration. Elles pourraient préfigurer d’autres controverses à mesure que le changement climatique transforme les écosystèmes de l’Atlantique Nord. Un poisson qui change de latitude peut déplacer de la valeur économique, chambouler des quotas et durcir des discussions diplomatiques. La gouvernance halieutique devient ainsi une forme de géopolitique climatique. Elle oblige les États côtiers à négocier simultanément la conservation de ressources mobiles, l’accès aux zones de pêche et le partage de la richesse qu’elles génèrent. Cette évolution renforce mécaniquement la valeur stratégique des États disposant à la fois d’importants espaces maritimes, d’une expertise scientifique reconnue et d’une industrie halieutique performante. L’Islande réunit précisément ces trois caractéristiques.

La mer pousse l’Islande à préserver son autonomie ; la géopolitique peut la pousser vers l’UE. Contrairement à la Norvège, l’Islande ne dispose pas de la même profondeur financière et énergétique pour absorber les chocs d’un environnement international plus incertain. Dans un monde où les rapports de force reviennent au premier plan, la petite taille démographique peut redevenir une vulnérabilité. La campagne référendaire conduit naturellement les Islandais à s’interroger sur ce que l’UE pourrait leur apporter : sécurité, influence politique, stabilité économique ou perspective d’intégration monétaire. La dynamique géopolitique en Arctique pousse au rapprochement avec l’UE. Mais la souveraineté halieutique les invite à la prudence. Mais il convient de poser aussi la question de ce que gagnerait l’UE avec l’Islande. Dans cette perspective, le sujet halieutique, avec ses composantes spatio-maritimes et économico-alimentaires, est inévitable.

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Les défis géopolitiques de la rentrée

mar, 25/08/2026 - 17:10

Iran, Chine, Canada, CPI, Ukraine, Gaza, climat… Pour cette rentrée, les fronts géopolitiques se multiplient et Donald Trump se retrouve, une nouvelle fois, au centre de la plupart d’entre eux. Sa stratégie de guerre économique totale contre l’Iran peut-elle fonctionner face à la Chine ? Le Canada ouvre-t-il la voie à une résistance plus ferme aux exigences américaines ? Jusqu’où ira l’offensive de Washington contre la Cour pénale internationale ? Et que reste-t-il des promesses de Donald Trump de mettre fin aux guerres en Ukraine et à Gaza ? Mon analyse de cette rentrée géopolitique.

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La crise de l’entreposage du combustible nucléaire usé en Corée et l’alerte pour 2030

jeu, 13/08/2026 - 15:20
À télécharger

Cette note a été initialement publiée en anglais sur le site du Sejong Institute sous la forme d’un Sejong Focus le 21 avril 2026. Elle a été traduite en français par son auteur et légèrement remaniée. Elle s’inscrit dans la perspective de la visite du président sud-coréen Lee Jae-myung en France les 7 et 8 septembre 2026 avec le souhait d’approfondir la coopération stratégique entre les deux pays dans un domaine structurant.

À l’occasion du sommet franco-coréen du 3 avril 2026, les relations entre les deux pays ont été rehaussées au rang de « partenariat stratégique global », et un mémorandum d’entente (Memorandum of Understanding – MoU) de coopération globale sur l’ensemble du cycle du combustible nucléaire a été signé entre Korea Hydro & Nuclear Power (KHNP) et Orano, l’entreprise publique française du cycle du combustible. Ce MoU se concentre toutefois essentiellement sur la construction de nouveaux réacteurs et la coopération en matière d’approvisionnement en combustible, sans aborder, à ce stade, la question du retraitement du combustible usé comme enjeu central. Cela étant, le simple fait qu’un cadre institutionnel de coopération nucléaire franco-coréenne ait été établi ouvre une fenêtre politique favorable à l’engagement de véritables discussions sur l’aval du cycle (l’ensemble des opérations de gestion du combustible après son utilisation en réacteur : entreposage, retraitement, stockage définitif), y compris le combustible usé. Le présent article analyse les possibilités et les conditions d’une telle coopération et propose une feuille de route stratégique réaliste.

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Arabie saoudite, Pakistan, Turquie : un accord tripartite pour quoi faire ?

lun, 10/08/2026 - 15:33
Naissance d’un « axe sunnite » ?

Bien que les signataires de l’accord s’en défendent, il s’agit bel et bien d’un « axe sunnite » en réponse à la menace équivalente côté iranien chiite. Le choix du lieu et de la temporalité pour cette signature est important. L’accord a été signé à la Mecque le lieu le plus sacré pour les musulmans sunnites. Par ailleurs, il intervient quelques jours après des attaques de milices irakiennes pro-iraniennes contre l’Arabie saoudite, la riposte saoudienne et le réveil de la menace Houthi en mer rouge.

Les limites de l’accord

Cet accord qui prévoit une assistance mutuelle en cas d’attaque contre l’un des pays signataires soulève cependant quelques questions qui pour l’instant n’ont pas de réponse. La première est la portée réelle de ces engagements. Le Pakistan est certes un allié de l’Arabie saoudite et la seule puissance nucléaire musulmane, mais il entretient en même temps des relations très étroites avec son voisin iranien. Il est donc peu probable que ce pays s’engage dans un conflit avec l’Iran.

