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B2 Le Blog de l'Europe géopolitique. Actualités. Réflexions. Reportages
Updated: 8 hours 14 min ago

Le commandant Bouan dans Irini

Fri, 03/12/2021 - 10:22

(B2) Le patrouilleur français de haute mer (PHM dans le jargon marinier) Commandant Bouan (F-797) a rejoint l’opération européenne EUNAVFOR Med Irini chargé du contrôle de l’embargo armes et pétrole au large de la Libye. C’est le quatrième bâtiment français à participer à l’opération depuis le lancement de l’opération en 2020.

Le commandant Bouan au port d’Augusta (photo : marine nationale)

Le navire a fait une « relâche opérationnelle » sur la base militaire de la marine italienne, à Augusta en Sicile, qui sert de base logistique arrière à l’opération européenne. Objectif : « installer le système d’information et de commandement spécifique de l’opération » indique la marine nationale. NB : Une nécessité pour bien communiquer avec le reste des navires, et surtout avec le commandement de l’opération situé à Rome.

Révisions des procédures de visite (crédit : Marine nationale)

L’escale a été aussi mis à profit pour compléter les entrainements. Un programme dédié d’entraînement a ainsi été organisé, avec un exercice de visite d’un navire suspect, la révision des procédures de communication et le compte-rendu. NB : Des procédures normalement connues auxquels les fusiliers-marins ont été initiées. Mais cet ultime exercice permet d’intégrer toutes spécificités européennes.

Le patrouiller a repris la mer le 20 novembre pour rejoindre sa zone d’action, apprend-on.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Un premier avion de Frontex déployé au-dessus de la Manche

Thu, 02/12/2021 - 18:50

(B2) Un avion Challenger danois a atterri le 1er décembre à Lille. Il va opérer au-dessus de la Manche pour le compte de Frontex, dans une situation tendue entre le continent et le Royaume-Uni.

(photo : Ministère de l’Intérieur/DICOM)
  • Cela fait suite à la réunion tenue à Calais ce dimanche (28 novembre) entre la France et les autres pays riverains du continent — Belgique, Pays-Bas, Allemagne — mais sans la présence du Royaume-Uni. Paris ayant retiré son invitation (lire : Carnet 30.11.2021))

La surveillance aérienne débute

Un premier avion a été engagé dans la région de la Manche et de la mer du Nord « pour soutenir les autorités françaises et belges » dans la gestion de la crise migratoire, indique Frontex dans un communiqué. Le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin précise qu’il s’agit de « renforcer la surveillance aérienne ».

Un premier avion danois

Le premier avion déployé est un Challenger des forces aériennes danoises, qui opère pour le compte de Frontex. « Son équipage est très expérimenté et a déjà été déployé dans d’autres opérations Frontex, plus récemment en Espagne », indique l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes. Équipé de capteurs et de radars, l’appareil embarque également « des officiers de liaison des autorités compétentes pour soutenir l’équipage et faciliter une prise de décision rapide et efficace ».

Le dispositif prêt à évoluer

D’autres avions pourraient rejoindre le dispositif, indique le directeur de Frontex, Fabrice Leggeri : « Nous commençons avec un seul avion, mais nous sommes prêts à renforcer notre soutien si nécessaire ». Car il juge l’évolution de la situation… « préoccupante ».

(Helen Chachaty)

Lire aussi sur le même sujet :

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Première opération pour le Task Group franco-tchèque avec les forces armées maliennes

Wed, 01/12/2021 - 19:05

(B2) Dans le cadre de la task-force Takuba, déployée au Mali des commando marines français et des commandos tchèques ont mené de concert leur première opération de reconnaissance avec une unité des forces armées maliennes

(photo : État-major des armées/France)

Concrétiser la formation

L’opération s’est tenue du 20 au 22 novembre et impliquait le task-group n°2 de Ménaka et de l’Unité légère de reconnaissance et d’intervention n°6 (ULRI) des forces armées maliennes. Elle a été conduite « à une trentaine de kilomètres au Sud-Ouest de Ménaka », indique l’état-major des armées français dans un communiqué. Cette mise en application intervient après un cycle de cinq semaines de formation et d’entraînement.

Une opération, trois objectifs

Après acquisition de renseignement et « grâce au dialogue établi avec la population », les militaires ont réalisé des opérations d’infiltration motorisées de jour et de nuit. Les militaires français et tchèques ont encadré deux sections de militaires maliens, avec un triple objectif : « perturber les réseaux des groupes armés terroristes » ; « montrer la présence des militaires maliens accompagnés de la task-force Takuba » ; « évaluer les compétences acquises par l’ULRI 6 », afin de valider leurs capacités à « mener des opérations plus longues et dans la profondeur ».

(Helen Chachaty)

Lire aussi : Les Tchèques de Takuba confrontés à un IED. Pas de blessés

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La présidence française de l’UE démarre dans un mois. Le calendrier

Tue, 30/11/2021 - 07:59
(Photo DR)

(B2) Cela fait quatorze ans que la France n’a pas eu la présidence de l’Union européenne. La dernière remonte à 2008. La prochaine présidence n’est pas attendue avant 2035 ! C’est dire l’importance de l’évènement, la ‘PFUE’ en bon jargon bruxellois.

La présidence des Conseils

Pour être exact, la France va assurer la présidence du Conseil de l’Union européenne (et non pas de toutes les institutions, comme la Commission européenne ou le Parlement européen). Ou plutôt de certains Conseils. Car les Conseils des ministres des Affaires étrangères, de la Défense ou du Développement continuent d’être présidés par le Haut représentant de l’UE, l’Espagnol Josep Borrell (et non par Jean-Yves le Drian ou Florence Parly). L’Eurogroupe reste, lui, présidé par l’Irlandais Paschal Donohoe. Et le Conseil européen, l’instance suprême qui réunit les Chefs d’État et de gouvernement deux ou trois fois par semestre, par le Belge Charles Michel.

Une certaine co-présidence

En pratique, la présidence tournante arrive à faire passer ses priorités. « Surtout si c’est la France », comme me l’a confié une source interne. Cela sera d’autant plus facile que ces trois personnalités sont assez proches, soit idéologiquement, soit personnellement de leurs homologues français. Charles Michel fait partie de la même génération de dirigeants libéraux qu’Emmanuel Macron. Josep Borrell et Jean-Yves Le Drian appartiennent à une autre génération, plus social-démocrate, mais ils s’estiment et se connaissent personnellement depuis des dizaines d’années. On peut donc parler d’une co-présidence.

Une proximité à la Commission européenne

La présidente, l’Allemande Ursula von der Leyen, entretient des relations directes avec l’Élysée. Tandis que le commissaire français Thierry Breton agit en tandem très étroit avec le gouvernement français. Retournant tous les week-ends à Paris, non seulement il fait le tour des plateaux radios ou télévisions françaises, mais il rencontre le plus régulièrement possible tous ses interlocuteurs français. Il était encore ce week-end (27-28 novembre) à Rennes aux côtés de J.-Y. Le Drian pour visiter la cyberdefence factory. Une excuse plus qu’une nécessité. Son poids au sein du Berlaymont (le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles) s’est renforcé au fil de la crise du Covid-19. Au point que même s’il n’en a pas le titre, on peut dire qu’il est un des vice-présidents de l’institution.

La vraie présidence

La présidence des Conseils des ministres n’est que la version immergée de l’iceberg. Le vrai travail au niveau européen se situe en amont, dans les près de 150 groupes et comités qui préparent les réunions, des plus discrets (comme le fameux SCIFA qui s’occupe de questions d’asile et d’immigration), au plus célèbre et médiatisé, le comité des représentants permanents. Ce Coreper (dans l’appellation commune) regroupe en effet les chefs des missions des 27 États membres présentes à Bruxelles. Un club assez select d’ambassadeurs. Son instance maîtresse est le Coreper 2 qui s’occupe des matières ‘régaliennes’ (affaires étrangères, justice et affaires intérieures, économie et euro). Tandis que le Coreper 1 (qui regroupe les représentants permanents adjoints) a en charge les affaires « réelles », celles qui concernent la vie « intérieure » de l’Union européenne (Agriculture, Pêche, Culture, Éducation, Espace, Environnement, Energie, Transport etc.).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Le calendrier

L’agenda officiel ne devrait être dévoilé qu’au moment du dernier Conseil européen de l’année, les 16-17 décembre. Pour nos lecteurs, le voici en avant-première. Toutes les dates synthétisées par B2.

