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Quelques réflexions à propos des récentes interventions médiatiques de Frédéric Martel

Wed, 29/04/2026 - 19:28

Frédéric Martel vient de publier un livre intitulé Occidents – Enquête sur nos ennemis, dont le moins que l’on puisse constater est qu’il bénéficie d’une vaste promotion puisqu’on a pu lire ou écouter son auteur dans d’innombrables médias ces dernières semaines.

La perplexité germe rapidement à l’écoute de l’émission Quotidien du 13 avril animée par Yann Barthès, lorsque l’auteur explique avec force détails qu’il a participé à une réunion de tous les chefs politiques et militaires du Hezbollah au 4e sous-sol d’un immeuble sécurisé sis dans la banlieue sud de Beyrouth[1]. OSS 117 n’en aurait pas demandé tant… En lisant la transcription du podcast géopolitique de L’Express daté du 16 avril, le doute se transforme en suspicion quand Frédéric Martel explique sans sourciller qu’il a « infiltré des réseaux du Hezbollah ».

Toute personne s’intéressant au Moyen-Orient sait que le Hezbollah est l’une des organisations les plus cloisonnées de la région et les événements de ces dernières années ont prouvé que seuls les agents des services de renseignement israéliens étaient parvenus à pénétrer cette organisation, avec la redoutable efficacité que l’on connait. On peut alors légitimement douter qu’un journaliste français, préparant un essai sur les ennemis de l’Occident, puisse ainsi avoir ses entrées au plus haut niveau d’un mouvement dont une partie de l’appareil vit dans la clandestinité. Mais visiblement aucun de ses confrères ne lui a demandé plus de précisions sur cette folle aventure… plus c’est gros plus cela passe et cela impressionne sûrement beaucoup dans les chaumières de constater un tel courage.

La surprise passée, d’innombrables questions se posent à la lumière des interventions de Frédéric Martel. Comme il l’affirme à de maintes reprises, il s’agit pour lui d’expliquer la logique de tous ceux qui affirment lutter contre l’Occident. Nous reviendrons sur l’utilisation du pluriel du titre de son livre. La méthode est de prime abord simple, mais empreinte d’un raisonnement binaire dont la rigueur intellectuelle est sujette à caution. Les bons, défenseurs et incarnations du système libéral, contre les méchants, dictateurs ou illibéraux. L’auteur range ainsi dans la même catégorie des responsables politiques et des systèmes dont les origines, les histoires et les dynamiques sont radicalement différentes et ne peuvent pas être simplement superposées pour les besoins d’une démonstration empirique. Jamais ne sont par exemple évoquées les classes sociales et les intérêts économiques défendus par ces dernières, qui semblent pourtant déterminantes pour en saisir les logiques. Qui peut considérer sérieusement que les politiques défendues par Fidel Castro, Hugo Chavez, Vladimir Poutine, Xi Jinping, Viktor Orbán ou Hassan Nasrallah sont réductibles l’une à l’autre ?

Pour l’auteur, le terme d’Occident est « une construction brandie par nos adversaires pour nous dénoncer ». Pour lui, c’est la haine partagée de l’Occident qui serait le dénominateur commun et relie l’ensemble de ces responsables politiques. D’ailleurs lui-même ne se caractérise pas comme occidental, mais avant tout comme Européen, et considère que l’Occident est peut-être une métaphore, une caricature et non pas une réalité. Un mythe utilisé par ses ennemis.

Très bien. Il admet donc que le terme d’Occident n’est en l’occurrence pas lié à la géographie mais ne comprend pas qu’il incarne plus fondamentalement une alliance stratégique et militaire ainsi que des systèmes politiques mis en place pour défendre le mode de production économique dominant.

Le raisonnement de Frédéric Martel renvoie à la question qu’il juge fondamentale des valeurs supposées être incarnées par les démocraties libérales. Le simplisme fait cependant rarement bon ménage avec l’histoire telle qu’elle existe et non pas telle que l’on voudrait qu’elle soit. Eriger la défense des valeurs démocratiques comme principe cardinal des convictions qui semblent inspirer l’auteur est un axiome séduisant et respectable. Il faut dans ce cas pousser la logique à son terme et admettre que les « États démocratiques » incarnent des principes à géométrie variable. L’histoire des cruautés de la colonisation – le fameux fardeau de l’homme blanc développé par Rudyard Kipling – le prouve amplement, les exemples abondent. Comment aussi expliquer les multiples coups d’État organisés par de soi-disant respectables démocraties (Iran 1953, Chili 1973…), comment justifier les guerres engagées et menées par les mêmes États impérialistes au mépris du droit international ? Ces quelques rappels historiques sont loin d’être exhaustifs tant les exemples pullulent de ces États démocratiques qui n’hésitent pas à utiliser les moyens les plus opposés aux valeurs qu’ils prétendent défendre.

Mais ces situations ne se trouvent pas que dans l’histoire, l’actualité nous les rappelle quotidiennement. Chacun peut constater le deux poids-deux mesures caractérisant la politique des États occidentaux dans leur traitement respectif de la guerre en Ukraine ou dans celui du génocide en cours à Gaza. Dans le deuxième cas le silence est en effet assourdissant et les initiatives concrètes pour mettre fin au massacre planifié quasi inexistantes… Visiblement la vie d’un Palestinien a beaucoup moins de valeur que celle d’un Ukrainien.

Non, décidément, l’analyse de la situation internationale ne dépend pas d’idées généreuses, mais en l’occurrence singulièrement désincarnées et donc en bonne part inopérantes. Pour Frédéric Martel la méfiance et la détestation à l’encontre de l’Occident s’expliquerait parce que cet Occident est devenu synonyme de démocratie, donc la haine à son encontre « représente d’abord une haine de la démocratie »[2]. Ce n’est pas une haine à l’encontre de l’Occident que les États du Sud conçoivent mais bien une défiance, justifiée, quant à la propension des dirigeants occidentaux à défendre des principes uniquement quand ils correspondent à leurs intérêts matériels bien compris. Comment, dans cette situation, les dirigeants du Sud pourraient-ils spontanément et le cœur léger adopter des principes tant de fois bafoués ?

Pour autant, rien ne justifie un hypothétique soutien à des régimes autoritaires ou dictatoriaux qui oppriment les peuples de nombreux États du Sud et nul progressiste ne peut se dispenser des nécessaires critiques à leur égard. Le piège en la matière serait de tomber dans une sorte de retour du campisme de la guerre froide, non plus aligné cette fois-ci sur l’URSS mais comme un soutien direct ou indirect à des régimes mis sous pression par les États-Unis. Comme le décrit Gilbert Achcar : « En d’autres termes, il y eut passage d’une logique de “L’ennemi de mon ami (l’URSS) est mon ennemi” à une logique de “L’ennemi de mon ennemi (les États-Unis) est mon ami” ». Ce raisonnement n’est pas non plus opérant, parce que binaire.

Le pendant de cette position est un « campisme inversé » dicté par les puissances occidentales qui constitue le fondement de la thèse de Frédéric Martel. Un clivage entre les « démocraties » et les « régimes autoritaires » traduit en termes de confrontation entre pays « libéraux » et « illibéraux », les premiers promouvant un monde de paix, de droits, de libertés, de valeurs universelles, les seconds un monde autoritaire, de force brute. Ces clivages poursuivent un objectif idéologique et stratégique : nous enjoindre à choisir notre camp en fonction d’une grille de lecture simpliste, moralisante, instrumentalisée et singulièrement artificielle. Mais dans le domaine des relations internationales, les partisans d’une transformation progressiste et d’une rupture avec le système capitaliste ne peuvent raisonner en termes campistes d’« amis/ennemis »[3].

La prétention de Frédéric Martel à avoir infiltré le Hezbollah fait sourire, mais au-delà du grotesque l’essentiel n’est pas là. Ses réflexions sont développées en défense de l’occidentalisme dont une partie des soi-disant élites politiques et médiatiques sont biberonnées depuis des décennies et qui constatent avec effroi que le sol se dérobe sous leurs pieds. Non seulement les États du Sud, dans leur grande diversité, revendiquent leur droit à décider par eux-mêmes sans plus subir les exigences des États occidentaux, mais, de plus, le pays qui incarnait jusqu’alors l’occidentalisme pour ses thuriféraires est en train de saper méthodiquement les bases sur lesquelles était édifiée leur domination. La politique mise en œuvre par Donald Trump n’est probablement pas une courte parenthèse et contribue à reconfigurer les relations internationales. Avec son insupportable arrogance il contribue à affaiblir l’Occident et ses prétendues valeurs si chers à Frédéric Martel. Au-delà du cas états-unien nous assistons en effet à une prolifération et à un renforcement des régimes autoritaires à travers le monde qui tentent de juguler à leur manière les effets de la crise généralisée qui affecte le système international.

Ainsi, à la question de savoir si Israël est la pointe avancée de l’Occident comme le prétend Benyamin Netanyahou, Frédéric Martel, y constatant la domination des ultraorthodoxes et des ultranationalistes, feint de s’interroger et explique « ce qui pose la question de l’appartenance d’Israël aux pays occidentaux, disons aux démocraties libérales ». La formule est savoureuse. Toute interrogation est légitime mais certaines apparaissent néanmoins comme superfétatoires, et le syndrome de l’indignation sélective semble bien avoir affecté notre auteur. Il explique en outre à propos du Liban qu’une solution s’impose pour parvenir à la paix : ce pays doit démanteler le Hezbollah et reconnaitre Israël. Il ajoute sans sourciller « L’Égypte et la Jordanie l’ont fait. Il n’y a plus de guerres depuis longtemps avec ces deux pays ». Pour Frédéric Martel, le tour est joué. C’est ne rien comprendre à la centralité de la question palestinienne sans résolution de laquelle il est vain d’escompter une stabilisation de la région. À moins qu’il considère cette question comme désormais nulle et non avenue et qu’il suffirait in fine de faire preuve de bonne volonté pour ramener la paix, comme par un coup de baguette magique. Ce positionnement est, a minima, inquiétant en ce qu’il fait écho aux positions défendues par l’establishment israélien.

