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Europe géopolitique. Analyses. Témoignages. Reportages
Updated: 8 hours 9 min ago

Méprise au Mali. Des Estoniens tirent sur un bus de militaires britanniques

Sun, 07/11/2021 - 21:01

(B2) Un minibus transportant des militaires britanniques a été pris pour cible par les militaires estoniens qui opèrent avec les forces françaises de Barkhane, sur la base de Gao.

L’incident a eu lieu en août, mais n’a été révélé que maintenant par le quotidien britannique The Independant.

Les militaires estoniens qui assurent la garde de la base française de Barkhane n’avaient — semble-t-il — pas été prévenus de l’arrivée de ce véhicule où se trouvaient des équipages de la Royal Air Force qui devaient rejoindre des hélicoptères Chinook stationnés sur le tarmac de la base. Selon la procédure, un véhicule non identifié est suspect. Les militaires ont donc tiré dessus pour le stopper. Heureusement l’incident n’a pas fait de blessés.

NB : les deux bases de l’ONU et l’opération Barkhane sont colocalisées sur le même site.

(NGV)

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Dernières nouvelles des missions et opérations de maintien de la paix de l’UE – PSDC (octobre 2021)

Sun, 07/11/2021 - 08:30

(B2) Les missions et opérations de l’UE, civiles et militaires, ont un point commun : elles ne travaillent pas seules. Ce qui semble une évidence mérite pourtant d’être souligné. L’actualité de ce mois d’octobre offre l’occasion d’en cerner ses multiples aspects, et d’observer les premiers pas un petit nouveau :  EUTM Mozambique…

Moldavie. Opération conjointe anti-criminalité

La mission d’assistance à la surveillance aux frontières de la Moldavie (EUBAM Moldova Ukraine) a participé à l’opération contre la grande criminalité à la frontière orientale. L’opération pilotée par l’agence européenne de garde-côtes et garde-frontières Frontex et la Roumanie s’est déroulée du 27 septembre au 8 octobre. Treize pays et de six autres agences européennes et organisations internationales ont participé. La moisson de la Joint Action Day Finestra, est à la hauteur : 36 millions de cigarettes de contrebande, 160.000 litres d’alcool, ou encore 32 trafiquants d’êtres humains. Détails ici

(crédit : Frontex)

Bagdad (Iraq). Mobilisation jour d’élections

Dimanche 10 octobre, la mission de conseil à la sécurité intérieure (EUAM Iraq) était au Centre suprême des opérations électorales. Celui-ci est chargé de réagir en cas d’incidents de sécurité liés aux élections législatives organisées ce jour là dans tout le pays. La mission devait pouvoir intervenir par ses conseils et son expertise, « selon les besoins ». La Mission a également assuré la protection rapprochée des équipes d’observateurs locaux de la Délégation de l’UE en déplacement sur les bureaux de vote de la capitale. Détails ici

Le chef de mission de la mission EUAM Irak, le général de division Christoph Buik (chemise bleu ciel), au Centre suprême des opérations électorales (crédit : capture d’écran B2/EUAM Iraq)

Kiev (Ukraine). Procureurs en formation

Améliorer leur direction et gestion du personnel. C’est l’enjeu de la formation qu’une centaine de procureurs ukrainiens suivent jusqu’en décembre. Avec l’appui de la mission de conseil aux forces de sécurité ukrainiennes (EUAM Ukraine). « L’objectif est d’accroître l’efficacité du service des poursuites, de stimuler l’intérêt des professionnels pour une évolution de carrière et d’augmenter la motivation du personnel ». Détails ici

(crédit : EUAM Ukraine)

Somalie. Le relais est pris dans le contrôle maritime

« La Somalie possède la plus longue côte continentale intérieure africaine et la création de l’administration maritime somalienne (SMA) a permis aux Somaliens d’assumer la responsabilité du contrôle et de la surveillance des eaux territoriales somaliennes », se réjouit son directeur, le capitaine Hassan M Farah. La SMA est un département du ministère des Ports et du Transport maritime, créé avec le soutien de la mission de soutien aux capacités de sécurité maritime (EUCAP Somalia) il y a deux ans. Détails ici

(crédit : EUCAP Somalia)

Ramallah (Cisjordanie). Expertise renforcée

La Mission de mission de police dans les territoires palestiniens (EUPOL COPPS) est en train de recruter des conseillers de police « très expérimentés » pour renforcer son soutien à la Police Civile Palestinienne (PCP), notamment dans la cybercriminalité. C’est ce qu’a expliqué la cheffe de Mission Nataliya Apostolova au chef de la PCP, le Général Yousif Helo, venu dans les locaux d’EUPOL. Détails ici

(crédit : EUPOL COPPS)

Bangui (Centrafrique). Premier anniversaire

La révision des lois organiques de la Police et de la Gendarmerie est « un exemple de coopération réussie », au crédit de la première année d’activité de la mission civile de conseil de l’Union européenne (EUAM RCA), explique son chef Paulo Soares. Détails ici

Le président de la République, Faustin Archange Touadéra, s’est déplacé pour l’occasion (crédit : EUAM RCA)

Corne de l’Afrique. Les contours d’une nouvelle collaboration

Les commandants de l’opération et de la force EUNAVFOR Atalanta ont fait connaissance avec le chef de la nouvelle mission de formation de l’UE au Mozambique (EUTM Mozambique). Leur première réunion virtuelle a déjà étudié les « synergies possibles dans la grande région de Cabo Delgado et du canal du Mozambique », à la frontière sud de la zone où opère Atalanta. Détails ici

(crédit : EUNAVFOR Atalanta)

Pristina (Kosovo). Des buts pour le climat ! 

Le personnel de la mission sur l’État de droit sait user d’autres arguments que ceux du droit. Elle l’a démontré lors d’un match de football forcément amical avec une équipe du parquet de Pristina. Personne ne donne le score. Il parait que « le nombre de buts marqués n’est pas important ». L’objectif était de faire parler du changement climatique. Diaporama ici

Mtskheta (Georgie). Pour prendre de la hauteur

Le chef de la mission d’observation de l’UE en Géorgie, Marek Szczygieł, vous emmène en patrouille avec les moniteurs du bureau de terrain de Mtskheta, à l’est du pays, dans les montagnes du Caucase. Intimidant !

(crédit : EUMM Georgia)

(informations recueillies par Emmanuelle Stroesser)

NB : Pour tout connaitre ou réviser, n’hésitez pas à vous procurer notre ouvrage sur la PSDC

Lire aussi sur le B2 Pro (parus en octobre) :

Et sur le blog : 

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Les armées doivent être plus agiles, prêtes à faire face à toute situation (Burkhard)

Sat, 06/11/2021 - 11:45

(B2) Gagner la guerre avant la guerre. C’est ainsi que le nouveau chef d’état-major français résume sa vision stratégique.

(crédit : DICOD/EMA)
  • Dans ce document de treize pages, en français et en anglais, le général Thierry Burkard expose ce que doit être l’armée du futur française. Aux antipodes de certaines réflexions en Europe qui semblent vouloir retourner à une guerre de position (chars lourds, casernes, etc.).
  • Un document utile à l’aube de la présidence française du Conseil de l’UE qui commence le 1er janvier et de la réflexion stratégique entamée tant au niveau européen que de l’Alliance atlantique.
  • A lire avec intérêt comme la longue interview que le CEMA avait accordé à B2, il y a quelques jours, détaillant certains points notamment les méthodes des adversaires et compétiteurs, et les modalités de coopération entre Alliés et Européens.

Un outil militaire primordial

Dans une Europe qui semble souvent hésiter à utiliser l’outil militaire, celui a fait ses armes dans la Légion étrangère, de Djibouti au CPCO, l’affirme haut et fort : « la force militaire est l’un des éléments indispensables de la politique de puissance et d’influence internationale de la France ». Une France qui doit « assumer son statut de puissance d’équilibre ».

La compétition se durcit

Face au « durcissement de la compétition entre grandes puissances, au réarmement et la désinhibition de certaines puissances régionales », les armées doivent « faire preuve de la plus grande agilité » Elles doivent « embrasser les changements contre lesquels on ne peut agir, et saisir toutes les opportunités pour défendre les intérêts stratégiques de la France et de l’Europe ».

Une agilité intellectuelle

Cette agilité intellectuelle doit d’abord être « intellectuelle ». Elle doit « irriguer l’ensemble de la chaîne de commandement » comme tous les secteurs : les opérations, le soutien, la préparation opérationnelle, le développement capacitaire. « Des états-majors au terrain, il faut promouvoir un état d’esprit qui permette de gagner la bataille des idées, d’anticiper davantage, d’être encore plus réactifs et d’imposer le rythme des initiatives. »

Une organisation pour faire face à la structure stratégique

Les armées doivent être « organisées pour faire face à la surprise stratégique, résilientes au-delà des seules postures permanentes de dissuasion nucléaire, de sûreté et de protection ». Elles doivent être ainsi « aptes en permanence à s’engager pour répondre à toute situation qui menacerait la France et ses intérêts ». Du niveau infra-conflictuel — qui est le plus courant — jusque « si nécessaire dans un affrontement de haute intensité ».

Une palette d’intervention infra-conflit

Le chef des armées doit être en capacité de « proposer au président de la République une très large palette d’options militaires » insiste le général cinq étoiles. On doit pouvoir « combiner des effets maîtrisés dans tous les milieux et champs de confrontation, avec une attention particulière pour l’action dans les milieux exo-atmosphérique et cyber et dans le champ informationnel ». L’objectif reste le même : dissuader l’adversaire, « infléchir [sa] détermination en imposant des rapports de force favorables ». En trois mots : « gagner la guerre avant la guerre ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Télécharger la vision stratégique FR / ENG

Lire : Les compétiteurs deviennent plus agressifs. Il faut être plus stratégique. Les sept réflexions du général Burkhard (CEMA) – article ouvert ces jours-ci

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Entre la France et l’Australie, le froid va durer

Thu, 04/11/2021 - 23:30

(B2) L’affaire AUKUS laissera des traces. Si avec Washington, et dans une moindre mesure avec Londres, la voie de la normalisation semble acquise, Paris semble bien déterminé à faire payer sa trahison à Canberra.