Le calendrier des Conseils sous la PFUETélécharger

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Le général commandant la mission de l’UE en Bosnie dérape. Peut-il rester en poste ?

Mon, 29/11/2021 - 14:02

(B2) Il y a comme un problème à la direction de l’opération européenne de stabilisation en Bosnie-Herzégovine. Le général commandant EUFOR Althea, un Autrichien, a pris position de manière étrange sur la situation politique dans le pays.

Pas de menace militaire

Dans une interview au quotidien autrichien Der Standard donnée début novembre, le commandant de la force EUFOR Althea à Sarajevo, le général autrichien Alexander Platzer, a livré sa propre analyse du terrain. Au plan militaire, il ne voit « fondamentalement aucune menace militaire classique » face aux velléités séparatistes de Milorad Dodik et de la Republika Srpska. Mais il est presque d’accord aussi avec le dirigeant serbe sur le plan politique. « L’armée commune n’est pas ancrée dans l’accord de paix de Dayton. À l’époque du traité de Dayton, nous avions trois armées basées sur l’ethnie. L’armée commune a alors été créée sur la base d’une volonté nationale », ajoute-t-il. La seule réserve pour lui est d’ordre technique : « cela n’a aucun sens d’un point de vue structurel ».

Une proximité avec les thèses de Dodik

Un point de vue qui détonne dans le panorama explosif de la Bosnie-Herzégovine aujourd’hui. Certes l’armée commune n’est pas formellement reconnue dans l’accord de Dayton. Mais elle est inscrite dans les décisions postérieures. De plus, elle constitue un élément intrinsèque de la stabilisation en Bosnie-Herzégovine. Cette position intervient pour le moins en contrepoint de la position européenne et ressemble étrangement à épouser les thèses du dirigeant serbe de Bosnie, Dodik, qui a qualifié ses récentes annonces de « retour à l’Accord de Dayton original ».

Un retour à un passé dangereux

Si les projets annoncés étaient mis à exécution, « les militaires résidant en Republika Srpska se retireraient des forces armées de la Bosnie-Herzégovine, les installations des forces armées situées sur le territoire de l’entité passeraient sous le contrôle de la Republika Srpska et l’armée de la Republika Srpska serait rétablie, manifestement en y intégrant le personnel issu des forces armées de la Bosnie-Herzégovine. Une telle mesure nous ramènerait quinze ans en arrière dans le seul domaine de la réforme de la défense, et encore plus loin dans le passé pour ce qui est du renforcement de la confiance et de la sécurité », dénonce le haut représentant de la communauté internationale, l’Allemand Christian Schmidt.

Une sécession qui ne dit pas son nom

Celui-ci critique d’ailleurs violemment à la fois la volonté des Serbes de Bosnie, comme leur phraséologie de retour à l’accord de Dayton Original. C’est un « terme inadapté sur le plan politique et fondé sur des interprétations erronées » de la Constitution de la Bosnie-Herzégovine. « Cette politique vise [en fait] à défaire nombre des réformes mises en œuvre de haute lutte au cours des 26 dernières années, en vue non pas de respecter strictement la lettre de l’Accord-cadre général pour la paix, mais de revenir à la situation qui prévalait sur le terrain avant la mise en œuvre de l’Accord de paix de Dayton. » En bref, « M. Dodik cherche à obtenir que la Republika Srpska s’affranchisse de l’ordre constitutionnel établi en vertu de l’annexe 4 de l’Accord-cadre général et cesse de participer à la mise en œuvre du volet civil de l’Accord prévue à l’annexe 10. Il s’agit là d’une sécession qui ne dit pas son nom », écrit le haut représentant dans son dernier rapport publié fin octobre.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Commentaire : plus qu’une erreur, une faute !

On ne peut qu’être étonné (le mot est faible) par ce type de propos, dans la bouche d’un militaire à la tête d’une opération de stabilisation, qui agit dans un cadre mixte (OTAN-UE), dans un des pays les plus fragiles et sensibles du continent européen. On est à la limite du dérapage incontrôlé.

Est-ce un tournant de la doctrine européenne ? Nous avons posé la question. Non, nous a-t-on assuré du côté européen. L’Union européenne reste attachée aux structures communes de la Bosnie-Herzégovine. Du côté de l’OTAN, c’est encore plus clair : il faut « soutenir fermement les structures étatiques unies et les forces armées multiethniques du pays ». Le secrétaire général de l’OTAN l’a rappelé vendredi (25 novembre) en prélude à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance à Riga.

Est-ce un avis personnel ? Ici, le général Platzer semble avoir édicté un commentaire, davantage personnel et très politique. Les thèses qu’il défend sont très proches de celles défendues par le groupe I&D (Identité et démocratie) au Parlement européen. Peu étonnant. Le caractère militant du général auprès du mouvement d’extrême-droite FPÖ est de notoriété publique. Tant qu’il ne déborde pas dans la sphère professionnelle et militaire, cela ne devrait pas poser de problème. Là on peut se poser vraiment la question. Un simple militaire qui profèrerait de telles opinions pourrait-il rester en poste ? Pas sûr. Quand il s’agit d’un commandant de force de l’UE (et de l’OTAN), il y a un fait : un clair manquement à la ligne politique.

La sanction devrait être immédiate et exemplaire. Pour reprendre la célèbre phrase de Jean-Pierre Chevènement, quand il a décide de quitter le gouvernement en 1983 : « Un ministre de la défense, cela ferme sa gueule ou ça démissionne ».

(NGV)

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Nouvelle approche amicale par les marins allemands du Bonn

Sat, 27/11/2021 - 14:45

(B2) L’équipe de visite (Einsatzgruppenversorger) du navire de soutien allemand Bonn engagé dans l’opération de de l’UE de contrôle de l’embargo sur les armes et le pétrole au large de la Libye a effectué une approche amicale sur un cargo Grandway Star, battant pavillon du Panama, en route pour la Libye (Misrata selon nos informations).

L’équipe de visite du Bonn descend sur le cargo (photo : Bundeswehr im Einsatz)

C’est la vingtième approche (friendly approach) réalisée par les équipes spécialisées allemandes embarquées à bord du Bonn signale le QG de l’opération européenne basé à Rome.

(NGV)

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Attaque à la voiture piégée à Mogadiscio

Fri, 26/11/2021 - 21:38

(B2) Une voiture bourrée d’explosifs (VBIED) a explosé jeudi matin (25.11) à Mogadiscio visant un convoi escorté par une « société de sécurité privée ». Une énorme explosion entendue de toute la ville.

Les secours arrivés sur place ont évacué au moins 23 personnes (Photo Aamin Ambulance)

Une dizaine de morts

L’attentat s’est produit lorsque le convoi passait devant l’ancien palais présidentiel d’Abdiqasim, à proximité de l’école Mucasir dans le district de Hodan. Il a fait au moins 10 morts et 20 blessées, rapporte le site Horn Observer. « Au moins huit personnes ont été tuées et 23 autres blessées dont 13 étudiants », rapportent des responsables de la sécurité citées par les agences AFP/Reuters et la Deutsche Welle.

Une énorme explosion

L’explosion a été si forte qu’elle a été entendue à plusieurs centaines de mètres à la ronde. Et un long panache de fumée s’élevant visible de toute la ville. Les murs de l’école voisine de Mucassar comme de l’hôpital Osman se sont effondrés. « Il y a environ une tentative d’attaque par jour à Mogadiscio » commente le colonel Hans Granlund, chef adjoint de l’EUTM Somalia, la mission de l’UE de formation de l’armée somalienne. Mais « cette charge explosive était la plus importante depuis longtemps ».

