You are here

IRIS

Subscribe to IRIS feed
Updated: 14 hours 46 min ago

Les composants électroniques au cœur de la rivalité technologique entre la Chine et les États-Unis

Wed, 14/01/2026 - 18:34

Le contrôle de l’industrie des composants électroniques et plus particulièrement des microprocesseurs, éléments essentiels au fonctionnement des multiples produits connectés et aujourd’hui de l’intelligence artificielle, est central dans la rivalité technologique qui s’exacerbe entre la Chine et les États-Unis. Chacun des deux pays bénéficie dans cette industrie de forces et de faiblesses dont les dynamiques conduisent à des confrontations mais aussi à des négociations qui permettent l’existence d’un équilibre fragile. La Chine possède une grande partie des terres rares essentielles à la production des composants mais accuse un retard technologique qui se réduit mais reste notable. Les États-Unis, forts de l’antériorité de leur industrie sur ce marché et de la puissance des GAFAM, sont de plus en plus dépendants des pays asiatiques pour leur approvisionnement en terres rares et pour la production des composants électroniques. On a constaté en 2025 que la menace brandie par les autorités chinoises d’une limitation des exportations de terres rares dont elle représente 70 % de la production mondiale a conduit très rapidement l’administration américaine à revenir sur ses menaces d’une augmentation très importante des droits de douane sur les importations
chinoises.

À télécharger

L’article Les composants électroniques au cœur de la rivalité technologique entre la Chine et les États-Unis est apparu en premier sur IRIS.

La France face au défi énergétique. Avec Anne Lauvergeon

Wed, 14/01/2026 - 18:02
Pascal Boniface · La France face au défi énergétique. Avec Anne Lauvergeon | Entretiens géopo

La France et l’Europe sont-elles condamnées à une dépendance énergétique ? Alors que la question énergétique est devenue indissociable de celle des changements climatiques, l’Europe a décidé de miser sur le développement d’énergies renouvelables. L’accent mis sur cette lutte contre les changements climatiques a progressivement éclipsé d’autres enjeux pourtant fondamentaux, tels que la compétitivité économique, la sécurité industrielle et l’indépendance énergétique. Dépendante de l’importation de gaz russe avant la guerre en Ukraine, l’Union européenne a tenté de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou en se tournant vers d’autres partenaires. Elle s’approvisionne notamment désormais en gaz naturel liquéfié américain. Mais, par ce biais, n’a-t-elle pas remplacé une dépendance énergétique par une autre ? À cette équation s’ajoute la question des minerais et métaux critiques indispensables à la transition énergétique comme au développement de l’intelligence artificielle. Leur disponibilité constitue aujourd’hui un enjeu stratégique majeur, alors même que la France et l’Europe disposent de capacités limitées d’extraction et font face à de fortes contraintes réglementaires.

Quelle place la France et l’Europe occupent-elles aujourd’hui sur la scène énergétique internationale ? Comment repenser la stratégie énergétique française, et plus largement européenne, pour concilier principes, souveraineté et réalisme ?

Entretien avec Anne Lauvergeon, présidente d’honneur d’Areva, directrice du fonds d’innovation ALP et membre du conseil d’administration de l’IRIS.

L’article La France face au défi énergétique. Avec Anne Lauvergeon est apparu en premier sur IRIS.

Iran : la contestation s’amplifie, la répression aussi

Wed, 14/01/2026 - 10:36

Depuis le 28 décembre 2025, en Iran, des centaines de milliers de personnes s’emparent des rues contre un régime principalement maintenu par la coercition, dont le soutien populaire est désormais très limité et se cantonne essentiellement aux franges les plus conservatrices de la société. Les contestations sont à la fois d’ordre économique et liées aux restrictions des libertés alors que les conditions de vie dans le pays deviennent insupportables. Il s’agit de l’un des mouvements de contestation les plus massifs et les plus radicaux observés depuis la révolution de 1979. La répression est à la hauteur de l’ampleur du mouvement, avec des centaines de morts et la coupure du réseau internet. Le principal talon d’Achille de l’opposition iranienne demeure toutefois sa profonde fragmentation : aucune figure d’opposition consensuelle n’émerge, les principaux représentants de la société civile étant emprisonnés ou contraints à l’exil. La chute du régime iranien est-elle imminente ? Faut-il s’attendre à une intervention étrangère, notamment de la part des États-Unis ? Quoi qu’il en soit, cette séquence met en lumière les contradictions de certains acteurs qui applaudissent certaines contestations populaires mais en ignorent ou en disqualifient d’autres. C’est notamment le cas de ceux qui réclament la chute du régime iranien uniquement en raison de son opposition à Israël et aux États-Unis, sans réel intérêt pour sa nature tyrannique ni pour le sort du peuple iranien.

L’article Iran : la contestation s’amplifie, la répression aussi est apparu en premier sur IRIS.

Nouvelle vague de contestation en Iran : amorce d’un processus révolutionnaire ?

Tue, 13/01/2026 - 17:48

Depuis le 28 décembre, une nouvelle mobilisation sociale et politique traverse l’Iran et semble prendre une ampleur considérable.

Les causes de la protestation, initialement organisée par les bazaris, réputés pour leur conservatisme et qui jouent traditionnellement un rôle important dans les structures économiques iraniennes, mais qui se trouvent graduellement marginalisés en raison de la corruption endémique des élites, sont liées à des raisons structurelles : augmentation brutale de l’or et des devises par rapport à la monnaie nationale qui aurait perdu 30 % de sa valeur en 2025, couplé à une inflation qui dépasse les 50 % selon les chiffres officiels. Cette situation et la détérioration du niveau de vie d’une grande partie de la population est due aux dysfonctionnements de la gestion économique du pays et la profonde inégalité de la redistribution des richesses. Ces questions sont amplifiées par les sanctions étatsuniennes qui affaiblissent le pays depuis plusieurs années et qui ont de plus été rétablies par l’ONU depuis septembre 2025, à l’initiative de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni.

Très rapidement les manifestations, désormais quotidiennes et s’étendant visiblement sur la totalité du territoire, ont pris une tournure de plus en plus politique comme c’est quasiment toujours la logique en pareille situation. Les mots d’ordre contre le régime et contre le Guide suprême se sont en effet multipliés. La répression pour sa part semble aussi devenir plus brutale et coûteuse en vies humaines. Il convient pour autant de prendre ces éléments avec précaution tant l’accès aux informations recoupées est difficile, Internet et les réseaux sociaux ayant été bloquées par le pouvoir, signe d’une indéniable fébrilité de ce dernier. En ce sens les commentaires pronostiquant la fin du régime sont à ce stade prématurés.

Rappelons tout d’abord que cette nouvelle vague de contestation s’inscrit dans la longue suite de mobilisations qui ont ponctué la vie politique en Iran au cours des dernières années : révolte étudiante de 1999 ; mouvement Vert de contestation pendant et surtout après les élections présidentielles de juin 2009 ; rassemblements de colère de décembre 2017-janvier 2018, puis du printemps et de l’automne 2019 qui avaient des causes principalement économiques et sociales ; enfin, le mouvement « Femmes, vie, liberté » en 2022-2023. Toutes ont été violemment réprimées et n’ont pu voir leurs revendications satisfaites.

Ces mouvements, dont les acteurs font preuve d’un courage exemplaire, possèdent les mêmes limites que celles rencontrées lors des mouvements de contestation dans les mondes arabes en 2011 et au cours des années suivantes : l’absence d’un projet politique alternatif et d’un instrument organisé pour tenter de le mettre en œuvre. Cette limite est à ce stade rédhibitoire. Pour reprendre une célèbre image, tout mouvement de contestation sociale est telle la vapeur d’eau qui si elle n’est pas canalisée par un tube ne possède aucune force propulsive et voit son énergie s’évaporer. Tel est bien le défi qui se pose à celles et ceux qui descendent dans la rue jour après jour. Par manque d’avancées tangibles et de satisfaction de la moindre revendication, le mouvement, bien que possédant une impressionnante vigueur, risque de s’essouffler et de s’étioler, d’autant que la répression fait son œuvre mortifère et que les cadres organisateurs du dernier mouvement d’ampleur sont pour bonne partie d’entre eux en prison.

