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Mis à jour : il y a 2 semaines 5 jours

Trump nouveau Docteur Folamour

mar, 07/04/2026 - 16:16

Donald Trump incarne une dérive sans précédent de la puissance américaine. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, aucun dirigeant n’a utilisé les moyens militaires et économiques des États-Unis avec autant de mépris pour le droit international et les intérêts des autres nations.

Face à son échec en Iran, il menace de réduire le pays à « l’âge de pierre » en détruisant ses infrastructures, et a déjà prouvé que ces déclarations ne relèvent pas de la simple rhétorique. Privé de conseillers pour le modérer, son équilibre mental interroge, tandis que ses décisions unilatérales menacent les alliés des États-Unis, au premier rang desquels figure l’Europe.

Souvent critiquée par Donald Trump pour son manque de soutien, l’Europe refuse tout de même de s’engager dans un conflit pour lequel elle n’a pas été consultée. Donald Trump remet en cause l’OTAN, exige une allégeance aveugle et piétine les valeurs européennes, tout en aggravant les crises économiques et sociales. Les médias français reprennent par ailleurs trop souvent le narratif américain, oubliant que cette guerre illégale et irresponsable ne profite ni à la population iranienne ni à la stabilité mondiale.

Sous couvert de démocratie, le président américain impose une logique de domination où la force prime sur la raison, un retour en arrière dangereux avec les moyens destructeurs du XXIᵉ siècle. L’Europe doit-elle continuer à subir cette dérive, ou est-il temps qu’elle réaffirme ses valeurs et condamne la force brute ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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Les pays du Golfe face à la guerre d’Iran | Les mardis de l’IRIS

mar, 07/04/2026 - 12:40

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS, autour des conséquences de la guerre en Iran sur les pays du Golfe.

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France – Israël : amitié ou servilité ?

ven, 03/04/2026 - 17:10

Le 2 avril, Joshua Zarka, ambassadeur d’Israël en France, a déclaré que « la France n’est pas une puissance amicale ». En effet, les tensions entre les deux pays s’accumulent : refus d’entrée en Israël pour la ministre déléguée Alice Rufo, annulation d’achats d’armes, et incidents impliquant des soldats israéliens mettant en joue un général français de la FINUL.

Derrière ces contradictions, une question se pose : la France, qui a reconnu l’État de Palestine en 2025 et critique les bombardements israéliens au Liban, reste étrangement silencieuse face aux accusations de crimes de guerre à Gaza, de nettoyage ethnique en Cisjordanie, ou encore de torture systématique dans les prisons israéliennes. Pourquoi cette réticence à agir concrètement ? Pourquoi une loi française inspirée par Israël vise-t-elle à limiter la critique du gouvernement israélien, tout en tolérant l’apologie des crimes de guerre ?

J’appelle l’ambassadeur d’Israël à un échange ouvert et transparent.

Mon analyse dans cette vidéo.

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État d’Israël : une dérive sans limites

ven, 03/04/2026 - 16:19

Depuis sa création, l’État hébreu pratique une politique coloniale jamais démentie qui revêt une tournure de plus en plus préoccupante au fur et à mesure que les années passent. Sa politique d’agression à l’encontre des États qui l’entourent aggrave la situation régionale et Israël apparaît aujourd’hui comme la principale puissance déstabilisatrice du Moyen-Orient, région dont on sait par ailleurs que les tensions et conflits qui s’y cristallisent ont des répercussions internationales.

Ces derniers jours, de nombreuses voix se sont élevées contre la loi votée le 30 mars 2026 par le parlement israélien établissant et légalisant la peine de mort concernant les Palestiniens, de facto uniquement les Palestiniens, et la qualifient, à juste titre, de loi d’apartheid. L’indignation est légitime, mais elle ne doit pas pour autant oblitérer ce qui caractérise la politique de l’État hébreu depuis des décennies. Nous n’avons pas le loisir d’en présenter ici un état exhaustif, mais seulement d’en souligner quelques éléments pour décrypter les logiques à l’œuvre.

Politique d’occupation. C’est probablement ce qui constitue la marque consubstantielle de l’État hébreu. Il suffit de consulter les cartes pour constater de visu son expansion territoriale continue depuis 1948. Cette dernière s’accompagne d’une politique de colonisation méthodique et quelques chiffres méritent d’être rappelés pour en comprendre l’ampleur : 10 000 colons en 1972, 280 000 en 1993, 750 000 en 2025. Parmi de multiples exemples récents, un appel d’offres pour la construction de 3401 logements était publié le 10 décembre 2025, dont la concrétisation coupera la Cisjordanie en deux parties rendant la perspective d’un État palestinien impossible. Au mois de février 2026, Israël modifiait les règles d’enregistrement des terres dans la zone C de la Cisjordanie – c’est-à-dire celle qui se trouve totalement sous le contrôle des forces d’occupation et représente 63 % du territoire cisjordanien. Parce que dans bien des cas il n’y a pas de moyens de prouver les titres de propriété – vestige des règles édictées à l’époque de l’Empire ottoman – ces terres reviendront potentiellement à l’État israélien, ce qui pourrait représenter 58 % de la zone C.

La situation en Cisjordanie est d’une gravité extrême d’autant que la multiplication des violences des colons radicalisés contre la population palestinienne se fait désormais en présence et avec la complicité de l’armée israélienne. 830 victimes ont ainsi été dénombrées depuis le 7 octobre 2023 selon Amnesty International et pour le seul mois de février 2026, 511 attaques ont été recensées.

Politique annexionniste. Les mesures mises en œuvre en Cisjordanie ne sont pas seulement constitutives d’une politique d’occupation, elles ont pour objectif l’expulsion des Palestiniens pour créer les conditions propices à une annexion du territoire, comme d’ailleurs le déclarent sans ambages des membres du gouvernement. La même logique est à l’œuvre dans la bande de Gaza puisqu’après des mois de bombardements intensifs continus, ils se poursuivent en dépit de la proclamation du mal nommé « cessez-le-feu » du 10 octobre 2025, puisque violé sans cesse. 700 morts sont recensés depuis lors et la distribution de vivres et de médicaments/matériel médical reste infiniment en deçà des besoins réels d’une population qui continue, pour au moins la moitié d’entre elle, à s’abriter tant bien que mal sous des abris de fortune dans des conditions effroyables. En outre, plus de 50 % de la bande de Gaza reste toujours sous occupation de l’armée israélienne. Dans les deux territoires, le but poursuivi est identique : épuiser la population pour la contraindre à partir ce qui permettrait de les annexer à terme.

C’est la même logique qui est à l’œuvre au Sud-Liban où le projet, désormais revendiqué, est d’occuper le territoire jusqu’au fleuve Litani après avoir détruit nombre de villages et rendu impropre à l’agriculture une partie de la région. On peut enfin évoquer la Syrie dont une partie du Golan a été occupée par l’armée israélienne en 1967, puis annexée en 1981, ce que l’ONU n’a jamais accepté d’entériner. Facteur aggravant, on peut souligner que la zone d’occupation a été élargie après la chute de Bachar Al-Assad en décembre 2024.

Quand on relie l’ensemble de ces faits aux déclarations de dirigeants israéliens sur la perspective du Grand Israël qui, selon leurs références bibliques, pourrait s’étendre du Nil à l’Euphrate – si les mots ont un sens, cela engloberait donc les territoires palestiniens, une partie de l’Égypte, de la Jordanie, du Liban, de la Syrie, de l’Irak – on ne peut qu’être convaincu de l’existence d’un projet expansionniste à finalité annexionniste mis en œuvre de manière planifiée. Ce n’est certes pas à ce jour la politique officielle affichée par les autorités de Tel-Aviv, mais de telles références religieuses sont néanmoins utilisées par des ministres, donc au plus haut niveau de l’État. Cela ne préjuge pas que de tels projets puissent in fine se réaliser, mais ils illustrent l’hubris qui s’est emparée d’une partie des sphères dirigeantes israéliennes.