Qui était visé ?

L’attentat a été revendiqué par le groupe islamiste des Al-Shabab. L’organisation terroriste a indiqué, selon Maareg, avoir visé un convoi parti de la base Général Gordon * (la base de formation de l’armée somalienne) vers le camp militaire de Halane (où se trouvent les troupes de l’AMISOM) à Mogadiscio. Mais la force de l’Union africaine en Somalie a démenti qu’il s’agissait d’un de ses convois.

Un convoi d’une société privée

« Il n’y avait aucun convoi de l’AMISOM sur les lieux de l’attaque ou dans ses environs au moment de l’explosion, et aucun matériel ou personnel de l’AMISOM n’a été touché par l’explosion contrairement à ce que Al-Shabaab l’a faussement affirmé » indique un communiqué. « Les premiers rapports indiquent que l’explosion visait une société de sécurité privée. » Au moins quatre gardes de sécurité auraient été blessés, selon d’autres sources.

Aucune victime parmi les EUTM

Aucune victime du côté de l’EUTM n’est à déplorer, rapportent les Forces armées suédoises, présentes en Somalie dans le cadre de EUTM Somalia (avec 9 personnes). NB : le camp international où se trouve la mission est situé à environ 5 km de l’incident. « Il se peut qu’Al-Shabab intensifie maintenant ses attaques avant les prochaines élections — craint le colonel suédois Hans Granlund, mais il est trop tôt pour le dire avec certitude ».

(Nicolas Gros-Verheyde, avec Agnès Faure)

Télécharger le communiqué suédois

  1. Du nom de ce membre de la Delta Force tué en octobre 1993 lors de la bataille de Mogadiscio

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Des Belges dans Takuba au second semestre 2022. Peut-être

Tue, 23/11/2021 - 07:40

(B2) La Belgique a inscrit dans son plan d’opération 2022 un possible déploiement dans le cadre de la task-force d’initiative française au Mali. Tout n’est pas encore tout à fait réglé

Le slide du plan d’opérations 2022 montré aux députés (flux : chambre – photo : B2)

De quelques officiers d’état-major

La Belgique ne se contenterait plus ainsi d’envoyer quelques officiers de liaison au QG de la task-force Takuba — ils sont trois actuellement, qui seront prolongés —, mais passerait à un déploiement plus actif. Le ministère belge de la Défense envisage ainsi le déploiement d’un sous groupement tactique interarmées (CATSG dans la dénomination belge ou Combined Arms Tactical Sub-Group), au 2e semestre 2022.

Un déploiement graduel en fonction de la situation

Cette force serait « déployée de façon graduelle, évoluant en fonction de différents paramètres, notamment l’évolution politique et sécuritaire sur place », précise le capitaine de frégate Kristof Van Belleghem, devant les députés de la commission Défense du parlement belge, mercredi (17 novembre). Audition à laquelle a assisté B2. L’effectif serait compris entre 165 personnels (à la mi-2022) et 255 personnels (fin 2022, moment où serait atteint la pleine capacité de déploiement).

Protection de force et accompagnement des forces spéciales

Missions attribuées à cette force : premièrement, la protection de la base de déploiement et des convois logistiques ; deuxièmement, l’appui en seconde ligne aux forces spéciales et leurs partenaires maliens, troisièmement, une (possible) contribution à l’entrainement des forces d’intervention maliennes à partir de la base belge. Le détachement belge comprendrait (bien évidemment) des véhicules blindés.

Une évaluation encore nécessaire

Précision importante : l’analyse de ce déploiement est encore « en cours » à La Défense et devra être présentée « pour débat » aux parlementaires prochainement, prévient le directeur des opérations au cabinet de la ministre. C’est la question du soutien médical et logistique qui doit notamment être bien étudiée apparemment. Outre le soutien national, des « synergies sont actuellement recherchées avec des partenaires » précise Van Belleghem. La possible insertion de spécialistes médicaux dans l’hôpital de Rôle 2 français à Gao est ainsi envisagée.

Un engagement risqué au plan politique

Ces précisions ne sont pas de pure forme. Les précédents projets se sont cassés le nez sur des difficultés politiques comme techniques. Tout d’abord le manque de soutien dans la majorité pour un tel déploiement était patent jusqu’alors (lire : Une compagnie belge dans l’opération Barkhane. Un accord politique encore nécessaire). Il y avait aussi des questions de disponibilités (lire : Pourquoi la Belgique et les Pays-Bas entrent dans Takuba si timidement ?) (1). Ce qui avait contraint la ministre Dedonder à jeter le gant l’année dernière, non sans remous (lire : Les Belges n’iront pas dans Barkhane en 2021. Et pour 2022 on verra !). La ministre Dedonder y va, cette fois, à pas comptés, tentant de démontrer aux parlementaires que les Belges ne sont pas tout seuls dans cette opération. « Une dizaine de pays y participent ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. La composante médicale militaire belge a été réduite de façon drastique ces dernières années au point que pour certaines opérations, les militaires belges sont obligés de recourir au privé, voire de « faire du stop » auprès de leurs alliés en cas d’évacuation.

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Les Britanniques de la Minusma en opération près d’Ansongo au Mali

Sat, 13/11/2021 - 15:33

(B2) Des soldats britanniques, appartenant à la mission de maintien de la paix des Nations Unies, ont saisi quelques armes appartenant à un groupe de l’EIGS lors d’une opération près d’Ansongo, au Mali.

Les militaires britanniques récupérant la moto laissée au milieu du gué (Crédit : MOD UK)

En patrouille

C’est le résultat d’une opération de 17 jours (Makara 2), menée en septembre par les soldats du Long Range Reconnaissance Group, le LRRG. Cette unité de reconnaissance est d’abord tombée sur trois membres présumés du groupe terroriste EIGS (l’État islamique dans le Grand Sahara). Ceux-ci qui ont « abandonné leurs équipements, tout en fuyant » précise un communiqué du MinDéf britannique début novembre.

Plusieurs motos, armes et équipements saisis

Un des trois hommes a été arrêté alors qu’il essayait de s’échapper sur une moto à travers un plan d’eau. Lors d’une fouille dans la zone, les Britanniques du Queen’s Dragoon Guards ont pu saisir « deux motos, un lance-roquette (RPG) avec des munitions, des radios et des vêtements de combat ». Quelques jours plus tard, des soldats du même régiment de la cavalerie britannique sont tombés sur deux autres hommes armés, les arrêtant après qu’ils tentaient de s’enfuir. Au bilan : « deux fusils AK47, des munitions, des radios et d’autres équipements militaires » saisis.

L’opération Makara 2 pour stabiliser la zone

Cette saisie ne tient pas tout à fait du hasard. L’opération Makara 2 de l’ONU a été montée après les attaques mortelles du mois d’août autour d’Ansongo, qui ont fait des dizaines de morts parmi les villageois, pour stabiliser la zone et rassurer la population locale. Le LRRG qui fournit à l’ONU « une capacité de reconnaissance spécialisée » au long cours, « en effectuant des patrouilles dans des zones reculées » avait aussi été déployée pour assister l’équipe des droits de l’homme des Nations Unies chargée d’enquêter sur cette tuerie.

Une approche robuste du maintien de la paix

Pour le lieutenant-colonel Will Meddings, chef de la task-force britannique, « la clé du succès consiste à déployer des patrouilles durant de longues périodes et rester sur place », pour recueillir informations, et renseignements, notamment en dialoguant avec la population. Cela permet d’avoir « une bonne image du fonctionnement des groupes djihadistes [et] de prendre ensuite des mesures contre eux ». Une « approche robuste » du maintien de la paix, nécessaire pour « protéger le peuple malien », selon lui.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Une équipe du génie britannique en soutien à la frontière polonaise

Sat, 13/11/2021 - 09:13

(B2) Une petite équipe des forces armées britanniques va venir en soutien des Polonais sur la frontière avec la Biélorussie.