Halloween dans la Royal Australian Navy (Photo : Marine Australienne)

Le 15 septembre dernier le gouvernement australien a rompu le contrat de fourniture des sous-marins par la France (et Naval Group). Et signé un accord de partenariat de défense avec les États-Unis et le Royaume-uni (AUKUS) dans la foulée. Sans aucun préavis. Un acte qui a toujours du mal à passer dans les rangs français.

Une dent contre l’Australie

Avec les États-Unis, on ne peut pas se fâcher longtemps et les relations ont clairement repris. Avec le Royaume-Uni, trouver le chemin de la réconciliation sera un peu plus long, « mais il y a des réalités géopolitiques qu’on ne peut ignorer : les côtes anglaises ne sont qu’à 25 km de Calais. Avec l’Australie, en revanche, c’est autre chose… ». Un gradé français, bien introduit dans le cercle du pouvoir, résume ainsi pour B2 l’état des lieux de l’après AUKUS. Et surtout, ne termine pas tout à fait sa phrase. Mais on comprend que ce sera très compliqué et que cela risque de durer longtemps. Précisons que ce propos a été tenu avant la réunion du G20 qui a vu un nouvel échange de « mots doux » entre Paris et Canberra (cf. encadré).

La coopération maritime avec l’Australie

Un propos qui n’est pas isolé. L’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la marine nationale, l’avait confirmé quelques jours auparavant (mi-octobre) lors d’une audition à l’Assemblée nationale : le gel de la coopération est en marche. « L’officier australien qui avait intégré mon état-major quittera ses fonctions l’été prochain et ne sera pas remplacé. De plus, nous avons suspendu la coopération de nos forces sous-marines avec l’Australie. Enfin, nous avons annulé l’embarquement d’un cadet australien pour la campagne Jeanne d’Arc 2022, ainsi que l’envoi d’un ancien commandant de sous-marin nucléaire à l’Académie militaire d’Australie. »

… réduite a minima

Seules « quelques coopérations » vont subsister, poursuit l’amiral Pierre Vandier. « Nous conserverons les points d’escale que nous partageons avec l’Australie pour ravitailler la base antarctique de Dumont d’Urville. Nous aurons aussi l’occasion de croiser les Australiens lors d’exercices multinationaux dans l’océan Indien et dans le Pacifique. »

L’ennemi n’est pas l’Australie mais la Chine

Le chef de la marine a cependant tenu à ajouter en guise d’avertissement à une volonté trop politique d’approfondir les divisions. « Ne nous trompons pas d’ennemi », a abjuré le marin. Il faisait référence à l’attaque de Mers-el-Kébir en 1940 par la Royal Navy contre les navires français amarrés dans le port militaire algérien (1). « Il convient d’aborder l’AUKUS avec la même prudence ». Et de viser concrètement la Chine comme la Corée du Nord, en pleine phase d’expansion.

Le réveil naval chinois… et des autres

« Nous assistons aujourd’hui au réveil naval chinois. La Chine met à l’eau l’équivalent de notre flotte nationale tous les trois ans. […] La mise en service du troisième porte-avions chinois est prévue en 2025. […] Les simples patrouilleurs garde-côtes chinois sont en fait de véritables frégates de premier rang. Des bateaux de 10.000 tonnes – plus important que nos frégates du même format –, armés de canons […] et autorisés à ouvrir le feu depuis la modification de la loi navale. » La Corée du Sud, aussi, entreprend « des opérations navales majeures ». Les Coréens ne sont pas les seuls. « Nous observons d’importants taux de croissance des marines japonaise, indonésienne, coréenne, australienne et indienne ». L’Inde est « censée mettre quatorze frégates sur cales entre 2021 et 2030 [et] en train de mettre à l’essai son dernier porte-avions, qui a vocation à embarquer des Rafale marine. ».

En fait, c’est toute la zone Indo-Pacifique qui s’enflamme : « Le réarmement mondial [au niveau] naval est sans précédent depuis trente ans. »

NB : On comprend donc la détermination américaine d’être très présente dans la zone, comme la volonté européenne de ne pas être l’oubliée de l’histoire. La question de l’extension des zones maritimes d’intérêt européen est ainsi à l’agenda de la prochaine réunion des ministres de la Défense (lire notre article confidentiel).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Le premier ministre australien a menti !

Emmanuel Macron a été interrogé par Bevan Shields, un journaliste australien du Sydney Morning Herald, en marge du G20 pour savoir s’il pensait que Scott Morrison, le premier ministre australien, avait menti. Le Français a répondu directement : « I don’t think, I know » . Soit : Je ne le pense pas, je le sais. Surtout, le président français a refusé d’évoquer le retour de la confiance : « Nous discutons, nous verrons ce qu’il fera ». Un signe de sa colère froide. Et d’ajouter à l’adresse de l’Australie : « J’ai beaucoup de respect pour votre pays et beaucoup de respect et d’amitié pour votre peuple. Je dis juste que lorsque nous avons du respect, vous devez être vrai et vous devez vous comporter conformément à cette valeur. »

I ask French President Emmanuel Macron whether Scott Morrison lied to him: “I don’t think, I know.” pic.twitter.com/3tcg4xrl90

— Bevan Shields (@BevanShields) October 31, 2021

L’Australie réplique mardi avec la fuite dans la presse locale d’un SMS émanant d’Emmanuel Macron adressé au premier ministre australien, Scott Morrison. « Dois-je m’attendre à de bonnes ou de mauvaises nouvelles pour notre ambition conjointe sur les sous-marins ? », lui écrit le président français, le 13 septembre, deux jours avant que l’affaire n’éclate, alors que le dirigeant australien cherche à le joindre. Une preuve selon Canberra que Macron savait. NB : Je dirais plutôt que c’est la preuve ultime que Macron ne savait pas. Et que l’Australie s’y est pris le plus tard pour informer les Français.

(NGV)

Lire aussi : L’accord AUKUS entre Australie et USA provoque les Européens. Quelles réactions possibles ?

  1. Cette attaque menée entre le 3 et 6 juillet 1940 par les Britanniques (avions et marine) a fait près de 1300 morts côté français et mis hors de combat plusieurs navires. Elle est considérée comme une trahison de l’alliance franco-britannique côté français. Une attaque parfaitement justifiée pour Londres, par la signature de l’armistice par Philippe Pétain, la mise en place d’une collaboration avec l’Allemagne, et le refus du gouvernement français de l’époque de mettre ses navires hors de portée des Allemands.

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EUFOR Althea. Quand un officier dérape et fait du chantage à l’information

Wed, 03/11/2021 - 11:52

(B2) Le décès d’un militaire dans l’opération EUFOR semble mettre tout le monde sur les charbons ardents. Nous avons demandé confirmation à l’officier de presse de la mission. Sa réponse a été des plus surprenantes

La force européenne rassemblée sur le camp Butmir (crédit : EUFOR Althea)

Ayant reçu l’information par divers canaux, notamment de la façon la plus officielle qui soit (le ministère bulgare de la Défense), nous avons bien entendu chercher à confirmer l’information et obtenir des détails.

Une mort par arme à feu dans une base européenne, ce n’est pas courant. Quand, en plus, elle survient le jour-même de la visite du président du comité militaire sur place, il y a de quoi s’interroger.

Nous avons donc rédigé un premier papier (lire : Un militaire bulgare retrouvé mort par arme à feu au camp Butmir), mis à jour ensuite avec les informations sur une équipe du parquet bulgare détachée sur place.

Sa seule réponse (samedi, au bout de quelques heures) a été de demander qui était le rédacteur en chef de B2.

« As it cannot be found on your website, can I ask who the editor of B2 is ? »

Puis, dans un mail incendiaire, deux jours plus tard, lundi (2 novembre), il se déchaîne et met un ‘blackout’ sur B2. Ce qui aboutit à un déni d’information très clair. Je vous laisse la lecture du mail.

We are responding to you with disappointment about your questions about the death of a Bulgarian soldier, your belittling comments about EUFOR in the B2 article on the same issue and for your manner in answering our simple request for information below. The information you sought and the way you asked questions about the death were insensitive and unprofessional. A death of this nature is saddening for all of us in this mission. We view it as a national matter for the country involved and we respect the privacy of them in how they choose to deal with it. That is why EUFOR did not publicly release any information. We do not appreciate the wording of the following extract of your article ‘The operation, which nevertheless loves to publish photos of all its events, even the most insignificant (medal ceremony, etc.), has not made any communication on the subject.’ Referring to the awarding of the CSDP medal to members of European military personnel who give their time, effort and dedication to help BiH as ‘insignificant’ shows a lack of respect for what EUFOR does and to military personnel who serve here. Your conduct, and that of B2, has been extremely unprofessional and an example of a news agency trying to sensationalise something to attract readers. Please do not expect us to be forthcoming or to have co-operation with B2 going forward based on this and the overly confrontational tone of the below mail to a simple request for information.

Jusqu’à nouvel ordre, il serait bon aux autorités européennes et de l’OTAN — puisque cette opération est la seule qui soit placée sous le champ des accords de Berlin Plus, commandée depuis le Shape par un officier général (français) et sur place par un général autrichien, de rappeler aux militaires chargés de l’information qu’ils ne sont pas chargés de la censure de la liberté de la presse, mais de répondre aux questions légitimes que se pose la presse.

Depuis que ce blog existe, cela fait bien longtemps que nous n’avions pas reçu une telle missive aussi comminatoire. Est-ce le fait que l’opération est dirigée sur place par le général Plazter un ancien militant du FPÖ, le parti de la liberté, classé à l’extrême-droite de l’échiquier politique (lire : Un militant du FPÖ prend la tête d’EUFOR Althea) ? Est-ce que ce décès n’est pas aussi simple ou naturel qu’il soit ? Est-ce que la nervosité gagne les rangs des militaires alors que le renouvellement du mandat de l’opération est à l’agenda du Conseil de sécurité des Nations unies (ce mercredi 3 novembre) ? On peut se poser beaucoup de questions.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Fin de la formation Transmissions à EUTM RCA

Mon, 01/11/2021 - 20:33
Remise des diplômes au camp Kassai (crédit : EUTM Rca)

(B2) 28 stagiaires des FACA, les forces armées centrafricaines, viennent de terminer vendredi (22 octobre) une formation à l’emploi des réseaux mobiles (formation dite MNE comme Mobile Network Employment) au camp Kassai de Bangui.