Politique génocidaire. Si le terme a quelque temps été tabou pour beaucoup d’observateurs, difficile de le nier aujourd’hui alors que 72 000 victimes sont recensées sur la bande de Gaza, chiffre probablement très sous-estimé en raison du nombre de corps qui n’ont pu être récupérés sous les décombres et dont il ne sera probablement jamais possible de connaître l’exacte importance. Mais le génocide n’est pas une question de nombre de victimes, c’est l’expression d’une volonté de détruire de façon méthodique une population en raison de son appartenance à un groupe national, ethnique, racial ou religieux. La soumission intentionnelle de la population de Gaza à des conditions d’existence pouvant entraîner sa destruction physique totale ou partielle relève d’un des cinq critères permettant de caractériser la matérialité d’un génocide. De ce point de vue, des déclarations de responsables politiques parmi les plus importants d’Israël ne laissent guère de doute. Parmi d’innombrables d’entre elles, n’en retenons que deux. La première est la référence utilisée, en évoquant les Gazaouis, par Benyamin Nétanyahou et Isaac Herzog, le président israélien, à la destruction du peuple d’Amalek exterminé par les Hébreux sur ordre divin. La deuxième renvoie à Israël Katz, ministre de la Défense, qui enjoignait les Gazaouis à rendre les otages et à se débarrasser du Hamas, sinon « l’alternative est la destruction et la dévastation totale ». Comme l’explique le juriste Johann Soufi la caractérisation de génocide nécessite la mise en exergue de l’« intention » de détruire un groupe humain. Les faits matériels et les déclarations ne laissent guère de doute sur ce point.

Politique d’agression. La sombre actualité de ces dernières semaines rappelle, pour ceux qui veulent bien l’entendre, que le concept de « guerre préventive » s’inscrit en faux avec les principes du droit international. En ce sens, la guerre déclenchée contre la République islamique d’Iran est illégale et doit être caractérisée comme telle. Aucune preuve d’une menace imminente d’agression iranienne contre quiconque n’a pu être prouvée. Les services de renseignement étatsuniens n’ont pas fait état d’une telle possibilité. Joe Kent, le directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme des États-Unis, a même très exactement écrit le contraire dans sa lettre de démission envoyée à Donald Trump le 17 mars. On ne sait pas avec certitude si c’est Israël qui a convaincu les États-Unis d’attaquer l’Iran le 28 février 2026, comme semblait l’indiquer un moment le Secrétaire d’État Marco Rubio avant de se rétracter, mais on peut raisonnablement supposer que l’entretien de Benyamin Nétanyahou avec Donald Trump le 11 février précédent n’est pas pour rien dans la prise de décision du locataire de la Maison-Blanche. Par ailleurs, ce que nous pressentons, c’est que les responsables israéliens ont fortement influencé Donald Trump pour qu’il se lance dans la Guerre des 12 jours au mois de juin 2025. Dans les deux cas, nous savons aussi que ces attaques ont été décidées alors que des négociations se tenaient entre les États-Unis et l’Iran qui semblaient pouvoir aboutir à des compromis, la pire des solutions envisageables pour les dirigeants de Tel-Aviv.

Cette politique d’agression se décline de la même manière au Liban. Si l’on peut certes s’interroger sur l’opportunité tactique de la décision du Hezbollah d’avoir projeté roquettes et missiles contre Israël le 2 mars, on ne peut oublier, selon l’ONU via la FINUL, qu’Israël avait, pour sa part, violé plus de 10 000 fois le cessez-le-feu entre octobre 2024, date de sa signature, et fin 2025, faisant environ 300 morts, sans parler des destructions matérielles.

Politique d’apartheid. Nous l’avons évoqué au début de ces quelques rappels, la loi votée le 30 mars s’apparente à un texte d’apartheid préparé et défendu par le ministre suprémaciste de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qu’Olfer Bronstein, envoyé spécial d’Emmanuel Macron pour la réconciliation israélo-palestinienne, qualifie lui-même de « judéonazi ».

Pour autant, la réalité d’un régime d’apartheid existe déjà depuis longtemps puisque des mesures discriminatoires sont appliquées à l’encontre des Palestiniens d’Israël qui représentent 20 % de la population. On peut à ce sujet rappeler, la loi sur « l’État-nation du peuple juif », adoptée par le parlement israélien en juillet 2018, qui codifie l’apartheid et institutionnalise l’inégalité des droits entre ses citoyens palestiniens et ses citoyens juifs en indiquant dans son article 1 : « Le droit d’exercer l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est propre au peuple juif ». Il s’agit par ailleurs dans cette loi de dégrader le statut de la langue arabe, de codifier « le développement des colonies juives comme une valeur nationale », d’officialiser enfin, entre autres dispositions, l’annexion de Jérusalem y compris sa partie orientale en opposition aux multiples résolutions de l’ONU sur ce point. Depuis longtemps, la qualification d’apartheid est utilisée par les observateurs attentifs des évolutions de la société israélienne. Ainsi des ONG telles B’Tselem, Amnesty International ou encore Human Rights Watch, utilisent sans circonvolutions ce terme pour qualifier la situation qui prévaut dans l’État hébreu.

On peut enfin souligner le récent rapport de Francesca Albanese – rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 – sur les prisons israéliennes, présenté en mars 2026 au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Le constat est sévère et accablant, puisqu’il est question de traitements dégradants en détention, de torture qualifiée de systématique et institutionnalisée à l’encontre des prisonniers palestiniens.

Décidément, aussi condamnable que soit en tant que telle la loi sur la peine de mort adoptée le 30 mars 2026, il est nécessaire de souligner qu’elle s’inscrit dans une dérive inquiétante de la politique israélienne qui s’enfonce dans une fuite en avant sans limites. La question qui revient alors sans cesse réside dans le constat qu’un sentiment d’impunité s’enracine durablement chez les dirigeants israéliens. Condamnations verbales, timides, à leur encontre certes, mais aucune sanction susceptible d’infléchir, enfin, le cours désastreux à l’œuvre. Ladite communauté internationale se devrait de réagir pour empêcher que la loi du plus fort s’impose. Le traitement de ces complexes dossiers par le tout militaire est une impasse, il s’agit de revitaliser la diplomatie et privilégier donc la voie politique pour espérer contribuer à la stabilisation de la région.

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Le projet Stargate : les risques de la course au gigantisme dans les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle

jeu, 02/04/2026 - 14:59


Deux annonces importantes concernant la stratégie des États-Unis en matière d’intelligence artificielle (IA) ont été faites lors des premiers jours de la seconde présidence Trump en janvier 2025.

La première, attendue, était l’abrogation d’un décret pris en 2023 par l’administration Biden qui visait à limiter les risques que l’IA pourrait représenter pour les consommateurs, les travailleurs et la sécurité nationale. Il imposait notamment aux développeurs de modèles d’IA de partager les résultats de leurs tests de sécurité avec le gouvernement américain. 

La deuxième était le soutien à un projet d’investissement massif dans les centres de données qui sont des infrastructures essentielles au développement de l’IA. Ce projet, nommé « Stargate » s’appuie sur un investissement initial de 100 milliards de dollars qui devrait être porté à 500 milliards à l’horizon 2029 par des fonds privés. Ces sommes dépassent largement celles, déjà considérables, annoncées dans le monde de l’IA, ceci notamment concernant un seul projet. 

Dans ce contexte, l’analyse du projet Stargate permet d’interroger les risques liés à la course au gigantisme des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle.

Le projet Stargate est porté par une coentreprise (joint venture) : Stargate LLC, financée et opérée par un certain nombre d’entreprises déjà fortement impliquées dans l’IA. On peut distinguer les partenaires opérationnels et financiers des partenaires purement financiers du projet. Dans ce contexte, l’analyse du projet Stargate permet d’interroger les risques liés à la course au gigantisme des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle.

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Guerre en Iran : l’hubris conduit à la catastrophe

lun, 30/03/2026 - 16:55

Alors que la guerre en Iran entre dans son deuxième mois, aucun signe d’apaisement n’est en vue. Les trois principaux protagonistes sont désormais enfermés dans une logique où chacun surestime sa position et refuse les concessions.

Donald Trump, dont les déclarations erratiques trahissent une perte de contrôle, multiplie les provocations : insultes envers ses alliés, menaces d’intervention terrestre, et une gestion des conséquences économiques qui alimente la contestation aux États-Unis.

L’Iran, malgré les frappes et les destructions, résiste et mise sur sa capacité de nuisance, notamment en bloquant le détroit d’Ormuz. Mais ses exigences démesurées, comme le retrait des bases américaines ou des réparations de guerre, pourraient pousser Donald Trump à une réaction encore plus violente. Benyamin

Netanyahou, lui, semble croire en une victoire sans fin. Entre l’augmentation du budget militaire, la loi sur la peine de mort pour les Palestiniens, et les frappes au Liban, Israël s’enfonce dans une logique de répression qui isole le pays.

La question centrale reste la suivante : jusqu’où iront-ils ? L’hubris de ces dirigeants, leur sentiment d’impunité, et leur refus de négocier sont-ils en passe de déclencher une escalade incontrôlable ?

Pendant ce temps, le monde entier subit les conséquences économiques et humanitaires de la guerre qui s’inscrit dans le temps.

Mon analyse dans cette vidéo.