La Turquie, quant à elle, a vocation à être une puissance régionale et est dotée d’une armée puissante et d’une industrie d’armement innovante et dynamique mais elle est également membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Elle a donc des engagements qui pourraient ne pas être compatibles avec les exigences de cet accord.

Par ailleurs, on pourrait se soulever la question de l’avenir de cette alliance. A-t-elle vocation à s’élargir à d’autres pays comme l’Égypte qui constitue une force régionale non négligeable ou le Qatar qui abrite un large contingent militaire turc ? Doha ne voudra-t-il pas rejoindre cet accord ? Qu’en est-il des autres pays de la région comme le Koweït et Bahreïn qui sont laissés seuls face à des menaces qu’ils ne peuvent conjurer ?

Les Émirats arabes unis ont pour l’instant fait le choix de consolider leur alliance avec les États-Unis et Israël pourraient s’inquiéter d’une montée en puissance de leur grand voisin saoudien.

Un affichage médiatique ou un véritable tournant ?

Il est trop tôt pour mesurer la portée de l’accord du 7 août. Ce qui est clair, c’est qu’il vient conforter la position de l’Arabie saoudite vis-à-vis de l’Iran bien qu’il soit très peu probable que les choses changent sur le terrain. Téhéran en fin tacticien connait parfaitement les limites de ces engagements qui constituent avant tout un affichage qui donne un avantage symbolique à Riyad.

Riyad, de son côté, sait très bien qu’elles ne pourront pas se passer de sitôt du parapluie américain, même si celui-ci est troué et a du mal à s’ouvrir, d’autant plus qu’un tel acte n’aurait pas pu être conclu sans l’aval de Washington. Des inquiétudes pourraient surgir côté israélien mais elles seraient compensées par un renforcement de leur coopération avec les Émirats arabes unis.

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Netanyahou bloque le plan de paix de Trump sur Gaza

lun, 10/08/2026 - 12:10

Benyamin Netanyahou vient de rejeter la deuxième phase du plan de paix présenté par Donald Trump dans le cadre du Conseil de la paix. Annoncé en octobre 2025, ce plan global prévoyait, dans un premier temps, un cessez-le-feu — mis en œuvre mais non respecté — ainsi que la libération des otages israéliens et de prisonniers palestiniens. La deuxième phase proposait quant à elle un retrait progressif de l’armée israélienne de Gaza et le désarmement du Hamas. Si le Hamas avait accepté cette nouvelle feuille de route, le Premier ministre israélien s’y est opposé.

Quels risques cette décision fait-elle peser sur la relation entre Israël et les États-Unis ? Comment Donald Trump est-il susceptible de réagir ? En quoi le contexte actuel rend-il de plus en plus difficile la possibilité de la création d’un État palestinien ? L’analyse de Pascal Boniface

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Trump : de Superman à la mouche du coche

ven, 07/08/2026 - 13:00

Après plusieurs mois de conflit, le détroit d’Ormuz devrait prochainement rouvrir à la circulation maritime. Alors que le détroit avaient été fermé par l’Iran à la suite des frappes israélo-américaine et est utilisé par Téhéran comme levier stratégique, Donald Trump, qui avait fait de cette réouverture un objectif majeur de sa stratégie, présente cette avancée comme une victoire. Pourtant, l’accord ayant permis cette réouverture fait suite à des négociations menées entre l’Iran et Oman, sans participation des États-Unis. Cette situation relance les interrogations sur l’influence réelle de Washington au Moyen-Orient.

En quoi les tensions autour du détroit d’Ormuz fragilisent-elles la crédibilité des États-Unis sur la scène internationale ? L’Iran est-il en train de s’imposer comme un acteur incontournable de la recomposition géopolitique du Moyen-Orient ?

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Géopolitique de l’arme nucléaire

jeu, 06/08/2026 - 15:20

L’arme nucléaire est un élément central des relations internationales et un enjeu majeur de sécurité et de dissuasion. À ce jour, neuf États possèdent l’arme nucléaire : les États-Unis, la Russie, la France, le Royaume-Uni, la Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord. Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), signé en 1968, vise à limiter la diffusion de cette arme et à favoriser le désarmement. Toutefois, son efficacité reste limitée puisque certains États n’y ont jamais adhéré et que d’autres s’en sont retirés. Les conflits récents illustrent l’importance stratégique de l’arme nucléaire, qui constitue pour certains États une garantie contre toute intervention militaire extérieure et un moyen d’assurer la survie de leur régime. Les frappes menées par Israël et les États-Unis contre des installations nucléaires iraniennes ont ravivé les inquiétudes liées au risque de prolifération nucléaire.

En quoi le risque de prolifération constitue-t-il un enjeu majeur pour la sécurité internationale ? Un désarmement nucléaire est-il encore envisageable dans le contexte géopolitique actuel ?