Cette formation, animée par des instructeurs des FACA avec l’appui et les conseils des spécialistes TRANS (transmissions) de la mission EUTM RCA, a duré 22 semaines. « Très exigeante techniquement et nécessitant un haut niveau d’engagement des stagiaires », cette formation a permis d’acquérir les compétences techniques requises pour occuper un poste d’émetteur au sein d’un bataillon FACA, sur le terrain ou en opérations, indique la mission.

Pour le colonel Barbosa, chef du pilier éducatif (EDP) de l’EUTM, cette capacité est vitale. L’efficacité d’intervention des FACA « ne sera pas possible sans un réseau de communication et un personnel bien préparés ». Et d’ajouter : « Le succès des armées dépend aujourd’hui de la coordination de leurs actions. Sans système de communication fiable et des opérateurs formés et préparés, les lignes de communication perdent leur efficacité et compromettent toute la manœuvre ».

(NGV)

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Décès à EUFOR Althea

Sat, 30/10/2021 - 11:03

(B2) Un militaire bulgare participant à l’opération de stabilisation de l’UE en Bosnie-Herzégovine (EUFOR Althea) est décédé a-t-on appris de source bulgare, vendredi (29.10)

Les défilés et remises de médailles semblent être la principale activité de l’opération EUFOR Althea à Sarajevo (Photo : EUFOR Althea)

Mort par arme

Il était 8h20, quand le militaire a été retrouvé mort, « avec une blessure par balle », dans le camp Butmir, la base de l’opération à Sarajevo. L’équipe médicale arrivée sur place n’a pu que constater le décès.

Une enquête en cours

La police militaire, avertie, a « pris des mesures immédiates pour enquêter sur l’incident ». Le corps va être rapatrié en Bulgarie par avion militaire, indique-t-on à Sofia. L’origine du décès n’a pas été précisée. Mais on peut penser à un suicide en l’état des informations parvenues à B2.

Zéro communication du côté de l’UE

L’opération, qui adore pourtant publier les photos de tous ses évènements, même les plus insignifiants (remise de médailles, etc.), n’a fait aucune communication sur le sujet.

Une visite officielle le même jour

L’incident s’est produit le jour-même de la visite du général Graziano, le président du comité militaire de l’Union européenne au camp Butmir.

64e décès en mission

C’est le 64e décès constaté dans une mission de maintien de la paix de l’UE, depuis la création de la politique étrangère et de sécurité commune selon la base Memoriam de B2.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Un ancien interprète d’EUPOL Afghanistan tué à Kaboul

Fri, 29/10/2021 - 17:52

(B2) Un interprète afghan qui a travaillé pour la mission de l’UE de soutien à la police (EUPOL Afghanistan) dans les années 2010 a été tué

Cet interprète aurait dû être accueilli aux Pays-Bas. Il avait même été enregistré pour être transféré aux Pays-Bas. Un appel a été envoyé à l’interprète le 21 août pour qu’il se rende à l’aéroport de Kaboul, mais il n’y est jamais arrivé. Il est « probable que l’interprète en question ait été tué » selon le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Ben Knapen, qui l’a confirmé dans une lettre à la Seconde chambre (le parlement néerlandais). Mais il refuse de donner d’autres détails. « Les Pays-Bas n’étant pas présents en Afghanistan, il est donc impossible de déterminer de manière indépendante si et par qui il a été tué. »

(NGV)

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Au cœur de la maintenance des véhicules blindés, chez Arquus

Wed, 27/10/2021 - 08:27

(B2 à Saint-Nazaire) Engagés au Sahel ou l’opération Sentinelle, le véhicule blindé léger et le VT4 sont aujourd’hui des incontournables de l’armée de terre française, en France comme sur les terrains extérieurs. À l’arrière, les hommes et les femmes s’activent pour les maintenir en état de marche

Un VT4 ( à gauche) et un VBL (à droite) trônent en évidence (© AF/B2)

À l’entrée du site, des rangées de véhicules et camions blindés stationnent au soleil. Deux modèles sont fièrement exposés à côté de l’enseigne du groupe Arquus (1). Il s’agit d’un véhicule blindé léger (VBL) et d’un véhicule terrestre 4×4 (VT4). À eux seuls, ils illustrent le changement d’activité qu’est en train d’opérer le site industriel de Saint-Nazaire.

À Saint-Nazaire, cap sur la maintenance

Dans les locaux de l’usine, on s’affaire, on bricole, on démonte, on soude, on peint. Le bruit des machines, en fond, est incessant. À l’entrée, on propose des boules Quiès. Des engins de chantier sillonnent le site. Un marquage au sol est même prévu — et maintes fois rappelé — pour permettre aux piétons de circuler sans danger. Un accident est vite arrivé…

Une redistribution des lieux de production

Ici, l’objectif est de se concentrer sur la maintenance et la réparation des engins à roues. Le groupe a mis en place une nouvelle stratégie industrielle en 2020, et redistribué les activités entre différents sites de production. La production d’engins neufs est donc désormais faite à Limoges, la logistique est assurée à Garchizy et la militarisation des moteurs ainsi que la production de sous-ensemble mécaniques, à Marolles. Le site de Saint-Nazaire se spécialise, lui, sur la maintenance opérationnelle de l’ensemble des produits de la gamme (ACMAT, Panhard, RTD).

Des compétences étendues à d’autres

Avec à terme une possibilité de s’étendre à d’autres marques ? « Nous sommes aujourd’hui la seule industrie à avoir un site qui fait de la maintenance », assure le directeur du site Laurent Postollec. « Si nous sommes en mesure de réparer l’ensemble de notre gamme, il n’y a pas de raison pour que nous nous limitions à ceux-ci ».

Parmi les engins à roues auxquelles les compétences du site pourraient s’étendre : ceux développés en partenariat avec d’autres industriels, comme avec Nexter dans le cadre du programme Scorpion pour l’armée de terre. « Je me prépare à pouvoir peut-être réparer des véhicules qui ne sont pas forcément de la gamme », appuie ce pilier du groupe Volvo.

C’est désormais ici que l’imposant blindé est réparé et modernisé, pour accéder au standard « Ultima ». La démonstration de ses capacités est faite sur la piste d’essai, en conditions réelles. « C’est ici que tous les véhicules qui sortent de l’usine sont testés », explique l’un des chauffeurs.

À l’intérieur, ça secoue, et ça va vite

L’homme nous prend à son bord le temps d’une courte (mais intense !) démonstration. À peine la ceinture de sécurité attachée, voilà que le bolide démarre au quart de tour et file à toute berzingue, sans guère d’états d’âme pour les deux journalistes qui s’accrochent tant bien que mal aux poignées. À l’intérieur, ça secoue, et ça va vite. Le modèle n’est plus tout jeune, il date des années 1990. Mais il est résistant. Notre conducteur exploite à fond les dernières améliorations du bolide et profite du passage à 130 CV (contre 90 dans la précédente version). Frissons garantis ! Un autre aménagement attire notre attention : l’installation de la climatisation, appréciable durant cette journée ensoleillée.

(©AF/B2) (© AF/B2)

L’odeur de la peinture sur les derniers VT4

Après cette escapade mouvementée, retour sur la terre ferme. Mais pas sans surprises. Direction les locaux de l’usine. Ici, c’est l’odeur de peinture qui surprend en premier : Les derniers VT4 sont en cours de militarisation, c’est-à-dire en cours de transformation d’une voiture civile à une voiture militaire (remplacement d’équipements, par exemple).

Un modèle civil militarisé

Construit sur une base civile à partir d’un modèle de Ford Everest, le SUV est ensuite partiellement démonté pour enlever les composantes qui ne seront pas utiles dans un cadre militaire ou qui seront remplacées par des composantes militaires. Les ouvriers commencent ainsi par enlever phares, rétroviseurs, plages arrières etc. Puis les vitres et les roues sont recouvertes d’une sorte de bâche en carton, avant que la voiture ne passe dans un cube qui enlève sa peinture initiale et lui met une première couche de peinture militaire.

La fin du neuf

Ces véhicules ne seront produits que jusqu’en 2023. « La fin de la production des VT4 signe la fin de la production du neuf sur Saint-Nazaire », nous explique t-on. Auparavant, « 80 à 90% de notre activité était du véhicule neuf, mais pour du Bastion et du VLRA, donc pour la partie export », complète Laurent Postollec.

(©AF/B2) (© AF/B2)

De nouvelles solutions pour l’export

Ici, les équipes accompagnent aussi les clients sur la formation au matériel. Une prestation qui permet notamment de soulager le personnel du site de ces opérations de maintenance pour se consacrer en priorité sur les commandes de son client principal : l’armée de terre.

Des outils de réalité virtuelle

En plus de la formation « classique » avec PowerPoints à la clé, une formation « innovante » est proposée. Pour cela, l’entreprise s’aide d’outils de réalité virtuelle. « Le virtuel permet d’amener une première approche pédagogique ». Grâce à cela, il est possible de « voir au travers d’un véhicule, son fonctionnement, sur la motorisation, l’électronique etc. » et faire l’objet d’une première formation. Apprentissage qui sera par la suite « complété sur une opération de maintenance réelle de matériel », explique Thomas Brice, responsable de la stratégie de soutien, de la relation client et du maintien en conditions opérationnelles (MCO).

Des compétences entretenues à distance

Ces nouvelles solutions de formation permettent aux ouvriers du site de rester en dehors des théâtres d’opération. Mais cela donne aux soldats les moyens pour qu’ils soient capables de « faire face eux mêmes à un certain nombre de problèmes sur place », sans avoir besoin de faire « de la maintenance lourde ». Une telle formation permet de former « plus largement, plus rapidement » et de mobiliser « moins de matériels », détaille le responsable. L’offre est principalement destinée aux clients à l’export pour permettre « d’entretenir des compétences à distance ».