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Géopolitique des mondes arabes

lun, 30/03/2026 - 12:39

La guerre en cours au Moyen-Orient a remis au premier plan l’importance stratégique des mondes arabes et leur influence sur la scène internationale. Loin de former un ensemble homogène, ces mondes se distinguent par des contextes politiques, économiques et sociaux très différents, tout en partageant un certain nombre de caractéristiques communes qui contribuent à façonner les dynamiques régionales. La région bénéficie d’atouts stratégiques majeurs, liés notamment à sa position géographique et à ses ressources, mais elle reste également marquée par des fragilités et des déséquilibres persistants. Ces tensions dépassent largement le cadre régional et redéfinissent les équilibres géopolitiques à l’échelle mondiale. À ce titre, le conflit israélo-palestinien en constitue un exemple déterminant, dont les répercussions continuent d’influencer les rapports de force sur la scène internationale.

À l’occasion de la réédition de son livre « Géopolitique des mondes arabes » (Eyrolles, février 2026), Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS et responsable du programme Moyen-Orient / Afrique du Nord, répond à nos questions :

  • Sur quoi reposent à la fois l’unité et la diversité des mondes arabes ?
  • Quel poids les États des mondes arabes ont-ils dans les relations internationales ? Quels sont leurs principaux atouts et fragilités sur la scène internationale ?
  • Quel est l’impact géopolitique du conflit israélo-palestinien à l’échelle régionale ?

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Guerre en Iran : L’Espagne sauve t-elle l’honneur de l’UE ? Avec Josep Borrell

mer, 25/03/2026 - 18:02

Les frappes israélo-américaines en Iran ont profondément divisé la scène internationale et mis en évidence des divergences de position au sein de l’Union européenne. Alors même que ces attaques soulèvent de sérieuses questions au regard du droit international, de nombreux dirigeants européens ont peiné à les condamner fermement. Dans ce contexte, une voix s’élève : celle de l’Espagne. Madrid a clairement qualifié la guerre en Iran d’illégale et refusé d’y prendre part. Cette position met en lumière une interrogation centrale : l’Union européenne applique-t-elle le droit international de manière sélective ? Alors qu’elle avait unanimement dénoncé l’invasion russe en Ukraine comme une violation du droit international, des prises de position face aux frappes en Iran apparaissent prudentes et nuancées. Cette posture ainsi que l’alignement historique européen sur les États-Unis et Israël pourrait avoir des conséquences durables sur la crédibilité internationale de l’Union européenne, y compris sur le plan moral, en raison d’une condamnation perçue comme incohérente ou insuffisante.

Comment expliquer la passivité européenne face aux États-Unis et à Israël ? L’Espagne peut-elle réellement incarner une alternative et « sauver l’honneur » de l’Union européenne ? Les divergences européennes fragilisent-elles la crédibilité de l’Europe sur la scène internationale ? Et dans quelle mesure les opinions publiques européennes contestent-elles la stratégie de leurs dirigeants face au conflit au Proche-Orient ?

Autant de questions abordées dans ce podcast avec Josep Borrell, président du CIDOB (Barcelona Center for International Affairs), ancien haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et ancien vice-président de la Commission européenne.

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The Debate Surrounding Kim Ju-ae: What Matters Isn’t the ‘Successor’ but the ‘Signal’

mer, 25/03/2026 - 15:18

In North Korea, Party Congresses have only become politically significant subjects of analysis since the era of Kim Jong Un. Since the establishment of the North Korean regime, only nine Party Congresses have been held, with Congresses being held infrequently during Kim Jong Il’s era. However, since Kim Jong Un came to power, starting with the 7th Party Congress, they have become regularised political events held approximately every five years. Nevertheless, it is difficult to view the Party Congress itself as a core institution of North Korean politics. This is because North Korea’s Party Congresses are closer to political events utilised according to the leader’s needs than they are to political processes, like party conventions in democratic nations, where policies are discussed and accountability is demanded. In reality, policies or goals presented at the Party Congress are not necessarily implemented afterwards, and there is rare political mechanism for holding anyone accountable for failure. Therefore, when analysing North Korea’s Party Congresses, the crucial question is not what was announced at the congress, but rather what the leader sought to gain through it. In this context, the 9th Party Congress held in February 2026 should also be examined not primarily for its policy content, but rather for the political message the Kim Jong Un regime sought to convey through this political event.

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Chine-Inde : la confrontation de deux géants

mer, 25/03/2026 - 14:26

La Chine et l’Inde s’imposent aujourd’hui comme deux acteurs incontournables de la scène internationale. De part et d’autre de l’Himalaya, leur montée en puissance simultanée et leurs trajectoires distinctes ont redéfini les équilibres mondiaux et l’analyse de leur relation demeure centrale pour appréhender les perspectives géopolitiques, économiques, sécuritaires et démographiques à venir. Les tensions entre ces deux puissances ne cessent de se renforcer à mesure que leurs ambitions s’affirment. Cette rivalité s’exprime aussi bien sur le plan territorial, notamment le long de leurs frontières, que dans leur volonté d’étendre leur influence en Asie et sur la scène internationale. Emmanuel Lincot, directeur de recherche et co-responsable du Programme Asie-Pacifique à l’IRIS, répond à nos questions à l’occasion de la parution de son ouvrage « Chine–Inde, la guerre des mondes » (éd. Cerf) :

  • Comment la relation et les rapports de force entre les deux puissances ont-ils évolués ?
  • Quels sont les principaux théâtres de rivalités entre la Chine et l’Inde sur la scène internationale ?
  • Quelles sont les perspectives stratégiques qui semblent se dessiner pour les deux puissances ?

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La guerre en Iran risque d’attiser les divisions chez les MAGA

mar, 24/03/2026 - 19:55

Joseph Kent a annoncé sa démission de l’administration Trump le 17 mars pour protester contre l’implication états-unienne dans la guerre en Iran. En quoi cette décision témoigne-t-elle d’une division profonde au sein de l’administration Trump et du camp républicain ?

La démission de Joseph Kent, qui a donné comme raison que c’est sous la pression israélienne et du lobby American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) que les États-Unis étaient entrés en guerre, s’inscrit dans la suite de la déclaration, au début du mois, du ministre des Affaires étrangères états-unien, Marco Rubio (qui a été obligé de rétropédaler après).

Sur ce sujet, le bruit de fond despodcasters influents comme Megyn Kelly, Joe Rogan, Tucker Carlson, et même Steve Bannon grossit. Ils ont retenu la rupture de la promesse trumpienne sur l’engagement dans des conflits extérieurs, d’une part, et font monter la musique anti-Israël, d’autre part. Cela revêt une importance structurelle dans la mesure où cela alimente des divisions déjà présentes sur l’avenir du mouvement MAGA, avec notamment la montée d’un mouvement antisémite incarné par la frange Nick Fuentes. MAGA peut-il devenir encore plus extrémiste ? Oui et le sujet de la guerre ne manquera pas d’attiser les tensions. Le 25 mars 2026 s’ouvre, à Dallas, le traditionnel Conservative Political Action Conference, à savoir la grand-messe des ultraconservateurs qui nous donnera une idée des rapports de force. Quant au vice-président Vance, il se garde bien de prendre la parole. Il ne soutient pas la guerre parce qu’il sait qu’elle est électoralement impopulaire et que ce qu’il a en tête, c’est l’après-Trump.

Le président Trump maîtrise encore le contrôle sur le parti républicain : il soutient des candidates et candidats aux primaires en vue des Midterms, avec sa menace de la punition pour les moins fidèles, et il continue d’imposer aux élues et élus du Congrès (qui, par deux fois, ont refusé de sanctionner le déclenchement de la guerre), de le soutenir.

Dans quelle mesure les décisions de politique étrangère de Donald Trump — l’intervention au Venezuela, les frappes en Iran, blocus de Cuba —, sont-elles soutenues par son électorat et, plus largement, par l’opinion publique états-unienne ?

La guerre n’est pas populaire aux États-Unis et ne risque pas de le devenir.L’opinion publique états-unienne n’est pas derrière le président comme elle était derrière George W. Bush en 2001-2002. Mois d’un tiers des Américaines et Américains soutiennent Trump et ce soutien se concentre principalement au sein de l’électorat MAGA.

Il semblerait que Donald Trump ne parle plus à son électorat, sauf pour réaffirmer la toute-puissance militaire des États-Unis, faire le « show » ou faire des blagues. Comme si la guerre était un jeu, une distraction, un moment à passer, voire une « excursion ». Sur le pétrole, il a même affirmé que l’augmentation du cours est une bonne nouvelle : les États-Unis étant un gros producteur, ils (en l’occurrence ici les majors états-uniennes) vont s’enrichir. Le lendemain, il déclare que « les prix montent, mais faites-moi confiance, je vais gagner la guerre et tout redeviendra normal ».