Il s’agit certes de construire des alternatives pour faire face aux défis d’un monde en crise systémique. Pour ce faire il s’agit de ne pas se tromper de combat et surtout s’appuyer sur les résistances sociales et politiques qui existent à travers grand nombre de pays. Pour y parvenir il est alors préférable de ne pas considérer les citoyens comme des crétins en prétendant avoir infiltré le Hezbollah…

[1] À partir de 16’59

[2] Frédéric Martel, Occidents – Enquête sur nos ennemis, Paris, Plon, 2026, p. 587.

[3] Voir à ce propos Didier Billion et Christophe Ventura, Désoccidentalisation – Repenser l’ordre du monde, Marseille, Agone, 2023.

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Mali : vers la fragmentation ? Avec Fatou Élise Ba

Wed, 29/04/2026 - 17:54

Le 25 avril 2026, des attaques ont été menées par des groupes armés au Mali, notamment à proximité de la capitale Bamako. Les combats ont opposé les Forces armées maliennes (FAMa), soutenues par l’organisation paramilitaire russe Africa Corps, à une alliance inédite entre deux groupes armés aux objectifs distincts. D’un côté, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), une organisation djihadiste affiliée à Al-Qaïda, et de l’autre, les indépendantistes touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA). Les rebelles sont parvenus à prendre le contrôle de plusieurs villes, dont Kidal, sous contrôle de l’État malien et des mercenaires russes depuis 2023. Ces affrontements particulièrement violents ont fait au moins seize morts, dont le ministre de la Défense, Sadio Camara.

Ces événements s’inscrivent dans un contexte déjà extrêmement fragile. Depuis plus d’une décennie, le Mali est confronté à une crise profonde, marquée par une instabilité politique et de fortes difficultés économiques.

Dès lors, comment expliquer le rapprochement de deux groupes armés aux objectifs pourtant divergents ? S’agit-il d’une alliance durable ou d’une coalition de circonstance contre l’État malien ? Cette dynamique annonce-t-elle une fragmentation du pays ? Dans quelle mesure la junte au pouvoir est-elle en capacité de contrôler la situation ? Et comment interpréter l’absence de réaction de la Russie et les acteurs régionaux face à cette situation ?

Autant d’enjeux abordés avec Fatou Élise Ba, chercheuse à l’IRIS, responsable du Programme Sécurité humaine et spécialiste des questions de développement et de l’Afrique, qui analyse les dynamiques de ces affrontements et les risques d’évolution de cette crise.

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Is U.S. Power Declining or Transforming? American Democracy and Its Global Role

Tue, 28/04/2026 - 17:47

On the eve of the 250th anniversary of the United States Declaration of Independence, many debates are emerging over the evolution of American politics and the country’s role on the international stage. In a context marked by deep internal divisions, growing geopolitical tensions, and intensifying rivalries between powers, one question persists: is the country at a turning point in its history? America at 250: At Home and Beyond approaches this question from this perspective, offering an analysis of political, social, and international dynamics, while also reflecting on the transformations and challenges facing the United States as this symbolic milestone approaches.

On this occasion, Gideon Rose, professor at Columbia University, former editor of Foreign Affairs, and author of the book’s postscript, answers our questions:

  • How has American democracy evolved since independence? Can the United States still be considered as a democratic model?
  • What role does the United States currently play on the international stage? Are we witnessing a decline in U.S. power, or is it undergoing a transformation?
  • How does the perception of democratic decline in the United States shape public opinion and the way opposition movements organize themselves?

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Violence et vie politique aux États-Unis : phénomène inéluctable ? | Les mardis de l’IRIS

Tue, 28/04/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪IRIS‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, autour du climat de violence qui secoue la vie politique américaine, notamment après une nouvelle tentative d’assassinat visant le président Donald Trump, samedi 25 avril, lors du dîner des correspondants de la presse.

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Integration of the European Capability Process in Member States’ Administration : The Estonian Case

Tue, 28/04/2026 - 09:17

This paper explores the degree to which, and how, Estonia has used the Capability Development Plan (CDP), the Coordinated Annual Review on Defence (CARD), Permanent Structured Cooperation (PESCO), and the European Defence Fund (EDF) in its national defence planning and acquisition policies and practices. Consistent with its view of the respective roles of NATO and the EU in defence, Estonia largely disregards the outputs of the CDP and CARD in its defence planning, focusing instead on national and NATO-derived requirements. Estonia is, however, a strong advocate for the role that EU support and funding can play in building Europe’s defence capabilities. It is a willing participant in PESCO and strongly encourages its defence industry to participate in EDF projects, where Estonian entities have achieved relatively high levels of success in fields such as cyber, robotics, sensors, and surveillance technologies.

À télécharger

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Liban : une situation très volatile

Mon, 27/04/2026 - 17:30

Vendredi dernier, Donald Trump a annoncé une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu entre Israël et le Liban. Un accord encore imparfaitement respecté, mais qui accorde aux populations libanaises un peu de répit après des semaines de bombardements.

Ce cessez-le-feu apparait comme imposé par Washington au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, fragilisé par une contestation croissante au sein de l’opinion israélienne. Parallèlement, ces discussions marquent un tournant : il s’agit des premières négociations directes entre Israël et le Liban depuis plus de 40 ans, alors même que les deux États ne se reconnaissent pas officiellement.

Ces échanges pourraient-ils ouvrir la voie à une reconnaissance d’Israël par le Liban, comme le souhaitent les États-Unis ? La question reste entière, alors que près de 6 % du territoire libanais demeure occupé par l’armée israélienne. Autre élément marquant : la France, pourtant alliée historique du Liban, a été écartée des négociations sans réelle réaction. Que révèle cette mise à l’écart sur l’état réel du partenariat entre Paris et Beyrouth ?

En réalité, l’issue du conflit dépasse largement le cadre bilatéral. Elle dépendra en grande partie des discussions entre les États-Unis et l’Iran, notamment autour du détroit d’Ormuz, toujours sous tension.

Dans ce contexte, quelles perspectives pourraient se dessiner pour le Liban, alors que ce dernier est confronté à une crise politique profonde, à l’affaiblissement de ses institutions et à des déplacements massifs de population ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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Somaliland : longue route vers la reconnaissance

Mon, 27/04/2026 - 09:11

Dans quelle mesure la reconnaissance du Somaliland par Israël constitue-t-elle un tournant diplomatique pour ce territoire ?

L’annonce de la reconnaissance complète et réciproque du Somaliland par Israël le 26 décembre dernier a fait éclater une crise diplomatique et médiatique mondiale (non sans le précédent de janvier 2024) et a remis le Somaliland sur le devant de la scène mondiale. Pour autant, malgré le passage d’un État de facto à un État reconnu, il est difficile de qualifier cette reconnaissance de rupture diplomatique, en ce qu’il n’y avait de fait et depuis 1991, aucune présence des institutions somaliennes au Somaliland. De plus, de très nombreux partenaires internationaux y avaient déjà des représentations, des bureaux ou des actions. En effet, outre les bureaux de liaison des États voisins – Éthiopie depuis 25 ans, pour laquelle le représentant a un rang d’ambassadeur, et Djibouti – Hargeisa est depuis une quinzaine d’années le siège d’un certain nombre de projets des coopérations européenne, allemande, britannique ou danoise. La coopération française, arrivée tardivement, y mène d’ailleurs un projet de valorisation du patrimoine, mais on peut rappeler que la France fut le premier État à aider l’armée somalilandaise naissante au début des années 1990 en lui fournissant ponctuellement vivres et uniformes. L’autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), dont la Somalie est le fondateur, opposée à la reconnaissance du Somaliland, y réalise toutefois des projets dans le cadre de l’intégration régionale et le Somaliland accueille une école vétérinaire de rang régional, faisant cohabiter son drapeau et celui de l’IGAD. Un certain nombre d’institutions onusiennes ont également bureau et actions au Somaliland, certes souvent dans des projets de portée « nationale », c’est-à-dire à l’échelle de la Somalie, ce qui leur a parfois valu d’être suspendus par le Somaliland.

Plus que de facto, c’est peut-être statu quo qui pourrait caractériser une période antérieure, notamment avec deux dates : 2010 et 2012. En 2010, les États-Unis ont autorisé le financement direct des « régions somaliennes » permettant ainsi à la Banque mondiale de financer des projets au budget de la République du Somaliland. En 2012, le passage de la Somalie d’un gouvernement de transition à un gouvernement fédéral a laissé libre interprétation du terme « Somaliland » rapidement « reconnu » par Mogadiscio comme l’un des États fédérés, entérinant un statu quo, chacun pouvant voir le Somaliland comme il le souhaitait. Depuis Hargeisa toutefois, on était bien loin de Mogadiscio.

Si ces présences étrangères ne constituent pas une reconnaissance et qu’elles ont bénéficié de la confusion possible, leurs arrivées progressives à partir du milieu des années 2000 ont été autant de validation des progrès significatifs réalisés par la République du Somaliland en 35 ans. 35 ans, cela signifie qu’une première génération d’enfants nés somalilandais est pleinement engagée dans les responsabilités, suivie de près par une seconde génération. Aussi, on peut dire que la reconnaissance n’a pas pour l’instant d’impact direct sur le quotidien des Somalilandais.

La seule conséquence concrète a porté sur les relations entre Djibouti et le Somaliland, avec la rupture des liens diplomatiques et la rupture de la connexion aérienne entre les deux capitales. La relation entre les deux voisins se caractérise toutefois depuis l’ouverture de représentations réciproques, par des épisodes de rupture et de rapprochements, et des séquences d’ouverture et de fermeture de leur frontière commune. L’Éthiopie, qui a des accords bilatéraux formels depuis le début des années 2000 avec le Somaliland et qui constitue un partenaire constant depuis lors, a gardé le silence sur cette reconnaissance.

Dans quelle mesure cette reconnaissance pourrait-elle bouleverser les équilibres géopolitiques dans la Corne de l’Afrique ?