Cette petite équipe a un premier objectif : « explorer comment nous pouvons fournir un soutien technique pour faire face à la situation actuelle à la frontière biélorusse ». Cela suit un accord passé entre Londres et Varsovie. C’est aussi le témoignage d’« une longue histoire d’amitié » entre les deux pays « alliés de l’OTAN » commente le ministère britannique de la Défense via twitter vendredi (12 novembre).

Commentaire : cette aide peut sembler minimaliste et symbolique. Mais le symbole est important. Les Britanniques n’ont pas tout à fait oublié l’apport des militaires polonais dans la défense de Londres durant la Seconde guerre mondiale. Et avoir ne serait-ce que quelques militaires britanniques face aux garde-frontières et forces biélorusses démontre aussi que toute tentative d’entrisme biélorusse provoque une solidarité des Alliés.

(NGV)

NB : cette brève a été séparée de l’article mis à jour sur la mobilisation polonaise.

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A la frontière de la Biélorussie, la Pologne mobilise

Fri, 12/11/2021 - 19:26
La frontière de Kuznica (Photo : Garde-frontières PL)

(B2) C’est une véritable bataille moderne qui se déroule dans les confins orientaux de l’Europe, entre Pologne et Biélorussie. Une réelle attaque hybride au sens propre du terme

L’action se situe dans cette région de la Podlachie, le climat y est plutôt sauvage et rude, entre forêts et marécages. On se situe non loin de la forêt de Białowieża, une des dernières forêts « primaires » en Europe, déclarée patrimoine mondiale de l’humanité.

Une première depuis 1991

Pour la Pologne, cette situation est exceptionnelle. C’est « la première fois depuis 30 ans, que la sécurité à (ses) frontières est mise à rude épreuve » soulignait ainsi le premier ministre Mateusz Morawiecki devant la Diète mardi (9 novembre) (1). Et il ne s’agit pas d’immigration, mais d’une attaque en bonne et due forme, même si elle est hybride. « Nous sommes convaincus que les opérations à la frontière orientale de la Pologne font partie d’une opération plus large et coordonnée qui est d’un nouveau type de guerre, où les gens sont utilisés comme boucliers humains » dit le ministre de l’Intérieur, Mariusz Kamiński.

L’instigateur : le Kremlin

Pour les Polonais, il n’y a pas l’ombre d’un doute. « Le principal décideur est à Moscou au Kremlin, c’est Vladimir Poutine. Nous observons depuis longtemps des réunions tant au niveau politique qu’au niveau des services secrets des deux pays » lâche Mateusz Morawiecki. Une attaque planifiée. « Depuis juin, nous savions qu’une décision politique avait été prise d’attaquer notre pays et les pays baltes en utilisant l’élément de la migration illégale. »

31.000 tentatives stoppées

Les Polonais disent avoir bloqué 31.000 tentatives de passage. Plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées. 1800 personnes sont dans des centres de rétention. 300 d’entre elles ont décidé de retourner dans leur pays d’origine. 370 passeurs ont aussi été arrêtés. Le moment le plus critique est survenu en début de semaine, lundi, à Kuznica. Environ 1500 migrants ont tenté de franchir la frontière. Une tentative de passage en force.

Pas beaucoup d’aide de Bruxelles

Face à cela, la Pologne se sent un peu seule. «  Jusqu’à présent, Bruxelles n’a pas fait grand-chose » critique le premier ministre. La Commission européenne, l’Union européenne, le Conseil « nous inondent de propositions de soutien ». Mais « c’est comme dans le ‘rapport de la ville assiégée’ — une oeuvre du poète Zbigniew Herbert : « ils envoient des sacs d’encouragement, de la graisse et de bons conseils. » 

Du financement et des sanctions

Or ce que veut la Pologne c’est du concret. Tout d’abord une « aide financière pour la construction du barrage » — le premier ministre en parle à tous ses interlocuteurs, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen comme le président du Conseil européen Charles Michel. Deuxième cheval de bataille de Varsovie : des sanctions économiques fortes frappant au cœur la Biélorussie. « Les sanctions que nous avons aujourd’hui, c’est-à-dire augmenter le nombre de personnes qui ne seront pas autorisées à entrer dans l’Union européenne, convenons-en, ce n’est malheureusement pas une sanction terrible pour le régime de Loukachenko, il faut également d’autres sanctions économiques. » Enfin, la Pologne veut une action déterminée dans les pays d’origine « pour bloquer l’émigration au premier niveau ».

Frontex n’est pas utile

Sur une possible aide du corps européen des garde-frontières, le Polonais n’a aucune illusion. « Frontex, vous savez, c’est plutôt une agence d’échange de bonnes pratiques. Bien sûr il ont quelques suggestions, etc. [Mais] ce service [Frontex] est léger, il est petit » raille-t-il. L’agence « n’aide pas beaucoup d’ailleurs lors de la grande crise à la frontière sud. […] Si on en avait 20.000 hommes en renfort, des soldats ou des officiers de Frontex qui viendraient, alors oui nous y penserions vraiment. Mais une telle situation n’existe pas du tout. »

L’armée mobilisée

Selon le ministère de la Défense, environ 13.000 soldats venant de quatre divisions servent actuellement, soit directement à la frontière, soit à l’arrière. Ils sont présents sur toute la longueur de la ligne frontière et soutiennent les gardes-frontières à presque tous les postes. Ils étaient 6000 il y a quelques semaines.

Génie, hélicos et défense territoriale

Outre les forces terrestres, la composante aéronautique est présente avec cinq hélicoptères. Ils sont appuyés par les soldats des troupes du génie chargés de construire et de réparer les dommages causés à la clôture. Les Forces de défense territoriale ont aussi été mobilisées en appui, depuis l’instauration de l’état d’urgence, dans la protection de la zone frontalière. À ceux-là, il faut ajouter les quelques milliers de garde-frontières et policiers déployés. Soit en tout plus de 15.000 hommes aux frontières.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. La dernière fois c’était en effet en 1991, à la chute de l’URSS lorsque les unités spéciales du ministère soviétique de l’intérieur (les OMON) prennent d’assaut les postes frontières lituaniens.

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Un Suédois prend la tête de la task-force Takuba

Thu, 11/11/2021 - 21:30

(B2) Depuis hier mercredi (10 novembre), le colonel Peter des forces spéciales suédoises a pris la tête de l’opération multinationale initiée par les Français dans la zone des Trois frontières au Sahel

Le Colonel Peter de dos avec le général de brigade Landicheff, lors de la passation du commandement (crédit : DICOD/EMA)

Une preuve de confiance

« Le fait que la Suède soit désormais autorisée à prendre la direction est une preuve claire que la confiance dans les forces spéciales suédoises, la force suédoise dans son ensemble et son personnel hautement compétent est élevée » indique le colonel Peter *, qui vient tout juste de rentrer à Ménaka, la base des militaires Takuba, après une tournée de la région avec son prédécesseur, le général de brigade français Philippe Landicheff. Histoire de bien passer le relais.

Une première pour les Français et les Suédois

Pour les Suédois, le Mali n’est pas tout à fait une découverte. La Suède participe à l’opération depuis près d’un an à Takuba, avec une force de réaction rapide équipée notamment d’un hélicoptère Black Hawk (Hkp-16 dans la dénomination suédoise). Mais c’est la première fois depuis le début de l’intervention française au Mali que les Français osent confier à un Européen le commandement d’une de leurs composantes d’intervention sur place. Les Suédois n’avaient jusqu’à présent d’un poste d’adjoint.

Un certain intérêt européen

Une douzaine de nations participent aujourd’hui à la task-force Takuba, directement sur le terrain, ou au commandement. Mais d’autres pourraient la rejoindre. « Il existe un intérêt européen évident à contribuer à cette tâche importante » indique-t-on du côté suédois. La Suède assurera le commandement jusqu’au 1er mars prochain. Le contingent suédois devrait alors rentrer au pays.

(NGV)

* Un pseudonyme. La Suède mettant un point d’honneur à ne pas dévoiler l’identité de ses forces spéciales.