Parle-t-il à ses électeurs, à ses amis entrepreneurs ou à Wall Street ? On dirait qu’il parle surtout aux marchés. Combien de temps cela tiendra-t-il ? Difficile à dire.

Dans un contexte marqué par des coupes budgétaires (« shutdown » partiel) et à l’approche des élections de mi-mandat de novembre 2026, la stratégie de l’administration Trump en matière de politique intérieure est-elle susceptible de consolider son électorat, ou au contraire d’accentuer les divisions, y compris au sein du Parti républicain ?

La popularité du président Trump est en baisse constante, mais il est clair que l’électorat républicain le soutient encore : chez les MAGA, la fidélité relève d’une logique de culte du chef ; au-delà, il donne satisfaction sur plusieurs enjeux – expulsions des immigrés, obsession anti-trans, baisse des impôts des plus riches, retours en arrière sur l’écologie. Il n’y a pas tromperie sur la marchandise.

Le problème ici, c’est le pouvoir d’achat et ce soutien se fissurera si les prix continuent d’augmenter. C’est ce qu’on appelle le mur du réel. Ce contexte est évidemment lié à la guerre en Iran : l’augmentation du prix du pétrole, donc de l’essence, résulte directement de la guerre. Or, l’essence était quasiment le seul produit dont le prix diminuait aux États-Unis ces derniers mois. Et ce n’est pas tout : l’augmentation du prix du pétrole, si elle se confirme, se répercutera par un accroissement des coûts de production dans beaucoup de secteurs économiques : l’agriculture, la grande distribution, l’industrie, etc.

N’oublions pas le coût direct de cette guerre, près de 15 milliards de dollars à ce stade, alors que des millions d’Américaines et d’Américains perdent leur assurance santé, n’ont plus de job pour beaucoup de fonctionnaires fédéraux, ne peuvent pas emprunter pour acheter un logement, etc. Par ailleurs, la Maison-Blanche demande une rallonge de 200 milliards au Congrès pour le budget militaire, en plein « shutdown » partiel.

Les Midterms, si elles se tiennent (car la Maison-Blanche envisage très sérieusement de les reporter, voire de les annuler tant les perspectives de défaite sont grandes à ce stade), ne se dérouleront pas dans des conditions normales : Donald Trump souhaite supprimer le vote par correspondance, imposer de nouvelles règles pour accéder aux bureaux de vote, voire empêcher certaines populations de voter, contester les résultats en cas de défaite, etc. L’envoi de ICE dans les aéroports est un test de contrôle de la population. C’est sa réponse à l’impopularité.

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Guerre d’Iran : quelle est la stratégie de Téhéran ?

mar, 24/03/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪‪IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Julia Tomasso, chercheuse à l’IRIS au sein des programmes Défense, Stratégie, Armement et Moyen-Orient / Afrique du Nord, autour de la stratégie iranienne dans le conflit qui l’oppose aux États-Unis et à Israël.

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Les pays du Golfe entraînés malgré eux dans la guerre en Iran

lun, 23/03/2026 - 18:45

En signant des accords de défense avec les États-Unis, la plupart des États du Golfe se croyaient à l’abri de la menace iranienne. En contrepartie de ces accords, les États de la région avaient consenti l’installation de bases états-uniennes ou d’infrastructures sur leur territoire. Certains pays comme les Émirats arabes unis ont par ailleurs rejoint les accords d’Abraham en 2020 et ont poussé très loin leur coopération avec Israël.  

Les États arabes du Golfe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn, Koweït et Oman) ont cherché à entretenir de bonnes relations avec leur voisin iranien même s’ils regardaient avec appréhension l’encerclement qui se mettait en place dans un croissant chiite qui allait de l’Irak au Yémen en passant par le Liban et la Syrie. La chute du régime d’Assad en décembre 2024 et le coup sévère porté au Hezbollah libanais à l’automne 2024 avaient été accueillis avec un certain soulagement par l’Arabie saoudite et les autres pays de la région. Depuis, Riyad est devenu, avec la Turquie, le principal soutien du président syrien Ahmed Al-Charaa.

Une normalisation des relations teintée de méfiance et d’arrière-pensées

Depuis quelques années, les relations entre les États du Golfe et leur voisin perse étaient sur la voie de la normalisation. Les accords de mars 2023 signés à Pékin visaient à rétablir un semblant de relations de bon voisinage entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Depuis cette date, la relation entre les deux pays s’était nettement apaisée et des hauts responsables iraniens, notamment Ali Larijani, s’étaient rendus en Arabie saoudite à deux reprises (en juillet et en septembre 2025).

Le sultanat d’Oman qui occupe une place particulière, puisqu’il partage le contrôle du détroit d’Ormuz avec son voisin iranien, a depuis longtemps joué un rôle essentiel de facilitateur de la relation entre Téhéran et les Washington. Les échanges de visites au plus haut niveau ont été fréquents ces dernières années (visite du président Raïssi à Mascate en mai 2022, visite du sultan Haïtham à Téhéran en mai 2023, visite du président Pezchkian à Mascate en mai 2025). Oman était très impliqué dans les négociations sur le nucléaire iranien, tant sur son territoire qu’à Genève. Ali Larijani avait notamment fait le voyage au sultanat pour échanger des propositions avec la partie états-unienne.

Tous les pays de la région conscients des conséquences d’une attaque massive contre l’Iran avaient cherché à dissuader le président Trump d’une intervention contre ce pays. Surtout qu’elle ne semblait pas justifiée au stade des négociations en cours et que de sérieux progrès avaient été réalisés dans les discussions comme le souligne Sayyid Badr dans un article publié par The Economist.

Un coup sévère porté à l’attractivité des pays de la région

L’attaque massive du 28 février 2026 contre l’Iran a pris de surprise tous les pays de la région. La riposte iranienne et sa capacité à atteindre des terminaux pétroliers et gaziers, des raffineries, des usines de dessalement d’eau de mer et d’autres infrastructures comme les aéroports de Dubaï, Abou Dabi et Doha qui sont devenus ces dernières années des hubs régionaux très importants pour le trafic aérien entre l’Europe et l’Asie, a porté un coup sévère à l’économie de ces pays.

L’image écornée qui en résulte est peut-être même plus encore dommageable pour les monarchies pétrolières de la région qui, fortes de leur rente quasi inépuisable, avaient réussi à construire un modèle de modernité et de vie aseptisée qui avait séduit de nombreuses de personnes à Dubaï et ailleurs dans le Golfe.

Les pays du Golfe, entre sidération et passivité

En frappant durement ses voisins, l’Iran met en exergue leur vulnérabilité. En bloquant le détroit d’Ormuz et en empêchant le transit du pétrole, du gaz, des engrais et de bien d’autres produits comme l’aluminium, Téhéran prive ses voisins de leurs principaux revenus. Il existe plusieurs explications à cela, l’une pourrait être qu’en agissant ainsi les autorités iraniennes souhaitent obliger les pays de la région à faire pression sur les États-Unis pour que cessent les attaques contre l’Iran. L’autre explication serait celle de démontrer la fragilité du socle sur lequel reposent les modèles de développement adoptés.

La passivité des pays de la région étonne. Ces États ont acquis au cours des dernières années pléthore de matériel militaire auprès des États-Unis, ainsi que des pays européens dont la France et d’autres pays asiatiques. Pour l’instant, ils se sont bien gardés de les utiliser ou de riposter aux attaques. Est-ce une façon de préserver l’avenir ou un aveu de faiblesse sur l’incapacité d’assurer une défense crédible ?

Pourquoi l’Iran a-t-il pris le risque de détériorer durablement sa relation avec ses voisins immédiats après des années de tentative de rétablissement d’un semblant de relations de bon voisinage ? Pourquoi s’en prendre à l’Arabie saoudite, au Qatar alors que ces pays semblaient vouloir s’accommoder de ce voisinage ? L’Arabie saoudite par la voix de son ministre des Affaires étrangères a déclaré que : « la confiance entre l’Iran et ses voisins était rompue et que ces attaques auront des conséquences à long terme ».

L’après-conflit pourrait modifier profondément la donne

Conscients de la vulnérabilité et de leur dépendance au détroit d‘Ormuz, les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) pourraient envisager des alternatives. Le blocus du détroit impacte les pays de la région à des degrés divers. Si le Bahreïn, le Qatar et le Koweït n’ont pas d’autres alternatives que de faire transiter leur pétrole par Ormuz, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Oman en sont moins dépendants. L’Arabie saoudite pourrait exporter son pétrole par l‘oléoduc de 720 km qui traverse le pays et débouche en mer rouge. Cet oléoduc a une capacité de 5 millions de barils/jour. Le Tapline qui permettait d’exporter le pétrole saoudien et d’autres pays du Golfe jusqu’en Méditerranée ne fonctionne plus depuis des décennies, mais il pourrait un jour être ressuscité.