La reconnaissance du Somaliland par Israël est à la fois un évènement géopolitique majeur et un non-évènement en soi pour la géopolitique de la Corne de l’Afrique. L’analyse globalement admise qui tend à dénoncer la République du Somaliland comme étant la cause, par sa reconnaissance, de la dégradation sécuritaire dans la Corne de l’Afrique semble relever d’une communication certes réussie mais qui résiste mal à l’observation des faits. Aussi convient-il de rappeler que sévit depuis 2023 une guerre sans nom au Soudan, qui est en train de déborder de ses frontières, que le Soudan du Sud est en guerre civile depuis son indépendance en 2011, que l’Éthiopie multiplie les conflits dans toutes les parties de son territoire depuis 2015 et que la Somalie du Sud, dont le conflit a changé d’habits au gré des problématiques internationales, atteint sa 37e année de guerre civile.La Corne de l’Afrique est instable, car des processus profonds sont en cours touchant les constructions nationales territorialisées de tous ses États, et que ces processus sont aggravés par la corridorisation de la région, accentuant les rentes de situations et aggravant les déséquilibres territoriaux alors que sont rarement mis en œuvre des mécanismes de compensation.

Aussi, face au commentaire de l’actualité, il convient de considérer les évènements actuels avec une profondeur historique allant un peu au-delà de décembre 2025 ou de janvier 2024, de constater le progressif raidissement de la Somalie qui voit l’activisme somalilandais pour sa reconnaissance internationale se réveiller à partir de 2017 et bousculer le statu quo, certes inconfortable pour tous, mais relativement fonctionnel depuis 1991.

Les observateurs internationaux s’interrogent sur les raisons propres à Israël pour cette reconnaissance, alors qu’elles sont d’une grande évidence (présence de Houthis au Yémen, proximité de l’Iran, contrôle de la mer Rouge et processus engagé par les accords d’Abraham). Mais la véritable interrogation porte à mon sens beaucoup plus sur les raisons pour lesquelles le Somaliland, à ce moment précis, pouvait accepter une reconnaissance d’Israël. En effet, Israël, représenté en Éthiopie et y ayant initié un certain nombre d’investissements, notamment agricoles dans l’État régional somali d’Éthiopie, a montré un intérêt pour le Somaliland dès sa reprise d’indépendance. Au début des années 2000, une forme de diplomatie sanitaire est mise en place avec l’organisation d’évacuations sanitaires vers Israël d’enfants somalilandais atteints de pathologies cardiaques. Depuis, les tentatives de rapprochement en haut lieu ont été nombreuses.

Au début des années 2020, Abiy Ahmed échoue à établir une « pax arabico-aethiopica » sur une grande Corne de l’Afrique qu’il aurait souhaité unifier. Devant l’accélération du renversement du monde, chacun des deux États, Somalie et Somaliland, en marge de pourparlers qui ne parviennent pas à s’installer, utilisent les cartes régionales et mondiales à leur portée et leurs rentes de situation respectives afin d’arriver à leur fin : la reconnaissance pour le Somaliland et l’intégrité territoriale pour une Somalie qui, avant même d’arriver à la question du Somaliland, peine à faire cohabiter un gouvernement central et des États fédérés qui ne le reconnaissent pas, ce dans un contexte où une immense partie du territoire est administrée par Al-Shabaab, un mouvement terroriste islamiste contre lequel les troupes de l’Union africaine, l’armée turque et les troupes d’élites états-uniennes appuyent l’État somalien

Le Somaliland signe un premier partenariat tripartite avec l’Éthiopie et DPWorld en 2016 pour l’utilisation et la gestion du port de Berbera et du corridor. Le jeune État dont la stratégie de recherche d’une reconnaissance semblait timide depuis plusieurs années, se dote, à partir de 2017, d’un comité en charge de travailler à la reconnaissance et d’établir de nouvelles relations diplomatiques, notamment avec un tour d’Afrique. Les relations avec Taïwan, débutée en 2009, ont abouti en 2019 à leur affirmation et en 2020 à l’échange de représentants et ambassadeurs alors que la Chine avait rétabli une ambassade à Mogadiscio en 2013. Sur fond de conflit frontalier maritime et d’une guerre du khat avec la Somalie, le Kenya se rapproche du Somaliland en 2019, qui ouvre une représentation officielle à Nairobi en 2024. À partir de 2022, les États-Unis effectuent plusieurs visites à Berbera.

Devant cet activisme qui vient brusquer l’histoire, la Somalie se dote d’outils inédits et offensifs : accords militaires bilatéraux avec la Turquie en 2017 puis en 2024 et enfin avec l’Égypte en 2024 et 2025, outils numériques, mise en œuvre d’une loi sur le e-visa exigeant des compagnies aériennes qu’elles ne reconnaissent pas le visa somalilandais en septembre 2025, et instrumentalisation des dynamiques centripètes au Somaliland, ce alors que le fondement de l’État somalilandais repose sur l’allégeance initiale des clans au projet national.

La profonde crise politique entre le Somaliland et la Somalie s’intensifiant depuis plusieurs années, dans le contexte d’une Corne de l’Afrique en mouvement, il devenait urgent pour le Somaliland de se protéger face à un État somalien très appuyé.

Il serait plus juste de lire que ce sont les bouleversements des équilibres géopolitiques de la Corne de l’Afrique et dans le monde depuis 2015 qui ont présidé à la reconnaissance du Somaliland par Israël.

Est-ce la « mauvaise reconnaissance » ?

Depuis l’adoption de sa Constitution en 2001, la République du Somaliland misait sur la reconnaissance incontestable de ses avancées démocratiques pour obtenir une reconnaissance qui lui semblait méritée. Par ailleurs, faisant valoir son indépendance du protectorat britannique du 26 juin 1960 et de ce fait le respect de la Charte de l’Union africaine attachée à l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, ainsi que la non-ratification de l’acte d’Union avec la Somalie et le non-respect par Mogadiscio des principes de l’Union entre 1960 et 1991, le Somaliland estimait sa recherche d’indépendance suffisamment légitime au regard du droit international pour être reconnu. Il est vite apparu évident qu’être un bon élève ne suffirait pas à obtenir la reconnaissance des Nations unies attendant celle des organisations régionales dont la Somalie est membre : l’IGAD et la Ligue arabe. Pour des raisons tenant à leur géopolitique interne et au grand jeu régional, aucun État membre de l’IGAD, particulièrement l’attendue Éthiopie n’allait le reconnaitre. Pour des raisons tenant aux relations entre l’Égypte et l’Éthiopie la Ligue arabe s’est, dès les années 1990, positionnée pour une Somalie réunifiée et forte face à l’Éthiopie. Dès lors, la reconnaissance ne pouvait arriver que d’une puissance internationale pour ses intérêts propres. Et une telle reconnaissance n’allait intervenir que dans un contexte de crise internationale – tel que les crispations autour de la mer Rouge. Dans cette configuration, toute reconnaissance l’aurait été « pour de mauvaises raisons », c’est-à-dire pour les raisons de l’autre et dans un jeu géopolitique déjà engagé dans la région.

Il faut se méfier des raisonnements par « axes internationaux » : il y a de la part des Somalilandais un profond sentiment de souveraineté et la certitude qu’ils maîtrisent leur destin et qu’une alliance n’est jamais une allégeance. C’est une vision de la souveraineté très partagée dans la Corne de l’Afrique, où les alliances à des blocs ont toujours été opportunistes et jamais idéologiques, et où d’autres États parviennent à gérer des alliances contraires, et ont d’ailleurs réussi à préserver des relations tant avec la Somalie qu’avec le Somaliland.

Ainsi, dans la configuration actuelle de la Corne de l’Afrique et de ses alliances, le Somaliland avait-il une alternative à cette reconnaissance ?

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L’Indo-Pacifique face à la guerre au Moyen-Orient : entre inquiétude et résignation

Thu, 23/04/2026 - 17:29

Dans quelle mesure la guerre au Moyen-Orient a-t-elle affecté les économies des pays asiatiques ? Quelles dispositions ont été prises pour répondre à ce choc exogène ?

Les frappes israélo-américaines sur l’Iran et les ripostes de Téhéran sur Israël et plusieurs pays du Golfe, combinées au blocage du détroit d’Ormuz, se sont traduites par un choc économique exogène important pour les pays de l’ensemble Indo-Pacifique. Les conséquences sociopolitiques de long terme du conflit portent un potentiel de déstabilisation significatif pour de nombreux gouvernements, particulièrement en Asie du Sud-Est et du Sud. Le coût du transport et des denrées alimentaires pèse déjà lourdement sur le quotidien et le bien-être des populations.

On le sait, le détroit d’Ormuz est un point de passage stratégique par lequel transite environ un cinquième de la production mondiale de pétrole, un quart des échanges de gaz naturel liquéfié (GNL), et dont dépendent de nombreux pays asiatiques. Le Japon et la Corée du Sud importent plus de 70 % de leur pétrole brut depuis cette région et ont été confrontés à une hausse immédiate des coûts énergétiques, renchérissant la production industrielle et pesant sur la compétitivité des entreprises. L’Inde, également très dépendante des hydrocarbures moyen orientaux a vu son déficit commercial s’aggraver ce qui exerce une forte pression sur la roupie et l’inflation domestique. Dans les pays de l’ASEAN non producteurs (Thaïlande, Philippines), les hausses de prix du carburant ont affecté directement le pouvoir d’achat des ménages et les finances publiques. L’Australie, qui a largement externalisé sa sécurité énergétique et qui est tributaire des voies maritimes internationales, est particulièrement touchée. Les conséquences macroéconomiques immédiates se sont traduites par une accélération de l’inflation importée, le ralentissement de la croissance, la détérioration des balances courantes et la montée de tensions sociales liées à la hausse du coût de la vie.
Les conflits au Moyen Orient impactent également la vaste région Indo-Pacifique via la désorganisation du transport aérien, la hausse du coût du kérosène, et un climat géopolitique anxiogène qui constituent autant de freins à la mobilité et aux échanges régionaux comme aux déplacements internationaux. Des économies très liées au tourisme comme la Thaïlande, l’Indonésie, le Viêtnam ou encore les Maldives subissent une chute des arrivées internationales. Les compagnies aériennes asiatiques font face à une double contrainte : une augmentation des coûts (carburant, assurances) et une baisse de la demande. Les effets économiques sont hétérogènes et se traduisent entre autres par des pertes d’emplois dans les services, l’hôtellerie et la restauration, où le secteur informel (emplois non déclarés et activités ponctuelles) est important et une baisse significative des recettes en devises. Des analystes évoquent un ralentissement de la croissance et les difficultés d’une reprise, même à court terme, semblables aux effets postpandémie enregistrés après le Covid-19 pour certains pays.