Dématérialiser le diagnostic : quand le technicien voit ce que le client voit

Autre moyen déployé pour soulager les équipes du site : l’assistance dématérialisée. Des lunettes connectées permettent de réaliser un diagnostic « assez poussé », même à distance. En pratique, le technicien peut « visualiser exactement ce qui est vu par le client », et ainsi « dématérialiser le diagnostic ». Un outil particulièrement utile au moment de la fermeture des frontières lors de la pandémie de Covid-19, lorsque les formateurs ne pouvaient se rendre dans les pays de leurs clients. Une pratique vouée à se développer ? Il faudra encore patienter…

(Agnès Faure, st.)

  1. Arquus est né de la fusion des marques d’armement terrestre français Panhard, ACMAT et Renault Trucks Defense (RTD). Malgré une tentative de vente en 2016, l’entreprise fait toujours partie du groupe suédois Volvo.

Reportage au cours d’un voyage de presse organisé par Arquus sur son site de Saint-Nazaire, fin septembre

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Une frégate danoise dans le golfe de Guinée

Tue, 26/10/2021 - 18:34

(B2) La frégate danoise Esbern Snare (F-422) a quitté dimanche (24 octobre) sa base navale de Frederikshavn. Destination : le Golfe de Guinée.

L’Esbern Snare (photo : MOD Danemark)

Hélico et équipe d’intervention

La frégate sera sur place début novembre, pour une durée de six mois. Mission : « la surveillance et la reconnaissance, la protection de zone, l’escorte ou l’escorte des navires, ainsi que la recherche et le sauvetage ». A bord un total de 175 personnes, marins, pilotes et soutien médical renforcé inclus. Une équipe des forces d’opérations spéciales maritimes du Frogman Corps et de la police militaire danoise a également embarqué pour intervenir si nécessaire sur des navires piratés et arrêter les intrus. Le Esbern Snare dispose un hélicoptère Seahawk lui permettant d’allonger sa zone d’action.

Une logique d’intérêt

Pour la ministre danoise de la Défense, Trine Bramsen, il y a là une logique d’intérêt à la présence en mer. « Le Danemark est l’une des principales nations maritimes du monde. […] Il est important que les navires danois puissent opérer en toute sécurité sur les sept océans ». En moyenne, chaque année jusqu’à 30 à 40 navires exploités par le Danemark naviguent quotidiennement dans le golfe de Guinée, transportant des marchandises d’une valeur de près de 10 milliards de couronnes danoises.

Présence maritime coordonnée

Sur place, la frégate va retrouver des navires italien et français, dans le cadre des présences maritimes coordonnées, le nouveau concept d’intervention européen sur les mers. Des navires britannique ainsi qu’américain sont aussi présents sur la zone. Le Danemark s’inscrit aussi dans la logique européenne de renforcement des capacités des pays sur place. Les militaires du Frogman corps devraient ainsi former leurs homologues ghanéens du Ghana Special Boat Services. Copenhague fournit aussi un soutien sous forme de conseil au centre de coordination maritime du Ghana.

Un habitué des mers chaudes

La frégate est une vieille connaissance de B2. Elle a été régulièrement dans l’Océan indien dans le cadre de l’opération Ocean Shield de l’OTAN (lire : Un nouveau navire attaqué. 9 suspects arrêtés). Plus récemment, elle était dans le détroit d’Ormuz (lire : Le Danemark se lance dans le détroit d’Ormuz aux côtés des Français).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :

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Présidence française de l’Union européenne : comment se préparent les diplomates à Bruxelles

Mon, 25/10/2021 - 14:34

(B2) À presque deux mois de la prise de fonction de la présidence française de l’Union européenne, nous avons choisi de vous montrer l’envers du décor, souvent méconnu… Dans les couloirs de la représentation permanente de la France auprès de l’UE, avec son chef

Les diplomates français se préparent à quelques nuits blanches au Conseil (© NGV / B2)
  • Une présidence de l’Union européenne est souvent un moment clé dans la vie politique nationale. Même en France, pays qui a tendance à sous-estimer cet événement.
  • C’est devenu un moment rare, qui n’intervient plus que tous les 14 ou 15 ans au rythme actuel de la rotation entre États, au lieu de 7 ou 8 ans auparavant.
  • La dernière PFUE remonte à 2008 (l’année de naissance de B2 !) sous Nicolas Sarkozy, la précédente à 2000, sous Jacques Chirac (suivie pour France-Soir/Le Matin).

Un homme roué à l’Europe aux manettes

Trois présidences au compteur

Représentant permanent à Bruxelles, Philippe Léglise-Costa a acquis une certaine expérience de la mécanique européenne. À son compteur, il a trois présidences. Fait plutôt rare. En 1995, il est conseiller Relex (Relations extérieures) à la représentation permanente de la France auprès de l’UE à Bruxelles (RP ou PermRep pour les intimes). En 2000, il est au cabinet d’Hubert Védrine, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement de cohabitation Jospin-Chirac. Moment compliqué avec la préparation du sommet de Nice notamment. En 2008 il revient à la PermRep de Bruxelles comme représentant permanent adjoint. Il supervise alors tous les dossiers ‘Marché intérieur’, de l’agriculture aux transports en passant par l’environnement l’énergie ou la pêche. Présidence intense qui a marqué les esprits.

Une fine connaissance du système européen comme français

Entre les deux, il a occupé quelques postes clés : dircab (directeur de cabinet) de Jean-Pierre Jouyet, quelques mois, alors qu’il est secrétaire d’État aux Affaires européennes en 2007-2008, conseiller Europe de François Hollande (quand il est président de la République et lorsqu’Emmanuel Macron est également conseiller), puis secrétaire général des Affaires européennes (SGAE), la cabine de pilotage de la politique européenne à Paris, à partir de 2014 jusqu’à 2017. Bref, c’est un des personnages qui connait le mieux la mécanique européenne, au sein de la structure française, tout comme à Bruxelles.

De singulières différences

De ces expériences, Léglise-Costa tire un constat… Cette présidence sera très différente des précédentes.

La perte de l’acquis

La première différence est ineffable : c’est « le temps qui s’est écoulé depuis la dernière présidence. 14 ans, c’est long ! La plupart des gens qui ont fait une présidence ne sont plus là ». Il y a une perte de l’expérience. Mais on peut le compenser. Les effectifs de base et supplémentaires de la RP ont été recrutés il y a presque un an et demi, voire deux ans. Un délai nécessaire pour « bien voir le fonctionnement des autres présidences ». Il y a eu aussi un important travail de « transmission de mémoire », avec un « très gros effort de formation en interne » et un travail avec le secrétariat du Conseil de l’UE (pour fournir les notes et documents de l’époque). « L’appropriation par chacun des dossiers est essentiel. » 

Une présidence qui ne préside pas tout

La seconde différence par rapport aux présidences précédentes est la mise en place du traité de Lisbonne. « C’est la première fois que la France préside, sans exercer la présidence du Conseil européen [assurée par Charles Michel] ni du Conseil des Affaires étrangères [assurée par Josep Borrell] », ou des ministres de l’Euro. Pour les Français au « modèle présidentiel », c’est assez anachronique. Car les principaux personnages de l’État (président de la République, ministres des Affaires étrangères ou de la Défense…) n’ont aucun rôle formel. Ils ne président pas la réunion, et n’en rendent pas compte. Certes l’influence est bien là. Mais cela demande « encore plus de synchronisation et de préparation » avec les instances européennes. « Il faut encore plus anticiper et coordonner » pour que les priorités françaises soient bien prises en compte.

Un contexte politique en changement

La présidence sera aussi le temps d’importantes évolutions politiques prévisibles : la formation d’une nouvelle coalition en Allemagne, la réorganisation du Parlement européen à mi-mandat (2), et le retard pris dans la mécanique législative habituelle. Normalement la présidence française — qui intervient à mi-législature — aurait dû être celle des décisions, où s’engagent certains trilogues. La crise du Covid-19 et le retard pris pour définir le cadre budgétaire pluriannuel (le MFF en jargon bruxellois) et les plans de relance pour la période 2021-2027 en ont décidé autrement.

Un effet retard sur la mécanique européenne

Tout a été retardé. La Commission européenne n’a pas présenté comme prévu ses propositions législatives. Elle ne commence à le faire que maintenant. Et encore ! La présidence allemande avait dû réorienter au dernier moment toutes ses priorités, en se concentrant sur l’essentiel, notamment ce fameux MFF. Normalement elle aurait dû démarrer un cycle, en ouvrant les projets, auxquels la France aurait donné sinon la touche finale, du moins l’impulsion décisive. Impossible de faire comme espéré. « Il y aura beaucoup de dossiers sur la table, mais peut-être pas tous mûrs. »

La gestion délicate des élections

Enfin le contexte électoral français (élections présidentielles en avril, nouveau gouvernement en mai, élections législatives en juin) sont un autre élément à prendre en compte (lire : La présidence française de l’UE percutée de plein fouet par un accident électoral). De fait, la présidence va se diviser en trois phases : une phase intense, très politique, au premier trimestre, avec toutes les réunions informelles, les événements de la présidence. Suivie d’une phase intermédiaire (en avril-mai) durant la campagne électorale. Terminée par une dernière phase de conclusion, politique (mai-juin). Parmi les diplomates français à Bruxelles, chacun en est bien conscient : nombre de sujets débattus dans la ‘bulle européenne’ « peuvent très vite devenir des enjeux électoraux ». Même les plus techniques (3).

La sacro-sainte impartialité de la présidence

Or c’est une tradition européenne. Une présidence de l’UE est là pour rechercher l’accord des autres États membres et faire avancer les dossiers. « La présidence française devra être professionnelle et impartiale. C’est le métier de base d’une présidence. » Cela exige d’autant plus une « préparation extrêmement soigneuse »… en amont. Il faut « bien gérer les dossiers, bien les connaitre, internaliser les positions nationales. Elles doivent avoir été anticipées » pour éviter de polluer la présidence. « Il ne faut pas durant la présidence devoir défendre ce dossier. » Autrement dit être à la fois arbitre et partie.

Les épées de Damoclès qui pèsent

La présidence française devra aussi faire à face des inconnues.