Les capacités du terminal pétrolier de Fujaïrah sur la mer d’Oman sont estimées à 1,5 million de barils/jour. Elles pourraient être renforcées. À plus long terme, le projet de chemin de fer trans-Golfe qui stagne depuis des années pourrait être mis en œuvre. Des routes existantes comme la route de quelques 700 Kms qui traverse le Rub Al-Khali et qui relie l’Arabie à Oman pourraient voir son trafic s’intensifier.

L’autre conséquence de ce conflit aura été le réchauffement des relations entre l’Arabie saoudite et Abou Dabi. Dès le lendemain des attaques, les deux chefs d’État se sont entretenus alors que les relations entre les deux pays traversaient une période de gel.

Si les objectifs de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran (changement de régime et destruction des capacités nucléaires) n’étaient pas atteints, certains pays de la région comme les Émirats arabes unis pourraient être tentés de réviser leur politique vis-à-vis d’Israël

Les États de la région ont pris conscience de leur vulnérabilité et devront agir en conséquence pour construire une défense crédible capable de dissuader leur puissant voisin, mais en ont-ils les moyens humains pour le faire ?

Cette « guerre » courte ou longue soit-elle aura sans doute des conséquences durables dans les années à venir.

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Abécédaire de la guerre des systèmes

lun, 23/03/2026 - 18:17

Dans un environnement marqué par la superposition des crises, l’intensification des interdépendances et le retour assumé du rapport de force, les vulnérabilités des systèmes – énergétiques, informationnels, économiques, climatiques, logistiques – ne sont plus seulement des facteurs de fragilité : elles deviennent tout autant de leviers de conflictualité. Intitulé « Guerre des systèmes : un abécédaire de la résilience », le dossier de La Revue internationale et stratégique n° 141 propose d’interroger cette « guerre des systèmes » en articulant trois exigences complémentaires : évaluer les risques systémiques, comprendre la manière dont des acteurs peuvent instrumentaliser des systèmes interdépendants, et penser les conditions d’une résilience opératoire, au croisement des sphères civile et militaire. Conçu comme un abécédaire, il offre des entrées thématiques autonomes qui composent, par leur enchaînement, un continuum analytique.

Cet « Abécédaire de la guerre des systèmes » prolonge cette logique. Il prend la forme d’un corpus de sources issues de la science, du monde académique ainsi que de documents officiels, auxquels s’ajoutent des recommandations culturelles plus larges. En proposant pour chaque mot-clé une sélection de réflexions issues de la recherche, des assurances, du monde militaire et de la fiction, il a pour objectif de croiser les regards et d’enrichir le corpus constitué par le dossier, selon de multiples entrées consultables de manière indépendante.

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Super Bowl 2026 : quand Bad Bunny redéfinit l’Amérique

lun, 23/03/2026 - 15:16

Comment la mi-temps du Super Bowl est-elle devenue un espace de recomposition géopolitique des Amériques ? La performance de Bad Bunny au Super Bowl 2026 illustre une reconfiguration symbolique des rapports centre/périphérie au sein des Amériques et met en tension l’hégémonie culturelle des États-Unis sur l’ensemble du continent. Sur la plus grande scène télévisuelle du pays, la mi-temps du Super Bowl, le chanteur propose bien plus qu’un concert spectaculaire à Santa Clara (Californie) : une mise en scène dans laquelle Porto Rico, l’Amérique latine et les diasporas contribuent à redessiner, le temps d’un spectacle, la cartographie habituelle du pouvoir nord-américain.

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Iran : une couverture médiatique très contestable

lun, 23/03/2026 - 11:51

Nous sommes entrés dans la quatrième semaine de la guerre lancée par Israël et les États-Unis contre l’Iran. Cette guerre occupe la une des journaux et domine les débats. Pourtant, la couverture médiatique qui en est faite soulève de sérieuses questions : partialité, biais pro-israélien et pro-américain, absence de regard critique sur les conséquences humaines et géopolitiques…

Pourquoi les médias reprennent-ils majoritairement l’argumentaire israélien et américain sans l’interroger ? Pourquoi les civils iraniens et libanais, premières victimes de cette guerre, sont-ils si peu évoqués ? Pourquoi les experts militaires qui dénoncent une opération mal préparée sont-ils peu présents sur les plateaux, par rapport aux « experts civils » dont l’expertise semble surtout servir à justifier l’intervention ?

Cette guerre rappelle en cela celle d’Irak en 2003 : mêmes promesses de « libération », mêmes accusations contre ceux qui osent douter, mêmes dérives du droit international. Pourtant, l’histoire a montré que ces interventions ne mènent ni à la paix ni à la démocratie.

Mon analyse dans cette vidéo.

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Israël – Hezbollah : les ressorts d’une escalade et ses implications pour le Liban

ven, 20/03/2026 - 15:05

Ce 2 mars à l’aube, le Hezbollah a lancé six missiles et huit drones en direction d’Israël, précipitant une réponse de grande ampleur de la part de Tel-Aviv. Comment expliquer cette décision ?

Tout d’abord, cette décision illustre la volonté du mouvement chiite libanais de se tenir aux côtés de Téhéran dans l’agression qu’il subit de la part de Washington et Tel-Aviv depuis le 28 février 2026. En plus de son rôle de pourvoyeur financier et matériel du Hezbollah, la République islamique d’Iran demeure une référence idéologique et religieuse centrale pour le mouvement et une partie des chiites au Liban. L’attaque a d’ailleurs été présentée par le Hezbollah comme un acte de « vengeance » à l’assassinat du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, dont l’élimination avait auparavant été qualifiée de « ligne rouge » par les cadres du parti.

Cependant, dès le déclenchement de l’opération israélo-américaine, des canaux de discussions avaient été ouverts entre l’exécutif libanais et le mouvement pour le convaincre de ne pas s’engager. De même, des fuites dans la presse émanant de responsables du parti indiquaient que ce dernier ne s’impliquerait qu’en cas d’agression israélienne sur le sol libanais. Il est probable que l’appareil militaire du Hezbollah ait cherché à entretenir une forme d’ambiguïté stratégique afin de prendre Tel-Aviv par surprise, alors même que plusieurs médias israéliens faisaient état de préparatifs en vue d’une opération de grande envergure au Sud-Liban.

Notons également que de nombreuses interrogations entourent le commandement opérationnel du Hezbollah. Une heure et demie de silence a séparé l’attaque de sa revendication par le parti. Ce délai suggère une décision prise dans la précipitation, sinon un désaccord interne au sein du mouvement. En effet, depuis plusieurs mois, plusieurs signaux laissent entrevoir des dissensions entre sa branche politique, incarnée par l’actuel secrétaire général Naïm Qassem, ainsi que d’autres membres issus du parti d’émanation irakienne al-Dawaa, et sa branche militaire, proche des Gardiens de la Révolution iraniens. À présent, la communication du mouvement est soigneusement verrouillée et les figures dites « réformatrices » du Hezbollah se sont unanimement rangées derrière la décision d’engager la confrontation avec Israël.

Enfin, ce choix pourrait être de nature purement stratégique et viserait à sortir le Hezbollah de l’impasse dans lequel il se trouvait. Depuis la signature du cessez-le-feu en novembre 2024 entre Israël et le Liban, le parti a fait de nombreuses concessions politiques et a accepté, dans le cadre du plan de désarmement mené par les autorités libanaises, le démantèlement de ses structures militaires dans le sud du pays, refusant toutefois son application sur le reste du territoire tant que des assurances concrètes n’auraient pas été fournies pour stopper les attaques israéliennes et qu’une stratégie nationale de défense, élaborée avec l’exécutif, ne serait pas mise en place. Malgré cela, aucune garantie ne lui a été donnée par la France et les États-Unis, chargés de superviser l’application de l’accord. Tel-Aviv n’a cessé ses violations systématiques (environ 15 000), ciblant ses dirigeants ainsi que ses structures civiles et économiques, et a maintenu son occupation. Le Hezbollah, quant à lui, s’est abstenu de toute réponse militaire.

À présent, il cherche à modifier le rapport de force par ce qui a fait son succès en 2000 et en 2006 : la guérilla. Le terrain du Sud-Liban, propice aux combats asymétriques, combiné à l’expérience opérationnelle du Hezbollah dans ce domaine, pourrait transformer toute incursion israélienne de plus grande envergure, en une guerre d’usure prolongée, politiquement et militairement difficile à soutenir pour Tel-Aviv.