Les gouvernements asiatiques ont mis en œuvre plusieurs dispositifs de court et de long termes afin d’atténuer les effets amplificateurs de la flambée des prix. Une première réponse, supposant cependant un minimum de planification, a été la mobilisation des réserves stratégiques : le Japon, la Corée du Sud et l’Inde disposent de stocks qu’ils peuvent libérer temporairement pour lisser les effets des dépenses des carburants et du gaz. Une autre initiative a consisté en des subventions et des aides ciblées pour préserver le pouvoir d’achat comme à Taiwan et en Thaïlande. D’autres économies plus fragiles ont dû recourir à un rationnement strict comme aux Philippines et au Bangladesh. Faute de stock, l’Australie fait face à une pénurie énergétique préoccupante. La situation a relancé les politiques de diversification des approvisionnements afin de réduire la dépendance au Moyen Orient. L’Indonésie et l’Inde se sont rapidement tournées vers la Russie. On note également une accélération de la transition énergétique. Le Japon investit dans l’hydrogène, la Corée du Sud développe les énergies nucléaires et renouvelables, l’Inde accélère son virage vers le solaire et l’éolien domestiques. Quant au secteur touristique, il tente de se réorganiser en s’adaptant à une offre régionale et nationale, notamment en Chine, en Thaïlande ou au Japon.

Quelles réactions la guerre au Moyen-Orient a-t-elle suscité auprès des pays de l’Indo-Pacifique sur le plan diplomatique ?

La guerre au Moyen Orient a provoqué des réactions diplomatiques contrastées de la part des pays de la région. Ceci s’explique par des intérêts géopolitiques divergents, notamment la dépendance énergétique, les alliances stratégiques, le positionnement vis à vis des grandes puissances (Chine, États-Unis) et la volonté de préserver la stabilité régionale et les échanges internationaux.
De façon générale, les réactions diplomatiques se sont révélées prudentes. De nombreux pays ont adopté une attitude attentiste, évitant de prendre parti clairement dans le conflit afin de préserver leurs relations à la fois avec les pays du Moyen Orient et avec leurs alliés occidentaux. L’Inde a appelé à la désescalade et au dialogue, tout en évitant de condamner explicitement certaines parties du conflit. Cette prudence s’explique par ses relations énergétiques avec les pays du Golfe et par sa coopération stratégique avec les États Unis et Israël. Le Sri Lanka entend se tenir à une stricte neutralité. Plusieurs pays de l’ASEAN (Singapour, l’Indonésie, la Malaisie et le Viêtnam) ont insisté sur le respect du droit international et la protection des civils, privilégiant un discours multilatéral et consensuel.

Bien sûr, les positionnements ont été plus ou moins affirmés selon les proximités politico-militaires. Les pays alliés des États Unis dans la région ont généralement exprimé un soutien politique modéré, tout en cherchant à éviter une escalade. Le Japon, qui a toujours privilégié une relation stable avec l’Iran, a largement insisté sur la nécessité de protéger les routes maritimes commerciales et énergétiques, vitales pour son économie. La Corée du Sud s’est alignée sur les appels à la sécurité régionale, mais sans engagement direct, afin de rester concentrée sur la menace nord coréenne. Séoul a notamment vu avec crainte Washington prélever certains équipements de défense antimissiles sur son territoire pour les déployer au Moyen-Orient. Ni Tokyo ni Séoul n’ont d’ailleurs répondu à l’appel de Donald Trump à participer à une opération navale de sécurisation du détroit d’Ormuz. Le Pakistan tire habilement son épingle du jeu en s’imposant comme un médiateur entre l’Iran et les États-Unis. Il renforce ainsi son rôle de garant de la sécurité des monarchies du Golfe (déploiement de troupes au Qatar, mise en place de F16 en Arabie saoudite) avec lesquelles il entretient de nombreuses coopérations de défense. Quant à l’Inde, qui vient de signer un partenariat stratégique spécial avec Israël lors de la visite de Narendra Modi à Tel-Aviv en février 2026, elle reste silencieuse, prise au piège de sa politique de multi-alignement.

Sans surprise, la Chine a dénoncé l’instabilité provoquée par les initiatives militaires américaines et s’est présentée comme un acteur diplomatique alternatif, appelant à des solutions politiques. Pékin cherche ainsi à renforcer son image de puissance médiatrice et à consolider ses relations avec les pays du monde arabe. Cette posture n’est pas sans ambiguïté. Partenaire de l’Iran au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai que Téhéran a rejoint en 2021, la Chine a régulièrement participé à des manœuvres navales conjointes avec les marines russe et iranienne dans l’océan Indien depuis 2022, participant ainsi au renforcement des capacités de cette dernière.

En tout état de cause, la sécurité des approvisionnements énergétiques et des routes maritimes a fortement influencé les réactions diplomatiques. Plusieurs pays asiatiques, comme la Corée du Sud et le Pakistan, ont renforcé leur coopération diplomatique et sécuritaire avec les États du Golfe. Ils ont également soutenu les initiatives, dont celles de l’Organisation maritime internationale, visant à garantir la liberté de navigation et la sécurité des flux commerciaux internationaux. De fait, la guerre au Moyen Orient pousse les pays asiatiques à adopter une diplomatie économique, centrée sur la stabilité plutôt que sur des considérations idéologiques ou normatives.

L’attaque contre le Venezuela, les crises du Proche-Orient et les frappes israélo-américaines sur l’Iran s’inscrivent dans une dynamique plus large de diplomatie transactionnelle et d’un durcissement de la politique étrangère conduit par un Donald Trump sans retenue. Dans quelle mesure ce positionnement est-il susceptible de fragiliser les alliances et les partenariats stratégiques des États-Unis ?

La dimension conflictuelle de la diplomatie américaine actuelle illustre un retour assumé à une politique de hard power avec un Donald Trump s’exprimant et agissant avant tout comme un « commander in Chief ». Cette ligne belliqueuse tous azimuts, présentée comme la défense de la primauté de l’intérêt national américain immédiat, America First, ne peut que fragiliser la confiance stratégique des alliés traditionnels de l’Indo-Pacifique, région pourtant au cœur de la rivalité systémique entre la Chine et les États-Unis. Confrontés à l’interventionnisme grandissant de la politique étrangère américaine, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie se sont sentis marginalisés. Les frappes contre l’Iran ont été décidées sans consultation approfondie avec eux, alors même qu’elles ont des effets directs sur leur sécurité énergétique et économique. Le Japon a exprimé ses préoccupations quant à l’absence de coordination stratégique, tout en soutenant formellement l’alliance avec Washington. La Corée du Sud redoute que l’engagement militaire américain au Moyen-Orient ne détourne des ressources essentielles de la péninsule coréenne, face à la menace nord coréenne. Taïwan s’inquiète de la poursuite des livraisons d’armements américaines à son bénéfice.

Cette situation fragilise les principes fondamentaux de l’alliance : la prévisibilité et la fiabilité du protecteur américain. Sous la nouvelle présidence de Donald Trump, les alliances sont de plus en plus perçues comme des relations conditionnelles, dépendantes des contributions financières ou de l’alignement politique des partenaires. Le discours américain sur le « partage du fardeau » (burden sharing) inquiète fortement Tokyo, Séoul, Manille et Canberra, qui redoutent une protection et un soutien variables selon les priorités de Washington. L’éventuelle réduction ou le redéploiement d’actifs militaires américains vers le Moyen-Orient a ravivé la crainte d’un désengagement progressif de l’Indo-Pacifique.

Cela alimente une logique de doute stratégique chez certains alliés, les incitant à diversifier leurs partenariats et à s’engager davantage dans un processus d’autonomisation stratégique via la hausse conséquente des budgets de défense et des programmes d’acquisitions d’armements. Le Japon renforce ses coopérations avec l’Australie, les États européens (Royaume-Uni, France), l’OTAN tout en accélérant sa montée en puissance militaire. Des débats sur le tabou de l’acquisition de capacités nucléaires militaires se font jour en Corée du Sud. Les pays de l’ASEAN, traditionnellement non alignés, redoublent de prudence et évitent de s’associer ouvertement aux actions américaines au Moyen Orient, privilégiant le dialogue et le multilatéralisme.

On soulignera que ce durcissement américain crée également des opportunités géopolitiques pour Pékin, qui se présente comme une puissance plus prévisible et favorable à la stabilité. La Chine a condamné les frappes israélo-américaines tout en appelant à une solution politique, renforçant son image de médiateur responsable, notamment auprès des pays du Sud global. Certains États asiatiques, sans rompre avec Washington, adoptent une posture d’équilibrage stratégique (hedging) entre les États-Unis et la Chine. Ce qui à terme affaiblit la capacité des États Unis à fédérer un front asiatique uni contre Pékin.

Malgré ces tensions, il serait excessif de parler d’une remise en cause des alliances asiatiques des États-Unis que ce soit par Washington ou ses partenaires. Les garanties de sécurité américaines restent indispensables face au front mouvant que présentent la Chine, la Corée du Nord et la Russie. Les grandes manœuvres et exercices d’entrainements conjoints comme Balikatan, Cobra Gold en Asie du Sud-Est ou Ulchi Freedom Shield en Asie du Nord menés sous l’égide américaine se poursuivent avec la même ampleur. Les forums et dialogues de sécurité dont ceux organisés autour de l’ASEAN et des cadres de coopération comme le Quad, rassemblant les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie, continuent d’exister, bien que sur un mode plus pragmatique. Toutefois, la guerre au Moyen-Orient agit comme un révélateur des limites du leadership américain et accélère une évolution vers des partenariats et des formats plus transactionnels, moins idéologiques et plus conditionnels. À terme, la principale menace pour Washington n’est donc pas la fin des alliances, mais leur érosion normative et leur désenchantement stratégique.

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La Chine dans la Caraïbe : enjeux, risques ?