L’incertitude de l’épidémie

Première inconnue et de taille : quel jeu va jouer le virus du Covid-19 ? Le scénario de base (scénario A) est un retour plein et entier en présentiel, avec des informelles et des évènements en France. Le scénario B serait le retour en force du virus et une reprise des vidéoconférences. Ce que chacun redoute. Cette pratique s’est imposée depuis un an et demi. Avec une exception notable : le COREPER (le comité des représentants permanents, les ambassadeurs de chaque État membre de l’UE) a continué à se réunir en présentiel autant que possible. Indispensable. Car « rien ne remplace les réunions en physique ».

La hantise de revenir à la VTC

En vidéoconférence (VTC dans l’abrégé bruxellois), « on ne négocie pas. On échange des vues. » C’est « moins satisfaisant. Il y a peu de place pour les compromis. Il y a moins de place à la dynamique collective, moins de prise à la décision. » Il n’y a pas de négociation en fait. Chacun — ministre, expert, diplomate — reste chez soi. Il entre ou sort parfois. Les ministres sont entourés de leurs conseillers et restent figés sur leurs positions souvent. « Ce n’est pas du tout pareil en termes psychologiques. Structurellement, cela éloigne les ministres les uns des autres. » Même au niveau du symbole, il y a un vide. « Une photo avec quelques petites vignettes n’est pas suffisante » pour remplacer une belle photo de famille. « La politique a besoin d’images, de symboles, de rencontres. »

L’incertitude économique

À cette incertitude sanitaire, s’ajoute une incertitude économique et sociale. On ne sait pas encore tout à fait si la relance économique sera installée, ou si la reprise actuelle est juste le rattrapage d’un an et demi d’atonie. Mais c’est surtout aux crises non prévues que la présidence doit se préparer. L’exemple même de la montée des prix de l’énergie inquiète tout le monde. NB : ce sera d’ailleurs le sujet essentiel de la discussion entre les Chefs au Conseil européen ce 21 octobre.

La présidence des imprévus

Et « Il y a toujours eu des imprévus dans une présidence » : la crise du pétrole en 2008, les attentats et la crise migratoire en 2015, etc. Sans oublier toute la dimension extérieure à l’Union européenne, au delà des frontières. Car l’Europe aujourd’hui doit gérer non seulement les crises internes, mais aussi externes. « Il y a en a de plus en plus, car le monde est de plus en plus volatile. » En 2008, il y avait eu la guerre en Géorgie, qui avait nécessité de l’improvisation. Du coup, il faut prévoir, mais pas trop. « Il faut une part d’agilité, ne pas céder à la tentation du micro-management. »

  • NB : le diplomate ne le dit pas. Mais chacun pense à la présidence tchèque de 2009 — qui avait suivi la française — considérée comme calamiteuse par tous. Le gouvernement d’alors avait voulu piloter depuis Prague la présidence. Un erreur. Après l’implosion en vol du gouvernement Topolánek, et un interlude suédois appelé à la rescousse, finalement le gouvernement technique avait mieux géré les choses (lire : Pourquoi j’ai adoré la présidence tchèque… Si, si !).

Préparation, anticipation et jonglerie

Renforts et travaux

Pour faire face à l’augmentation du travail, on a recruté, formé, structuré. La représentation permanente a aussi subi quelques travaux, pour loger tout le monde, et créé des salles de réunions. Un classique. À chaque présidence, ce bâtiment (sans grande grâce), situé place de Louvain, à quelques encablures de la Grand Place, derrière la cathédrale St Michel et Gudule, se voit transformé.

Un effectif renforcé à la représentation permanente

75 personnes ont été recrutées. En tout, la France aura 275 personnes à la représentation permanente. Un « étiage plutôt frugal par rapport à d’autres présidences ». C’est un peu plus qu’un ‘petit’ pays. Mais largement moins que l’Allemagne lors de sa dernière présidence qui avait 400 personnes dans ses bâtiments à Bruxelles. Toutefois, la différence a une explication.

Une délégation nationale silencieuse

Le pays qui a la présidence conserve en effet un représentant dans chaque groupe de travail. Délégation qui est « silencieuse », mais continue de faire le travail de suivi des dossiers. Pour la France, qui a une proximité géographique avec Bruxelles, où le trajet Paris-Bruxelles se fait dans la journée, il est plus facile d’envoyer un expert de Paris. Plus éloignée, l’Allemagne avait fait le choix de loger ‘sa délégation nationale’ à la représentation permanente.

Des évolutions importantes

Si on jette un regard par rapport à la dernière présidence de 2008, il y a des changements nets. L’effectif a augmenté mécaniquement, car « certains dossiers ont pris de l’ampleur au niveau européen. » Le département Justice Affaires intérieures a ainsi grossi — le nombre de magistrats a par exemple doublé. Autre département en croissance : la défense. « La Représentation va comprendre davantage de militaires, ce dossier ayant pris de l’importance » (4). Les questions « d’environnement et numériques également sont devenues primordiales. » « Certains métiers aussi ont grandi. » Exemple : l’équipe « réseaux sociaux » est « quasiment nouvelle. Ils n’existaient que très peu en 2008. »

Un exercice de haute précision

Ces compétences humaines sont essentielles. Car la réussite d’une présidence « ne se jauge pas au nombre de textes qui auront été approuvés, mais à la manière dont elle est capable d’ordonner les débats, de favoriser l’émergence de solutions, de consulter suffisamment chacun pour permettre une décision, sans perdre trop de temps non plus… » C’est un exercice très délicat, une horlogerie de précision.

Une bonne interaction avec toute la mécanique européenne

Cela nécessite d’avoir une bonne interaction entre les groupes de travail thématiques — qui préparent chaque dossier — le COREPER — qui arbitre —, et les ministres et parlementaires qui décident. Il faut « travailler en bonne intelligence » avec la Commission européenne, avoir « une bonne relation » avec le Parlement européen. Et on peut ajouter éviter quelque couac ou hiatus entre Paris et Bruxelles. Pas évident.

Une présidence française attendue au tournant

Au final, chacun attend la France au tournant. Car ce sera la première présidence de plein exercice normalement. Et surtout : la France est la France. Les tricolores sont connus pour être à la fois très organisés, structurés, avec une mécanique implacable du haut vers le bas. En un mot : efficace, comme me l’a confié un diplomate européen. La notion bonapartiste du système est ainsi observée avec un brin d’admiration comme d’ironie par les autres pays.

Le souvenir de 2008

Les plus expérimentés ont en mémoire la présidence de 2008. « Chaque ministre avait une feuille de route de cinq textes à aboutir. On disait il fallait trop vite. ll y avait des trilogues jusqu’à 2 heures du matin. Les parlementaires râlaient. » Les dents grinçaient (je m’en souviens) aussi dans les couloirs européens contre une présidence jugée un peu trop envahissante — Sarkozy voulait être partout — aller vite, très vite. La représentation permanente, gérée de main de maître par Pierre Sellal (main de fer dans un gant de velours) maîtrisait le champ de la discussion.

Le booster français

Mais au final, tout le monde était content, dans les couloirs du Parlement, comme de la Commission européenne. La France c’est un peu ça, confirme notre interlocuteur : « On booste le système, on énergise, il y a un esprit européen, on connait bien les procédures. » Au final, « Ça secoue. Mais en fait, ils aiment bien un peu motivés, bousculés au sens positif. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Lire : Les grandes dates de la présidence française – 2e semestre 2000.
  2. Il est de tradition qu’à mi-législature, la présidence du Parlement change entre les deux partenaires de la majorité (S&D et PPE). Ce qui pourrait aboutir à d’autres changements en cascade. C’est souvent le moment où les groupes politiques cherchent à se renforcer, de quoi leur donner suffisamment de poids pour obtenir en vertu de la règle d’Hondt (une proportionnelle raffinée), davantage de postes (présidences de commissions, vice-présidences, etc).
  3. On se rappelle tout le débat sur le directive Services « Bolkestein » durant le référendum sur la Constitution.
  4. Lire sur la PFUE 2008 : Les « priorités Défense » de la présidence française, Hervé Morin

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Le passage à vide de l’OTAN durant l’été de la crise afghane. Un sacré retard à l’allumage

Sun, 24/10/2021 - 11:32

(B2) Les langues se délient à l’Alliance. Et on commence à connaitre les raisons du passage à vide de l’OTAN durant le mois d’août et de la crise afghane

Évacuation de Kaboul (US Airforce)

Les longues vacances du secrétaire général

Durant l’été, jusqu’au 13 août, il n’y a eu aucune réunion du conseil de l’Alliance atlantique Nord (le NAC dans le jargon), qui regroupe au jour le jour les ambassadeurs des 30 pays membres. Pour une seule et unique bonne raison. Jens Stoltenberg, le secrétaire général, comme son adjoint, le Roumain Mircea Geoană, étaient en vacances, dans leurs pénates, loin de Bruxelles. Ils ne sont revenus au siège de l’OTAN qu’au dernier moment. Or, sans le numéro 1 ou le numéro 2 de l’Alliance, pas de réunion possible du NAC. Résultat : ce rouage essentiel de l’Alliance est resté inemployé jusqu’au 13 août. Et à ce moment-là, il était déjà trop tard. Washington avait déjà donné le ‘la’ du retrait.

Le retard à l’allumage des ministres

Il ne faut pas s’étonner ensuite qu’aucune réunion des ministres de la Défense de l’Alliance n’a été déclenchée. Certes leurs collègues des Affaires étrangères se réuniront (lire : Les ministres de l’OTAN inquiets, supplient les USA de rester plus longtemps). Mais après la bataille (le 20 août !)… Et après leurs homologues de l’Union européenne (le 17 août, lire : L’Europe prête à parler aux Taliban pour gérer l’urgence. Mais pose ses conditions). C’est dire l’ampleur du retard.

Les Américains en transition

Il faut ajouter à cela l’absence américaine. Il n’y a toujours pas d’ambassadeur américain en titre à l’Alliance. Faute d’accord à Washington. La nommée Julianne Smith vient juste d’obtenir l’aval de commission sénatoriale des relations étrangères, mais pas encore du Sénat dans son entier. Cet été, il n’y avait donc pas « vrai patron » à l’Alliance. Et cette absence a pesé.

