On exige des images impeccables, livrées en urgence, retouchées avec soin, prêtes à conquérir les réseaux sociaux. Mais lorsqu'il s'agit de rémunérer correctement le professionnel qui les produit, les hésitations commencent. Il est temps de redonner à l'image sa juste valeur et au photographe le respect qui lui est dû.
Une entreprise de la place contacte un photographe professionnel pour couvrir le lancement d'un produit. Après avoir reçu le devis, le manager répond, sans sourciller, que c'est un peu cher pour juste appuyer sur un bouton pendant trois heures. Il balance au photographe : « On a 50 000 abonnés sur Instagram. Si tu le fais gratuitement, on te taguera sur chaque photo. C'est une opportunité en or pour ton portfolio ! » Quand le photographe demande si le traiteur et le maître de cérémonie travaillent aussi pour de la « visibilité », les nerfs s'échauffent.
Une société d'Etat organise un séminaire hors de Ouagadougou. Le devis initial prévoyait une ligne « Couverture photo ». À quelques jours de l'événement, le directeur de la communication annonce qu'il va réduire le budget photo vu que la location de la salle et la décoration ont déjà englouti une partie du budget. Le budget photo est ainsi raboté de moitié. On demande au photographe de livrer autant d'images, retouchées, en 24 heures, plus une vidéo courte pour les réseaux sociaux. « C'est pour la visibilité », lui dit-on. À la fin de l'activité, le paiement tarde. L'Etat est un bon payeur, semble-t-il.
Nous vivons à l'ère de l'image. Jamais nous n'avons autant photographié. Jamais nous n'avons autant partagé. Et pourtant, paradoxalement, jamais le métier de photographe n'a été autant banalisé. Et avec l'Intelligence artificielle générative qui monte en force, chacun se sent pousser des ailes.
L'on veut des photos qui claquent pour illustrer nos événements, nos communiqués, nos campagnes. Mais on hésite à payer correctement celui ou celle qui les produit. Le photographe est souvent perçu comme un simple prestataire qui appuie sur un simple bouton.
Promoteurs d'événements, l'image n'est pas une dépense, c'est un investissement.
Aux promoteurs d'événements qui préfèrent investir dans la décoration, la sonorisation, un écran LED plus grand ou un cocktail plus fourni plutôt que dans une couverture photo professionnelle, vous êtes-vous déjà posé la question sur ce qui restera de votre événement dans une semaine ?
La décoration est retirée après l'événement. Le buffet devient de l'engrais. Mais les images restent. Ce sont elles qui alimentent vos rapports d'activités, vos dossiers de sponsoring, vos publications sur les réseaux sociaux, vos archives. Raboter le budget communication n'a jamais été une solution pour la réussite d'un événement. Une image médiocre peut décrédibiliser votre événement. Une belle image peut, au contraire, lui donner une seconde vie.
Aux institutions publiques, rappelons que la photographie ne sert pas seulement à illustrer une page Facebook. Elle documente votre histoire. Les inaugurations, les signatures d'accords, les visites officielles sont des fragments de mémoire qu'il ne faut pas négliger. Lorsque vous négligez la qualité de l'image ou retardez les paiements des professionnels, vous montrez tout simplement que la mémoire n'est pas votre priorité. Or, un ministère, une société d'Etat qui ne documente pas correctement ses actions, laisse du vide dans son récit.
À ceux qui organisent leur mariage ou anniversaire… ne négligez pas votre photographe. Il est celui qui reste debout quand vous dansez, celui qui voit ce que personne d'autre ne remarque. Exiger l'excellence tout en traitant le prestataire comme un subalterne de seconde zone est un manque de politesse et de considération. C'est pourtant le minimum que vous devez à celui à qui vous confiez vos souvenirs.
A vous chers photographes, le respect que vous réclamez doit aussi commencer par votre propre image.
Lorsque vous acceptez des conditions floues, des contrats verbaux, des paiements incertains ou des demandes disproportionnées pour des budgets dérisoires, vous fragilisez non seulement votre travail, mais aussi toute la profession. Chaque fois que vous livrez des images sans crédit, chaque fois que vous cédez à la pression du « frère, on va se voir après », vous contribuez malgré vous à banaliser la précarité du métier.
On ne demande pas à un architecte de dessiner des plans pour de la visibilité. On ne demande pas à un avocat de plaider gratuitement pour le plaisir de l'exercice. Pourquoi le demanderait-on au photographe ?
Le talent ne suffit pas. Il faut, comme l'a dit le jeune photographe Charly Barro, des devis clairs, des contrats écrits, des délais définis, des droits d'auteur explicités. Le respect est aussi une posture.
A bon entendeur !
HFB
Lefaso.net
Crédit-photos : Depositphotos : Jeune homme photographe prend une photo de la ville et de ses bâtiments