Thu, 23/04/2026 - 17:07

La présence chinoise et son influence dans la région caraïbe ne datent pas des évolutions géopolitiques récentes, mais s’inscrivent dans un processus continu depuis le XIXe siècle. Tout d’abord l’abolition de l’esclavage a conduit entre 1853 et 1866 à chercher une main-d’œuvre de substitution qui a essaimé dans tous l’espace caribéen à partir de Trinité-et-Tobago, de la Jamaïque, de Cuba et du Guyana, de travailleurs sous contrat. Il en a résulté la création de communautés sino-caraïbéennes structurées, souvent commerçantes. Ces communautés contribuent encore aujourd’hui à la diplomatie d’influence chinoise.

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The Geopolitics of Infrastructure

Wed, 22/04/2026 - 22:59

No longer does global power rest only on alliances, military might, currency dynamics, and effective control of multilateral institutions. The new geopolitical contest is between competing infrastructure blocs: packages of finance, contractors, standards, and data systems that create long-term dependencies.

For most of the postwar era, global power was defined by alliances, aircraft carriers, and reserve currencies. But we are now entering an era defined by critical infrastructure and those who finance, build, and operate it. Ports, power grids, rail corridors, data centers, and critical-mineral supply chains are no longer just “projects.” They are the operating system of sovereignty. Infrastructure—networks that move energy, goods, and data—is the industry of industries. Whoever shapes it through contracts, standards, currency denomination, and long-term maintenance (much of which is increasingly guided by data and AI-driven systems) will achieve enduring global influence.

Debates about “de-dollarization” often focus on reserve currencies. In the International Monetary Fund’s Currency Composition of Official Foreign Exchange Reserves data, the US dollar accounted for roughly 57% of global reserves in 2025, with the euro a distant second. But official reserves are a lagging indicator. The more relevant shift concerns infrastructure.

China recognized this early. Between 2000 and 2023, it extended approximately $2.2 trillion in official loans and grants as part of its Belt and Road Initiative, much of which was invested in transportation and energy infrastructure. This model was never just about capital. By bundling finance, contractors, equipment, and digital systems, China was exporting state capacity and embedding long-term dependence. Projects like the Chancay mega-port in Peru—which is majority-owned by a Chinese operator and backed by billions in investment—illustrate how infrastructure can reconfigure trade routes and other dependencies. Likewise, the Addis Ababa–Djibouti Railway, financed largely by Chinese lending, dramatically reduced freight times between Ethiopia and the Red Sea.

The geopolitical implications of infrastructure investment are increasingly top of mind for policymakers. The prospect of Chinese involvement in airport construction in Greenland raised security concerns in both Denmark and the United States. The new contest is not simply between currencies but between competing infrastructure blocs.

For decades, US influence rested on military power, the dollar, and multilateral institutions. But while this architecture still matters, it is rapidly being supplemented—and in some cases challenged—by infrastructure strategies.

Political tensions reflect this shift. In 2024, US President-elect Donald Trump threatened severe tariffs against countries pursuing alternatives to dollar-based invoicing and payments. At the same time, Western economies have scaled up their own infrastructure initiatives. The G7’s Partnership for Global Infrastructure and Investment, for example, aims to mobilize $600 billion by 2027; the European Union’s Global Gateway pledges up to €300 billion ($353 billion); and the Blue Dot Network (launched by Australia, Japan, and the US) seeks to certify high-quality infrastructure standards.

Yet many countries perceive these efforts as slow and overly conditional. In a world facing climate shocks, demographic pressures, and urgent development needs, the ability to deliver infrastructure quickly often outweighs governance concerns.

Various middle powers are redefining their own strategies accordingly. India, for example, is pursuing “corridor diplomacy” by supporting projects like the Chabahar Port and the India–Middle East–Europe Economic Corridor. Rather than aligning exclusively with one bloc, it is leveraging infrastructure to hedge, diversify, and expand its own strategic autonomy.

There is also another critical shift underway. Far from being confined to steel and concrete, infrastructure geopolitics increasingly extends into compute, data, and AI. Corporate filings reveal the scale of this transition. Technology firms such as Microsoft, Alphabet, Meta, and Amazon are investing tens of billions of dollars annually in AI infrastructure, including data centers and specialized hardware. Their capital expenditures and associated depreciation now resemble those of traditional infrastructure sectors.

Semiconductor manufacturing has become a strategic chokepoint in this system. Facilities costing tens of billions of dollars anchor global supply chains and define access to advanced compute capabilities. But AI is not just another layer of infrastructure. It is meta-infrastructure that will shape how all other systems are planned, operated, and optimized. If infrastructure defines geopolitical power, AI is increasingly defining infrastructure. It can improve grid efficiency, extend the life of transport networks, and enable more precise climate-adaptation strategies.

But AI also introduces new forms of vulnerability. Remote control over optimization systems can function as a “kill switch” for critical infrastructure, and opaque or biased algorithms can systematically determine which regions or communities receive investment. In this context, infrastructure is no longer only about physical assets, but also about who controls the intelligence layer that governs them.

Nowhere are the stakes more visible than in Gaza. According to UN and World Bank assessments, by late 2025, roughly 90% of homes and infrastructure had been damaged or destroyed, and nearly the entire population of 2.1 million people had been displaced. Reconstruction will require tens of billions of dollars, but without a durable political settlement, the enclave’s new infrastructure could become an instrument of control rather than recovery. Infrastructure geopolitics is not inherently emancipatory. Transit corridors, energy systems, and housing can be designed to enable mobility and growth; but they can also be used to constrain people.

The world is moving toward overlapping infrastructure ecosystems: a US-centered system built on open capital markets and legal enforcement; a China-centered system combining state finance, contractors, and embedded standards; and a diverse set of regional and middle-power strategies.

The decisive question is not which system is largest, but which will ultimately be accepted as the default. Even when decisions about ports, energy systems, and data networks are framed in purely technical or financial terms, an underlying political logic is at work. Such decisions are increasingly mediated by AI systems that were trained on historical data and designed to optimize for efficiency, thus narrowing the range of perceived alternatives.

George Orwell famously warned about the control of language. Today, we are witnessing an even more subtle form of power. Infrastructure, increasingly guided by algorithmic systems, risks making certain potential futures appear inevitable, and others unthinkable.

The greatest danger is not that one power dominates, but that societies gradually lose the ability to choose among competing paths. The new world order is being built in concrete and encoded in silicon. The last sovereign act may not be to build or to resist, but to recognize that these choices remain open, before the systems we construct begin to optimize us in return.

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Qui êtes-vous madame ? Avec Khadija Toufik

Wed, 22/04/2026 - 17:26

Comment l’actualité internationale, et plus particulièrement la question palestinienne, est-elle traitée dans les médias français ? Dans cet échange, Khadija Toufik revient sur son parcours de journaliste indépendante où elle a été confrontée pendant trois ans aux réalités concrètes du travail en zone de conflit en Cisjordanie et en Israël. À travers cette expérience de terrain, elle propose une réflexion critique sur la manière dont ce conflit est abordé dans les médias français, en interrogeant les choix éditoriaux, parfois influencés par des intérêts politiques ou économiques. Comment la situation à Gaza est-elle traitée dans les chaînes d’information en continu ? Dans quelle mesure ces traitements médiatiques sont-ils orientés ? Comment les journalistes travaillent-ils concrètement en Cisjordanie occupée et en Israël ? Les récits dominants dans les médias reflètent-ils fidèlement les réalités du terrain ? Enfin, dans quelle mesure les journalistes indépendants peuvent-ils encore faire entendre leur voix et transmettre l’information face à des médias largement détenus par de grands groupes ou intégrés au service public ? Autant de questions au cœur de ce podcast avec Khadija Toufik, journaliste spécialisée dans la couverture des zones de guerre, et notamment sur le conflit israélo-palestinien.

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Trump vs Léon XIV : Quand un prêtre fait vaciller le président américain

Wed, 22/04/2026 - 15:18

Depuis quelque temps, les nuages s’accumulent dangereusement sur Donald Trump. Pour la première fois de sa carrière politique, le président se retrouve fragilisé sur tous les fronts. Cette guerre en Iran dans laquelle il s’est lancé contre l’avis de son vice-président JD Vance, de sa cheffe de cabinet Susie Wiles, de la plupart des généraux du Pentagone et d’une partie significative des républicains, ébranle pour la première fois depuis dix ans sa base MAGA. 

Cette base qui jusqu’à présent l’aurait suivi jusqu’en enfer, qui l’a suivi lors de l’assaut du 6 janvier 2021 contre le Congrès, dont il pourrait avoir besoin dans des circonstances similaires, est en train de se détourner de lui. Les sondages montrent qu’environ un quart des républicains désapprouvent la gestion de la guerre par Trump, et seule la moitié d’entre eux soutiennent « fortement » sa politique iranienne — un chiffre alarmant pour un président qui a bâti son empire sur une loyauté inconditionnelle. Ces électeurs se sentent trahis par ce président qui avait promis de ne jamais entraîner le pays dans une de ces guerres style Irak ou Afghanistan.

Fragilisé donc à l’intérieur, à quelques mois des midterms qui s’annoncent être une véritable Bérézina, le président a continué à accumuler les bourdes. La plus lourde étant de s’en prendre directement au pape Léon XIV, blessant ainsi la communauté catholique américaine. Trump a accusé Léon XIV d’être « FAIBLE sur la criminalité, et terrible en politique étrangère », une attaque sans précédent dans l’histoire des relations entre la Maison-Blanche et le Vatican. L’électorat catholique étant assez fluctuant et représentant environ 20 % des Américains concentrés dans les États pivots, il est à craindre qu’une partie d’entre eux se détourne de lui pour les prochaines élections. Sans parler des évangéliques qui n’apprécient pas qu’on critique et qu’on attaque une personnalité religieuse de premier plan.

Le pompon de ces dérives est évidemment venu avec cette image générée par intelligence artificielle que le président américain lui-même a partagée sur Truth Social : on l’y voyait vêtu comme le Christ en guérisseur aux pouvoirs magiques, drapé dans une robe blanche et une écharpe rouge, la main tendue sur un malade. 