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PFUE. L’Europe, cet être si complexe. Quand le militaire français préfère l’OTAN

Wed, 10/11/2021 - 09:30

(B2) À l’arrivée de la présidence française de l’Union européenne, la structure militaire française se (re)découvre une passion pour le drapeau bleu à étoiles. Sans un grand enthousiasme

(photo : DICOD/EMA)

Le lent effacement de la pensée européenne chez les militaires français

Depuis l’ouverture de ce blog, nous avons pu le constater : peu à peu, l’esprit européen qui était présent chez plusieurs hauts gradés (parfois avec critique) s’est effrité au fil du temps. Il a laissé le temps à une certaine indifférence, voire mépris à peine voilé

Plusieurs effets cumulatifs

Entre l’effet de souffle de la fin de présidence française de 2008 (sous Nicolas Sarkozy) particulièrement intense, le départ de toute une génération qui a vécu les premières opérations européennes, la réintégration quasi-simultanée de l’OTAN qui a façonné une autre génération d’officiers, et les opérations françaises au Sahel… il y a une série de raisons qui expliquent cette très faible passion pour la ‘chose’ européenne. C’est peu dire. Et en plus, elles signifient aussi une faible connaissance du monde européen. Les exceptions se comptent sur les doigts de la main. Même à l’IHEDN (cf. encadré) comme l’IRSEM — les deux centres névralgiques de la pensée militaire française — le tropisme européen a été un peu laissé de côté. Et la recherche recentrée sur d’autres terrains considérés comme plus stratégiques (le Grand Nord, l’Indo-Pacifique, la Russie, etc.).

Un certain mépris

Certes les mots sont là. Présidence française de l’Union européenne oblige et ordre du patron. Europe, Europe, Europe… Mais dès qu’on creuse un peu, surgit un mépris à peine avéré contre « cette machine bureaucratique », contre « ces Allemands incapables qui obéissent à leur parlement », et tous « les autres incapables de bouger le petit doigt sans l’aide des Américains… ou de la France », contre « cette Cour de justice qui affirme sa primauté dans la législation française » (lire : temps de travail, halte au feu). Suit bien souvent une déclaration énamourée sur les Britanniques, « les seuls capables ». Tout n’est pas totalement faux. Mais le propos est par trop caricatural.

L’enthousiasme très mesuré pour la PSDC

Le gouvernement français ne mise plus vraiment sur les opérations de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Il n’y participe que du bout des lèvres. Quelques heures de vol d’avion et un navire de temps à autre dans l’opération EUNAVFOR Irini en Méditerranée. Une participation a minima dans la mission de formation EUTM Mozambique, etc. Paris préfère en fait les coalitions ad hoc.

La préférence pour les coalitions ad hoc

La task-force Takuba, regroupant des forces spéciales européennes au Mali, complément (ou voie de sortie) à l’opération Barkhane, en est le modèle. Mais ce n’est pas un exemple isolé. Le lancement de l’opération Emasoh (Agenor dans le langage français) de surveillance maritime dans le détroit d’Ormuz se fait également en coalition. Idem pour la présence dans le Golfe de Guinée, contre la piraterie maritime. Avec un bémol : un concept a été bâti de présences maritimes coordonnées, donnant une touche européenne à la coalition. Ce concept pourrait être étendu en 2022 (sous la présidence française de l’UE) à l’Océan indien ou l’Indo-Pacifique. Et il soutient une réflexion au sein de l’Union européenne sur la mise en œuvre de ce qu’on appelle l’article 44 du Traité (lire : Comment mener une action en coalition sous l’égide de l’Union européenne. La réflexion reprend sur l’article 44)

Une singulière méconnaissance

Sauf exception, ce lent éloignement de l’Europe entraîne des connaissances assez concrètes.

Une ignorance de la mécanique communautaire

L’évolution des institutions même est souvent sous-estimée. Le fonds défense et la facilité européenne pour la paix traduisent une certaine irruption de la machine communautaire classique dans la défense. La jurisprudence constante de la Cour (fidèle à ses habitudes) étend sa zone d’interprétation sur tous les pans communautaires (cf. sa jurisprudence sur la discipline dans les missions civiles de la PSDC). La doctrine de politique étrangère européenne qui s’affirme, malgré les difficultés et lentement. Tout cela est moins connu qu’il y quinze ans. Un paradoxe au moment où le communautaire déboule dans la défense.

L’évolution dans les États européens

Le lent effacement du tropisme interventionniste dans plusieurs pays — de la Belgique à la Pologne, en passant par le Royaume-Uni ou l’Allemagne — est réel. La réflexion sur les échecs des opérations passées (Iraq, Afghanistan, Libye…) est passée par là et a engendré une certaine méfiance ou prudence vis-à-vis de la tentation expéditionnaire française. La fragilité aussi de certaines coalitions et gouvernants au pouvoir est réelle (Merkel en Allemagne ou Orban en Hongrie constituant plutôt des exceptions). Difficile à saisir pour une France qui est le seul pays à avoir une verticale du pouvoir aussi affirmée — du président aux députés, en passant par le gouvernement et les départements.

Des nouveautés au niveau de la sécurité

La transformation de l’agence Frontex, en corps européen de garde-frontières et garde-côtes, avec un budget notable, le recrutement de plusieurs milliers de policiers et garde-frontières, fonctionnaires ou agents européens, armés, et dotés d’équipement, est souvent ignorée (sauf les plus proches de cette agence, les gendarmes notamment). À tort. On n’est pas dans la théorie. Mais dans la pratique. Cette agence connait certes plusieurs défauts (de jeunesse, dirait-on). Mais c’est un outil important de la construction de l’Europe de la sécurité. Et un modèle pour la future défense européenne.

Commentaire : Un réveil nécessaire

Bref… il serait temps de se réveiller, de réfléchir et doter l’armée française d’une réelle connaissance de ses collègues européens (atouts comme défauts). L’erreur serait de se croire infaillibles et invincibles, les meilleurs du monde (après les Américains). Et de suivre ainsi le chemin de l’armée britannique qui, éreintée par vingt années d’opérations extérieures intensives, a perdu en puissance et capacités et s’est détachée de sa propre population (et de son gouvernement) devenus beaucoup moins enthousiastes sur l’emploi de la force à l’étranger. L’Europe doit beaucoup à la France. Mais la France n’est pas grand chose sans l’Europe…

(Nicolas Gros-Verheyde)

IHEDN Europe : un raté monumental. La nomination par l'association des anciens de l'IHEDN d'un Britannique, Colin Cameron, est caractéristique de cette 'inculture'. La dernière plus grande bataille de cet ancien secrétaire général de l'UEO (l'Union pour l'Europe occidentale) a été au début des années 2010... pour pouvoir bénéficier de plusieurs dizaines de milliers d'euros supplémentaires (lire : UEO, quand le neveu vient au secours de l’oncle).

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B2 franchit un nouveau cap ! Soyez des nôtres

Mon, 08/11/2021 - 16:26

(B2) Chers lecteurs, chères lectrices, B2 va franchir dans quelques semaines une nouvelle étape, marquée par une nouvelle dénomination : « Le quotidien de l’Europe géopolitique« .

En Méditerranée (© NGV / Archives B2)

Cette terminologie mesure le temps parcouru à tous niveaux depuis… 2008. Ce qui n’était « qu’un blog » est devenu un média à part entière, reconnu « d’information politique et générale » (IPG) par le ministère (français) de la Culture. L’Europe, aussi, a affiché sa volonté d’embrasser tous les thèmes de la géopolitique et de se hisser au rang des acteurs mondiaux.

Le libre accès reste un choix délibéré. Malgré la tendance générale qui entend réserver l’information au payant, nous avons voulu garder ce blog vivant et une partie de nos articles en libre accès. Et nous en sommes fiers ! Certes, cela nous oblige à être sur deux fronts à la fois. Mais nous avons fait ce choix parce qu’il nous paraît primordial de faire connaître au plus grand nombre l’actualité de l’Europe géopolitique.