Deux éléments exogènes sont néanmoins nouveaux dans l’actuel mouvement. Tout d’abord les déclarations de Donald Trump menaçant d’intervenir si des manifestants étaient tués. De telles prises de position ne sont guère étonnantes de la part de celui qui professe le plus grand mépris à l’égard de ce qui subsiste du droit international, mais surtout peuvent s’avérer totalement contreproductives. Non seulement parce qu’elles alimentent les arguties du régime prétendant que les manifestations en cours sont téléguidées par des puissances étrangères, mais aussi parce qu’elles font fi du nationalisme persan qui n’accepte pas que son sort puisse dépendre de décisions provenant de l’étranger. Pour autant, on ne peut sous-estimer le danger d’une intervention extérieure – sous quelque forme que ce soit – dont on peut supposer que l’administration étatsunienne et le régime israélien ont d’ores et déjà étudié de possibles modalités, avec toutes les catastrophes politiques que ce type de décisions induit. Dans la région, les exemples afghan et irakien sont encore très négativement présents dans les mémoires.

Émerge ensuite ces derniers jours le facteur Reza Pahlavi, fils du shah chassé par la révolution de 1979. Cet homme, dont la fortune s’explique par le pillage des ressources nationales par feu son père à l’époque où il régnait à la tête d’un des pires régimes dictatoriaux de la planète, se donne le beau rôle en appelant des États-Unis à se mobiliser pour des manifestations qui de toute façon auraient eu lieu sans son appel… Dans l’état d’incertitude et de désorientation politiques qui caractérise l’Iran actuellement on ne peut certes écarter la tentation chez certains citoyens iraniens de s’en remettre à un soi-disant homme providentiel. Pour autant, Reza Pahlavi n’a aucune base sociale en Iran même et le fait qu’à ce jour Donald Trump n’ait pas jugé utile de le rencontrer indique que ce n’est pas la solution retenue à ce jour par la présidence étatsunienne. La visite de Reza Pahlevi auprès de Benyamin Netanyahou en 2023 et le soutien que lui a apporté ce dernier n’a pas véritablement été apprécié en Iran. Enfin, il s’avère que les quelques vidéos qui sont parvenues à l’extérieur du pays où l’on entend des manifestants scandant son nom sont en réalité des montages.

La question réside désormais dans l’issue de ce mouvement. Plusieurs possibilités existent et il convient d’être extrêmement prudent tant les dynamiques à l’œuvre sont floues.

La première est l’écroulement pur et simple du régime : peu probable, parce que même affaibli ce dernier possède encore un appareil répressif dont l’efficacité reste tristement réelle et qui s’arc-boute sur ses privilèges et prérogatives, même si nous savons par expérience que ce type d’appareil peut être submergé par un puissant mouvement de masse.

Une solution interne ensuite, en raison de divergences susceptibles de se cristalliser entre des tenants de projets politiques différents, certains préférant in fine procéder à des réformes, plus ou moins cosmétiques, pour sauver l’essentiel. Toutefois, force est d’admettre que les plus conservateurs comprennent que la moindre réforme pourrait signer leur perte définitive et, pour leur part, les réformateurs, minoritaires, n’ont guère les moyens d’imposer quoi que ce soit.

Soit le pouvoir accepte d’accéder à quelques revendications, mais alors, si nous considérons que celles-ci touchent au logiciel économique et idéologique du régime, ce dernier se déconsidère et surtout ouvre un immense appel d’air à d’autres revendications. Soit le pouvoir refuse de céder à quelque compromis que ce soit, c’est la voie qu’il a choisie à ce stade, ce qui lui permettra potentiellement de se maintenir encore au pouvoir, mais laissera des cicatrices douloureuses et annonciatrices de futures mobilisations.

Enfin, l’intervention extérieure, qui pour l’instant n’est guère crédible, même si on ne peut exclure des opérations étatsuniennes ou israéliennes ponctuelles. Mais cette hypothèse pourrait contradictoirement conduire à favoriser un sursaut en défense de la patrie.

On le voit, aucune solution ne s’impose véritablement aujourd’hui. Le nombre de victimes risque alors de s’accroitre.

L’article Nouvelle vague de contestation en Iran : amorce d’un processus révolutionnaire ? est apparu en premier sur IRIS.

Trump : la démocratie en danger | Les mardis de l’IRIS

Tue, 13/01/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪‪‪‪‪‪IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis sur la multiplication des actions de Donald Trump sur la scène internationale, des conséquences et les réponses possibles face à sa politique étrangère.

L’article Trump : la démocratie en danger | Les mardis de l’IRIS est apparu en premier sur IRIS.

Funding European Defence: What Role and Instruments for the EU?

Tue, 13/01/2026 - 11:25

On October 16th, 2025, the Armament Industry European Research Group (ARES Group) hosted a seminar in Brussels dedicated to the funding of European Defence, and more specifically, to the question: What role and instruments for the EU? In recent years, the European Union (EU) has developed different programmes to support the defence industry through its Multiannual Financial Framework (MFF). However, the Russian invasion of Ukraine, increasing uncertainty regarding the transatlantic security guarantee, and the necessity for Europe to meet NATO’s new target of 5% of GDP for defence have collectively created a renewed sense of urgency. These developments have placed significant budgetary pressure on both Member States and EU Institutions.

À télécharger

L’article Funding European Defence: What Role and Instruments for the EU? est apparu en premier sur IRIS.

Pétrole vénézuélien : les enjeux de l’opération Trump

Mon, 12/01/2026 - 17:03

Au regard de ce que représente le Venezuela sur le plan pétrolier, en termes de réserves, de production et de place dans les équilibres énergétiques mondiaux, comment comprendre la stratégie de Washington ? Quelles sont ses ambitions à court et/ou à long terme ?

Le Venezuela est effectivement un gros enjeu pétrolier, surtout en matière de réserves prouvées. Plusieurs sources clés, telles que l’OPEP et l’U.S. Energy Information Administration, citent un chiffre de 300 milliards de barils. Tout le monde n’est pas d’accord avec cette estimation mais il est certain que ce pays a un très gros potentiel. Si l’on retient le chiffre de 300 milliards de barils, le Venezuela contrôlerait les plus grosses réserves prouvées d’or noir dans le monde devant l’Arabie saoudite. Paradoxe, ce pays produit assez peu et exporte assez peu de pétrole. Pour la production de brut, on est sur un niveau compris entre 800 000 barils par jour et 1 million de barils par jour (b/j) seulement au cours des derniers mois, soit moins de 1 % de la production pétrolière mondiale et dix à onze fois moins que l’Arabie saoudite, deuxième producteur mondial après les États-Unis. En termes de classement, le Venezuela n’est qu’à la 18e-20eplace, selon la période considérée. Il y a 25 ans environ, cette production était le triple au moins de ce qui est enregistré aujourd’hui. C’est donc un véritable effondrement depuis le début de ce siècle.

 Au sein de l’administration Trump, on estime, notamment le président et le vice-président, que le Venezuela a volé du pétrole aux États-Unis, allusion à des nationalisations/expropriations, vers la fin des années 2000, d’actifs contrôlés en partie par des firmes américaines. Dans cette vision des choses, il convient donc de se faire rembourser de gré ou de force. Autre élément clé, contrôler le pétrole vénézuélien, c’est accroître le pouvoir des États-Unis sur le marché pétrolier mondial et sur les prix du pétrole, notamment dans une perspective de moyen et de long terme. Cela pourrait contribuer à faire baisser les prix du pétrole, ce qui est un objectif explicite de Donald Trump depuis un an. Par ailleurs, prendre le contrôle des exportations pétrolières du Venezuela, ce que Washington a obtenu il y a quelques jours, permet de frapper plusieurs oiseaux avec une seule pierre : Cuba ne pourra plus importer de pétrole vénézuélien à des conditions commerciales très favorables et la Chine, qui est le principal acheteur de brut du Venezuela, ne pourra plus bénéficier de ce pétrole gratuitement ou presque. Comme le dit Marco Rubio, secrétaire d’État et conseiller à la sécurité nationale, nous ne voulons pas que des pays extérieurs au continent américain et qui sont nos adversaires contrôlent des actifs stratégiques dans notre région, une référence on ne peut plus claire à la Chine. Enfin, utiliser le pétrole comme moyen de pression via le contrôle des exportations est un moyen efficace de faire en sorte que les autorités vénézuéliennes s’éloignent de l’Iran et du Hezbollah. On peut obtenir beaucoup de choses avec le pétrole.