L’image a provoqué un tollé, y compris parmi ses propres soutiens conservateurs. Brilyn Hollyhand, ancienne coprésidente du Conseil consultatif des jeunes du Comité national républicain, a dénoncé un « blasphème grossier ». La chroniqueuse conservatrice Megan Basham a qualifié le post de « blasphème SCANDALEUX ». Même Riley Gaines, la nageuse devenue icône conservatrice pour sa « lutte » contre les athlètes transgenres, a appelé Donald Trump à faire preuve « d’un peu d’humilité ». 

De mauvais jours, donc, pour le président. Mais au-delà de l’anecdote de cette image, le bras de fer qu’il a entamé avec Léon XIV n’est pas près de s’arrêter. L’affront suprême est venu lorsque le pape, invité pour le 4 juillet 2026 à célébrer le 250e anniversaire des États-Unis, a préféré se rendre à Lampedusa, cette minuscule île italienne de Méditerranée qui sert de porte d’entrée aux migrants venus d’Afrique du Nord. 

L’invitation avait été personnellement remise au pape par le vice-président JD Vance en mai 2025, mais le Vatican a annoncé le 21 février 2026 que le pontife passerait le 4 juillet sur Lampedusa plutôt qu’à Washington. Un signe politique énorme pour ce premier pape américain. 

Le contraste ne pourrait être plus saisissant : Trump envisage des survols de F-35 et des feux d’artifice dans le ciel de la capitale, tandis que Léon XIV se tiendra sous le même soleil à Lampedusa, accueillant des étrangers.

Ce qui rend ce duel particulièrement intéressant, c’est que Léon XIV possède un atout dont aucun pape n’a jamais disposé face à un président américain : né à Chicago, il parle évidemment un anglais parfait et comprend intimement la culture politique américaine, éliminant ainsi toute ambiguïté de traduction. Contrairement aux papes précédents qui s’appuyaient sur des traductions permettant au Vatican de recalibrer le ton après des remarques controversées, Léon s’exprime directement et avec précision. Quand il dénonce « l’illusion de la toute-puissance » ou déclare que « Dieu ne bénit aucun conflit », il sait exactement ce qu’il dit et comment cela résonnera à Washington.

Il est fort à parier que ce duel à distance se poursuive au cours des prochaines semaines et des mois, et ne fasse que s’intensifier. À une tout autre échelle, cela nous rappelle le pape Jean-Paul II face à Jaruzelski, le dictateur polonais. Jean-Paul II a eu la peau de Jaruzelski. Est-ce que Léon XIV sera le tombeur de Donald Trump ? Je n’en sais rien. En tout cas, ce dernier a sans doute pour la première fois trouvé sur la scène internationale une personnalité de premier plan qui joue au même niveau de notoriété internationale et qui lui tient tête. Le pape a d’ailleurs déclaré aux journalistes : « Je n’ai aucune crainte ni de l’administration Trump ni de parler haut et fort du message de l’Évangile ».

Cette bataille n’est pas non plus sans rappeler celle qui pendant des siècles opposa les différents papes aux empereurs du Saint-Empire romain germanique. Comme quoi l’histoire a la manie de se répéter.

Romuald Sciora dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Essayiste et politologue franco-américain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient régulièrement dans les médias internationaux afin de commenter l’actualité. Il vit à New York.

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250 ans des États-Unis : la démocratie américaine en danger ?

Wed, 22/04/2026 - 10:09

À l’aube du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis, de nombreux débats émergent sur l’évolution politique étasunienne et leur rôle sur la scène internationale. Dans un contexte marqué par de fortes divisions internes, des tensions géopolitiques croissantes et des rivalités entre puissances, une interrogation persiste : le pays est-il à un moment charnière de son histoire ? C’est dans cette perspective que s’inscrit l’ouvrage « America at 250 : At Home and Beyond », qui propose une analyse des dynamiques politiques, sociales et internationales, tout en offrant une réflexion sur les transformations et les défis des États-Unis à l’approche de cet anniversaire symbolique.

À cette occasion, Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, et co-directeur de cet ouvrage avec Robert Shapiro, répond à nos questions :

  • Pour quelle raison avez-vous décidé de vous pencher sur les États-Unis à l’approche de leur 250e anniversaire ? En quoi ce moment est-il un tournant dans l’histoire américaine ?
  • Que peut-on penser de l’évolution des relations avec l’Europe depuis l’indépendance des États-Unis ? Les alliances traditionnelles sont-elles toujours solides ?
  • À l’approche de 2028, quels scénarios pour l’avenir de la démocratie américaine ?

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Trump’s Geriatric Foreign Policy

Tue, 21/04/2026 - 15:06

Things are moving head-spinningly fast. Developments in the Middle East, in particular, have made more twists and turns than most of us can even keep up with. With all the air strikes and twitter-born threats, though, we may lose sight of just how antiquated much of our current foreign policy is.

There is something truly archaic about Donald Trump’s approach to international relations. Many of us tend to think “Make America Great Again” harkens back to some golden time in relatively recent memory, perhaps the go-go years of the Reagan 1980s. I’m not so sure. I’m struck by how much Trump’s worldview mostly seems to come from my grandfather’s time or even before. So many of his major policy initiatives have a 19th century sensibility, or at best a mid-20th century one. I would be surprised to learn that the President had done significant research into the history of American diplomacy, or that he had reflected deeply on how he wanted to tie his own policy into the longer-term currents of US politics. But I so often have the feeling that Donald Trump is channeling some inchoate version of an older American story dimly recalled from his 1950s elementary school American history class in Queens. His vision is that of an old man, largely inaccessible even to middle-aged Americans, much less young voters. Trump has been lucky, thus far, that the vision fortuitously resonates with his base, even if his supporters don’t necessarily get the references.

There’s an irony here. Donald Trump is in many respects the most revolutionary president the United States has had in the post-war period, and perhaps ever. He has challenged our alliances and longstanding partnerships, mostly abandoned a leadership role in a global system in large part created by his predecessors, rejected the free-trade philosophy that has guided American economic policy for 80 years or more. Further, he is the first American leader to have fully embraced social media, understood intuitively how to harness this revolutionary new way of communicating directly with his supporters without being filtered through traditional media. Overall, though, his revolution smacks more of radical reaction than innovative change.

One often has the impression that Trump sees himself as the president after Ulysses S. Grant instead of the one after Joe Biden. His take on foreign policy seems in many ways much more like his late 19th century predecessors than his early 21st century ones. The America of that time – a continental power in full territorial expansion, largely outside the power struggles of Europe or Asia, its industry growing by leaps and bounds behind exclusionary tariffs – may be the very America he means us to rediscover.

That would certainly explain his rather old-fashioned approach to foreign policy. In the first hundred years or so of its existence, the United States grew from thirteen original states hugging the Atlantic seaboard to a vast American empire. Sometimes, our expansion came through conquest, with the Mexican American War in the 1840s, for example, bringing in vast new lands from Texas to California. Sometimes, we made some very astute real estate deals, like the Louisiana Purchase in the early 19th century or the acquisition of vast Alaska from the Russians in the 1860s. The idea was that huge, “empty” territories were there for the taking, that entrepreneurial, courageous Americans had the right to exploit the riches of unexplored wild lands. In that context, Trump’s periodic obsession with Greenland, for example, makes perfect sense. Indeed, the first serious thinking about the United States acquiring Greenland came in 1867 right after our purchase of Alaska, when the Andrew Johnson Administration commissioned a study on the possibility. There were a few more aborted attempts to get the territory subsequently. 

Similarly, Trump’s frequent focus on Latin America harks back to a much earlier time. With its “Donroe Doctrine” – what a ridiculous name – this administration makes a clear link with the 1823 Monroe Doctrine, which sought to ensure that great powers of the day left Latin America to US influence. Its modern version, as laid out in State Department planning documents, essentially seeks the same. “Under the new ‘Donroe Doctrine,’” the most recent Agency Strategic Plan says, “the United States has re-established absolute primacy in our hemisphere—both by bringing anti-American and rogue states to heel, and by forging powerful new security and economic partnerships with like-minded states.” Trump has repeated the long and often painful history of 19th and 20th century interferences in the region in places like Panama, Nicaragua, Honduras, Cuba, Haiti, the Dominican Republic, Chili, and so on. Trump’s old-school intervention in Venezuela to overthrow President Maduro, his sometime blockade of Cuba, and his frequent comments on the desirability of a return the Panama Canal to American suzerainty all seem like they’re torn from some history of Yankee imperialism from past centuries.

His on-again, off-again trade wars feel equally dated.  In the 1800s, tariffs were a primary source of revenue for the federal government, and particularly in the later half of the century high tariffs were used to dope up America’s burgeoning industrial growth. Some of the highest import duties in the history of the United States were imposed not under Donald Trump but under President Benjamin Harrison in 1890. The so-called McKinley Tariffs reached as much as 50% on most imported goods. Trump seems bent of returning us to that era. You could almost imagine him dreaming of new railroads being built across the continent, the first skyscrapers going up in cities like New York and Chicago, the first Model-T Fords coming off the assembly line, all encouraged and protected by a wall of trade barriers.

His immigration policy, obviously, seeks to bring us back to an earlier time. Until the adoption of the Immigration and Nationality Act (INA) of 1965 under President Johnson, America’s immigration law was overtly and unabashedly racist. The Chinese Exclusion Act in the 1882 and the Immigration Act of 1924 sought to impose a policy that overwhelming favored immigration from northern and western Europe. The 1924 law also created the Border Patrol, so active under this administration. Trump’s immigration policy goes right back to those days, self-consciously. The architect of his war on immigrants, White House Deputy Chief of Staff Stephen Miller, has been overtly critical of the INA’s end to geographic quotas. “If you bring those societies into our country and then give them free welfare, what do we think is going to happen,” he said on Fox News in December. “We need a moratorium on immigration from Third World countries until we can heal ourselves as a nation.”   