Une défaillance politique

Aucun réel débat n’a eu lieu à l’Alliance sur le départ de l’Afghanistan. Les Européens ont été « informés » de la décision américaine. Mais il n’y a pas eu de réelle « consultation », au sens d’un partage de l’information, puis d’une négociation. Idem pour la mise en œuvre du retrait, qui « n’a pas été concertée ». Et personne — à notre connaissance — n’a vraiment demandé expressément ce débat (y compris ceux qui se sont plaint après). Résultat : « l’accélération du calendrier n’a jamais été discutée ».

Résultat un bon gros capharnaüm

La machine à planifier de l’Alliance s’est alors enrayée dans le sable. Même pour ce qui était évident. « Aucune liste des Afghans ayant travaillé pour l’OTAN à évacuer n’existait ! […] On se demande ce qu’a fait l’état-major de l’Alliance », s’interroge à haute voix un connaisseur. Le QG à Mons (Shape), dirigé par l’Américain Ted Wolters (adjoint : le Britannique Tim Radford), qui a un effectif bien fourni, était-il lui aussi en vacances ? En tout cas, la coordination de l’opération s’est faite surtout à coups de messages Whatsapp entre ministres, si on en croit la ministre française des Armées, Florence Parly (lire : Soit l’Europe fait face, soit l’Europe s’efface).

Une défaite politico-militaire

Le résultat est à la mesure : une opération de retrait qui a été un succès, mais une déroute en rase campagne pour la machine politico-militaire de l’Alliance (1). La remise à zéro des compteurs dans le cadre du retour d’expérience engagé lors de la ministérielle défense jeudi (21 octobre) devra être rude si on veut en tirer des leçons pour l’avenir…

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. On entend par là le niveau stratégique de l’Alliance. Au niveau tactique la coordination a bien fonctionné de l’aveu de tous les militaires et politiques consultés.
Afghanistan. Une sévère défaite de l’OTAN. Une introspection est nécessaire (v2)

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Approche amicale sur un navire turc

Sat, 23/10/2021 - 16:46

(B2) Le navire de soutien de la marine allemande, Bonn, a effectué le 20 octobre, une « approche amicale » sur un cargo turc, le Kuruoğlu 3 naviguant aux abords de la Libye. A bord d’un RHIB (un navire rapide), une équipe de visite a abordé le navire.

Une action classique

Effectuée dans le cadre de l’opération EUNAVFOR Med Irini, elle a pour objectif de vérifier qu’il n’y pas d’infraction à l’embargo sur les armes décrété par l’ONU. Aucune suite ne semble avoir été donné.

(NGV)

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Force de réaction rapide. Une idée, loin d’être révolutionnaire. Un peu d’audace Svp

Fri, 22/10/2021 - 12:55

(B2) L’Europe, comme l’OTAN d’ailleurs, n’a toujours pas une force de réaction rapide digne de ce nom. Il y a bien des dispositifs — la NRF à l’OTAN, le battlegroup à l’UE — qui restent inemployés, s’usent et sont en fait factices : ni réactif, ni rapide, ni force

Le battlegroup toujours sublimé, jamais employé, pourrait vivre ses dernières heures (photo : Bundeswehr)

De bonnes idées, mais

Nous venons de lire attentivement la dernière proposition mise sur la table, à l’initiative de l’Allemagne, pour doter l’Union d’une force de réaction rapide lire : Boussole stratégique. Cinq pays proposent une force de réaction rapide, plus performante).

Un beau papier…

Un non-paper (comme on dit dans le jargon bruxellois, c’est-à-dire un document non officiel) avec des idées pour résoudre les lacunes actuelles des groupements tactiques, en les dotant d’une certaine permanence, en investissant dans les capacités manquantes, en dotant l’UE d’une plate-forme de commandement digne de ce nom, etc. Seulement, cette proposition a un gros défaut.

On cherche à refaire du neuf avec du vieux

Elle n’est qu’un avatar de plus de la volonté de conceptualiser une force de réaction rapide de façon assez théorique. Elle s’attache à quelques notions annexes, techniques en quelque sorte, sans résoudre le hiatus entre la rapidité et la soudaineté d’une crise, d’une part, et la lenteur de réaction européenne au niveau politico-militaire (1). Prévoir une première capacité opérationnelle en 2025, et une pleine capacité à l’horizon 2027-2028, comme le font les auteurs de ce papier, est une utopie.

Une lenteur de mise en place formidable

Presque dix ans pour mettre en place un nouveau modèle, c’est le condamner à être vite dépassé. On va refaire comme les modèles précédents : partir de la dernière crise (ratée). Comme l’a été la force de 60.000 hommes d’Helsinki (1999) — basée sur le modèle rigide de la FORPRONU-SFOR de Bosnie de 1995 — ou le battlegroup — conçu sur le modèle de l’intervention de EUFOR Congo — qui a mis cinq ans à être modélisé et n’a jamais pu dépasser le stade de gentils exercices dans des champs boueux. La force d’entrée en premier (française, à 5000 hommes), conçue sur le modèle de la force Barkhane, et la force de réaction rapide seront-ils plus adaptés à la nouvelle donne future ?

Les différents problèmes principaux restent sans réponse

Comment cristalliser plus rapidement la décision au plus haut niveau européen, en 24 heures maximum ? (un Conseil européen de sécurité ?) Comment obtenir rapidement, en 24 heures, les autorisations nécessaires au plan national ? (Négocier une sorte d’autorisation préalable ?) Comment prévoir la crise imprévue ? (La planification imaginative ?) Comment adapter la réponse militaire à une crise future qui ne ressemblera ni au Sahel ni à l’Afghanistan ? (Une réponse modulaire ?) Etc.

Une erreur congénitale

Ce document part toujours du même principe. Il présuppose que les Européens veulent et sont capables d’intervenir. Et ce, de façon rapide. Or c’est faux.

Être plus réaliste

Il y a des crises où l’on ne veut pas, ou l’on ne peut pas intervenir, du moins frontalement. Les exemples sont nombreux : l’intervention russe en Crimée 2014, le conflit civil syrien de 2012, la guerre Azerbaïdjan-Arménie de 2020, la guerre civile éthiopienne de 2021, etc. Un constat valable tout autant pour l’OTAN. À l’inverse, il y a des crises, où même si on ne l’a pas envisagé vraiment, on sera contraint d’intervenir. Notamment pour l’évacuation de citoyens en danger — comme le retrait de Kaboul en Afghanistan récemment ou lors du tsunami aux Philippines — ou contre un groupe terroriste.

Inverser le paradigme

Enfin, il y a des crises où on voudra et on pourra intervenir : défense du territoire européen, conflit de moyenne intensité dans le voisinage, ou plus loin, avec une force faible en face (type piraterie maritime, Sahel…). Il serait peut-être judicieux d’adapter le principe du réalisme, de partir de chacune de ces typologies de crises, où l’intervention est évidente, et bâtir ensuite un (ou plusieurs) instruments et une mécanique de décision. Plutôt que d’opérer le contraire. Et avoir un instrument totalement inutilisable.

Inventer les battlegroups modernes

Car l’intervention militaire moderne aujourd’hui, est-ce toujours d’avoir une capacité d’une brigade terrestre, comme le sous-tendent les auteurs de ce papier ? Peut-être. Mais cela ne répondra sûrement pas à toutes les crises. Ne faut-il pas avoir une force commandos de 100 à 300 hommes, pour faire des interventions (type évacuation rapide et extraction), dotée de capacités aériennes (avions stratégiques, tactiques et hélicos) ou maritimes (selon le cas) ? Ne faut-il pas avoir un bataillon de drones plutôt qu’une compagnie blindée ?

Au final, est-ce qu’une équipe de 20 à 40 geeks, en jeans et baskets (ou en costume cravates), capables de déjouer une attaque informatique ou de répliquer rapidement, ne serait pas plus utile ? Et dissuasif ? C’est là peut-être que se niche le battlegroup du futur… 

Un peu d’audace que diable !

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Le dispositif euro-atlantique n’est pas plus réactif, cf. le retrait de Kaboul

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Une conférence sur l’Europe de la défense

Thu, 21/10/2021 - 09:22

(B2) La question de la défense européenne sera au cœur d’un débat à Grenoble vendredi et samedi (22 et 23 octobre). J’y serai

Vendredi après-midi seront présents autour du thème « L’Europe dépense-t-elle assez pour sa défense ? », le député européen Arnaud Danjean, le contrôleur général des armées Patrick Gournay et l’économiste Julien Malizard. L’évènement se déroulera à l’auditorium du musée de Grenoble, 5 place Lavalette 38000 Grenoble. Les inscriptions se font ici.

Ils seront précédés par un atelier sur « L’Europe de la défense est-elle réalité ? » avec notamment le général de gendarmerie Jean-Philippe Lecouffe, directeur exécutif adjoint d’Europol chargé des opérations, ancien d’Afghanistan (attaché de sécurité intérieure en Afghanistan (2010-2012)), le général Philippe Rio ancien chef de la mission EUCAP Sahel Mali (2017-2020), Pierre Berthelet, chercheur associé à l’université de Grenoble (CESICE), et Thomas Boccon-Gibod, maître de conférences en philosophie du droit à l’université de Grenoble. Les inscriptions se font ici.

Le samedi, à partir de 10h-12h30 j’anime une table-ronde : L’UE a-t-elle encore une place dans le monde ? (Conseil départemental de l’Isère 7 rue Fantin Latour). Avec Delphine Deschaux-Dutard, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Grenoble, et le général Luc de Rancourt, directeur général adjoint des relations internationales et de la stratégie (DGRIS). Inscriptions ici

Télécharger le programme iciTélécharger

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Merlin, le nouvel outil informationnel de l’OTAN

Thu, 21/10/2021 - 08:30

(B2) L’outil n’est pas encore totalement implanté. Mais les premiers résultats le prouvent. Il s’avère déjà performant. Du moins ses concepteurs n’en sont pas peu fiers.