Quel impact cette prise de contrôle ou mise sous influence du pétrole vénézuélien par les États-Unis a-t-elle ou peut-elle avoir sur les marchés pétroliers mondiaux ? À quels types de réactions doit-on s’attendre de la part des autres grands acteurs du pétrole dans le monde, voire des États qui seront les plus impactés par cette captation ?

C’est vraiment une prise de contrôle. Les États-Unis imposent une quarantaine pétrolière contre le Venezuela avec une force navale impressionnante et vont commercialiser le pétrole et les produits raffinés exportés par le pays. Le produit de ces exportations sera déposé sur des comptes bancaires en dehors du Venezuela et le gouvernement de ce pays n’aura pas la main sur ceux-ci. C’est le président Trump qui décidera d’allouer à Caracas une certaine part (non déterminée à ce jour) de ces recettes. Le nœud coulant est donc très serré.

L’impact sur le marché pétrolier est très limité pour l’instant. Entre le 2 janvier, veille de l’action militaire américaine à Caracas, et le 9 janvier, le prix du pétrole Brent de la mer du Nord a augmenté de près de trois dollars seulement. De plus, il n’y a pas que le Venezuela dans l’actualité pétrolière mondiale. Il faut aussi intégrer la guerre en Ukraine et la montée des tensions en Iran. Cela signifie que l’impact propre de la situation au Venezuela est très faible, voire quasiment nul. Cette indifférence des marchés s’explique par le fait que ce pays produit assez peu de pétrole, comme indiqué ci-dessus, et que le marché pétrolier mondial est très bien approvisionné. En raison de la hausse de la production de plusieurs pays américains (États-Unis, Canada, Brésil, Guyana et Argentine) et de plusieurs pays faisant partie de la coalition OPEP+, dont l’Arabie saoudite, l’offre pétrolière mondiale augmente beaucoup plus fortement que la demande et il n’y a donc pas d’inquiétudes à avoir sur l’équilibre offre/demande à court terme. Les marchés pétroliers seraient évidemment plus affectés si le Venezuela pouvait augmenter de façon importante sa production et ses exportations mais ceci demanderait beaucoup de temps et beaucoup d’investissements.

Comme le reste du monde, les acteurs pétroliers sont sidérés par ce qui s’est passé à Caracas le 3 janvier ainsi que par les suites pétrolières de cette opération militaire. Les grandes compagnies pétrolières sont incitées par l’administration Trump à investir des dizaines de milliards de dollars au Venezuela mais elles restent pour l’instant très prudentes au regard des incertitudes politiques et économiques considérables dans ce pays. L’Iran et Cuba font face à de très gros problèmes internes. L’Union européenne pense d’abord à la guerre en Ukraine, à ses relations avec les États-Unis et à l’avenir de l’OTAN et ne tient pas trop à indisposer Donald Trump. Quant à la Chine, elle comprend bien ce qui est en jeu et elle voit clair dans la stratégie de Washington mais il lui faudra un peu de temps pour préparer sa riposte. Les États-Unis sanctionnent également l’Iran et la Russie, deux pays dont la Chine est aussi le plus grand marché pour leurs exportations pétrolières.

Ce qui se passe au Venezuela marque-t-il, selon vous, un retour du pétrole comme outil central de puissance et de pression géopolitique ? Ce retour pourrait-il influencer les trajectoires énergétiques mondiales, notamment les ambitions liées à la transition verte ? 

On peut difficilement parler de retour car cela supposerait que le pétrole n’était plus un outil central de puissance et de pression géopolitique. Il l’est depuis longtemps et le restera encore longtemps. Bien sûr, un outil central ne veut pas dire le seul outil central. De même, pour le Venezuela, le pétrole n’est pas le seul élément clé mais il est un élément clé. On peut aussi penser à des situations tout à fait différentes comme la guerre en Ukraine et une partie des tensions et conflits au Moyen-Orient. Et l’administration Trump a bien compris ce rôle central du pétrole.  

Les ambitions de décarbonation au niveau mondial se heurtent à plusieurs obstacles, dont le poids du pétrole et celui des énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel). Elles représentent en effet de l’ordre de 80 % la consommation mondiale d’énergie et font preuve de beaucoup de résilience. Derrière le pétrole, il y a aussi beaucoup d’intérêts, qu’ils soient étatiques ou non-étatiques. Et le retour au pouvoir il y a un an de Donald Trump, qui considère le changement climatique et les énergies « vertes » comme des arnaques, dont l’un des slogans clés est le fameux « Drill baby, drill » et qui soutient à fond toutes les énergies fossiles, est un très gros obstacle. Après avoir retiré son pays de l’Accord de Paris sur le climat (COP21, Paris, décembre 2015) le 20 janvier 2025, le président américain a annoncé il y a quelques jours le retrait des États-Unis de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et du GIEC. La COP30, qui s’est tenue en novembre 2025 à Belém au Brésil, n’a pas été un grand succès, c’est le moins que l’on puisse dire.

 On annonce depuis longtemps le déclin du pétrole mais il se porte très bien pour l’instant. La consommation et la production mondiale sont à des niveaux record et continuent à croître, le marché pétrolier est très bien approvisionné et les prix sont relativement bas, en tout cas actuellement. Cela dit, on constate une croissance très rapide des énergies solaire et éolienne depuis plusieurs années et une réelle décarbonation progressive du secteur de la production d’électricité. À ce jour cependant, la part des énergies fossiles n’a pas commencé à décliner. Cela se produira mais elles resteront dominantes pendant encore pas mal de temps.     

L’article Pétrole vénézuélien : les enjeux de l’opération Trump est apparu en premier sur IRIS.

La stratégie 2025 de sécurité nationale : une autre vision du monde

Mon, 12/01/2026 - 16:46
À télécharger

La publication par la Maison-Blanche le 5 décembre dernier du document sur la « stratégie de sécurité nationale des États-Unis »1 -ou NSS2025-a suscité de nombreuses réactions, portant en particulier sur le traitement attribué à l’Europe dans ce programme. Il révèle, au-delà de perspectives stratégiques, une nouvelle vision du monde et du rôle des États-Unis dans les prochaines années. Ce document, expression d’une « doctrine MAGA »2 constitue une véritable révolution idéologique et politique par rapport à son prédécesseur, publié par l’administration Biden en 2022, le NSS20223, qui actait lui-même une rupture tenant au changement profond de l’environnement international qui s’imposait alors. Si on peut relever combien ces documents s’opposent systématiquement, presque terme à terme, c’est la divergence de leur vision de la nature de la suprématie américaine que nous examinerons ici.

L’article La stratégie 2025 de sécurité nationale : une autre vision du monde est apparu en premier sur IRIS.

Venezuela : Trump ne convainc pas

Fri, 09/01/2026 - 17:30

« Mes concitoyens, la nuit dernière, j’ai pris la décision d’ordonner le déploiement des forces militaires américaines au Panama. Aucun président ne prend une telle décision à la légère. Ce matin, je souhaite vous expliquer clairement ce que j’ai fait et les raisons qui m’ont conduit à agir ainsi. »

– President George H.W. Bush, Address to the Nation, 30 December 1989

Depuis le lancement des opérations militaires contre le Venezuela au mois de septembre, je ressens une angoisse croissante. Une inquiétude, certes, quant à notre politique étrangère, qui s’éloigne de plus en plus des principes censés guider nos actions outre-mer. Mais aussi — et peut-être surtout — une inquiétude pour notre système démocratique lui-même. La manière dont cette administration agit au Venezuela en dit long sur l’état de notre démocratie, manifestement fragilisée.

Le constat est frappant. Aucun effort systématique n’a été entrepris pour préparer l’opinion publique à une intervention en Amérique latine. Aucune tentative de rassembler les forces politiques — y compris au sein de l’opposition démocrate — autour d’une politique prétendument destinée à protéger la nation d’un danger imminent. Aucun dialogue soutenu entre le chef de l’État et la population américaine afin d’expliquer le « pourquoi » d’une opération militaire ou de présenter aux électeurs la stratégie poursuivie. Rien de tout cela. Seulement des « tweets » sur les réseaux sociaux, des remarques improvisées devant des journalistes, des déclarations désinvoltes et hautement politisées, lancées au gré des circonstances.