Une volonté d’informer sur l’Europe. En dépit de l’ampleur des enjeux, la politique étrangère du continent reste plutôt méconnue des citoyens, et peu lisible. C’est pourquoi il nous importe de faire de l’information, de façon professionnelle, mais de façon indépendante, sans publicité ni subvention, autour d’un triptyque : précision, impertinence et pédagogie. B2 est ainsi un des seuls médias européens à produire ses propres analyses comme à se rendre en reportage sur le terrain, de façon auto-financée le plus souvent.

Aujourd’hui, nous faisons appel à vous pour nous accompagner vers ce nouveau cap

Deux projets en 2021-2022

Nous avons deux projets pour cette période charnière 2021-2022 en matière de défense européenne. Période où la France assurera (une nouvelle fois) la présidence de l’Union européenne.

Du renfort. Cette PFUE (comme on l’appelle dans le jargon) promet d’être intense surtout dans nos domaines clés que sont la défense, la sécurité, la souveraineté. Et des crises, imprévues ou prévisibles, pourraient bien être au rendez-vous. Nous devons nous renforcer. Un grand saut pour B2 : de trois journalistes, nous voulons passer à cinq. Ce qui nous permettra à la fois d’assurer un flux continu d’actualité, des analyses faites maison, quelques éditos décapants et une série de reportages sur le terrain.

Du reportage et de l’analyse. Nous souhaitons continuer d’aller faire notre métier de journaliste : regarder de nos propres yeux, et témoigner. En 2021-2022, trois-quatre sujets sont dans nos têtes :

  • une opération maritime de l’UE, en Méditerranée ou Golfe de Guinée ;
  • la Bosnie-Herzégovine, 30 ans après le début du conflit ;
  • le Liban ou la Tunisie, plus de dix ans après le printemps arabe ;
  • et si c’est possible, le Sahel et la task-force Takuba.

En complément, nous continuerons de faire des reportages d’un jour comme ceux déjà publiés : 24h chez Airbus Defence & Space24h chez Arianespace.

Votre contribution nous permettra aussi de continuer à développer nos propres analyses, sans tabou, de façon indépendante et volontiers à contre-courant (1).

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Ces dons sont collectés sur la plate-forme OkPal sécurisée, développée avec le SPIIL (le syndicat de la presse en ligne dont est membre B2). Ils sont encouragés (en France) par une déduction fiscale pour les individus (réduction d’impôt de 66 % du montant versé) comme pour les entreprises (réduction d’impôt de 60 %) dans certaines limites. L’origine des dons n’est pas communiquée à la rédaction, pour préserver son indépendance.

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  1. Exemple : Force de réaction rapide. Une idée, loin d’être révolutionnaire ou Le passage à vide de l’OTAN durant l’été de la crise afghane. Ou des analyses plus longues sur le temps de travail, l’opération Barkhane ou encore le SofaGate.

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Méprise au Mali. Des Estoniens tirent sur un bus de militaires britanniques

Sun, 07/11/2021 - 21:01

(B2) Un minibus transportant des militaires britanniques a été pris pour cible par les militaires estoniens qui opèrent avec les forces françaises de Barkhane, sur la base de Gao.

L’incident a eu lieu en août, mais n’a été révélé que maintenant par le quotidien britannique The Independant.

Les militaires estoniens qui assurent la garde de la base française de Barkhane n’avaient — semble-t-il — pas été prévenus de l’arrivée de ce véhicule où se trouvaient des équipages de la Royal Air Force qui devaient rejoindre des hélicoptères Chinook stationnés sur le tarmac de la base. Selon la procédure, un véhicule non identifié est suspect. Les militaires ont donc tiré dessus pour le stopper. Heureusement l’incident n’a pas fait de blessés.

NB : les deux bases de l’ONU et l’opération Barkhane sont colocalisées sur le même site.

(NGV)

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Dernières nouvelles des missions et opérations de maintien de la paix de l’UE – PSDC (octobre 2021)

Sun, 07/11/2021 - 08:30

(B2) Les missions et opérations de l’UE, civiles et militaires, ont un point commun : elles ne travaillent pas seules. Ce qui semble une évidence mérite pourtant d’être souligné. L’actualité de ce mois d’octobre offre l’occasion d’en cerner ses multiples aspects, et d’observer les premiers pas un petit nouveau :  EUTM Mozambique…

Moldavie. Opération conjointe anti-criminalité

La mission d’assistance à la surveillance aux frontières de la Moldavie (EUBAM Moldova Ukraine) a participé à l’opération contre la grande criminalité à la frontière orientale. L’opération pilotée par l’agence européenne de garde-côtes et garde-frontières Frontex et la Roumanie s’est déroulée du 27 septembre au 8 octobre. Treize pays et de six autres agences européennes et organisations internationales ont participé. La moisson de la Joint Action Day Finestra, est à la hauteur : 36 millions de cigarettes de contrebande, 160.000 litres d’alcool, ou encore 32 trafiquants d’êtres humains. Détails ici

(crédit : Frontex)

Bagdad (Iraq). Mobilisation jour d’élections

Dimanche 10 octobre, la mission de conseil à la sécurité intérieure (EUAM Iraq) était au Centre suprême des opérations électorales. Celui-ci est chargé de réagir en cas d’incidents de sécurité liés aux élections législatives organisées ce jour là dans tout le pays. La mission devait pouvoir intervenir par ses conseils et son expertise, « selon les besoins ». La Mission a également assuré la protection rapprochée des équipes d’observateurs locaux de la Délégation de l’UE en déplacement sur les bureaux de vote de la capitale. Détails ici

Le chef de mission de la mission EUAM Irak, le général de division Christoph Buik (chemise bleu ciel), au Centre suprême des opérations électorales (crédit : capture d’écran B2/EUAM Iraq)

Kiev (Ukraine). Procureurs en formation

Améliorer leur direction et gestion du personnel. C’est l’enjeu de la formation qu’une centaine de procureurs ukrainiens suivent jusqu’en décembre. Avec l’appui de la mission de conseil aux forces de sécurité ukrainiennes (EUAM Ukraine). « L’objectif est d’accroître l’efficacité du service des poursuites, de stimuler l’intérêt des professionnels pour une évolution de carrière et d’augmenter la motivation du personnel ». Détails ici

(crédit : EUAM Ukraine)

Somalie. Le relais est pris dans le contrôle maritime

« La Somalie possède la plus longue côte continentale intérieure africaine et la création de l’administration maritime somalienne (SMA) a permis aux Somaliens d’assumer la responsabilité du contrôle et de la surveillance des eaux territoriales somaliennes », se réjouit son directeur, le capitaine Hassan M Farah. La SMA est un département du ministère des Ports et du Transport maritime, créé avec le soutien de la mission de soutien aux capacités de sécurité maritime (EUCAP Somalia) il y a deux ans. Détails ici

(crédit : EUCAP Somalia)

Ramallah (Cisjordanie). Expertise renforcée

La Mission de mission de police dans les territoires palestiniens (EUPOL COPPS) est en train de recruter des conseillers de police « très expérimentés » pour renforcer son soutien à la Police Civile Palestinienne (PCP), notamment dans la cybercriminalité. C’est ce qu’a expliqué la cheffe de Mission Nataliya Apostolova au chef de la PCP, le Général Yousif Helo, venu dans les locaux d’EUPOL. Détails ici

(crédit : EUPOL COPPS)

Bangui (Centrafrique). Premier anniversaire

La révision des lois organiques de la Police et de la Gendarmerie est « un exemple de coopération réussie », au crédit de la première année d’activité de la mission civile de conseil de l’Union européenne (EUAM RCA), explique son chef Paulo Soares. Détails ici

Le président de la République, Faustin Archange Touadéra, s’est déplacé pour l’occasion (crédit : EUAM RCA)

Corne de l’Afrique. Les contours d’une nouvelle collaboration

Les commandants de l’opération et de la force EUNAVFOR Atalanta ont fait connaissance avec le chef de la nouvelle mission de formation de l’UE au Mozambique (EUTM Mozambique). Leur première réunion virtuelle a déjà étudié les « synergies possibles dans la grande région de Cabo Delgado et du canal du Mozambique », à la frontière sud de la zone où opère Atalanta. Détails ici

(crédit : EUNAVFOR Atalanta)

Pristina (Kosovo). Des buts pour le climat ! 