Réuni en Conseil des ministres dès le lendemain de l’attaque, le gouvernement libanais a prononcé l’interdiction de toutes actions militaires et sécuritaires du Hezbollah et a chargé l’armée libanaise de mener à bien son désarmement « par tous les moyens nécessaires ». Quelles sont les conséquences politiques d’une telle mesure ? L’armée libanaise est-elle capable de mener à bien cette mission ?

En offrant à Israël le prétexte tant attendu pour déclencher cette riposte disproportionnée et sanglante, le Hezbollah a opéré un choix stratégique qui sera lourd de conséquences. Le drame humanitaire auquel nous assistons aujourd’hui au Liban, avec plus d’un million de déplacés, 2584 blessés et 1001 morts selon les autorités libanaises, risque d’en affecter durablement l’image. A fortiori, le choix d’une réponse à l’assassinat de Khamenei nourrit la perception chez certains Libanais, de plus en plus nombreux, que le parti est un acteur déstabilisateur, affilié à des intérêts qui sont extérieurs au Liban et dont le maintien de l’arsenal menace sa population plus qu’il ne la protège.

La nouveauté dans la séquence actuelle réside dans la stratégie israélienne de cibler massivement et de manière systématique des zones majoritairement peuplées par des chiites. Là où la campagne de 2024 visait principalement à détruire les stocks d’armes et à décapiter le mouvement, les ordres d’évacuations massives de la banlieue sud de Beyrouth et du Sud visent à isoler le Hezbollah de sa base sociale et à démanteler sa « société de résistance ». Israël sait également qu’il ne peut éradiquer un mouvement de résistance par la seule supériorité militaire, et cherche donc à accroître la pression sur le gouvernement libanais afin qu’il engage des mesures concrètes visant au démantèlement du mouvement, tant sur le plan militaire que politique. L’annonce du Premier ministre libanais répond directement à ces pressions, ainsi qu’à celles formulées par certaines chancelleries – notamment les États-Unis, et dans une moindre mesure la France et l’Arabie saoudite – impliquées dans le dossier libanais.

Elle confirme également que le Hezbollah est plus que jamais isolé sur la scène politique libanaise. Son alliance avec le parti chrétien Courant patriotique libre, déjà considérablement affaiblie par la guerre de 2024, semble à présent durablement compromise. Plus significativement encore, son partenariat historique avec Amal, l’autre parti chiite libanais, laisse entrevoir des fissures. Bien qu’il se soit pour l’instant abstenu d’exprimer publiquement des critiques, l’approbation de ses ministres à la décision d’interdire les activités de la milice témoigne d’un certain malaise au sein du « tandem chiite ». Le Hezbollah se sait de plus en plus marginalisé et tente de maintenir une présence institutionnelle. Lors de la réunion du cabinet du 3 mars, ses ministres ont fait le choix de rester présents, tout en exprimant ses réserves.  

En ce qui concerne l’armée libanaise, de grandes incertitudes pèsent sur sa capacité à mener à bien le désarmement. Sur ordre de l’exécutif, elle s’est retirée d’une partie du Sud après la riposte israélienne et s’est positionnée à différents points sur les axes reliant la région à Beyrouth pour procéder à l’arrestation d’individus armés. Mais ces mesures demeurent pour l’instant limitées, du fait de ses faibles capacités en matériels et en hommes. De même, la demande de désarmer « par tous les moyens » suscite une certaine crainte parmi l’état-major, qui redoute à juste titre les conséquences dévastatrices sur le plan de l’équilibre libanais d’une confrontation directe entre l’armée et des citoyens affiliés au Hezbollah.

Rodolphe Haykal, le chef des Forces armées libanaises (FAL), a d’ailleurs ouvertement exprimé son scepticisme en Conseil des ministres. Le 7 mars, il a tenu une réunion exceptionnelle regroupant des officiers de haut rang, en marge de laquelle il a insisté sur l’importance de l’arrêt de l’agression israélienne, tout en évitant de nommer le Hezbollah. Cette prise de position le place au centre des critiques, des informations faisant même état d’un possible limogeage du chef militaire. Au Liban, l’armée est la garante de la paix civile et elle a en souvenir l’épisode douloureux du 6 février 1984, lorsque l’ordre lui fut donné de bombarder la banlieue sud et d’affronter les miliciens d’Amal, entraînant une vague de désertions de soldats chiites qui affecta profondément l’institution alors plongée en pleine guerre civile.

Les accusations visant le chef de l’armée libanaise alimentent une rhétorique relayée depuis Tel-Aviv, dénonçant l’inefficacité de la troupe et sa supposée « collaboration » avec le Hezbollah. Ce discours trouve un certain écho aux États-Unis, qui demeurent le principal fournisseur des FAL. Début février, alors que Rodolphe Haykal était en visite à Washington, une audition au Congrès de chercheurs du think tank néoconservateur Washington Institute for Near East Policy a mis en lumière la volonté de l’administration américaine de conditionner son aide en direction de l’armée libanaise à ses résultats dans le désarmement du Hezbollah. Certains sont allés jusqu’à critiquer le choix de l’institution de « prévaloir la stabilité sur la souveraineté».

Alors que les tentatives de médiation émergent, notamment sous l’impulsion de la France, les initiatives en faveur d’un cessez-le-feu sont-elles susceptibles d’aboutir à court terme ?

La France, garante de l’accord de cessation des hostilités de 2024 et acteur historique au Liban, se place en première ligne pour tenter d’établir un cessez-le-feu. Si Paris pouvait jusqu’ici se targuer d’entretenir une communication directe avec le Hezbollah, ce canal semble aujourd’hui rompu, ce qui limite sa capacité de médiation. Dans ce contexte, l’initiative française s’appuie sur la proposition avancée par le président libanais Joseph Aoun, qui préconise un arrêt des frappes israéliennes, un renforcement de l’aide à l’armée libanaise pour lui permettre de se déployer sur l’ensemble du territoire, en vue de lancer un processus de négociation « directe » entre Beyrouth et Tel-Aviv. Des discussions seraient en cours au Liban en vue de former une délégation incluant des représentants des quatre grandes communautés du pays (chrétienne, sunnite, druze et chiite), la désignation de la personnalité chiite appelée à y siéger faisant toutefois l’objet de blocages.

Mais il reste encore à convaincre les principaux acteurs à s’installer autour de la table, ce qui paraît pour l’heure impossible. Premièrement, le Hezbollah refuse de s’engager dans des pourparlers. Le mouvement a tiré l’enseignement suivant : la voie diplomatique ne lui a fourni aucune garantie qu’Israël stoppe son agression. Son secrétaire général Naïm Qassem a récemment déclaré que la diplomatie avait échoué et qu’il fallait s’attendre à « une confrontation longue ». Israël, de son côté, n’a toujours pas donné suite à l’initiative franco-libanaise et considère qu’elle dispose d’un levier de pression suffisant pour ne pas encore s’engager dans des discussions. Son ministre de la Défense, Israël Katz, a par ailleurs menacé directement l’État libanais de frapper ses infrastructures en cas d’inaction face au Hezbollah.

Enfin, la grande inconnue demeure l’implication des États-Unis. Ces derniers mois, les envoyés spéciaux états-uniens au Liban se sont enchaînés, signe d’une forme d’impatience au sein de l’administration états-unienne vis-à-vis de l’exécutif libanais. Selon le média Axios, les autorités libanaises auraient sollicité l’administration américaine pour entamer des négociations directes avec Israël, avant d’essuyer une fin de non-recevoir de la part de l’ex-envoyé spécial Tom Barrack, aujourd’hui en charge du dossier syrien.

Toujours est-il que les options mises actuellement sur la table semblent souffrir des mêmes limites que l’accord de 2024. Celui-ci avait contraint le Liban à accepter un cessez-le-feu dont les garants extérieurs se sont révélés incapables de faire cesser les violations israéliennes, voire directement alignées sur ses intérêts stratégiques, tandis que le cadre onusien était progressivement marginalisé. Aujourd’hui, les initiatives de médiation visent à instaurer des négociations directes entre Tel-Aviv et Beyrouth, malgré un rapport de force asymétrique et l’absence de contrôle des autorités libanaises sur les actions du Hezbollah. Beyrouth risquerait ainsi de se retrouver une nouvelle fois contraint de négocier sous le feu, sans réelle capacité à mettre en œuvre les exigences israéliennes, tandis qu’Israël ne serait guère incité à faire des concessions et continuerait d’exploiter son avantage militaire.