© NGV / B2

Internet : le nouveau terrain de bataille

Tout est parti d’un constat. Alors qu’internet et les réseaux sociaux sont devenus un terrain de conflictualité, l’Alliance atlantique n’avait pas vraiment d’instrument pour appréhender les phénomènes qui s’y déroulent.

La défaite médiatique de la Crimée

Par exemple, lors de l’annexion de la Crimée, et de l’offensive de la Russie à l’Est de l’Ukraine, « nous nous sommes aperçus que, bien avant l’intervention russe [en Crimée], il y a avait des mouvements sur les réseaux sociaux, sur des sites, pour justifier la présence russe » dans la presqu’île ukrainienne. Idem pour l’Est de l’Ukraine. Le ‘bien avant’ ne se compte pas en jours, mais en semaines. Dès le début de Maidan. Une sorte de préparation psychologique en quelque sorte, visant à conditionner l’adversaire, à le convaincre qu’agir est inutile.

Objectif : garder la supériorité du connaître

L’OTAN, qui s’est fait surprendre alors par la Russie, ne veut plus réitérer une telle impasse. Le commandement de la transformation de l’Alliance (ACT) a ainsi développé un outil — dénommé ‘Merlin’ — en liaison avec une agence gouvernementale US spécialisée dans l’analyse des données. Objectif : avoir une perception des informations échangées sur internet et les réseaux sociaux et garder à l’OTAN sa supériorité cognitive. C’est-à-dire la possibilité de bien comprendre les enjeux et ainsi d’agir en amont d’une crise… et non après.

Un dispositif en cours d’apprentissage

Ce prototype a été développé avec l’intelligence artificielle. Mais il est encore en cours d’apprentissage. « On paramètre certains pays, certaines zones, certaines types de sujets que l’on veut suivre. » De façon concrète, chaque item ou mot qui est entré dans la machine est scruté de façon attentive. Cela permet de détecter la montée en puissance (le nombre de hit) quelque part sur la toile d’un item, d’analyser son évolution au cours des heures ou des jours, ou au niveau géographique. Peu importe la forme du message ou l’instrument utilisé : news, billets de blogs, tweets, messages Instagram ou sur d’autres réseaux sociaux. La reprise par plusieurs centaines de comptes twitter du même message est un indicateur.

Un dispositif adapté à chaque QG

Chaque quartier général de l’OTAN va ensuite pouvoir accéder aux informations en fonction de son centre d’intérêt. Naturellement le QG (JFC) de Naples (Italie) sera plus captivé par ce qui se passe au Sud, au Moyen-Orient, en Méditerranée. Tandis que le QG (JFC) de Brunssum (Pays-Bas) sera plus intéressé par ce qui se passe dans la zone Nord. Le « défi principal » reste cependant que « l’environnement informationnel évolue énormément. On doit en permanence adapter le système. » indique un des concepteurs du système. « Il faut être sûr de capturer tout ce dont on a besoin ». Précision importante : il n’y a pas de collecte nominative. « Ce n’est pas Cambridge Analytica ici », plaisante-t-il.

(Nicolas Gros-Verheyde, à Norfolk)

Cet article fait partie d’une suite sur les instruments mis au point par le Innovation Lab’ de l’OTAN. Il suit la visite au commandement de l’ACT effectuée fin septembre.

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Pologne : le débat sur l’état de droit vire à l’affrontement

Wed, 20/10/2021 - 18:06

(B2) Le premier ministre polonais avait demandé à pouvoir intervenir à la session plénière à Strasbourg. Il n’est pas certain que l’explication ait servi sa cause. Les positions se sont radicalisées. La Commission européenne a posé des limites. Avec l’appui d’une majorité des députés européens. Les chrétiens-démocrates du PPE n’étant pas les moins virulents… Ambiance

Le premier ministre stoïque, écoute (ou rêve) pendant le débat qui se déroule autour de lui (PE/B2)

Un débat qui déborde

« La crise de l’État de droit en Pologne et la primauté du droit de l’UE ». Tel était l’intitulé du débat programmé mardi (20 octobre) matin. Il devait durer la matinée, mais il a largement débordé.

45 minutes de soliloque du Polonais

Le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki (PIS/ECR) devait parler cinq minutes. Il en a pris 40 de plus ! Une « marque d’irrespect » qui lui sera reprochée. Sa réplique « ne me dérangez pas ! » au président de séance qui a tenté plusieurs fois de le faire conclure sera reprise en boucle pour l’éreinter plus encore…

La foule au pupitre

Près d’une centaine de députés, dont nombre de Polonais, se sont succédé au pupitre, à quelques mètres du premier ministre, assis comme le veut la tradition au deuxième rang. Certains le regardent d’ailleurs directement, le désignant ou cherchant son regard. Le premier ministre, le dos raide, reste stoïque. Il ne se réfugie pas sur un portable ou dans des notes. Il écoute. Le masque sanitaire couvrant sa bouche et son nez accentue son regard. Le tapotement d’un doigt sur la table sera le seul signe visible d’agacement.

Un Polonais inflexible

Mateusz Morawiecki a repris l’argumentaire du courrier adressé aux leaders des 26 autres États membres de l’Union et présidents des trois institutions (Conseil européen, Commission européenne et Parlement européen), développé dans un plan en sept points… Le Polonais met en garde : tous les États peuvent être à leur tour mis en cause, aucun n’est irréprochable. Il prend soin de redire que la Pologne revendique « sa place » dans l’Union européenne et « sa volonté d’y rester ». Il réfute les « récits erronés sur un Polexit ou la prétendue infraction à l’état de droit ».

Un chantage inacceptable

Mieux, il attaque, jugeant « inacceptable de voir un élargissement des compétences par la pratique du fait accompli ». Il dénonce le « chantage financier », « cette langue des menaces et de la coercition ». Il persiste, « nous n’avons pas de doute sur la primauté du droit européen dans ses compétences délégués par les États membres, mais le tribunal polonais se demande si le monopole de la Cour de justice de l’UE dans la définition des limites factuelles est la bonne solution. » Pour lui, « les États membres sont les garants des Traités », déniant ainsi au passage à la Commission européenne de jouer ce rôle.

Échanges de flèches sur le fond… et la forme

Ce débat était le neuvième mettant en cause la Pologne depuis le début du mandat. Les rangs parlementaires se sont resserré pour exiger de la Commission européenne qu’elle passe désormais aux actes.

Weber en procureur implacable

Manfred Weber, le leader nouvellement réélu du PPE, le premier groupe en taille du Parlement européen et qui abrite la Plateforme Civique (PO), le frère ennemi du PiS (tous deux issus de Solidarnosc), donne le ton. « Le gouvernement polonais veut mettre un terme à l’indépendance de la justice en interne. C’est cela la question ! (…) Merci aux Polonais qui sont descendus dans la rue, des centaines de milliers qui ont défendu un autre visage de la Pologne. Ce sont de vrais patriotes ! » L’Allemand tance : « Vous affaiblissez l’UE. Vous semez la zizanie. Et Poutine va se réjouir. Votre politique aide les Russes car ils ont tout à tirer d’une Europe affaiblie. Alors arrêtez ! ».

L’inaction du Conseil européen en cause

La dernière banderille vise cette fois les autres États membres : « On devrait discuter d’un recours en carence auprès du Conseil. Nos chefs de gouvernement lancent de bonnes paroles. Mais il nous faudrait un Conseil qui agisse quand on a un État qui ne respect pas le droit de l’Union européenne ». Le Parlement européen demande que la Commission européenne rejette le plan de relance de la Pologne, et lance enfin le mécanisme de conditionnalité liant budget et respect de l’état de droit, résume le Néerlandais Malik Azmani, pour le groupe centriste Renew. « Finies les tergiversations ! »

La Commission européenne prête à agir

La présidente de la Commission européenne monte à son tour au pupitre. « Fortement préoccupée » et « regrettant » cette situation, Ursula von der Leyen se borne au factuel. D’emblée, elle se place dans son rôle de « gardienne des Traités ». « C’est la première fois qu’une cour nationale statue que les traités européens sont incompatibles avec la Constitution nationale ». Cet arrêt « sape la protection de l’indépendance de la justice telle que le garantit l’article 19 du Traité. » Incitée à frapper fort par les députés, von der Leyen se montre plus déterminée lorsqu’elle reprend la parole après la conclusion du premier ministre polonais. Au passage, elle raille les manœuvres du premier ministre : « N’essayez pas de détourner l’attention, de vous soustraire à la discussion ».

Les prochaines étapes

Aux parlementaires, la cheffe de l’exécutif européen promet d’appliquer toute la conditionnalité prévue dans le cadre budgétaire pluriannuel. « Les règles pour le fonds de relance sont claires. […] Ces investissements sont liés à des réformes qui doivent répondre aux recommandations spécifiques par pays, et celles pour la Pologne prévoient le rétablissement de l’indépendance de la justice, et donc la suppression du régime disciplinaire contre les juges et le rétablissement des postes des juges limogés. C’est le plan prévu et que nous mettons en œuvre ». Et d’assurer, face aux critiques sur la lenteur de la Commission : « nous n’avons jamais perdu une procédure sur l’état de droit et nous allons continuer ».

Le Parlement en rangs serrés (ou presque)

« Je suis fière de tous les collègues qui se sont levés pour la défense de l’état de droit ! » relève in fine l’écologiste allemande Ska Keller. Cela doit se vérifier dans les votes de la résolution soumise aux voix ce jeudi (21 octobre). La fracture est nette en revanche, et sans surprise, avec la partie très à droite de l’hémicycle, à savoir les groupes ECR (conservateurs) — où siège le PiS (Droit & Justice) — et ID (Identité & démocratie) — habitant le Rassemblement national par exemple. Deux de ses représentants français (Jérôme Rivière et Nicolas Bay) prendront même la peine d’aller saluer le Polonais à l’issue du débat. Ce seront quasiment les seuls. L’autre fracture apparente, porte sur une opposition est/ouest… Ce que résume le Slovaque Milan Uhrik (Non inscrits) : « l’état de droit n’est qu’un outil de contrôle, pour faire passer un programme libéral. La Pologne a tout notre soutien pour maintenir sa souveraineté. Ne provoquez pas l’Europe centrale ».