La communication, dans la mesure où elle a existé, est restée creuse, vague, voire ouvertement contradictoire. Initialement, l’accent a été mis sur la menace que représenterait un Venezuela devenu un foyer de « narcoterroristes ». Au début des frappes navales contre des bateaux évoluant dans les eaux territoriales vénézuéliennes, en septembre, le président Trump a accusé le pays — et en particulier son dirigeant, Nicolas Maduro — de chercher à déstabiliser les États-Unis par un afflux massif de drogues. « Une quantité massive de drogues sort du Venezuela… Des milliers de personnes meurent à cause de cargaisons entières de drogues qui arrivent par bateau — du fentanyl et bien d’autres substances mortelles », a-t-il déclaré. Or, si le Venezuela constitue un pays de transit pour la cocaïne provenant principalement de Colombie, il n’est nullement un fournisseur majeur du marché américain.[1]

À d’autres occasions, l’administration Trump a laissé entendre qu’un « dictateur » comme Maduro ne pouvait rester au pouvoir, notamment après les élections manifestement frauduleuses de 2024. Cette posture contraste pourtant avec une certaine complaisance affichée par Donald Trump à l’égard d’autres dirigeants autoritaires ailleurs dans le monde, et avec le fait que le régime de Caracas, en pratique, demeure intact — hormis le départ de Maduro lui-même. Depuis le lancement de l’opération, Trump ne parle plus que du pétrole vénézuélien, qui devrait, pour des raisons jamais clairement explicitées, revenir de droit aux États-Unis. Le 5 janvier, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le représentant permanent des États-Unis a semblé revenir à la rhétorique initiale : Maduro serait un criminel, et l’intervention militaire ne constituerait qu’une « opération policière chirurgicale facilitée par l’armée américaine ».[2]

On a l’impression que le président Trump se soucie peu de l’opinion publique et n’entreprend pratiquement aucun effort pour convaincre les citoyens de l’importance — et surtout de la cohérence — de son action au Venezuela.

Or, dans une démocratie fonctionnelle, une initiative de cette nature exige une explication claire et un effort soutenu pour convaincre les citoyens de la nécessité d’une intervention militaire. Lorsqu’on expose des soldats au danger et qu’on prétend « prendre le contrôle » d’un pays étranger, le président a l’obligation de rendre des comptes. Même dans les interventions les plus controversées du passé, l’une des tâches centrales du chef de l’exécutif et de son entourage consistait à exposer sans ambiguïté les raisons invoquées. Lorsque George W. Bush a décidé d’envahir l’Irak, par exemple, il a mené pendant plus de six mois une campagne intensive auprès de l’opinion publique américaine et internationale afin de justifier cette décision. Si la communauté internationale — notamment la France — ne s’y est pas ralliée avec enthousiasme, le peuple américain, du moins dans un premier temps, y était largement favorable, en grande partie grâce au plaidoyer persistant du président. En mars 2003, environ sept Américains sur dix approuvaient l’usage de la force militaire contre l’Irak. Le père de ce même président Bush, qui avait lui aussi conduit une intervention militaire en Amérique latine pour renverser et arrêter un chef d’État lié au narcotrafic, s’était également attaché à en expliquer les motivations à son électorat.

Dans un État de droit, une intervention militaire requiert non seulement l’adhésion de l’opinion publique, mais aussi l’aval du Parlement. Ce fut assurément le cas pour l’Irak : le Congrès américain avait adopté, à de larges majorités dans les deux chambres, une résolution autorisant le président à recourir à la force. À l’époque, de nombreux démocrates — dont Hillary Clinton — avaient apporté leur soutien. Aujourd’hui, malgré le contrôle républicain de la Chambre des représentants et du Sénat, Trump n’a même pas jugé nécessaire de solliciter une autorisation du Congrès pour les opérations navales, ni d’informer celui-ci avant le déploiement de forces spéciales à Caracas. Interrogé sur son obligation légale de consulter les dirigeants du Parlement en amont d’une opération militaire, Trump a répondu : « Je n’aurais aucun problème à le leur dire, mais vous savez, ce n’est pas très important. Je n’ai pas besoin de le leur dire. » Certes, bien que la Constitution confère au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre et que la War Powers Resolution de 1973 limite les prérogatives du président en la matière, il n’est pas certain qu’une Cour suprême favorable à un exécutif fort conclurait à un dépassement de pouvoir. Mais il ne fait guère de doute que des normes démocratiques fondamentales ont été bafouées.

Enfin, cette affaire révèle un comportement pour le moins arbitraire sur la scène internationale. Un État démocratique n’est pas juridiquement tenu d’agir de manière démocratique à l’étranger — mais il en demeure politiquement et moralement responsable. Le respect des règles internes devrait aller de pair avec le respect du droit international, en particulier pour un pays qui prétend incarner un leadership mondial. Or, la Charte des Nations unies ne reconnaît que deux fondements légitimes à une intervention militaire : la légitime défense et l’autorisation explicite du Conseil de sécurité. L’intervention au Venezuela ne relève ni de l’un ni de l’autre.

[1] Politifact, “The US attacked Venezuelan boats it says are carrying drugs. Is Venezuela sending drugs to the US?,” https://www.politifact.com/article/2025/sep/22/Trump-Venezuela-boat-strikes-drugs-trafficking/?utm_source=chatgpt.com

[2] Ambassador Mike Waltz, “Remarks at a UN Security Council Briefing on Venezuela,” https://usun.usmission.gov/remarks-at-a-un-security-council-briefing-on-venezuela-2/

L’article Venezuela : Trump ne convainc pas est apparu en premier sur IRIS.

Intervention des États-Unis au Venezuela : quand la lutte antidrogue est instrumentalisée

Fri, 09/01/2026 - 17:04

Après plusieurs mois de pression exercée à l’encontre du régime de Nicolàs Maduro, l’administration de Donald Trump est passée à l’attaque directe en frappant le cœur du régime vénézuélien. Le 3 janvier 2026, après des bombardements sur Caracas visant à annihiler toute riposte de la garde présidentielle, un commando des forces spéciales de la CIA a arrêté puis exfiltré le président et son épouse, Cilia Flores, afin de présenter le couple devant la justice américaine. L’opération qui a conduit à la capture de Maduro a eu lieu 36 ans jour pour jour après l’arrestation de Manuel Noriega, l’ancien chef d’État du Panama et cible de la dernière intervention américaine de changement de régime en Amérique latine. Cette opération de police constitue une énième illustration de l’évolution des relations internationales depuis la Première et la Seconde Guerre mondiale et singulièrement depuis la fin des années 1990, marquées aux États-Unis par l’hégémonie du courant néoconservateur. Elles marquent la crise tendancielle de l’ordre westphalien reposant sur la souveraineté des États.

À télécharger

L’article Intervention des États-Unis au Venezuela : quand la lutte antidrogue est instrumentalisée est apparu en premier sur IRIS.

Do Harm : Cas de la Fondation Humanitaire pour Gaza

Wed, 07/01/2026 - 19:06

L’une des pages les plus sombres de la tragédie qui se déroule à Gaza depuis octobre 2023 s’est achevée après le 10 octobre 2025. Une poignée de mois après son catastrophique lancement le 27 mai 2025, et à l’occasion de la nouvelle trêve qui ne se révèle être dans les faits qu’un conflit à basse intensité, la Gaza Humanitarian Foundation (GHF) a annoncé fermer ses points de distribution. Mise en place pour supplanter les ONG et le système onusien, notamment sur base d’accusations depuis débunkées de détournement de l’aide humanitaire par le Hamas, la GHF a surtout été utilisée à des fins politiques et militaires, tout en étant un élément facilitant la perpétration de crimes de guerre et la violation du droit international. La situation humanitaire reste aujourd’hui plus que dramatique. Bien qu’élargie depuis plusieurs mois aux autres acteurs et non à la seule GHF , l’entrée de l’aide n’est toujours pas suffisante et ne respecte pas les quantités prévues par le plan de paix de Donald Trump.

À télécharger

L’article Do Harm : Cas de la Fondation Humanitaire pour Gaza est apparu en premier sur IRIS.