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L’aide internationale à l’épreuve de la sécuritisation

mer, 18/03/2026 - 15:45

L’aide internationale a été pensée, dans son architecture, pour répondre aux populations en détresse face aux crises, aux conflits et aux catastrophes naturelles. Elle s’est progressivement structurée autour de trois dimensions complémentaires : la réponse humanitaire d’urgence, le développement à long terme visant à garantir la stabilité et la cohésion sociale, et les enjeux de paix durable (sustaining peace). Au-delà de sa fonction opérationnelle, l’aide internationale constitue un prisme d’intelligibilité des crises mondiales. Elle permet une mise en perspective des responsabilités collectives et encourage la coopération transnationale, tant entre acteurs étatiques (politiques étrangères bilatérales, mécanismes multilatéraux, cadre de coordination humanitaire onusien (Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Fonds central d’intervention d’urgence (CERF)) qu’entre acteurs non étatiques (à travers le soutien à la société civile, les partenariats avec le secteur privé, mobilisation de réseaux académiques et d’expertise).

À mesure que les tensions internationales s’intensifient, l’aide au développement et l’action humanitaire sont progressivement détournées de leur vocation première et réinscrites dans des logiques sécuritaires et géostratégiques. Ce processus de « sécuritisation » dont le 11 septembre 2001 a marqué le tournant décisif, redéfinit en profondeur les conditions dans lesquelles l’aide est pensée, financée et déployée. Les États donateurs, au premier rang desquels les États-Unis et les pays européens, ont progressivement aligné leurs politiques d’aide sur leurs priorités en matière de lutte contre le terrorisme, de gestion des flux migratoires et de stabilisation des « États fragiles »…

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La « République populaire de Narva » : l’Estonie dans le viseur de la Russie ?

mer, 18/03/2026 - 15:04
Narva, une frontière géopolitique sous tension

Depuis le début du mois de mars 2026, un narratif inhabituel circule dans l’espace numérique russophone. Sur Telegram, VK ou TikTok, plusieurs comptes évoquent l’apparition d’une prétendue « République Populaire de Narva », à l’instar des Républiques populaires de Donetsk et Lougansk à l’est de l’Ukraine. Drapeaux imaginaires, cartes stylisées, insignes pseudo-militaires et mèmes politiques composent l’iconographie d’un État fictif dont les contours rappellent immédiatement les entités séparatistes apparues dans l’espace post-soviétique depuis la fin de la guerre froide. À première vue, l’affaire pourrait prêter à sourire : quelques centaines d’abonnés, des visuels parfois ironiques et une esthétique volontairement provocatrice. Pourtant, ici, les fictions géopolitiques sont prises au sérieux à l’heure de la guerre d’Ukraine.

Narva n’est pas une ville comme les autres. Située à l’extrême est de l’Estonie, elle marque la frontière orientale de l’Union européenne et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Son fleuve éponyme sépare la ville de la cité russe d’Ivangorod. Vestiges d’un passé impérial devenu aujourd’hui une ligne de fracture stratégique, deux forteresses médiévales se font face de part et d’autre de la rivière. Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, ce paysage frontalier s’est chargé d’une signification nouvelle. Narva est devenue l’un des points d’observation privilégiés des tensions entre la Russie et l’Occident. La ville compte environ 55 000 habitants et possède une particularité démographique majeure : sa population est massivement russophone. Selon les données du recensement estonien de 2021, à peine 2 % des habitants déclarent l’estonien comme langue maternelle. Héritage direct de l’époque soviétique, Narva constituait en effet un centre industriel attirant une main-d’œuvre venue de différentes républiques de l’URSS. Depuis l’indépendance de l’Estonie en 1991, la question de l’intégration politique et linguistique de cette population russophone demeure un sujet sensible. Moscou n’a jamais hésité à mobiliser la rhétorique de la protection de ses « compatriotes de l’étranger » couplée à celle de son « étranger proche » pour dénoncer ce qu’elle présente comme une marginalisation des russophones dans les États baltes et justifier son influence sur l’espace post-soviétique, une argumentation déjà utilisée en Géorgie ou en Ukraine. Dans ce contexte, Narva apparaît régulièrement dans les scénarios stratégiques occidentaux comme un point de vulnérabilité potentiel dans la confrontation entre la Russie et l’OTAN.

La fabrique numérique d’une « république populaire »

C’est dans ce paysage qu’est apparu le narratif de la « République Populaire de Narva ». Les contenus diffusés depuis mars 2026 reprennent de manière presque méthodique l’imagerie des entités séparatistes du Donbass apparues en 2014. On y retrouve un drapeau vert, noir et blanc – parfois inversé selon les versions –, un blason et des insignes militaires imaginaires. Certaines cartes présentent la ville de Narva ou la région d’Ida-Viru comme un territoire distinct du reste de l’Estonie, tandis que d’autres visuels insinuent l’abandon de la ville par ses alliés occidentaux. L’un des messages diffusés affirme par exemple que « NATO will not come ». L’objectif ? Semer le doute sur le fait que l’Alliance atlantique viendrait défendre la région en cas de crise.

La diffusion de ces contenus s’effectue principalement sur Telegram avant d’être relayée sur VK et TikTok. Certains comptes encouragent la distribution de tracts ou proposent un contact anonyme via des bots Telegram. Un canal intitulé « Нарвская Народная Республика » revendique même explicitement la dimension provocatrice de l’initiative, affirmant vouloir « épater » et attirer l’attention médiatique. L’analogie avec les « républiques populaires » du Donbass est assumée comme un ressort narratif central. Pour les autorités estoniennes, le phénomène reste néanmoins limité. Le Estonian Internal Security Service (KAPO) considère qu’il s’agit avant tout d’une opération informationnelle simple et peu coûteuse destinée à provoquer et à tester les réactions de la société estonienne. Les premières observations semblent confirmer cette lecture : l’audience des comptes impliqués reste relativement faible, les contenus reposent largement sur des codes mémétiques et humoristiques et aucun signe d’organisation locale structurée n’a été identifié. A ce stade, le phénomène relève davantage d’un test de résonance informationnelle que de l’émergence d’un véritable mouvement séparatiste. En d’autres termes, il s’agit moins de créer une nouvelle entité politique que d’observer la capacité d’un narratif à circuler, à polariser et à provoquer.

Narva, un laboratoire de la guerre hybride

Même marginal, ce type de narratif peut toutefois remplir plusieurs fonctions stratégiques. Il peut servir de sonde politique, permettant de mesurer la réaction des autorités, des médias et de l’opinion publique face à un scénario fictif de sécession. Il peut également contribuer à polariser le débat interne autour des politiques linguistiques et de la place de la minorité russophone. Enfin, il peut alimenter un récit plus large sur la prétendue discrimination des russophones dans les États baltes, un thème régulièrement mobilisé par Moscou dans sa communication stratégique. Dans les scénarios prospectifs de guerre hybride, Narva apparaît d’ailleurs comme un cas d’école. Une ville russophone située à la frontière russe et au cœur d’un État membre de l’OTAN constitue un terrain idéal pour tester des stratégies de déstabilisation ambiguë. Un incident local, qu’il s’agisse de manifestations, d’actes de sabotage ou de la présence de forces non identifiées, pourrait créer une situation dans laquelle la confusion informationnelle précéderait l’escalade politique.

Pour déterminer si ce narratif reste un simple phénomène numérique ou s’inscrit dans une dynamique plus large, plusieurs signaux méritent d’être surveillés avec attention : le passage de la grammaire visuelle numérique à des consignes opérationnelles concrètes, l’amplification du narratif par des relais pro-Kremlin à forte audience, l’apparition de structures locales identifiables ou encore une synchronisation avec les discours officiels russes sur la protection des russophones. Pour l’instant, aucun de ces indicateurs n’est véritablement observable. Dès lors, l’hypothèse la plus probable reste celle d’une provocation informationnelle opportuniste et bon marché, tandis que l’idée d’une campagne d’influence plus coordonnée demeure plausible mais moins probable et que l’hypothèse d’un pré-signal d’action physique reste marginale. Autrement dit, la « République populaire de Narva » semble relever pour l’instant davantage de la guerre cognitive que d’une préparation insurrectionnelle.

Mais dans les stratégies contemporaines de confrontation hybride, la bataille se joue souvent bien avant toute confrontation militaire. Elle se joue dans l’espace informationnel. Au-delà de Narva elle-même, l’enjeu est donc systémique. Une crise fabriquée et volontairement ambiguë pourrait viser non pas à conquérir un territoire mais à tester la cohésion et la crédibilité de l’Alliance atlantique, ralentir la prise de décision collective, compliquer l’attribution des responsabilités et semer le doute dans l’opinion publique. Dans cette perspective, la « République populaire de Narva » ressemble pour l’instant à une provocation numérique limitée. Mais dans l’espace post-soviétique, les provocations ne sont jamais totalement innocentes. La question n’est peut-être pas de savoir si Narva deviendra une nouvelle « république populaire ». La véritable interrogation est plus large : jusqu’où la Russie est-elle prête à tester les lignes rouges de l’OTAN dans les États baltes ?