(Emmanuelle Stroesser)

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Nord du Kosovo. EULEX reprend ses activités normales. Fin du déploiement d’urgence

Wed, 20/10/2021 - 14:52

(B2) L’unité de police (FPU) de la mission d’EULEX Kosovo a mis fin à son déploiement jeudi (14 octobre 2021) dans le nord du Kosovo. Son déploiement avait été nécessaire en raison de la remontée de la tension

Aux points frontières

Les forces de police de la mission de l’UE « pour l’état de droit au Kosovo » étaient présentes aux points de passage communs de Bërnjak/Tabalije et Rudnica/Jarinjë dans un rôle de reconnaissance « afin de surveiller la situation sécuritaire sur le terrain », expliquait à B2 la porte-parole de la mission.

Gardiens de la sécurité du Kosovo

Les équipes d’EULEX s’étaient déployées à partir du 20 septembre, pour répondre une demande officielle de la police du Kosovo, suite aux tensions liées à la non-reconnaissance des plaques d’immatriculation entre Belgrade et Pristina (Lire : Tensions dans le Nord du Kosovo. EULEX se déploie. La KFOR patrouille).

En seconde ligne

La mission de l’Union européenne sur place a ainsi joué son rôle de deuxième intervenant en matière de sécurité au Kosovo (second security responder). C’est-à-dire pour soutenir la police du Kosovo en cas de besoin. Elle a été également soutenue par la troisième ligne de renfort (third security responder), les forces de l’OTAN.

Depuis vendredi (15 octobre), la mission a donc repris son travail habituel de patrouilles de reconnaissance quotidiennes, y compris dans le nord du pays.

(Aurélie Pugnet)

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La Lituanie va rejoindre Takuba avec un avion

Tue, 19/10/2021 - 09:30

(B2) Après les Estoniens et les Tchèques déjà présents depuis le début, les Hongrois bientôt, ce sont les Lituaniens qui vont rejoindre la task-force Takuba, en fournissant un soutien logistique et humain

Un avion Spartan des forces armées lituaniennes

Le conseil national de la défense — qui regroupe les principales autorités (président, ministres, parlementaires) — a approuvé, lundi (18 octobre), la participation de la Lituanie à l’opération conduite par les Français. Elle prendra la forme d’un avion de transport C-27 Spartan avec une douzaine de personnels (pilotes et mécaniciens). Un maximum de 30 militaires et civils seront déployés pour 2022.

Un avion et ses équipages au Niger

L’avion sera déployé au Niger, indique le ministre de la Défense, pour effectuer des missions au Mali. « Nous avons pris en compte les besoins et les demandes de la France », a déclaré le ministre de la Défense nationale Arvydas Anušauskas lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion, selon l’agence de presse BNS. Pour les forces lituaniennes, cette contribution est aussi « très importante dans le succès des opérations des Forces d’opérations spéciales », a ajouté le ministre.

Un retour de solidarité

Cela suit une négociation au plus haut niveau. Le président français Emmanuel Macron avait adressé cet été une demande à son homologue lituanien Gitanas Nausėda. Pour Vilnius, il s’agit en quelque sorte d’un retour de la solidarité, pour l’engagement français dans les pays baltes au titre de la police du ciel. Le pays avait déjà envoyé cet avion pour prêter main-forte aux Français lors de l’opération Sangaris en Centrafrique en 2014.

Approbation par le Parlement à venir

Le projet de résolution soumis à la Seimas (le parlement lituanien) sur l’ensemble des contributions aux OPEX pour 2022-2023, mentionne une contribution « maximale de 30 militaires » pour la task-force conduite par la France. Au total, durant cette période, la Lituanie compte déployer un maximum 323 militaires et civils dans une dizaine d’opérations extérieures de l’Union européenne, de l’OTAN ou des Nations Unies. Elle est déjà présente dans la mission de formation de l’UE en Centrafrique (EUTM RCA) et devrait aussi contribuer à la mission de formation EUTM Mozambique (lire notre Carnet (19.10.2021).

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Éthiopie et le conflit du Tigré. La réponse humanitaire au bord de la rupture

Mon, 18/10/2021 - 19:20

(B2) Le conflit dans la région du Tigré dure depuis près d’un an. La situation humanitaire empire. L’aide n’y accède qu’avec difficulté. Les acteurs humanitaires eux-mêmes sont devenus des cibles. Pour le Comité international de la Croix rouge (CICR), l’accès à la santé est la priorité numéro un. Entretien avec la porte-parole régionale Afrique, Alyona Synenko

  • B2 avait recueilli le témoignage du CICR quelques semaines à peine après le déclenchement du conflit, en novembre 2020. (Lire Éthiopie. Situation humanitaire potentiellement explosive avec le conflit au Tigré (CICR))
  • Depuis, de nombreux partenaires humanitaires dans le Tigré ont considérablement réduit et/ou interrompu leurs programmes d’intervention en raison du manque de carburant, d’argent et de fournitures, note l’agence des Nations unies pour l’action humanitaire, dans un point du 14 octobre.
  • Le cas de l’Éthiopie a été discuté entre les ministres des Affaires étrangères, ce lundi (18 octobre), au Luxembourg (article à suivre).

On parle de pénuries dues aux restrictions imposées par le gouvernement d’Addis-Abeba. Quelle est la situation au nord du pays ?

— Les pénuries d’électricité et de carburant dans le Tigré ont un impact sur tous les services vitaux, notamment l’approvisionnement en eau et les soins de santé. Si le courant a été rétabli quelques heures par jour à Mekele [la capitale de la région du Tigré] et à Shire, il n’y a pas d’électricité dans le reste de la région. Les infrastructures vitales, comme les hôpitaux et les stations de traitement des eaux, fonctionnent avec des générateurs, sans qu’aucune canalisation régulière de carburant n’ait été rétablie à ce jour.

Avec des répercussions à plus long terme ?

— Le manque d’électricité et de carburant entraîne également des pénuries d’eau. Qui pourraient avoir un impact désastreux sur la santé publique, en particulier pendant une saison des pluies connue pour favoriser la propagation de maladies contagieuses et hydriques comme le choléra. Ce risque est particulièrement élevé pour les personnes déplacées, qui vivent dans des conditions de promiscuité dans des sites temporaires et avec les communautés d’accueil. Dans les zones rurales, de nombreuses pompes manuelles ne fonctionnent pas et la population n’a pas assez d’eau pour la boisson, les activités agricoles ou les besoins domestiques de base.

Certains signes indiquent que les opérations militaires dans la région pourraient s’intensifier. Que savez-vous des conditions actuelles de vie des habitants de la région du Tigré ?

— Le déplacement des lignes de front oblige des dizaines de milliers de personnes nouvellement déplacées dans le nord de l’Éthiopie à fuir leurs foyers en quête de sécurité. Non seulement elles souffrent du traumatisme de quitter leur foyer, mais elles doivent également faire face à une insécurité croissante. Les personnes déplacées par les violences dans les régions du Tigré, de l’Afar et de l’Amhara se trouvent principalement dans les villes principales, où elles sont hébergées par des communautés d’accueil ou dans des sites improvisés, comme des écoles. Ils ont peu d’effets personnels et dorment dans des abris surpeuplés, dans des écoles ou même en plein air, où ils peuvent être exposés au froid dans les régions de haute altitude. L’eau, la nourriture, l’argent, le carburant et l’électricité sont très rares, et les personnes déplacées dépendent fortement des communautés d’accueil, qui ont souvent peu de ressources à leur disposition.

Quelles sont les implications pour d’autres parties de l’Éthiopie, notamment dans la région voisine d’Amhara ?

— Les chaînes d’approvisionnement ont été perturbées. L’absence de trafic commercial a eu un impact sérieux sur la disponibilité de la nourriture, du carburant, des fournitures médicales et des biens essentiels. Dans la plupart des régions d’Éthiopie, nous avons constaté une augmentation considérable des prix des denrées alimentaires.

Avez-vous toujours une équipe à Mekele ? Quelles sont les conditions de travail ?

— Oui, nous avons des équipes à Mekele et à Shire. C’est un environnement difficile et instable pour travailler…

Du personnel humanitaire de l’ONU a récemment été expulsé. Du personnel de l’ONG Médecins sans frontières a été tué en juin. Quelles sont dans ce contexte vos priorités et les questions humanitaires les plus urgentes selon vous ?

— L’amélioration de l’accès à la santé est la priorité absolue. Dans le Nord de l’Éthiopie, notamment dans les régions du Tigré, d’Amhara et de l’Afar, le CICR soutient les hôpitaux de référence et les hôpitaux généraux afin de leur permettre de traiter les blessés par armes et de maintenir les services médicaux essentiels. Le système de soins de santé dans les zones de conflit est soumis à une pression particulièrement forte. Les centres médicaux doivent non seulement faire face à un afflux de blessés mais aussi à une situation sécuritaire plus difficile qui met en danger le personnel médical travaillant dans les hôpitaux ou les structures de santé plus petites. Dans certaines des zones les plus touchées par le conflit, les fournitures médicales urgentes ne parviennent pas à passer. Il en résulte une absence quasi totale de services de soins de santé au moment où les gens en ont le plus besoin. Davantage de fournitures vitales, notamment médicales et alimentaires, doivent parvenir au Tigré pour éviter que cette vaste crise humanitaire ne s’aggrave. Si les hôpitaux continuent de travailler sans médicaments, sans nourriture et sans carburant, cela entraînera des décès évitables.

(Propos recueillis par Emmanuelle Stroesser)

Entretien réalisé en anglais par échange de courriels, vendredi 15 octobre 2021

Lire aussi sur B2 Pro :

Ethiopie. L’Europe en position inconfortable (F. Massimo Castaldo) (juin 2021)

Le conflit en Éthiopie continue. Les Européens appellent au dialogue (Borrell-Haavisto) (avril 2021)

L’Éthiopie placée sous surveillance sur les crimes de guerre. Les Européens exigent le retrait des troupes érythréennes (mars 2021)

Le conflit éthiopien est dans une impasse. Une seule solution : négocier. L’Europe a un rôle à jouer (Pekka Haavisto) (février 2021)

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