Venezuela : scénario d’avenir. Avec Christophe Ventura

Wed, 07/01/2026 - 18:22
Pascal Boniface · Venezuela : scénario d’avenir Avec Christophe Ventura | Entretiens géopo

Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les États-Unis ont mené une opération militaire au Venezuela, ayant abouti à l’enlèvement du président Nicolás Maduro. Cet événement, aussi spectaculaire qu’inattendu, a pris de court la communauté internationale et suscité de profondes inquiétudes bien au-delà du continent américain. L’opération marque une escalade sans précédent des relations entre Washington et Caracas et interroge sur l’usage de la force par les États. Dans un contexte de remise en cause de la multipolarité, de banalisation des violations du droit international et de retour assumé du rapport de force, comment interpréter cette opération américaine ? Quels objectifs stratégiques poursuit Washington ? Et quels scénarios se dessinent désormais pour l’Amérique du Sud ? Quelle place occupent les enjeux autour du pétrole dans ce contexte ? Comment l’interventionnisme de Donald Trump pourrait-il affecter les équilibres stratégiques entre la Chine et l’Amérique du Sud ?
Dans cet épisode, Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste de l’Amérique latine et journaliste au Monde diplomatique, analyse les récents événements au Venezuela et décrypte les dynamiques régionales face au retour de Donald Trump sur la scène internationale.

L’article Venezuela : scénario d’avenir. Avec Christophe Ventura est apparu en premier sur IRIS.

Géopolitique des engrais : la dépendance de l’Europe agricole

Wed, 07/01/2026 - 15:34

Pourquoi les engrais sont-ils devenus un sujet géopolitique majeur, et pourquoi l’Europe est-elle particulièrement exposée ?

Les engrais sont des intrants agricoles destinés à apporter aux sols et aux plantes les éléments nutritifs indispensables à la croissance des cultures. Ils compensent l’appauvrissement naturel des sols et soutiennent les rendements agricoles. Ce sont en quelque sorte des vitamines. Les trois nutriments majeurs apportés par les engrais sont l’azote (N), le phosphore (P) et le potassium (K), aux fonctionnalités distinctes et complémentaires. Sans engrais, nous n’aurions pas eu de telles évolutions de production agricole au XXème siècle. Ce sont des intrants stratégiques de la sécurité alimentaire mondiale. Là où leur dimension géopolitique s’épaissit, c’est quand nous comprenons que ces engrais, utilisés partout, dépendent de ressources minières concentrées dans quelques pays. La Chine joue un rôle régulateur sur l’azote car elle en produit 30 % et parfois coupe ses exportations. Russie, États-Unis, Qatar, et dans une moindre mesure Égypte et Arabie saoudite, sont les grands pourvoyeurs d’engrais azotés dans le monde. Il faut du gaz pour cela, ce qui explique cette géographie. Sur les roches phosphatées, si la Chine est là encore le premier producteur, c’est le Maroc qui en détient les plus grandes réserves et qui assure plus du tiers des exportations mondiales. Nous en avons aussi aux États-Unis et l’Arabie saoudite cherche à développer cette filière. Concernant la potasse, le Canada, la Russie et le Bélarus réalisent deux tiers de la production et de l’exportation mondiale. Donc très peu de nations, qui monétisent toutes ce pouvoir, et peuvent parfois s’en servir comme argument diplomatique majeur.

Comprenons bien que le commerce des engrais, à travers des chaînes logistiques mondialisées, est donc nécessaire aux équilibres internationaux. Si le contexte se durcit et si l’instabilité des approvisionnements gagne du terrain, comme c’est le cas depuis quelques années, alors surgissent d’inévitables vulnérabilités pour les régions fortement dépendantes des importations. C’est le cas dans l’Union européenne (UE), l’une des zones agricoles au monde les plus dépendantes envers des engrais venant d’autres régions du globe. Plus de 60 % des engrais consommés dans l’UE sont importés, et pour la potasse ou le phosphore, la dépendance est quasi totale. Pendant longtemps, cette réalité est restée largement sous-estimée, car les engrais étaient considérés comme un intrant technique agricole, non stratégique, souvent confondus avec les produits phytosanitaires. La pandémie de Covid, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, les tensions énergétiques, les mesures de restrictions à l’exportation de certains acteurs, le retour à des pratiques géoéconomiques transactionnelles sont autant de dynamiques ayant brutalement révélé cette fragilité structurelle européenne.

Quel lien entre le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui doit protéger l’industrie européenne, avec les engrais et pourquoi crée-t-il une difficulté pour l’agriculture ?

Le MACF est entré en vigueur au 1er janvier 2026 pour le ciment, l’aluminium, le fer, l’acier, l’électricité et les engrais, avant que tous les secteurs soient concernés en 2035. Le MACF n’est pas une surprise. Il fait partie du Pacte vert européen lancé en 2019 pour atteindre la neutralité carbone en 2050 dans l’UE. Il est donc censé être connu depuis plusieurs années par les acteurs concernés, y compris agricoles. D’ailleurs, une analyse prospective en avait été faite dans l’édition 2023 du Déméter, dont la lecture aujourd’hui s’avère éclairante. Il répond à une logique théoriquement cohérente : éviter les fuites de carbone en appliquant aux importations un prix du carbone équivalent à celui supporté par les producteurs européens. Le problème, c’est que l’agriculture se situe à la fois dedans et dehors du système. D’un côté, les engrais – intrants clés de l’agriculture – sont intégrés au MACF. De l’autre, les exploitations agricoles ne sont pas couvertes par le marché carbone européen (ETS), mécanisme de plafonnement et d’échange de quotas d’émission qui impose un coût au carbone pour les secteurs industriels et énergétiques les plus émetteurs. Résultat : les agriculteurs subissent une hausse potentielle du coût de leurs intrants sans bénéficier d’un mécanisme symétrique de compensation. Cette situation illustre une désynchronisation préoccupante : des politiques climatiques européennes pensées pour un monde idéal, complice et où nous serions dans un leadership reconnu en matière de décarbonation, mais déployées dans un environnement géopolitique concurrentiel, pour ne pas dire féroce et belligérant, qui ne cesse de s’exprimer depuis 2020 et dans lequel l’influence de l’UE chute brutalement, comme, hélas, les engagements climatiques.

Le MACF expose l’agriculture européenne à une tarification carbone qu’elle ne maîtrise ni dans son calendrier ni dans ses paramètres précis de fonctionnement. Les estimations des organisations professionnelles montrent un risque de surcoût évalué autour de 150 euros par hectare dans certaines productions. Dans un contexte de marges déjà sous pression, cela fragilise directement la compétitivité des agricultures européennes, notamment céréalières, avec un effet domino possible sur les exportations que nous réalisons en la matière. Les producteurs ne pourront pas acheter longtemps à de tels prix et risquent donc d’utiliser moins d’engrais. Or moins d’engrais, moins de protéines dans les grains, moins de volumes récoltés et donc moins de surplus mobilisables pour par exemple exporter du blé dans le monde. Pourquoi pas diront certains, car après tout à quoi bon préserver une vision globale des enjeux de sécurité alimentaire. Chacun pour soi. Soyons simplement vigilants à ce petit jeu-là et aux effets miroirs qui nous attendent ou aux instabilités sociopolitiques pouvant se développer faute d’accès aux denrées agricoles de base. Nous pouvons critiquer l’interdépendance du système agricole et alimentaire mondial. Mais nous ne connaissons pas bien à quoi ressemblerait une planète où dans ce registre les frontières seraient totales. L’autarcie agricole et alimentaire, sur le plan géopolitique, c’est rarement soutenable…

L’Europe parle beaucoup de souveraineté. Les engrais en sont-ils un test de crédibilité ?

Il faut évidemment éviter que le MACF, conçu pour lutter contre les fuites de carbone, ne se traduise paradoxalement par une perte de production agricole dans l’UE et une dépendance accrue à des fournisseurs extérieurs. Il est contre-productif de vouloir développer une autonomie stratégique ouverte de l’UE qui puisse affaiblir un secteur productif aussi essentiel. L’UE a longtemps raisonné comme si les chaînes d’approvisionnement resteraient ouvertes, fluides et apolitiques. Cette hypothèse est désormais caduque. L’Union veut se protéger des distorsions de concurrence liées au carbone, mais elle applique cet outil dans une époque géopolitique profondément asymétrique, où des puissances ne partagent ni ses règles, ni son calendrier, ni sa vision. Dans le cas des engrais, l’UE taxe davantage ce qu’elle ne maîtrise pas, sans avoir sécurisé d’alternative crédible. Elle a décidé de taxer les engrais russes, non sans raison, mais ce fournisseur représentait 25 % de ses approvisionnements en engrais azotés, et doit désormais se tourner vers les États-Unis notamment pour en trouver, au prix bien plus fort. Dans cette guerre au gaz, l’UE est de loin la grande perdante.