Even the current war with Iran, apparently now on hold for the moment, pulls us back into an earlier time. Of course, as Trump may or may not know, this is not the first time we’ve sought regime change in Iran. The CIA played a major role in the overthrow of Iranian Prime Minister Mohammed Mossadegh in 1953, after the populist politician moved to nationalize British Petroleum. Of course, that CIA-sponsored coup gave us the Shah, the best friend both the United States and Israel had in the region for a quarter century.  The Shah, unfortunately, was also the leader whose regime provoked the Iranian revolution and inadvertently brought us the current hardline theocratic regime that has proven so problematic for American policy over the last forty years. With his threats to bomb Iran into the Stone Age, Trump seems to have drawn few lessons from the failure of overwhelming American airpower to create the political conditions for victory in places like Vietnam or Afghanistan. Trump instead seems to be channeling General Curtis Lemay, the head of Strategic Air Command when Trump was a boy. Lemay, a forceful advocate massive air power, once said, “if you kill enough of them, they stop fighting.”

Retrouvez régulièrement les éditos de Jeff Hawkins, ancien diplomate américain, chercheur associé à l’IRIS, pour ses Carnets d’un vétéran du State Department.

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« Le rôle central du scientifique est celui de vigie »

Tue, 21/04/2026 - 12:25

Quel rôle les scientifiques peuvent-ils jouer aujourd’hui dans le débat public, face à la montée des contestations de la science, sans se substituer aux politiques, mais en faisant entendre la spécificité de leur démarche ?

Le scientifique et le politique poursuivent des finalités distinctes. Le scientifique cherche le vrai, au prix du doute et de la révision permanente ; le politique cherche le juste, c’est-à-dire ce qu’il est légitime de décider. Le premier, le scientifique, ne doit pas adapter sa recherche aux attentes du pouvoir, mais peut tenir compte du contexte pour évaluer le champ des possibles, à l’instar du groupe de travail 3 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), celui qui travaille sur les actions. Le second, le politique, peut – et devrait – s’appuyer sur l’état des connaissances. L’indépendance entre scientifique et politique est un principe fondateur des modernes, afin de garantir la liberté académique et d’éviter la distorsion de la science.

On pourra objecter que la période est à la défiance envers les scientifiques. Mais dans les crises récentes, la défiance actuelle ne vise pas tant la science que le système scientifique, perçu comme institutionnel et parfois instrumentalisé, avec des chercheurs assimilés à des relais du pouvoir. Pour restaurer la confiance, il est donc crucial que les scientifiques puissent s’adresser directement aux citoyens, en dehors d’une parole strictement institutionnelle, et assumer des démarches d’incarnation et de proximité, dans la mesure du raisonnable. À l’inverse, on observe aux États-Unis une mise à l’écart plus brutale, où le pouvoir nie la légitimité scientifique et censure des champs de recherche. Face à ces deux risques – défiance sociale et pression politique –, la mission du scientifique est double : préserver une recherche indépendante et rappeler au politique que, s’il demeure seul décisionnaire, ses choix gagnent à être éclairés par la science.

Les modalités d’interaction entre science et politique sont bien décrites par Roger A. Pielke qui, dans The Honest Broker[1], distingue quatre configurations. La première est celle du scientifique fournisseur de savoir, qui publie des résultats et laisse au politique le soin d’en tirer des conséquences. La deuxième correspond à la réponse à une commande, lorsque les académies ou les experts sont sollicités pour éclairer une décision précise. La troisième est celle de l’alerte collective, lorsque les scientifiques se mobilisent pour signaler une urgence, comme le GIEC sur le climat ou, en France, les chercheurs alertant sur Parcoursup face à l’évolution de la démographie universitaire. Enfin, la quatrième consiste à proposer des scénarios cohérents sans prescrire un choix unique, à l’image des travaux de RTE présentant différentes trajectoires énergétiques.

Dans le contexte actuel, marqué par une forte accélération des crises, une technicisation croissante des enjeux et une tendance à décider sur la base de faits divers ou d’émotions, le rôle central du scientifique est aussi celui de vigie. Il s’agit de rappeler les ordres de grandeur, de vérifier la cohérence des raisonnements et de dénoncer les récits infondés, qu’ils concernent la sécurité, la technologie ou le climat. L’exemple de la compensation carbone est révélateur : présenter comme décisifs des projets dont l’impact réel sur les émissions reste marginal, tout en générant des gains financiers importants, relève d’une incohérence manifeste que le scientifique doit signaler. Le fait que ces solutions se réclament de la science et utilisent un haut niveau de technicité, rend la prise de parole du scientifique d’autant plus légitime, voire indispensable. Une entreprise qui réalise le centième, voire le millième de ce qu’elle a annoncé, dans un débat de société existentiel, ne doit recevoir aucune indulgence du fait qu’elle est très consommatrice de technologie ; au contraire, elle doit être évaluée avec plus d’exigence. Et cette fonction critique du scientifique ne vise pas à décider à la place du politique, mais à préserver un cadre rationnel du débat, à condition d’être portée par des voix identifiables.

Dans un débat public souvent structuré de manière manichéenne, la mission du scientifique ne consiste-t-elle pas aussi, parfois, à recomplexifier des enjeux simplifiés à l’extrême ?

Les formulations du type « pour ou contre l’action climatique » ou « pour ou contre la guerre » réduisent des systèmes complexes à des oppositions binaires dans l’espace public. Or la démarche scientifique repose sur la nuance et l’incertitude, qui sont difficilement compatibles avec des formats médiatiques qui privilégient les positions tranchées. L’idéal consiste à articuler une analyse rigoureuse et nuancée avec des messages suffisamment simples pour être audibles et mobilisateurs. L’histoire intellectuelle et politique montre que cette dialectique n’est pas nouvelle ; la pensée marxiste, par exemple, associait un corpus théorique d’une extrême densité, élaboré dans un cadre universitaire, à sa condensation en mots d’ordre clairs et opératoires, capables de circuler largement et de structurer l’action collective. Cette capacité à traduire une complexité analytique en formules simples, sans en nier totalement la profondeur, demeure une condition centrale de l’efficacité politique dans l’espace public contemporain.

Cette tension a été exploitée par les « fabriques du doute », analysées par Erik Conway et Naomi Oreskes dans Les marchands de doute[2], qui retournent la nuance scientifique contre l’action publique, et souvent s’en servent pour piéger les scientifiques eux-mêmes. L’histoire du GIEC en témoigne : comme le montre Nathaniel Rich dans Perdre la Terre[3], les premiers rapports ont longtemps été entravés par des débats sur le choix des mots – « certain », « probable », « possible » – dont le sens diffère entre science et espace public, retardant la formulation d’un message politiquement efficace.

Voici une anecdote historique frappante. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le grand physicien italien Enrico Fermi, qui passait pour le meilleur expérimentateur nucléaire en dehors des Allemands et de Frédéric Joliot-Curie resté en France, refusait de mener les expériences sur la fission de l’uranium. Leo Szilard, Israel Rabi et les autres brillants théoriciens du projet Manhattan le pressaient d’essayer, mais lui ne croyait pas à la réaction en chaîne de l’uranium. Pressé, il dit qu’il n’y avait que 10 % de chances que cela se produise. Les collègues se récrièrent : 10% de chances, pour un phénomène aussi grave que la possibilité d’une arme absolue, évidemment c’est beaucoup ! En théorie de la décision, il faut pondérer la probabilité scientifique par les conséquences potentielles. E. Fermi fit les expériences avec L. Szilard – la première réaction en chaîne contrôlée. On connaît la suite.

L’histoire de la bombe abonde en leçons toujours d’actualité sur la gestion anticipée, au croisement de la science, de la politique et de la responsabilité collective. Y compris bien sûr dans ses conséquences non désirées, et L. Szilard devint un ardent pacifiste, animateur des conférences Pugwash pour le désarmement, de la Doomsday Clock – l’horloge de l’apocalypse, mesurant le temps que les physiciens nucléaires évaluent avant la guerre atomique, incidemment aujourd’hui elle est plus proche de minuit que jamais depuis sa création.

Finalement, face à un phénomène grave qui peut affecter toute la société, il est important d’écouter et de susciter des recherches qui permettent de mieux l’appréhender, et d’adopter des mesures proportionnées. Cela semble du bon sens, non ? C’est exactement ce que dit le principe de précaution, tellement décrié par quantité de gens qui ne l’ont jamais lu, dans le bloc constitutionnel français. Et encore, ce principe n’est inscrit que pour les dommages à l’environnement, il mériterait de s’appliquer à tous les sujets graves. Non comme un principe d’inaction, mais comme un cadre rationnel pour décider dans l’incertitude lorsque l’impact potentiel impose d’agir.

Propos recueillis par Léa Samara, Julia Tasse et Marc Verzeroli, le 8 janvier 2026.

[1] NDLR : Roger A. Pielke Jr., The Honest Broker. Making Sense of Science in Policy and Politics (New York : Cambridge University Press, 2007)

[2] NDLR : Erik Conway et Naomi Oreskes, Les marchands de doute (Paris : Presses universitaires de France, 2021).

[3] NDLR : Nathaniel Rich, Perdre la Terre. Une histoire de notre temps (Paris : Points, 2020).

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L’Afrique à l’épreuve de la guerre au Moyen-Orient

Mon, 20/04/2026 - 17:22

Comment les États africains se positionnent-ils face au conflit au Moyen-Orient ?

Dès le début du conflit, l’Union africaine (UA), en appelant à un cessez-le-feu immédiat, a tenu à rappeler son attachement au droit international. Considérant qu’une escalade au Proche-Orient risquerait d’aggraver l’instabilité mondiale, le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, a relayé les préoccupations de bon nombre de pays africains, en alertant sur les conséquences de cette guerre, notamment pour les marchés énergétiques, la sécurité alimentaire et la résilience économique. Une fois encore, à l’aune de cette actualité, l’UA a tenu à affirmer son attachement au respect du droit international et aux vertus du multilatéralisme.
Sur le plan national et régional, plusieurs dirigeants ont très tôt souligné les prévisibles impacts économiques de ce conflit sur le continent. Alors que l’UA insiste sur le fait que le conflit au Moyen-Orient « présente un risque grave » pour l’Afrique, l’accent est régulièrement mis sur la portée politique de l’événement. À cet égard, et, au-delà des grands principes énoncés par l’UA, les positions nationales sont davantage diversifiées. Si certains pays, tels que le Sénégal et l’Afrique du Sud ont condamné sans nuance l’offensive israélo-américaine en s’inquiétant des atteintes au droit international, d’autres, tels que le Maroc ou le Tchad, ont surtout déploré les attaques visant le Qatar, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït et l’Arabie saoudite. Par ailleurs, quelques États ont fait le choix d’une position d’équilibre, en condamnant à la fois une guerre jugée illégitime déclenchée par les États-Unis et Israël, tout en dénonçant le ciblage des pays du Golfe par l’Iran. On aura aussi noté la discrétion observée par les dirigeants des régimes militaires du Sahel, confrontés à une épineuse équation diplomatique. En tant qu’alliés de la Russie et soutiens résolus de cette dernière dans sa guerre illégale contre l’Ukraine, difficile pour eux de joindre leurs voix à celles qui dénoncent les violations du droit international au Moyen-Orient. À cet embarras diplomatique s’ajoute la double et délicate gestion de leur partenariat sécuritaire et économique avec Téhéran, et la récente réactivation de leur coopération avec les États-Unis.