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Après Antibes, l’Indo-Pacifique : le prochain chantier franco-italien

mer, 05/08/2026 - 12:32
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Le 25 juin 2026, Emmanuel Macron et Giorgia Meloni se sont retrouvés à Antibes, sur la côte méditerranéenne, à l’occasion du 36e sommet franco-italien. Organisée dans le cadre du traité du Quirinal, signé en 2021 pour approfondir la coopération bilatérale, cette réunion intergouvernementale a mobilisé les principaux ministères des deux pays. Le sommet a débouché sur plusieurs résultats concrets : une nouvelle feuille de route de défense pour la période 2026-2031, des avancées en matière de défense aérienne, de nucléaire civil et de coopération spatiale, ainsi qu’une coordination renforcée sur l’immigration, les enjeux méditerranéens et la lutte contre la criminalité organisée. Dans un contexte géopolitique marqué par la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et une politique étrangère américaine incertaine, Paris et Rome ont voulu démontrer la solidité retrouvée de leur relation.

Un dossier manquait pourtant à l’appel : l’Indo-Pacifique. Cette omission interroge, à l’heure où la région est devenue le principal centre de gravité de l’économie mondiale et l’un des foyers majeurs de la compétition stratégique internationale. La temporalité du sommet s’y prêtait pourtant : la France a actualisé sa doctrine en 2025 ; l’Italie y accroît sa présence diplomatique et navale ; l’Union européenne tente, depuis 2021, d’y donner davantage de cohérence à son action.

Faut-il y voir une simple hiérarchie des urgences ? Sans doute. Les enjeux transfrontaliers, méditerranéens et transatlantiques mobilisent naturellement l’essentiel de l’agenda politique bilatéral. Mais cette explication ne suffit pas. De nombreux sujets transverses affectent largement les deux régions : sécurité des routes maritimes, accès aux technologies critiques, résilience des chaînes d’approvisionnement, transition énergétique et rivalités normatives relient plus que jamais les deux espaces.

Une coopération franco-italienne dans l’Indo-Pacifique ne se substituerait ni aux stratégies nationales ni à celle de l’Union. Elle pourrait en revanche servir de lien entre ces différents échelons. La France apporte une présence souveraine, diplomatique et militaire ; l’Italie, une puissance industrielle et navale avec une volonté affichée de lier la Méditerranée à l’océan Indien. Ces différences ne sont pas un obstacle, elles sont le point de départ d’un partenariat utile.

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Orientations de la coopération franco-coréenne pour la formation des personnels des sous-marins à propulsion nucléaire

lun, 03/08/2026 - 16:59
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Cette note a été initialement publiée en anglais sur le site du Sejong Institute sous la forme d’un Sejong Focus le 21 juillet 2026. Elle fait suite à la note IRIS du même auteur en date du 1er juillet 2026 et sa proposition de développer une « Coopération franco-coréenne pour la construction du sous-marin à propulsion nucléaire (SNA) sud- coréen ». Elle propose également de renforcer la coopération bilatérale entre la France et la Corée du Sud dans le cadre du futur programme de SNA en abordant la question de la formation du personnel sud-coréen navigant et technique destinée à servir dans le cadre de ce programme très important pour Séoul.

Ces deux papiers complémentaires s’inscrivent dans la perspective de la visite du président sud-coréen Lee Jae-myung en France les 7 et 8 septembre 2026 avec le souhait d’approfondir la coopération stratégique entre les deux pays dans un domaine structurant.

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Ceuta : anatomie d’une crise

lun, 03/08/2026 - 15:03

Les 30 et 31 juillet, un afflux important de migrants est entré dans l’enclave espagnole de Ceuta. Environ 50 000 à 60 000 personnes, majoritairement des hommes, dont de nombreux mineurs, ont traversé la frontière à la nage depuis la ville de Fnideq. Cet afflux d’une ampleur inédite a provoqué une crise humanitaire et diplomatique. Si la situation a été maîtrisée rapidement et que la majorité des personnes ont été reconduites au Maroc, plusieurs personnes ont perdu la vie lors de cette traversée. Située sur le continent africain, à la frontière avec le Maroc et à une quinzaine de kilomètres des côtes espagnoles, Ceuta est un territoire sous souveraineté espagnole, mais revendiquée par le Maroc. Cette situation réanime le débat autour de l’enclave et des relations entre l’Espagne et le Maroc.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a été critiqué pour son manque de communication face à cette crise et certains pays européens, comme l’Italie et le Danemark, sont même allés jusqu’à remettre en question les accords de Schengen sur la libre circulation des personnes. Ces prises de position interrogent sur la solidarité européenne pourtant prônée par ces pays sur les questions des gestions des migrations. L’Espagne cherche à préserver ses relations diplomatiques avec le Maroc, les deux pays ayant signé un traité d’« amitié, de bon voisinage et de coopération » en 1991. De même, cette volonté de maintenir le dialogue est importante puisque l’Espagne, le Maroc et le Portugal organiseront conjointement la Coupe du monde de football masculine en 2030.

Comment expliquer l’afflux d’un aussi grand nombre de personnes vers l’enclave de Ceuta ? En quoi cette crise révèle-t-elle des difficultés plus profondes de la société marocaine ? Dans quelle mesure cette situation peut-elle affecter les relations entre l’Espagne et le Maroc ?

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