Ensuite, si précisément ces intrants sont plus chers, et que nous n’en produisons pas dans l’UE, par une dynamique d’emballement normatif, qui paiera la facture ? Les producteurs, les pouvoirs publics, les consommateurs ? Nous devons aussi poser la question des engrais verts à développer sur le sol européen, mais là encore, il faut des industries, des investissements dans les technologies bas-carbone et des cadres réglementaires qui permettent de tels dispositifs. Il faudra expliquer, comme toujours en matière d’écologie, que quand c’est plus vert, c’est généralement beaucoup plus cher.

Plus largement, outre la nécessité de ne pas générer des injustices économiques à l’intérieur, l’UE va devoir expliquer le MACF sans nourrir un récit anti-européen à l’extérieur. Cela a fait l’objet de vives discussions en marge de la Cop30 au Brésil en novembre dernier. Cela passe par une clarification rapide des méthodes de calcul des émissions importées, entre données réelles vérifiées et valeurs par défaut, car l’incertitude est aujourd’hui un facteur de risque en soi.

En résumé, pour l’UE, continuer à parler de souveraineté alimentaire sans traiter frontalement la question des engrais pour son agriculture revient à confondre vision stratégique et incantation politique. Si la décarbonation se traduit par une perte de compétitivité agricole et par une dépendance accrue aux importations, alors on ne parle plus de transition, mais de désarmement productif. Or la puissance ne se décrète pas uniquement par des normes ou des idées, mais par des capacités à faire et des moyens qui crédibilisent dans la durée une action.

L’article Géopolitique des engrais : la dépendance de l’Europe agricole est apparu en premier sur IRIS.

Sahara occidental : quels enjeux et quel avenir pour la résolution de l’ONU ?

Tue, 06/01/2026 - 15:58

Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 27971, prorogeant le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) au mois d’octobre 2026. Cette résolution marque une inflexion notable dans la position onusienne, en ce qu’elle appuie, pour la première fois, l’initiative marocaine d’autonomie comme « la base d’un règlement juste, durable et mutuellement acceptable du différend, affirmant qu’une véritable autonomie sous souveraineté marocaine pourrait être une solution des plus réalisables ». Adoptée par 11 voix favorables, la résolution a vu la Russie, la Chine et le Pakistan s’abstenir, tandis que l’Algérie a choisi de ne pas participer au vote. Cette évolution diplomatique est interprétée par Rabat comme une victoire
majeure, au point que le 31 octobre a été proclamé fête nationale. Autant d’éléments qui invitent à interroger la capacité d’une telle résolution à régler un conflit vieux de cinq décennies.

À télécharger

L’article Sahara occidental : quels enjeux et quel avenir pour la résolution de l’ONU ? est apparu en premier sur IRIS.

Venezuela : quel impact pour la politique intérieure américaine de la doctrine « Donroe » ?

Tue, 06/01/2026 - 14:06

L’opération « Absolute Resolve » menée par l’armée et les services secrets américains au Venezuela, dans la nuit du 2 au 3 janvier, fait courir un énorme risque à Donald Trump en matière de politique intérieure. Les images et les nombreuses réactions aux bombardements américains et à l’enlèvement de Nicolás Maduro ont l’immense avantage, pour le président des États-Unis, de détourner pour un temps l’attention médiatique et politique de l’affaire Epstein, des rumeurs sur sa santé et sa capacité physique et mentale à gouverner, ainsi que de la chute de sa popularité. Autant de marques de faiblesse, ces derniers mois, qu’il entend contrecarrer avec la démonstration de force, en mots comme en actes, au Venezuela – et peut-être ailleurs dans la région dans les semaines ou les mois qui viennent. Ce n’est pas la seule motivation de l’opération militaire mais c’en est une, indéniablement.

Sur le plan légal, avec cette concrétisation de la doctrine « Donroe » – ainsi que la surnomment ses opposants (en référence à la doctrine Monroe) –, Donald Trump s’assoit sur le droit international et s’appuiera, au plan national, sur des textes juridiques suffisamment flous pour qu’il ne se sente pas menacé par d’éventuelles poursuites à l’avenir. Ainsi, le gouvernement américain parle de «law enforcement » pour arrêter un criminel (Maduro) et non d’« opération militaire », laquelle aurait nécessité l’aval du Congrès des États-Unis. Il est, en outre, important d’insister sur le fait que les contrôles institutionnels mis en place avec le Watergate, il y a cinquante ans, se sont largement affaiblis depuis (par exemple, G. W. Bush n’a jamais été inquiété pour le mensonge d’État sur les armes de destruction massive en Irak, et qui ont eu les conséquences que l’on connait). Trump peut également invoquer l’article 2 de la Constitution sur les pouvoirs présidentiels, qui permet de protéger les personnels et ressortissants américains en cas d’attaque existante ou imminente. D’autres textes sont à sa disposition comme par exemple l’Alien Enemies Act, qui est très vague, et dont l’interprétation peut in fine revenir à la Cour suprême – on sait comment elle interprète le droit depuis au moins un an, souvent dans le sens du président Trump.

Le risque est donc moins du côté d’un éventuel futur procès en illégalité que du côté électoral : celui d’une défiance de l’électorat républicain, y compris son cœur MAGA, à l’encontre de Donald Trump et du parti aux midterms de novembre prochain, et ce, pour deux raisons. La première est financière. Gouverner le Venezuela (« We will run the country », dit Trump), depuis Washington et/ou in situ, risque d’être coûteux en déploiement militaire (ça l’est déjà) et en dépenses directes. Donald Trump, dans sa conférence de presse du 3 janvier, a notamment parlé de « milliards de dollars » nécessaires à la reconstruction des infrastructures pétrolières au Venezuela, mais cet argent viendra-t-il uniquement du privé ? Rien n’est moins sûr. Et ce ne sera pas les seules dépenses : « contrôler » le pays nécessite de financer le tissu social, les forces politiques formelles et informelles, les institutions, etc. Or, l’opinion publique américaine est déjà fortement remontée contre les coupes votées dans les budgets sociaux et de santé. Elle n’acceptera pas un nouvel arbitrage de l’État fédéral en faveur de la reconstruction d’un pays étranger, même au bénéfice annoncé des « intérêts » des États-Unis.

Donald Trump a, par ailleurs, fait une promesse isolationniste à son électorat (promesse déjà trahie par les bombardements en Iran en juin dernier), et le traumatisme des guerres en Irak et en Afghanistan (et même au Viêtnam) demeure immense dans la population américaine en général. D’où les « justifications » de l’opération au Venezuela, par la Maison-Blanche, par des références au renforcement de la « domination occidentale des États-Unis », à la « sécurité nationale » ou à la lutte contre « l’immigration vénézuélienne ». Ces mots suffiront-ils ? Les faits vont peser face aux slogans. L’affaire Epstein a montré que Trump faisait partie d’une élite corrompue et criminelle. L’attaque contre le Venezuela fait la preuve qu’il appartient bel et bien à l’establishment politique : il n’a rien d’un outsider. Trump s’inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs républicains, Reagan, Bush père et Bush fils, quoi qu’il en dise. Le parti républicain est pour l’heure dans le déni, refusant de voir que le gros sujet des élections de mi-mandat pourrait bien être le coût de la vie (« affordability »). Et de très influents podcasters et streamers MAGA, comme Steve Bannon et Candace Owens, à qui Trump doit une grande partie de sa réélection, ont rappelé depuis 48 heures le précédent des fiascos irakien et afghan. Comme le dit son ancienne lieutenante, Marjorie Taylor Greene : « punaise, est-ce qu’on s’est trompé ? » (comprendre : « est-ce que Trump nous a trahis ? »).

L’article Venezuela : quel impact pour la politique intérieure américaine de la doctrine « Donroe » ? est apparu en premier sur IRIS.

Iran : bientôt la chute des mollahs ? | Les mardis de l’IRIS

Tue, 06/01/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪IRIS ‬pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS, sur le mouvement de mobilisation en Iran qui a débuté le 28 décembre dans un contexte d’augmentation du coût de la vie et de durcissement de la répression.

L’article Iran : bientôt la chute des mollahs ? | Les mardis de l’IRIS est apparu en premier sur IRIS.

Quelles évolutions des rapports de forces géopolitiques au Moyen-Orient ?