Ce conflit au Moyen-Orient a-t-il changé le regard des États africains sur les États-Unis de Trump ?

Le conflit impactera forcément les relations entre les États-Unis et un certain nombre de pays africains, même si les dirigeants font montre d’une prudence manifeste à l’égard de l’administration Trump. Si la plupart d’entre eux espèrent que cette guerre ne bouleversera pas, en profondeur, les protocoles de coopération en cours avec les États-Unis, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne contribue pas à renforcer la confiance envers le dirigeant américain. Dans les cercles dirigeants au Sénégal, en Afrique du Sud ou au Nigeria, on souligne l’imprévisibilité de Donald Trump, et sa propension à privilégier la loi de la force sur la primauté du droit et des normes internationales. Sur un continent encore marqué par la mémoire du colonialisme, les principes tels que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et celui de la souveraineté territoriale constituent des valeurs cardinales, et fortement partagées. Le conflit en Iran donne un relief particulier aux rapports hostiles engagés par Donald Trump, depuis son retour à la Maison-Blanche, à l’égard de l’Afrique du Sud, ou son inconséquente ingérence dans la politique sécuritaire du Nigeria. La reformulation, souhaitée par Donald Trump, des coopérations avec l’Afrique, sera certainement impactée par le conflit en Iran. Compte tenu de leurs facteurs de vulnérabilité, les pays africains abordent diversement une nouvelle séquence de leurs relations avec les États-Unis : entre pragmatisme, méfiance et prudence. 

Comment la guerre en Iran impacte-t-elle les économies africaines et l’acheminement des ressources énergétiques ?

Les premières alertes formulées par les États ont été confirmées par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) qui, dans un rapport d’urgence, a mis en garde contre un choc commercial susceptible d’impacter le coût de la vie et les budgets des États. Les diverses réactions traduisent une réalité : celle des partenariats qui se sont développés au cours des dernières années entre les pays africains et ceux du Proche et du Moyen-Orient. Il faut noter que le Moyen-Orient représente 15,8 % des importations, et 10,9 % des exportations du continent. Le conflit en cours porte un rude coup aux activités, transactions et opportunités qui se sont développées au cours des vingt dernières années, à travers des entreprises privées et individuelles, entre l’Afrique et les pays du Golfe. Dès la première semaine du conflit déclenché le 28 février 2026, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a alerté l’opinion sur les conséquences pour les flux pétroliers et gaziers mondiaux. Parmi ces conséquences redoutées, une potentielle flambée des prix sur l’énergie en l’Afrique de l’Ouest, une région déjà affectée par l’inflation et le recul de la croissance. Également soulignées par l’UA, les menaces sur la sécurité alimentaire. L’économie de la plupart des pays étant dépendante des importations de pétrole, les difficultés liées à l’acheminement de ces produits produisent déjà leurs effets sur les économies nationales, et singulièrement en Afrique australe. Ailleurs, on peut observer les hausses des prix des denrées alimentaires, et aussi des engrais dont la production est tributaire des importations de gaz liquéfié. Fait inédit le 7 avril dernier, à Madagascar, un état d’urgence énergétique a été décrété. Une mesure prise par le gouvernement malgache pour faire face aux pénuries généralisées dans ce pays économiquement fragile, et particulièrement exposé au choc pétrolier provoqué par le conflit au Moyen-Orient. Les experts du PNUD estiment que si le conflit dure plus de six mois, il faudrait s’attendre, en moyenne sur le continent, à une perte de croissance de 0,2 point de pourcentage sur le PIB de l’Afrique en 2026.

Dans quelle mesure le conflit au Moyen-Orient pourrait-il profiter au secteur énergétique de certains États africains qui pourraient être vus comme pôle de stabilité en comparaison des pays impactés par la guerre ?

En principe, et par effet de substitution, certains pays africains exportateurs de pétrole et de gaz pourraient tirer profit de la situation d’instabilité au Moyen-Orient. Il s’agit des grands pays exportateurs, tels que le Nigeria, premier producteur africain de pétrole, et l’Algérie, premier producteur de gaz et quatrième de pétrole sur le contient. Dans une moindre mesure, l’Angola, le Congo, le Tchad, la Libye, le Soudan du Sud ou le Gabon pourraient également bénéficier de circuits d’opportunités, eu égard à l’envolée des prix du brut. Toutefois, il faut nuancer cette éventualité, car tous ces pays ne disposent pas des mêmes capacités d’exploitation. L’Algérie, autosuffisante sur le plan énergétique, dispose d’une capacité conséquente d’exportation, et le Nigeria, grand exportateur, héberge aujourd’hui la plus grande raffinerie d’Afrique. Hormis ces deux exemples, les autres pays producteurs sont confrontés à de multiples facteurs de fragilité : dépendance à l’égard des importations d’essence raffinée, pénuries, hausse des prix, déficit de fourniture d’électricité, recours aux subventionnements… Sans compter la baisse naturelle des réserves de pétrole et de gaz dans certains pays qui se trouvent pratiquement confrontés aux mêmes difficultés budgétaires que les pays non pétroliers. Autant de facteurs qui nous amènent à relativiser les capacités des producteurs africains de pétrole à bénéficier pleinement de l’envolée des cours, et de leur statut de recours, en termes de fourniture. Autrement dit, l’arbre des opportunités ne parvient pas à cacher la forêt des vulnérabilités structurelles.

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Gaza invisibilisée

Mon, 20/04/2026 - 12:11

Alors que l’attention internationale se focalise sur le cessez-le-feu fragile entre l’Iran et les États-Unis, ou sur les tensions au Liban, la situation à Gaza reste catastrophique et pourtant invisibilisée.

Tous les otages israéliens ont été libérés, mais rien n’est résolu. 1,5 million de Gazaouis font face à une crise nutritionnelle majeure. L’UNICEF et les organismes onusiens ne peuvent plus intervenir. Pas d’accès à l’eau, à la nourriture, aux soins, à l’éducation. Des enfants qui vivent depuis deux ans et demi sous les bombardements et le bruit des drones.

En Cisjordanie, les violences de l’armée israélienne se multiplient impunément. Des Palestiniens sont tués, blessés, leurs biens détruits, et la peur est omniprésente. De même, dans les prisons israéliennes, les tortures continuent, comme en témoigne le cas de Marwan Barghouti, figure palestinienne emblématique, dont la vie est aujourd’hui menacée.

Pendant ce temps, Israël avance sans annexion officielle, mais en grignotant chaque jour un peu plus de territoire. Ainsi la question se pose : la solution à deux États est-elle encore possible ? Ou assistons-nous, dans l’indifférence générale, à la disparition de toute perspective de paix ?

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Liban : nouvel affront israélien à la France

Fri, 17/04/2026 - 17:09

Jeudi soir, Donald Trump a annoncé un cessez-le-feu de 10 jours entre Israël et le Liban, deux jours à peine après l’ouverture de négociations directes à Washington. Une annonce qui intervient alors qu’Israël continue d’occuper le sud du pays.

Mais c’est un autre fait qui retient l’attention : Benjamin Netanyahou a exigé l’exclusion de la France de ces négociations, allié historique du Liban, alors qu’elles sont elles-mêmes conduites par les États-Unis, principal allié d’Israël.

Cette exigence israélienne pose une question de fond : que reste-t-il de la relation franco-israélienne ? Elle apparaît aujourd’hui profondément déséquilibrée et unilatérale ; Israël exige, la France cède, ou se contente de condamnations verbales qui n’ont jamais infléchi la moindre décision de Tel-Aviv.

Est-ce le signe d’une fin définitive de l’amitié franco-israélienne, ou simplement l’aboutissement d’un affaiblissement diplomatique français ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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Géopolitique de l’IA , quels nouveaux rapports de force mondiaux ?

Fri, 17/04/2026 - 15:17

L’IA devient l’un des principaux terrains de rivalité stratégique entre grandes puissances. Les États Unis et la Chine cherchent à s’assurer une maîtrise complète de la chaîne de valeur, des semi conducteurs au développement des modèles de fondation, en passant par le contrôle des infrastructures de calcul. D’autres puissances cherchent également à se distinguer dans ce nouvel espace de compétition géopolitique à la croisée des enjeux de souveraineté, de sécurité et de compétitivité.

Philippe Barbet, professeur émérite d’économie à l’Université Sorbonne Paris Nord et chercheur associé à l’IRIS, répond à nos questions :

  • Les États-Unis et la Chine ont-ils définitivement distancé leurs concurrents en matière d’IA et de sa chaîne de valeur ?
  • Quel est le rôle de l’UE sur ce marché de l’IA ? Quelle carte a-t-elle à jouer ?
  • Certains parlent d’un futur éclatement de la bulle IA. Ce scénario vous semble-t-il plausible ? Cette fébrilité ne représente-t-elle pas une faiblesse pour les États-Unis par exemple dont l’économie est dopée à l’IA ?

Cette vidéo a été réalisée à l’occasion de la 3e édition des Rencontres géoéconomiques et géopolitiques organisées par l’IRIS et NEOMA Business School, en partenariat avec Diplomatie Magazine et Courrier international, le 2 avril 2026.

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Que veut négocier Téhéran ? | Les mardis de l’IRIS

Wed, 15/04/2026 - 17:54

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS, autour des enjeux des négociations entre l’Iran et les États-Unis après un premier cycle de discussions à Islamabad qui ont débouché sur un échec.

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