Le personnel de la mission sur l’État de droit sait user d’autres arguments que ceux du droit. Elle l’a démontré lors d’un match de football forcément amical avec une équipe du parquet de Pristina. Personne ne donne le score. Il parait que « le nombre de buts marqués n’est pas important ». L’objectif était de faire parler du changement climatique. Diaporama ici

Mtskheta (Georgie). Pour prendre de la hauteur

Le chef de la mission d’observation de l’UE en Géorgie, Marek Szczygieł, vous emmène en patrouille avec les moniteurs du bureau de terrain de Mtskheta, à l’est du pays, dans les montagnes du Caucase. Intimidant !

(crédit : EUMM Georgia)

(informations recueillies par Emmanuelle Stroesser)

NB : Pour tout connaitre ou réviser, n’hésitez pas à vous procurer notre ouvrage sur la PSDC

Lire aussi sur le B2 Pro (parus en octobre) :

Et sur le blog : 

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Les armées doivent être plus agiles, prêtes à faire face à toute situation (Burkhard)

Sat, 06/11/2021 - 11:45

(B2) Gagner la guerre avant la guerre. C’est ainsi que le nouveau chef d’état-major français résume sa vision stratégique.

(crédit : DICOD/EMA)
  • Dans ce document de treize pages, en français et en anglais, le général Thierry Burkard expose ce que doit être l’armée du futur française. Aux antipodes de certaines réflexions en Europe qui semblent vouloir retourner à une guerre de position (chars lourds, casernes, etc.).
  • Un document utile à l’aube de la présidence française du Conseil de l’UE qui commence le 1er janvier et de la réflexion stratégique entamée tant au niveau européen que de l’Alliance atlantique.
  • A lire avec intérêt comme la longue interview que le CEMA avait accordé à B2, il y a quelques jours, détaillant certains points notamment les méthodes des adversaires et compétiteurs, et les modalités de coopération entre Alliés et Européens.

Un outil militaire primordial

Dans une Europe qui semble souvent hésiter à utiliser l’outil militaire, celui a fait ses armes dans la Légion étrangère, de Djibouti au CPCO, l’affirme haut et fort : « la force militaire est l’un des éléments indispensables de la politique de puissance et d’influence internationale de la France ». Une France qui doit « assumer son statut de puissance d’équilibre ».

La compétition se durcit

Face au « durcissement de la compétition entre grandes puissances, au réarmement et la désinhibition de certaines puissances régionales », les armées doivent « faire preuve de la plus grande agilité » Elles doivent « embrasser les changements contre lesquels on ne peut agir, et saisir toutes les opportunités pour défendre les intérêts stratégiques de la France et de l’Europe ».

Une agilité intellectuelle

Cette agilité intellectuelle doit d’abord être « intellectuelle ». Elle doit « irriguer l’ensemble de la chaîne de commandement » comme tous les secteurs : les opérations, le soutien, la préparation opérationnelle, le développement capacitaire. « Des états-majors au terrain, il faut promouvoir un état d’esprit qui permette de gagner la bataille des idées, d’anticiper davantage, d’être encore plus réactifs et d’imposer le rythme des initiatives. »

Une organisation pour faire face à la structure stratégique

Les armées doivent être « organisées pour faire face à la surprise stratégique, résilientes au-delà des seules postures permanentes de dissuasion nucléaire, de sûreté et de protection ». Elles doivent être ainsi « aptes en permanence à s’engager pour répondre à toute situation qui menacerait la France et ses intérêts ». Du niveau infra-conflictuel — qui est le plus courant — jusque « si nécessaire dans un affrontement de haute intensité ».

Une palette d’intervention infra-conflit

Le chef des armées doit être en capacité de « proposer au président de la République une très large palette d’options militaires » insiste le général cinq étoiles. On doit pouvoir « combiner des effets maîtrisés dans tous les milieux et champs de confrontation, avec une attention particulière pour l’action dans les milieux exo-atmosphérique et cyber et dans le champ informationnel ». L’objectif reste le même : dissuader l’adversaire, « infléchir [sa] détermination en imposant des rapports de force favorables ». En trois mots : « gagner la guerre avant la guerre ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Télécharger la vision stratégique FR / ENG

Lire : Les compétiteurs deviennent plus agressifs. Il faut être plus stratégique. Les sept réflexions du général Burkhard (CEMA) – article ouvert ces jours-ci

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Entre la France et l’Australie, le froid va durer

Thu, 04/11/2021 - 23:30

(B2) L’affaire AUKUS laissera des traces. Si avec Washington, et dans une moindre mesure avec Londres, la voie de la normalisation semble acquise, Paris semble bien déterminé à faire payer sa trahison à Canberra.

Halloween dans la Royal Australian Navy (Photo : Marine Australienne)

Le 15 septembre dernier le gouvernement australien a rompu le contrat de fourniture des sous-marins par la France (et Naval Group). Et signé un accord de partenariat de défense avec les États-Unis et le Royaume-uni (AUKUS) dans la foulée. Sans aucun préavis. Un acte qui a toujours du mal à passer dans les rangs français.

Une dent contre l’Australie

Avec les États-Unis, on ne peut pas se fâcher longtemps et les relations ont clairement repris. Avec le Royaume-Uni, trouver le chemin de la réconciliation sera un peu plus long, « mais il y a des réalités géopolitiques qu’on ne peut ignorer : les côtes anglaises ne sont qu’à 25 km de Calais. Avec l’Australie, en revanche, c’est autre chose… ». Un gradé français, bien introduit dans le cercle du pouvoir, résume ainsi pour B2 l’état des lieux de l’après AUKUS. Et surtout, ne termine pas tout à fait sa phrase. Mais on comprend que ce sera très compliqué et que cela risque de durer longtemps. Précisons que ce propos a été tenu avant la réunion du G20 qui a vu un nouvel échange de « mots doux » entre Paris et Canberra (cf. encadré).

La coopération maritime avec l’Australie

Un propos qui n’est pas isolé. L’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la marine nationale, l’avait confirmé quelques jours auparavant (mi-octobre) lors d’une audition à l’Assemblée nationale : le gel de la coopération est en marche. « L’officier australien qui avait intégré mon état-major quittera ses fonctions l’été prochain et ne sera pas remplacé. De plus, nous avons suspendu la coopération de nos forces sous-marines avec l’Australie. Enfin, nous avons annulé l’embarquement d’un cadet australien pour la campagne Jeanne d’Arc 2022, ainsi que l’envoi d’un ancien commandant de sous-marin nucléaire à l’Académie militaire d’Australie. »

… réduite a minima

Seules « quelques coopérations » vont subsister, poursuit l’amiral Pierre Vandier. « Nous conserverons les points d’escale que nous partageons avec l’Australie pour ravitailler la base antarctique de Dumont d’Urville. Nous aurons aussi l’occasion de croiser les Australiens lors d’exercices multinationaux dans l’océan Indien et dans le Pacifique. »

L’ennemi n’est pas l’Australie mais la Chine

Le chef de la marine a cependant tenu à ajouter en guise d’avertissement à une volonté trop politique d’approfondir les divisions. « Ne nous trompons pas d’ennemi », a abjuré le marin. Il faisait référence à l’attaque de Mers-el-Kébir en 1940 par la Royal Navy contre les navires français amarrés dans le port militaire algérien (1). « Il convient d’aborder l’AUKUS avec la même prudence ». Et de viser concrètement la Chine comme la Corée du Nord, en pleine phase d’expansion.

Le réveil naval chinois… et des autres

« Nous assistons aujourd’hui au réveil naval chinois. La Chine met à l’eau l’équivalent de notre flotte nationale tous les trois ans. […] La mise en service du troisième porte-avions chinois est prévue en 2025. […] Les simples patrouilleurs garde-côtes chinois sont en fait de véritables frégates de premier rang. Des bateaux de 10.000 tonnes – plus important que nos frégates du même format –, armés de canons […] et autorisés à ouvrir le feu depuis la modification de la loi navale. » La Corée du Sud, aussi, entreprend « des opérations navales majeures ». Les Coréens ne sont pas les seuls. « Nous observons d’importants taux de croissance des marines japonaise, indonésienne, coréenne, australienne et indienne ». L’Inde est « censée mettre quatorze frégates sur cales entre 2021 et 2030 [et] en train de mettre à l’essai son dernier porte-avions, qui a vocation à embarquer des Rafale marine. ».