Tue, 06/01/2026 - 11:26

En Palestine tout d’abord. En dépit de l’irréductible volonté du peuple palestinien de rester sur sa terre et de résister, tant que faire se peut, il apparait assez clairement que le rapport de force est en faveur de l’État d’Israël. À Gaza, le cessez-le-feu du 10 octobre 2025 – qui n’est en rien un plan de paix contrairement à ce qui est répété en boucle par de nombreux responsables politiques et médiatiques – n’est pas respecté par Israël et l’on peut dénombrer plus de 400 victimes palestiniennes depuis sa proclamation. 58 % de la bande de Gaza reste sous contrôle de l’armée d’occupation israélienne, l’aide humanitaire parvient au compte-gouttes à la population qui vit dans un état de dénuement complet. Pour sa part, la fumeuse communauté internationale détourne pudiquement le regard et nous assistons à la poursuite d’un génocide programmé dont l’histoire se souviendra comme d’une tache indélébile sur des principes d’humanité plus guère respectés. En Cisjordanie, dans un contexte certes différent, le processus est en réalité identique : le déchainement de violences de colons radicalisés et fanatisés a pour but explicite d’expulser les Palestiniens de leurs terres et habitations pour procéder à une annexion pure et simple.

L’impunité dont jouit l’État d’Israël lui permet de pousser la réalisation de ses projets sans qu’il ne soit aucunement sanctionné alors qu’il foule méthodiquement aux pieds les principes du droit international. Pour cette raison, l’activisme du gouvernement israélien ne se cantonne pas au territoire palestinien et il a multiplié ces derniers mois d’autres opérations militaires extérieures, dont l’acmé fut la guerre des 12 jours contre l’Iran en juin 2025. Si les résultats ne sont pas aussi nets que s’en sont vantés Benjamin Netanyahou et Donald Trump – les experts considèrent en effet que le programme nucléaire iranien est ralenti, mais aucunement anéanti, et surtout les 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % ne sont désormais plus contrôlés par l’AIEA –, il marque néanmoins un affaiblissement, probablement durable, de l’ « axe de la résistance » patiemment construit par la République islamique d’Iran depuis plusieurs décennies.

Ces quelques éléments signifient donc que les rapports de forces se modifient et que de profondes recompositions s’opèrent actuellement au Moyen-Orient. Trois puissances régionales s’affirment et veulent s’assurer de leur leadership : Israël, l’Arabie saoudite et la Turquie.

Comme expliqué précédemment, Israël exerce une indéniable domination militaire qui exprime sa force, mais aussi sa faiblesse. Aveuglé par sa radicalité, Tel-Aviv refuse d’envisager quelque forme de solution politique qui nécessiterait des négociations et l’élaboration de compromis. Cette politique extrémiste empêche, à ce stade, l’État hébreu de s’insérer et de se normaliser davantage dans la région. Tout en étant de facto protégée par l’inanité de la plupart des régimes arabes et leur manque d’initiative politique concrète, la volonté israélienne de réactiver et d’élargir le nombre d’États arabes partis aux accords d’Abraham reste pour l’instant vaine. Le refus saoudien d’y adhérer tant qu’un État de Palestine ne sera reconnu par Tel-Aviv est assez clair. En outre, si le soutien inconditionnel de Donald Trump à Israël ne fait guère en doute, des divergences existent néanmoins à propos de certaines initiatives israéliennes qui dérangent le président étatsunien dans la réalisation de ses objectifs. Le bombardement du Qatar, le 9 septembre 2025, en constitue un exemple puisque le président étatsunien a ensuite contraint Benjamin Netanyahou à présenter ses excuses à l’émir Tamim Hamad Al Thani. De même, Donald Trump a refusé qu’une référence à l’annexion des territoires palestiniens soit incluse dans son plan de cessez-le-feu en 20 points présenté à Washington, le 29 septembre 2025, aux côtés du Premier ministre israélien. Pour autant, n’en doutons pas, le soutien stratégique de Washington à Tel-Aviv restera entier.

L’Arabie saoudite, sous l’impulsion de Mohamed Ben Salman est en passe de s’imposer dans la région. Le prince héritier s’est rapidement moulé dans les habits d’un responsable politique de premier plan, ce qui marque une rupture patente avec les erreurs à répétition de ses premières années d’exercice du pouvoir. L’Arabie saoudite occupe désormais un rôle central dans le remodelage géopolitique du Moyen-Orient voulu et organisé par Donald Trump. Son rôle dans le parrainage et le soutien aux nouvelles autorités politiques syriennes dans leur réintégration régionale et internationale est ainsi d’une importance avérée. Plus révélatrice encore, en ces premiers jours de 2026, est la façon dont les forces armées saoudiennes ont promptement fait plier leurs homologues émiriens au Yémen. Mohamed Ben Zayed, président des Émirats arabes unis, qui a un temps été le mentor du jeune Mohamed Ben Salman, est désormais considéré par ce dernier comme un élément déstabilisateur. Les initiatives émiriennes au Soudan et au Yémen, ainsi que l’approfondissement de ce que l’on peut désormais qualifier de partenariat stratégique entre les Émirats arabes unis et Israël, apparaissent en effet aujourd’hui contradictoires avec les intérêts saoudiens. Désormais, les rapports de force se sont modifiés et Riyad semble fermement décidé à ne plus accepter qu’Abu Dhabi contrarie ses projets. En un mot, l’Arabie saoudite a plus que jamais besoin de stabilité politique régionale pour mener à bien ses projets de réformes intérieures et s’imposer comme leader des mondes arabes. En ce sens, il y a adéquation et convergence avec la politique de Donald Trump.

La Turquie enfin, tend à confirmer son rôle d’acteur régional incontournable. La proximité affichée de Recep Tayyip Erdoğan avec le président étatsunien semble se confirmer, tout en soulignant que l’imprévisibilité de Donald Trump ne peut pas donner un caractère d’alliance durable à la relation entre Ankara et Washington. Pour l’instant, la Turquie adhère à la vision de Donald Trump sur la région qui pour sa part lui reconnait quelque vertu. C’est particulièrement visible en Syrie, où la Turquie assume un important rôle, aux côtés de l’Arabie saoudite, dans la normalisation internationale du pays. De même, alors que par la radicalité verbale des condamnations de Recep Tayyip Erdoğan de la politique d’Israël à Gaza avait empêché la Turquie de jouer un rôle aux côtés du Qatar et de l’Égypte dans les complexes médiations entre le Hamas et Tel-Aviv, le retour remarqué de la Turquie sur ce dossier au cours des derniers mois de l’année 2025 est un indicateur que Washington a besoin d’Ankara. Ce qui au passage est un irritant supplémentaire entre Tel-Aviv et Washington.

Un mot particulier doit enfin être mentionné quant à l’Iran, considérablement affaibli par les sanctions étatsuniennes et internationales et par l’agression militaire dont il a été victime en 2025, comme déjà indiqué. Ces premiers jours de l’année 2026 voient en outre un nouveau mouvement de contestation intérieure contre la hausse des prix et la dégradation économique du pays aux conséquences préoccupantes pour la vie quotidienne des citoyens. À travers ces revendications, nous avons une preuve supplémentaire de la contradiction fondamentale entre les aspirations d’une grande partie du peuple iranien et la crispation du pouvoir sur ses prérogatives et privilèges. Nul ne sait quand et comment cette contradiction se dénouera mais, en dépit de ses graves difficultés, l’Iran restera, pour de multiples raisons, un des États déterminants dans les évolutions de la région à l’horizon d’une quinzaine d’années.

On le voit, les conséquences du 7 octobre 2023 couplées au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche sont nombreuses dans la région. Au-delà des quelques lignes de force, ici brièvement rappelées, de nombreuses tensions, crises et guerres sont à craindre dans les mois à venir.

L’article Quelles évolutions des rapports de forces géopolitiques au Moyen-Orient ? est apparu en premier sur IRIS.

Venezuela-Trump : la force pour loi

Mon, 05/01/2026 - 16:58

Dans la nuit du 1er au 2 janvier 2026, les États-Unis ont mené une attaque au Venezuela pour enlever le président Nicolas Maduro et sa femme, ensuite exfiltrés vers New York où ils vont être jugés. Perçue comme une prouesse militaire puisqu’il n’y a eu aucune perte étasunienne, cette attaque a tout de même causé plusieurs morts au Venezuela.

Si l’on peut se réjouir du départ du dictateur Maduro, on doit tout autant s’inquiéter de la méthode utilisée par une force étrangère en totale violation du droit international. D’autant plus qu’il est clair que Donald Trump est bien plus intéressé par les importantes ressources pétrolières du Venezuela que par le « rétablissement » de la démocratie dans le pays. L’histoire nous donne en effet de nombreux exemples d’interventions étasuniennes désastreuses de l’Iraq à la Libye en passant par l’Afghanistan.