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Le Liban de nouveau dans la tourmente de la guerre Israël-Hezbollah

mar, 17/03/2026 - 18:20

Le Moyen-Orient est une fois de plus plongé dans la violence. Depuis le 28 février dernier, Israël et les États-Unis ont lancé une attaque contre l’Iran, qui a débuté par l’élimination d’un grand nombre de leaders dont le Guide suprême Ali Khamenei. Si l’élimination de Khamenei, chef suprême du pays depuis des décennies, a porté un coup dur au régime, ce dernier semble continuer de résister, en particulier sous l’impulsion des gardiens de la révolution (pasdarans), la garde prétorienne du régime. L’Iran jette ainsi ses forces dans la bataille, mettant en œuvre les recettes de la guerre asymétrique, dont le principe est simple : contre un adversaire plus puissant militairement (les États-Unis et Israël), le but n’est pas de vaincre, mais de survivre, et d’augmenter autant que possible le coût de la confrontation pour l’adversaire pour le forcer à abandonner le combat, ou du moins cesser le feu. L’Iran maintient ainsi une posture défiante, tout en continuant de bombarder l’ensemble de la région, en visant aussi bien les forces états-uniennes qu’Israël et l’ensemble des États du golfe. Téhéran menace également de fermer le détroit d’Ormuz par où transitent un cinquième des exportations de pétrole mondiales. L’objectif est clair : menacer de provoquer une crise énergétique internationale, et de paralyser l’économie régionale. L’Iran maintient également le flou sur le sort réel de ses stocks de combustible nucléaire enrichi.

D’un autre côté, si le régime iranien tente de faire le dos rond face à une machine de guerre plus puissante et qui détruit méthodiquement centres de commandement, usines d’armement et rampes de missiles, sa stratégie comporte cependant une faiblesse : elle convient mieux à des mouvements de guérilla et de résistance décentralisés et qui se fondent dans la population, du type des Viêt-Cong ou du Hezbollah, qu’à un État centralisé. Combien de temps le régime pourra-t-il tenir ainsi ? Les pasdarans ont-ils envisagé des scénarios alternatifs ? La question reste posée.

En parallèle, le Hezbollah libanais, l’un des principaux alliés régionaux de l’Iran, s’est lancé à son tour dans la bataille le 2 mars en lançant des missiles sur Israël, lequel a répondu durement sur l’ensemble du territoire libanais. Le Hezbollah s’appuie lui aussi sur la guerre asymétrique : « tant qu’il nous restera un fusil pour nous battre, nous nous considérerons victorieux » avait déclaré en son temps le leader du Hezbollah Hassan Nasrallah, tué par Israël en septembre 2024. Si l’État hébreu a éliminé un grand nombre de leaders et de responsables du Hezbollah, la formation semble avoir été reprise depuis en mains directement par les gardiens de la révolution iraniens, qui ont délégué sur place au Liban des responsables pour tenir les rênes du mouvement libanais, en particulier son aile militaire.

Les capacités réelles du Hezbollah sont toutefois l’objet d’incertitudes. Si nombre d’observateurs affirmaient, avant septembre 2024, que ce dernier disposait de dizaines de milliers de combattants et de missiles, il a cependant enregistré de lourdes pertes, plusieurs milliers de ses membres ayant été tués, auxquels s’ajoutent environ cinq mille membres mis hors de combat lors de « l’attaque des bipeurs » par Israël en septembre 2024. L’aviation israélienne a en outre continué de pilonner le Hezbollah entre novembre 2024 et mars 2026, lors de la période d’accalmie relative sur le front libanais, éliminant plusieurs centaines de membres et de responsables dont le chef militaire de la formation Haytham Tabatabai (de père iranien). Si le Hezbollah semble avoir perdu, selon certaines analyses, jusqu’à 70 % de ses capacités initiales, il reste toutefois toujours capable de tirer des missiles sur Israël, tout en tentant d’opposer sur le terrain libanais un maximum de résistance aux forces israéliennes. En outre, à travers leur base libanaise, les gardiens de la révolution iraniens pourraient éventuellement menacer l’Europe elle-même : si Chypre (membre de l’Union européenne), distante d’environ 200 kilomètres, est à portée de tir des missiles et des drones, les missiles balistiques iraniens de plus longue portée (jusqu’à 2500 km), pourraient, eux, toucher la Grèce, l’Italie voire la lisière des côtes françaises ainsi que la Corse. La question est donc de savoir si les pasdarans ont implanté ce type de missiles au Liban (notamment dans les contreforts montagneux au nord du pays), et quelle serait la réaction de l’Europe face à une telle éventualité.

Si l’issue du conflit avec l’Iran est donc encore incertaine, et dépend aussi bien des intentions états-uniennes et israéliennes que de l’évolution interne en Iran même, plusieurs scénarios sont ainsi envisageables pour le Liban. En premier lieu, le gouvernement libanais a tenté, lui, de mettre en place une solution « diplomatique », en prenant pour cela deux décisions importantes (même si sans doute tardives), à savoir, d’une part, interdire officiellement les activités militaires du Hezbollah, et, d’autre part, demander l’ouverture de négociations officielles avec Israël. Quelle que soit leur portée immédiate, ces deux initiatives montrent ainsi que le Liban officiel a fait, lui, son choix, qui le place, sur le plan politique et diplomatique, hors du camp pro-iranien. Il est toutefois à craindre que l’armée libanaise, conçue depuis la fin de la guerre de 1975-1990 pour être avant tout une force de maintien de la paix interne, n’ait pas aujourd’hui les capacités de désarmer elle-même le Hezbollah, dont les combattants sont fortement aguerris par des années de luttes, notamment en Syrie – l’armée hésitant en outre à s’opposer au Hezbollah pour ne pas risquer un conflit inter-libanais.

Si la posture de l’État libanais peut donc servir des objectifs diplomatiques de long terme, à savoir tenter de « sauver les meubles », et de ménager au pays une place à la table des négociations régionales futures, il est donc à craindre qu’Israël privilégie, lui, à court terme la solution militaire, pour venir lui-même à bout de la milice pro-iranienne. Mais jusqu’où irait l’armée de l’État hébreu ? Après avoir forcé la quasi-totalité des habitants du Liban-Sud et de la banlieue sud de Beyrouth, soit près d’un million de personnes en majorité chiites, à fuir sous les bombardements pour venir s’entasser dans d’autres régions, va-t-elle décider d’envahir le Liban pour pourchasser le Hezbollah et le forcer à évacuer le pays, comme elle l’avait fait avec les forces de Yasser Arafat en 1982 ? Sachant que les combattants du Hezbollah sont, avant tout, libanais et non pas palestiniens.

Un autre scénario pourrait donc se profiler, lequel, s’il se matérialise, aurait de lourdes conséquences pour le Liban. Il consisterait pour Israël à occuper une vaste zone du Liban-Sud, qui serait largement détruite, de manière similaire à Gaza, tout en repoussant définitivement les populations à majorité chiite de cette région vers Beyrouth et le nord. Israël créerait ainsi un glacis au sud, tout en continuant de pilonner le Hezbollah dans le reste du pays. L’État hébreu, ayant fortement réduit les capacités du Hezbollah, continuerait également (comme il le fait déjà) de menacer le gouvernement libanais de représailles, notamment sur l’infrastructure civile, si l’armée libanaise ne se décide pas à désarmer le Hezbollah. Tout en frappant durement la communauté chiite pour tenter de retourner cette dernière contre la milice pro-iranienne (en particulier le président du parlement Nabih Berri). Le Liban, qui n’est pas encore remis de son effondrement économique depuis fin 2019, et qui ploie sous les destructions, se retrouverait pris au piège, dans une posture similaire à celle du président palestinien Mahmoud Abbas, contraint de pourchasser en Cisjordanie les factions qui s’opposent à Israël, dont le Hamas, sans en avoir réellement les moyens. Ce scénario « Gaza au sud, Cisjordanie ailleurs », couplé à un émiettement sécuritaire, poserait, pour le Liban, un dilemme lourd de conséquences, d’autant que la carte démographique et confessionnelle du pays, relativement stable depuis 1990, se retrouverait de nouveau brouillée, avec un million de réfugiés s’entassant dans des régions à coloration confessionnelle et politique différente, souvent anti-Hezbollah, et cela dans le dénuement le plus total. Dans ce contexte, l’on se demande ainsi si le Liban, très fragilisé, pourra affronter seul l’ensemble des difficultés sociales, économiques, politiques et sécuritaires qui l’attendent, et s’il aura urgemment besoin que la communauté internationale, et notamment l’Europe, vienne lui apporter un soutien multiforme dont les contours demeurent à définir.

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