En fait, c’est toute la zone Indo-Pacifique qui s’enflamme : « Le réarmement mondial [au niveau] naval est sans précédent depuis trente ans. »

NB : On comprend donc la détermination américaine d’être très présente dans la zone, comme la volonté européenne de ne pas être l’oubliée de l’histoire. La question de l’extension des zones maritimes d’intérêt européen est ainsi à l’agenda de la prochaine réunion des ministres de la Défense (lire notre article confidentiel).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Le premier ministre australien a menti !

Emmanuel Macron a été interrogé par Bevan Shields, un journaliste australien du Sydney Morning Herald, en marge du G20 pour savoir s’il pensait que Scott Morrison, le premier ministre australien, avait menti. Le Français a répondu directement : « I don’t think, I know » . Soit : Je ne le pense pas, je le sais. Surtout, le président français a refusé d’évoquer le retour de la confiance : « Nous discutons, nous verrons ce qu’il fera ». Un signe de sa colère froide. Et d’ajouter à l’adresse de l’Australie : « J’ai beaucoup de respect pour votre pays et beaucoup de respect et d’amitié pour votre peuple. Je dis juste que lorsque nous avons du respect, vous devez être vrai et vous devez vous comporter conformément à cette valeur. »

I ask French President Emmanuel Macron whether Scott Morrison lied to him: “I don’t think, I know.” pic.twitter.com/3tcg4xrl90

— Bevan Shields (@BevanShields) October 31, 2021

L’Australie réplique mardi avec la fuite dans la presse locale d’un SMS émanant d’Emmanuel Macron adressé au premier ministre australien, Scott Morrison. « Dois-je m’attendre à de bonnes ou de mauvaises nouvelles pour notre ambition conjointe sur les sous-marins ? », lui écrit le président français, le 13 septembre, deux jours avant que l’affaire n’éclate, alors que le dirigeant australien cherche à le joindre. Une preuve selon Canberra que Macron savait. NB : Je dirais plutôt que c’est la preuve ultime que Macron ne savait pas. Et que l’Australie s’y est pris le plus tard pour informer les Français.

(NGV)

Lire aussi : L’accord AUKUS entre Australie et USA provoque les Européens. Quelles réactions possibles ?

  1. Cette attaque menée entre le 3 et 6 juillet 1940 par les Britanniques (avions et marine) a fait près de 1300 morts côté français et mis hors de combat plusieurs navires. Elle est considérée comme une trahison de l’alliance franco-britannique côté français. Une attaque parfaitement justifiée pour Londres, par la signature de l’armistice par Philippe Pétain, la mise en place d’une collaboration avec l’Allemagne, et le refus du gouvernement français de l’époque de mettre ses navires hors de portée des Allemands.

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EUFOR Althea. Quand un officier dérape et fait du chantage à l’information

Wed, 03/11/2021 - 11:52

(B2) Le décès d’un militaire dans l’opération EUFOR semble mettre tout le monde sur les charbons ardents. Nous avons demandé confirmation à l’officier de presse de la mission. Sa réponse a été des plus surprenantes

La force européenne rassemblée sur le camp Butmir (crédit : EUFOR Althea)

Ayant reçu l’information par divers canaux, notamment de la façon la plus officielle qui soit (le ministère bulgare de la Défense), nous avons bien entendu chercher à confirmer l’information et obtenir des détails.

Une mort par arme à feu dans une base européenne, ce n’est pas courant. Quand, en plus, elle survient le jour-même de la visite du président du comité militaire sur place, il y a de quoi s’interroger.

Nous avons donc rédigé un premier papier (lire : Un militaire bulgare retrouvé mort par arme à feu au camp Butmir), mis à jour ensuite avec les informations sur une équipe du parquet bulgare détachée sur place.

Sa seule réponse (samedi, au bout de quelques heures) a été de demander qui était le rédacteur en chef de B2.

« As it cannot be found on your website, can I ask who the editor of B2 is ? »

Puis, dans un mail incendiaire, deux jours plus tard, lundi (2 novembre), il se déchaîne et met un ‘blackout’ sur B2. Ce qui aboutit à un déni d’information très clair. Je vous laisse la lecture du mail.

We are responding to you with disappointment about your questions about the death of a Bulgarian soldier, your belittling comments about EUFOR in the B2 article on the same issue and for your manner in answering our simple request for information below. The information you sought and the way you asked questions about the death were insensitive and unprofessional. A death of this nature is saddening for all of us in this mission. We view it as a national matter for the country involved and we respect the privacy of them in how they choose to deal with it. That is why EUFOR did not publicly release any information. We do not appreciate the wording of the following extract of your article ‘The operation, which nevertheless loves to publish photos of all its events, even the most insignificant (medal ceremony, etc.), has not made any communication on the subject.’ Referring to the awarding of the CSDP medal to members of European military personnel who give their time, effort and dedication to help BiH as ‘insignificant’ shows a lack of respect for what EUFOR does and to military personnel who serve here. Your conduct, and that of B2, has been extremely unprofessional and an example of a news agency trying to sensationalise something to attract readers. Please do not expect us to be forthcoming or to have co-operation with B2 going forward based on this and the overly confrontational tone of the below mail to a simple request for information.

Jusqu’à nouvel ordre, il serait bon aux autorités européennes et de l’OTAN — puisque cette opération est la seule qui soit placée sous le champ des accords de Berlin Plus, commandée depuis le Shape par un officier général (français) et sur place par un général autrichien, de rappeler aux militaires chargés de l’information qu’ils ne sont pas chargés de la censure de la liberté de la presse, mais de répondre aux questions légitimes que se pose la presse.

Depuis que ce blog existe, cela fait bien longtemps que nous n’avions pas reçu une telle missive aussi comminatoire. Est-ce le fait que l’opération est dirigée sur place par le général Plazter un ancien militant du FPÖ, le parti de la liberté, classé à l’extrême-droite de l’échiquier politique (lire : Un militant du FPÖ prend la tête d’EUFOR Althea) ? Est-ce que ce décès n’est pas aussi simple ou naturel qu’il soit ? Est-ce que la nervosité gagne les rangs des militaires alors que le renouvellement du mandat de l’opération est à l’agenda du Conseil de sécurité des Nations unies (ce mercredi 3 novembre) ? On peut se poser beaucoup de questions.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Fin de la formation Transmissions à EUTM RCA

Mon, 01/11/2021 - 20:33
Remise des diplômes au camp Kassai (crédit : EUTM Rca)

(B2) 28 stagiaires des FACA, les forces armées centrafricaines, viennent de terminer vendredi (22 octobre) une formation à l’emploi des réseaux mobiles (formation dite MNE comme Mobile Network Employment) au camp Kassai de Bangui.

Cette formation, animée par des instructeurs des FACA avec l’appui et les conseils des spécialistes TRANS (transmissions) de la mission EUTM RCA, a duré 22 semaines. « Très exigeante techniquement et nécessitant un haut niveau d’engagement des stagiaires », cette formation a permis d’acquérir les compétences techniques requises pour occuper un poste d’émetteur au sein d’un bataillon FACA, sur le terrain ou en opérations, indique la mission.

Pour le colonel Barbosa, chef du pilier éducatif (EDP) de l’EUTM, cette capacité est vitale. L’efficacité d’intervention des FACA « ne sera pas possible sans un réseau de communication et un personnel bien préparés ». Et d’ajouter : « Le succès des armées dépend aujourd’hui de la coordination de leurs actions. Sans système de communication fiable et des opérateurs formés et préparés, les lignes de communication perdent leur efficacité et compromettent toute la manœuvre ».

(NGV)

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