Le président américain montre ainsi bien ses intentions de remodeler l’ordre international en toute impunité. Il se pourrait qu’il continue dans cette lancée avec le Groenland, territoire sous souveraineté danoise qu’il convoite depuis plusieurs mois.

L’article Venezuela-Trump : la force pour loi est apparu en premier sur IRIS.

‘Soft Power’ Meets ‘Hard Security’: Leveraging Europe’s Regulatory Strength for Energy Transformation in Defence

Mon, 05/01/2026 - 14:53

Europe’s defence-industrial expansion coincides with the urgent need to accelerate the energy transition and reduce dependencies on imported fossil fuels and critical raw materials. This paper examines how the EU can leverage its regulatory power to align defence spending with wider sustainable transformation objectives. It argues that energy security provides a pragmatic entry point for integrating clean innovation into defence policy, given operational vulnerabilities of conventional fuel systems and rapidly evolving warfare realities. New defence frameworks such as the European Defence Industrial Strategy and Readiness 2030 still pay limited attention to the strategic role of energy transition for military readiness and Europe’s broader resilience. The paper outlines opportunities to systematically link defence procurement with clean industrial policy and to foster security-centric energy and material innovation through existing EU legislative and funding instruments. It concludes that achieving regulatory coherence between defence-industrial build-up and energy transition can help to strengthen Europe’s technological leadership and strategic autonomy in a volatile geopolitical environment.

À télécharger

L’article ‘Soft Power’ Meets ‘Hard Security’: Leveraging Europe’s Regulatory Strength for Energy Transformation in Defence est apparu en premier sur IRIS.

Maduro était un dictateur. Les États-Unis sont devenus un État voyou.

Mon, 05/01/2026 - 11:49

L’administration Trump-Vance poursuit un objectif très clair à l’international depuis son arrivée au pouvoir, le 20 janvier 2025. Un objectif qui pourrait se résumer ainsi : mettre à bas ce qui demeure de l’ordre international mis en place à partir de 1945.

Bien évidemment, l’ordre multilatéral était déjà moribond depuis un bon moment. Sa déliquescence — et celle d’organisations comme l’ONU — avait commencé dès les années quatre-vingt-dix. Donald Trump n’en est pas responsable. Il n’aura fait que précipiter le mouvement. Et il en a signé, avec l’enlèvement de Nicolas Maduro samedi 3 janvier 2026, l’arrêt de mort officiel.

Certes,  personne ne se plaindra de voir Maduro perdre le pouvoir au Venezuela. Mais là n’est pas la question. En passant à l’action comme ils l’ont fait, les Américains nous ont fait entrer dans une autre époque. Il y aura un avant et un après. Les États-Unis se sont désormais ouvertement comportés comme un État mafieux, si ce n’est terroriste. On pourrait même parler de la première puissance de cette importance pratiquant le racket à l’échelle internationale. Et surtout — c’est là le plus inquiétant — ils ne cherchent plus à dissimuler leurs motifs.

Jusqu’au début de l’année 2025, chaque fois que les États-Unis intervenaient à l’étranger, ils se  drapaient dans le prétexte d’exporter la démocratie, de combattre le terrorisme ou de protéger les droits humains. Mais lorsque Trump a menacé d’annexer par la force le Groenland, il n’y avait aucun prétexte de cette sorte derrière cette menace. Sans parler du coup fatal porté à l’esprit même de l’OTAN : un pays membre de cette organisation, son pays fondateur et le plus puissant, menaçait un autre pays membre de lui arracher par la force une partie de son territoire.

Lorsque Trump a décidé de taxer le Brésil à 50 % parce que Lula refusait de laisser Jair Bolsonaro sortir de prison, même logique. Contrairement à ses politiques de taxation tous azimuts, habituellement dissimulées derrière le prétexte des « méchants Européens » ou des « méchants Canadiens » qui profiteraient des États-Unis, là, non : c’était cash. « Tu veux mettre mon copain en taule ? Moi, je te taxe. »

Avec le Venezuela, nous assistons à une fuite en avant dans cette même dynamique. Les États-Unis ne se donnent même plus la peine de maintenir une couche de vernis civilisationnel, en laissant croire, par exemple, et comme ils l’auraient fait auparavant, qu’ils répondraient à l’appel de l’opposition pour l’aider à prendre le pouvoir. Aucun effort pour construire un prétexte crédible, si ce n’est cette guerre contre le narcotrafic qui n’abuse plus personne. Des forces spéciales américaines ont mené samedi à l’aube une opération militaire à Caracas, bombardé le plus grand complexe militaire du pays (Fuerte Tiuna), capturé Nicolas Maduro et son épouse, Cilia Flores, dans ce que Trump a décrit comme « une forteresse aux portes d’acier », puis les ont exfiltrés vers New York. Le tout en violation manifeste du droit international, mais aussi du droit américain.

Et Donald Trump continue d’assumer pleinement ses méthodes de gangster néocolonialiste et sa politique de racket : « Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions procéder à une transition sûre, appropriée et judicieuse », a-t-il déclaré samedi depuis Mar-a-Lago. Le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a été encore plus explicite : « Nous allons nous assurer d’avoir accès à davantage de richesses et de ressources sans avoir à verser de sang américain. »

Traduction : on prend le pétrole — les 303 milliards de barils de réserves, soit un cinquième des réserves mondiales — et le Venezuela paiera ce qu’on lui demandera. Faute de quoi, on recommencera. Par de nouveaux bombardements, ou par tout autre moyen permettant aux États-Unis de régir formellement le pays.

Et ceux qui se réfugient naïvement derrière l’argument selon lequel Trump aurait voulu « donner un exemple » à tous les dictateurs du monde me font sourire. Si l’objectif était réellement de montrer aux « tyrans » qu’ils sont à la merci des États-Unis, pourquoi Kim Jong-un n’a-t-il pas été arrêté lui aussi ? Pensons-nous vraiment que Washington aurait les moyens d’enlever le président chinois ou le président russe ? Et même en admettant que ce soit le cas, risqueraient-ils une bombe atomique sur New York ou Los Angeles ? Arrêtons.

Derrière ce coup d’éclat, plusieurs motivations se superposent. La première est évidemment l’appropriation des ressources naturelles du Venezuela. La deuxième consiste à marquer son territoire dans l’hémisphère occidental — la doctrine Monroe 2.0, le « corollaire Trump ». La troisième est de rappeler à la face du monde qu’il y a, comme on dit chez nous en Amérique, « a sheriff in town ». La quatrième vise à satisfaire l’électorat MAGA à un moment où Trump est en difficulté, notamment sur la scène internationale, la paix en Ukraine semblant lui échapper. Enfin, toute la mise en scène autour de l’arrestation de Maduro, de son inculpation et de son incarcération au Metropolitan Detention Center de Brooklyn permet aussi de détourner l’attention de l’affaire Epstein.

Quoi qu’il en soit, comme l’a déclaré le Premier ministre canadien Mark Carney, les choses ne seront plus jamais les mêmes. L’ordre international de 1945 est bel et bien mort. Nous sommes entrés dans un monde où le bilatéralisme et la loi du plus fort font loi, où les alliances seront de circonstance, et où le multilatéralisme ne sera plus qu’un souvenir lointain.

Le plus triste, dans tout cela, est de voir certains des chantres de l’ancien ordre international — Emmanuel Macron en tête — ne même pas mentionner l’illégalité de l’action américaine au Venezuela. Sans doute le président français ne souhaite-t-il pas contrarier Trump afin d’obtenir des concessions sur l’Ukraine. Mais ce silence de la France ne servira ni l’Ukraine ni le droit international. Bien au contraire, il ne fera qu’entériner un peu plus un ordre mondial où la force prime définitivement sur le droit.

Nous y sommes. L’Amérique de Donald Trump est désormais officiellement un État voyou.

Et le reste du monde n’a plus qu’à choisir : se soumettre, ou affronter les conséquences.

Romuald Sciora dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Essayiste et politologue franco-américain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient régulièrement dans les médias internationaux afin de commenter l’actualité. Il vit à New York.

L’article Maduro était un dictateur. Les États-Unis sont devenus un État voyou. est apparu en premier sur IRIS.

Pages